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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
	<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>La Ville &#233;crite | jours &amp; nuit</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_nuit</dc:subject>
		<dc:subject>_La ville &#233;crite</dc:subject>
		<dc:subject>_1001 nuits</dc:subject>
		<dc:subject>_jour</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;mille et un, et une seule&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/la-ville-ecrite/" rel="directory"&gt;La ville &#233;crite&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_nuit" rel="tag"&gt;_nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_la-ville-ecrite" rel="tag"&gt;_La ville &#233;crite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_1001-nuits" rel="tag"&gt;_1001 nuits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jour" rel="tag"&gt;_jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2000.jpg?1504015594' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff2000.jpg?1504015637&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Combien de jours dans une seule nuit : et combien une seule nuit porte en elle de jours morts-n&#233;s ou &#233;pars : comment une nuit enti&#232;re rend possible les jours, tous ceux qui la pr&#233;c&#232;dent et tous ceux &#224; venir : pourquoi la nuit est la m&#234;me, chaque nuit, en regard des jours qui tous diff&#232;rent : que sommes-nous dans cette nuit, les jours innombrables tomb&#233;s au milieu d'elle : quelle est la nuit d'o&#249; les jours sont issus et o&#249; vont-ils tous se jeter si ce n'est en elle encore : &#224; quelle nuit crions nous chaque jour et pour quelle autre nuit que ces jours, infiniment &#233;chou&#233;s sur une seule nuit qui ne cessera pas et que je cherche&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2017-08-29_15.53.03.png?1504015662' width='500' height='496' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>dans quelle nuit</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/dans-quelle-nuit</link>
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		<dc:date>2014-04-18T21:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_aube</dc:subject>
		<dc:subject>_nuit</dc:subject>
		<dc:subject>_vies</dc:subject>
		<dc:subject>_1001 nuits</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;James McNeill Whistler, Nocturne in Black and Gold, Falling Rocket &lt;br class='autobr' /&gt;
De part et d'autre de la vie, sur tous les pans, sur chaque mati&#232;re qui l'enveloppe, quelque chose de pr&#233;cieux qui s'&#233;loigne, s'approche surtout. Se raconter une histoire pour comprendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La torche, tu l'aurais dans ta main, derri&#232;re toi la ville qui s'&#233;loigne &#224; mesure de chaque pas, tu as voulu chaque pas, tu te souviens du premier, celui qui te faisait entrer d&#233;j&#224; dans cette for&#234;t d'arbres dont chacun porte signe d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_nuit" rel="tag"&gt;_nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies" rel="tag"&gt;_vies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_1001-nuits" rel="tag"&gt;_1001 nuits&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/17_avril__nocturne.jpg?1397753255' width='500' height='646' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;James McNeill Whistler, &lt;i&gt;Nocturne in Black and Gold, Falling Rocket&lt;/i&gt; &lt;/small&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;De part et d'autre de la vie, sur tous les pans, sur chaque mati&#232;re qui l'enveloppe, quelque chose de pr&#233;cieux qui s'&#233;loigne, s'approche surtout. Se raconter une histoire pour comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La torche, tu l'aurais dans ta main, derri&#232;re toi la ville qui s'&#233;loigne &#224; mesure de chaque pas, tu as voulu chaque pas, tu te souviens du premier, celui qui te faisait entrer d&#233;j&#224; dans cette for&#234;t d'arbres dont chacun porte signe d'une beaut&#233; qui renforce la vie o&#249; tu vas, la torche tu la portes ainsi, avec la foi de celui qui marche dans le jour en pleine nuit, et le voile blanc d'un v&#234;tement enroul&#233; sur la branche tomb&#233;e de l'arbre br&#251;le au-dessus de toi, ainsi tu auras avanc&#233; longtemps dans la for&#234;t des signes avec aupr&#232;s de toi le regard capable d'en d&#233;chiffrer le sens et la port&#233;e et l'horizon &#8212; l'&#233;criture m&#234;me &#8212; (la beaut&#233; m&#234;me qui sauve et justifie ta pr&#233;sence), sans ce regard comment avancer ; et le d&#233;sir et les morsures, boucles des cheveux autour de ton poignet, en chemin tu aurais crois&#233; un puits et regard&#233; l'eau qui regardait vos corps, tremp&#233; tes l&#232;vres dans ce puits de la soif, et allong&#233; ton corps longtemps aupr&#232;s du corps allong&#233; de la soif m&#234;me ; tu aurais avanc&#233; ainsi, tu aurais avanc&#233; la for&#234;t avec toi et la nuit et les nouveaux mondes enfouis en toi s'&#233;taient doucement lev&#233; et lentement dress&#233; comme du d&#233;sir et tu apprenais alors la profondeur des corps, le corps all&#233; dans le corps m&#234;me du temps, de la chair et des pens&#233;es, et des vies qui basculent vers le midi dans la nuit qui gonflait en toi de d&#233;sir o&#249; tu allais encore plus profond&#233;ment depuis une premi&#232;re fois &#233;chang&#233; pour toujours ; et puis soudain aupr&#232;s de toi le pass&#233; est venu et tu t'es retourn&#233;, tu as fait ce geste de te retourner et tu l'as vu dans la nuit inachev&#233; et fragile, et tu t'es retourn&#233; de nouveau pour voir le chemin et tu as eu peur, tu as cru que le temps ne recommencerait plus jamais, que la nuit ne serait que de la nuit ; tu as pens&#233; que la nuit ne finirait pas - tu sais maintenant que la nuit &#233;tait la condition du jour, qu'elle n'&#233;tait l&#224; que pour lever le jour mais qu'il fallait la traverser toute, puisqu'en elle seule tu pouvais grandir en toi, qu'elle appartenait &#224; la berceuse et &#224; la sagesse, oui qu'il fallait la traverser plus avant pour l'&#233;pouser et voir se lever l'Aube en toi et de toi et du regard qui savait lire les signes dispos&#233;s pour toi, et tu as pris peur, alors tu as lanc&#233; d'un geste, terrible, la torche dans le puits qui s'est &#233;clair&#233; &#224; mesure de la chute, qui ne connaissait pas de fond, le noir grandissait le temps et en toi s'&#233;loignait &#224; jamais ; je crois, tu as pos&#233; les yeux sur le sol et le jour faible qui se levait, sans aube, celui des villes et des hommes, avait dans ta bouche le go&#251;t qu'il aura toujours, de cendres et du repos interminable. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une fable. Un r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au r&#233;cit, je sais combien je dois ; mais au po&#232;me, l&#224; o&#249; est ma vie, o&#249; est la vie, l'&#233;clat pur, l'instant qui dure sans dur&#233;e, l'aube toujours recommenc&#233; &#8212; je lui confie la foi du recommencement pourtant, je lui confierai &#224; jamais cette foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrases lumineuses ; les plus lumineuses dont je sois capable. Obscures seulement pour ceux qui habitent seulement les villes et leurs lumi&#232;res fausses, ignorent les lumi&#232;res qui tombent du ciel, la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai relu le po&#232;me de Michaux tout &#224; l'heure, &#224; midi, &lt;i&gt;nous deux encore&lt;/i&gt; j'ai attendu midi pour cela, et j'ai relu ce po&#232;me du feu et de la cendre, pour lire ce dans quoi j'entrais. Quand il faudra se souvenir de ce jour, je relirai ce texte. Quand il faudra l'oublier aussi, mais je ne l'oublierai pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/nocturne_de_tail.jpg?1397753262' width='500' height='370' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;James McNeill Whistler, &lt;i&gt;Nocturne in Black and Gold, Falling Rocket&lt;/i&gt;, d&#233;tail &lt;/small&gt; &lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pierre Michon, l'assomption d'un nom m&#233;morable</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/pierre-michon-l-assomption-d-un-nom-memorable</link>
