Marseille | vues de la ville
22 décembre 2011



À la sortie du train, première vision sur l’esplanade de la gare ; Notre Dame pendue de si haut dans le ciel des derniers nuages

On se déplaçerait, mais la Garde restera ce point fixe autour duquel la ville évoluera ; centre de gravité et trou noir et d’or

Deuxième vision, plus bas : bâtiment qui semblait hôpital : l’odeur de l’éther jusque là depuis les couloirs vides

Ce n’était pas l’hôpital ; mais couloirs vides, on les imaginait pareils

Sur la route de la [Friche de la belle de mai] : ils travaillaient à percer des trous dans le ciel

Longer la [Friche de la belle de mai] : cubes vides ; pleins asséchés ; étranges quinquonces des blancs avec les blancs : dedans, rien que le bruit de la pierre cassée

Enfin la [Friche de la belle de mai] : les murs tenaient debout soudain par leurs noms lancés avec leur propre cri (it’s time to dance)

[Friche de la belle de mai] : ne pas se pencher par ici : la chute est mortelle

[Friche de la belle de mai] : fin du discours de la fin : le mot mord sur le vide, tendre la main à ses risques et périls

[Friche de la belle de mai] : transparence du signe ; sémiotique charnelle des noms surimprimés dans le mur au lointain

[Friche de la belle de mai] : contre-nuit sur fond de gare, non pas abandonnée pourtant

[Friche de la belle de mai] : le bruit des trains, comme à Pont-Cardinet : mais rien à attendre d’ici, que du froid et mes lèvres ne furent pas gercées

[Friche de la belle de mai] : pour ne pas se perdre, suivre les femmes aux corps sans tête, robe somptueuse dans les hangars

[Friche de la belle de mai] : bords cadre, plancher en faux parquet penché vers le haut de la lumière

[Friche de la belle de mai] : regarde toi, le soleil ni la mort

[Friche de la belle de mai] : en regard, les yeux te suivaient et ne se ressemblaient pas

[Friche de la belle de mai] : dans le cadre, un autre cadre découpé ; penser à Roublev, dans Tarkovski

[Friche de la belle de mai] : is watching you

[Friche de la belle de mai] : skate-park : le pli, l’image baroque du flux en arrière, l’enveloppe déroulée intérieurement des mouvements des skateurs, là, à mes pieds

[Friche de la belle de mai] : lettres posés sur le socle disaient le lieu, tautologie abstraite du territoire comme si on était penché sur la carte

[Friche de la belle de mai] : sans autorisation (en cours)

[Friche de la belle de mai] : ballet des grues, et le vent autour, qui frottait

[Friche de la belle de mai] : battement genre une tôle : mais sur la rampe, ni tôle, ni battement, juste moi qui prononçais les mots, battement genre une tôle – et voilà qu’ils apparaissent encore

[Friche de la belle de mai] : répéter genre une tôle, la tôle vient

[Friche de la belle de mai] : et dans le battement : le battement surgit

[Friche de la belle de mai] : ivresse de la soif : auteurs en villégiature – allégorie

[Friche de la belle de mai] : jadis les usines, aujourd’hui rien qu’une friche, avec le ciel toujours posé là, pourquoi

[Friche de la belle de mai] : oui, au loin, ressembler à son ombre, on s’approchait, l’ombre aboie ; on courait

[Friche de la belle de mai] : et soudain, fauché au mollet, trébuchais sur la sensation de courir de plus en plus vite, trompeuse ; le chien déjà la gueule dans le ventre, fouillait

[Friche de la belle de mai] : les rues intérieures du crâne : tous ces rêves interdits qui ne demandent pas l’autorisation : qu’on garde privé pour ne pas

[Friche de la belle de mai] : vue sur la conscience rêveuse : en fait, c’était une cavité, un corps caverneux dans les profondeurs de soi ; plus loin des machines, et tant de poussière

[Friche de la belle de mai] : griffures des utopies : non à l’impérialisme ; comme une pétition, mais où la phrase prendrait toute la place et aucune signature possible : tant mieux

[Friche de la belle de mai] : non à la guerre, mais pour cette guerre là, quelles armes (celle-ci)

