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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Frank Castorf | La cruaut&#233; vitale</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_F. Castorf</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_Aix-en-Provence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bajazet, en consid&#233;rant Le Th&#233;&#226;tre et la peste, Racine/Artaud,&lt;/i&gt; mise en sc&#232;ne par Frank Castorf [Aix, Grand Th&#233;&#226;tre de Provence] &#8211; octobre 2019&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aix-en-provence" rel="tag"&gt;_Aix-en-Provence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2493.gif?1574512271' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bajazet, en consid&#233;rant Le Th&#233;&#226;tre et la peste, Racine/Artaud,&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
mise en sc&#232;ne de Frank Castorf, GTP d'Aix-en-Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Adama Diop, Mounir Margoum, Claire Sermonne &amp; Andreas Deinert (cam&#233;ra)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que reste-t-il de nous ? Quelques restes, lambeaux de souvenirs d'une histoire qui s'est &#233;chou&#233;e jusqu'&#224; nous, et nous sommes cette histoire, cet &#233;chouage vague des restes : nous sommes peut-&#234;tre des restes. De Racine, on se souvient de quelques vers, comme sur des cadavres ceux qui d&#233;vorent encore, lentement, patiemment, les restes. Nous sommes des vers aussi. On se souvient que c'&#233;tait fatal, que la mort d&#233;nouait tout, et qu'en cela, le th&#233;&#226;tre n'&#233;tait pas seulement comme la peste, mais comme la vie. On se souvient que &#231;a n'avait rien &#224; voir avec la vie malgr&#233; tout : que c'&#233;tait dans l'alexandrin, et sous la tunique des h&#233;ros, des dieux, des b&#234;tes que tout se jouait. Que la beaut&#233; d'ensemble &#233;tait ha&#239;ssable parce qu'elle &#233;crasait : qu'on y revenait pour la haine, et qu'elle &#233;tait celle qu'on vouait pour le destin. Que les &#234;tres qui disaient la beaut&#233; des vers &#233;taient d'une laideur &#224; trembler : qu'ils disaient la monstruosit&#233; d'&#234;tre soumis &#224; leurs d&#233;sirs. Que si Racine condamnait la passion, il nous revenait de l'accepter : d'accepter le d&#233;bordement et non la condamnation. On se souvient que Racine saisissait les actes &#224; l'endroit de leur impuret&#233; : qu'on y agissait par d&#233;raison et en d&#233;pit du bon sens, ou pour la f&#233;rocit&#233; du geste, pour l'hypoth&#232;se de vie que l'acte d&#233;chargeait. On a mauvaise m&#233;moire peut-&#234;tre, mais c'est parce qu'on se souvenait que Racine &#233;tait le nom d'un p&#233;nible devoir d'&#233;cole, qu'il avait le go&#251;t de la poussi&#232;re des livres trop lourds, des statues aux regards vides. Il suffisait peut-&#234;tre de rien, par exemple qu'on arrache la t&#234;te de la statue et qu'on regarde dedans. Qu'on br&#251;le les livres, et qu'on souffle sur la cendre. Il suffisait qu'on danse sur les cadavres : qu'on appelle cette danse Antonin Artaud, et le souffle Antonin Artaud aussi, et la cendre et le feu Antonin Artaud, Antonin Artaud jet&#233; sur Racine comme un acide et que le m&#233;tal soit attaqu&#233;, et qu'en se d&#233;fendant il crie, et que le cri, on l'appelle aussi Antonin Artaud. Et que ce geste de jeter Artaud &#8212; comme un d&#233;mon ou une maladie &#8212; sur Racine, on l'appelle Frank Castorf. &#199;a fait Bajazet, en consid&#233;rant le Th&#233;&#226;tre et la Peste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/368729129?title=0&amp;byline=0&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est plus de quatre heures, et c'est un &#233;clat, mais successif. Soit Racine, la trag&#233;die faite &#339;uvre, et Bajazet, l'&#339;uvre bizarre, aberrante, d'un po&#232;te qui voudrait prouver qu'il n'est pas seulement l'auteur de po&#232;mes dramatiques hi&#233;ratiques et m&#233;caniques, mais le conteur de r&#233;cit ample, l'&#233;gal de Corneille et son ma&#238;tre. Pour le surpasser, il entrelace deux fils dans l'&#233;cheveau des fables. Soit d'abord une fable politique, shakespearienne : le Sultan part en guerre et laisse le royaume &#224; sa ma&#238;tresse, ancienne esclave, Roxane : autant dire entre de mauvaises mains. Le fr&#232;re du Sultan lorgne sur le tr&#244;ne, le Vizir lorgne sur le tr&#244;ne, tous ceux qui poss&#232;dent un peu de sang royal en lui et sur lui lorgne sur le tr&#244;ne. Mais personne n'ose : c'est le drame, la fable, l'all&#233;gorie. Si quelqu'un osait, il devra ou l'emporter ou mourir. Mais personne n'ose : et personne ici ne l'emportera, tout juste seront-ils bon &#224; mourir. Quand le pouvoir s'absente, il r&#232;gne partout comme une menace. Sur le plateau, le regard du Sultan loin de Byzance, &#224; Babylone o&#249; il se bat, r&#232;gne. Tous demeurent en son empire. Soit ensuite et par dessus une fable amoureuse. Roxane aime Bajazet &#8212; le fr&#232;re du Sultan qui lorgne sur le tr&#244;ne, et aime Atalide qui est aim&#233;e par le Vizir, &#224; moins qu'il n'aime Roxane, qui aime Bajazet, etc. Dans le cercle des enfers o&#249; on est, on ne sort que pour entrer dans d'autres enfers. O&#249; qu'on regarde, on est sans solution. Alors on passe d'un &#233;tat &#224; l'autre : on fait le pari de l'amour ou du pouvoir, et comme le pouvoir joue contre l'amour, tout se renverse, &#224; chaque instant. Que faire ? La r&#233;volution et l'amour sont &#224; l'ordre du jour et ce jour est interminable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que Castorf trouble le jeu, politique, et amoureux, d'un seul geste, brutal et joyeux : ce Bajazet que toutes aiment, qui peut &#234;tre l'avenir radieux du royaume et de la vie, est presque un vieillard incertain et tremblant. Ce qu'elles aiment n'est qu'un pur fantasme, ou une hypoth&#232;se, que le corps ne cesse de d&#233;mentir, ou d'&#233;prouver comme d&#233;sir. Ce n'est qu'un geste : il d&#233;place tout. De l&#224;, les renversements de tous les renversements. Puisqu'&#224; chaque sc&#232;ne, Racine rejoue le drame, &#224; chaque sc&#232;ne on d&#233;placera les enjeux : on recommencera comme &#224; z&#233;ro la trag&#233;die des d&#233;sirs. Et chaque sc&#232;ne ne sera qu'une hypoth&#232;se : un pari, un jeu avec le possible, sa promesse transitoire. On ne fait que passer ici : passer d'un &#233;tat &#224; l'autre, d'un seuil &#224; l'autre. Et dans une sc&#232;ne m&#234;me, on couvrira le spectre des possibles : on jouera tout et son contraire, parce que tout et son contraire sont possibles, rendent possible un temps le possible de tout temps. Terreur jubilatoire de ces renversements : qui jamais ne fixe, qui toujours d&#233;joue et rejoue, qui sans cesse active et recompose, ouvre, comme on ouvre un corps vivant encore, et qu'on voit les pulsations, ses acc&#233;l&#233;rations au moment o&#249; pourtant il va mourir.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La fixation du th&#233;&#226;tre dans un langage [&#8230;] indique &#224; bref d&#233;lai sa perte [&#8230;] et le dess&#232;chement du langage accompagne sa limitation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Artaud, &lt;i&gt;Le Th&#233;&#226;tre et son Double&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_7565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_001.jpg?1574512164' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Illimiter le langage : c'&#233;tait d'Artaud le d&#233;sir et la t&#226;che. Chaque ligne les porte, en t&#233;moigne. Sa vie m&#234;me. Castorf rel&#232;ve le corps encore fumant d'Artaud et le d&#233;pose ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Racine et d'Artaud, rien de commun : et tout chez Racine faisait horreur &#224; Artaud. Mais Racine ex&#233;cute la langue au lieu m&#234;me o&#249; Artaud op&#232;re : dire r&#233;v&#232;le ce que l'existence bien souvent tait. Et l'action terrible des mots agit sur soi comme des actes plus v&#233;ritables : c'est le drame de l'aveu, celui de la confidence, de la conjuration &#8212; c'est celui pour qui chaque vers est &lt;i&gt;litt&#233;ralement&lt;/i&gt; une mal&#233;diction. Une incantation. Le charme en lequel on peut &#234;tre pris, et d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode angoissante et catastrophique o&#249; nous vivons, nous ressentons le besoin urgent d'un th&#233;&#226;tre que les &#233;v&#233;nements ne d&#233;passent pas, dont la r&#233;sonance en nous soit profonde, domine l'instabilit&#233; des temps. La longue habitude des spectacles de distraction nous a fait oublier l'id&#233;e d'un th&#233;&#226;tre grave, qui, bousculant toutes nos repr&#233;sentations, nous insuffle le magn&#233;tisme ardent des images et agit finalement sur nous &#224; l'instar d'une th&#233;rapeutique de l'&#226;me dont le passage ne se laissera plus oublier. Tout ce qui agit est une cruaut&#233;. C'est sur cette id&#233;e d'action pouss&#233;e &#224; bout, et extr&#234;me que le th&#233;&#226;tre doit se renouveler. P&#233;n&#233;tr&#233; de cette id&#233;e que la foule pense d'abord avec ses sens, et qu'il est absurde comme dans le th&#233;&#226;tre psychologique ordinaire de s'adresser d'abord &#224; son entendement, le Th&#233;&#226;tre de la Cruaut&#233; se propose de recourir au spectacle de masses ; de rechercher dans l'agitation de masses importantes, mais jet&#233;es l'une contre l'autre et convuls&#233;es, un peu de cette po&#233;sie qui est dans les t&#234;tes et dans les foules, les jours, aujourd'hui trop rares, o&#249; le peuple descend dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. A.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous de ces jours ? Et s'il faut descendre dans la rue avec des slogans et des revendications, peut-&#234;tre faudra-t-il descendre aussi avec ces forces. Cette cruaut&#233; de forces agit sur nous. Quatre heures et demie durant, le texte de Racine trou&#233; par Artaud, interrompu par Artaud, relanc&#233; par Artaud, brutalis&#233; par Artaud, viol&#233; par Artaud, insult&#233; par Artaud, exhauss&#233; par Artaud, exhum&#233; par Artaud, enterr&#233; par Artaud, crach&#233; par Artaud, d&#233;chir&#233; par Artaud nous supplie d'en finir avec les chefs-d'&#339;uvre comme avec tout jugement de dieu, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose seule para&#238;t s&#251;re &#224; l'issue du spectacle : &#171; On n'a pas bien entendu le texte &#187; &#8212; comme l&#226;chent ceux qui, l&#226;chement, p&#233;rorent sur les trottoirs bourgeois devant les th&#233;&#226;tres officiels . Et c'est tant mieux pour les forces dans le texte. Surtout, on a vu l'&#233;lectrochoc du &lt;i&gt;Bard&#244;&lt;/i&gt; : et le choc en nous, longtemps, qui saisit, ressaisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce qu'on a entendu &#233;tait bien davantage qu'un texte, et plus d&#233;cisif qu'une &#339;uvre : l'&#233;cart&#232;lement obsc&#232;ne, celui des &#234;tres que nous fait &#233;prouver le monde, celui du monde que produisent des &#234;tres quand ils d&#233;cident qu'ils n'en ont pas fini avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en a pas fini avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_024.jpg?1574512164' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o/dramaturge du spectacle, qui rend visible des d&#233;tails pour nous appeler &#224; ouvrir les perspectives, &#224; renouer avec les corps quand soudain ils surgissent ? La saturation du son qui nous ouvre &#224; une autre &#233;coute ? La longueur du spectacle qui nous impose l'&#233;coute flottante qui par afflux vient et s'&#233;chappe, revient, secoue, &#233;branle l'endormissement qui menace comme menace l'engourdissement de ce monde contre lequel lutter ? La puissance des rites qui &#8212; &#244; Tutugurri, hurl&#233; dans la mise &#224; nue physique et m&#233;taphysique de Jeanne Balibar &#8212; qui renouvelle sans cesse l'&#233;nergie perdue des choses &#233;tales ? D&#233;tails d'un tout qui emporte et soul&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle des soul&#232;vements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle de la solitude d'Artaud face au monde : et l'arrogance du monde qui fait honte. Encag&#233; dans son corps, et dans cette vie, Artaud hurle la rupture (lettres aux femmes aim&#233;es &#8212; insult&#233;es &#8212;, auxquelles r&#233;pondent dans le finale sid&#233;rant les vers de Racine, pour les venger.) Spectacle des vengeances, sociales, politiques, sexuelles, mystiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle des sursauts : quand les corps tombent frapp&#233;s par la fatalit&#233;, ils se rel&#232;vent &#8212; chantent la m&#233;canique macabre et vitaliste du po&#232;me du cancrelat de Kirilov, arrach&#233; aux &lt;em&gt;D&#233;mons&lt;/em&gt; de Dosto&#239;evski. Et le th&#233;&#226;tre est rendu &#224; son jeu : vanit&#233; des vanit&#233;s o&#249; on meurt pour de faux, o&#249; on vit pour insulter l'existence de la fausse vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que dans &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article2494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'autres th&#233;&#226;tres&lt;/a&gt;, &#224; trente kilom&#232;tres de l&#224;, &lt;a href=&#034;https://www.telerama.fr/sortir/avec-retour-a-reims,-thomas-ostermeier-reinvente-le-theatre-politique,n6090186.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on pr&#233;tend &#234;tre politique sous pr&#233;texte d'&#233;voquer &#171; la situation actuelle &#187;&lt;/a&gt;, Castorf, parlant dans la bouche de Racine (bouche dans laquelle on lui aura fourr&#233; pr&#233;alablement une demie-douzaine de cigarettes, parfois en m&#234;me temps), dira davantage que la situation : il dira sa cruaut&#233;, et l'urgence de la traverser. Comme on crie. Comme on jouit. Comme la foudre tombe au ralenti et que tout s'&#233;vanouit, qu'on reste sous l'averse frapp&#233;, an&#233;anti, vivant enfin, si c'&#233;tait encore possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_031.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_031.jpg?1574512164' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hong Sang-Soo | Grass (&#54400;&#51086;&#46308;) </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_d&#233;sir demeur&#233; d&#233;sir</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>
		<dc:subject>_Hong Sang-Soo</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La vie pousse par le milieu&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/" rel="directory"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_cinema" rel="tag"&gt;_cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_desir-demeure-desir" rel="tag"&gt;_d&#233;sir demeur&#233; d&#233;sir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie-douleur" rel="tag"&gt;_joie &amp; douleur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_hong-sang-soo" rel="tag"&gt;_Hong Sang-Soo&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2269.jpg?1547201189' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff2269.jpg?1547201198&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;
Un film de Hong Sang-Soo&lt;br/&gt;
Avec : Avec Min-Hee Kim, Jin-yeong Jeong, Saebyuk Kim&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/center&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'une all&#233;e, un caf&#233; que personne ne s'attendrait &#224; trouver. Les gens s'assoient et parlent de leur vie. Au fil du temps, les clients se c&#244;toient et apprennent &#224; se conna&#238;tre. Une femme les observe et semble mettre par &#233;crit leurs pens&#233;es. La nuit commence &#224; tomber mais tous restent dans le caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;div id='blogvision'&gt; &lt;iframe src='http://player.allocine.fr/19581313.html' style='width:640px; height:360px'&gt; &lt;/iframe&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=262302.html&#034; target=&#034;_blank&#034; rel=&#034;noopener noreferrer&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;big&gt;La vie pousse par le milieu&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/big&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_6959 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/grass_affiche_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/grass_affiche_2.jpg?1547200992' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On recommence par le milieu. Les Fran&#231;ais pensent trop en termes d'arbre : l'arbre du savoir, les points d'arborescence, l'alpha et l'om&#233;ga, les racines et le sommet. C'est le contraire de l'herbe. Non seulement l'herbe pousse au milieu des choses, mais elle pousse elle&#8212;m&#234;me par le milieu.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Gilles Deleuze
&lt;br/&gt;&lt;i&gt;Dialogues avec Claire Parnet&lt;/i&gt; &lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#8212; Hum, &#224; pr&#233;sent, je ne gronde plus. Alors je ne savais pas encore que j'&#233;tais heureux. Avez-vous quelquefois vu une feuille, une feuille d'arbre ? &lt;br /&gt;&#8212; Oui. &lt;br /&gt;&#8212; Derni&#232;rement j'en ai vu une : elle &#233;tait jaune, mais conservait encore en quelques endroits sa couleur verte, les bords &#233;taient pourris. Le vent l'emportait. Quand j'avais dix ans, il m'arrivait en hiver de fermer les yeux expr&#232;s et de me repr&#233;senter une feuille verte aux veines nettement dessin&#233;es, un soleil brillant. J'ouvrais les yeux et je croyais r&#234;ver, tant c'&#233;tait beau, je les refermais encore. &lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce que cela signifie ? C'est une figure ? &lt;br /&gt;&#8212; Non&#8230; pourquoi ? Je ne fais pas d'all&#233;gorie. Je parle seulement de la feuille. La feuille est belle. Tout est bien. &lt;br /&gt;&#8212; Tout ? &lt;br /&gt;&#8212; Oui. L'homme est malheureux parce qu'il ne conna&#238;t pas son bonheur, uniquement pour cela. &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;F&#233;dor Dost&#246;evski
&lt;br/&gt;&lt;i&gt;Les D&#233;mons&lt;/i&gt;, Deuxi&#232;me Partie, Livre V, Chapitre 1 (La Nuit)
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_6960 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/0739997.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/0739997.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547200993' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le caf&#233;, elle &#233;crit. La fen&#234;tre de l'&#233;cran ouverte devant elle : les mots qu'elle aligne. C'est le premier cadre, int&#233;rieur, et qu'on ne verra jamais : le texte qu'elle &#233;crit. Autour, les couples assis devant les bols de th&#233; bouillant, les verres de soda. Elle est l&#224; pour eux : elle &#233;crit ce qui se dit, ne manque rien de toutes ces vies jet&#233;es l&#224; au moment o&#249; elles viennent se briser. Tout ce qui se dit, elle &#233;coute, elle vole. Les vagues doivent bien se briser quelque part, l&#224; o&#249; la mer cesse : c'est l&#224; que la jeune fille se tient ; elle &#233;crit les vies qui s'effondrent autour d'elle. C'est l'autre cadre, d&#233;bordant, celui des vies qui se jouent devant elle, et pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, peu &#224; peu, on sera travers&#233; par cette pens&#233;e : et si les couples autour d'elle n'existaient que pour elle ? Que par elle ? Et si ces corps n'&#233;taient que les pousses sauvages de son imaginaire : chair du texte qu'elle avance, hypoth&#232;ses successives d'un roman qui peine &#224; prendre corps, qui s'essaie, bute sur des crises, se brise ? Et &#233;videmment, cette autre pens&#233;e : qu'est-ce que cela changerait ? Est-ce que ce n'est pas la m&#234;me chose, autour de moi, dans ce caf&#233; o&#249; j'&#233;cris ces notes : les corps autour de moi, est-ce que je ne les invente pas aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant une heure, un peu plus, c'est le jeu des cadres : l'&#233;cran, la vie. Entre les deux, ce qui se d&#233;pose et se d&#233;ploie, ce qui se r&#234;ve, se d&#233;sire. Nous, on est dans le troisi&#232;me cadre, de ce c&#244;t&#233;-ci de la vie qui la regarde. Est-ce qu'on n'est pas invent&#233; aussi par le film ? Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la fille qui accuse son ancien amant d'avoir provoqu&#233; le suicide de son amie ; un cin&#233;aste incapable d'&#233;crire qui demande de l'aide aupr&#232;s d'une sc&#233;nariste ; un vieil homme qui supplie une amie de l'h&#233;berger&#8230; Le jeu des d&#233;sirs et des refus : des malentendus qui fondent les relations &#8212; des cruaut&#233;s aussi, quand la demande exc&#232;de tout, des d&#233;lires, du d&#233;sespoir quand dans un caf&#233;, on joue tout. Entre les d&#233;sirs et les cruaut&#233;s, la jeune fille se tient : elle, elle &#233;crit. Ce pourrait &#234;tre un double de Hong Sang-Soo, mais non : c'est le n&#244;tre. Nous aussi : on est l&#224;, on vole, on regarde, on ne manque rien, on ne comprend pas tout, on arrive au milieu &#8212; &#171; l'herbe pousse par le milieu &#187; &#8212;, on reconstruit, on suppose, on se trompe, on esp&#232;re que ; on se demande si : on &#233;crit aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue ? Oui, tout un th&#233;&#226;tre vraiment. Le cin&#233;aste impuissant et dragueur est un ancien acteur ; le vieillard, aussi &#8212; ils se sont connus autrefois, avant que tout s'effondre. Qu'est-ce qui se joue du th&#233;&#226;tre apr&#232;s le th&#233;&#226;tre ? Quelques ombres ? (Ce plan, bouleversant, quand au milieu de l'&#233;change, l'image se d&#233;tourne, par pudeur peut-&#234;tre, et vient accrocher les ombres des corps pos&#233;s sur le mur blanc). La pens&#233;e se pr&#233;cise, se redouble jusqu'au vertige : ces corps, pousses sauvages de l'imagination, le sont aussi du film &#8212; des acteurs qui jouent avec leur r&#244;le. Et de nouveau la vie qui d&#233;borde : les r&#244;les qu'on nous fait jouer dans la com&#233;die sociale des apparences, est-ce qu'il ne faudrait pas jouer avec eux aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand le masque se fissure : ce qui s'expose de soi, la nudit&#233; terrible de toute une vie. D&#233;sespoir de toutes ces vies ensemble saisies au moment m&#234;me o&#249; quelque chose se lib&#232;re : les forces de l'aveu, de la mise en cause, de la &lt;i&gt;reconnaissance&lt;/i&gt;. Une sorte d'&#233;preuve du feu pour chacun : ce qui se dit, c'est comme briser le bol de lait &#8212; et plus possible de remettre le lait dans le bol en miette. Alors, un mot apr&#232;s l'autre, ce qu'on approche, et qu'on n'atteint jamais bien s&#251;r, ce serait peut-&#234;tre cela qu'on appelle la v&#233;rit&#233;, ou soi-m&#234;me, ou l'autre ; on ne sait pas vraiment, c'est &#224; la lisi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6961 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2647708.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2647708.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547200993' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier plan du film d&#233;j&#224; d&#233;livrait. Il ne racontait rien : nous apprenait simplement &#224; voir ce qui allait se &lt;i&gt;r&#233;aliser&lt;/i&gt; &#8212; le mot est le m&#234;me pour un r&#234;ve et pour un film. Ouverture sur un plan de jeunes feuilles, &#224; l'&#233;troit dans un pot ; le vent, le noir et blanc vaporeux et pr&#233;cis de l'art, rien que l'&#233;vidence de feuilles qui ne renvoient qu'&#224; elle, aucune all&#233;gorie. Des bruits de pas. &lt;i&gt;Machinalement&lt;/i&gt;, on l&#232;ve la t&#234;te : le plan se redresse, accroche les pas d'une jeune fille, et la suit, qui entre dans un caf&#233;. De la vie comme elle passe et comme on s'en saisit, au passage ou en passant. De la vie comme elle peut aussi les dire toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces couples qui jouent leur vie &#8212; mais dans la simplicit&#233; et sans emphase de quelques phrases qui voudraient jouer cartes sur table &#8212; pourraient &#234;tre tous : ils le sont. Et puis, ils pourraient n'&#234;tre qu'un. J'ai eu cette pens&#233;e, qui &#233;tait peut-&#234;tre une croyance, que ces couples &#233;taient chacun le devenir de l'autre, la jeunesse et la vieillesse de deux seuls, qu'ils se trouvaient dans ce m&#234;me lieu saisi &#224; des moments diff&#233;rents de leur vie, ou de vies possibles. De l'amour joyeux et niais &#8212; au d&#233;sespoir tragique de vieilles amours mortes qui refusent de le dire ; de la naissance &#224; ce qui disparait sans le voir ; du milieu saisi de la vie qui pourrait recommencer ou s'achever d'un mot : un pr&#233;cipit&#233;, vraiment. Et peu importe de nouveau que cette croyance ne r&#233;siste pas au film : l'hypoth&#232;se fausse qu'il d&#233;ploie suffit aux larmes et ces larmes sont vraies.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2689896.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2689896.