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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>Fabrice Lambert | L'art et la mani&#232;re de meubler</title>
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		<dc:subject>_Fabrice Lambert</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jamais assez&lt;/i&gt;, chor&#233;graphie de Fabrice Lambert [Avignon In, Gymnase du lyc&#233;e Aubanel] &#8211; juillet 2015&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1570.jpg?1437211772' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/spip.php?mot62&amp;var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jamais assez&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, chor&#233;graphie de &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/spip.php?mot61&amp;var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabrice Lambert&lt;/a&gt;
&lt;br/&gt;Avignon 2015, Gymnase du lyc&#233;e Aubanel&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au centre, un carr&#233; de lumi&#232;re trace l'espace o&#249; &#233;volueront dix danseurs dans la musique satur&#233;e de guitares et stri&#233;e de voix. Une heure durant, dans le gymnase du lyc&#233;e Aubanel, la chor&#233;graphie de Fabrice Lambert, sagement, s&#233;rieusement, avec patience et acharnement, est &#224; son travail : une heure comme on remplit un sac &#8211; ou le temps, ou l'espace &#8211; avec ce qu'on trouve. Domine alors doucement le sentiment que ce spectacle ne fait que &lt;i&gt;meubler&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Lisant le propos que Fabrice Lambert tisse savamment dans le programme, on rencontrera noms de Ma&#238;tres (Pasolini, Virilo, Deleuze et Guattari), de Mod&#232;les (Carolyn Carlson, Catherine Diverr&#232;s, Fran&#231;ois Verret, Rachid Ouramdane&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;les points de suspension issus du programme sont &#224; eux-m&#234;mes &#233;loquents&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), de Concepts (l'accident int&#233;gral, le corps sans organe), d'Id&#233;es (exp&#233;riences de perception, bloc de pens&#233;e, d'&#233;nergie, de mati&#232;re), lieux communs qui donnent &#224; penser de la pens&#233;e tout &#233;tablie, plut&#244;t qu'ils ouvrent &#224; la pens&#233;e les relations qui en renouvelleraient l'usage. Mais passons : on sait combien un chor&#233;graphe aujourd'hui doit se plier &#224; ces emprunts pour donner des gages aux institutions et parer ses projets d'un habillage rationnel et po&#233;tique &#8211; ce qui est convoqu&#233; ici porte ensemble les deux masques &#8211; ; fa&#231;on de chausser les cothurnes tragiques pour se pousser du col. &lt;i&gt;Jamais assez&lt;/i&gt; : jamais assez de r&#233;f&#233;rences. Un corpus, avant les corps &#8211; au lieu m&#234;me des corps. Il faudrait malgr&#233; tout qu'on se penche un jour sur cette normalisation rampante des pens&#233;es les plus vives de notre pr&#233;sent ramen&#233;es dans ces &lt;i&gt;dossiers institutionnels &lt;/i&gt; &#224; des platitudes convenues, passe-partout consensuels, passe-muraille st&#233;riles. On imagine qu'&#224; un fonctionnaire de la DRAC ou un directeur de th&#233;&#226;tre ce que de tels propos peut provoquer, &#233;voquer : le dossier &#233;pais et nourri de citations comme gage de s&#233;rieux, et tant pis pour la coh&#233;rence &#8211; le temps est &#224; la bo&#238;te &#224; outils, &#224; l'invocation de ce qui tient lieu de pens&#233;e plut&#244;t qu'&#224; l'invention de ses propres outils forg&#233;s pour soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, on sait trop combien les circuits de production exigent d'habillage et on s'autorise &#224; feuilleter avec bienveillance et nonchalamment &lt;i&gt;ces belles notes d'intention&lt;/i&gt; qui meublent le projet, pour meubler le temps ; c'est aussi peut-&#234;tre la fonction de ce type de prose : que le spectateur puisse r&#234;ver distraitement autour des citations, syntaxe contemporaine de la pens&#233;e r&#233;duite &#224; du slogan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;corps sans organe deviendra bient&#244;t un sigle, et pourquoi pas une marque ?