recommencer les murs (passage)
19 août 2012



« Je ne peux pas me reposer, ma vie est une insomnie, je ne travaille pas, je ne dors pas, je fais de l’insomnie,

ces mois comme un mur que je remplirai de mes doigts, et je ne sais pas qui du mur ou de moi sera le plus blessé, le plus couvert, c’est peut-être pour le savoir que les murs se dressent et recommencent ; il y a cette nuit que je n’ai pas passée, parce que la chaleur plus étouffante que le jour, et les rêves qui dans l’insomnie se forment ne sauvent pas d’elle, l’approfondissent, on voudrait les abattre et on a assez de force que pour se retourner dans le lit et se retourner chercher le sommeil qui est déjà si loin, perdu au fond de soi où la fatigue creuse —

tantôt mon âme est debout sur mon corps couché, tantôt mon âme couchée sur mon corps debout, mais jamais il n’y a sommeil pour moi, ma colonne vertébrale a sa veilleuse, impossible de l’éteindre.

dans ce café où je me suis réfugié, sous les pâles des ventilateurs qui ne chassent que de la chaleur encore, je recommence les murs, je traquerai avec mes ongles le passage qui me fera passer de l’autre côté, il y en a plus que trente-et-un, à partir d’un certain chiffre je ne compte plus, et l’insomnie de ce soir m’épuise déjà, il faudra aller derrière elle ; j’allongerai mon corps un soir prochain contre tout cela, les cheveux morts entre mes doigts en sang, et je ne dirai pas par où je suis passé, mais chercherai d’autres murs, je le sais déjà.

Ne serait-ce pas la prudence qui me tient éveillé, car cherchant, cherchant et cherchant, c’est dans tout indifféremment que j’ai chance de trouver ce que je cherche puisque ce que je cherche je ne le sais. »


arnaud maïsetti - 19 août 2012

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