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547200993' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Visages de ces corps : diff&#233;rents selon qu'ils sont de face ou de profil ; visages de peintures, vivants au milieu du film leur vie de visage, librement, sans nous, malgr&#233; nous et cependant aussi pour nous. Quand ils marchent, beaut&#233; de ces visages. Quand ils r&#234;vent, fermeture de ces visages sur une vie int&#233;rieure qui nous est &#224; jamais refus&#233;e. Terreur de ces visages : juste avant la tristesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des plans aberrants qui sont autant de cl&#233;s, autant de myst&#232;res : la jeune fille descendant et montant une courte vol&#233;e d'escaliers, &#224; l'infini &#8212; jusqu'&#224; trouver de quoi sourire. Ainsi le film va et s'&#233;loigne sans aller nulle part, non pour le plaisir qu'on a de grimper et de descendre quelques marches d'escalier, mais parce qu'avec l'&#233;puisement, les pens&#233;es viennent, et leur n&#233;cessit&#233;, la joie pure. Cet autre plan : des amants louent des costumes pour se prendre en photo devant les portes. On est devant l'image m&#234;me du cin&#233;ma, qui tout &#224; la fois d&#233;nonce son artifice mais atteste de sa puissance, de sa force d'enfant. Un couple d'amants les moque. &#192; la fin, ce sont eux qui se &lt;i&gt;laisseront prendre au jeu&lt;/i&gt;, et loueront des costumes, se feront photographier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joie de ce film : de poser &#224; la fois la cruaut&#233; et sa vanit&#233;, sans que l'une efface l'autre. Musique forte et inajust&#233;e au propos : c'est que le tenancier du caf&#233; aime la musique classique occidentale, la plus &#233;cul&#233;e et &#233;puis&#233;e (Schubert, Wagner, Offenbach&#8230;). Mais les crescendo dramatiques de la musique ne correspondent jamais &#224; ce qui se dit ; et inversement : il n'y a pas de bande-son de la vie qui l'illustre. Seulement des malentendus entre lesquels on fraie, cherche les signes secrets, les esp&#232;re : et pour cela on les invente.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2675833.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2675833.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547200993' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, les figures que la jeune fille &#233;crit jusqu'au saccage &#8211; comme on prend en photo les corps des indiens on leur vole les &#226;mes &#8211;, l'invitent &#224; les rejoindre. Elle est l'un de ces corps qui vit sur l'&#233;cran ses secrets : &#224; nous de les &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier plan : de nouveau les pousses de pelouse &#8212; non pas sauvages, mais bien domestiqu&#233;es. Image du film ? Son dispositif th&#233;orique, tenu, minuscule et d&#233;bordant, puissant et &#233;vident ? Ou simple plan sur une pelouse &#224; venir, appel&#233; &#224; d&#233;border lui aussi le cadre de son monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#226;ce : ce qui est touch&#233; par. On est faible avec sa propre langue, et tr&#233;buche parfois sur des &#233;vidences faciles : et pourtant. Qu'un moment de gr&#226;ce soit justement ce qui passe, qui porte sa douleur et sa joie profonde. Que la gr&#226;ce soit fragile aussi : autre &#233;vidence. Pour nommer le film, on n'a que ce mot qui le dit mal. Je ne sais comment on dit pelouse en cor&#233;en, ni m&#234;me si c'est la &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt; traduction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Google propose &#034;feuille d'herbe&#034; pour &#54400;&#51086;&#46308;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il faut bien r&#234;ver, inventer, et finir par &#233;crire le film en nous. &#171; Son corps ! Le d&#233;gagement r&#234;v&#233;, le brisement de la gr&#226;ce crois&#233;e de violence nouvelle ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un plan apr&#232;s ce dernier, le coup de gr&#226;ce. Quand les lumi&#232;res s'allument, qu'on est jet&#233; dans la vie, ce qu'on fait des vies bris&#233;es autour de nous, parmi nous, en nous &#8212; savoir qu'elles nous fondent aussi, que nous sommes au milieu d'elles son r&#234;ve, son &#233;criture, et son possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2703959.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2703959.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547201079' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_6965 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2718021.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2718021.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547201079' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_6966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2732084.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2732084.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1547201079' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Google propose &#034;feuille d'herbe&#034; pour &#54400;&#51086;&#46308;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Raoul Peck | Le Jeune Karl Marx</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
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		<dc:subject>_Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>_Raoul Peck</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;jeunesse du pr&#233;sent&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/" rel="directory"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_cinema" rel="tag"&gt;_cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_politiques-commune" rel="tag"&gt;_politiques &amp; commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-resistances" rel="tag"&gt;_&#233;critures &amp; r&#233;sistances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_revolution" rel="tag"&gt;_R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_karl-marx" rel="tag"&gt;_Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_raoul-peck" rel="tag"&gt;_Raoul Peck&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2027.jpg?1508535641' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.dunkirkmovie.com//&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un film de Raoul Peck&lt;/a&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Avec : August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet, Alexander Scheer&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de la jeunesse de Karl Marx, de 1842 &#224; la r&#233;daction du &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste,&lt;/i&gt; en f&#233;vrier 1848.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div id='blogvision'&gt; &lt;iframe src='http://www.allocine.fr/_video/iblogvision.aspx?cmedia=19572845' style='width:640px; height:360px'&gt; &lt;/iframe&gt; &lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;big&gt;Jeunesse du pr&#233;sent&lt;/center&gt;&lt;/big&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_5730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/074658-000-a_2004499.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/074658-000-a_2004499.jpg?1508535630' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ouverture | r&#233;cit, fable et fiction politique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plan large sur une for&#234;t d'automne. Des hommes, des femmes et des enfants en haillons ramassent du bois. Pas le bois vivant aux arbres, mais celui r&#233;pandu sur le sol humide et froid. Une voix dit, &lt;i&gt;en allemand dans le texte&lt;/i&gt;, combien le bois mort n'est pas le bois vivant &#8212; et sur cette diff&#233;rence, radicale et d&#233;cisive, repose d&#233;j&#224; une pens&#233;e et une protestation. La voix dit l'&#233;vidence : que si le bois vivant revient &#224; celui qui poss&#232;de l'arbre, le bois mort est &#224; tous. C'est une coutume ancienne. Mais s'abat soudain sur les hommes, les femmes et les enfants en haillons la force brutale du droit : des troupes &#224; cheval et en armes qui frappent.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; En faisant fi de cette diff&#233;rence essentielle, vous appelez les deux actions &lt;i&gt;vol&lt;/i&gt; et les punissez toutes deux en tant que tel. Bien mieux, vous punissez le ramassage de ramilles plus s&#233;v&#232;rement que le vol de bois, puisque le fait de le consid&#233;rer comme vol est d&#233;j&#224; une punition en soit, une punition que vous &#233;pargnerez de toute &#233;vidence au vol de bois. Dans ce cas-l&#224;, vous auriez d&#251; le nommer &#8220;assassinat du bois&#8221; et le punir comme un assassinat. La loi n'est pas d&#233;li&#233;e de l'obligation g&#233;n&#233;rale de dire la v&#233;rit&#233;. [&#8230;] Autant vous ne parviendrez jamais &#224; faire croire qu'il y a crime quand il n'y a pas crime, autant vous parviendrez &#224; transformer le crime lui-m&#234;me en acte l&#233;gal. Vous avez effac&#233; les fronti&#232;res, mais vous faites erreur en croyant que vous ne les avez effac&#233;es que dans votre int&#233;r&#234;t. Le peuple voit la punition, mais il ne voit pas le crime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte de Marx, je l'ai lu pr&#233;sent&#233; lumineusement par Daniel Bensa&#239;d : Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Intuition premi&#232;re du film : pour raconter la vie d'un homme, on en passera d'abord par une image, qui condense une pens&#233;e, un regard, une double r&#233;volution &#8211; celle, criminelle, des poss&#233;dants qui renverse la coutume, et celle, &#233;mancipatrice en retour, de la pens&#233;e qui r&#233;tablit les v&#233;rit&#233;s. Et cette image prend corps dans la lev&#233;e de chairs souffrantes, de corps d'autant plus lev&#233;s qu'ils le sont dans l'&#233;preuve des coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une simple fable : ces exemples, Marx les puise en Rh&#233;nanie, en France, en Angleterre. Mais de ces exemples que Marx prend &#224; la vie, il d&#233;gage un r&#233;cit, qui rev&#234;t l'allure d'un mythe, d'un r&#234;ve m&#234;me qui viendra hanter &#8211; spectre &#8211; les nuits du jeune Karl Marx plus tard dans le film. Au c&#339;ur des for&#234;ts, c'est toujours l&#224; que commence l'Histoire : dans les r&#233;cits du Graal, toujours ici qu'on s'initiait aux signes et allait &#224; la rencontre de l'aventure &#8212; ce qui allait advenir. Du r&#233;cit, Marx arrache les signes les plus &#226;pres et f&#233;roces pour toucher &#224; la racine des choses : la vie, la mort &#8212; celle du bois, de l'arbre et des hommes, celle du droit, celle du monde enfin qui &#224; force de confusion va &#224; sa perte, des v&#233;rit&#233;s qu'il faut dire : du langage dont le principe fondamental r&#233;volutionnaire est de d&#233;signer la v&#233;rit&#233; des choses. C'est le d&#233;but du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images des paysans pench&#233;s sur le bois sont arrach&#233;es de la pure biographie de Marx, mais plut&#244;t issues de sa vie comme sa mati&#232;re m&#234;me : par l&#224; que se fabrique, sur quelques minutes, une fiction politique : celle qui est l'exp&#233;rience de la pens&#233;e. Sur la fiction, on jette les id&#233;es provoqu&#233;es par elle et on frappe sur le monde pour qu'il en r&#233;ponde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force de cette ouverture : dans la seule voix de Marx et des corps qui sont lev&#233;s par elle sous l'&#233;criture de l'article &#171; D&#233;bats sur la loi relative au vol de bois &#187;, r&#233;dig&#233; en 1842, on aurait comme une loi du film. La vie qu'on racontera ne le sera que comme des images de corps qui ne sont qu'une fiction : une fiction politique, non pas une le&#231;on, ni m&#234;me une fiction marxiste : plut&#244;t l'exp&#233;rience de pens&#233;e qu'a travers&#233; le jeune Marx afin qu'elle nous donne &#224; penser aujourd'hui. Et sur le corps de ce r&#233;cit qui &#233;pouse les moments d'une vie pass&#233;e, les outils pour frapper le monde de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/211070.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/211070.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1508535443' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La vie | Paris, Bruxelles, Londres&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la vie du jeune Marx, Raoul Peck saisit ses lieux d'abord : l'Allemagne o&#249; le film commence n'est qu'un bureau qui sent le renferm&#233; et les demi-mesures. Marx &#233;cume, se sent trop &#224; l'&#233;troit ici, &#224; Cologne o&#249; les journaux qu'on interdit ne publient pourtant que des semblants de contestation : c'est &#224; coup de massue que Marx veut frapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gagne la France : Paris, capitale de la libert&#233; de la presse en 1842. Peck la filme dans son dehors : les rues &#233;troites et pav&#233;es qu'on heurte en marchant. C'est l&#224; que Marx rencontre Engels : et pour dire la rencontre, Peck filmera justement une fuite &#8212; poursuivis par la police (pour rien, parce qu'ils ne veulent pas leur pr&#233;senter les papiers qu'ils poss&#232;dent pourtant : cette police est la m&#234;me), ils courent dans Paris qu'&#224; travers leurs courses on voit. P&#233;n&#232;trent dans des boulangeries, des cours et des jardins, des ruelles et des impasses qui cachent d'autres ruelles, d'autres cours et d'autres jardins. &#201;criture des lieux par leurs parcours : et leur exp&#233;rience. On se frotte au monde aussi par la ville. Paris est cette ville de la rencontre avec la r&#233;alit&#233; de corps des &#234;tres : pas seulement par les r&#233;cits qu'on entend des for&#234;ts o&#249; la violence d'&#201;tat frappe, mais les &#233;meutes dans les fabriques, le prix du pain qui monte, les femmes qui mendient. Ecrire dans Paris, c'est &#233;crire ces rencontres et cette ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on doit fuir Paris aussi parce que la libert&#233; de la presse a des limites que repousse l'&#233;criture de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit de cette vie &#8212; de sa jeunesse &#8212; et celle d'une fuite : Paris se recroqueville. Ce sera donc Bruxelles : la solitude cette fois ; et d&#233;j&#224; Londres qui appelle parce que Londres est alors la capitale du capitalisme industriel. Londres, Peck la filme dans ses fabriques, ses usines de tissus : par les gestes, la cadence, le bruit, les corps ab&#238;m&#233;s. Et par la ville dans la ville. Engels fuit aussi et d'abord il fuit sa vie de bourgeois fils d'industriel &#8212; il voudrait approcher d'autres r&#233;alit&#233;s qui sont la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle du monde : son malheur aussi, o&#249; il trouve la joie pure. Dans les quartiers interlopes, les bars o&#249; il n'est pas le bienvenu, c'est l'amour qu'il trouve. Pas celui pour la classe ouvri&#232;re, mais pour une femme &#8212; simplicit&#233; et &#233;vidence de la ligne de fuite du r&#233;cit de croiser les points de convergence vers les corps amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin, on n'est plus dans la ville : mais face &#224; la mer. Arrach&#233;e aux conditions mat&#233;rielles de la pens&#233;e, la fin est une r&#234;verie th&#233;orique sur ce qu'il reste &#224; faire dans l'histoire du monde. On est face &#224; l'immensit&#233; des choses, face &#224; l'incertain de l'avenir : et de l'autre c&#244;t&#233; de la mer, ce sera Londres encore, cette fois d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/209976.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/209976.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1508535443' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La vie mat&#233;rielle | mis&#232;re, amour et &#233;criture&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la vie de Marx, R. Peck refuse l'anecdote autant que la th&#233;orie : c'est leur dialectique qu'il cherche. Cette vie fut celle de Marx dans la mesure o&#249; elle aura &#233;t&#233; celle de beaucoup : mais tous ne furent pas Marx, et Marx ne fut pas seulement un homme, mais celui qui donna naissance &#224; la pens&#233;e consid&#233;rable du si&#232;cle &#224; venir qui se poursuit encore. Alors pour dire ce magn&#233;tisme de la vie et de ce qui l'exc&#232;de, le film puise dans le corps la force de conduire &#224; la fois cette vie, cette &#339;uvre, son &#233;poque et la n&#244;tre. Des corps emp&#234;ch&#233;s avant tout. Parce que c'est l'argent qui manque, &#224; chaque &#233;tape : et la cruaut&#233; de la vie &#224; laquelle il faudrait r&#233;pondre par davantage de vie. Des enfants naissent, qu'on ne peut nourrir. Mort des enfants qui sera pour Marx la trag&#233;die r&#233;p&#233;t&#233;e de toute une vie. Les repas qu'on partage et qui ne sont qu'un bouillon d'eau chaude. Et l'&#233;criture en r&#233;ponse parce que c'est ainsi que s'arrache l'argent &#8212; et &#233;crire paie mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture de Marx est un labeur physique : les papiers, les lectures, les heures pass&#233;es sur des feuillets. De l&#224; cette qu&#234;te de la th&#233;orie &#233;conomique &#8212; et ses mots : valeurs d'usage, d'&#233;change, f&#233;tichisation de la marchandise&#8230; &#8212; prend une autre force pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils prennent corps dans le corps de Marx endurant dans son corps l'injustice &#233;conomique de la r&#233;tribution de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'autre corps : non pas souffrant, mais amoureux. C'est une autre &#233;conomie : celle de la d&#233;pense pure, sans autre gain que sa joie. Images de Marx aimant, d&#233;sirant ; images de Jenny, sa femme, d&#233;sirant aussi et plus violemment encore : crachant sur son origine, sur ce vieux monde qu'elle voudrait voir mourir ; corps de Engels aussi : cherchant les coups et les caresses dans les m&#234;mes lieux dangereux de Londres. Images de corps qui ont cherch&#233; surtout cela : la v&#233;rit&#233; des corps, le temps qui pourrait &#234;tre celui des corps &#233;mancip&#233;s d'un travail ali&#233;nant : course dans la ville, au bord de la mer comme image dialectique de l'immobilit&#233; de l'&#233;criture, des jeux d'&#233;checs avec Engels pour &#233;prouver la penser avant de la mettre au d&#233;fi de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/208726.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/208726.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1508535443' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Didactisme | critiques de la dialectique critique&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retra&#231;ant &#224; grands traits malgr&#233; tout la vie de Marx, c'est celle des rencontres que le film esquisse : les figures se succ&#232;dent, l'aura parfois trop grand pour des personnages secondaires. Proudhon, Bakounine, Wilhelm Weitling, et m&#234;me Courbet. D&#233;fil&#233; d'ombres. Rencontres qui sont toujours l'occasion de r&#233;sumer &#224; plus grands traits encore les th&#233;ories qui s'opposent &#224; travers les noms des hommes. Ce n'est plus Marx qui rencontre Proudhon, c'est le marxisme qui dialogue avec le socialisme fran&#231;ais. Ce didactisme arr&#234;te le r&#233;cit plus qu'il ne produit. Et pourtant, c'est &#224; travers lui que les lignes de faille se dessinent plus nettement. Avec la France, Marx rencontre la pratique r&#233;elle du monde et des hommes &#8212; avec Marx, la France rencontre la force de la pens&#233;e comme une arme pr&#234;te &#224; servir. De ces convergences naissent le pamphlet anti-proudhonien de &lt;i&gt;Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, qui est pourtant un d&#233;passement de la philosophie &#8212; et un d&#233;passement des positions de Proudhon si peu th&#233;oriquement construite &#8212; et qui s'ach&#232;vent (c'est, dans le film, Engels qui en fait la lecture, &#224; Londres) par une phrase de la romanci&#232;re fran&#231;aise Georges Sand : &#171; Le combat ou la mort, la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ces personnages ne sont pas seulement des figures, ou des ombres, ils deviennent des id&#233;es que traversent les mots et les r&#233;alit&#233;s de cette vie. Et le film ne fait pas qu'illustrer ces id&#233;es par des conflits de personnes, mais travaillent &#224; fabriquer cette dialectique de la pens&#233;e et des corps, rejointe par la finalit&#233; du combat o&#249; ce qui est en jeu, c'est bien la vie ou la mort de ces corps au nom de la pens&#233;e, ou de leur survie acquise et prolong&#233;e par la pens&#233;e. Envoyer les ouvriers fran&#231;ais au combat sans l'outil de la connaissance de leur situation est un crime, dira Marx vers la fin dans une de ces sc&#232;nes de banquet qui rassemblent tout le spectre diffus du socialisme critique europ&#233;en (outre Engels et Marx, un &#233;missaire de Proudhon, le socialisme proph&#233;tique de Weitling, celui du complot de la Ligue des Justes, du r&#233;formisme, de l'anarchie&#8230;). Sc&#232;ne critique, dialectique : sc&#232;ne surtout o&#249; la critique est cette arme dialectique pour penser la vie en chair, pour poser la question invinciblement : image de la biblioth&#232;que o&#249; Marx passe des heures comme un renversement du vide th&#233;orique o&#249; la France se complait &#224; demeurer, comme si son pass&#233; r&#233;volutionnaire la rendait quitte de toute outillage. La connaissance comme cet en regard de l'action : et comme la connaissance est la condition de la lutte, cette &#233;criture comme l'en regard du sang vers&#233; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/9-sy8923wwyvqa_eeksv_bxih14_890x373.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/9-sy8923wwyvqa_eeksv_bxih14_890x373.jpg?1508535630' width='500' height='210' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La fatigue | bascule d'une jeunesse&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vitalit&#233; du film. Me replonger dans Marx ces derniers mois &#8212; cette fois non pour apprendre la pens&#233;e de Marx, comme il y a quelques ann&#233;es, mais pour apprendre de la pens&#233;e de Marx pour t&#226;cher de penser le pr&#233;sent &#8212;, c'est d&#233;couvrir une f&#233;roce joie dans les premiers textes qui para&#238;t se figer dans la puissance implacable avec les ann&#233;es et la r&#233;daction du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, sur quoi s'ach&#232;ve le film. Je suis fatigu&#233;, dit Marx &#224; Engels : fatigu&#233; des articles &#224; rendre, de l'argent &#224; chercher &#224; force d'articles : je veux &#233;crire un livre. Le temps long du livre, celui du monument b&#226;ti dans l'histoire &#8211; celui qui renversera la th&#233;ologie de notre civilisation, r&#233;v&#232;lera ses contradictions fatales et injuste (&#233;trange : ce jugement, &#171; injuste &#187;, mot qui est la pierre de touche de l'engagement de Marx, ce contre quoi il appuie son combat, c'est le mot que tous on lui renvoie pour le qualifier : tu es injuste, lui dit sa femme, lui dit Engels, lui disent ses amis), ce livre donc, dont je t&#226;che ces derni&#232;res semaines de suivre la pens&#233;e ligne &#224; ligne, annotant les mouvements et les &#233;clats, ce livre impossible et inachevable, inachev&#233; donc, est l'oppos&#233; des textes de jeunesses, de leur fougue et de leur souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bord de la mer, Marx dit qu'il est fatigu&#233; : &lt;i&gt;je vais avoir trente ans et je suis fatigu&#233;&lt;/i&gt;. C'est pourtant dans cette fatigue qu'il aura &#233;crit ces textes les plus vitalistes, les plus emport&#233;s. Ou est-ce de les avoir &#233;crits qu'il aborde ce moment de la fatigue, fatigue dans laquelle il taillera le marbre du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; ? La fatigue de Marx : sur son visage aussi. Dans son &#233;criture. Vie de fatigue. Celle de Jules Vall&#232;s aussi. Film sur la fatigue : ce qu'il faut de fatigue pour ne jamais s'&#233;puiser &#224; lutter &#8211; cette lutte qui est la forme que prend la vie quand elle veut &#234;tre digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;res images : la voix de Bob Dylan et &lt;i&gt;Like a Rolling Stone &lt;/i&gt; comme une autre fatigue travers&#233;e. D&#233;filent le vingti&#232;me si&#232;cle : pas celui d&#233;voy&#233; des crimes commis au nom de ce contre quoi justement la vie de Marx fut men&#233;e (l'arbitraire, la fatalit&#233;, l'injustice), mais celui des luttes. Peck retrouve le geste de son dernier film sur James Baldwin, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=249783.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I'm not your negro&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Archives vives des visages des &#233;meutes de Detroit et des marches civiques, de Mandela, des bombardements au Vi&#234;t-nam, ailleurs, et des poings lev&#233;s contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images qui disent la jeunesse de cette vie : de ce monde si vieux en regard. Et de comment il n'est d&#233;cid&#233;ment plus temps de l'interpr&#233;ter (comme un lecteur, ou pire, comme un musicien) : mais de le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ultime image : un jeune enfant plonge son regard loin en nous, face &#224; nous, dans le pr&#233;sent du film qui s'ach&#232;ve et dont on comprend qu'il ne reconstituait rien, mais qu'il avait pour but de produire les conditions de ce regard. Derri&#232;re lui, un drapeau fran&#231;ais imperceptiblement tremble.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/209664.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/209664.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1508535443' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte de Marx, je l'ai lu pr&#233;sent&#233; lumineusement par Daniel Bensa&#239;d : &lt;i&gt;Les d&#233;poss&#233;d&#233;s : Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres&lt;/i&gt; est ce livre par lequel j'ai fait la connaissance de la pens&#233;e de Bensa&#239;d, sa rigueur joyeuse, intransigeante et pr&#233;cise, sa puissance d'images aussi. Il est pr&#233;cieux &#224; plus d'un titre, et pour cela aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Slomka | Sinjar, Naissance des fant&#244;mes</title>
