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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Jeanne Moreau | &#171; L'ensemble de mes films ne dessine pas un autoportrait &#187;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Jeanne Moreau</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;1928 - 2017&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jeanne-moreau" rel="tag"&gt;_Jeanne Moreau&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des nombreux portraits de Jeanne Moreau que retracent les journaux au moment de sa disparition, on trouve ce long entretien r&#233;alis&#233; en 2011 par Anne Diatkine pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; : il a ce m&#233;rite, de laisser la parole &#224; l'actrice. Dans le foisonnement d'hommage, cette voix sonne claire et suffit, sans doute, &lt;i&gt;&#224; donner le change.&lt;/i&gt; Et &#224; r&#234;ver, et &#224; penser plus loin que la vie, et la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;strong&gt;
&lt;center&gt;Jeanne Moreau en 2011 : &#171; L'ensemble de mes films ne dessine pas un autoportrai t &#187;&lt;/center&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;br/&gt;Par Anne Diatkine, le 1er f&#233;vrier 2011 &#8211; &lt;br/&gt;publi&#233; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/planete/2017/07/31/jeanne-moreau-en-2011-l-ensemble-de-mes-films-ne-dessine-pas-un-autoportrait_1587374&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de nouveau le 31 juillet 2017&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jeanne Moreau concevait le travail d'actrice comme une mani&#232;re de parler avec les mots des autres afin de les faire entendre int&#233;gralement. Nulle coquetterie ni d&#233;sir d'apparat dans les raisons qui l'ont men&#233;e &#224; choisir cette voie. Pourtant, la reconnaissance et la c&#233;l&#233;brit&#233; sont venues d&#232;s ses premiers pas sur sc&#232;ne. Dans Jeanne Moreau, l'insoumise (2011), qui venait de para&#238;tre chez Flammarion au moment o&#249; nous avions rencontr&#233; l'actrice, l'homme de cin&#233;ma Jean-Claude Moireau restitue minutieusement toute la vie professionnelle de l'actrice. Jeanne Moreau : &#171; Sans me d&#233;ranger, sans me poser de questions, il s'est renseign&#233; et notre amiti&#233; a grandi au fur et &#224; mesure qu'il d&#233;couvrait des &#233;l&#233;ments. Je pense que cette biographie lui ressemble, plus qu'&#224; moi, peut-&#234;tre. Elle a sa discr&#233;tion. &#187; Et la voici qui parlait, de mani&#232;re ni discr&#232;te ni indiscr&#232;te, mais avec une franchise de brise-glace. Verbatim.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poussi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre cents pages : quand j'ai re&#231;u le livre, &#231;a m'a fait un choc. Je me suis dit : &#171; C'est &#231;a, toute une vie ? Quatre-vingt-trois ans d'existence ? &#187; &#199;a montre bien le peu d'importance qu'on doit s'octroyer. Ce jour-l&#224;, un quotidien titrait : &#171; Dans cinq ans, il y aura des milliards et des milliards d'habitants. &#187; J'ai pens&#233; : &#171; Ma petite, tu n'es rien. Une poussi&#232;re. &#187; Je n'ai pas encore lu ma biographie, mais je vais m'y mettre. Elle me donnera l'ordre chronologique. C'est peut-&#234;tre elle qui m'impulsera l'&#233;lan, enfin, d'&#233;crire. Pour m'y appuyer et peut-&#234;tre la contredire. J'ai une m&#233;moire tr&#232;s profonde des &#233;motions &#233;prouv&#233;es &#224; travers les r&#244;les ou les &#233;v&#233;nements. Mais pas tellement des dates. Je suis n&#233;e en 1928, d'une m&#232;re anglaise et d'un p&#232;re fran&#231;ais, une association surprenante pour l'&#233;poque, et tr&#232;s jeune, vers 5 ans, j'ai trouv&#233; que la vie des adultes &#233;tait compl&#232;tement absurde. Ma m&#232;re &#233;tait danseuse, mon p&#232;re restaurateur et, avec sa famille, il avait achet&#233; un bureau de tabac. Ma m&#232;re ne parlait pas le fran&#231;ais, elle a toujours gard&#233; son accent. J'ai