autoportrait au visage troué
6 septembre 2012



c’est mon visage de visage, le seul qu’il me reste dans la douleur, derrière la solitude quand elle s’effrite, mon visage troué de visages manquants : ce n’est pas mon visage de douleur pourtant (il viendra après), c’est mon visage comme ce qui suit la douleur, quand le monde n’est pas suffisant (ni la fatigue), que le désir manque à mon désir, et que les cheveux trempés, la soif ne vient pas non plus, oh c’est mon visage qui se pose dans le miroir et qui me regarde lentement fermer les yeux, et rien ne se passe qu’un mur de moins, alors ces trous dans le noir et le noir de la page sur la nuit qui s’ouvre ne viendra apaiser que le cri, dans la gorge quand il s’éteint et que la bouche grande avalée sur ce cri fait lentement fermer les yeux, c’est mon visage de mes dérives, de saint-lazare ou près des tours olympiades, des hurlements en faveur de soi qui me vident, mais sur le point de tomber je ne tombe pas, et au contraire mon visage troué vient là, formés de tous ces trous creusés sans doute avec les ongles rongés, mon visage manquant, en manque d’un autre visage toujours, et dans le mur de ma vie dressée pierres après pierres sur le sable, dans cet espace mental de la déchirure, il vient, lentement, et se pose contre le mien, et lui dit, ce n’est pas encore ici que les yeux se fermeront, pas encore ici, non, sur le monde encore là, regarde, je regarde : je suis l’ombre en bas à droite qui au pied de ma vie la regarde et pose ses ongles rongés sur elle pour la creuser encore,


arnaud maïsetti - 6 septembre 2012

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