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		<dc:date>2014-01-24T15:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Pierre Michon</dc:subject>
		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_raconter bien</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;criture du r&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_1001 nuits</dc:subject>
		<dc:subject>_R&#233;volution</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Communication au colloque &#224; l'Universit&#233; d'Amsterdam sur &#171; le retour &#224; la narration &#187;, organis&#233;e par Sabine Van Wesemael et Suze Van der Poll, janvier 2014.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/" rel="directory"&gt;CHANTIER | &#201;CRITURES &amp; LITT&#201;RATURE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_pierre-michon" rel="tag"&gt;_Pierre Michon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_histoires-histoire" rel="tag"&gt;_histoires &amp; Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_reves-et-terreurs" rel="tag"&gt;_r&#234;ves et terreurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_raconter-bien" rel="tag"&gt;_raconter bien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecriture-du-recit" rel="tag"&gt;_&#233;criture du r&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_1001-nuits" rel="tag"&gt;_1001 nuits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_revolution" rel="tag"&gt;_R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1285.jpg?1386172247' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1285.jpg?1386172258&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Note du 13 janvier : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mercredi et pour trois jours, &lt;a href=&#034;http://www.uva.nl/en/home&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'Universit&#233; d'Amsterdam&lt;/a&gt;, se tient un colloque sur les &#233;critures contemporaines, et sur la question du &#171; Retour &#224; la narration &#187;, journ&#233;es organis&#233;es par Sabine Van Wesemael et Suze Van der Poll (programme en bas de page).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occasion pour moi de prolonger une r&#233;flexion engag&#233;e sur deux fronts : le r&#233;cit, et la prose de Pierre Michon, d&#233;j&#224; entreprises &#224; &lt;a href=&#034;http://carnets.contemporain.info/moyens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt; (&lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article781&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur les enjeux des moyens du r&#233;cit&lt;/a&gt;), et Paris (sur ceux du &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article842&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;monologue&lt;/a&gt;). Mani&#232;re aussi d'aller plus avant, pour moi, sur la question de l'Histoire, ou comment s'articule &#224; elle les outils pour la dire, la fable qu'il faudrait pour en prendre mesure afin de non seulement lui appartenir, mais l'inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon comme un fa&#231;on, de biais, de lire ce qui me semble moins aujourd'hui un retour, qu'une mani&#232;re de recourir &#224; l'Histoire : pas vraiment un repli, une retraite, mais une conqu&#234;te oui, et si cela doit prendre la voie de l'histoire de minuscules d'anc&#234;tres, ou de Rimbaud, ou derni&#232;rement de la R&#233;volution (surtout de la R&#233;volution : lieu o&#249; d&#233;cider qu'ici commencerait notre histoire et l'histoire de l'histoire), ce serait toujours geste de morsure sur sa propre histoire, dans la langue qui nomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toutes ces questions, pr&#233;texte aussi (quel est le biais de quoi ?) de chercher en moi et plus loin les fabriques de l'histoire : comment raconter, quelle vie, de quelles exp&#233;riences t&#233;moigner pour traverser l'histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
R&#233;sum&#233; &lt;/center&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; &#224; la fable majuscule que repr&#233;sente ce th&#233;&#226;tre consid&#233;rable de l'Histoire qu'est la R&#233;volution fran&#231;aise dans &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, le romancier Pierre Michon dessine depuis trente ans, via nombre de r&#233;cits faisant retour sur l'Histoire, l'itin&#233;raire singulier d'une &#339;uvre prise dans les feux crois&#233;s de l'intime et du collectif, travaillant dans une &#233;criture elle-m&#234;me creuset de la m&#233;moire perdue de la langue (o&#249; le somptueux du style fait violence &#224; notre temps m&#234;me, somptuaire du langage) les rapports de force entre la modestie des corps &#8211; leurs origines et la fragilit&#233; des existences &#8211;, contre la puissance de l'Histoire : ces moments de fatalit&#233; qui fondent le sens des destin&#233;s humaines. C'est ainsi que peut se lire ce retour (qui ne cesse de faire retour) &#224; l'Histoire dans son &#339;uvre, qui est aussi un recours technique &#224; la fabrication de l'histoire : double polarit&#233; pour une m&#234;me exigence, celle de raconter pr&#233;cis&#233;ment ces jeux de force entre l'infime et l'immense aux points d'intensit&#233; qui en jaillissent : entre Balzac et Rimbaud, dont Michon serait moins l'h&#233;ritier que l'ex&#233;cuteur testamentaire (le fils prodigue, c'est-&#224;-dire aussi en partie le traitre). Un retour aux narrations du XIXe s., qui en traverse les proc&#233;d&#233;s pour mieux les imploser : retour en spirale, donc. Dans ses derniers r&#233;cits, l'Histoire n'y est pas d&#233;cor ou support, mais surface et enveloppe narrative : sc&#232;ne o&#249; des acteurs plus que des personnages, et des voix plut&#244;t que des corps, surgissent pour s'effacer devant la pr&#233;sence r&#233;elle du corps mystique et glorieux de l'Histoire. Narration monologu&#233;e ou dialogisme adress&#233; d'une fable qui est l'all&#233;gorie de toutes les autres histoires ? Michon travaille &#224; l'atelier de la langue, refusant la fresque au lieu m&#234;me o&#249; elle est pourrait agir pour &#339;uvrer dans le r&#233;cit en prise directe sur ceux qui le font : ekphrasis lyrique de la narration, o&#249; comment le retour &#224; l'Histoire, celle qui est cens&#233;e avoir &#233;t&#233; &#233;crite pour toujours, peut &#234;tre l'espace imaginaire de sa r&#233;appropriation et la possibilit&#233; politique de son invention.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pierre Michon | l'assomption d'un nom m&#233;morable
&lt;p&gt;l'art miraculeux de l'&#339;uvre prose&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/big&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Exil&#233; ici, j'ai eu une sc&#232;ne o&#249; jouer les chefs-d'&#339;uvre dramatiques de toutes les litt&#233;ratures. Je vous indiquerais les richesses inou&#239;es. J'observe l'histoire des tr&#233;sors que vous trouv&#226;tes. Je vois la suite ! Ma sagesse est aussi d&#233;daign&#233;e que le chaos. Qu'est mon n&#233;ant, aupr&#232;s de la stupeur qui vous attend ?&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Arthur Rimbaud, &#8216;Vies', &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne m'entiche comme le miracle. A-t-il bien eu lieu ? Il est vrai : ce penchant &#224; l'archa&#239;sme, ces passe-droits sentimentaux quand le style n'en peut mais, cette volont&#233; d'euphonie vieillotte, ce n'est pas ainsi que s'expriment les morts quand ils ont des ailes, quand ils reviennent dans le verbe pur et la lumi&#232;re. Je tremble qu'ils s'y soient obscurcis davantage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, &#171; Vie de la petite morte &#187;, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;D'un tel miracle &#8212; celui de cette prose qui est aussi du r&#233;cit et de son &#233;criture, acte qui engage tout entier la narration dans son mouvement en lequel r&#233;side &#224; la fois un renouement et un adieu &#8212; dire d'embl&#233;e qu'il est croyance, suspendue &#224; la question d'un &lt;i&gt;avoir lieu&lt;/i&gt; inquiet qui n'aura d'autre r&#233;ponse que sa formulation, puisque le lieu (et la formule) de cette question, c'est le r&#233;cit lui-m&#234;me. Miracle, c'est-&#224;-dire geste devant ce qui ne saurait se r&#233;soudre hors son accomplissement ou qu'aucune preuve ne pourrait garantir, et dont seule l'ex&#233;cution, souveraine et fragile, pourrait attester le