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		<dc:date>2017-10-01T13:01:27Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_terre</dc:subject>
		<dc:subject>_visages</dc:subject>
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		<dc:subject>_Orient</dc:subject>
		<dc:subject>_spectres et fant&#244;mes</dc:subject>
		<dc:subject>_Michel Slomka</dc:subject>
		<dc:subject>_Sinjar</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;l'histoire des peuples qui nous hantent&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2016.jpg?1506861270' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff2016.jpg?1506861311&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Exposition du 13 septembre au 30 octobre 2018 &#224; Paris, &lt;a href=&#034;http://www.mairie04.paris.fr/actualites/sinjar-naissance-des-fantomes-photographies-de-michel-slomka-du-12-septembre-au-11-novembre-256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mairie du IVe,&lt;/a&gt; dans le cadre de la &lt;a href=&#034;http://biennalephotomondearabe.com/exposition/mairie-du-4e-arrondissement-2017/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biennale des photographes du monde arabe.&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;L'exposition est issue d'un livre &lt;a href=&#034;http://leseditionscharlottesometimes.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; aux &#233;ditions Charlotte Sometimes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; site de &lt;a href=&#034;http://michelslomka.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Michel Slomka&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; page du &lt;a href=&#034;http://leseditionscharlottesometimes.com/sinjar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5628 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.39.51.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.39.51.jpg?1506860535' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
[/Habiter un lieu et le hanter sont, au fond, deux modalit&#233;s d'existence tr&#232;s proches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Slomka/]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je ne connaissais pas le nom de Sinjar : on le croit d'abord imaginaire, nom d'un peuple lointain, ou d'une terre de litt&#233;rature : un nom au plus loin de notre histoire. On apprendra que c'est le contraire : que c'est l&#224;, ici, parmi nous, un nom qui nomme notre histoire, qui pourrait la dire mieux qu'aucun autre, disant le nom d'une terre o&#249; un peuple est &#224; nul autre pareil, vivant, malgr&#233; tout. On entre, on voit ce nom de Sinjar et on regarde les photographies des massifs et du ciel. Et puis, soudain, une image renverse tout ; soudain, elle pose un nom et un visage sur le nom de Sinjar et brutalement hante tout ce qui l'approche, hante et hantera le souvenir attach&#233; &#224; ce nom, &#224; ce visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit d'abord pas cette image quand on entre. Il faut avancer, s'habituer &#224; l'obscurit&#233; de la salle, regarder les premi&#232;res photographies : celle des massifs et du ciel, de la terre, de la ville ; puis se retourner : soudain elle fait face &#224; soi, et c'est elle qui nous regarde : alors c'est nous qui faisons face &#224; elle. Des v&#234;tements sur le sol &#8211; &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le sol m&#234;me, &#233;toffes qui affleurent. Un pantalon, une &#233;charpe peut-&#234;tre. Des couleurs seulement, bleues et rouges, trahissent le tissu. On s'approche : m&#234;l&#233; &#224; la poussi&#232;re, le v&#234;tement para&#238;t peu &#224; peu dessiner un mouvement ; on r&#234;ve &#8211; c'est une silhouette, un corps. Et comme on reste longtemps devant l'image qui ne nous l&#226;che pas, l'&#233;vidence s'impose bient&#244;t de voir un corps, des bras et des jambes, et plus terriblement un visage d'enfant terrifi&#233; dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.48-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.48-2.jpg?1506861745' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On se trompe &#233;videmment : ce n'est que de la poussi&#232;re et des v&#234;tements abandonn&#233;s. L'image reste pourtant, sa terreur qui persiste, insiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image de cette histoire : une image de pure terreur d'une histoire perdue, une image qui rel&#232;ve les morts et leur &lt;i&gt;donne un visage&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; m&#234;me o&#249; le visage manque, confondu dans la poussi&#232;re. C'est une image impossible d'une histoire ignor&#233;e. C'est le trajet m&#234;me que ces images ont fray&#233; jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.41.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.41.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Michel Slomka s'est rendu &#224; quatre reprises dans cette r&#233;gion du monde qui est une br&#232;che : &#224; la lisi&#232;re de l'Irak, de la Syrie, et de la Turquie s'&#233;tend une zone qui est une pure fronti&#232;re, celle qui d&#233;limite des pays qui n'existent plus, ou pas encore &#8211; ici les Kurdes se battent aussi et se d&#233;chirent entre eux. Il semblerait que le monde entier s'affronte l&#224; &#8211; guerre civile de tous les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peuple justement vit ici, dans ce pr&#233;cipice de l'histoire, depuis des si&#232;cles, et depuis des si&#232;cles voit s'abattre sur lui toutes les guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pied du Sinjar, les Y&#233;zidis suivent les rites d'une religion impossible aux yeux des peuples voisins, peut-&#234;tre parce qu'elle est le syncr&#233;tisme de tous les monoth&#233;ismes qui voudrait les r&#233;concilier. Dans ce carrefour des Orients, ils v&#233;n&#232;rent un dieu Paon, prient contre les arbres au pied desquels ils nouent les &#233;toffes, et dans les n&#339;uds d&#233;posent les paroles magiques, se transmettent la m&#233;moire des morts, des vivants, se tatouent les avant-bras en souvenir des disparus, c&#233;l&#232;bre l'ann&#233;e nouvelle en avril le jour o&#249; ils chantent leurs d&#233;funts pour lesquels ils br&#251;lent des m&#232;ches d'huile qui disent le retour de la lumi&#232;re et des r&#233;coltes, de la vie peut-&#234;tre, enfin, de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.49.12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.49.12.jpg?1506860537' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Michel Slomka a trouv&#233;, dans le sanctuaire de Lalish qui n'est plus qu'une ruine, une feuille morte : il s'est pench&#233; sur elle et en a ramen&#233; l'image, l'image infiniment digne de ce qui est mort, l&#224;-bas, d'un peuple, de sa m&#233;moire, de ses dieux et de ses secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le photographe n'a pas seulement rapport&#233; avec lui des images : mais cette m&#233;moire qu'ici on ignore. L'exposition &#8211; et le livre magnifique aujourd'hui publi&#233; &#224; partir de ce travail &#8211; raconte toute une histoire perdue : ils en t&#233;moignent comme d'une perte et comme une survivance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.45.03-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.45.03-2.jpg?1506862060' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re image qu'on rencontre quand on entre ici est une carte : puisqu'un peuple rel&#232;ve d'une terre, qu'avec elle il se confond souvent &#8211; que l&#224; sont ses morts, que sur elle dansent ses vivants. La carte qui ouvre l'exposition est peupl&#233; de noms : d&#233;j&#224; dans le carrefour qu'elle dessine se lit sa chance et sa mal&#233;diction. Sinjar est au centre, un n&#339;ud sur lequel ont fait moins des pri&#232;res que des guerres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.39.48.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.39.48.jpg?1506862384' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit ensuite, c'est la terre : la terre en chair et en os. Les images de Michel Slomka prennent soin de la montrer parce que cette terre est d&#233;sormais ce qui reste des hommes. Il faut deviner que dans la couleur de la pierre se cache des murs qui ont pris cette teinte de poussi&#232;re, de d&#233;sert. Le travail de Michel Slomka tire sa puissance de se tenir &#224; distance et tout pr&#232;s : de poser sur le dehors de l'histoire d&#233;j&#224; le regard de celui qui voudrait comprendre, t&#233;moigner. D&#232;s les premi&#232;res images, on le per&#231;oit : la terre et la ville, d&#233;j&#224; combien la couleur de l'une recouvre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.41.36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.41.36.jpg?1506860535' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'exposition raconte l'histoire d'un regard : on p&#233;n&#232;tre peu &#224; peu dans la ville. On s'approche, oui, comme le photographe, de l'Histoire : images apr&#232;s images, on aborde la r&#233;alit&#233; et sa terreur muette, vide, d&#233;peupl&#233;e. Car la ville est sans hommes, mais r&#233;pandue au milieu d'elle-m&#234;me, pierres &#233;parpill&#233;s, maisons effondr&#233;es, &#233;ventr&#233;es. Dans le monochrome beige de la poussi&#232;re et des pierres, des touches de couleur rappellent le ciel : ici du bleu. Du rouge l&#224;. Des v&#234;tements. Quelques traces que les hommes ont laiss&#233;es et qui sont les hommes m&#234;mes, le signe de leur pr&#233;sence et de leur disparition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.41.50.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.41.50.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;alise qu'on est apr&#232;s : apr&#232;s la ruine, la destruction. Michel Slomka est photographe, pas historien. Ce qu'il raconte est un trajet. On est avec lui. On est dans les ruines sans qu'on ne sache rien. On est apr&#232;s, mais apr&#232;s quoi ? On se retourne pour suivre le fil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fil est rompu. Des images de poussi&#232;re encore tapiss&#233;s de v&#234;tements. Dans leur fuite, les Y&#233;zidis ont laiss&#233; derri&#232;re eux ces &#233;toffes. Surgit ce corps soudain, ce visage : celui qui nous fait face, qui nous regardait tandis qu'on regardait sans rien comprendre les massifs et les ruines.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.42.36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.42.36.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir en arri&#232;re et reprendre le fil de l'histoire. La dignit&#233; du photographe est l&#224; : l'histoire vient apr&#232;s, comme lui est venu apr&#232;s &#8211; on est toujours apr&#232;s la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.42.23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.42.23.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, donc : apr&#232;s mille pers&#233;cutions, mille destructions, mille tentatives f&#233;roces d'acculturations, les Y&#233;zidis sont &#224; Sinjar au d&#233;but des ann&#233;es 1980 et continuent malgr&#233; tout et malgr&#233; l'histoire de v&#233;n&#233;rer leur dieu Paon et de nouer les tissus au pied des arbres, de croire leur croyance et de les transmettre. Concentr&#233;s dans des &lt;i&gt;villages collectifs&lt;/i&gt; sous le pouvoir du r&#233;gime Baas, ils vivent dans une paix relative gr&#226;ce &#224; l'indiff&#233;rence qu'on leur voue. En 2003, la chute de Sadam Hussein les rend de nouveau vuln&#233;rables : et de nouveau des massacres s'annoncent. Les islamistes radicaux les jugent adorateurs du diable. Alors quand le groupe &#201;tat Islamique veut fonder leur Califat, c'est vers les monts du Sinjar qu'ils lancent d'abord leurs pickups : c'est l&#224; d'abord qu'ils massacrent. Le 3 ao&#251;t 2014, les drapeaux noirs sont en vue : au matin, les Y&#233;zidis fuient : sans prendre le temps, on abandonne tout, les temples et les maisons, les v&#234;tements qui pars&#232;meront les routes pour dessiner dans la poussi&#232;res les gestes &#233;tranges de terreur et les visages ; tous courent prendre la route des montagnes. C'est trop tard. Peu gagneront les sommets. Les soldats du Califat seront bient&#244;t l&#224; : ils exigeront qu'ils mettent genoux &#224; terre pour renier leur croyance. Ils s'empareront des enfants qui deviendront &lt;i&gt;Lionceaux du Califat&lt;/i&gt; : combattants martyrs ; ils prendront les femmes aussi, &#233;videmment ; et les hommes, ils les &#233;loigneront un peu de la route, et les ex&#233;cuteront sans mot.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.36.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.39.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.39.jpg?1506860537' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.57.jpg?1506860537' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.48.01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.48.01.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans ensuite, le Sinjar sera le th&#233;&#226;tre des combats : ici passent les routes ver la Syrie et l'Irak : les Kurdes se battront m&#232;tres apr&#232;s m&#232;tres pour reprendre la ville au prix de sa destruction. A partir de l'&#233;t&#233; 2015, les bombardements sont intenses. Quand le jour se l&#232;ve, le 13 novembre 2015, il ne reste plus rien de la ville sacr&#233;e de Sinjar. Mais il faudra attendre ao&#251;t 2017 pour que ces ruines soient lib&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Accompagn&#233; d'un ami cin&#233;aste, &lt;a href=&#034;https://www.alexandreliebert.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexandre Liebert&lt;/a&gt; &#8211; qui rapportera le film &lt;i&gt;Greetings from Sinjar&lt;/i&gt; dont on verra un extrait &#224; la fin de l'exposition : &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/Sinjar&#034;&gt;terrible plan s&#233;quence&lt;/a&gt; qui longe les ruines de la ville comme on passe devant l'Histoire, comme on t&#226;che de la traverser sans s'y confondre, sans faire de notre regard un sacril&#232;ge de plus : pudeur et beaut&#233; du regard, dignit&#233; du geste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film entier verra le jour en 2018. D'autres extraits en ligne sur son vimeo.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, Michel Slomka s'est rendu au pied du mont Sinjar et a visit&#233; les camps o&#249; sont les rescap&#233;s. Il a parl&#233; aux femmes viol&#233;es et aux hommes qui cherchent encore leurs fils. Il a recueilli leurs paroles et leurs visages et les a accompagn&#233;s dans leur vie apr&#232;s la mort. Il dit :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les victimes continuent de ressentir le viol de leur pudeur et de leur int&#233;grit&#233; de mani&#232;re extr&#234;mement aigu&#235;, paralysante. Elles doivent donc inverser leur &#233;tat pr&#233;sent : redevenir agissantes et reconstruire l'espace intime, personnel, inviolable de leur int&#233;riorit&#233;. La parole est l'outil qui va permettre cela, en retissant le voile de la pudeur entre elles et le monde, entre elles et les autres. [&#8230;] Ce n'est pas l'agression qui m'int&#233;resse, mais la mani&#232;re dont elles vivent avec et la conjurent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_5645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.47.08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.47.08.jpg?1506860537' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, il faut lire ces t&#233;moignages : ces hommes et ses femmes qui ont tout perdu, et qui vivent avec cette perte d&#233;sormais &#8211; avec les images de leurs enfants, les derni&#232;res re&#231;ues (en tenue de combat, ou pr&#234;ts &#224; &#234;tre livrer en martyrs, en esclavage) ; celles qu'on trouve sur des r&#233;seaux sociaux : images sans visage. Dans le livre, ces t&#233;moignages sont l'autre portrait de ces vies. Quand Michel Slomka prend ces corps en photo, les regards traversent, sont &#224; c&#244;t&#233;, d&#233;bordent le cadre, exc&#232;dent notre propre regard qui les regarde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.52.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.52.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Conjuration. Si le travail de Michel Slomka est conjuratoire, c'est justement parce qu'ils donnent des armes pour affronter de nouveau le pass&#233; dans la mesure o&#249; il sera un pr&#233;sent possible. Image d&#233;chirante de jeunes filles dansant sur la terre au pied des massifs : comme si cela pouvait continuer, en d&#233;pit du pass&#233;, en d&#233;pit du pr&#233;sent r&#233;duit aux camps de r&#233;fugi&#233;s, en d&#233;pit d'un avenir livr&#233; aux prochaines guerres, aux prochains massacres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; des images conjure aussi. Qu'il pourrait &#234;tre dangereux le pi&#232;ge de la beaut&#233; quand on pourrait peut-&#234;tre s'en tenir aux faits et aux chiffres, au nombre de morts : mais les chiffres pr&#233;cis&#233;ment ne disent qu'eux m&#234;mes, et s'ajoutent aux autres &#8211; ils ne &lt;i&gt;regardent&lt;/i&gt; pauvrement que la communaut&#233; internationale, ils ne nous regardent pas, nous, dans les yeux. La pr&#233;cision de ce travail est aussi essentielle dans sa mati&#232;re : beaut&#233; des images, oui, terrible et puissante, mais qui n'est pas la surface de ce qu'elles racontent : au contraire, qui est leur profondeur : qui dit combien la terreur nous regarde, qu'on la regarde incessamment parce qu'elle a quelque chose &#224; voir avec nous : parce que nous habitons cette histoire qui danse autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.46.57.jpg?1506860537' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vivre une terre et la hanter : si les morts hantent le Sinjar, ces vivants nous hantent aussi. Nous vivons au m&#234;me pr&#233;sent qu'eux : et ce pr&#233;sent tient &#224; la couleur de la terre et aux regards adress&#233;s, il ne tient pas aux nouvelles qu'on lit dans les journaux, mais aux corps qui traverse des jours pour leur survivre, et laissent derri&#232;re eux des v&#234;tements comme des signes, des pri&#232;res comme des reliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des images qui ne sont pas seulement des images : des traces plut&#244;t, qu'un photographe, dans ce pr&#233;cipice de l'Histoire, a recueillies, travers&#233;es lui-m&#234;me, et lev&#233;es pour eux et pour nous. Des n&#339;uds faits pour nous contre l'oubli : des tatouages sur la peau de l'histoire avec le nom des morts qui disent que cette m&#233;moire qui n'est pas la n&#244;tre devient notre souvenir. Images qui disent la vie apr&#232;s la mort, et en cela elles tiennent du miracle. Miraculeux travail d'aller aux plus pr&#232;s de la catastrophe pour dire qu'elle n'aura pas le dernier mot : visages de jeunes filles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et je pense au po&#232;me de Michaux : Visages de jeunes filles, / visage sans &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de m&#232;res en regard des visages d&#233;pos&#233;s dans la poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, on sait le nom de Sinjar et la silhouette de ces fant&#244;mes qui nous peuplent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.55.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-09-29_15.43.55.jpg?1506860536' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;big&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le livre, aux &#233;ditions Charlotte Sometimes :&lt;/h2&gt;&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;&lt;div class='spip_document_5648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.28.52.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.28.52.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.28.58-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.28.58-1.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.01.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.01.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.09.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.09.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.13.jpg?1506860537' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.17-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.17-1.jpg?1506860538' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.22_hdr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.22_hdr.jpg?1506860538' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.24_hdr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.24_hdr.jpg?1506860538' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.56_hdr.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.29.56_hdr.jpg?1506860538' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.30.12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.30.12.jpg?1506860538' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_5658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.30.25-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-10-01_12.30.25-1.jpg?1506860538' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le film entier verra le jour en 2018. D'autres extraits en ligne sur &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/alexliebert&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et je pense au po&#232;me de Michaux : Visages de jeunes filles, / visage sans &#171; je &#187;, / visages sans capitaine. / Miroirs de la race, / visages encore inhabit&#233;s / que la volont&#233; n'a pas eu le temps de durcir / et de rendre forteresse. / Visages ouverts, / visages donn&#233;s, / mais o&#249; il n'y a personne &#224; prendre. / Visages qui ne vous appartiennent pas. / Visages universels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anne Collongues &amp; Olivier Rolin | Nulle part et n'importe o&#249;</title>
