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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title> Guy Cassiers et Maud Le Pladec | Produire l'effacement</title>
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		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Grensgeval&lt;/i&gt;, mise en sc&#232;ne par Guy Cassiers et Maud le Pladec [Avignon In, Parc des Expositions] &#8211; juillet 2017&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1984.jpg?1501742306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le plateau du Parc des Exposition, le foin r&#233;pandu par Castorf et les forces telluriques qui traversaient sa &lt;i&gt;Kabale&lt;/i&gt; ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par l'abstraction technologique et verticale lev&#233;e par Cassiers. &lt;i&gt;Grensgeval (Bordeline)&lt;/i&gt;, comme le texte que le spectacle met en sc&#232;ne &#8211; &lt;i&gt;Les Suppliants&lt;/i&gt; d'Elfriede Jelinek &#8211; voudraient proposer un tragique pour aujourd'hui, en prenant appui sur le drame des migrants qui traversent la M&#233;diterran&#233;e jusqu'&#224; nos rives. Mais la virtuosit&#233; plastique du spectacle d&#233;borde ce &lt;i&gt;Bordeline&lt;/i&gt; et avale tout : reste la sensation de sortir d'une s&#233;ance d'hypnose, o&#249; &#171; le probl&#232;me des migrants &#187; n'aura finalement servi que de moyen pour d&#233;lirer le th&#233;&#226;tre. Reste dans le trouble de l'&#233;nonciation que le spectacle organise, l'impression intol&#233;rable d'une mise en invisibilit&#233; des damn&#233;s de notre histoire. Reste enfin, dans l'exp&#233;rience sensible que le spectacle ne cesse de vouloir affirmer, une image, belle et soyeuse, qui n'est pas sans l&#226;chet&#233; : face au d&#233;sarroi politique, ce th&#233;&#226;tre du d&#233;sarroi est d'une vanit&#233; qui n'a m&#234;me pas pour elle le poids de la poussi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0289.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0289.jpg?1501742201' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; est le foin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'immense espace du Parc des Exposition, on cherche l'immense, on ne trouve qu'un espace : r&#233;duit &#224; une bo&#238;te noire, le th&#233;&#226;tre est revenu dans ce lieu qui d&#233;fie la possibilit&#233; du th&#233;&#226;tre. Cassiers a r&#233;gl&#233; la question : cette entreprise de re-territorialisation du th&#233;&#226;tre est le premier geste qu'on constate avant le d&#233;but du spectacle, et d&#233;j&#224; tout est dit. Castorf avait pris appui sur les lointains pour traverser l'horizon de l'histoire. Cassiers l'assied &#224; l'endroit o&#249; il voudrait la dominer, la toiser, l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plateau est vide et sera vite rempli par les corps des dizaines de danseurs du Conservatoire Royal d'Anvers, intens&#233;ment dirig&#233;s par Maud Le Pladec. Ils se glissent sous les poutres de bois qui reposent sur le sol : ce sont les migrants dans les bateaux de fortune. Puis quatre acteurs de la troupe du Toneelhuis rejoignent &#224; Cour une petite table : eux seuls auront la parole pour dire le texte de Jelinek, le malstrom de r&#233;cits qui les charrie, sa langue s&#232;che et profonde. Derri&#232;re eux, un immense &#233;cran projettera les visages de ceux qui parlent, visage double, &#171; split&#233; &#187;, impressionnant de pr&#233;sence. &#192; c&#244;t&#233; d'eux, c'est-&#224;-dire en bas, les danseurs danseront la danse immobile de l'Histoire : le texte racontera les naufrages, la terreur &#8211; de part en part des mers, entre ceux qui partent, et ceux qui ne veulent pas accueillir &#8211;, la trag&#233;die d'un temps sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait ici la proposition d'un nouveau tragique : &lt;i&gt;Les Suppliants&lt;/i&gt; sont l'&#233;cho des &lt;i&gt;Suppliantes&lt;/i&gt; d'Eschyle ou d'Euripide &#8211; et c'est la longue fatalit&#233; de l'exil et des d&#233;parts sans arriv&#233;e qui se dit, jusqu'ici. Mais au tissage massif et complexe de Jelinek, Cassiers offre de nouveau une solution qui n'a que l'apparence de la dialectique. Aux visages, la parole ; et aux corps le silence. Puisque ceux qui parlent sont aussi ceux qui surplombent le plateau sur les &#233;crans, c'est comme si le Ch&#339;ur antique ne faisait qu'un avec le regard des Dieux. Et dans cet &#233;crasement des perspectives, que reste-il des corps humains ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L409xH613/170717_rdl_0214-630d2.jpg?1769974238' width='409' height='613' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perplexit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perplexit&#233; du propos n'est pas sans profondeur : on se demande souvent qui parlent &#8211; les Europ&#233;ens ? ceux qui refusent les migrants ? &#8211;, mais finalement, cette perplexit&#233; est assez claire : jamais les migrants n'auront la