<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
	<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?id_rubrique=125&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
		<url>http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/banniere_site.jpg?1748268196</url>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
		<height>81</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Que ma joie demeure | &#171; La b&#226;tisse d'ombre &#187;</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-la-batisse-d-ombre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-la-batisse-d-ombre</guid>
		<dc:date>2013-03-15T14:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Giono</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de grands pays mieux que le monde&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/" rel="directory"&gt;Que ma joie demeure, Giono&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-giono" rel="tag"&gt;_Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On a l'impression qu'au fond les hommes ne savent pas tr&#232;s exactement ce qu'ils font. Ils b&#226;tissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagn&#233; d'une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c'est la b&#226;tisse d'ombre qui compte.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est encore au d&#233;but, quelques pages apr&#232;s la venue de Marthe, &#233;veill&#233;e dans son lit (&#171; &#224; la perc&#233;e du matin, &#224; l'heure o&#249; les &#233;poux se rapprochent toujours, &#224; moiti&#233; endormis, et se r&#233;chauffent, et sont un peu tendres, m&#234;me ceux qui ne le savent pas, parce que le jour se l&#232;ve &#187;), mais quand elle cherche le corps de Jourdan, elle ne trouve que le c&#244;t&#233; froid du lit tandis que son mari laboure sous la nuit extraordinaire, qu'il y fait la rencontre sublime de Bobi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle les accueille, tous deux, qui rentrent de cette nuit, c'est le matin blanc, la premi&#232;re neige, elle a fait du caf&#233; ; et aupr&#232;s de feu, ils tiennent tous les trois la tasse br&#251;lante &#224; la main, regardent danser la flamme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ce passage, qui n'a rien &#224; voir avec rien. Cent pages plus loin, je m'en suis souvenu. C'est la gr&#226;ce de ce livre d'agir par r&#233;traction et sur quelques heures, des paragraphes qui proc&#232;dent par grandes nappes mouvantes ainsi que des reflux de vagues qui mordent loin, comme l&#224;, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas compris d'abord ; mais pour beaucoup de r&#233;cits, les passages obscurs appartiennent au secret de son &#233;criture et parfois il faut accepter ne pas lui appartenir (parfois, on le partage)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir sur cette page, ce n'est pas mieux la comprendre, au moins saisir le rythme propre de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, quelle est cette ombre ? &#192; l'ombre de l'homme, non pas l'ombre de la femme, comme j'aurais pu le croire (la femme qui seconderait, dans l'ombre), mais dans l'ombre de tous, ce qui soutient et affermit. &#192; la part sombre de soi, on pourrait lui confier ce qui d&#233;truit, ce qui ravage, secoue &#8212; et pourtant ; pourtant non, jamais : cette part sombre est aussi ce qui f&#233;conde quand elle seconde le geste qui fonde, quand on l'accepte non dans la sauvagerie, mais dans sa consolation. Produire l'effacement : c'est le geste de l'&#233;criture, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La b&#226;tisse d'ombre ainsi lev&#233;e n'est pas celle qui &#224; l'image de l'ombre obscurcit, mais celle qui donne la profondeur dans la terre, et sur le sol, l'ombre qui se r&#233;pand n'est qu'une mani&#232;re de reflet du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans la chaleur, on cherche toujours cette b&#226;tisse pour respirer et boire en descendant Massada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette ombre qui prend acte de la terre pour prolonger, le r&#234;ve de la b&#226;tisse, son d&#233;sir qui tourne sur le sol toute la journ&#233;e avec le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un dialogue ensuite, entre les trois au milieu de la pi&#232;ce. Puis l'&#233;vocation de nouveau de ces b&#226;tisseurs d'ombre. Et dans la phrase, ce pluriel qui m'a &#233;bloui, que je ne comprends pas, et en lequel r&#233;side peut-&#234;tre la multiplication du monde, sa beaut&#233; et son &#233;nigme : &lt;i&gt;ma&#231;ons d'ombres&lt;/i&gt; ; le pluriel &#224; &lt;i&gt;ombres&lt;/i&gt;, pourquoi ? Les pays plus grands et mieux que le monde, je les comprends &#8212; ses fronti&#232;res sont les lignes sur le sol, dans la main, sur le corps, les l&#232;vres, et les sillons qui partout s'en vont pour qu'on les prenne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a des ma&#231;ons d'ombres qui ne se soucient pas de b&#226;tir des maisons, mais qui construisent de grands pays mieux que le monde.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que ma joie demeure | &#171; la passion de l'inutile &#187; </title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-la-passion-de-l-inutile</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-la-passion-de-l-inutile</guid>
		<dc:date>2013-03-14T20:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Giono</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;toujours au d&#233;but, l'inutile (les oiseaux)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/" rel="directory"&gt;Que ma joie demeure, Giono&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_routes-chemins" rel="tag"&gt;_routes &amp; chemins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-giono" rel="tag"&gt;_Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que c'est jeune ? dit l'homme.