vrai, c'est-&#224;-dire le &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt;. Dire aussi que cette phrase porte l'art po&#233;tique qu'il accomplit, que dans le r&#233;cit qui se raconte ici, se formule aussi ce qui seul pourrait permettre de le raconter. Dire enfin que le miracle de cette prose, sa croyance comme moyen de la vivre au lieu m&#234;me du r&#233;cit, mise &#224; l'&#233;preuve de l'&#233;criture, mise en question de l'exp&#233;rience qu'elle exige, dans l'articulation de la vie et de la mort, de la lumi&#232;re et de l'ombre, du r&#233;cit d'une part dont l'art en prose est son incarnation horizontale, &lt;i&gt;dur&#233;e&lt;/i&gt;, contre une langue pure d'autre part rendue &#224; son &#233;clat vertical, c'est-&#224;-dire &#224; la po&#233;sie surgie et effac&#233;e en son instant &#8212; que ce miracle donc d'une telle mise en tension ne peut avoir lieu qu'au tremblement singulier d'un auteur terrifi&#233; par ce qu'il accomplit : produire l'effacement. Faire tenir par et dans la narration le surgissement d'une pr&#233;sence est impossible et &lt;i&gt;c'est pourquoi&lt;/i&gt; ce geste est sans cesse tent&#233;, recommenc&#233;, vague &#233;chou&#233;e infiniment d'une mer qui croit encore qu'elle est capable de se rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;criture de Pierre Michon est ce miracle, c'est aussi parce qu'elle organise ce coup de force comme d'un seul &#233;lan qui assemble et juxtapose les conditions de son surgissement avec l'effet qu'elle suscite aupr&#232;s de son lecteur : quelque chose comme d'une reconnaissance fragile, menac&#233;e toujours de se rompre devant le somptuaire de sa r&#233;alisation &#8212; reconnaissance, mot qui vaut aussi bien quand il s'agit d'admettre l'&#233;vidence myst&#233;rieuse de l'inconnu r&#233;v&#233;l&#233;e telle qu'en lui-m&#234;me, comme de v&#233;rifier le visage d'un mort. Reconna&#238;tre un mort, c'est une mani&#232;re peut-&#234;tre de dire le mouvement d'une telle &#233;criture : non pour dire la mort et chanter sa disparition, mais pour chercher dans le regard achev&#233; et clos ce qui a produit la vie, l'&#233;nergie qui maintient dans l'&#234;tre celui qui la reconna&#238;t : face &#224; un mort, c'est l&#224; seul qu'on sait qu'on est vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miracle de cette prose sur laquelle p&#232;se ainsi cependant comme la menace d'une mort au lieu m&#234;me qui a pr&#233;sid&#233; &#224; sa naissance : prose en laquelle dignit&#233; et pudeur et violence en regard du monde se fondent pour s'&#233;crire, en m&#234;me temps qu'un r&#233;cit qui n'est finalement qu'un d&#233;p&#244;t de chair bris&#233;e sur le spectacle de son apparition qui l'efface. Violence en regard du monde et des formes qu'il se donne pour se lire et &#234;tre lu : &lt;i&gt;l'archa&#239;sme&lt;/i&gt; d'un style tel qu'il s'admet, se reconna&#238;t lui-m&#234;me, l'est d'autant plus que ce monde (notre monde) ne cesse de faire de la communication son minist&#232;re, celui de l'art et celui du pouvoir, o&#249; seul importe la transitivit&#233; efficace d'un message, sa lisibilit&#233; imm&#233;diate en termes de savoir et d'une connaissance imm&#233;diate. La prose de Pierre Michon ne cesse pas de travailler contre cette imm&#233;diatet&#233;, contre cette id&#233;ologie de la communication neutre au nom de l'efficacit&#233;, mais elle le r&#233;alise avec les moyens d'une autre imm&#233;diatet&#233;, avec les forces d'une autre lisibilit&#233;, les &#233;nergies d'une autre fa&#231;on de concevoir le passage du verbe &#8212; au nom de ce monde. C'est en effet en faisant porter sur l'&#233;criture tout le poids de cette prose, en confondant dans ce art d'&#233;crire la possibilit&#233; de la parole, cherchant au plus haut l'incandescence sous la fusion du &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt;, produisant le spectacle d'une parole qui ne cesse de s'exhiber telle, jouant de la r&#233;tention comme puissance de d&#233;livrance, que Michon travaille, pour ainsi dire, contre son temps, et ce faisant &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; ce monde, pour une part lui r&#233;pondant, r&#233;pondant de ce monde. Car comme deux forces s'appuient l'une contre l'autre pour jouer des &#233;quilibres paradoxaux et s'&#233;riger, l'&#233;criture de Michon trouve ici mati&#232;re &#224; sa contemporan&#233;it&#233;, une contemporan&#233;it&#233; probl&#233;matique &#8212; et en cela &#233;minemment contemporaine &#8212;, qui consiste &#224; se rendre pr&#233;sente, &#224; travailler au pr&#233;sent malgr&#233; la forme que le pr&#233;sent se donne &#224; lui-m&#234;me (en syntaxe de la vitesse), &#224; faire se dresser ce qu'il faudra bien nommer avec lui la &lt;i&gt;pr&#233;sence r&#233;elle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'&#339;uvre en prose&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'art du r&#233;cit de Pierre Michon serait, d&#232;s les &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, pos&#233; ainsi en ces termes : un miracle, qui voudrait tenir &#224; part &#233;gal la qu&#234;te d'un &lt;i&gt;r&#233;cit&lt;/i&gt; &#8212; celle qui au plus haut est celle de vies : &lt;i&gt;raconter&lt;/i&gt; la vie comme vie &lt;i&gt;v&#233;cue&lt;/i&gt; : chiasme d&#233;cisif, &#233;quation puissante &#8212;, et celle d'une &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt; qui serait capable de demeurer intacte d'une fiction toujours susceptible de recouvrir ce qui la produit. L&#224; o&#249; se tient le miracle est dans cette double postulation, baudelairienne presque, entre l'enfer d'un r&#233;cit lin&#233;aire comme projet narratif, et le ciel d'une langue pure et &lt;i&gt;lumineuse&lt;/i&gt;, d'anges, ces &#171; morts quand ils ont des ailes &#187;. Dans le paysage o&#249; surgit &#8212; et o&#249; intervient &#8212; l'&#233;criture de Pierre Michon, parler d&#232;s lors de &lt;i&gt;retour &#224; la fiction&lt;/i&gt; n'a de sens que dans cette dialectique joyeuse et terrible, simple en apparence et vieille, &#171; vieillotte &#187; aussi, entre prose et po&#233;sie, travers&#233;e, mise en pi&#232;ces. C'est que Michon, s'il op&#232;re un tel retour, ne se r&#233;signe pas &#224; une retraite, un repli &#8212; plut&#244;t comme dans d'autres &#233;critures qu'il reconna&#238;tra fr&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut citer notamment parmi les plus remarquables et consid&#233;rables d'entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cherche les moyens d'une conqu&#234;te, voire d'une reconqu&#234;te. La fiction, entendue de mani&#232;re minimale, comme la production d'un r&#233;cit &#8212; travaill&#233;e par les enjeux de vrai et de faux, non comme des valeurs, mais des seuils franchis dans un sens et dans l'autre &#8212; est de retour contre le formalisme des ann&#233;es 1960 et 1970 qui pr&#233;c&#233;daient (un formalisme de la forme surtout), mais en tant qu'ici elle est retourn&#233;e par la forme et avec elle d&#233;voilant le r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art de la fiction int&#233;resse en somme Pierre Michon comme elle int&#233;resse les plus grands prosateurs qui l'ont travaill&#233;e de l'int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire qui l'ont travaill&#233;e contre elle (Proust, Faulkner, Joyce, C&#233;line, pour ne citer que quelques exemples disparates qui n'ont parfois que peu &#224; voir avec la po&#233;tique revendiqu&#233;e par Michon, mais semblables toutes dans le m&#234;me d&#233;sir de contester la forme de la fiction par des moyens formels). Dans un entretien t&#233;l&#233;vis&#233;e de 1998 &#8212; en compagnie de Jean &#201;chenoz et de Pierre Bergounioux &#8212;, Michon s'en explique avec force clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Michon : Cette cat&#233;gorie fourre tout du roman, que moi je revendique aussi, nous n'avons pas de raison de la laisser aux mis&#233;rables. Cette cat&#233;gorie-l&#224; a &#233;t&#233; d&#233;finie au si&#232;cle dernier pour des ouvrages extr&#234;mement novateurs, &#224; partir de Diderot, disons. Et maintenant, c'est une cat&#233;gorie pour les ouvrages au contraire conventionnels. Et pourquoi ne pas reprendre ce label pour les ouvrages qui ne seraient plus conventionnels, c'est-&#224;-dire : l'&#339;uvre en prose.