appris accidentellement que ma grand-m&#232;re paternelle, qui &#233;tait extr&#234;mement croyante et pratiquante, avait m&#234;me propos&#233; &#224; ma m&#232;re de l'aider &#224; avorter, tant cette union l'horrifiait. J'ai toujours su que je n'avais pas &#233;t&#233; d&#233;sir&#233;e et, bien s&#251;r, cela change beaucoup de choses dans une vie. Le jour de ma naissance, mon p&#232;re et ses copains faisaient une tourn&#233;e au porto. Il esp&#233;rait un gar&#231;on. Lorsqu'ils sont arriv&#233;s &#224; la mairie pour me d&#233;clarer, la dame a dit : &#171; Alors, c'est quoi, un gar&#231;on, une fille ? &#187; Mon p&#232;re : &#171; Il aurait d&#251; s'appeler Pierre, on va l'appeler Pierrette. &#187; L'employ&#233;e : &#171; Pierrette, c'est dur, pour une petite fille ! &#187; Et elle a propos&#233; Jeanne. C'est elle qui a choisi mon pr&#233;nom. Je n'en ai pas d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me suis rendu compte que les adultes, ce n'&#233;tait ni fait ni &#224; faire, j'ai voulu &#234;tre religieuse. J'allais dans une &#233;cole de bonnes s&#339;urs, on chantait et j'aimais cette atmosph&#232;re, ces femmes si douces &#224; qui je faisais la lecture. Alors qu'au caf&#233;-restaurant, c'&#233;tait les br&#232;ves de comptoir, le racisme. A l'h&#244;tel de l'Entente, plus chic que le petit &#233;tablissement de mes parents, &#224; Vichy, il y avait une femme qui jouait du violon pour les curistes. Elle m'&#233;merveillait. Je n'ai pas eu trop le temps d'imaginer que je pourrais suivre sa voie car mon p&#232;re a fait faillite et nous sommes partis &#224; Paris. J'ai eu une bourse pour poursuivre mes &#233;tudes, ce qui n'emballait pas trop mon p&#232;re qui estimait que j'en savais bien assez pour compter, me marier &#224; un bistrotier et devenir m&#232;re de famille. En cachette, je suis all&#233;e voir &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;, de Jean Anouilh, avec des petites amies beaucoup plus libres que moi. &#199;a a &#233;t&#233; la r&#233;v&#233;lation. On &#233;tait sous l'Occupation et cette ode &#224; la r&#233;bellion, jusqu'au sacrifice et la mort, m'a enthousiasm&#233;e. Je suis devenue actrice comme on entre en religion, avec la m&#234;me vocation, un total d&#233;sint&#233;ressement, et le d&#233;sir de transmettre. Je n'ai pas fait &#231;a pour la gloire, je ne savais pas ce que c'&#233;tait. J'ai &#233;t&#233; encourag&#233;e tout le long par des ma&#238;tres tr&#232;s s&#233;v&#232;res et g&#233;n&#233;reux qui se sont d&#233;vou&#233;s pour m'apprendre le m&#233;tier, alors que je n'avais pas d'argent pour les payer. De la cour, j'entendais la bande sonore des films qui passaient dans le cin&#233;ma d'&#224; c&#244;t&#233;. Moi qui n'avais jamais &#233;t&#233; au cin&#233;ma, les premi&#232;res voix que j'ai entendues &#233;taient celles de Pierre Fresnay, Charles Boyer, Yvonne Printemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Putains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, on vivait au cinqui&#232;me &#233;tage d'un h&#244;tel de passes, rue Mansart. On partageait une entr&#233;e avec une voisine, femme de chambre dans un bordel, et son mari, conducteur de camion pour une soci&#233;t&#233; de d&#233;m&#233;nagement. Je trouvais les putains sympathiques comme tout. Elles disposaient de tout un &#233;tage de l'h&#244;tel. Elles m'ont prot&#233;g&#233;e, elles ont &#233;t&#233; formidables. Et ont &#233;t&#233; mes premi&#232;res spectatrices. A la Com&#233;die-Fran&#231;aise, quand j'ai d&#233;but&#233;, elles &#233;taient au premier rang dans la salle. J'avais donn&#233; mes premiers cachets &#224; ma m&#232;re pour qu'elle puisse enfin quitter la maison. Mon p&#232;re ignorait tout de mon m&#233;tier, jusqu'&#224; ce qu'un client lui montre la premi&#232;re page de Paris-Soir, o&#249; il y avait ma photo dans &lt;i&gt;Un mois &#224; la campagne&lt;/i&gt; de Tourgueniev. &#171; Tu as vu, ta fille est devenue c&#233;l&#232;bre. &#187; Il m'a