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		<description>&lt;p&gt;Anne Collongues &amp; Olivier Rolin, &lt;i&gt;L'heure blanche&lt;/i&gt;, &#201;ditions Le Bec en l'air, f&#233;vrier 2017&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1933.jpg?1497008638' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1933.jpg?1497008736&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Notes de lecture sur le livre &lt;i&gt;L'heure blanche&lt;/i&gt; &#8211; photographies d'Anne Collongues, texte d'Olivier Rolin. Publi&#233; aux &#233;ditions Le Bec en l'Air, f&#233;vrier 2017&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.51.55.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.51.55.jpg?1497008228' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;[/ &lt;i&gt;Il s'agit d'une ville on ne sait pas laquelle. Il semble qu'elle n'&#233;prouve pas le besoin de s'expliquer, se raconter. Elle est l&#224;, comme &#231;a. &#192; prendre ou &#224; laisser. D'une &#233;vidence t&#233;nue, dispers&#233;e, n&#233;gligente, sans aucune centralit&#233; apparente ni monumentalit&#233;. S'agit-il m&#234;me d'une ville ? On pourrait en douter. Sur certaines photos, l'urbanit&#233; est patente, sur d'autres non&lt;/i&gt; ./]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[/Olivier Rolin/]&lt;/p&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_5364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.00.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.00.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce pourrait &#234;tre n'importe o&#249; dans le monde &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin &#224; l'ouverture du livre. Ces &lt;i&gt;nulles part&lt;/i&gt; qui sont le &lt;i&gt;n'importe o&#249;&lt;/i&gt; de notre monde : une ville, forme que prend le monde pour nous d&#233;sormais que le monde est partout dress&#233; devant nous comme ces pierre lev&#233;es entre lesquelles nous vivons, o&#249; nous mourrons : o&#249; d'autres que nous meurent d&#233;j&#224;, sans doute, derri&#232;re ces murs que les photographies d'Anne Collongues ne cherchent pas &#224; traverser, plut&#244;t dans lesquels son regard fraie et qu'elles l&#232;vent. On ne voit m&#234;me plus qu'on vit dans une ville, comme l'air qu'on respire et qui nous peuple. Invisibilit&#233; de la ville qui nous enveloppe, nous constitue : rend invisibles les &#234;tres qui &#233;voluent en elle. &#171; Une pauvre g&#233;om&#233;trie un peu brumeuse o&#249; l'on doit bien habiter (mais on ne voit personne) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.07.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur certaines images, l'urbain s'est presque effac&#233;, r&#233;sorb&#233; dans la terre s&#232;che, jaune, ou bien c'est le ciel blanc qui l'a br&#251;l&#233; &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin. Effacement qui ne laisse voir de la terre seulement ce que la ville elle-m&#234;me a autrefois habit&#233;, avant de se retirer. Le ciel lui-m&#234;me semble partout marqu&#233; par la ville : interrompu par la ville, accroch&#233; &#224; la ville. Br&#251;lure sur le paysage, mais sans feu : de la cendre froide qui ne reprendra plus. La ville effac&#233;e qu'Anne Collongues regarde, ne cesse de produire son effacement, d'occuper la nature comme on occupe un enfant &#8211; pour ne pas qu'il hurle &#8211;, ou un pays en guerre : &#171; ces platitudes fl&#233;ch&#233;es de verticales ne sont pas celles d'un lac sal&#233; mais peut-&#234;tre celles d'un parking ou (plus improbablement, mais le charme aust&#232;re de ces paysages tient &#224; leur ind&#233;termination) d'un terrain d'aviation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.10.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelques m&#226;ts gr&#234;les de lampadaires parmi les troncs plus marqu&#233;s des palmiers attestent qu'on est sans doute dans ce qu'il est convenu d'appeler une ville, ou sa lisi&#232;re &#187; &#233;crit Olivier Rolin. C'est qu'on semble toujours au &lt;i&gt;bord&lt;/i&gt;, ville qui ne semble faite que de sa propre banlieue, ces rues qui pourraient toutes marqu&#233;s le moment o&#249; on va franchir et la d&#233;passer, mais non : ville que chaque rue entoure, et cerne, mais rues qui n'encerclent aucun centre &#8211; sur les images d'Anne Collongues, la ville est toujours son bord, le lieu o&#249; elle pourrait s'interrompre et ne s'interrompt jamais. C'est comme si on avait agrandit la ville en raison de l'effroi du dehors, ville cern&#233;e d'un dehors qui la menace et la maintient &#224; cette forme de banlieue permanente, insistance, immuable dans ses variations m&#234;mes : &#171; La ville, m&#234;me l&#224; o&#249; elle est plus dense, semble toute faite de lisi&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.15.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;sence insistante de la v&#233;g&#233;tation. Pas la v&#233;g&#233;tation normalis&#233;e, polic&#233;e, domestiqu&#233;e, qui est comme un ornement urbain [&#8230;]. Ici, dans cette ville, &#231;a vient plut&#244;t &#224; la va comme j'te pousse &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin. Sauvagerie nonchalante conc&#233;d&#233;e par la ville &#224; ce qu'on nomme la nature : ou est-ce une guerre civile plus sournoise, plus terrible : pousses qui surgissent &#224; m&#234;me le sol dans les anfractuosit&#233;s des routes, entre deux immeubles. Sur chaque photographie, Anne Collongues m&#233;nage cette place &#224; ce qui ne pourrait en avoir, et qui est le contraire de la ville. V&#233;g&#233;tation instable, pr&#233;caire &#8211; mais tenace. On voudrait nous faire croire que les traces de la Nature au milieu des villes sont les derniers vestiges d'une guerre men&#233;e par l'homme contre le Jardin, que la ville est la marque de son triomphe. Chaque image ici d&#233;montre le contraire. C'est la terre qui d&#233;j&#224; s'est lanc&#233;e dans une reconqu&#234;te contre laquelle on ne pourra rien. Devenir de la ville : on sait bien que quand la ville l&#226;chera prise, que les hommes partiront, ou que tous soudain ne seront que poussi&#232;re, la jungle recouvrira la moindre pierre, soutiendra les pierres, sera confondue dans la pierre. Images fugaces de ce futur qui d&#233;j&#224; pousse, nous entoure, nous console des ravages &#224; venir. Cette ville a d&#233;j&#224; compris : elle laisse faire sa destruction. &#171; Je me souviens avoir march&#233;, une nuit, pendant les ann&#233;es de guerre civile &#224; Beyrouth, sur la place des Canons (encore dite place des Martyrs), qui se trouvait sur la ligne de front : les arbres avaient crev&#233; le bitume, au milieu des grandes ruines modernes. J'avais pens&#233; que si un jour la paix revenait, c'&#233;tait &#231;a qu'i faudrait conserver comme m&#233;morial de la guerre : cette patience v&#233;g&#233;tale venant &#224; bout des construction des hommes lorsqu'ils r&#233;pudient leur humanit&#233;, ce rappel de notre pr&#233;carit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.19.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La terre, la rocaille, partout pr&#233;sentes, visibles, alors que les villes, en g&#233;n&#233;ral font enti&#232;rement dispara&#238;tre le sol qui les porte, comme un p&#233;ch&#233; originel &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin. Le Jardin, d&#233;cid&#233;ment, est (plut&#244;t que le lieu) l'enjeu de la guerre civile de l'homme contre ses dieux, ses origines, qu'importe comment on nomme le pass&#233; quand on l'a oubli&#233;. Villes qui exhibent l'absence de terre : ou qui la d&#233;signent dans les parcs cl&#244;t dont la domestication rageuse t&#233;moigne davantage de l'absence de terre &#8211; platanes rang&#233;s dans l'ordre, herbe qui pousse entre des dalles de b&#233;tons, fleurs en pots avec cartouche portant le nom en latin. Mais pas ici, non : pas dans cette ville que regarde obstin&#233;ment Anne Collongues, o&#249; la terre est au milieu de la ville, tant est si bien qu'on pourrait croire que la ville est au milieu de la terre. Alors le pass&#233; revient, ne se laisse pas oubli&#233;, et Olivier Rolin se souvient des villes et des terres qui les portent. Beyrouth, Paris, L&#233;ningrad &#8211; souvenirs de la perspective Nevski dans laquelle il a march&#233;. &#171; &#8216;&#8216;Dans nos villes, &#233;crivais-je alors, on oublie la terre. Pas en Russie : sup&#233;riorit&#233; philosophique &#233;vidente.'' C'&#233;tait il y a longtemps. Saint-P&#233;tersbourg, &#224; pr&#233;sent, a rectifi&#233; tout &#231;a. Tout est rentr&#233; dans le rang, la terre n'exhibe plus, ind&#233;cente, ses dessous. Ici, c'est encore le cas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5369 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.26.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un c&#244;t&#233; terrain vague prononc&#233; &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin. Vague, le mot est vague et nomme si pr&#233;cis&#233;ment cette absence d'organisation de la ville que saisit Anne Collongues : les cadres de ses photographies travaillent avec une singuli&#232;re douceur ce vague des formes et des organisations, refusant de r&#233;tablir l'ordre que la ville d&#233;sorganise &#224; m&#234;me sa terre. Mais une photographie, malgr&#233; soi, encadre le monde, lui donne une rigueur g&#233;om&#233;trique inh&#233;rente &#224; sa forme de photographie, bords du monde qui laissent au-dehors de son image que le vide qui la structure. Et pourtant : force du travail de ces photographies de travailler contre la nature photographique de l'organisation, de laisser vivre autour d'elle ces vagues et de saisir de l'int&#233;rieur le vague du monde qu'elle dresse. Cela tient-il &#224; ce grain d'aube sur l'image ? (&#171; Les rues s'&#233;l&#232;vent dans la lumi&#232;re blanche comme des tapis volants &#187;, &#233;crit David Avidan, dans le beau po&#232;me en h&#233;breux &#224; la fin du livre, qui lui donne son titre). Ou &#224; cette sensation de saisie &#224; l'&#233;paule, en passant, en mouvement ? Ou &#224; l'absence de passants &#8211; images prises au petit matin, vol&#233;e &#224; ces heures o&#249; personne n'est encore l&#224;, ou peut-&#234;tre plus l&#224;. &#171; on y voit en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s peu de figures humaines, [ce qui] pourrait faire penser qu'il s'agit d'une ville que ses habitants viennent d'abandonner pr&#233;cipitamment, laissant quelques mani&#232;res de linge aux fen&#234;tres. Impression, l&#233;g&#232;rement angoissante, de vide, qu'accroit la vacuit&#233; du ciel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5370 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.30.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le disparate de l'architecture renforce, redouble, l'impression de laisser-aller &#187;. Sauvagerie de la nature, sauvagerie de la ville : ville jet&#233;e en d&#233;sordre sur elle-m&#234;me, b&#226;tie sans logique et sans ordre, en d&#233;pit du bon sens, ou comme une provocation contre le sens m&#234;me. Villes m&#233;diterran&#233;enne : quand on marche &#224; Paris au contraire, on le sait, on marche sur l'organisation contre-insurrectionnelle de la bourgeoisie qui vivait avec angoisse la menace des barricades. Longues avenues, immeubles d'&#233;gale hauteur, perspective, angles droits. La ville devenait imprenable. Et puis, puissance de l'id&#233;ologie triomphante : cette ville b&#226;tie contre ceux qui y vivent est devenue l'image m&#234;me de la ville, son essence. Une ville, pense-t-on, c'est cette organisation rigoureuse des rues, l'agencement qui organise la fluidit&#233; des circulations, d&#233;pose les humains sur les bords des routes, trottoirs qui sont justement en marge de la centralit&#233; de la route. Nos villes sont des puissances d'exclusion, des violences faites &#224; nos corps. Mais sur les images d'Anne Collongues, c'est une autre ville, une autre hypoth&#232;se de ville : un d&#233;sordre sans souci de son propre d&#233;sordre. Les immeubles surgissent sans composition dans le cadre qui rend gr&#226;ce de l'arbitraire de leur surgissement, ne cherche pas &#224; r&#233;organiser la ville, la &lt;i&gt;recadrer&lt;/i&gt;. Ici se rejoingnent le geste photographique et celui de cette ville : une puissance d'organisation immanente, vivace, surgissante. &#171; Le d&#233;sordre, l'al&#233;atoire, l'h&#233;t&#233;roclite semblent le principe de cet assemblage d&#233;sassembl&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Rolin &#233;voque le po&#232;me de Michaux, Contre ! : je vous construirai une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.37.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; dire vrai, cette ville fait extraordinairement africaine &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin, qui se souvient de son enfance pass&#233;e en Afrique de l'Ouest. Terre, broussaille, organisation libre et insurrectionnelle des rues : on est au sud, br&#251;lure que chaque photo d'Anne Collongues traque, chasse, saisit, ressasse. L'Afrique est cependant ici Isra&#235;l. Peut-&#234;tre est-ce vrai : que cette terre est l'Afrique au lieu o&#249; elle passe de l'autre c&#244;t&#233; du monde ; que cette ville est le passage entre l'Afrique et l'Asie, au passage de l'Europe. Terre Sainte qu'on avait cru le Centre Sacr&#233; de nos Histoires, et qui n'est qu'un trait-d'union, une mani&#232;re de pont lanc&#233; sur les gouffres. D'ailleurs, rien qui ne signe cette terre : dans nos villes, les images et les &#233;crits sont autant de &lt;i&gt;pollution visuelle&lt;/i&gt;. Essayez de poser les yeux sur la ville qui vous entoure sans lire quelque chose : impossible. Pas ici. Ici, aucun panneau, aucune direction, aucun nom de bar, de pharmacie, de commissariat. Simplement des murs et de la terre, et dans le cadre : strates de surfaces (le sol, l'immeuble, le ciel) lev&#233; dans un cama&#239;eux de couleurs &#233;tales qui sont la seule inscription visible, muette, &#233;vidente, incertaine d'elle-m&#234;me. &#171; Je retrouve son m&#233;lange de modernit&#233; et de v&#233;tust&#233;, son h&#233;sitation &#224; &#234;tre urbaine. Son tissu d&#233;chir&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.42.jpg?1497008229' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une ville o&#249; je ne suis jamais all&#233;, que je n'imaginais pas du tout comme &#231;a. Je la voyais plus moderne, plus agressive, plus contente d'elle &#187;. Tel-Aviv, puisque c'est de Tel-Aviv dont Anne Collongues fait le portrait, existe comme toutes les villes avant de les voir. J'ai moi-m&#234;me mille images de Lvov, de Mexico, de Tokyo, de Tombouctou o&#249; je ne suis jamais all&#233; : de Tel-Aviv aussi, de Quimper, de New York. Noms de ville : son image d&#233;j&#224;. L'&#233;tranget&#233; des images d'Anne Collongues, c'est &#224; la fois de faire surgir une ville inconnue pour nous, sans pour autant laisser la sensation qu'elle l'invente, qu'elle cherchera &#224; tous prix &#224; nous montrer &lt;i&gt;un visage cach&#233;&lt;/i&gt; de la ville. Non, c'est bien Tel-Aviv, pense-t-on et pourtant, non, on ne la pensait pas telle : &#233;trange de reconna&#238;tre une ville qu'on ne connaissait pas et qui contrevient &#224; nos attentes : l'&#233;l&#233;gance de montrer sans fard une ville tel qu'en elle m&#234;me. Cela tient sans doute au fait qu'Anne Collongues &lt;i&gt;connaisse&lt;/i&gt; cette ville, en ait fait l'usage : usage de la ville qu'on per&#231;oit sur chaque image, qui donne tant d'images de cette ville, que chaque image renouvelle. &#171; Une ville, &#231;a n'est pas, c'est cent, mille villes diff&#233;rentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.47.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.47.jpg?1497008230' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les photos d'Anne Collongues ne d&#233;montrent rien, mais il semble que ce soit la ville elle-m&#234;me qui ne d&#233;montre rien. &#187; &#8211; &#233;crit Olivier Rolin. Photographies qui t&#226;chent de rejoindre une exp&#233;rience de la ville, une exp&#233;rience simple et vivante de l'avoir habit&#233;e, d'avoir &#233;t&#233;, pour un temps, trois ans, une parmi la ville, sa ville, habitante de cet ensemble compos&#233; par ses murs et ses corps, sa ville. De l&#224;, cette sensation d'immanence : pas ce regard pos&#233; comme quand on visite une ville pour deux jours et qu'on cherche des singularit&#233;s, qu'on voudrait, de l'ext&#233;rieur d'elle, en arracher l'essence de notre point de vue. Le point de vue d'Anne Collongues est celui de la ville, d'une ville v&#233;cue par elle-m&#234;me et sans volont&#233; d'en dire quelque chose. Ce refus du discours en surplomb &lt;i&gt;t&#233;moigne&lt;/i&gt;, plut&#244;t qu'il raconte. Et le texte d'Olivier Rolin, dignement, voudrait se confondre avec ce geste, t&#226;che de lire dans les images ce dont t&#233;moigne un tel t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.55-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.52.55-2.jpg?1497009133' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Livre pr&#233;cieux pour voir les villes et les saisir : le regard d'un photographe et la langue d'un auteur auront, le temps de la lecture, d&#233;sir&#233; conserver de la ville sa nature de ville, luttant contre la tentation bien facile de l'emporter vers ce qu'elle n'est pas, par exemple l'image d'une ville : et pourtant, c'est par l'image que cette ville est lev&#233;e et saisie dans le livre. S'il est difficile, confie Olivier Rolin &#224; la fin du livre, d'&#233;crire &#224; c&#244;t&#233; de telles photographies sans c&#233;der au commentaire &#8211; commentaire que ces images ont refus&#233; de faire sur la ville &#8211;, il est encore plus d&#233;licat de ne pas commenter le texte en retour : alors avoir d&#233;sirer &#233;crire comme ces pousses sauvages fraient entre le b&#233;ton br&#251;l&#233; du soleil de cette ville. &#201;crire pour mieux voir, mieux lire, &#234;tre la sauvagerie et le b&#233;ton, cette surface et cette immanence &#8211; faire l'exp&#233;rience de frayer sauvagement, entre la terre et le ciel, entre le ciment et la roche, le regard et la langue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.53.08.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-06-09_12.53.08.jpg?1497008230' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Rolin &#233;voque le po&#232;me de Michaux, &lt;i&gt;Contre !&lt;/i&gt; : je vous construirai une ville avec des loques, moi !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet, Olivier Neveux | La part d'ombre</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/essais/article/le-theatre-de-jean-genet-olivier-neveux-la-part-d-ombre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/essais/article/le-theatre-de-jean-genet-olivier-neveux-la-part-d-ombre</guid>
		<dc:date>2017-04-02T13:16:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Genet</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_ombre</dc:subject>
		<dc:subject>_Olivier Neveux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Que perdrait-on si l'on perdait le th&#233;&#226;tre ? &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/essais/" rel="directory"&gt;essais&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-genet" rel="tag"&gt;_Jean Genet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ombre" rel="tag"&gt;_ombre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_olivier-neveux" rel="tag"&gt;_Olivier Neveux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1893.jpg?1491138759' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes de lecture pour carnets d'&#233;criture (pour &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article1705&#034;&gt;les r&#234;ves, c'est ailleurs&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Olivier Neveux, &lt;i&gt;&lt;sc&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ombres-blancheshttp://www.ombres-blanches.fr/theatre/theatre-autres/livre/le-theatre-de-jean-genet/olivier-neveux/9782825802694.html.fr/theatre/theatre-autres/livre/le-theatre-de-jean-genet/olivier-neveux/9782825802694.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet&lt;/a&gt;&lt;/sc&gt;&lt;/i&gt;, Ides &amp;Calendes,
&lt;br/&gt; parution novembre 2016&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour des critiques plus rigoureuses de l'essai d'Olivier Neveux : lire par exemple :
&lt;br /&gt;&#8212; Sur &lt;i&gt;non-fiction,&lt;/i&gt; par &lt;a href=&#034;http://www.nonfiction.fr/article-8570-jean_genet_le_theatre_peut_etre_ennuyeux.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Christian Ruby&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Un extrait sur la revue &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/neveux-genet-theatre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5264 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/03genet1-master1050-v2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/03genet1-master1050-v2.jpg?1491138624' width='500' height='417' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Genet, quelle le&#231;on ? Aucune. Exemplaire au sens o&#249; il l'entendait &#8211; &lt;i&gt;exemplaire unique&lt;/i&gt;, l'&#339;uvre de Genet demeure sans exemple ni devenir, sans h&#233;ritage. Mais lire Genet, apr&#232;s lui, encore, est un mouvement qui porte en lui une n&#233;cessit&#233; inqui&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lire : et lire dans ces textes davantage que des textes, mais la pens&#233;e intraitable pour notre pr&#233;sent. Quelque chose qui s'expose &#224; son propre risque, qui m'expose &#224; ce qui d&#233;borde le seul acquiescement &#224; un monde, &#224; une &#339;uvre. Et pourtant, retour incessant &#224; Genet (ses romans, et puis, peu &#224; peu ces derni&#232;res ann&#233;es, son th&#233;&#226;tre de nouveau, que j'avais d&#233;laiss&#233;), retour qui est toujours de nouveau l'exposition au risque. Ne pas se payer de mots : aujourd'hui, Genet cit&#233; partout est devenu un &lt;i&gt;classique&lt;/i&gt;, on lui arrache des phrases devenues des citations, on monte ses pi&#232;ces dans les th&#233;&#226;tres, on l'enseigne. Comment garder malgr&#233; tout &#8212; et m&#234;me pour cette raison de la &lt;i&gt;transmission&lt;/i&gt; &#8212; ce risque et cette inqui&#233;tude farouche ? Non pour le parfum du &lt;i&gt;souffre&lt;/i&gt;, toujours &#224; peu de frais rappel&#233; et qui fait partie d'un discours officiel qui voudrait le cautionner aussi pour cela, mais dans l'impossible m&#234;me de le lire. &#171; Si mon th&#233;&#226;tre pue, c'est que l'autre sent bon &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;trange mot d'&#8230;, &#338;uvres Compl&#232;tes, Pl&#233;iade, p. 883&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; parfum qui attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, que lire en lui, en nous, et dans ce monde qui est celui-l&#224;, qui a pi&#233;tin&#233; Genet et &lt;i&gt;ne l'a pas convaincu&lt;/i&gt;, celui qui pi&#233;tine &#224; marche forc&#233;e tout ce qui nous rend ce monde encore d&#233;sirable, et qui s'efface, que lire sinon cet effacement et ce crachat qui en l&#232;ve la visibilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est apr&#232;s Genet &#8212; trente ans apr&#232;s, jour pour jour ou presque apr&#232;s la d&#233;couverte de son corps dans cet h&#244;tel du treizi&#232;me arrondissement. Deux ans, j'aurais v&#233;cu tout pr&#232;s de cet h&#244;tel sans gr&#226;ce et sans lumi&#232;re : on est trente apr&#232;s, mon &#226;ge presque, et on se demande si c'est apr&#232;s qu'on est, ou simplement dans cette fin intermin&#233;e des choses qui a commenc&#233; avec le corps de Genet retrouv&#233; seul, mort parce qu'il &#233;tait seul dans cette chambre cette nuit-l&#224; o&#249; peut-&#234;tre il a cri&#233; &#224; l'aide : mais une mauvaise chute, seul, ne pardonne pas, et le cri &#233;tait rest&#233; dans sa gorge peut-&#234;tre, et dans sa solitude de l'h&#244;tel triste du treizi&#232;me arrondissement, la nuit du quinze avril &#8212; et on ne saura jamais, dans cette nuit, si c'&#233;tait le quatorze ou le quinze : &#233;videmment peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est dans ce &lt;i&gt;peu importe&lt;/i&gt; des choses quand elles sont mortes et que la vie seule demeure, encore, incertaine et fragile, mais essentielle, possible peut-&#234;tre &#8211; qu'on est dans ce &lt;i&gt;peut-&#234;tre&lt;/i&gt; essentiel qui ne tiendrait qu'&#224; nous, et qu'on cherche des forces dans des forces jet&#233;es sur la page non pour la r&#233;duire ou s'y r&#233;fugier, mais pour rendre cette vie inacceptable, inconvenante et impossible, essentielle malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout recommence alors, de Genet, et de ce qu'il laisse &#8212; de l'impossible vie contre laquelle il aura jet&#233; toutes les forces, et d'abord contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L446xH618/jean-genet-40259.jpg?1769978930' width='446' height='618' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car il y a cela, avant tout : on est une part de ce monde abject, nous aussi ; oui, on est, lecteur de Genet : et qui d'autre lit Genet que ceux-l&#224; contre qui il &#233;crit, cette langue et ces jeux de surface avec la profondeur, qui serait sensible &#224; ces beaut&#233;s terribles, qui peut jouir des codes et des structures, des terreurs quand elles sont belles ? Lecteurs de Genet, on est dans le pi&#232;ge d'un th&#233;&#226;tre o&#249; on serait de fait toujours du c&#244;t&#233; de la carabine de Tchekov, celle qui est charg&#233;e quand elle est sur sc&#232;ne, et pas n&#233;cessairement du bon c&#244;t&#233; de la carabine. On est lecteur de Genet : ennemi au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'inqui&#233;tude, la blessure aussi. On porte n&#233;cessairement ce contre quoi il &#233;crit, et on est aussi, en nous, ce qui est inaccept&#233;, et impossible. Lire Genet encore, et le lire au lieu o&#249; il &#233;crit, ce serait se tenir de ce c&#244;t&#233; r&#233;cus&#233; du monde o&#249; &#233;videmment on se tient, nous qui tenons ce livre qu'on rangera sur nos &#233;tag&#232;res parmi d'autres livres comme s'il s'agissait de livres, et de livres destin&#233;s &#224; &#234;tre achet&#233;s, lus, rang&#233;s. Mais lire Genet malgr&#233; tout, au nom peut-&#234;tre de l'inconvenant, et pour cette raison qu'en le lisant on est rang&#233; de ce c&#244;t&#233; abject du monde, de l'autre c&#244;t&#233; de la page, ce c&#244;t&#233; qui aura pi&#233;tin&#233; Genet (Van Gogh et Artaud, et Sarah Kane, et combien d'autres, non pas anonymes, mais sans nom connu, liste &#224; poursuivre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours la terreur et l'exp&#233;rience : lire Genet, au nom de cette situation o&#249; cela nous met, n&#233;cessairement. Mais dans ce jeu de r&#244;le, on sait aussi qu'on est travers&#233; de forces contraires : qu'on lit Genet aussi contre nous-m&#234;mes, et avec cette part de nous qui nous fait le monde ha&#239;ssable &#233;galement, et impossible. Que Genet &#233;crivait aussi contre lui. Cela ne sauve pas, ne console de rien &#8212; mais appelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Genet, c'est bien avant ces textes, l'&#233;preuve de ce th&#233;&#226;tre qui dispose et oppose dans l'espace politique ces rapports de force : on lit la situation dans laquelle on est face &#224; ce monde impossible autant que des textes qui en traverse l'impossible et l'insulte. On est d'embl&#233;e dans l'espace politique comme dans un champ de force terrible. On est ce qui est insult&#233; et ce par quoi le monde est insult&#233;. Alors on lit Genet, encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des forces du texte d'Olivier Neveux, cette arme de plus pour l'intelligence du pr&#233;sent. Situer l'exp&#233;rience de lire Genet en regard de l'&#233;criture : lier l'&#233;criture et la lecture dans ces rapports complexes, mais fondateurs de confrontation, d'invention, de travers&#233;e. Souci f&#233;roce de remonter &#224; cette racine, celle qui nous met face &#224; l'&#339;uvre et au monde, position que nous met l'&#339;uvre face au monde, et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ce th&#233;&#226;tre des forces, le th&#233;&#226;tre de Genet est bien davantage qu'une sc&#232;ne o&#249; faire entendre des &lt;i&gt;id&#233;es&lt;/i&gt;, plut&#244;t l'espace concret de cette mise en regard symbolique et radicale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/media.