&lt;br/&gt;Quelques uns parmi nous croient que l'histoire des formes continuent, qu'on peut insuffler quelque chose encore au roman, enfin &#224; ce qu'on appelait le roman, que ce soit dans le sens de l'intrigue comme va Jean [&#201;chenoz], il me semble, d'apr&#232;s ce que tu disais tout-&#224;-l'heure, ou dans le sens du &#171; plus de prose &#187;, comme moi-m&#234;me je m'efforce de faire, mais enfin nous pensons que cette forme-l&#224; n'est pas close une fois pour toute, sur des histoires de &#171; un tel veut coucher avec une telle, mais malheureusement il a un fils d'un premier mariage, etc. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Miracle de Pierre Michon en ceci qu'il choisit l&#224; o&#249; est la &lt;i&gt;r&#233;action&lt;/i&gt; l'espace m&#234;me de la reconqu&#234;te, refusant d'adosser le travail de la langue contre le r&#233;cit (la fiction), mais au contraire, envisageant radicalement le roman (la fiction) comme structure enveloppante au sein de laquelle sera possible la langue. R&#233;cit, roman : fiction ? &lt;i&gt;L'&#339;uvre en prose&lt;/i&gt;, dit Michon &#8212; il faudrait &#233;videmment d&#233;finir plus avant ce qu'ici trop rapidement on assimile, et bien s&#251;r la fiction ne recouvre pas le roman : du moins dirons-nous ici que le roman est l'espace technique d'un r&#233;cit fictionnel. Loin donc de &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt; &#224; la fiction contre le travail de la langue, ou de travailler la langue contre la fiction, Michon cherche une sorte de synth&#232;se dynamique qu'il trouve d&#232;s &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; et nomme sous ce terme d'&lt;i&gt;&#339;uvre en prose&lt;/i&gt; &#8212; en tant qu'elle est un surcro&#238;t de prose : un &#171; plus de prose &#187; &#8212; qui pourrait presque d&#233;signer un genre neuf, o&#249; &lt;i&gt;l'&#339;uvre&lt;/i&gt; ferait signe vers l'&#233;laboration formelle d'une &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt; con&#231;ue en ponction verticale du verbe, et la &lt;i&gt;prose&lt;/i&gt; vers le r&#233;cit, sa ligne horizontale orient&#233;e en trame. En cela, r&#233;pondant &#224; la d&#233;finition de la litt&#233;rature par Maurice Blanchot (&#171; mise en r&#233;flexion du langage &#187;), l'&#339;uvre de Michon double cette proposition en &#233;laborant le langage aussi comme mise en r&#233;flexion du r&#233;cit, dans le langage, et du langage dans le r&#233;cit. Formalisme ? Pierre Michon pourrait fait siens les mots que prononce apr&#232;s lui (et avec lui) Jean &#201;chenoz, lors de cette m&#234;me &#233;missions :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean &#201;chenoz &#8212; Je suis tr&#232;s attach&#233; au formalisme. Et je tiens &#224; cette id&#233;e, je tiens &#224; cette pratique, la fa&#231;on dont un objet est construit, et la fa&#231;on dont il progresse. La fa&#231;on dont il est structur&#233;, agenc&#233; jusque dans ses d&#233;tails, me parait au moins aussi importante que le propos. C'est cela le &#171; plus de prose &#187; : l'id&#233;e d'une prose romanesque qui transcende des formes au fond h&#233;t&#233;roclite, et c'est l&#224; que cela passe .&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Formalisme, c'est-&#224;-dire r&#233;volution permanente, fid&#233;lit&#233; &#224; la guerre civile incessante que m&#232;ne le roman contre lui-m&#234;me : radicale introspection d'une forme qui ne peut s'&#233;laborer qu'en se contestant de l'int&#233;rieur, et depuis toujours ainsi peut se lire son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon &#8212; Apr&#232;s tout, les romans de Chr&#233;tien de Troyes en vers &#233;taient tout le contraire de la convention, c'&#233;tait des nouveaut&#233;s. Flaubert &#233;tait de la nouveaut&#233;, Sthendhal &#224; sa fa&#231;on aussi, et Balzac sans soute. Quand j'entends les gens dire &#171; le vieux roman balzacien &#187;, mais comment cela ? Plus personne n'en fait ! Balzac seul l'a fait. Maintenant il y a des romans, si on pense &#224; Anatole France : de type francien ; si on pense &#224; Paul Bourget : de type bourgetien, mais des romans balzaciens je n'en vois pas. Il y a des romans, beaucoup de romans, qui ont pris le chemin du mauvais roman, de la fin du si&#232;cle dernier, qu'on n'a pas lus, pas plus qu'on n'a pas lus le mauvais roman de notre si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Fid&#233;lit&#233;, oui, et pour cela il s'agit de ne jamais faire d'une forme acquise une forme &#224; h&#233;riter, mais toujours habiter son mouvement : &#234;tre fid&#232;le &#224; son histoire seulement dans sa trahison. Nul retour &#224; la fiction possible, d&#232;s lors, s'il faut entendre par retour une reprise : le retour est toujours un d&#233;tour qui en d&#233;placerait les termes &#8212; exc&#233;derait &#224; la fois la force pour s'en d&#233;livrer. S'il y a retour, c'est en vertu de cette loi : que le neuf est autant un crit&#232;re qu'un appui, un &#233;lan. &lt;i&gt;L'archa&#239;sme&lt;/i&gt; de la langue de Michon en ce sens est sa modernit&#233; : la r&#233;&#233;criture d'une langue dans un temps et un monde qui n'est plus capable de l'entendre, l'inou&#239; &#8212; la langue que parlent les r&#233;cits de Michon, si nette et franche plong&#233;e dans la radicalit&#233; m&#234;me de son histoire, langue fran&#231;aise tremp&#233;e dans l'&#233;clat m&#234;me de son langage, devient, au plus haut, &lt;i&gt;&#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;, et en cela force de novation pour le fran&#231;ais ainsi d&#233;visag&#233;, envisag&#233; de nouveau &#224; l'envers de &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt; de Pierre Michon figurerait une double transgression, une double reconqu&#234;te, une double attaque aussi des canons anciens, apte &#224; op&#233;rer cette novation singuli&#232;re qui exc&#232;de de beaucoup la seule formule de &lt;i&gt;retour &#224; la fiction&lt;/i&gt; &#224; laquelle on r&#233;duit parfois son entreprise &#8212; syntagme qui pourrait en effet sous-entendre qu'il s'agit d'en &lt;i&gt;rabattre&lt;/i&gt; vers la fiction, de &lt;i&gt;conc&#233;der&lt;/i&gt; quelque chose &#224; la fiction, et d'op&#233;rer un &lt;i&gt;compromis&lt;/i&gt; avec l'art d'&#233;crire en faveur d'un r&#233;cit. Double transgression, l'&#339;uvre en prose de Michon (sous-titr&#233;, il est vrai, &lt;i&gt;roman &lt;/i&gt;par son &#233;diteur Gallimard) affecte d'un double coefficient &#224; la fois la fiction et la langue : la fiction par la langue, et la langue par la fiction. &#338;uvre &#233;minemment narrative en effet, et fictionnelle, elle se propose de conter huit vies, sorte de totalit&#233; excessive et modeste, r&#233;cit des mille et une nuits assembl&#233;e en une seule semaine m&#233;taphorique &#8212; sept &lt;i&gt;jours&lt;/i&gt; auxquels s'ajoute un, superf&#233;tatoire et essentiel, qui d&#233;borde la totalit&#233; pour ne pas en faire une cl&#244;ture &#8212;, mais la fiction est d'embl&#233;e, par provocation, attaqu&#233;e en son nerfs : ces vies ne seront que &lt;i&gt;minuscules&lt;/i&gt;, des hommes de rien, des conqu&#233;rants du r&#233;el &#224; leur &#233;chelle insignifiante mais dont la fiction, par le seul geste de s'en saisir en histoires, charrie leur m&#233;moire en destin, &#171; destins splendides ou d&#233;sastreux, ou les deux ensemble, comme les destins sont dans les pays du seul dire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, (&#171; Vie d'Antoine Peluchet &#187;), op. cit., p. 62.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces vies de peu r&#233;pond l'autre provocation : celle qui choisit &#8212; en contraste &#8212; pour raconter cette prose majuscule et somptueuse d'une langue, br&#251;lante et charg&#233;e, &#233;paisse d'un verbe tenue au plus haut : &#171; Rien, pour lire cette histoire, ne me convenait mieux que la proximit&#233; des chairs souffrantes dans les draps p&#226;les, sous le rire vainqueur de juillet. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, (&#171; Vie du P&#232;re Foucault &#187;), op. cit., p. 184.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Un &lt;i&gt;plus de prose&lt;/i&gt; en forme de violence inflig&#233;e &#224; la langue, qui &#224; chaque phrase arr&#234;te le r&#233;cit pour concentrer ses &#233;nergies sur sa propre production : l&#224; o&#249; la langue &#233;labore une s&#233;ries de pr&#233;sents arr&#234;t&#233;s et fixe l'imaginaire sur le verbe, l&#224; &#233;galement se d&#233;livre l'histoire. Singulier paradoxe, des temps et des dur&#233;es, qui cependant s'accomplit dans la phrase, et non pas seulement avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une autre violence, un autre impossible &#233;quilibre &#8212; tenue &#8212; a lieu, un autre miracle : celui de la fiction elle-m&#234;me, qui ne cesse d'&#234;tre d&#233;bord&#233;e. C'est d'abord l'enjeu de la m&#233;moire (trou&#233;e, manquante, incompl&#232;te) qui n'en finit pas de faire peser sur ces vies pos&#233;es comme v&#233;ritables la suspicion de la reconstruction, et du faux ; c'est &#233;galement la question de la restitution, d'un narrateur &#224; la fois omnipr&#233;sent et d&#233;rob&#233; ; c'est enfin le jeu &#224; la puissance de l'auteur sur ces vies de biais, qui ne sont qu'une mani&#232;re miraculeuse et miracul&#233;e de se raconter : &#171; Qui, si je n'en prenais ici acte, se souviendrait d'Andr&#233; Dufourneau, faux noble et paysan perverti, qui fut un bon enfant, peut-&#234;tre un homme cruel, eut de puissants d&#233;sirs et ne laissa de trace que dans la fiction qu'&#233;labora une vieille paysanne disparue ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, (&#171; Vie d'Andr&#233; Dufourneau &#187;), op. cit., p. 32.