&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; le temps passe, c'est sa nature ; on lit en attendant que le rideau s'ouvre. Car un rideau est lev&#233; &#224; l'avant-sc&#232;ne. Dans l'esprit du metteur en sc&#232;ne, c'est peut-&#234;tre une audace formelle folle, provocation m&#234;me : ou comment renouer aux gestes les plus &#233;cul&#233;s du Th&#233;&#226;tre voudrait t&#233;moigner de sa n&#233;o-modernit&#233; ? D&#233;tail ; d'ailleurs le rideau s'ouvre sans les trois coups, il ne faut pas exag&#233;rer. Mais c'est un premier signe qui aurait d&#251; nous alerter : &#171; Quand la philosophie peint gris sur gris, c'est qu'une figure de la vie est devenue vieille &#187; &#8211; et quand le spectacle vivant se maquille le visage avec ses propres cendres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les lieux communs de la pens&#233;e contemporaine et les slogans qui &lt;i&gt;font&lt;/i&gt; le s&#233;rieux d'un projet, Lambert a donn&#233; &#224; son spectacle un propos : ou plut&#244;t un propos pr&#233;existe &#224; son spectacle. Propos qui donnera mati&#232;re &#224; celui-ci, figure et dramaturgie, presque r&#233;cit, &#224; l'entendre. C'est un documentaire de Michael Madsen, &lt;i&gt;Into Eternity&lt;/i&gt;, sur le chantier d'enfouissement des d&#233;chets nucl&#233;aires, chantier immense pens&#233; &#224; l'&#233;chelle de temps mill&#233;naire de destruction de ces d&#233;chets, qui a fortement impressionn&#233; le chor&#233;graphe. On voit bien que ce film avait tout pour plaire &#224; un artiste qui voudrait se situer &#224; l'intersection des sciences humaines, sociales [?] et physiques [??] &#8211; brassons large &#8211; avec la volont&#233; de le brancher &#224; la philosophie de notre temps (qui date, faut-il le rappeler, des ann&#233;es 1970), et qui lui permet d'ajouter la ligne &lt;i&gt;d&#233;veloppement durable&lt;/i&gt; au CV de son projet. Parmi les soutiens financiers du spectacle, le Minist&#232;re de la Culture et de la Communication donne la main &#224; la Fondation BNP Paribas : la danse est aussi un ami (concept blanchotien qui servira peut-&#234;tre au prochain spectacle) de la &lt;i&gt;phynance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le rideau s'est d&#233;j&#224; lev&#233; tandis qu'on r&#234;vait centrale nucl&#233;aire et d&#233;chets infiniment d&#233;truits, et que dansent devant nous dix beaux danseurs &#224; la technique aussi irr&#233;prochable que la plastique. Une heure durant, le spectacle construira sa dynamique pr&#233;cise et souvent belle : une mont&#233;e en intensit&#233; comme l'&#233;crivent les artificiers du 14 juillet &#8211; gerbes isol&#233;es de solos (chacun son tour seul), puis duos, trios, avant le final de plus forte intensit&#233; (oh, la belle bleue, oh la belle rouge). Distraitement, on se souvient du propos. On t&#226;che un peu d'ajuster sa fable &#224; ce que l'on voit : les corps des danseurs seraient telles particules en mouvement, en d&#233;sint&#233;gration, ou en lib&#233;ration ; mais peut-&#234;tre la centrale nucl&#233;aire n'est qu'une all&#233;gorie de notre condition inhumaine, vou&#233;e &#224; l'impossible destruction et infiniment vivant malgr&#233; tout ? Le po&#232;me sur le po&#232;me est aussi st&#233;rile que vain ; devant nous les dix danseurs dansent leur propre mouvement, et sans doute cela est assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on devine un propos chor&#233;graphique plus ferme &#8211; et moins de seconde main, que celui pseudo-philosophique et pseudo-politique, qui remplit le programme. Un travail o&#249; s'articulent finement et avec grande pr&#233;cision labeur sur le temps et ouvrage sur l'espace. De l'espace, on le dira recompos&#233; presque &#224; chaque moment, tant les corps en disposent autour d'eux &#8211; plut&#244;t que l'espace dispose de leur corps &#8211;, le fermant soudainement, l'ouvrant plus largement, construisant des archipels et des continents, fabriquant avec science ce plateau en &#233;quilibre sous leur pas dont on a l'impression que, pos&#233; sur les cornes d'un taureau, il pourrait demeurer dans l'instabilit&#233; dynamique qui les maintient debout. Du temps, on le mesure relatif (ah, si Bergson avait &#233;t&#233; convoqu&#233;, on aurait pu demander des financements &#224; un fabricant de montres : les Lipp sont aujourd'hui m&#233;c&#232;nes) : acc&#233;l&#233;ration soudaine des arabesques, et ralentissements en sortie de gestes, &#233;l&#233;vations brusques des corps, effondrement dans la lenteur d'une gravit&#233; contre laquelle lutte pied &#224; pied la l&#233;g&#232;ret&#233; de ces danseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La syntaxe chor&#233;graphique de Lambert est lisible, ouverte, d'aucuns diraient &lt;i&gt;accessible&lt;/i&gt; : rayonne surtout la boucle, qui autonomise chaque danseur et rend &#224; chacun ses minutes d'attention. Ce spectacle se regarde geste apr&#232;s geste, et tableau apr&#232;s tableau par contigu&#239;t&#233; de