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/media.jpg?1491138625' width='500' height='622' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi la profusion d'ouvrages sur Genet, sa vie et son &#339;uvre &#8212; bien (trop) souvent sa vie dans son &#339;uvre &#8212;, rares sont les livres sur son th&#233;&#226;tre o&#249; se saisit pleinement et singuli&#232;rement cet espace absolument singulier qu'aura &#233;t&#233; pour Genet ce th&#233;&#226;tre, dans la vie et dans l'&#339;uvre, dans la mesure surtout o&#249; ce th&#233;&#226;tre d&#233;ploie et s'interroge sur la vie et l'&#339;uvre, absolument et singuli&#232;rement. C'est la force, pr&#233;cise et dense, du livre d'Olivier Neveux : penser le th&#233;&#226;tre de Genet non comme illustration de th&#232;mes, comme un aspect de &#171; l'&#339;uvre &#187;, mais comme principe. Celui qui met en demeure, d&#233;signe aussi bien une pens&#233;e que la fa&#231;on dont elle s'est pens&#233;e : un agir, en tous points. Et puisque le th&#233;&#226;tre fut la marge active de l'&#339;uvre &#8212; action qui envisage et d&#233;visage l'&#339;uvre et la pens&#233;e qu'elle nous a laiss&#233;e dans le contraire de l'h&#233;ritage &#8212;, cette pens&#233;e est l'ombre de l'&#339;uvre et celle de la vie : cette part d'ombre qui rend visibles, dans l'invisibilit&#233; o&#249; elle se tient, les forces redoutables qui conteste le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que perdrait-on si l'on perdait le th&#233;&#226;tre ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Question qui ouvre l'ouvrage, qui d&#233;chire aussi cette vie de part en part, et notre temps ; car la r&#233;ponse est peu discutable : oui, il faut bien l'avouer, peu de choses en v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Genet, question qui est au c&#339;ur d'un mouvement &#233;trange, aberrant et essentiel, &lt;i&gt;d&#233;chirant&lt;/i&gt;, puisque dans l'incertitude de la perte, l'&#233;criture appara&#238;t pour ce qu'elle est : une futilit&#233; ; et cette futilit&#233; lance pourtant le d&#233;sir &lt;i&gt;malgr&#233; tout&lt;/i&gt; de l'&#233;criture &#8212; et m&#234;me au nom, en raison de cette futilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Futilit&#233;, et davantage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jean_genet_penche_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jean_genet_penche_.jpg?1491140762' width='500' height='397' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris dans lequel Genet tenait le th&#233;&#226;tre est consid&#233;rable : il ne le cachait pas, le r&#233;p&#233;tera souvent, et d&#232;s le d&#233;but. L'hostilit&#233; qu'il nourrit rejoint celle d'Artaud, qui lui aussi &#233;prouva un d&#233;go&#251;t sans r&#233;mission pour les singeries de salon de notre th&#233;&#226;tre ; d&#233;go&#251;t d'autant plus grand qu'il lui sauta au visage tout ce qu'on a perdu, nous, au th&#233;&#226;tre, du th&#233;&#226;tre, quand Artaud vit les danseurs balinais &#224; l'exposition coloniale en 1931. Genet n'a, lui, pas besoin d'en faire l'exp&#233;rience : l'intuition que le th&#233;&#226;tre d'ici n'est qu'un mime grotesque des puissances d'ailleurs et d'autrefois lui suffit. &#171; Ce qu'on m'a rapport&#233; des fastes japonais, chinois ou balinais, et l'id&#233;e magnifi&#233;e peut-&#234;tre qui s'obstine dans mon cerveau me rend trop grossi&#232;re la formule du th&#233;&#226;tre occidental &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Jean-Jacques Pauvert, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 815-816&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Phrase qu'on pourrait lire dans &lt;i&gt;Le Th&#233;&#226;tre et son double&lt;/i&gt;. La c&#233;r&#233;monie profonde, le sacr&#233; sans quoi le monde cesse, les profondeurs secr&#232;tes et magiques des sc&#232;nes orientales, on ne les retrouve pas sur nos sc&#232;nes, au contraire. La mascarade bourgeoise qui tient lieu de th&#233;&#226;tre ici fait honte &#224; l'id&#233;e de th&#233;&#226;tre : froissements d'&#226;mes d'une classe qui face &#224; ses semblables se regardent rire ou pleurer, qu'importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut partir de l&#224;, prendre appui sur ce d&#233;go&#251;t, prendre acte de cette hostilit&#233; avant qu'elle ne devienne simple indiff&#233;rence. C'est le premier mouvement : r&#233;cuser absolument les formes donn&#233;es de l'art, celles dans lesquelles l'art se donne ici, comme art, objet culturel offert &#224; la consommation imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette hostilit&#233;, &#233;crire est une morsure. Elle ob&#233;it aux lois de la f&#233;rocit&#233; : de brusques lanc&#233;es, des retraits, des respirations, des &#224;-coups successifs pour laisser le temps peut-&#234;tre de recomposer en soi suffisamment de col&#232;re. Les mouvements de l'&#233;criture th&#233;&#226;trale de Genet sont des secousses : on sait le myst&#232;re de ces allers et retours, les p&#233;riodes o&#249; en quelques ann&#233;es il commet plusieurs pi&#232;ces (1942-1948 ; 1955-1962), et les longues ann&#233;es sans rien, la fr&#233;n&#233;sie d'&#233;crire qui n'est jamais un caprice, mais doit toujours r&#233;pondre d'une n&#233;cessit&#233; profonde, d'une rencontre avec l'injonction des rencontres, des circonstances, du d&#233;sir, du ressentiment aussi &#8211; puis des silences qu'il n'expliquera pas ; la vie au juste n'a pas besoin de se justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Neveux prend la mesure de cette hostilit&#233; qui n'est pas pure r&#233;cusation. C'est que le &lt;i&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; n'est pas dans le th&#233;&#226;tre qu'on voit, sur nos sc&#232;nes d&#233;faites, vaincues, tristes &#8211; qui sont celles de nos jours. Le th&#233;&#226;tre est ailleurs, plus terrible, dans la th&#233;&#226;tralit&#233;, ce &#171; besoin de proposer non des signes, mais des images compl&#232;tes, compactes, dissimulant une r&#233;alit&#233; qui est peut-&#234;tre une absence d'&#234;tre. Le vide. Afin de r&#233;aliser l'image d&#233;finitive qu'il veut projeter dans un futur absent autant que son pr&#233;sent, chaque homme est capable d'actes d&#233;finitifs qui le feront basculer dans le n&#233;ant &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet, Un Captif amoureux, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 430.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le th&#233;&#226;tre est finalement cette arme capable de d&#233;sarmer la d&#233;sesp&#233;rance de nos th&#233;&#226;tres, ou plut&#244;t d'armer plus justement la capacit&#233; de vies qui voudraient ne pas s'en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, on lit l'ouvrage de Neveux comme un texte qui exc&#232;de les enjeux propres &#224; Genet, propres au th&#233;&#226;tre m&#234;me : &#171; &#224; quoi bon des po&#232;tes en temps de crise/de manque/de peine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wozu dichter in d&#252;rftiger Zeit ? &#8211; voir sur le Tiers-Livre de Fran&#231;ois Bon&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, demandait H&#246;lderlin. Dans les temps qui sont les n&#244;tres, Genet para&#238;t ni comme mod&#232;le, encore moins comme exemple, mais comme lieu de cette question de l'hostilit&#233; : celle qui porte la perte que constituerait un temps sans th&#233;&#226;tre, celle qui prend le risque de cette perte, &#224; chaque texte, s'expose au risque de perdre avec le th&#233;&#226;tre ce que le th&#233;&#226;tre peut en retour armer : th&#233;&#226;tre qui s'&#233;crit pour que le th&#233;&#226;tre, l'autre, aille &#224; sa perte. Et &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la perte, envisager aussi ce que le th&#233;&#226;tre peut, &lt;i&gt;malgr&#233; tout&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pages denses, ou pi&#232;ce apr&#232;s pi&#232;ce, O. Neveux envisage les po&#233;tiques singuli&#232;res de Genet. Emport&#233; par les ann&#233;es d'&#233;critures qui accumulent projets et textes, suivant &#224; la lettre &#8212; et dans les lettres &#8212;, le projet de Genet si terriblement rigoureux, et si docilement ouvert &#224; ses propres hasards, les joies des rencontres, les mondes qu'il affronte, ou qui s'affrontent &#224; lui (l'Alg&#233;rie, la mort, la condamnation morale de la soci&#233;t&#233; asphyxiante des ann&#233;es 50 et 60). Suivant ces lignes, ces brisures successives &#8211; ruptures qui sont le principe d'organisation et d'accroissement de cette ligne d'&#233;criture &#8211;, Neveux lit aussi dans et &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; chaque texte, un &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; redoutable, qui inqui&#232;te toujours plus avant l'&#233;criture, emp&#234;che toute v&#233;rit&#233; de se constituer, arr&#234;te chaque v&#233;rit&#233;. C'est une menace qui sauve aussi le texte d'&#234;tre une simple charge. Principe de destitution plut&#244;t de constitution. Genet &#233;crit le contre-th&#233;&#226;tre du th&#233;&#226;tre sans jamais que ce contre soit lui-m&#234;me une proposition &#8211; il op&#232;re dans le n&#233;gatif de la vie en refusant que ce n&#233;gatif soit un p&#244;le de refondation de cette vie. &#171; C'est du n&#233;gatif de cette rive que s'observe le monde pour Genet et que se pense et s'imagine toute chose. Il n'entend jamais jouer la r&#233;conciliation, il n'est porteur d'aucune positivit&#233;, f&#251;t-elle radicalement alternative &#224; cette soci&#233;t&#233;. Il ne propose rien, ne d&#233;fend rien. Il destitue, d&#233;courage, d&#233;fait, d&#233;stabilise. Et il commence par l'art qu'il prive, en quelque sorte, de sa justification politique humaniste. Il ne fera pas le bien &#8212; ni dans ses fables ni dans ses effets. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Neveux, Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet p. 53&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/genet_jean_black.jpg?1491140310' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'esprit qui dit non : mais non pas pour le non. Et jamais enfin pour dresser l'image d'un refus qui se suffirait &#224; soi-m&#234;me, deviendrait posture, conscience morale encore. Et encore moins pour faire du non un autre oui : faire du mal un bien. Ce serait au non aussi qu'il faudra dire non. Inscrit apr&#232;s l'&#233;criture des ann&#233;es 1950 dans des luttes qui n'ont rien, elles, de th&#233;&#226;trales &#8212; on sait son combat aux c&#244;t&#233;s des insurg&#233;s alg&#233;riens, des Palestiniens, des militants noirs am&#233;ricains, des prisonniers &#8212;, Genet ne fait pas de ses pi&#232;ces l'espace de la lutte parce qu'elle assignerait de nouveau le th&#233;&#226;tre &#224; un tribunal. Le th&#233;&#226;tre de Genet est &lt;i&gt;d&#233;solant&lt;/i&gt;, comme il le dira lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Frechtman, Th&#233;&#226;tre Complet, p. 940&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; parce qu'il ne se pose pas, ne propose pas &#8212; ne repose rien, d&#233;place incessamment ses r&#232;gles et ses positions (comme sur un th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations, o&#249; la position permet de jouir de points de vue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Genet ne console pas &#8211; n'offre finalement aucune mise &#224; jour d'aucune sorte, plut&#244;t un effort de ne pas rendre clair. Un d&#233;sir d'ombre. C'est l&#224; son &#233;clat, et sa situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le dernier chapitre de l'essai d'Olivier Neveux : &#171; au pays de l'ombre et du monstre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet, Les Paravents, p. 169&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; La crise, &#233;crivait Gramsci, c'est lorsque le vieux monde refuse de mourir et le nouveau peine &#224; na&#238;tre. Et dans le clair-obscur surgissent les monstres. &#187; Nous y sommes : au temps des monstres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5265 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2017-04-02_14.23.17.png?1491138625' width='500' height='395' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment les affronter, ces monstres du pouvoir qui ont pris le visage de notre temps : clowns, masques de laideur pos&#233;s sur les visages du pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ce qu'en dit Patrick Boucheron, sa premi&#232;re le&#231;on de son cours au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : o&#249; le masque, perruque, gueule enfarin&#233;e &#8212; fausset&#233;s de toute sorte affich&#233;es comme signe d'authenticit&#233; &#8212; sont autant de strat&#233;gies de nos Princes : car comment arracher le masque d'un masque, &#244;ter la perruque d'une perruque ? Postiche offert en v&#233;rit&#233; (alternative). Quel th&#233;&#226;tre pour nous affranchir de ce th&#233;&#226;tre qui s'exhibe d&#233;sormais comme tel, avec ses faits alternatifs, ses fables qui sont des v&#233;rit&#233;s de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;post-truth, post-power&lt;/i&gt; ? Justement, ce serait aussi par le masque qu'on pourrait les affronter, monter &#224; l'assaut de cette laideur avec la beaut&#233; &lt;i&gt;ravageuse et indiscutable&lt;/i&gt; des corps fragiles et des silences, ou des langues inou&#239;es, acteurs mont&#233;s sur cothurnes, des macs qui parleraient dans la langue classique non pour la glorifier, mais pour l'attaquer, la blesser, l'alt&#233;rer. Oui, pour traverser les formes de ce pouvoir que la langue porte, peut-&#234;tre faut-il d'autres monstres : d'autres surgissements qui feraient de ce surgissement l'espace d'une d&#233;chirure au sein de la langue et de notre temps, monstres de beaut&#233; aussi &#8212; ou la laideur est une fa&#231;on de resplendir : L&#233;&#239;la dans &lt;i&gt;Les Paravents&lt;/i&gt;, les assassins qui font p&#226;lir le jour dans presque chaque texte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5269 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L400xH266/paravents-occident-c59cb.jpg?1769978930' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#338;uvre inacceptable de Genet et pour cela essentielle. Inacceptable parce qu'elle se l&#232;ve dans ces moments o&#249; tous r&#233;clament que l'artiste &#339;uvre au vivre-ensemble, qu'il caut&#233;rise la plaie des liens sociaux ab&#238;m&#233;s. L&#224; o&#249; le pouvoir s'est retir&#233;, c'est ici qu'il r&#233;clame aux artistes d'intervenir pour soigner. C'est l&#224; que Genet fouille encore davantage les plaies. Mais Genet ne suit pas non plus la voie des &#339;uvres qu'on c&#233;l&#232;bre justement pour leur odeur de soufre, leurs facult&#233;s &#224; r&#233;pondre joyeusement aux bas instincts qui permettent aux refoul&#233;s racistes ou haineux de s'exercer librement dans l'alibi de l'art. Ces &#339;uvres qui se frottent les mains d'&#234;tre abjectes au nom de l'art qui &lt;i&gt;se permet tout&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;De tout cela et des d&#233;magogies diverses qui peuvent en r&#233;sulter, l'&#339;uvre de Genet se tient &#224; grandes distances, &#233;crit Olivier Neveux. Elle ne construit pas la soci&#233;t&#233;, elle souhaite sa perte ; elle n'&#233;mancipe pas les opprim&#233;s, elle s'adresse aux oppresseurs pour leur laisser un go&#251;t de cadavre en bouche [&#8230;] ; elle ne fait pas parler les pauvres, les noirs et les &#8220;domestiques&#8221; autrement qu'&#224; son go&#251;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se souvenir que Les Bonnes s'ouvrent sur la parole d'une &#8220;bonne&#8221; qui imite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle ne lib&#232;re pas les spectateurs de leur position de spectateur ; elle n'est ni immersion ni participative ; elle ne documente rien ; ne rivalise pas avec les discours dominants ; elle d&#233;daigne les vivants pour les morts ; elle est ambig&#252;e, louche ; elle est m&#233;chante, injuste. &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Neveux, Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet, p. 98&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Une &#339;uvre qui ne peut en rien faire &#233;cho avec la mani&#232;re dont tous voudraient que le th&#233;&#226;tre soit. Mais aujourd'hui, quand elle est jou&#233;e, nos metteurs en sc&#232;ne rendent cette injustice jolie, ce th&#233;&#226;tre th&#233;&#226;tral : ils rabattent ces insultes en gestes, cette pratique en forme. On comprend pourquoi ils voudraient la d&#233;sarmer, pr&#233;cis&#233;ment parce que cette grenade ne peut qu'exploser dans les mains de ceux qui les manipulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire la soci&#233;t&#233; : l'&#339;uvre de Genet ne peut se penser et se voir qu'avec &#171; ce go&#251;t de cadavre dans la bouche &#187; qui remet la vie en bonne place, et surtout pas dans un th&#233;&#226;tre. Politique du refus, de la r&#233;cusation, qui permet au moins que s'expose ce qui est refus&#233;, en bloc, et avant tout ceci : ce monde et sa logique, l'organisation savante de ses rouages qui sait fabriquer seulement notre destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas d'autres mondes, il y a d'autres mani&#232;res de vivre &#187;, &#233;crivait Mesrine. Pas d'autres mondes pour Genet non plus : et rien &#224; proposer. Quant aux mani&#232;res de vivre, on comprend qu'elle ne peut concerner que soi-m&#234;me, d'abord &#8212; le commun serait &#224; la conclusion, ou &#224; la continuation, de ces vies autrement men&#233;es, selon d'autres forces que celles qu'impose notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on peine &#224; comprendre &#8212; &#224; saisir &#8212; Genet, c'est parce qu'on lui r&#233;clame cela : des propositions (un &lt;i&gt;programme&lt;/i&gt;, avec sa liste de &lt;i&gt;mesures&lt;/i&gt;, le dessin d'un avenir plus ou moins &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;), quand lui ne pouvait s'en tenir qu'&#224; la solitude d'&#234;tre lui-m&#234;me face au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question : que faire de cette solitude, de nos solitudes ? Les luttes viennent sans doute de ces r&#233;cusations ; en tous cas elles ne rel&#232;vent pas de formes que le th&#233;&#226;tre ou la po&#233;sie l&#232;veraient dans le noir des salles ou le silence de la lecture. Le monde est plut&#244;t dehors.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/the-balcony-jean-genet_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/the-balcony-jean-genet_1_.jpg?1491140762' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre et po&#233;sie qui ne cesseront pas de le dire : que le th&#233;&#226;tre et la po&#233;sie sont absolument s&#233;par&#233;s du monde et de la vie, et du bien commun ; qu'elle est le dedans et la solitude, et la s&#233;paration en acte. &#171; J'ai toujours d&#233;test&#233; le th&#233;&#226;tre parce que c'est le contraire de la vie, disait Kolt&#232;s, mais je l'aime quand m&#234;me, car c'est le seul endroit o&#249; on peut dire que c'est le contraire de la vie &#187;. Th&#233;&#226;tre qui dit la s&#233;paration au nom de ce qui l'en s&#233;pare aussi : du monde qui est dehors dans le jour ou la nuit pr&#233;cis&#233;ment parce qu'on est dedans, le soir, au th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pour cela que, aux yeux de Genet, le th&#233;&#226;tre doit &#234;tre le plus s&#233;par&#233; que possible du monde : qu'il soit le lieu de la th&#233;&#226;tralit&#233; &lt;i&gt;excessive&lt;/i&gt;, des gestes impossibles, des cris et des beaut&#233;s insens&#233;es, des douleurs aussi, et de la mort aussi, qui est l'impossible incarn&#233; de nos vies. Th&#233;&#226;tre qui l&#232;ve le corps des morts (&lt;i&gt;Les Paravents&lt;/i&gt;). Th&#233;&#226;tre qui se dresse dans les cimeti&#232;res : r&#234;ve de Genet qui fait r&#234;ver. &#171; Aux urbanistes futurs, nous demandons de m&#233;nager un cimeti&#232;re dans la ville,&#8230;, o&#249; au milieu des tombes, on &#233;rigera un th&#233;&#226;tre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;trange mot d'&#8230;, p. 860.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors th&#233;&#226;tre qui redevient cette force : celle qui sait qu'il n'a rien &#224; proposer, rien &#224; savoir, rien &#224; accomplir. Puisque l'accomplissement, la lutte et les savoirs rel&#232;vent de ce qui commence quand le th&#233;&#226;tre s'ach&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Que seront les cimeti&#232;res ? Un four capable de d&#233;sagr&#233;ger les morts. Si je parle d'un th&#233;&#226;tre parmi les tombes, c'est parce que le mot de mort et tout aujourd'hui t&#233;n&#233;breux, et dans un monde qui semble aller si gaillardement vers la luminosit&#233; analyste, plus rien ne prot&#233;geant nos paupi&#232;res translucides, comme Mallarm&#233;, je crois qu'il faut ajouter un peu de t&#233;n&#232;bres. Les sciences d&#233;chiffrent tout ou le veulent, mais nous n'en pouvons plus ! Il faut nous r&#233;fugier, et pas ailleurs qu'en nos entrailles ing&#233;nieusement allum&#233;es&#8230; Non, je me trompe : panneau r&#233;fugi&#233;s, mais d&#233;couvrir une ombre fra&#238;che et torride qui sera notre &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;trange mot d'&#8230;, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 886&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Si Olivier Neveux ach&#232;ve le mouvement de son essai par l'ombre &#8211; la &lt;i&gt;qualit&#233;&lt;/i&gt; d'ombre que porte le th&#233;&#226;tre &#8211;, c'est bien pour la &#171; fraicheur &#187; et le &#171; torride &#187;&#8212; pour la t&#233;n&#232;bre qui seule peut se lever comme le contre-jour partout impos&#233; &lt;i&gt;comme l'air qu'on respire&lt;/i&gt;, sans alternative. Les phrases de Genet sur l'ombre &#233;clairent l'&#339;uvre d'une lueur qui la creuse et la constitue : th&#233;&#226;tre d'ombre, plut&#244;t que reflet du monde. Th&#233;&#226;tre qui est l'ombre de ce monde qui se pr&#233;tend le jour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L460xH276/jean-genet_ombre-152d1.jpg?1769978930' width='460' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ligne d'ombre &#8211; ligne qui s&#233;pare, jette dans le visible et l'invisible les formes de part et d'autre d'un trac&#233; net. On ne saute pas au-dessus de son ombre. Mais l'ombre permet aussi de jouer avec la peur, les formes qu'on agrandit, qu'on transforme, qu'on efface. Pages denses et belles o&#249; Olivier Neveux esquisse une sorte d'&#233;thique de l'ombre &#8212; li&#233;e amoureusement et sauvagement &#224; cette dialectique du jour et de l'ordre norm&#233; du monde. Il y rappelle une phrase de Proust, qui devient une le&#231;on de politique, de contre-politique (de ruse, donc) : &#171; L'ombre peut doubler un instant son original. Affaire de ruse : il faut, pour cela, avoir le soleil derri&#232;re soi, non pas &#8220;faire&#8221; l'histoire, mais entrer, au contraire, &#224; reculons dans l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le&#231;on politique : celle de la &lt;i&gt;vengeance&lt;/i&gt; que l'art pourrait prendre sur l'Histoire quand elle refuse d'acquiescer au vent de l'histoire, d'entrer &lt;i&gt;en marche&lt;/i&gt; droite dans la logique triomphante de sa propre avanc&#233;e &#8211; mais qu'elle cherche les contre-pieds, les marches &#224; reculons qui font &#233;loigner le soleil, renverser les espaces et les temps, s'&#233;loigner, s'approcher d'autres v&#233;rit&#233;s moins &#233;blouissantes, mais plus d&#233;sirables dans l'obscurit&#233; des corps qui se fr&#244;lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;&#8216;Le pouvoir est au bout du fusil&#8221;', peut-&#234;tre, mais il est quelquefois au bout de l'ombre ou de l'image du fusil &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet, Le Captif Amoureux, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 140&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faudrait recopier toutes les phrases de l'ombre que retrouve Olivier Neveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pages sur l'ombre, si elles sont pr&#233;cieuses, ce n'est pas pour la m&#233;taphore qu'elles r&#233;v&#232;lent, mais pour ce que cette m&#233;taphore d&#233;livre, et comment elle s'&#233;chappe de la seule m&#233;taphore, pour devenir tout aussi bien image que v&#233;rit&#233; de notre appartenance &#224; ce monde. &lt;i&gt;&#192; l'ombre&lt;/i&gt;, on sait que Genet y r&#233;sida : qu'il fut m&#234;me n&#233;, l&#224;, symboliquement, en prison : l'ombre comme blessure secr&#232;te. L'ombre comme secret, espace du complot, temps des serments : oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre de Genet &#8211; cette part d'ombre du monde, celle qui rend possible ensuite qu'on franchisse les lignes au nom de l'ombre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; I would like to see the shade and tree / where I can rest my head &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; sauvagerie tranquille de l'ombre qui vient mordre sur le jour, lentement, le soir, quand les ombres s'allongent, que tout va se renverser ; ou que la nuit s'ach&#232;ve et que le jour &#224; son tour vient travailler l'ombre &#8212; renversement incessant qui nomme la fabrique du temps : celle d'un pr&#233;sent perp&#233;tuellement vou&#233; &#224; dispara&#238;tre pour se r&#233;inventer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5268 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/o-jean-genet-birthday-facebook.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/o-jean-genet-birthday-facebook.jpg?1491138625' width='500' height='455' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;trange mot d'&#8230;&lt;/i&gt;, &#338;uvres Compl&#232;tes, Pl&#233;iade, p. 883&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Jean-Jacques Pauvert, &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, p. 815-816&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet, &lt;i&gt;Un Captif amoureux&lt;/i&gt;, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 430.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wozu dichter in d&#252;rftiger Zeit ? &#8211; voir sur &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1208&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Tiers-Livre de Fran&#231;ois Bon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Neveux, &lt;i&gt;Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet&lt;/i&gt; p. 53&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Frechtman, &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tre Complet&lt;/i&gt;, p. 940&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet, &lt;i&gt;Les Paravents&lt;/i&gt;, p. 169&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ce qu'en dit Patrick Boucheron, sa premi&#232;re le&#231;on de son cours au coll&#232;ge de France cette ann&#233;e, sur &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/course-2017-01-10-11h00.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les fictions politiques&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Se souvenir que &lt;i&gt;Les Bonnes&lt;/i&gt; s'ouvrent sur la parole d'une &#8220;bonne&#8221; qui imite le parler de sa ma&#238;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Neveux, &lt;i&gt;Le th&#233;&#226;tre de Jean Genet,&lt;/i&gt; p. 98&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;trange mot d'&#8230;&lt;/i&gt;, p. 860.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;trange mot d'&#8230;&lt;/i&gt;, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 886&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet, &lt;i&gt;Le Captif Amoureux&lt;/i&gt;, &#338;uvres Compl&#232;tes, p. 140&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; I would like to see the shade and tree / where I can rest my head &#187;, Burning Spears, &#233;pigraphe de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, de Kolt&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Malte Schwind | La joie de traverser le chaos </title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/malte-schwind-la-joie-de-traverser-le-chaos</link>