chass&#233;e, je me suis install&#233;e dans une chambre au-dessus du cimeti&#232;re Montmartre. Les putains m'aidaient beaucoup. Comme je n'avais pas d'argent pour un taxi apr&#232;s le th&#233;&#226;tre, elles m'indiquaient le meilleur chemin pour ne pas me faire emb&#234;ter. Je les retrouvais dans un bar, rue Blanche, et elles me faisaient servir &#224; manger. Il y en avait toujours une qui me raccompagnait chez moi. Enfant, dans les h&#244;tels, j'en ai vu ! Il y avait des p&#233;dophiles, et quand je m'en plaignais &#224; mon p&#232;re, il r&#233;pondait que c'&#233;tait de ma faute, j'&#233;tais une vicieuse. Forc&#233;ment. &#199;a ne donne pas envie de se soumettre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais pas la r&#233;putation d'&#234;tre une beaut&#233; fatale, surtout au cin&#233;ma, ce qui m'a pr&#233;serv&#233;e toute ma vie de d&#233;pendre du regard des autres. On disait que j'avais un visage asym&#233;trique et cern&#233;, qu'il fallait rectifier tout &#231;a, si bien que je quittais les tournages maquill&#233;e comme un Sioux. Pour un gros plan, on avait l'interdiction de bouger la t&#234;te. On &#233;tait engonc&#233; dans des caches qui produisaient des ombres et nous contraignaient &#224; une immobilit&#233; extraordinaire. Je me souviens d'un maquilleur russe qui, pour faire ses retouches et avoir acc&#232;s au visage des com&#233;diennes, avait des pinceaux de longueurs diff&#233;rentes. Il y en avait d'un m&#232;tre cinquante ! Il allongeait son bras et visait le cerne ou la pommette. La libert&#233; est venue avec la Nouvelle Vague et les nouvelles pellicules. Cela a fait dispara&#238;tre la hi&#233;rarchie, tous ces chauffeurs, maquilleurs, assistants, femmes de chambre, qui veillaient sur les stars, les Gabin et les Fernandel, c'&#233;tait inou&#239; tout ce qui leur fallait comme petit personnel ! Pendant tr&#232;s peu de temps, les actrices se sont habill&#233;es et maquill&#233;es seules, &#224; l'arri&#232;re d'une voiture ou dans les toilettes d'un caf&#233;. Depuis, toute la hi&#233;rarchie est revenue au galop, ce qui est regrettable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si mes premiers films n'ont pas toujours laiss&#233; de traces, quand j'ai rencontr&#233; Louis Malle, je tournais beaucoup. On montait un film sur mon nom. Mon agent m'a dit : &#171; C'est lui ou moi. Si vous tournez avec ce type, on arr&#234;te de travailler ensemble. &#187; J'ai choisi le danger et &#224; partir de ce moment, je n'ai plus jamais &#233;t&#233; bankable. Les cin&#233;astes qu'on m'accroche en d&#233;coration aujourd'hui n'avaient rien d'&#233;vident. On dit : &#171; Orson Welles &#187;, mais quand j'ai tourn&#233; avec lui, personne ne voulait financer ses films. On dit : &#171; Joseph Losey &#187;, il venait d'&#234;tre chass&#233; des Etats-Unis, &#224; l'&#233;poque d'Eva. &#171; Luis Bu&#241;uel &#187;, idem. &lt;i&gt;Le Journal d'une femme de chambre&lt;/i&gt; est son premier film apr&#232;s son exil en Am&#233;rique du Sud. Quant &#224; Antonioni, je n'ai m&#234;me pas &#233;t&#233; pay&#233;e pour &lt;i&gt;La Notte&lt;/i&gt; parce que le producteur avait fait faillite. Marcello Mastroianni a pu percevoir une partie de son contrat parce qu'il &#233;tait sur place. Quelle &#233;tranget&#233; ! Antonioni ne nous parlait pas, on &#233;tait dans nos caravanes. Je n'ai jamais fait un film pour de l'argent ni pour faire carri&#232;re. J'ai fait de la figuration dans les &lt;i&gt;Quatre Cents Coups&lt;/i&gt;, &#231;a m'amusait, je connaissais Fran&#231;ois Truffaut. Et aussi dans &lt;i&gt;Une femme est une femme&lt;/i&gt; de Godard. Le seul cin&#233;aste vraiment connu avec qui j'ai travaill&#233; durant cette p&#233;riode est Tony Richardson, un peu oubli&#233; aujourd'hui : j'adore &lt;i&gt;Mademoiselle&lt;/i&gt;, rarement montr&#233;.