&lt;br /&gt;&#8212; Pardon ? demanda Jourdan.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, jeune, qu'est-ce que c'est ?
&lt;br /&gt;&#8212; On &#233;tait fort, quoi, souple, jeune, quoi !
&lt;br /&gt;&#8212; Moins de sous ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui.
&lt;br /&gt;&#8212; Mois savant ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui. &lt;br /&gt;&#8212; Moins le d&#233;sir de labourer jusqu'&#224; la limite ?
&lt;br /&gt;&#8212; Peut-&#234;tre, dit Jourdan.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dit Marthe.
&lt;br /&gt;&#8212; Moins s&#233;v&#232;re ?
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dit Jourdan.
&lt;br /&gt;&#8212; Oui, dit Marthe.
&lt;br /&gt;&#8212; Buvons le caf&#233; &#187;, dit l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'homme, c'est Bobi ; Jourdan vient de le rencontrer au bout de son champ sous la nuit extraordinaire tandis qu'il labourait &#8212; toute sa vie, il attendait un homme, il viendrait dans une telle nuit, et il &#233;tait venu, cette nuit. C'est Bobi. Quand au matin ils reviennent, Marthe les attend. L'homme pose des questions sur les champs et sur l'&#233;tat de la terre, avant ; sur leur vie avant. Des questions simples qu'on ne se pose jamais, qui viennent seulement apr&#232;s qu'on a &#233;prouv&#233; dans la vie m&#234;me leur v&#233;rit&#233; ; alors quand il faut revenir sur elle, c'est loin. C'est indistinct, on cherche et on ne trouve que des mani&#232;res d'approcher la v&#233;rit&#233;, mais la v&#233;rit&#233;, nue et franche, non, jamais elle ne vient. L'homme n'insiste pas beaucoup, et &lt;i&gt;jeune&lt;/i&gt;, le mot et sa v&#233;rit&#233; restent suspendus au-dessus de la fum&#233;e du caf&#233; sans rien qui vienne la d&#233;chiffrer. &#192; la v&#233;rit&#233;, jeunes, c'est abstrait ; Jourdan et Marthe n'ont que le souvenir d'une libert&#233; inconsciente d'elle-m&#234;me, et quand Bobi essaie d'approcher d'elle par soustraction (comme un homme est fait d'&#234;tre sec entre les bois, qu'il ne reste sur lui que lui-m&#234;me, d&#233;pouill&#233; enfin), pour Jourdan et Marthe, ce n'est qu'un souvenir ; &lt;i&gt;jeune&lt;/i&gt;, quelque chose de dat&#233; dans la vie, qui est pass&#233;. Sur la vie maintenant, c'est tout le surplus de la vie, un manteau lourd qui tient chaud, oui, mais fait oublier la couleur de la peau quand elle &#233;tait nue et allong&#233;e sur l'herbe dans l'ombre. Bobi laisse cela pour le moment. Nous aussi, quand on lit, on ne sait pas &#8212; on croit au d&#233;but que Bobi ne sait pas, mais Bobi sait, seulement il ne le dit pas, pas tout de suite. Il faut attendre, et on ne sait m&#234;me qu'on attend, on ne sait rien. Mais le mot &lt;i&gt;jeune&lt;/i&gt; en nous, comme il r&#233;sonne aussi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&#171; Il faut planter des aub&#233;pines &#187;
&lt;br/&gt; Jourdan n'avait pas compris. [&#8230;]
&lt;br/&gt;[Bobi] dressa son doigt en l'air.