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		<dc:date>2016-04-08T08:28:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_Aix-en-Provence</dc:subject>
		<dc:subject>_beaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>
		<dc:subject>_Malte Schwind</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tentatives de Fugue (Et la joie ?&#8230; Que faire ?)&lt;/i&gt;, du collectif En Devenir, mise en sc&#232;ne de Malte Schwind Aix, Th&#233;&#226;tre Antoine-Vitez &#8211;mars 2016&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/julie.jpg?1769881044' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;
&lt;i&gt;Tentatives de Fugue (Et la joie ?&#8230; Que faire ?)&lt;/i&gt;, &lt;small&gt;&lt;br/&gt; du collectif &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://endevenir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En Devenir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;mise en sc&#232;ne de Malte Schwind &lt;br/&gt;Th&#233;&#226;tre Antoine-Vitez, Aix-en-Provence, 30 et 31 mars 2016
&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Critique &#233;crite pour le collectif critique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/spip.php?article428&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Insens&#233;, sc&#232;nes contemporaines&lt;/a&gt; &lt;br/&gt;&lt;i&gt;,et publi&#233;e sur le site du collectif. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Un voile est lev&#233; soudain au fond de la sc&#232;ne recouverte de cadavres, barricades renvers&#233;es &#8211; quand cette toile blanche se dresse, les lumi&#232;res se font plus fortes : le spectacle s'ach&#232;ve. Les signes par lesquels le th&#233;&#226;tre voudrait commencer marquent ici sa fin. Mais ce lever de rideau est l'appel d'un recommencement possible &#8211; sur la page blanche que ce th&#233;&#226;tre dresse, reste &#224; &#233;crire notre Histoire. Car si le spectacle s'ach&#232;ve, oui, tout reste &#224; faire d&#233;sormais. Dans cette trajectoire radicale, la pi&#232;ce du metteur en sc&#232;ne Malte Schwind a une heure durant battue au pas de charge une course contre la mort. Ou plut&#244;t, elle aura &#339;uvr&#233; &#224; traverser tous les lieux morts de notre histoire pour t&#226;cher de s'en d&#233;gager. Que faire ? suppliait le titre (interminable, qui est d&#233;j&#224; l'&#233;criture de tout un po&#232;me sans cesse poursuivi &#8211;&lt;/i&gt; Tentatives de fugues (et la joie ?&#8230; Que faire ?). &lt;i&gt;Ceci du moins : s'emparer de notre histoire, enjamber le champ de ruines qu'elle &#233;labore patiemment chaque jour, et inventer les corps et les mots et les espaces et les temps o&#249; l'histoire serait de nouveau possible. Dignit&#233; du geste, f&#233;rocit&#233; de l'&#233;change tendue avec nous, splendeur d'une politique qui sait tout le prix &#224; payer pour&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://abardel.free.fr/tout_rimbaud/une_saison_en_enfer.htm#l_impossible&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tenir le pas gagn&#233;&lt;/a&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;sc&gt;Faire feu de tous bois&lt;/sc&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un assaut. Le spectacle voudrait porter le fer &#224; nos jours et s'y emploie, sans rel&#226;che, avec la t&#233;nacit&#233; que seule permet la radicale joie d'&#234;tre en col&#232;re. Assaut sur nos jours, assaut sur la l&#226;chet&#233; de notre temps, assaut sur toutes les formes qui emprisonnent la vie dans ses peines, ses normes, ses contentements de peu, ses impasses qui se proclament fin de l'histoire, ses gestions de crise qui sont des strat&#233;gies de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assaut contre tout : et d'abord, puisque nous sommes au th&#233;&#226;tre, contre le th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me qui tend si souvent &#224; n'&#234;tre que la morne plaine d'une reproduction de notre peine face au monde, ou pire, une image de ce monde m&#234;me. Assaut contre ces codes qui ne sont plus que des mises en abime de l'abime : la platitude d'un r&#233;alisme mort-n&#233;. Haine du th&#233;&#226;tre port&#233; au plus haut, avec Artaud, dans sa lettre &#224; Breton : la r&#233;volte des hommes contre leur mode de vie ne viendra pas du th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;car si sinc&#232;re soit-on, les planches avec le public font de l'homme le plus d&#233;sint&#233;ress&#233; un cabotin.&lt;/i&gt; &#192; ce rejet absolu (et combien salutaire), Artaud ajoute imm&#233;diatement quelques lignes qui font tout le mouvement de ce spectacle : &lt;i&gt;Mais elle viendra par quelque chose qui rappelle le th&#233;&#226;tre : la vie dans ce qu'elle a de plus palpitant et enfi&#233;vr&#233;&lt;/i&gt;. C'est dans ce pli, cette dialectique terrible et &lt;a href=&#034;http://bbqtaste.eu/313/l-impossible-id98260.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;impossible&lt;/a&gt; que se situe le spectacle : un impossible qui est moins l'horizon ind&#233;passable d'un drame politique et esth&#233;tique, qu'un appui. Puisque c'est impossible, autant renoncer &#224; la conciliation, et choisir l'affrontement. Dialectique qui touche le th&#233;&#226;tre comme toute chose ici : rejet sans concession de ses formes h&#233;rit&#233;es, mais plong&#233;e sans r&#233;pit dans ses forces, &lt;i&gt;palpitantes et enfi&#233;vr&#233;es. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors extravagance des signes ici, alors surcroit de pr&#233;sence accord&#233;e aux acteurs (il faut tous les citer, pr&#233;cieux chacun dans leur facult&#233; &#224; apprivoiser leur geste, dans la patience insens&#233;e qu'ils consacrent &#224; inventer l'espace autour d'eux : Angeline Deborde, Anne-Sophie Derouet, Nais Desiles, Johana Giacardi, Iris Julienne, Lauren Lenoir, Geoffrey Perrin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assaut contre tout ce qui fabrique l'id&#233;e m&#234;me de th&#233;&#226;tre, attaqu&#233; &#224; l'endroit o&#249; il pourrait se produire : le d&#233;but par exemple. Il n'y a jamais ici de d&#233;but. Il n'y a que des commencements par le milieu. Aucune autre situation que des prises de paroles au d&#233;but d'une phrase, d'une situation qui n'en est plus une. Ici, &#231;a recommence sans cesse ; &#231;a situerait une histoire, la n&#244;tre, qui semblerait toujours apr&#232;s (apr&#232;s la fin, par exemple). &#199;a nommerait la t&#226;che du th&#233;&#226;tre : &#234;tre ce labeur au milieu des jours, comme en travers de la gorge ce qui ne passe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assaut donc. Mais puisque l'assaut se fait contre le th&#233;&#226;tre au th&#233;&#226;tre, ce sera avec le th&#233;&#226;tre que l'assaut est port&#233;. Alors assaut contre les corps surtout : sur le plateau, ces corps tordus, &#8211; sexes en mousse et gueules enfarin&#233;es &#8211; semblent corps de th&#233;&#226;tre exacerb&#233;s, d'une th&#233;&#226;tralit&#233; excessive qui d&#233;figure tout &#224; la fois le th&#233;&#226;tre des repr&#233;sentations fig&#233;es dans ses conventions, et le monde des corps &lt;i&gt;tout faits&lt;/i&gt;, des corps par-faits des publicit&#233;s langages et images de notre &#233;poque. Le th&#233;&#226;tre est ici un lance-pierre : quand on l'utilise, il n'existe plus, et le corps en mouvement qu'on projette va se fracasser contre le cr&#226;ne de celui-l&#224; bas qui se pensait &#224; l'abri. Assaut.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1153.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1153.jpg?1460103992' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;sc&gt;Fugues, free jazz&lt;/sc&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et fugues. L'art ancien de Bach. Pendant nos guerres de religion, tandis que le catholicisme louait la gloire de Dieu sur les toiles peintes en immense dress&#233;es aux parois des &#233;glises (&lt;i&gt;tu ne prouves pas Dieu&lt;/i&gt; &#233;tait pourtant la deuxi&#232;me tentation de Satan que le Christ avait repouss&#233;e), l'&#201;glise R&#233;form&#233;e se refuse &#224; la repr&#233;sentation pour se r&#233;fugier dans l'art musical. S'y d&#233;veloppe (par exemple) l'art de la fugue : chanter ensemble, suivre sa voie m&#233;lodique accord&#233;e &#224; l'&#233;coute des voix qui l'enveloppent. Le commun qui s'invente dans le retrait du visage de Dieu, Bach &#8211; par exemple &#8211; invente la fugue dans l'espace politique laiss&#233; par le sacr&#233;. Fugues, cet entrecroisement de lignes bris&#233;es dont l'entrechoc finit par produire, par &#233;clat, l'harmonie dans le contraste. Le commun soudain, ce n'est pas l'accord : mais ce que produit l'entrem&#234;lement des singularit&#233;s, l'invention d'un espace qui n'existait pas, soudain devenu celui qui nous lie &#224; l'autre. Dramaturgie de la fugue ici : de ces tentatives. O&#249; chaque s&#233;quence est le recommencement d'un jaillissement, d'une tentative de sortir de la fugue par la fugue, l&#224; o&#249; la strette est free jazz, lib&#233;ration de la mesure musicale pour s'affranchir de la port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fugues est ce geste de prendre la parole au silence qui nous entoure, et de le faire parler pour qu'en lui puisse &#234;tre parl&#233; la violence de na&#238;tre. Et c'est au plus haut qu'on prendra cette parole, &#224; ceux qui se sont attach&#233;s &#224; prendre la parole &#224; la beaut&#233; m&#234;me de la langue : Proust, Artaud, H. Domin, Pasolini, Tchernychevski&#8230; &#192; chaque fugue nouvelle cependant, ces paroles ne sont pas des hommages, plut&#244;t des leviers pour soulever &#224; soi les forces qui les contiennent. Souvent, on ne reconna&#238;tra rien des sources : seul compte le courant qui conduit &#224; la mer, celui des affluents qui acc&#233;l&#232;rent la vitesse des &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1185.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1185.jpg?1460103992' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;sc&gt; &#1063;&#1090;&#1086; &#1076;&#1077;&#1083;&#1072;&#1090;&#1100; ?&lt;/sc&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? est la question th&#233;&#226;trale par exemple, celle de Vassiliev qui la pose &#224; ses acteurs afin qu'elle remplace pour toujours le pourquoi faire. C'est la question r&#233;volutionnaire dans son essence, celle de L&#233;nine &#8211; dont on sait la r&#233;ponse, &#224; l'issue de &lt;a href=&#034;http://marxiste.fr/lenine/que.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son opuscule &#233;crit en 1901&lt;/a&gt; : constituer un parti en avant-garde. C'est la question lyrique par excellence : celle de Tchernychevski, dont le roman, &lt;i&gt;Que faire ? Les hommes nouveaux&lt;/i&gt; avait &#171; labour&#233; de fond en comble &#187; le jeune homme qu'&#233;tait L&#233;nine. L'enjeu de l'action &#224; l'endroit o&#249; elle se donne comme sujet et objet de soi-m&#234;me, o&#249; elle donne sens et horizon &#224; des vies qui s'y engagent. Dans ces fugues, ces actions sont des gestes et des mouvements, jamais des r&#233;alisations conqu&#233;rantes. Au produit, le spectacle voudrait pr&#233;f&#233;rer la production ; il n'aura pas l'arrogance d'imposer la r&#233;alisation d'un plan pr&#233;vu, mais bien au contraire, cherche, tente, essaie &#224; chaque endroit de d&#233;gager des espaces de jaillissements. &#171; La r&#233;ussite, c'est d'aller d'&#233;chec en &#233;chec &#187;, disait Churchill. On n'en est m&#234;me pas l&#224;. Ici, on rate mieux. On sait tout le prix du manqu&#233;, du ratage, de la chute lamentable. Ici, c'est &#224; l'erreur qu'on donne la plus grande chance. C'est aussi un contre-pied magnifique aux injonctions morales du succ&#232;s des politiques qui nous gouvernent, celles qui &#233;chouent au nom de la r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pour autaut nulle complaisance dans l'&#233;chec, qui redoublerait celui des luttes politiques de notre temps. Les figures qui se succ&#232;dent sur le plateau voudraient toutes esquisser des sorties hors du marasme de nos vies : c'est pour Swann, la vie dans l'art ; c'est pour Artaud, la r&#233;volte absolue ; pour Tchernychevski, la r&#233;volution possible. Et pour tous, l'impossibilit&#233; de totalement s'affranchir des pesanteurs sociales qui les entourent : ce ridicule des conventions bourgeoises qui sont d&#233;sormais la norme des relations humaines. Et cependant. Et cependant : &#224; chaque moment, quelque chose s'affirme de soi : un &lt;i&gt;cependant&lt;/i&gt; qui r&#233;siste ; une d&#233;faite qui n'a pas dit son dernier mot. S'affirme ce &lt;i&gt;cependant &lt;/i&gt;, le refus de la r&#233;signation pr&#233;cis&#233;ment en dehors de ces normes qui les d&#233;masque pour ce qu'elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la lib&#233;ration est impossible, le mouvement, lui, aura &#233;t&#233; soudain rendu non pas seulement visible, mais &#233;prouv&#233; comme une force travers&#233;e &#8211; comme les acteurs ne cessent de traverser les surfaces que le th&#233;&#226;tre a ici dress&#233;es, ce mur de bois lev&#233; comme un &#233;cho &#224; tous les murs de l'histoire, de Berlin ou de Palestine, et fantasm&#233; (sur la fronti&#232;re du Mexique comme dans nos M&#233;diterrann&#233;es, en Gr&#232;ce, en Turquie), ou int&#233;rieur : en nous, ce qui nous s&#233;pare des autres, et de soi. Contre ces murs, la sc&#232;ne bat le rappel. On franchit incessamment des portes sur ce mur, portes qui se ressoudent et qu'il faut de nouveau franchir, de nouveau abattre. Dans le th&#233;&#226;tre de Fran&#231;ois Tanguy, on passe aussi, on ne cesse de passer d'un espace &#224; l'autre en franchissant des cadres lev&#233;s sur le plateau : ici, on se heurte physiquement &#224; ces portes qui ne sont pas seulement des seuils d'intensit&#233;, mais des r&#233;alit&#233;s tangibles. &lt;i&gt;Le r&#233;el, c'est quand on se cogne&lt;/i&gt;, disait Lacan. Se cogner aux portes de l'Histoire, c'est &#233;prouver, th&#233;&#226;tralement la possibilit&#233; de son impossible : &#234;tre celui qui franchit inlassablement les portes mur&#233;es de nos destins collectifs : &#234;tre celui qui tombe, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; qui abat ; celui qui se fracasse, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; qui cogne ; celui qui se heurte, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; qui heurte, cependant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque s&#233;quence des fugues est op&#233;r&#233;e vivante par une dialectique &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me : au c&#339;ur des ridicules de ces figures et des situations soudain &#233;mane comme une m&#233;lancolie violente, et dans le rire froiss&#233; des &#233;checs, la grimace se tord en col&#232;re, et la d&#233;rision en d&#233;fi au monde. Dans chacune des s&#233;quences, c'est le m&#233;pris pour l'&#233;chec et les peaux mortes de nos existences qui se fissurent en tendresse. Les regards alors se d&#233;tournent de la sc&#232;ne ravag&#233;e du spectacle : se dessine une adresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Reste ce moment r&#233;volutionnaire : l'espace de la R&#233;volution, o&#249; la figure de la Terreur surgit, prend l'ascendant, s'&#233;l&#232;ve de la sc&#232;ne &#8211; le corps de Saint-Just incarn&#233; sur une tribune au-dessus de nous lance les discours majestueux de la Terreur. Reste d&#232;s lors cela comme un reste &#8211; et comme semble &lt;i&gt;un reste&lt;/i&gt; (culinaire) aujourd'hui la question r&#233;volutionnaire, son legs impossible &#8211;, sans dialectique. La parole l&#226;ch&#233;e d'en haut r&#233;clame des corps, justifie les cadavres au nom de la geste r&#233;volutionnaire impitoyable. Comment entendre ces mots dans la distance des si&#232;cles et l'impitoyable actualit&#233; ? Ainsi la r&#233;volution esp&#233;r&#233;e ne pourrait s'accomplir qu'au prix des morts ? Un moment, suspendu : on est sans dialectique, dans une adresse qui lance cette parole pour une fois dans le spectacle pur de sa prof&#233;ration. Puis imm&#233;diatement, sous les paroles de la Terreur, une barricade sur la sc&#232;ne surgit, un assaut est men&#233; vers nous, fauch&#233; par les balles, semble-t-il tir&#233; depuis notre direction. Aux discours immenses qui ont inspir&#233; l'Histoire, mais dont l'Histoire nous a tant appris le co&#251;t, vient r&#233;pondre la v&#233;ritable action : celle de corps qui se l&#232;vent et se lancent &#224; l'assaut des paroles et des fant&#244;mes de son histoire.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Geste politique : lequel ? Il y a d'embl&#233;e un refus : celui d'offrir un spectacle (celui de nos renoncements ou de nos possibles, de nos lamentations ou de nos espoirs) : spectacle dont nous pourrions faire jouissance et accomplir par procuration l'agir qui manque &#224; nos vies. Aucune catharsis morale ou symbolique, politique ou &#233;thique ici. Simplement la saisie, en nous &#224; chaque instant, d'un espace int&#233;rieur mis en travail. L'impossible repos. L'&#233;vidence d'une trajectoire qui nous parcourt &#224; mesure du spectacle. La joie infinie d'un th&#233;&#226;tre d&#233;barrass&#233; de lui-m&#234;me en somme, et travers&#233; par des failles qui le mettent en mouvement, en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors tous les signes politiques, drapeaux fran&#231;ais, discours patriotards, iconographie nationaliste de nos r&#233;voltes, sont ici des signes de th&#233;&#226;tre renvoy&#233;s sur le m&#234;me plan que les ventres postiches ou les dictions excentriques. Seulement des signes de th&#233;&#226;tre, certes, mais des signes de th&#233;&#226;tre qui poss&#232;dent en eux la force enclose qui les anime ; signes appel&#233;s &#224; &#234;tre resaisis en armes intimes et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ces moments o&#249; l'on d&#233;pose les armes : acteurs presque nus, &#224; quelques endroits du spectacle : paroles mises &#224; nu, adresse directe &#8211; digne, la conclusion du spectacle, intense le monologue final qui traverse tout le spectacle pour &#224; la fois le r&#233;aliser et lui donner fin : l'accomplir. Dans ces moments, rares et graves, d'une intensit&#233; inou&#239;e &#8211; au sens propre : o&#249; il ne s'agit pas de bien entendre le texte, ici retenu, tendu, latent, d&#233;chir&#233; parfois dans la voix et le corps, ou tout pr&#232;s de l'acteur, exigeant qu'on s'en approche, int&#233;rieurement &#8211;, dans ces moments quelque chose rejoint l'impossible recherch&#233; : celui d'un lyrisme collectif, d'une quatri&#232;me personne du singulier invent&#233;e sans affectation, et conduit dans le souci de viser juste, de porter haut, de soulever enfin en nous, ce nous qui nous peuple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5253-e1456141648997.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5253-e1456141648997.jpg?1460103992' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;sc&gt;En devenir : des soul&#232;vements&lt;/sc&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure durant, le spectacle de la compagnie &lt;i&gt;En Devenir&lt;/i&gt; aura montr&#233; les histoires mortes et pass&#233;es qui toutes ont fait signe vers notre temps pr&#233;sent. Une heure durant, des corps ont voulu sur cette sc&#232;ne chercher des espaces o&#249; na&#238;tre, et inventer la possibilit&#233; de surgir en dehors de ce champ de ruine qui nomme notre &#233;poque. Oui, que faire ? Traverser ce champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une image &#224; cet &#233;gard d'une simplicit&#233; f&#233;roce, d'une radicalit&#233; joyeuse et terrible : vers la fin du spectacle et de l'histoire, la sc&#232;ne est jonch&#233;e de ses propres ruines, la barricade vient de se soulever et d'&#234;tre &#233;cras&#233;e, un corps &#224; jardin est allong&#233;, puis se redresse, imm&#233;diatement &#233;trangl&#233; par le Soldat, l'Histoire, la R&#233;action, la Sociale-D&#233;mocratie (liste non exhaustive). Mort de nouveau, le cadavre de nos jeunesses, de nos mouvements insens&#233;s vers la vie. Mort, &lt;i&gt;mais&lt;/i&gt; pas enterr&#233;. Car la mort ne passe pas : et le cadavre bien vivant se redresse : imm&#233;diatement &#233;trangl&#233; par le Soldat tout pr&#232;s qui ne se lasse pas de tuer la vie. M&#234;me jeu. Corps allong&#233;, qui se redresse, &#233;trangl&#233;, qui s'affaisse. Etc. &lt;i&gt;Ad Libitum&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ad&lt;/i&gt; libido). Dans ce d&#233;sir de vie de nos corps et cette pulsion de mort des soci&#233;t&#233;s qui les contr&#244;lent, une m&#233;canique hilarante &#8211; et d&#233;chirante &#8211; se met en place, tranquillement, au lointain, tandis qu'un personnage monologue &#224; l'avant-sc&#232;ne. C'est l'image infime, minuscule, discr&#232;te et essentielle de ce spectacle : une image marginale, une action a minima, th&#233;&#226;trale et politique, dont l'all&#233;gorie maintient ses myst&#232;res et sa beaut&#233;. Le corps se rel&#232;ve de sa mort, toujours : on &#233;puisera plus s&#251;rement l'&#233;nergie des meurtres que les soul&#232;vements. Le spectacle s'est ex&#233;cut&#233; selon cette image et cette logique musicale : comme on ex&#233;cute une partition, comme on ex&#233;cute un otage. Comme l'ex&#233;cution r&#233;alise et d&#233;livre. Ou comme l'ex&#233;cution lib&#232;re de la vie enclose, in&#233;puisable. Cette image &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt;, tout le spectacle a travaill&#233; &#224; la rendre habitable ; tout un peuple s'y agglom&#232;re, et dans nos solitudes pr&#233;serv&#233;es, toute une part de nos r&#234;ves s'y fracasse mais pour y puiser la force d'un soul&#232;vement int&#233;gral, essentiel, &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque s&#233;quence, quelque chose a ainsi fray&#233; hors de ; a voulu sortir depuis ; s'est d&#233;gag&#233; de. Tout &#224; la fois contre la m&#233;lancolie d&#233;faitiste d'une certaine gauche, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; contre la r&#233;signation &#224; notre &#233;poque &#8211; l'acception des injustices du pr&#233;sent qui serait comme l'air qu'on respire &#8211;, le spectacle fore des ouvertures qui ne sont ni des illusions ni des le&#231;ons. Seulement des tentatives qui soul&#232;vent en nous la force de nous en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/julie_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/julie_-_copie.jpg?1460103992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://endevenir.org/theatre/joie-faire/" class="spip_out"&gt;Site de la Compagnie En Devenir&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Jean-Pierre Vincent | Vanit&#233; du th&#233;&#226;tre glorieux</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_Jean-Pierre Vincent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;, de Samuel Beckett, mise en sc&#232;ne par Jean-Pierre Vincent [Marseille, Th&#233;&#226;tre du Gymnase] &#8211; janvier 2015&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1540.jpg?1458748481' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;On est 60 ans apr&#232;s la cr&#233;ation et l'Arbre est toujours aussi tordu dans le Jardin sale de cette route de campagne &#8211; on attend toujours que quelque chose ne vienne pas. On est 60 ans apr&#232;s, et force et de constater que le texte de Beckett n'a pas d'&#226;ge : il poss&#232;de les traits de ses deux types qui attendent ici ce Godot sans raison pr&#233;cise, parce que c'est l&#224; leur t&#226;che depuis 60 ans. Et Godot, car c'est sa t&#226;che &#224; lui, ne cesse pas de ne pas venir. Voici pour la fable. Entre l'histoire et nous, la langue vient dire les mots de l'attente, ceux qui trompent l'attente : et pour tromper, il faut toujours &#234;tre trois. Beckett, nous, et le metteur en sc&#232;ne : cette fois, c'est Jean-Pierre Vincent qui apr&#232;s avoir longtemps m&#251;ri un projet autour de&lt;/i&gt; Fin de Parti &lt;i&gt;s'attache &#224; l'&#339;uvre monument, celle qui sert dans les classes du lyc&#233;e &#224; fabriquer du contemporain et &#224; brandir ce mot absurde d'absurde. Apr&#232;s la carri&#232;re que l'on sait, le compagnonnage avec Patrice Ch&#233;reau, le brechtisme f&#233;roce, la direction de tout ce que le pays poss&#232;de d'institutions nationales, l'enseignement dans les &#233;coles de th&#233;&#226;tre, Vincent para&#238;t revenir aux &lt;i&gt;fondamentaux&lt;/i&gt;. Le th&#233;&#226;tre comme espace radical du th&#233;&#226;tre : sans arri&#232;re-monde. C'est cet automne au th&#233;&#226;tre du Gymnase de Marseille qu'est cr&#233;&#233; le spectacle promis &#224; une tourn&#233;e g&#233;n&#233;rale l'an prochain.