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Jeu avec le vrai et le faux, avec l'oubli et sa reformulation, avec l'auteur et la parole confi&#233;e &#224; celui qui saura l'&#233;crire, pour endosser la part du faux et du vrai, toutes travers&#233;es par la v&#233;rit&#233; de la fiction d&#233;pos&#233;e en signe et trace du pass&#233; (sa preuve au pr&#233;sent), avec l'autorit&#233; de celui qui dit &lt;i&gt;je&lt;/i&gt;, d&#233;positaire des r&#233;cits et des vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que finalement, derni&#232;re puissance de la fiction, ultime retour et retournement, avatar dernier du miracle impossible, l'&#233;criture finit par produire la confusion de la vie et du r&#233;cit : quand la vie est morte d'avoir &#233;t&#233; v&#233;cue, ne reste plus en effet que cet objet mort d'&#234;tre tenu vivant par un lecteur qui l'accomplirait apr&#232;s sa fin, revivant infiniment l'exp&#233;rience de son r&#233;cit, si le r&#233;cit est capable de dire &#224; la fois le processus qui raconte et ce qui est racont&#233;. Tenant ce livre sous les yeux, c'est la mort qu'enfin je r&#233;ussis &#224; tenir en arri&#232;re, et la vie qui devant moi se dit et se raconte, s'&#233;prouve aussi, se r&#233;alise &#8212; comme un r&#234;ve &#8212;, fait de la fiction la vie seconde, quand la vie r&#233;elle, profond&#233;ment &lt;i&gt;pr&#233;sente&lt;/i&gt;, est ce qui se dresse en moi, et en phrases. Ainsi la pr&#233;sence r&#233;elle de la fiction est lev&#233;e : sa vie dress&#233;e dont il a fallu qu'elle meure pour s'accomplir en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fiction, loin d'&#234;tre ce faux qui prend l'allure du vrai, est plut&#244;t le jeu du faux avec le/du vrai, pour que l'un et l'autre, non ne s'annulent (et l'&#339;uvre ainsi hors de toute responsabilit&#233;, pourrait tout se permettre), mais convergent pour mieux inventer le possible de la langue et du monde : cr&#233;ation de la possibilit&#233; d'une vie &lt;i&gt;r&#233;invent&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon &#8212; C'est l'effet de prose, l'effet d'art, l'effet de r&#233;el sur le lecteur, et &#231;a c'est du grand art. Et l'art est rare. L'effet de r&#233;el, &#231;a veut dire quelque chose qui ne soit pas du d&#233;calque du r&#233;el, quelque chose qui ne soit pas une histoire r&#233;elle, racont&#233;e, mais quelque chose qui cr&#233;e du r&#233;el &#224; partit de l'&#233;crit, &#224; partir de la prose, &#224; partir de l'art. C'est tout. Cela a toujours &#233;t&#233; &#231;a l'&#233;criture, &#231;a a toujours &#233;t&#233; &#231;a l'art, depuis qu'il en existe. [&#8230;] C'est rare. Ces choses-l&#224; sont rares, et il est bon qu'elles soient rares. Comme disait Buffon (qu'est-ce qu'il disait Buffon &#224; propos de l'or ?) &#8212; il disait : &#171; l'or est rare car il est extr&#234;me, et il est rare pour la raison m&#234;me qu'il est extr&#234;me &#187; ! (rires) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er du r&#233;el &#224; partir de l'&#233;criture : op&#233;ration d'alchimie &lt;i&gt;du verbe&lt;/i&gt; &#8212; raret&#233; en lequel r&#233;side son prix &#8212; est sa facult&#233; qui ajoute un surcro&#238;t de r&#233;el par la fiction : tel est le miracle de l'&#339;uvre en prose. La fiction ne fait retour que pour traverser les fausses exigences du vrai, et fabriquer v&#233;ritablement un faux racont&#233;, des vies invent&#233;es &#8212; plus ou moins fabriqu&#233;es comme des inventions &#8212; pour &#233;laborer des exp&#233;riences r&#233;elles de vie. Le lieu du roman, peut-&#234;tre est-ce l&#224; son privil&#232;ge et sa t&#226;che, sa mission parmi les hommes, serait ainsi d'&#233;laborer le temps : l'avenir ainsi constitu&#233; dans le pass&#233; de son &#233;criture (puisque ce qu'on lit a toujours d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;crit) aura &#233;t&#233; l'avoir lieu du temps et le lieu de l'invention o&#249; il pourra se r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe un portrait du jeune Faulkner, qui comme lui &#233;tait petit, o&#249; je reconnais cet air hautain &#224; la fois et ensommeill&#233;, l'&#339;il pesant mais d'une gravit&#233; fulgurante et noire, et, sous une moustache d'encre qui jadis d&#233;roba la crudit&#233; de la l&#232;vre vivante comme le fracas tu sous la parole dite, la m&#234;me bouche am&#232;re et qui pr&#233;f&#232;re sourire. Il s'&#233;loigne du pont, s'allonge sur sa couchette, y &#233;crit les mille romans dont est fait l'avenir et que l'avenir d&#233;fait ; il vit les jours les plus pleins de sa vie ; l'horloge des roulis contrefait celle des heures, du temps passe et de l'espace varie, Dufourneau est vivant comme ce dont il r&#234;ve ; il est mort depuis longtemps ; je n'abandonne pas encore son ombre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, (&#171; Vie d'Andr&#233; Dufourneau &#187;), op. cit., p. 274.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d&#232;s lors les cat&#233;gories anciennes du roman et de la po&#233;sie qui sont dispers&#233;es : &#171; La po&#233;sie, la prose, sont une. Ce n'est pas nouveau, tout &#231;a est &#233;vident. Tout ceux qui font fi de la connaissance po&#233;tique de leur temps, sont des mauvais prosateurs bien &#233;videmment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Phrase qui r&#233;pond directement aux propos tenus par &#201;chenoz quelques instants avant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean &#201;chenoz &#8212; Cette pr&#233;sence-l&#224;, de la po&#233;sie, alors je ne sais pas quel statut de la po&#233;sie dans la prose romanesque, moi elle me para&#238;t tout le temps [pause] l'urgence, je veux dire quelques chose comme une ligne de cr&#234;te entre la prose et la po&#233;sie, et ligne de cr&#234;te qui n'est pas commode &#224; tenir parce qu'en m&#234;me temps&#8230; en m&#234;me temps&#8230; ce n'est pas une position tenable. Mais n'emp&#234;che les outils po&#233;tiques&#8230; moi j'ai ce sentiment, de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;somptueuse peut-&#234;tre, non pas dans le r&#233;sultat obtenu, mais dans le travail que les outils po&#233;tiques que je le veuille ou non sont toujours sollicit&#233;s. [&#8230;] J'ai pris longtemps un plaisir de lecture tr&#232;s grand &#224; lire un ouvrage qui s'appelle Notes et formules de l'ing&#233;nieur, o&#249; on apprend &#224; construire des ponts. en fait, la nostalgie de ma vie, c'est que j'aurais voulu construire des ponts. et en fait, j'ai le sentiment un peu absurde que &#233;crire des livres, ce n'est pas si loin que de construire des ponts. Non pas du tout qu'il y ait un pont entre le lecteur et l'auteur, la question n'est pas du tout l&#224;, mais l'id&#233;e d'un &#233;quilibre paradoxale est une bizarrerie absolue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;quilibre paradoxal, tenu entre la fiction et l'autobiographie, mais surtout entre la prose narrative et la langue pure, est l'espace m&#234;me de d&#233;ploiement de l'&#233;criture pour Michon, &#201;chenoz, ou Quignard, qui disait, en partage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pascal Quignard &#8212; Ce qui m'ennuie dans le mot de roman, pour le prendre, &#231;a voudrait dire que tout ce qui sera contenu dans ce livre sera faux ; et ce qui m'ennuie dans le mot essai, ou dans le mot autobiographique, c'est que tout ce qui y sera contenu sera vrai &#8212; pourquoi voulez vous &#224; l'avance que je confisque une part de moi de ce que je voudrai dire de mon exp&#233;rience ? Je veux &#224; la fois le faux, &#224; la fois le le vrai, pouvoir dire je, il, nous, pouvoir utiliser tout le pronominal &#8212; malheureusement chaque genre use d'un fragment seulement de la ressource pronominale. C'est un peu comme si on avait demand&#233; pendant des si&#232;cles &#224; des compositeurs, &#224; certain de composer en la majeur, d'autre en ut, d'autres en si b&#233;mol. Nous n'avons pas besoin de genre, pour des raisons d'authenticit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce que nous voulons vivre de nous. &#201;crire, c'est vivre, c'est penser quelque chose, ce n'est pas correspondre &#224; quelque chose qui devrait &#234;tre fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;center&gt;