&lt;br/&gt;&#171; Il faudrait de l'aub&#233;pine, des haies, border les champs, non pas pour la barri&#232;re, mais vous prenez trop de terre pour le labour. Laissez un peu pour le reste. V'est assez difficile &#224; faire comprendre, h&#233; ? &#187;
&lt;br/&gt; Jordan se frottait les joues.
&lt;br/&gt;&#171; J'&#233;coute, dit-il.
&lt;br /&gt;&#8212; Voil&#224;, dit l'homme, que l'aub&#233;pine est inutile et puis qu'avec, tu me diras, elle mange d'un c&#244;t&#233; le bon des graines et que de l'autre c&#244;t&#233;, c&#244;t&#233; soleil, elle mange aussi le bon des graines avec son abri. Car, l'abri de l'aub&#233;pine est sec et souple et c'est beaucoup aim&#233; par un tas de b&#234;tes fouineuses, je sais. Mais, justement, &#231;a serait trop long &#224; dire. Une chose seulement, pour te faire comprendre. Si tu comprends &#231;a, tu comprends tout. Avec de l'aub&#233;pine il y a des oiseaux. Ah ! &#187;
&lt;br/&gt;Il eut l'air d'avoir marqu&#233; dans sa pens&#233;e un point tr&#232;s important.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Deux pages plus haut, Bobi s'est inqui&#233;t&#233; : la tristesse partout, dans ce champ et partout ; Jourdan avait dit que oui, c'&#233;tait triste ici, et le chapitre pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait termin&#233; sur ce mot, &lt;i&gt;triste&lt;/i&gt; &#8212; plus loin, il avait dit que le printemps c'&#233;tait pire, pire &#224; cause des amandiers en fleurs, blancs, partout, pire la neutralit&#233; du deuil, le mime de la floraison, le blanc est une couleur qui commence les autres, alors quand il n'y a que du blanc partout, c'est l'arr&#234;t de mort. Bobi avait eu cette id&#233;e : les aub&#233;pines. Id&#233;e incompr&#233;hensible parce que les aub&#233;pines, cela mord sur les champs que Jourdan laboure jusqu'aux limites. Et les aub&#233;pines attirent les insectes, &#233;videmment, c'est nuisible ; inutile, donc. Mais les insectes appellent autre chose. Toujours, quand Bobi dans ce d&#233;but sera avec Jourdan dans ces campagnes tristes, il remarquera l'absence, et inquiet, en levant les yeux au ciel vide, les oiseaux qui ne sont jamais l&#224;. Avec les oiseaux, ce n'est pas seulement le mouvement du ciel qui se cr&#233;e, mais le mouvement le plus vain qui soit, qui ne cr&#233;e justement que du mouvement, et les chants, &#233;videmment, sans m&#233;lodie, sans dur&#233;e, qui s'&#233;vanouissent aussit&#244;t que (je connais &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/http.robinsonenville.net'&gt;quelqu'un&lt;/a&gt; qui sait rien qu'&#224; l'entendre le nom de l'oiseau : le pouvoir absolu de d&#233;chiffrer les signes ; l'ouverture &#224; ce myst&#232;re : cela m'impressionne tant). Des lignes dans le ciel, et de quoi regarder, de temps en temps, le trembl&#233; des feuilles, quelque chose qui vibre plus loin, qui bat dans les branches comme dans les bois de Sainte-H&#233;l&#232;ne-de-Chester, inoubli&#233;s, jusque dans sa propre poitrine quand on passe tout pr&#232;s et que soudain tout remue. Le mouvement inutile des choses comme d'un corps &#224; l'autre une respiration d'aller et retour en soi et en l'autre, on ne sait plus, essentielle quand on ne sait plus, et quand on le sait, ce qui s'invente est la vie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends, dit lentement Jourdan
&lt;br /&gt;&#8212; Non &#187;, dit l'homme.