danseurs &#224; danseurs &#8211; l'&#233;criture de Lambert est g&#233;n&#233;reuse pour ses danseurs et ses spectateurs : et c'est sans doute dans cette &#233;vidence &#8211; la fermet&#233; de cette syntaxe &#8211; qu'appara&#238;t finalement la port&#233;e de ce travail : sa datation imm&#233;diate. Car ces mouvements &#233;crits et sur-&#233;crits r&#233;pondent absolument &#224; l'id&#233;e que l'on pourrait se faire de la danse, d'une danse telle qu'en elle m&#234;me le pass&#233; l'a produite et reproduite. Elle conc&#232;de &#224; la modernit&#233; (les brusques changements de rythme) davantage qu'elle n'en fait la conqu&#234;te &#8211; et se fonde sur un classicisme (les voltes et les d&#233;placements, la logique binaire du solo et des duos) comme socle o&#249; s'adosse le spectacle davantage que comme une forme &#224; d&#233;construire ou &#224; attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle plein de sueur et sans larmes &#8211; singulier et accablant paradoxe d'une d&#233;monstration m&#233;canique de chair et de corps qui finit par produire de la d&#233;sincarnation. Parfois (geste qui lorgne vers la modernit&#233; comme un passage oblig&#233;, voire contraint) la musique lourde s'arr&#234;te et on entend toute la pesanteur du souffle et des hal&#232;tements, ceux qui marquent l'effort, mais dont on devine qu'ils agissent aussi comme signe pour les autres danseurs de la pr&#233;sence d'un tel pour le dessin des d&#233;placements : on voit le travail &#224; l'&#339;uvre comme travail, comme du travail. Ces corps ne sont pas pour autant prol&#233;taires du geste, plut&#244;t artisans, athl&#232;tes m&#234;mes. Alors face &#224; ce mouvement, aucun d&#233;placement int&#233;rieur : tout est &#224; sa place sur sc&#232;ne (s&#233;quence &#233;difiante o&#249; chaque acteur rapidement se croise pour que l'ensemble forme comme une spirale d'ADN : personne ne se heurte, tout est r&#233;gl&#233; comme une partition, ou ces bo&#238;tes &#224; musique dont on tourne la manivelle pour entendre le son m&#233;canique et rassurant d'une chanson &lt;i&gt;vieillotte&lt;/i&gt;), tout interdit l'accident, la d&#233;mesure, l'impossible, l'impensable, l'insens&#233;, le d&#233;bordement, le surgissement (la vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure durant, ces corps auront accompli le programme qu'inlassablement dans leurs r&#233;p&#233;titions ils auront pr&#233;par&#233;. Aucun changement &#224; vue : chaque minute passera, r&#233;alis&#233;e dans l'encha&#238;nement des mouvements, comme on l'avait pr&#233;vu sur le papier. Entre le programme qui avait meubl&#233; le temps, et devant soi ces corps tous &#224; la t&#226;che de meubler l'espace, on regarde quelque chose qui a d&#233;j&#224; eu lieu, et qui para&#238;t r&#233;solument obsol&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une image demeure : la premi&#232;re. Le carr&#233; de lumi&#232;re au centre du plateau est vide. Imperceptiblement, des mouvements dans le lointain. Peu &#224; peu, on discerne des corps roul&#233;s contre le sol, li&#233;s les uns aux autres, avan&#231;ant vers l'avant-sc&#232;ne, lentement, tr&#232;s lentement. Ils atteignent le bord le plus &#233;loign&#233; du carr&#233; de lumi&#232;re, l'avalent : et cependant, l'image donne &#224; penser que ce sont eux, corps noirs, qui sont br&#251;l&#233;s par la lumi&#232;re et fabriquent une mati&#232;re opaque, comme une coul&#233;e de lave avance et br&#251;le en se solidifiant. Cette image, br&#232;ve et liminaire, proposait la danse comme ce mouvement capable de fabriquer du temps en d&#233;truisant l'espace, d'arr&#234;ter le temps en inventant un autre espace, de faire du sol la surface m&#234;me d'une profondeur, et de la virtuosit&#233; des acteurs, la pesanteur encombr&#233;e de leurs corps roul&#233;s sur eux-m&#234;mes. Une fa&#231;on de lutter contre la danse et le temps et l'espace et de lever un propos de lui-m&#234;me. Mais, tr&#232;s vite, imm&#233;diatement apr&#232;s cela, les corps se sont mis &#224; danser.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://insense-scenes.net/spip.php?article378" class="spip_out"&gt;Critique parue d'abord dans l'Insens&#233;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;les points de suspension issus du programme sont &#224; eux-m&#234;mes &#233;loquents&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;corps sans organe&lt;/i&gt; deviendra bient&#244;t un sigle, et pourquoi pas une marque ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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