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, presque 60 ans apr&#232;s, on sait qu'il n'y a plus rien &#224; attendre : la bascule Beckett a eu lieu, au lieu m&#234;me du vieux drame. Dans cette attente qui ne cesse pas de recommencer &#224; ne pas finir, l'&#233;vidence que cette attente ne pr&#233;c&#232;de rien, ni arriv&#233;e, ni pl&#233;nitude. On a touch&#233; au th&#233;&#226;tre. L'action n'y est plus la rencontre &#8211; et le combat, rien d'autre que cette lutte entre soi et une chaussure r&#233;calcitrante. Alors, quand 60 ans apr&#232;s, on y revient, c'est avec ces 60 ans enti&#232;rement adoss&#233;s &#224; cette bascule. L'acte, c'est d&#233;sormais ne plus agir. On attend, on est plus que cela : ces deux types qui attendent, et le spectateur en face n'attend plus que ce quelque chose annonc&#233; qui ne viendra pas &#8211; c'est le spectaculaire de Beckett, retourner sur nous la position du drame vers celui qui le regarde et le d&#233;visage. Alors, 60 ans apr&#232;s, qu'est-ce qu'on a appris, de l'attente, et quelle est-elle ? Un simple jeu avec le th&#233;&#226;tre ? Ou une fa&#231;on d'envisager justement une position dans l'histoire, un rapport au temps qui le met &#224; nu, une mani&#232;re de saisir radicalement ce qui se &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt; du si&#232;cle qui sur le cadavre des dieux a dress&#233; les charniers de Verdun, de Pologne, et souffler tout ensemble des millions d'hommes au Japon. Trop grande, l'Histoire, en regard de la d&#233;risoire attente de deux clochards c&#233;lestes ? C'est ce costume mal ajust&#233; qui donne aux clowns lamentables la splendeur d'un regard en miroir &#8211; et constater que le th&#233;&#226;tre poss&#232;de encore cette force, celle de trouver dans des corps et leur posture la possibilit&#233; de nommer l'appartenance &#224; notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 d&#233;cembre 2012, des centaines de journalistes du monde entier se rendent &#224; Bugarach, 202 &lt;i&gt;&#226;mes&lt;/i&gt;, quelque part dans le Languedoc. Aucun calendrier maya connu n'annonce la fin du monde : mais il faut croire que certains aiment croire quand il n'y a rien d'autre &#224; croire que la croyance des autres. On attend donc la fin du monde. Ou plut&#244;t, les journalistes du monde entier attendent pour voir si certains croiront vraiment &#224; cette fin &#8211; attendent une humanit&#233; qui viendra ici attendre : on se moquera bien d'eux. On attend encore : personne ne vient, &#224; part les journalistes, qui finissent par rendre compte de leur propre attente d'un &#233;v&#233;nement qu'ils auront provoqu&#233;, et qui n'arrivera pas &#8211; mais qui passera sur les &#233;crans du monde entier. Le lendemain, 22 d&#233;cembre, l'&#201;gypte vote son projet de constitution. La fin de l'Histoire n'a pas d'avenir. Et pourtant, cette attente de ce qui ne viendra pas, dans le si&#232;cle qui suit la mort de Dieu, la mort de l'homme sur les d&#233;combres de Chemin des Dames, d'Auschwitz, d'Hiroshima, dans cette chute de l'Histoire qui n'en finit pas de tomber avec des Murs, avec des Tours, avec les statues des Dictateurs, difficile de ne pas voir que ceux qui tombent sont les restes de cette appartenance, chutes, comme d'un costume immense dont nous drapons nos r&#234;ves en lambeaux. Geste r&#233;current de Vladimir dans la pi&#232;ce de Beckett : frapper le chapeau pour en faire tomber quelque chose (d'invisible) ; geste r&#233;current de tous ces personnages : tomber ; geste du soleil : la nuit qui tombe ; tous ceux qui tombent font chuter avec eux leurs corps et les mots de leurs l&#232;vres qui tombent, comme la Chair tombe sur le corps de ceux qui sont chass&#233;s des cieux, et dans leur Chute, la loi g&#233;n&#233;rale de la Gravit&#233;, celle de la Chute des Corps parce qu'ils sont trop l&#233;gers peut-&#234;tre pour &#234;tre autre chose que des hommes. Toute cette m&#233;taphysique de seconde main saisie par Beckett pour &#234;tre attaqu&#233;e, celle d'une attente qui lie l'Histoire dans la fable, et l'attente d'une fin qui nous sauvera &#8211; de quoi ? De la vie, ou de cette mort qui chaque jour fait la conqu&#234;te de nos corps ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Ah oui, j'y suis, cette histoire de larrons. Tu t'en souviens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Non. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Tu veux que je te la raconte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#231;a passera le temps. &lt;i&gt;(Un temps.)&lt;/i&gt;. C'&#233;taient deux voleurs, crucifi&#233;s en m&#234;me temps que le Sauveur. On&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Le quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Le Sauveur. Deux voleurs. On dit que l'un fut sauv&#233; et l'autre&#8230; &lt;i&gt;(il cherche le contraire de sauv&#233;)&lt;/i&gt;&#8230; Damn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_4513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/titien-le-christ-et-le-bon-larron-2.jpg?1458748435' width='500' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Le Titien, &lt;i&gt;Le Larron&lt;/i&gt;, 1550&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la question de Jean-Pierre Vincent, qui l&#232;ve le Corps Glorieux du Th&#233;&#226;tre : une tr&#232;s belle sc&#232;ne, arbre et route de poussi&#232;re, ciels de peintre o&#249; rayonne un soleil d'hologramme &#8211; une sc&#232;ne pour le th&#233;&#226;tre qui a encore foi en lui. L'arbre de gibet est un saule qui n'est pas sans dignit&#233; &#8211; et une sereine vitalit&#233; traverse les lieux et les paroles. Le dieu cach&#233; de Beckett n'est ni dieu ni cach&#233;, simplement en retard, ou trop fatigu&#233; pour venir : &#224; c&#244;t&#233; de ses pompes, Godasses en bandouli&#232;re, Godot est le nom d'un cri &#233;puis&#233;, ou que l'appel &#233;puise &#8211; Jean-Pierre Vincent reprend le porte-voix Beckett pour appeler : mais quoi ? &lt;i&gt;&#171; L'air est plein de nos cris. (Il &#233;coute.) Mais l'habitude est une grande sourdine. &#187;&lt;/i&gt; Le choix de Vincent est net : d'ailleurs, il coupera cette r&#233;plique. Au d&#233;sespoir joyeux d'un appel manqu&#233;, au rire terrible d'une m&#233;taphysique insult&#233;e, Jean-Pierre Vincent tourne le dos et choisit d'&#234;tre l'habitude plut&#244;t que le cri : le th&#233;&#226;tre, plut&#244;t que ce pour quoi le th&#233;&#226;tre est tourn&#233; en d&#233;rision, espace pour Beckett de la d&#233;faillance de la parole et d'une impuissance spectaculaire. Ainsi le th&#233;&#226;tre est le lieu par excellence de l'agir ? Le lieu du combat ? De la passion ? Ainsi c'est l&#224; qu'il faut blesser l'action, la lutte, l'int&#233;riorit&#233; bruissante &#8211; c'est l&#224; que le th&#233;&#226;tre peut dire que le th&#233;&#226;tre est nu : on baisse le pantalon de l'acteur (lors de la cr&#233;ation de Blin, l'acteur refusa : belle lettre de Beckett pour dire, avec provocation, mais s&#233;rieux &#8211; comme toujours &#8211; que c'est l&#224; le point crucial de la pi&#232;ce).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jean-Pierre Vincent, avec une fougue &#233;vidente, et la certitude que poss&#232;de le th&#233;&#226;tre quand il croit en lui-m&#234;me, les types qui attendent seront des types, qui attendent. Au plein assourdi d'un cri qui ne rejoint pas, le metteur en sc&#232;ne, pr&#232;s de quarante ans apr&#232;s ses premiers spectacles, pr&#233;f&#232;re le jeu de ceux qui jouent : brillants acteurs (Abb&#232;s Zahmani, Charlie Nelson, Alain Rimoux, Fr&#233;d&#233;ric Leidgens, Ga&#235;l Kamilindi), jolie sc&#233;nographie, couleurs vives, articulation impeccable d'&#233;nonc&#233;s qui portent &#8211; on est rassur&#233; : on entend &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt; le texte &#8211;, silences respect&#233;s &#224; la lettre et au tempo &lt;i&gt;impeccable&lt;/i&gt; &#8211; rien qui ne contrevient &#224; la volont&#233; &#224; la fois de rendre hommage au ma&#238;tre, et de d&#233;poussi&#233;rer une &#339;uvre pourtant us&#233;e jusqu'&#224; la corde &#8211; celle qui se casse quand on voudrait s'y pendre, &#224; la fin de la pi&#232;ce, et qui emp&#234;che qu'on se suicide : qui sauve du salut. Et justement, qu'en est-il de la d&#233;faillance, de la &lt;i&gt;d&#233;bandade&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sur ce mot, l'article de Yannick Butel dans Incertains Regards, Hors S&#233;rie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la fragilit&#233;, des inqui&#233;tudes sourdes, de la menace qui p&#232;se sur tout ce th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me que pose Beckett aux metteurs en sc&#232;ne, c'est Beckett lui-m&#234;me : &#224; verrouiller son texte, il impose soit la tautologie, soit le contre-sens &#8211; se soumettre, ou se d&#233;mettre. D'ailleurs, Beckett s'en chargeait lui-m&#234;me, qui pla&#231;ait la sc&#232;ne sous surveillance &#8211; une telle dramaturgie se d&#233;fend bien toute seule. C'est que Beckett se m&#233;fie du th&#233;&#226;tre comme de la bonne sant&#233;, lui qui pr&#233;f&#232;re, comme Artaud, la Peste et le Chol&#233;ra ensemble. Ces verrous contre le metteur en sc&#232;ne auteur, Beckett en dispose comme de garde-fous contre la raison pure. Un terrain min&#233;, voil&#224; ce qu'il semble disposer autour et dans son &#233;criture. Min&#233;e par les r&#233;f&#233;rences qui se trahissent, la th&#233;ologie qu'il semble ici r&#233;inventer pour mieux la d&#233;truire, la philosophie que Beckett d&#233;construit en lecteur (admirateur) de Geulincx, ce cart&#233;sien et religieux flamand du XVIe s. peu connu,&lt;a href=&#034;http://www.solitairesintempestifs.com/livres/444-notes-de-beckett-sur-geulincx-9782846813.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mais dont on sait aujourd'hui la part consid&#233;rable dans la formation du dramaturge au c&#339;ur des ann&#233;es 30&lt;/a&gt;, l'&#339;uvre de Beckett ne cesse de faire signe vers une pens&#233;e qu'il sape &#8211; un arri&#232;re-monde d&#233;valu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un arri&#232;re-monde puissamment pr&#233;sent : passe l'ombre des deux larrons autour de la Croix &#8211; et de joyeuses hypoth&#232;ses sur le salut, et la preuve (pourquoi seul un des &#233;vang&#233;listes en parle, du larron sauv&#233; ?, s'inqui&#232;te Vladimir) &#8211;,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; : Sauv&#233; de quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt; : De l'enfer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; : Je m'en vais. &lt;i&gt;(Il ne bouge pas)&lt;/i&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Impossible d'&#234;tre ailleurs qu'au th&#233;&#226;tre, c'est le &lt;i&gt;drame&lt;/i&gt; &#8211; les chaussures qui devraient servir &#224; marcher font horriblement mal et emp&#232;sent, alors qu'il faudrait &#234;tre plus loin, dehors, la vie qui bat &#8211; th&#233;&#226;tre qui ne cessera pas d'&#234;tre l'espace du gouffre immobile o&#249; rien ne pourra se dire. Haine de Beckett pour le th&#233;&#226;tre qui se lit &#224; chaque r&#233;plique. Dans ces limbes qu'est la sc&#232;ne beckettienne, on joue aux dialogues philosophiques du XVIII, &#224; la &lt;i&gt;disputatio&lt;/i&gt; th&#233;orique, on d&#233;grade la pens&#233;e jusqu'&#224; l'os &#8211; on secoue les spectateurs d'un rire satanique (pardonne-leur, car ils ne savent pas de quoi ils rient). C'est la f&#233;rocit&#233; pure. Saisi ici par le th&#233;&#226;tre, qu'en reste-t-il ? Si ce n'est du th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire &#187;, chantonnait l'espi&#232;gle Anna Karina dans &lt;I&gt;Pierrot le Fou&lt;/i&gt; de Jean-Luc Godard, &#233;trange &#233;cho &#224; l'initiale de Godot, qui s'ouvre sur une r&#233;plique sans r&#233;plique possible : &#171; Rien &#224; faire &#187;. Non, rien &#224; faire d&#233;cid&#233;ment, il n'y a &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; &#224; faire : de fait, on ne cessera pas de le faire, ce rien, d'en jouer le faire inaccompli qui se creuse &#224; mesure qu'il se fait, d&#233;faisant sa r&#233;alisation : sa d&#233;faite ? Rien &#224; faire, disait Estragon &#224; son ami Vladimir &#8211; sur lequel repose le souvenir (d&#233;fait) d'un autre Vladimir, le camarade L&#233;nine : que faire ? Se rassembler, s'organiser, agir, combattre ; ne plus attendre l'effondrement que promettait Marx, mais &#339;uvrer &#224; sa d&#233;faite.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Oui, oui, nous avons en effet perdu toute &#8220;patience&#8221; pour &#8220;attendre&#8221; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que faire, ici ? Rien. Que d'attendre. Ce qui ne vient pas. On conna&#238;t la fable, elle est &lt;i&gt;fatale&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment en cela qu'elle ne porte nulle autre fatalit&#233; que le temps, advenu comme on s'y attend, une seconde apr&#232;s l'autre, qui accomplit sa t&#226;che attendue, celle d'entamer les forces. &#171; Seul est triste &#8211; affligeant &#8211; le vieillissement, pas la mort &#187;, &#233;crivait r&#233;cemment Claude R&#233;gy &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/livre/jusqua-ce-que-jy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en pr&#233;face &#224; la pi&#232;ce de JY, &lt;i&gt;Jusqu'&#224; ce que&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt; La chair est triste, en effet, h&#233;las ! &#8211; puisqu'elle en elle p&#232;se la fatalit&#233; de la chute. On est aupr&#232;s de l'Arbre de la connaissance qui a fourni tous les fruits possibles, et qui s'est achev&#233;. Ce qui p&#232;se ici sont des mill&#233;naires de savoir qui n'ont conduit qu'&#224; leur &#233;puisement. Les corps des hommes, Adam et &#200;ve sans sexe d&#233;sormais qu'ils ont fini de reproduire l'Histoire, n'ont plus rien &#224; go&#251;ter du Jardin que des carottes qui sont plus souvent des navets (l'Histoire de la litt&#233;rature sait en produire plus souvent qu'&#224; son tour), et les glorieuses vendanges &#233;voqu&#233;es au hasard du souvenir ne sont plus que de la nostalgie : litt&#233;ralement, &lt;i&gt;douleur du pass&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Si on se repentait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Eh bien&#8230; &lt;i&gt;(Il cherche.) &lt;/i&gt; On n'aurait pas besoin d'entrer dans les d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; D'&#234;tre n&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Vladimir part d'un bon rire qu'il r&#233;prime aussit&#244;t, en portant sa main au pubis, le visage crisp&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_4513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/titien-le-christ-et-le-bon-larron-2.jpg?1458748435' width='500' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Massacio, &lt;i&gt;Adam et &#200;ve chass&#233;s du paradis&lt;/i&gt;, 1427&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La proposition de Jean-Pierre Vincent en refusant de d&#233;plier l'approche m&#233;taphysique &#8211; la d&#233;gradation de l'enjeu m&#233;taphysique &#8211; pour la situer de plain-pied sur le plateau, fait l'&#233;loge du th&#233;&#226;tre : et en effet, ces personnages ne peuvent se saisir dans l'ordre des choses, r&#233;ellement, que d'une appartenance th&#233;&#226;trale.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Je suis damn&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Tu as &#233;t&#233; loin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Jusqu'au bord de la pente.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; En effet, nous sommes sur un plateau. Aucun doute, nous sommes servis sur un plateau. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;tonnant que la critique (th&#233;&#226;trale) (et officielle) y lit un Godot id&#233;al (c'est le titre de la critique de Fabienne Darge pour &lt;a href=&#034;http://abonnes.lemonde.fr/scenes/article/2015/04/20/le-godot-ideal-est-arrive-a-marseille_4619254_1654999.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt;) &#8211; id&#233;alement lev&#233; pour le th&#233;&#226;tre c&#233;l&#233;brant sa th&#233;&#226;tralit&#233; : on applaudit ce qu'on reconnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en somme, &#224; ce singulier &lt;i&gt;cogito&lt;/i&gt; que revient Vincent : apr&#232;s l'&#233;preuve de la table rase que produit le texte sur l'action, la fable, la connaissance &#8212; une table rase de l'apr&#232;s, une sorte d'histoire qui suivrait la fin de l'Histoire &#8212;, seule r&#233;siste au doute la pure existence th&#233;&#226;trale de personnages qui arpentent l'espace et trouvent ici la seule preuve qu'ils sont, intransitivement (des acteurs). D&#232;s lors, la lecture de Jean-Pierre Vincent, radicalement mat&#233;rialiste, prend appui sur la langue argotique de Beckett &#8211; plut&#244;t, la langue d'un argot que Beckett aime manipuler, titi parisien jusque dans son &#233;tranget&#233; manifeste au fran&#231;ais, formules &lt;i&gt;&#224; l'emporte pi&#232;ce&lt;/i&gt; : gouaille du &lt;i&gt;est-ce que-je sais ?&lt;/i&gt;, et autres truculences du &lt;i&gt;Dis-lui de la boucler&lt;/i&gt;. Etc. Ce mat&#233;rialisme irrigue le texte depuis l'hypoth&#232;se th&#233;&#226;trale &#8211; et cette hypoth&#232;se pourrait se r&#233;sumer &#224; ces mots : l'attente est une action dans la mesure o&#249; elle oblige &#224; peupler le temps ; la r&#233;p&#233;tition serait moins une redite qu'une reprise ; le jeu n'est pas le contraire du r&#233;el, mais la facult&#233; d'en reprendre possession ; la parole est seule capable de lever les corps tomb&#233;s sur eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au seuil du deuxi&#232;me acte (les mots sont pi&#233;g&#233;s : et l'acte est ici le contraire de l'action, puisqu'on ne fera que recommencer l'attente vaine du premier acte), tout semble oubli&#233;. Tous doutent qu'ils aient v&#233;cu ce qui a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233; au premier acte, ainsi d&#233;fait. Tous ? Sauf Vladimir, qui s'acharne &#224; ne pas oublier, &#224; transmettre aux trois qui l'entourent, et qui tombent, que ce qui a eu lieu a eu lieu, et change absolument la nature du lieu pr&#233;sent. La preuve : l'arbre, de nouveau, produit des feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Et maintenant il est trop tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Oui, c'est la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Et si on le laissait tomber ? &lt;i&gt;(Un temps.) &lt;/i&gt; Si on le laissait tomber ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Il nous punirait. &lt;i&gt;(Silence. Il regarde l'arbre.)&lt;/i&gt; Seul l'arbre vit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; &lt;i&gt;(regardant l'arbre). &lt;/i&gt; &#8211; Qu'est-ce que c'est ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est l'arbre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Non, mais quel genre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Je ne sais pas. Un saule.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;L'Arbre de vie seul demeure, seul le saule qui sauve. Et si le saule pleure, il n'oublie pas de mourir de rire. &#192; l'ombre de l'arbre, autour de qui tombent ceux qui tombent, c'est Vladimir qui rel&#232;ve tout. Vladimir ou la m&#233;moire du th&#233;&#226;tre, d&#233;cid&#233;ment. C'est alors un charnier qu'on voit, un charnier &#224; quatre, mais un charnier de corps entrelac&#233;s et tomb&#233;s en charpie au pied du (quatri&#232;me) mur sans cesse perfor&#233;. Charnier que le th&#233;&#226;tre glorieusement rel&#232;ve &#8211; Jean-Pierre Vincent est &#224; sa t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mat&#233;rialiste jusque dans le rejet d'un arri&#232;re-monde, vitaliste dans le sursaut accord&#233; aux personnages, Vincent fait jouer ses acteurs comme des clowns &#233;berlu&#233;s par leur propre pr&#233;sence : parmi eux irradie de pr&#233;sence Lucky (fascinant Fr&#233;d&#233;ric Leidgens dans ce qu'il ne fait pas &#8212; son masque de douleur impassible tenue &#224; bout de lui-m&#234;me, &#224; bout portant du spectacle), tenue en laisse par l'esclavagiste Pozzo qui poss&#232;de toute la palette du discours des ma&#238;tres, le discours du patronat sarkoziste qui sait utiliser la carotte et le b&#226;ton (le b&#226;ton plus souvent), l'humiliation et la culpabilisation, la tendresse pour celui qu'on m&#232;ne &#224; l'abattoir ou &#224; la vente &#224; marche forc&#233;e. Jean-Pierre Vincent confie que son d&#233;sir de monter la pi&#232;ce est n&#233; de la lecture de l'essai de G&#252;nther Anders, sur &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;. Beckett visionnaire d'un monde vou&#233; au destin des machines, avec date de p&#233;remption, ou est-ce nous qui avons rejoint cette pens&#233;e d'un &#233;puisement g&#233;n&#233;ralis&#233; des ressources, hommes, animaux, terre ? Et cependant, dans son spectacle, c'est l'increvable de l'homme qui surgit &#8211; puisqu'il a pour lui les voix anciennes qui l'enveloppent, une litt&#233;rature de papier et de feuilles, mortes, qui sont au moins la preuve qu'il est vivant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est vrai, nous sommes intarissables.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est pour ne pas penser.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Nous avons des excuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est pour ne pas entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Nous avons nos raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Toutes les voix mortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; &#199;a fait un bruit d'ailes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; De sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les voix mortes parlent ici la langue morte d'un th&#233;&#226;tre qui &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; encore &#224; ses propres dieux. Quand le spectacle s'ach&#232;ve, les acteurs restent l&#224;. La didascalie le dit, qui ne se trompe jamais. &#171; Allons-y &#187;. (Ils ne bougent pas). L'insulte de Beckett au Th&#233;&#226;tre Assis est c&#233;l&#233;br&#233;e sous les applaudissements ravis de spectateurs qui ont pass&#233; une belle soir&#233;e, d&#233;cid&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent certains mots. Ceux du songe terrifiant de celui qui l'ignore &#8211; songe shakespearien si le Shakespeare de Beckett est dans Yorick plus que dans Hamlet : le Cr&#226;ne qui sera la bo&#238;te noire de tout son th&#233;&#226;tre ultime, dans ses derniers textes &#233;puis&#233;s (qui ne portent &#233;videmment pas la mention &#171; th&#233;&#226;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour finir encore, et autres foirades, par exemple&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Du fond du trou, r&#234;veusement, le fossoyeur applique ses fers. On a le temps de viellir. L'air est plein de nos cris. [&lt;i&gt;Il &#233;coute&lt;/i&gt;] L'habitude est une grande sourdine. [&lt;i&gt;Il regarde Estragon dormir&lt;/i&gt;] Moi aussi, un autre me regarde, en se disant : &#171; Il dort, il ne sait pas, qu'il dorme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_4515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg?1458748448' width='500' height='623' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt; Delacroix, &lt;i&gt;Hamlet au cimeti&#232;re contemplant Yorick&lt;/i&gt;, 1859&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&#192; poings ferm&#233;s, les personnages se battent contre un th&#233;&#226;tre qui ne s'entend plus &#224; force de parler sa propre langue, et qui n'entend plus au-dehors les bruits du monde qui passent. En descendant vers minuit le quartier de Noailles, &#224; la sortie du th&#233;&#226;tre, on enjambe quelques types qui dorment sur le pav&#233; des rues de Rome et de Saint-F&#233;r&#233;ol, assomm&#233; par le vin et l'&#233;puisement, et le jour tomb&#233; sur eux, ou discutant du salut dans la langue invent&#233;e de leur so&#251;lerie, j'entendrai : &#171; pourquoi ils prennent le &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/Migrants,100507&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bateau&lt;/a&gt; pour venir ici ? On devrait leur dire qu'il n'y a rien ici, &#224; part nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sur ce mot, l'article de Yannick Butel dans &lt;i&gt;Incertains Regards&lt;/i&gt;, Hors S&#233;rie :&#034; Le th&#233;&#226;tre pense, certes&#034;, mai 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Oui, oui, nous avons en effet perdu toute &#8220;patience&#8221; pour &#8220;attendre&#8221; le temps heureux, que nous promettent depuis longtemps les &#8220;conciliateurs&#8221; de toute sorte, o&#249; nos &#233;conomistes cesseront de rejeter la faute de leur propre retard sur les ouvriers, de justifier leur propre manque d'&#233;nergie par la pr&#233;tendue insuffisance de forces chez les ouvriers. &#187; L&#233;nine, &lt;i&gt;Que faire ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour finir encore, et autres foirades&lt;/i&gt;, par exemple&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kristoff / K.Roll | Par les lumi&#232;res inou&#239;es</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/kristoff-k-roll-par-les-lumieres-inouies</link>