&lt;br/&gt;
Et, c'est vrai, il ne comprend pas. &lt;br/&gt;&#171; La jeunesse, dit l'homme, c'est la joie. Et, la jeunesse, ce n'est ni la force, ni la souplesse, ni m&#234;me la jeunesse comme tu disais : c'est la passion pour l'inutile.
&lt;br/&gt;&#171; Inutile, ajouta-t-il en levant le doigt, qu'ils disent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils disent &#8212; l'inutile pour eux, la vacuit&#233; de la vanit&#233; ; le balancement de la balan&#231;oire, le cerf-volant, les parcs &#233;tal&#233;s dans l'herbe, inutiles comme la ville arr&#234;t&#233;e soudain par un Turner dans le ciel et tous regardent, alors quand ils retournent ensuite avec leurs yeux dans la m&#234;me ville, c'est une autre redessin&#233;e par le peintre ; l'inutile (le bleu prononc&#233; du ciel le soir : le reflet de la terre dans la voie lact&#233;e) ; l'inutile (le nombre de semaines pour que ces pousses sortent de terre, et les manger) ; l'inutile vraiment (la blancheur des cheveux, le mot diff&#233;rent dans certaines langues pour dire la blancheur de la neige, parfois cent mots selon les langues) &#8212; la jeunesse, c'est cela que disait Bobi depuis la premi&#232;re fois, ce n'est pas l'&#226;ge qu'on a, qu'on a eu, qu'on aura perdu un jour, mais le sentiment de cette vacuit&#233; essentielle, non pas essentielle parce que vaine, mais dans le renversement qui ne souffre d'aucune r&#233;plique, le mouvement trac&#233; dans la vie pour la seule raison du mouvement. C'est comme lorsqu'on marche, par exemple vers une ville l'&#233;t&#233; br&#251;lant, non pour rejoindre la ville, mais parce que le nom de la ville est l'autre nom du chemin, c'est une route qui trace en soi pour s'arr&#234;ter peut-&#234;tre au milieu, mais la marche aura &#233;t&#233; accomplie de ce fait et la jeunesse r&#233;alis&#233;e ; on peut la r&#233;aliser &#224; tout &#226;ge, &#233;videmment &#8212; et c'est vrai, c'est une passion, non comme on dit la souffrance ou quand on subit l'affection d'une douleur, non, mais comme on est fils, fille de la passion, et qu'on na&#238;t en elle &#224; chaque instant pour &#234;tre au plus pr&#232;s de soi son apaisement, dans son tumulte : pour lui r&#233;pondre, r&#233;pondre d'elle, surtout ; parce qu'&#224; la passion de l'inutile il n'y a aucune autre justification que cette joie calme qui dit : le ciel est ce tumulte tranquille fait pour le mouvement du ciel, et nous pour le regarder, d&#232;s lors y participer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que ma joie demeure | &#171; Mais le d&#233;sir est le d&#233;sir &#187; </title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-mais-le-desir-est-le-desir</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-mais-le-desir-est-le-desir</guid>
		<dc:date>2013-03-14T14:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_terre</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Giono</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lecture lin&#233;aire d'un livre de grand chemin (&#171; pour que demeure la joie au-del&#224; de la joie toujours &#187;) Il tournait le dos &#224; la for&#234;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis la vie, la vie et la vie. Pas malheureux, pas heureux, la vie. Des fois il se disait&#8230; Mais tout de suite, au m&#234;me moment, il voyait le plateau, et le ciel couch&#233; sur tout et loi, l&#224;-bas loin &#224; travers les arbres, la respiration bleue des vall&#233;es profondes, et loin autour il imaginait le monde rouant comme un paon, avec ses mers, ses rivi&#232;res, ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/" rel="directory"&gt;Que ma joie demeure, Giono&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_terre" rel="tag"&gt;_terre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_routes-chemins" rel="tag"&gt;_routes &amp; chemins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-giono" rel="tag"&gt;_Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Lecture lin&#233;aire d'un livre de grand chemin &lt;br/&gt;(&#171; pour que demeure la joie au-del&#224; de la