PaesineI | 86 fois la ville, ses légendes
19 décembre 2011



Ce sont des endroits de ville qu’on ne regarde pas parce qu’ils nous semblent toujours de purs usages, des lieux de circulation, ou comme ces angles morts sous les ponts : image parfaite de ce qui soutient la réalité, pour quelle allégorie de notre regard, de notre relation à la ville. Ni endroits ni lieux, ni angles : seulement des interstices d’une ville invisible.

Dans le flux de twitter, c’est cette ville qu’on voit soudain et qu’on reconnaît telle : sous le nom de PaesineI, Nicolas Dion tient le journal irrégulier de ce regard posé sur ces morceaux de ville : moins errance ou dérive que marche résolue vers un endroit qu’on ignore, au passage de laquelle une saisie à vif de ces instants la dévisage.

Journal : notations précises sur les immobilités croisées en passant : mais ce n’est pas seulement en passant que Nicolas Dion arrache ces dépôts de ville, formés comme malgré elle, construite par personne, cette ville – non, pas seulement un passant, mais avec le regard d’un plasticien : voir comment le regard lui-même est agi par la ville ; comment la question du cadre (un cadre dynamique / fixe) est première avant tout ; comment l’emporte finalement la question des plans, de profondeurs et des textures.

Alors, la ville fait retour en nous, non pas esthétisée, embellie par l’image, non, ni endurcie ou mentie : mais redonnée, enfin, dans son évidence de ville partagée et invisible. Le réalisme de l’image ne tient pas à sa surface, mais aux forces profondes qui les animent, chacune.

De là, un dynamisme fascinant (qui prend son ampleur surtout dans le flux de twitter, au milieu de toute une agitation de vie qui l’arrête et la produit) dans chaque image. Chacune porte en elle tout un récit, toute une légende fixée sur une seule phrase, aussi brève que l’image. La légende de l’image, écrite sous le récit, raconte moins l’exposition de la ville que la formulation de l’instant qui s’en est saisi. D’où le mystère, l’appel de chaque image et de sa phrase interrompues l’une et l’autre sans cesse, par l’une et par l’autre, qui se relancent, l’une en l’autre.

La vitesse de la prise de vue : la qualité de l’image ne réside pas en sa nature propre, mais dans son grain immédiat de téléphone portable tenu à bout de bras et emporté dans son mouvement. Immédiateté de l’image, sans artifice, sans reprise, sans correctif : naturalité brute, âpre, mise en ligne immédiate dans la seconde de sa prise, sans rien qui ne diffère l’image de la ville, ni rien qui retarde cette ville de sa vision sur l’écran, par nous qui y assistons, en temps réel.

Comme une pierre qu’on souleverait sous l’image dévoilerait tout un monde de fourmis au travail, cette fixité recommencée et déplacée à chaque instant : puis, quand on fait face à l’ensemble (mais il n’y a pas d’ensemble dans la vie dite successivement dans sa succession), ce récit qui nous fait face aura raconté la marche d’un point à l’autre de la ville, et la ville, et le jour passé au-dessus dans le ciel déplacé lui aussi.

Arbitrairement, choisir un jour : le 10 décembre. Une portion de temps : de 8h15 à 17h24 – 86 images prises dans la marche (en moyenne, 9 par heure) - les aligner ici, avec leur légende. Redisposer les énergies sur un autre espace, voir sur quoi elles agissent. Sur la ville et sur le cadre, bien sûr. Et sur autre chose, de plus inattendue : une forme de biographie par l’image, le regard qui prend la ville en image se dit aussi, elle-même, par elle-même finalement – non par projection, mais par absorption de ce flux en mouvement sur la conscience qui la saisit, qui s’en saisit.

Presque tous les jours, Nicolas Dion tient ce journal de l’œil, dans cette ville qui est toutes les villes, neutre, évidente, organisée comme un chaos peut l’être, un agrégat, dit-il sous une de ces images. Presque tous les jours, ce regard s’arrête pour avancer la ville avec lui, l’agrégeant dans le flux.

Le suivre dans la marche, ce serait avancer en ce regard aussi, et apprendre de la ville ses légendes immédiates.


Nicolas Rithi Dion sur twitter : Paesinel (et sur twittpic)

Et son travail d’écriture en ligne : Champs / Paesine

Lire aussi ses deux ouvrages parus aux éditions Publie.net :
— Rouge fort
— Aller


l’échafaudage /

depuis la rue des Fossillons /

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personne croisées au quotidien qui alimentent les données du rêve mais toujours dissuadent de les questionner sur leur présence onirique /


laisse mon twitter déambuler en ville /


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hyper-structure (2) /

hyper-structure (3) /

hyper-structure (4) /

hyper-structure (5) /

hyper-structure (6) /

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depuis le parvis (Bagnolet) /

partir /

passage derrière la poste mais non pas un raccourci /

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le A rouge /

première grille d’entrée /

merci d’écrire un mail pour toute personne désireuse d’entrer /

le A rouge (deuxième) /

le paratonnerre /

route abandonnée aux baraquements /

forage ou monde qui s’engouffre un peu plus chaque année /

chemin qui mène au gardiennage des caddys /

maintenant là /

le lieu et la formule /

indications blanches pour une ville invisible /

foret numéro 944 /

rue où je file chaque matin en voiture /

toute résidence un intérieur-monde /

par ici les reflets /

avis de démolition prière de ne pas stationner /

c’était donc ça – Paris /

affaires d’une vie broyée /

l’arc outrepassé /

le palais et sa vue sur périph /

ouvertures à vitrer /

la forteresse inachevée /

tapisser carré par carré /

l’agrégat /

décret hivernal /

périph depuis le square /

ô chères lambrusques spontanées du périph /

fluide /

depuis le XXè les 2 tours /

monde à éclairer /

on avait pensé à une grille déroulable et c’est devenu toute une façade /

on aura de la place /

le garage ouvert /

entre toi et ton logement – la boue /

où il nous est donné de penser au camion de Duras /

comme une planche d’équilibre sur quatre roues /

le chapiteau rouge /

au centre est le Cirque électrique /

miroir à facettes ou façade à miroirs ? /

mise en place des éléments /

depuis le Cirque électrique /

camion billetterie buvette /

on débauche pour le remontage /

la roulotte du voyageur mental /

la blanche le bus et la grue /

écran-monde métallique /

homme marchant dans la ville et l’image /

orientation nord /

les Mercuriales depuis Porte des Lilas /

les signalétiques effacées – pour une ville invisible /

depuis la branche de robinier dépassant /

votre rallye est sur twitter /

paysage rallye à la brouette /

plus de livraisons /

sur la touche /

plein champ /

sens unique /

la citadelle /


end of this strolling Wild One


arnaud maïsetti - 19 décembre 2011

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