[Friche de la belle de mai] : la phrase dans le rêve au fond du corps caverneux : réveillons-nous : mais le rêve persistait : si on l’entend encore, c’est qu’il a quelque chose à dire, on l’écoute (la lumière là-bas, les histoires par milliers qu’elle emportait dans son secret)

[Friche de la belle de mai] : façade aveugle : masque mortuaire plutôt

[Friche de la belle de mai] : grandeur nature

[Friche de la belle de mai] : quel le décor et quelle la vie

Sortie de la [Friche de la belle de mai] : de guirlandes en guirlandes (et je dansais sur la moto)

Affichage invisible à force d’affichage : restait l’arrachement comme seul signe, l’effacement comme seule présence, l’illisibilité comme seule écriture

Égorgeons les bourges (seditions sociales) : signé zac

Ô belle de mai, en décembre (en attendant la suite, des carnages)

Un mur dans un mur dans un mur dans un

Destin des épaves

Mur sexuellement transmissible

Tête de proue au regard d’aigle

Resseremment à l’équilibre : parralèllent se coupent à l’infini (sur l’homme qui les marchait, étranglé bientôt)

Claudel aurait appelé cet arbre : l’Arbre (et un autre nommé l’oiseau : le Roi)

Décret encore en vigueur

Perspective verticale

Prendre les arts par l’envers, lire dans la couture du ventre

Ici, on corrigeait justement le nom des rues

Là, ville de jadis, le ciel en témoignait

Les murs dialoguaient entre eux, on écoutait

Near-death experience and the after-life (en montant vers le Panier)

[Le Panier] : enrager la ville

[Le Panier] : fantômes des robes, le vent sec #1

[Le Panier] : panier percé de rues à l’abandon

[Le Panier] : panier creusé d’escalier en panne

[Le Panier] : on me fraya le chemin dans le panier vide (et au loin, menace d’incendie)

[Le Panier] : blues sous surveillance

[Le Panier] : tout luit tout brille, et cendres vives

[Le Panier] : fantômes des robes, le vent sec #2

[Le Panier] : dit : je suis l’asile des exils

[Le Panier] : Rimb. est mort ici où vécut Louise Michel – et nous de part et d’autre, en leur coupure

[Le Panier] : rue Beauregard, 2ème arrondissement : mais ce n’est pas à Paris ; j’aurais vécu ici pourtant, quelques secondes

[Le Panier] : Beauregard : rue qui durait précisément quelques secondes pour la franchir (plus étroite que ces secondes)

[Le Panier] : yours ? — pour toujours

[Le Panier] : fantômes des robes, le vent sec #3

[Le Panier] : adresse à la musique de France

[Le Panier] : information numérique et citoyenne : suivez le chemin (se perdre)

[Le Panier] : fantômes des robes, le vent sec #4

L’arbre de la Nuit triste nomme ce qui l’entoure : là, je m’appelai moi aussi : du platane, puis je perdis mon nom à jamais (heureusement l’image)

Ô jeunesse des Sœurs de.

Je trouvai soudain les racines du ciel

Et les feuilles de l’arbre de l’hiver (touchai même du doigt le secret enfoui en son tronc)

Et là : surgit la Garde, haute, toujours aussi pendue, et le ciel troué au-dessus d’elle

Fleuve troublé, de quelle inquiétude (on jette des cailloux peut-être, en Afrique du Nord, mon reflet dans l’eau tremblé par ces remous)

À travers le bateau échoué, l’échec de Notre-Dame, insistait

Soleil qui prenait la place du ciel, ici, percé par les mats

D’où rayonna la civilisation

Mais la civilisation partie, ne restait plus que la plaque, et la mer recommencée

Debout à la terminaison du Vieux-Port, je tendis les bras : touchai presque le Harar des doigts, oui

Artisanat du théâtre : crier

Cette chose, moi, je peux vous la fournir

Militante anarchiste (sur fond de lumière rouge : sex-shop mitoyen)

Laisser la ville dans le dos, traînée du solstice qui s’effaçait et bascule


arnaud maïsetti - 22 décembre 2011

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_cheveux _désir demeuré désir _la mer, toujours recommencée _marche _photographies _rêves et terreurs _vies _villes _visages