&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'assomption d'un nom m&#233;morable&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il est une invention de Michon, singuli&#232;re et de nouveau miraculeuse, de nouveau provocatrice &#224; l'&#233;gard de l'art d'&#233;crire &#8212; car toujours semble-t-il le geste de composition, en sa racine, et pour Michon une mani&#232;re d'agression, de sacril&#232;ge, l&#224; o&#249; la convention risque de se figer, mani&#232;re d'intervenir dans le corps textuel sutur&#233; pour l'&#233;prouver de nouveau &#224; vif : et sur tout cela, le sourire joyeux d'un homme qui sait aussi la malice, le profanateur qui conna&#238;t le salut du rire. L&#224; o&#249; agit l'&#233;criture de Michon est au lieu m&#234;me o&#249; la vie se donne comme r&#233;cit, comme si la fiction pour Michon ne pourrait agir seulement dans les territoires o&#249; par convention elle se r&#233;pand : l'Histoire. C'est toujours l&#224;, dans l'Histoire, que l'histoire de Michon surgit et agit, en ses plis, ses &#233;paisseurs o&#249; l'oubli fermente, que l'oubli f&#233;conde : comme si l'Histoire &#233;tait pour l'&#233;crivain l'&#233;l&#233;ment dans lequel &#339;uvrer, que l'&#339;uvre affronte aussi comme pour s'y mesurer. &#201;crire serait ainsi tracer ce double geste amont et aval : en amont, s'insinuer dans l'Histoire pass&#233;e ; en aval, inventer le r&#233;el au-devant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; son pied [il s'agit d'un ch&#234;ne], me dit Claudette, Charlotte Corday avait jadis fait v&#339;u de tuer le tueur de rois avant de s'&#233;loigner en petit fichu dans l'aube mouill&#233;e d'Auge, vers la mort d'un autre et la sienne, le couperet et le salut. J'attirai Claudette, l'embrassai, lui touchai la gorge ; j'imaginais ce faisant Charlotte, d&#233;mente et raisonneuse, son mince paquet de voyage nou&#233; en mouchoir, obtuse, entretenant l'obtuse &#233;corce d'histoires d&#233;cousues de reines profan&#233;es, de massacres en septembre, de poignard et de mandat divin : comme un auteur, pensais-je, qui ne sait de quoi il parle ni pour qui, mais s'autorise de la prof&#233;ration de mots creux pour r&#233;clamer des cieux un statut unique, et dans la mort d&#233;sastreuse, l'assomption d'un nom m&#233;morable. L'arbre aveugle ruisselait.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de cet illustre mod&#232;le et de son public feuillu, je n'&#233;crivis rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, (&#171; Vie de Claudette &#187;), op. cit., p. 274.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Accomplir l'&lt;i&gt;assomption du nom m&#233;morable&lt;/i&gt; : tel pourrait &#234;tre le programme, l'&#233;pique et le lyrique d'une prose qui va s'inscrire dans les f&#234;lures de l'Histoire &#8212; Vies d'hommes peu illustres &#224; qui il aurait manqu&#233; la rencontre avec l'&#233;v&#233;nement pour appartenir &#224; la m&#233;moire des livres d'Histoire, mais dont ce rendez-vous manqu&#233; est pr&#233;cis&#233;ment ce qui justifie leur &#233;criture dans l'histoire du livre de Michon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, op. cit.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; abb&#233;s reclus qui fabriquent la terre avec de la mer, et qui travaillent ainsi &#224; l'oubli de leur nom pour l'&#233;ternit&#233; du nom de dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Abb&#233;s, Lagrasse, Verdier, 2002.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; po&#232;te enfant qui souffle &#224; hauteur d'&#233;paules de Dante et de Shakespeare, que l'Histoire a con&#231;u comme f&#233;tiche et embl&#232;me d'un Po&#232;te majuscule, tandis que lui fuyait les hommes d'ici, fuyant une m&#232;re au continent d&#233;vor&#233; par le p&#232;re, les villes, l'occident mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Rimbaud le fils, Paris, Gallimard, 1991.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; tous r&#233;cits d'Histoire qui prennent pied sur elle pour mieux la &lt;i&gt;d&#233;calquer&lt;/i&gt;, r&#234;ver &#224; partir d'elle ce que l'Histoire n'a pas su &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Histoire, il est un moment qui est l'Histoire &#224; elle-seule, toute enti&#232;re rassembl&#233;e, et qui est l'Art comme souffle d'Histoire au moment o&#249; elle a lieu et traverse &#8212; peut-&#234;tre parce que ce moment est le th&#233;&#226;tre de l'Histoire quand l'Histoire a lev&#233; des th&#233;&#226;tres en guise d'&#233;chafauds, puisque les &#233;chafauds &#233;taient son th&#233;&#226;tre. Moment d'invention du temps, d'invention d'autres hommes, moment o&#249; ce qui s'inventait &#233;tait l'Histoire aussi, comme mise en r&#233;flexion de lui-m&#234;me &#8212; une mise en r&#233;flexion de la litt&#233;rature aussi, et de l'Art du temps, si la litt&#233;rature est cet art qui fabrique du temps : d&#232;s lors qu'il s'agit de donner naissance au temps, ce moment est bien le pli d&#233;sirable de la litt&#233;rature telle que Michon l'entend, et le retour &#224; la fiction prend tout son sens quand la fiction fait retour ici dans l'Histoire originaire et terminus : la R&#233;volution Fran&#231;aise. Elle est l'&#233;ternelle retour de toute fiction, la source et sa propre fin inachevable. La figure de Charlotte Corday &#233;tait premi&#232;re &#8212; peut-&#234;tre parce qu'elle est l'assassin de l'assassin des rois : une mise en r&#233;flexion &#224; la puissance. C'est que l'art ne peut se faire seulement ici, &#339;uvre de mort pour se donner vie, on l'a vue : assassiner le temps dans les plis oubli&#233;s de cette Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt; signe ainsi l'&#339;uvre majuscule, rapide et dense, dans l'apparence mineure que rev&#234;t toute litt&#233;rature pour Michon, mais dont le programme po&#233;tique, ce formalisme manifeste, met en r&#233;flexion &#224; la fois l'Histoire, l'Art, et l'&#233;criture de Michon. De quoi s'agit-il ? D'un peintre, qui fut c&#233;l&#232;bre pour avoir commis la toile repr&#233;sentant l'irrepr&#233;sentable : le portrait des membres du Comit&#233; du Salut Public de l'An I. Irrepr&#233;sentable, parce que ce Comit&#233; qui exer&#231;ait le Pouvoir en fait, ne pouvait l'exercer en droit, puisqu'il se forma contre le principe m&#234;me du Pouvoir, et au nom de l'&#201;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissante &lt;i&gt;r&#233;flexion&lt;/i&gt; sur la R&#233;volution et sur la nature du politique au lieu de sa repr&#233;sentation ; singuli&#232;re entreprise de raconter une vie &#233;galement, celle de Corentin, le peintre sacril&#232;ge ; majestueux trompe-l'&#339;il enfin, puisque si, dans ce r&#233;cit, tout est vrai, une chose du moins ne l'est pas : le centre pr&#233;cis&#233;ment du r&#233;cit, la figure de ce peintre, et son tableau, enti&#232;rement &lt;i&gt;fictif&lt;/i&gt;. Fictif certes, mais &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; &#8212; si cela n'avait pas &#233;t&#233; rendue impossible par ce simple fait capricieux que la commande de la toile n'a pas eu lieu &lt;i&gt;en v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; : trou noir de l'Histoire qui a rendu possible la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du jeu, merveilleux, avec lequel s'amuse &#233;videmment Pierre Michon (qui s'&#233;tait r&#233;jouie de savoir que nombre de lecteurs &#8212; ob&#233;issant &#224; l'injonction que le narrateur ne cesse de formuler dans son adresse th&#233;&#226;trale insens&#233;e &#8212; s'&#233;taient rendus au Louvre pour contempler la toile que sur toutes les pages du r&#233;cit on ne manque pas non seulement de d&#233;crire, mais de souligner combien elle est fameuse et bien connue de tous : le r&#233;el ici fait retour sur la fiction), l'auteur concentre l&#224; ses ressources po&#233;tiques au service d'une profonde mise en tension des codes narratives, et des enjeux historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution, espace/temps d'une m&#233;moire qui a donn&#233; naissance &lt;i&gt;politiquement&lt;/i&gt; &#224; notre temps et aussi un th&#233;&#226;tre o&#249; se r&#233;fl&#233;chit ce temps et o&#249; s'est jou&#233; la Grande Sc&#232;ne de l'Histoire ; mais singuli&#232;rement Michon s'en saisit pour d&#233;jouer la tentation de la fresque : l&#224; o&#249; l'Histoire pourrait conduire &#224; un r&#233;cit d'Histoire, l'auteur prend le parti minimal d'une adresse, th&#233;&#226;tralit&#233; d'un r&#233;cit destin&#233;. Ce &lt;i&gt;monsieur&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;o&#249; en est la nuit ?