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Becqu&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un film d'Orson Welles, dont je n'ai jamais vu une image et qui n'a pas &#233;t&#233; termin&#233;, &lt;i&gt;The Deep&lt;/i&gt;. Pourtant, j'&#233;tais actrice et scripte dessus car il fallait bien quelqu'un pour noter la continuit&#233; des plans. Scripte, c'est un m&#233;tier id&#233;al pour moi, car je ne quitte jamais un plateau. Je me souviens de deux bateaux sur lesquels naviguaient deux couples et l'un essayait de faire tomber l'autre. Orson me disait le matin : &#171; Tu oublies compl&#232;tement ce qu'on devait tourner, j'ai &#233;crit une sc&#232;ne dans la nuit, ou plut&#244;t, je n'ai pas eu le temps de l'&#233;crire, mais je l'ai en t&#234;te, alors on va faire un gros plan. &#187; Il y avait du roulis, j'&#233;tais sur le bateau, lui restait, grosse statue statique, sur le pont. &#171; Regarde par l&#224;, dis &#231;a, maintenant baisse les yeux, tu as les larmes qui te montent, tu r&#233;agis &#224; ce que je te dis. &#187; J'adorais faire sans savoir &#224; l'avance quoi et pourquoi. C'&#233;tait comme s'il me donnait la becqu&#233;e. On n'avait pas les moyens d'avoir un ing&#233;nieur du son, si bien qu'Orson Welles m'envoyait des billets d'avion aux destinations incroyables pour faire le doublage. Billets jamais utilis&#233;s car il d&#233;commandait syst&#233;matiquement. Je les ai longtemps gard&#233;s comme ultime trace d'un tournage fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abysses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on va &#224; des rendez-vous, on ne prend pas de notes en pensant je vais dire telle phrase, il va me r&#233;pondre telle r&#233;plique. On se pr&#233;pare &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'une conversation, et &#231;a se passe totalement diff&#233;remment. Un personnage, c'est pareil. On l'expose aux humeurs et aux accidents de la vie. C'est tr&#232;s intrigant, l'existence que l'on peut lui donner. Car il est tr&#232;s rare qu'un metteur en sc&#232;ne livre des indications pr&#233;cises. Ce sont des touches, comme sur un papier kraft. On a toujours le m&#234;me visage, corps, chair, la m&#234;me voix, et on part &#224; la recherche d'une cr&#233;ature dont on ignore tout, qui a le meilleur et le pire de l'&#226;me humaine. Comme un sp&#233;l&#233;ologue, on d&#233;couvre des abysses. Certaines aberrations sont difficiles &#224; comprendre, m&#234;me pendant qu'on incarne le r&#244;le. Je ne dirais pas que je suis plus tol&#233;rante qu'&#224; mes d&#233;buts, j'ai horreur de ce mot, mais ma fr&#233;quentation de certains personnages m'a rendue plus ample dans ma relation aux autres. Comme si les personnages &#233;taient des lampes de poche qui &#233;clairaient ma route. Je pense &#224; Zerline, dans &lt;i&gt;Le R&#233;cit de la servante Zerline&lt;/i&gt;, de Hermann Broch, mont&#233; par ce grand metteur en sc&#232;ne allemand, Klaus Michael Gr&#252;ber, et qui m'a marqu&#233;e &#224; vie. Je ne pouvais m'accrocher &#224; rien, plus elle infusait, plus elle m'&#233;tait &#233;trang&#232;re. Zerline est asservie, elle est d&#233;vor&#233;e par les regrets et la rancune, et en m&#234;me temps, elle a accept&#233; sa servitude et elle en a joui. C'est tr&#232;s bizarre de coucher avec l'amant de sa patronne et de se servir du premier locataire qui essaie de somnoler pour lui d&#233;verser, petit &#224; petit, cette dose sucr&#233;e et fielleuse de souvenirs. Catherine, dans &lt;i&gt;Jules et Jim&lt;/i&gt;, est en apparence plus facile &#224; appr&#233;hender. Qui n'a pas r&#234;v&#233; d'aimer deux hommes ? Cependant, les jeunes gens oublient toujours la cruaut&#233; de la fin, quand elle prend la voiture et se noie avec l'un, sous les yeux de l'autre qui dit son soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Points-virgules&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, l'ensemble de mes films ne dessine pas un autoportrait, car quand j'ai jou&#233; les personnages dont on parle le plus aujourd'hui, il s'agissait de femmes r&#234;v&#233;es par les hommes. La fin de cette &#233;poque-l&#224; est