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		<dc:date>2015-02-05T09:07:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_musiques</dc:subject>
		<dc:subject>_enfance</dc:subject>
		<dc:subject>_Kristoff K.Roll</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Bohemia-Electronica&#8230; Nunca Duerme&lt;/i&gt;, spectacle de Kristoff / K.Roll [Marseille, Friche Belle de Mai, Festival Reevox] &#8211; f&#233;vrier 2015&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/" rel="directory"&gt;CRITIQUES | TH&#201;&#194;TRE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_musiques" rel="tag"&gt;_musiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_enfance" rel="tag"&gt;_enfance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_kristoff-k-roll" rel="tag"&gt;_Kristoff K.Roll&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1499.jpg?1423127323' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1499.jpg?1423127335&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://kristoffk.roll.free.fr/bohemia.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Bohemia-Electronica&#8230; Nunca Duerme&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;br /&gt;spectacle de &lt;a href=&#034;http://kristoffk.roll.free.fr/index2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kristoff - K.Roll&lt;/a&gt;, &lt;br /&gt;Festival &lt;a href=&#034;http://www.gmem.org/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=5580149&amp;Itemid=35&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reevox&lt;/a&gt;, Marseille 2015
&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est sous un immense cube blanc qu'on avance : et d&#233;j&#224; nous sommes envelopp&#233;s. Ce dans quoi l'on entre n'est pas un espace, mais comme l'&#233;paisseur sensible d'une exp&#233;rience. D&#233;j&#224; le son l'habite pleinement, mais fragile, perplexe, latent. Deux acteurs &#8212; les deux auteurs : &lt;a href=&#034;http://kristoffk.roll.free.fr/bohemia.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kristoff et K.Roll&lt;/a&gt; &#8212; sont au centre du plateau, tirent l'un apr&#232;s l'autre un long fil invisible pos&#233; sur les cordes d'une guitare, et le son d&#233;chire lentement, doucement, le temps que l'on s'installe. Ce 31 janvier, &#224; la Friche Belle de Mai de Marseille, le festival Reevox donne la parole &#224; &lt;a href=&#034;http://www.gmem.org/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=5580181&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un spectacle&lt;/a&gt; qui se passera de mots. Ce sera une heure d'un spectacle sonore en forme de passage &#224; travers les possibles de l'&#233;coute et de l'inou&#239;, des franchissements successifs de seuils d'intensit&#233;s sonores. Le titre est tout un voyage d&#233;j&#224; &#8212; et comme voyage : une invitation. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.gmem.org/images/PDF/Intramuros/2015_reevox/GMEM_PROG_SALLE_31JANV19H30_la_bohemia.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Bohemia Electronica&#8230; Nunca Duerme&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; Invitation sous forme d'interdiction : ne dors pas, ne dors jamais, le r&#234;ve que tisse ce spectacle le fera pour toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;critures musicales et arts &#233;lectroniques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous-titre du festival &lt;a href=&#034;http://www.gmem.org/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=5580149&amp;Itemid=35&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reevox&lt;/a&gt;. Chacun de ces mots est une r&#233;sistance &#224; ce qui se pr&#233;sente, une tentative vaine de r&#233;soudre ce devant quoi l'on se tient. &#201;critures, musicales, arts, &#233;lectroniques. Une &#233;nigme d&#233;j&#224;, ou peut-&#234;tre, la meilleure fa&#231;on de passer outre : derri&#232;re les mots que la production contemporaine tente d'endosser &#8212; mani&#232;re de chercher &#224; se l&#233;gitimer ? &#8212;, perce l'aveu, l'impossibilit&#233; de soumettre des formes irr&#233;ductibles &#224; l'assignation g&#233;n&#233;rique. Danse musicale, &#233;criture vid&#233;o, art audible et visuel, performance num&#233;rique et charnelle, et pourquoi pas th&#233;&#226;tre, tant qu'on y est (puisqu'on y est) ? Th&#233;&#226;tre sonore, c'est justement le sous-titre que se donne le spectacle (qui ajoute : &lt;i&gt;forme pour plateau / forme pour cube blanc. Pour tout espace public int&#233;rieur&lt;/i&gt;). Saturation de termes pour qualifier une approche qui pr&#233;cis&#233;ment fait l'assaut des fronti&#232;res : o&#249; l'on voit d&#233;cid&#233;ment que le th&#233;&#226;tre n'est pas une forme d'art, mais l'espace d'un d&#233;p&#244;t (seul) capable d'accueillir des territoires inali&#233;nables et inassignables qui trouvent l&#224; territoire o&#249; se lever, puisqu'ici est l'enjeu de la pr&#233;sence : d'&#234;tre pr&#233;sent &#224; ce qui est, et se fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure durant, les deux acteurs &#233;voluent autour d'une large table o&#249; sont dispos&#233;s d'innombrables instruments, v&#233;ritables ou &#8212; comme l'on dit d'une arme &#8212; &lt;i&gt;par destination&lt;/i&gt;. Guitare, cuill&#232;res, et gobelets, iPad, et synth&#233;. Silence bruyant : pas un mot ne sera prononc&#233;. C'est le coup de force spectaculaire et jubilatoire de cette sc&#232;ne : th&#233;&#226;tre sans parole, mais toujours bruissant de sons et d'&#233;clats de musique. Parfois l'un des acteurs s'enregistre &#224; son micro, &#224; voix basse (on n'entend pas ce qu'il dit), et approche l'enregistreur du micro amplifi&#233; qui lance la voix satur&#233;e (on n'entend pas ce qui se dit). De part et d'autre : ce qu'on &#233;coute exc&#232;de notre possibilit&#233; de percevoir autre chose que du son qui s'&#233;chappe du sens qui voudrait habituellement, dans nos vies humaines, l'enclore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est une grande lib&#233;ration &#8212; l'apprentissage d'une &#233;coute autre : la r&#233;appropriation de nos sens d'ordinaire norm&#233;s, us&#233;s, accoutum&#233;s &#224; &lt;i&gt;reconna&#238;tre&lt;/i&gt; quand il s'agira l&#224; d'&#234;tre boulevers&#233; (c'est ici la beaut&#233; politique d'un tel spectacle, aussi : une conqu&#234;te sensible contre les lois du monde) ; et on assiste &#224; cette joie de l'affranchissement, sur sc&#232;ne et en nous. Les deux acteurs fabriquent en artisans toute la texture du spectacle : &#233;l&#233;gance du geste de celui qui l&#232;ve en temps r&#233;el la mati&#232;re vive de ce qui a lieu, autour de nous. Fabrique de nappes sonores, et davantage. Ce que construisent, avec leurs machines, ces acteurs, c'est le temps lui-m&#234;me : une seconde apr&#232;s l'autre est produite par le son qui fait avancer chacune de ces secondes, comme une pouss&#233;e sensible en nous. Ce que produisent ces musiciens sonores (y-a-t-il une musique qui ne soit pas celle du son ?), c'est l'espace quand ils tournent autour de l'espace agrandi par les sons qu'ils proposent et mod&#232;lent &#224; mesure de leur marche (K.Roll vient tourner un vase devant nous pour alt&#233;rer le son qui circule, joue &#224; le faire basculer d'un endroit du lieu th&#233;&#226;tral &#224; un autre : et ce lieu devient le lieu du drame, le lieu du proc&#232;s musical du temps et de l'espace). Autre exemple : Kristoff se saisit d'une perche (celle qui permet de &lt;i&gt;capter&lt;/i&gt; un son) et se dirige &#224; l'arri&#232;re sc&#232;ne, o&#249; une grande surface blanche re&#231;oit l'image d'un film projet&#233; en boucle : un fleuve au premier plan, et derri&#232;re, une ville (Beyrouth, peut-&#234;tre). Qu'il tende sa perche vers la surface de l'eau, et l'on entendra les cris des nageurs ; qu'il l'abaisse vers le sol et l'on &#233;coutera le bruit &#233;touff&#233; des profondeurs ; qu'il la soul&#232;ve enfin vers le haut et les minarets, alors l'appel &#224; la pri&#232;re traversera la salle. Soudain, ce &#224; quoi on assiste, c'est &#224; un retournement : le son n'est pas enclos &#224; la surface pure des choses mais fabriqu&#233;e par celui qui vient l'arracher &#224; l'image&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le son &#233;tait-il d&#233;j&#224; l&#224;, ou est-ce l'homme qui le soul&#232;ve en lui quand il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la joie, d'enfance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fanfare atroce o&#249; je ne tr&#233;buche point ! chevalet f&#233;erique ! Hourra pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du spectacle : tourner autour de la salle avec une &#233;puisette comme on chasse les papillons. Mais plut&#244;t que de chercher &#224; enfermer les sons : les produire, les lib&#233;rer. Un curieux r&#233;cit se donne &#224; lire, non dans sa progression lin&#233;aire et pauvrement dramatique, mais comme la trajectoire recommenc&#233;e d'une chasse et d'une exploration &#8212; celle du spectre sonore. &lt;i&gt;La Bohemia electronica&lt;/i&gt; para&#238;t travailler fr&#233;n&#233;tiquement &#224; &#233;prouver mille et une mani&#232;res d'entendre, de percevoir, de recevoir le son, et de tous les endroits possibles (des amplificateurs sont d&#233;pos&#233;s sous les spectateurs ; parfois le son semble courir de gradins en gradins &#224; hauteurs d'&#233;paule : et l'on se souvient (dans la nostalgie de ce que l'on n'a pas v&#233;cu) qu'&#224; Rome, on d&#233;posait sous les gradins des amphores vides pour amplifier le son, le rejouer, le d&#233;placer). Il y a des violences : parce qu'il ne saurait y avoir d'explorations sans parvenir &#224; des limites, quelque chose comme un non-retour. Frotter un micro contre un mur comme on griffonnerait sur lui des paroles illisibles ; le perforer : t&#226;cher de traverser ce mur du son et n'en obtenir que du fracas satur&#233; de limaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spectacle sonore o&#249; le son habite l'image et les corps. Rien de plus muet qu'un visage aux l&#232;vres remu&#233;es, mais inaudibles &#8212; muet, c'est-&#224;-dire porteur d'une parole d'autant plus pr&#233;sente qu'elle est arrach&#233;e. Et quand ce visage est projet&#233;, film en noir et blanc, sur la t&#234;te d'un ventilateur qui tourne, quelque chose d'un cauchemar se joue : on pense &#224; Pasolini, et aux voix doubl&#233;es, parl&#233;es dans la bouche d'acteurs qui ne les prononcent pas &#8212; &#224; ces corps en d&#233;liaisons. On pense &#224; ces visages dans les r&#234;ves pour lesquels on n'est plus capable de se souvenir des voix. On pense que l'image est fragile et qu'elle se dresse pour dessiner l'espace de sa fragilit&#233;. J&#233;r&#233;mie Scheidler, qui a con&#231;u la sc&#233;nographie cin&#233;matographique de l'ensemble est cr&#233;dit&#233; de &lt;i&gt;l'&#233;criture de l'image&lt;/i&gt; du spectacle, et l'on prend mesure de cette syntaxe. Une syntaxe de lumi&#232;re &#8212; &#233;criture de la lumi&#232;re con&#231;ue par Jean-Gabriel Valot &#8212; parce que la lumi&#232;re fabriqu&#233;e par le son fabrique aussi le son qui l'entoure ou le cerne : et l'une renvoyant &#224; l'autre, les hi&#233;rarchies ne tiennent plus dans un monde comme int&#233;rieur qui se red&#233;finit &#224; chaque instant, par le son ou la lumi&#232;re, les corps qui parcourent la surface de l'un ou de l'autre. Phrases d'images et de lumi&#232;res syncop&#233;es, elliptiques &#8212; des visages ici, des flashs l&#224; qui font appara&#238;tre le corps nu et transitoire d'une femme (la plasticienne Enna Chaton), prenant en photo par flashs des instants arr&#234;t&#233;s de son corps ; un rapt de l'espace par la lumi&#232;re (au retour de la lumi&#232;re, l'espace rendu &#224; nos yeux, mais modifi&#233;, alt&#233;r&#233;, renouvel&#233;) qui nous le fait voir et nous le d&#233;robe. Des syntagmes nominaux en attente d'un verbe qui ne viendra pas, puisque la chair est l&#224;, avant elle, et qu'elle l'a aval&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le spectacle s'ach&#232;ve, stri&#233; par des saturations hurl&#233;es sur une guitare devenue &#233;lectrique qui font &#233;cho &#8212; et quel &#233;cho &#8212; aux caresses sur ses cordes &#224; l'ouverture, ce qui s'&#233;choue &#224; nos pieds est une heure conc&#233;d&#233;e &#224; la parole mais peupl&#233;es de puissances sensibles non pas infra-verbales, ou a-verbale, mais comme enveloppante du verbe. L&#224; o&#249; le &lt;i&gt;texte&lt;/i&gt; a c&#233;d&#233; n'a pas &#233;t&#233; le lieu d'un saccage, mais la lente et digne &#233;laboration d'un temps m&#233;nag&#233; &#224; la parole possible, celle qui pourra dire ce qui a eu lieu, celle qui se disait, durant le spectacle, ce qui avait lieu &#8212; dans le silence gard&#233; en soi et port&#233; devant soi comme affaissement du langage o&#249; le sens frayait lib&#233;r&#233; de ce qu'il y avait &#224; dire. O&#249; l'on comprend que le bruit n'est pas le contraire du silence, mais sa travers&#233;e ; o&#249; l'on a per&#231;u dans quelle mesure la pr&#233;sence est une qualit&#233; de temps lorsqu'il est fait de lumi&#232;re et d'espace : un temps lev&#233; dans la musique qui le rendait visible. L'inou&#239;, Rimbaud nous l'avait appris, n'est que de la lumi&#232;re quand elle devient pr&#233;sente et qu'on entend soudain ce qu'on pensait &#234;tre incapable d'entendre, et que pousse sur nous un corps aux sens neufs, aux virtualit&#233;s affranchies &#8212; une autre fa&#231;on d'entendre, avec Rimbaud de nouveau, le mot &lt;i&gt;Mouvement&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Le gouffre &#224; l'&#233;tambot,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La c&#233;l&#233;rit&#233; de la rampe,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;L'&#233;norme passade du courant&#8232;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;M&#232;nent par les lumi&#232;res inou&#239;es&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8232;Et la nouveaut&#233; chimique&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8232;Les voyageurs entour&#233;s des trombes du val&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&#8232;Et du strom.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8216;Mouvement', dans Illuminations&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;//player.vimeo.com/video/105394125?color=ffffff&amp;title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0&#034; width=&#034;500&#034; height=&#034;281&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt; &lt;center&gt;&lt;a href=&#034;http://vimeo.com/105394125&#034;&gt;La bohemia electr&#243;nica&#8230; nunca duerme | teaser&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;http://vimeo.com/user2737462&#034;&gt;jscheidler&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;SUR LE PLATEAU&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Ecriture, composition musicale, concepteurs du projet&lt;/sc&gt; : Kristoff K.Roll (Carole Rieussec et J-Kristoff Camps) &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Performeuse, plasticienne&lt;/sc&gt; : Enna Chaton &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vid&#233;o, &#233;criture de l'image :&lt;/sc&gt; J&#233;r&#233;mie Scheidler &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Cr&#233;ation lumi&#232;re&lt;/sc&gt; : Jean-Gabriel Valot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;COLLABORATION SUR LA CR&#201;ATION&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Mise en jeu des personnages&lt;/sc&gt; : Christophe Gu&#233;tat &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Script doctor dramaturgique&lt;/sc&gt; : Julie Gilbert &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Daniel Fayet&lt;/sc&gt; : Sc&#233;nographe&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Co-production : Sc&#232;ne nationale de Vandoeuvre-l&#232;s Nancy, France ; ABC, centre de culture, La Chaux-de-Fonds, Suisse ; Le CentQuatre, France, avec le soutien du Minist&#232;re de la Culture et de la Communication - DRAC LR ; de la R&#233;gion Languedoc-Roussillon, avec l'aide du CNC-Dicr&#233;am, de la Spedidam et le soutien de la ville de Frontignan.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; VENIR &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
28 mars 2015 / Albi - Festival Les Journ&#233;es &#233;lectriques&lt;br class='autobr' /&gt;
Automne 2015 / Ivry - Th&#233;&#226;tre Antoine Vitez&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le son &#233;tait-il d&#233;j&#224; l&#224;, ou est-ce l'homme qui le soul&#232;ve en lui quand il s'approche ? Je pense &#224; ce que dit Goethe de la couleur : qu'une robe rouge ne l'est pas en notre absence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Fanfare atroce o&#249; je ne tr&#233;buche point ! chevalet f&#233;erique ! Hourra pour l'&#339;uvre inou&#239;e et pour le corps merveilleux, pour la premi&#232;re fois ! Cela commen&#231;a sous les rires des enfants, cela finira par eux. &#187; Rimbaud&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8216;Mouvement', dans &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Colloque | Thomas Ostermeier : Reinventing Directors' Theatre at the Schaub&#252;hne Berlin, &#224; Londres</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/article/colloque-thomas-ostermeier-reinventing-directors-theatre-at-the-schaubuhne</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/article/colloque-thomas-ostermeier-reinventing-directors-theatre-at-the-schaubuhne</guid>
		<dc:date>2014-07-22T14:29:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Thomas Ostermeier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;proposition de communication
&lt;br/&gt;&lt;i&gt;Ostermeier et la r&#233;invention de la mise en sc&#232;ne&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/" rel="directory"&gt;LIENS, BR&#200;VES, ANNONCES | DAZIBAO&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_histoires-histoire" rel="tag"&gt;_histoires &amp; Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_thomas-ostermeier" rel="tag"&gt;_Thomas Ostermeier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L455xH667/le-metteur-en-scene-thomas-ostermeierm1008301-15a65.jpg?1770001029' width='455' height='667' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'occasion de la repr&#233;sentation d'&lt;i&gt;Un Ennemi du Peuple&lt;/i&gt;, au Barbican de Londres, se tient un colloque autour de l'&#339;uvre de Thomas Ostermeier, et de son travail &#224; la Schaub&#252;hne, organis&#233; par The Royal Central School of Speech and Drama, &#224; l'Universit&#233; de Londres : &lt;i&gt;Thomas Ostermeier : la r&#233;invention de la mise en sc&#232;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 25 au 26 septembre, cette rencontre autour de l'&#339;uvre de Thomas Ostermeier est l'occasion pour moi de poursuivre mes recherches autour de la question du th&#233;&#226;tre et de l'histoire au pr&#233;sent : ou comment inventer une sc&#232;ne du pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pr&#233;sentation de ces journ&#233;es sur le site du &lt;a href=&#034;http://www.cssd.ac.uk/events/research-events/thomas-ostermeier-reinventing-directors-theatre-schaubuhne-berlin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Royal Central School of Speech and Drama&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; R&#233;servations du &lt;a href=&#034;https://www.eventbrite.co.uk/e/thomas-ostermeier-reinventing-directors-theatre-at-the-schaubuhne-berlin-tickets-11880630285&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;symposium&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Site de la &lt;a href=&#034;http://www.schaubuehne.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Schaub&#252;hne&lt;/a&gt; &#224; Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3466 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/cfp_ostermeier_london_sept_2014.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 261 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773500871' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Programme du Symposium
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/photo-de-mario-del-curto-avec-lautorisation-du-thc3a9c3a2tre-nanterre-amandiers.jpg?1406039283' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Ostermeier
Le d&#233;pli politique de l'histoire&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mass f&#252;r Mass &#8212; Les Revenants&lt;/i&gt; : de Shakespeare &#224; Ibsen, rien de commun hormis le souci d'une sc&#232;ne exp&#233;rimentale, ou plut&#244;t laboratoire. Pour Thomas Ostermeier, dont on sait la double inclination pour ces deux auteurs, &#224; bien des &#233;gards privil&#233;gi&#233;s dans son travail, ces dramaturgies exp&#233;rimentales (non pas seulement en regard du th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me, mais jouant, &#224; l'int&#233;rieur de leur fable, l'essai comme principe moteur qui cherche ainsi &#224; mettre &#224; l'&#233;preuve les personnages, &#233;laborant la crise comme un r&#233;v&#233;lateur) semblent elles-m&#234;mes l'occasion de lib&#233;rer l'exp&#233;rimentation de sa nature quasi-th&#233;orique &#8212; l'une sur la r&#232;gle morale du pouvoir &#224; l'&#233;chelle de l'&#201;tat ; l'autre sur le pouvoir moral de la r&#232;gle &#224; l'&#233;gard de la famille &#8212; pour y exercer un th&#233;&#226;tre du d&#233;pli. C'est qu'en effet ces sc&#232;nes sont moins des appuis pour d&#233;ployer un art (de la mise en sc&#232;ne) que des espaces o&#249; d&#233;plier des questions (politiques). Singuli&#232;rement, Shakespeare et Ibsen, qui n'offrent &#233;videmment pas du tout les m&#234;mes formulations et les m&#234;mes r&#233;ponses, sont l'occasion pour le metteur en sc&#232;ne allemand d'une m&#234;me travers&#233;e o&#249;, de part et d'autre, se r&#233;v&#232;lent les enjeux d'une blessure : celle d'une impossible remise &#224; plat de l'Histoire. Pour le drame politique shakespearien, le k&#228;rcher qui voudrait nettoyer les refoul&#233;s de la fable ne fait qu'appeler davantage aux retours d'un pass&#233; qui d&#233;cid&#233;ment ne passera pas ; pour le drame intime d'Ibsen, la vid&#233;o de l'artiste fouille dans les visages le passage d'un temps auquel il ne participe plus &#8212; au terme des deux fables, la revenance agit comme si rien ne s'&#233;tait vraiment pass&#233;. Et pourtant, ce qui a lieu, au lieu du th&#233;&#226;tre, affecte le dehors de la sc&#232;ne : les spectateurs rendus &#224; leur histoire / Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en choisissant d'approcher deux spectacles parmi les plus r&#233;cents de Thomas Ostermeier, vus &#224; Paris (l'un au th&#233;&#226;tre de l'Od&#233;on en 2011 ; l'autre &#224; Nanterre-Amandiers en 2013), on proposera moins un parcours historique de sa r&#233;ception, que la saisie d'un geste singulier de mise en sc&#232;ne : d&#233;plier l'histoire, c'est exposer la fable (et dans chacun des spectacles, on notera la primaut&#233; du rythme sur le temps ; la facult&#233; &#224; ouvrir le r&#233;cit et &#224; en rendre compte par surexposition d&#233;termin&#233;e), c'est aussi et surtout d&#233;signer les plis de l'histoire l&#224; o&#249; notre Histoire fait d&#233;faut. De l&#224; le choix de ces deux exp&#233;rimentations dramaturgiques et philosophiques, qui localisent l'un des points sensibles les plus consid&#233;rables du travail de Ostermeier : les tensions de l'individu anachronique &#224; sa propre histoire, la surface d'inad&#233;quation entre une superstructure et les corps qui ploient sous elle. Pour d&#233;jouer les fatalit&#233;s de l'histoire, l'art d'Ostermeier est une force de proposition : le dialogue comme face-&#224;-face ; le d&#233;pli du temps comme maintient des tensions ; la revenance de l'art comme mise en regard de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/timthumb-2.jpg?1406189168' width='500' height='198' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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