&lt;/i&gt;) qui scande le texte figure ainsi le don de l'Histoire rompue en deux pour &#234;tre livr&#233;e et d&#233;livr&#233;e, don, c'est-&#224;-dire pr&#233;sent. &#192; la possibilit&#233; &#233;pique du roman quand il vient intercepter l'Histoire, Michon pr&#233;f&#232;re la prise lyrique d'un chant perdu, &#233;l&#233;gie des corps et des voix qui se sont ab&#238;m&#233;s dans un gouffre qu'il ne s'agit pas de comprendre, mais de nommer et de repr&#233;senter : indicible retournement, puisque ce qu'il s'agit d'&#233;crire, c'est une toile invisible, ce qu'il s'agit de d&#233;crire, c'est l'absence m&#234;me de signe que l'&#233;criture vient recouvrir. Le vieil adage de l'&lt;i&gt;ut pictural poesis&lt;/i&gt; est pris d&#232;s lors au pied de la lettre : au lieu o&#249; la peinture se d&#233;robe vient l'&#233;criture qui ne pourra seulement dire la forme/force de cette peinture qui n'a jamais eu lieu que dans le r&#233;cit imaginaire qu'on nous confie comme un secret, une cl&#233; pour une porte introuvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire est ainsi d&#233;sign&#233;e comme manquante, perdue, effac&#233;e &#8212; impossible. Comme une plaie (l'image du saint fouillant de ses doigts la blessure du Christ) qu'il s'agit d'ouvrir davantage, afin d'en v&#233;rifier la trace sur soi, et dans ce &lt;i&gt;trou&lt;/i&gt; de l'Histoire poser son corps d'&#233;criture pour en prolonger le d&#233;sir et le r&#234;ve. D&#232;s lors ce qui se dresse, au terme de ce parcours, c'est bien la lev&#233;e d'une pr&#233;sence qui ne soit pas celle du factuel born&#233; des signes d&#233;j&#224; tout constitu&#233;s dans le pass&#233;, morceaux de r&#233;alit&#233; achev&#233;s puisqu'accomplis pour toujours : au contraire. Dans l'image terminale du r&#233;cit, la narration fait retour &#224; une fiction &#233;ternelle puisqu'originaire : celle des peintures rupestres de Lascaux, leur &#233;nigme. Bien s&#251;r, on peut songer au sacr&#233; de ces signes, bien s&#251;r on peut d&#233;chiffrer tel ou tel animal sous les silhouettes qui se laissent voir &#8212; et encore, la grotte est d&#233;sormais ferm&#233;e : trou noir d'une Histoire perdue, sous nos pas &#8212; mais comment saisir la nature et la port&#233;e de ces gestes ? Litt&#233;rature de pure forme, sans mot : ultime provocation de Michon qui &#233;rige en paradigme absolue de l'art des traces dessin&#233;es sur la pierre avant tout langage et qui sont, dans la fusion du geste et de la mati&#232;re, le langage m&#234;me qui n'en a pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puisque nous nous y sommes, vous et moi, c'est soudain devant n'importe quelle b&#234;tes divines que nous nous tenons ici, pas seulement les chevaux mais toutes, les b&#234;tes cornues, les b&#234;tes qui aboient, les autres b&#234;tes rugissantes qui se retournant soudain bondissent sur le roi dans les chasses de Ninive, les grandes menaces frontales qui nous ressemblent et ne sont pas nous. Celles qu'on a peintes au commencement de tout, avant l'Assyrien et saint Jean, avant l'invention de la charrerie et de la cavalerie, bien avant Corentin et le pauvre G&#233;ricault, au temps des grandes chasses, au temps des gibiers idol&#226;tr&#233;s et redout&#233;s, divins, tyranniques, sur les murs profonds des cavernes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est Lascaux, Monsieur. Les forces. Les puissances. Les commissaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les puissances dans la langue de Michelet s'appellent l'Histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Les Onze, Lagrasse, Verdier, 2009, p. 137. (Derniers mots du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sence lev&#233;e de l'Histoire et de l'Art : &lt;i&gt;pr&#233;sence r&#233;elle&lt;/i&gt; que fait se lever &#224; son tour Pierre Michon dans un geste &#224; la fois de retour sur l'Histoire et d'invention de son r&#234;ve ; geste qui ressortit d'une mystique de l'&#233;criture bien plus que d'une r&#233;flexion anthropologique, &#233;videmment. Miracle de Pierre Michon : dans l'&#233;quilibre paradoxal du r&#233;cit &#8212; qui ne saurait &#234;tre qu'une dur&#233;e &#8212;, de la langue &#8212; qui ne peut &#234;tre qu'un &#233;clat &#8212;, du vrai &#8212; dont la port&#233;e d&#233;&#231;oit &#8212;, du faux &#8212; dont le jeu peut lasser &#8212;, il y aurait ultimement comme la tension vers un pr&#233;cipit&#233; de temps et d'affect o&#249; la fiction ne pourrait avoir lieu qu'au lieu de l'Histoire quand elle fait d&#233;faut, et o&#249; le temps s'arrache &#224; la dur&#233;e qui &#233;chappe, pour s'inscrire dans la pr&#233;sence d'une langue qui lib&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Belle Langue ne donne pas la grandeur, mais la nostalgie et le d&#233;sir de la grandeur. Il cesse d'appartenir &#224; l'instant, le sel des heures se dilue, et dans l'agonie du pass&#233; qui toujours commence, l'avenir se l&#232;ve et aussit&#244;t se met &#224; courir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Michon, Vies Minuscules, op. cit., p. 10.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, &#171; Vie de la petite morte &#187;, Paris, Gallimard, 1984, r&#233;&#233;d. Folio, p. 314.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut citer notamment parmi les plus remarquables et consid&#233;rables d'entre eux, celles de Pierre Bergounioux, Pascal Quignard, Jean &#201;chenoz, Fran&#231;ois Bon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux malfaiteurs' &#187;, 1998, vid&#233;o, 26'. R&#233;alisation Jos&#233; Chidlovsky, avec Jean-Baptiste Harang et Jean-Claude Lebrun, et la participation de Pierre Michon, Jean Echenoz, Pierre Bergounioux, Pascal Quignard et Fran&#231;ois Bon. En ligne sur le site personnel de Fran&#231;ois Bon, tierslivre.net, &#224; cette adresse : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/zazie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.tierslivre.net/media/lab/zazie.htm&lt;/a&gt; [visionn&#233;e le 2 d&#233;cembre 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, (&#171; Vie d'Antoine Peluchet &#187;), op. cit., p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, (&#171; Vie du P&#232;re Foucault &#187;), op. cit., p. 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, (&#171; Vie d'Andr&#233; Dufourneau &#187;), op. cit., p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux malfaiteurs' &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, (&#171; Vie d'Andr&#233; Dufourneau &#187;), op. cit., p. 274.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? : &#8216;les nouveaux malfaiteurs' &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, (&#171; Vie de Claudette &#187;), op. cit., p. 274.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Abb&#233;s&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Rimbaud le fils&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, Lagrasse, Verdier, 2009, p. 137. (Derniers mots du livre)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Michon, &lt;i&gt;Vies Minuscules&lt;/i&gt;, op. cit., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>l'or du soir (dernier regard sur la ville)</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/l-or-du-soir-dernier-regard-sur-la-ville</link>
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		<dc:date>2013-08-30T09:02:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
		<dc:subject>_nuit</dc:subject>
		<dc:subject>_lumi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_Paris</dc:subject>
		<dc:subject>_ville</dc:subject>
		<dc:subject>_1001 nuits</dc:subject>
		<dc:subject>_na&#238;tre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec l'or du soir qui tombe, laisser retomber en soi la ville elle-m&#234;me, et toute la poussi&#232;re de ville qui se soul&#232;ve une derni&#232;re fois pour se poser sur chaque chose dans le plus grand des silences au milieu des sir&#232;nes que la nuit fait tourner, sur elle-m&#234;me &#8211; derni&#232;re heure du jour, comme si la ville une derni&#232;re fois cherchait &#224; se voir, chant du cygne, de la lumi&#232;re &#233;clabouss&#233;e dans un dernier jet pour s'y chercher davantage, les secousses avant le repos &#8211; ; de tout cela, il n'y aura (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/IMG_0792.jpg?1377853253' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Avec l'or du soir qui tombe, laisser retomber en soi la ville elle-m&#234;me, et toute la poussi&#232;re de ville qui se soul&#232;ve une derni&#232;re fois pour se poser sur chaque chose dans le plus grand des silences au milieu des sir&#232;nes que la nuit fait tourner, sur elle-m&#234;me &#8211; derni&#232;re heure du jour, comme si la ville une derni&#232;re fois cherchait &#224; se voir, chant du cygne, de la lumi&#232;re &#233;clabouss&#233;e dans un dernier jet pour s'y chercher davantage, les secousses avant le repos &#8211; ; de tout cela, il n'y aura bient&#244;t plus que du pass&#233;, pourtant, pour le moment, je me demande comme je saurai me tenir apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais oubli&#233; la fin de &lt;i&gt;Andre&#239; Roublev&lt;/i&gt;, on me la raconte (et je sais pourquoi alors je ne m'en souviens pas) : le fils est maintenant en charge de l'office du p&#232;re mort, et doit le remplacer pour la fabrication de la cloche de l'&#233;glise. Il n'a pas appris &#224; le faire, mais tous le regardent et attendent de lui qu'il donne les ordres, pr&#233;cise les mesures, forge et invente, r&#233;alise la t&#226;che. Alors il donne les ordres, pr&#233;cise les mesures, forge et r&#233;alise la t&#226;che. Finalement, on monte la cloche, qui sonne et donne la note juste. Comment a-t-il fait, lui demande-t-on ? Il r&#233;pond qu'il ne sait pas, puis s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant d'un jour &#224; l'autre, il faut passer d'un jour &#224; l'autre, mais comment faire ? Quand on se retourne, l'ensemble de cette vie se rassemble comme une note sonn&#233;e dans la m&#233;moire, et c'est toute une vie, m&#234;me minuscule. Ce dont il faut prendre mesure, ce n'est pas de la justesse de la note, mais de comment elle parvient jusqu'&#224; nous, et comment elle s'ajuste &#224; nous, d'&#233;vidence. Dehors est la vague certitude que le temps est cette note, dehors est la paroi qui fait tenir longtemps la note en nous, comme un fil, et sur ce fil il faudrait aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'ici je peux voir toute la ville&lt;/i&gt;, mais pas la ville enti&#232;re : je peux voir toute la ville que je peux voir (mais o&#249; le nord, l'est, l'ouest, le sud ?). Derni&#232;re lumi&#232;re, comme d'un commencement (les promesses) &#8211; lumi&#232;re per&#231;ue d'un autre regard que le mien, pour mieux m'y confier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce fil il faudrait m&#234;me danser, peut-&#234;tre ; et se dresser encore &#8211; ce qui tombe est le propre des cadavres (lisais-je ce matin), et ce qui se dresse le propre des vivants. Avec l'or du soir qui tombe, un dernier regard jet&#233; &#224; la ville, comme on jette des pierres dans l'eau, non pour voir la pierre tomber, mais regarder lentement l'eau fabriquer des vagues et se soulever, un peu, et lentement lentement, par cercles, s'allonger jusqu'&#224; nos pieds nus.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>mille nuits (et une nuit)</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/mille-nuits-et-une-nuit</link>