possibilit&#233; d'&#234;tre pr&#233;sents autrement que comme des corps ballot&#233;s. Oui, on pourrait penser que c'est une fa&#231;on de ne pas &lt;i&gt;prendre&lt;/i&gt; la parole aux / des migrants : mais Cassiers n'a pas ce m&#234;me scrupule quant aux corps qu'il leur &lt;i&gt;donne&lt;/i&gt;. Pur corps, pur mati&#232;res, pur objets de contemplation arrach&#233;s au logos, ces &#234;tres d&#233;rivent sur le plateau comme dans le pr&#233;jug&#233; occidental qui les constituent comme des individus mineurs, des enfants (&#171; in-fans &#187; : celui qui ne parle pas). Quand le spectacle &#233;voque le &#171; petit Ilian &#187;, on comprend d&#232;s lors pourquoi il a pu figurer, en Europe, l'embl&#232;me des migrants. Ce ne sont finalement que des enfants &lt;i&gt;inconscients&lt;/i&gt;, d&#233;pourvus de raison, &lt;i&gt;irresponsables&lt;/i&gt; en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me des migrants au th&#233;&#226;tre est en passe de devenir un genre &#224; part enti&#232;re : il permet aux artistes de se r&#233;clamer du monde et &#224; peu de frais de s'estimer quitte en regard de la responsabilit&#233; morale de prendre en compte le pr&#233;sent. Une fois qu'ils ont &lt;i&gt;ex&#233;cut&#233;&lt;/i&gt; un tel th&#232;me, ils pourraient en toute justice accoler &#224; c&#244;t&#233; de leur &#339;uvre l'adjectif commode de &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;, et on passerait &#224; autre chose. Mais quand le spectacle organise la r&#233;duction des &#234;tres &#224; leur silence, &#224; leur pur geste, quand le th&#233;&#226;tre se d&#233;ploie &#224; partir de l'histoire pour la d&#233;finir de notre point de vue (les migrants ne semblent pouvoir figurer ici que sous la forme de migrants, ballot&#233;s, aux gestes saccad&#233;s, muets, mouches dans un bocal), est-ce qu'il ne fait pas du sujet du monde un pur objet livr&#233; non &#224; la pens&#233;e mais aux regards, et de l'histoire un pr&#233;texte &#224; la beaut&#233; nue, un &lt;i&gt;alibi&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0393.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0393.jpg?1501742201' width='500' height='221' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers l'effacement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on pourrait tout &#224; fait soutenir que le th&#233;&#226;tre n'a que peu &#224; voir avec l'histoire (je ne le ferai pas), qu'il offre une exp&#233;rience en tant que telle ne relevant d'aucune mani&#232;re d'un dialogue avec le dehors, que c'est en toute &#171; innocence &#187; qu'il &#233;voque le dehors, sans lien, sans volont&#233; ni de le transformer ni de l'envisager. Bien s&#251;r. Mais le d&#233;sarroi que l'&#233;nonciation organise (qui parle ? &#224; qui ? et dans quelle langue ?), ne cesse de vouloir &#233;tablir de tels liens pour mieux affirmer qu'ils ne sont qu'un point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regarde. On est l&#224; pour regarder. Et ce qu'on regarde finit par hypnotiser : la saturation sensible des images et de la musique, la beaut&#233; plastique infime, la pr&#233;cision f&#233;roce de chaque seconde, tout cela finit par construire une sorte de gouffre o&#249; on s'abime, dans laquelle on peut s'endormir ou demeurer suspendus, anfractuosit&#233; picturale dress&#233;e comme une sorte de limbe sensorielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une : soit le propos est secondaire, et simple appui pour une exp&#233;rience hypnotique o&#249; on s'abime, o&#249; on se perd, o&#249; on est arrach&#233; &#224; notre pens&#233;e et notre corps (et la trag&#233;die des migrants n'est qu'un pr&#233;texte, parmi d'autres, o&#249; puiser un th&#232;me tire-larmes) ; soit la forme spectaculaire voudrait dialoguer avec le temps pour nommer notre histoire (et dire combien cette trag&#233;die est moins celle d'hommes et de femmes qui traversent au p&#233;ril de leur vie les guerres et les mers, mais celle d'Europ&#233;ens qui n'y comprennent rien et ne savent pas quoi faire de ces corps). De part et d'autre, le d&#233;sarroi d&#233;sarme. Et ce sont d'armes, intelligibles et pr&#233;cises, dont on n'a tant besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots du texte pourraient d&#233;signer l'aporie politique et sensible du spectacle, de son exp&#233;rience :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&#171; Nous ne sommes m&#234;me pas l&#224;. Nous sommes venus, mais nous ne sommes pas l&#224; &#187;. &lt;/center&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Une heure et demi durant, Cassiers aura finalement &#171; produit &#187; la disparition de ces corps, de ces pens&#233;es, de cette Histoire. Reste l'hypnose : blanche, et l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0719.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/170717_rdl_0719.jpg?1501742201' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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