le film de Jean Eustache, la Maman et la Putain. Ensuite, les films ont trait&#233; de la soci&#233;t&#233;, du monde, du couple. Il n'y a plus d'h&#233;ro&#239;ne. J'ai toujours pens&#233; qu'Eva, cette prostitu&#233;e de luxe, ou Jackie, dans &lt;i&gt;La Baie des anges&lt;/i&gt;, avaient d&#251; exister pour les cin&#233;astes. Ce qui m'a frapp&#233;e avec Jacques Demy, ce sont les mots. Il tenait absolument &#224; son texte, &#224; la virgule pr&#232;s. Je n'ai fait qu'&#234;tre pouss&#233;e ou nourrie de ses dialogues qui me mettaient dans un &#233;tat de nervosit&#233; ou d'alanguissement, rien qu'&#224; cause des virgules ou des points-virgules. Aucune indication psychologique, mais le rythme &#233;tait bien suffisant. Quand on lit Proust, on entend bien qu'il a de l'asthme ! Etre actrice est proche de l'asc&#232;se : faire tout entendre des mots des autres. La seule activit&#233; que je place plus haut est l'&#233;criture, et jouer, pour moi, est une mani&#232;re de rendre hommage aux &#233;crivains.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marguerite Duras&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'aime, c'est quand on dispara&#238;t compl&#232;tement derri&#232;re son personnage. Dans &lt;i&gt;Cet amour-l&#224;,&lt;/i&gt; de Jos&#233;e Dayan, o&#249; j'interpr&#232;te Marguerite Duras, beaucoup de gens qui la connaissaient n'ont plus pens&#233; &#224; moi. Et sans ajout de proth&#232;ses et autres trucs qui m'auraient aid&#233;e &#224; lui ressembler. Je ne portais pas ses jupes, par exemple. Et ce n'&#233;taient m&#234;me pas ses dialogues, puisqu'ils nous &#233;taient interdits. On ne s'est servis que des phrases &#233;crites par Yann Andr&#233;a. Quand elle meurt, ce sont exactement les phrases qu'elle a prononc&#233;es et qu'elle lui avait demand&#233; d'&#233;crire. En m&#234;me temps, bien s&#251;r, il y a toujours &#224; son insu la r&#233;sonance en soi. Dans &lt;i&gt;Nathalie Granger&lt;/i&gt;, le premier film de Marguerite Duras, je ne faisais pas toujours attention quand on tournait ou pas. Je cuisinais, je nettoyais la table, minutieusement, toutes ces activit&#233;s que j'ai toujours prises tr&#232;s au s&#233;rieux, et la petite lumi&#232;re rouge de la cam&#233;ra s'allumait, ou pas. Ce go&#251;t pour les t&#226;ches domestiques vient de mon enfance. Ma m&#232;re avait une gr&#226;ce pour accommoder l'ordinaire. Sur la table, il y avait toujours une petite fleur, m&#234;me si elle avait &#233;t&#233; vol&#233;e dans un square.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Porte-bonheur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; ne s'&#233;puise pas avec le temps, au contraire. Je suis enchant&#233;e de tourner prochainement dans le premier film d'Ilmar Raag. Il est estonien, une culture dont j'ignore tout. Aujourd'hui, les cin&#233;astes m'accordent un pouvoir de porte-bonheur, et &#231;a me pla&#238;t, je pourrais d&#233;fendre des films dans lesquels je ne suis pas. Je suis tr&#232;s &#233;mue quand je croise des jeunes gens habit&#233;s par un d&#233;sir fou de faire du cin&#233;ma ! Ce besoin de transmettre est combl&#233; &#224; Angers, o&#249; j'anime depuis sept ans des ateliers en juillet, et dont je suis la marraine du festival. Nous sommes deux, et sept jeunes cin&#233;astes qui viennent avec le sc&#233;nario de leur premier long m&#233;trage. On les pr&#233;pare au travail n&#233;cessaire pour r&#233;aliser un film. Ensuite, certains se d&#233;couvrent chef op&#233;rateur, musicien, r&#233;gisseur. Chacun nous laisse une carte postale : un petit film qui n'exc&#232;de pas quatre minutes. Je suis all&#233;e les montrer en Chine, cet hiver.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jeanne-moreau-dans-le-proces-d-orson-welles_5150319.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/jeanne-moreau-dans-le-proces-d-orson-welles_5150319.jpg?1501586184' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
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