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		<dc:date>2013-01-29T23:25:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_villes</dc:subject>
		<dc:subject>_nuit</dc:subject>
		<dc:subject>_solitudes</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_cheveux</dc:subject>
		<dc:subject>_aura &amp; ailleurs</dc:subject>
		<dc:subject>_amour</dc:subject>
		<dc:subject>_1001 nuits</dc:subject>
		<dc:subject>_vingt-deux ans</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La nuit, l'amie oh ! la lune de miel Cueillera leur sourire et remplira De mille bandeaux de cuivre le ciel. A. Rimb. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vue du ciel, rien que du ciel qui mord jusqu'o&#249; ne plus le voir et seulement l'esp&#233;rer encore, qu'il soit le m&#234;me peut-&#234;tre : et soi-m&#234;me l&#224;-bas, oui : soi-m&#234;me y &#234;tre aussi ; c'est &#234;tre ici une mani&#232;re de conjurer l'absence et de dire : je suis l&#224;-bas aussi puisque je le veux ; mais non, je suis l&#224;, d'ici d'o&#249; je peux voir le ciel mordre l&#224; o&#249; je ne suis pas, pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_1001-nuits" rel="tag"&gt;_1001 nuits&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-01-28_11-53-01-2.jpg?1359501598' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La nuit, l'amie oh ! la lune de miel&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;Cueillera leur sourire et remplira&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&#8232;De mille bandeaux de cuivre le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Rimb.&lt;/center&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Vue du ciel, rien que du ciel qui mord jusqu'o&#249; ne plus le voir et seulement l'esp&#233;rer encore, qu'il soit le m&#234;me peut-&#234;tre : et soi-m&#234;me l&#224;-bas, oui : soi-m&#234;me y &#234;tre aussi ; c'est &#234;tre ici une mani&#232;re de conjurer l'absence et de dire : je suis l&#224;-bas aussi puisque je le veux ; mais non, je suis l&#224;, d'ici d'o&#249; je peux voir le ciel mordre l&#224; o&#249; je ne suis pas, pas encore, et le voir aller ne suffit pas pour me savoir l&#224;-bas, quand ici derri&#232;re la vitre qui se dresse comme un rideau de lumi&#232;re entre moi et la lumi&#232;re qui tombe je suis l&#224; de ce c&#244;t&#233;-ci de la vitre et de la lumi&#232;re tomb&#233;e sur tout cela qui me permet de voir la lumi&#232;re et la ville en all&#233;e dans les voitures qui passent et les trains qui s'&#233;loignent et la fum&#233;e plus haut encore dans mon reflet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-01-28_11-53-12.jpg?1359501613' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8230; H&#233;las, Lui, comme&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;mille anges blancs qui se s&#233;parent sur la route,&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;s'&#233;loigne par-del&#224; la montagne ! Elle, toute&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;froide, et noire, court ! apr&#232;s le d&#233;part de l'homme !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Rimb.&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces nuits qu'il aura fallu pour &#233;crire toutes ces nuits, on l'ignore, sinon on ne se l&#232;verait jamais le matin pour passer le jour et voir o&#249; il tombe ; cheveux blancs sur tous, sauf un, si jeune, qui passe et qui pourrait avoir les l&#232;vres en sang de les avoir serr&#233;es comme des poings dans les poches, je le vois de loin, c'est comme s'il avan&#231;ait vers moi et quand il passe &#224; ma hauteur, qu'il s'en va, j'ai cette image de lui dans son lit de mort qui ne me quitte pas &#8212; je pense aux photographies anciennes, au temps glorieux o&#249; la photographie &#233;tait une science jeune, ou un art, on l'ignorait, et les sourires d'enfants : je pense &#224; cette pens&#233;e que j'ai devant les sourires d'enfants de ces photographies jeunes, cette pens&#233;e que tous sont morts maintenant et que j'ai peine, moi qui suis si jeune et si vieux de l'&#234;tre dans ce si&#232;cle qui n'en est m&#234;me pas encore un, &#224; lire leur nom aujourd'hui dans le cimeti&#232;re Montparnasse au milieu des chats, maintenant que les pierres des ces vieillards sont &#224; louer, je pense &#224; cela, et dans ma folie je me mords les l&#232;vres davantage quand je passe &#224; la hauteur de ce jeune gar&#231;on que je ne verrai plus que mort ; et que suis-je d'autre pour lui qui ne pense pas du tout &#224; cela, au contraire, lui qui ne pleure pas, lui qui n'est pas fou, lui qui habite ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-01-28_15-21-34.jpg?1359501631' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce pour nous, Mon C&#339;ur, que les nappes de sang&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&#8232;Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&#8232;De rage, sanglots de tout enfer renversant&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;Tout ordre ; et l'Aquilon encor sur les d&#233;bris&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Rimb.&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ai oubli&#233; &#8212; comme j'oublie tous mes r&#234;ves, sauf quelques images, celle-ci par exemple, cette nuit : qu'il &#233;tait jour, et que je n'avais pas froid, je disais c'est le miracle que j'attendais, les gens autour de moi, quel miracle, on le savait bien que le froid ne durerait pas, alors tous partaient et j'attendais dans le coin de soleil o&#249; je me trouvais jusque'&#224; ce que la mer monte jusqu'&#224; moi alors autour tous &#233;taient engloutis, et se formait jusqu'&#224; moi comme une langue de terre qui me prot&#233;geait, pourquoi moi ; du ciel, toute la ville, d'o&#249; je vois toute la ville, il aura fallu combien de nuits pour l'&#233;crire celle-l&#224;, celle-l&#224; seule qui nommera l'endroit o&#249; portent mes pas, et les corps choisis pour les allonger aupr&#232;s, et dire : c'est jusqu'ici que le soleil est tomb&#233; et nous fermons les yeux comme dans la nuit pour cette fois le voir, et dire : le ciel est parmi nous, dont nous sommes issus, et ses enfants sont les n&#244;tres aussi.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; mille loups, mille graines sauvages&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;Qu'emporte, non sans aimer les liserons,&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;Cette religieuse apr&#232;s-midi d'orage&#8232;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;Sur l'Europe ancienne o&#249; cent hordes iront !&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Rimb.&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mille nuits pour arriver &#224; cette nuit seule &#8212; de la premi&#232;re comme un serment, et l'une apr&#232;s l'autre comme les vagues, jusqu'&#224; la derni&#232;re qui les r&#233;p&#232;te toutes et les d&#233;place, continue de les mouvoir, mille nuits et une nuit comme on se pencherait pour boire, tous les soleils mir&#233;s, et au miroitement de soi on ne verrait plus que deux visages approch&#233;s pour approcher le d&#233;sir et avec lui tout le d&#233;sir des hommes tomb&#233;s jusqu'&#224; nous pour que nous puissions nous pencher au-dessus du fleuve ou de nos vies ou de cette promesse de se tenir devant cette vie comme devant la nuit qui suivrait la mille et uni&#232;me nuit, combien sommes-nous, d'y croire et de simplement faire de cette vie la croyance en cette vie ; que le fleuve passe importe moins que sa vitesse ; et comme il emporte les &#233;toiles, oh, je le vois aussi, je sais qu'il emporte aussi mon corps de vingt-deux ans, je le sais aussi fort que je sais que jamais je n'aurai mille ans, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tous ces continents &#224; enjamber pour voir la terre, sous le ciel, et dire : je suis ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-01-10_17-43-37-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-01-10_17-43-37-3.jpg?1359501581' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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