joie toujours &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Il tournait le dos &#224; la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis la vie, la vie et la vie. Pas malheureux, pas heureux, la vie. Des fois il se disait&#8230; Mais tout de suite, au m&#234;me moment, il voyait le plateau, et le ciel couch&#233; sur tout et loi, l&#224;-bas loin &#224; travers les arbres, la respiration bleue des vall&#233;es profondes, et loin autour il imaginait le monde rouant comme un paon, avec ses mers, ses rivi&#232;res, ses fleuves et ses montagnes. Et alors, il s'arr&#234;tait dans sa pens&#233;e consolante qui &#233;tait de se dire : sant&#233;, calme, &#171; la Jourdanne &#187;, rien ne fait mal ni &#224; droite ni &#224; gauche pas de d&#233;sir. Il s'arr&#234;tait, car il ne pouvait plus se dire : pas de d&#233;sir. Et le d&#233;sir est un feu ; et sant&#233; calme ; et tout br&#251;lait dans ce feu, et il ne restait plus que ce feu. Les hommes, au fond, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; fait pour s'engraisser &#224; l'auge, mais &#231;a a &#233;t&#233; fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les m&#234;mes ; s'en aller dans sa curiosit&#233;, conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et des fois, il se regardait devant la glace. Il se voyait avec sa barbe rousse, son front tach&#233; de son, ses cheveux presque blancs, son gros nez &#233;pais et il se disait : &#171; &#224; ton &#226;ge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;sir est le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait arriv&#233; au bout du champ. Le cheval tourna tout seul et recommen&#231;a &#224; marcher vers la for&#234;t. Ils &#233;taient tous les deux &#224; leur r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224; : &#231;a va durer, puis la vieillesse, et puis la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il tournait le dos &#224; la for&#234;t.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On est encore au d&#233;but, au tout d&#233;but du livre&#8212; je suis bien plus loin, mais ce passage je l'ai cherch&#233; ce soir, et je le voulais l'&#233;crire pour moi, en reproduire le geste avec mes doigts pour comprendre quelque chose, non pas du rythme, mais dans le rythme : cette sorte de marche en for&#234;t avec le cheval, ses secousses, ses acc&#233;l&#233;rations dans la pens&#233;e avec le pas de la b&#234;te, et quand la lumi&#232;re traverse les feuilles en haut, combien cela modifie les ombres qui se cachent plus bas et toute cette libert&#233; offerte du temps quand il n'y a qu'&#224; penser au temps, le temps que durerait une marche dans la for&#234;t ouverte en deux comme un fruit, et boire longtemps, c'est le passage, je viens de le retrouver, je l'&#233;cris et c'est moi qui l'invente.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le monde rouant comme un paon&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tout autour le monde continue ; il para&#238;t que sa folle roue a apport&#233; de la neige dans les villes si pr&#232;s du printemps (j'ai appris aussi que l'&#233;quinoxe tomberait cette ann&#233;e le 20 mars, et non le 21 &#8212; qu'on garde le 21 par habitude, c'est tout) ; il y a ce jour les changements &#224; ch&#226;telet (mais tout est perturb&#233;, &#233;videmment, le vent est seul ma&#238;tre des changements &#224; ch&#226;telet), et les bus qui vont ou qui aujourd'hui s'arr&#234;tent, que c'est un jour beau pour faire de la luge dans les parcs, ou des puzzles de Brueghel, ou tout ce qui dans nos villes donnent l'impression qu'on b&#226;tit la ville puisqu'on l'habite ; et il y a, l&#224;, c'est l&#224; o&#249; on se trouve, si loin. On regarde avec les yeux, et ses yeux sont la seule chose qu'on ne peut voir avec nos yeux &#8212; sauf le miroir. Si ce livre est un miroir, je regarde la ville dans toute ces images de la terre, ses couch&#233;s comme d'un corps contre le mien et sa fatigue enroul&#233; de cheveux, et je sais que si j'appartiens &#224; cette ville, c'est dans la mesure o&#249; j'appartiens davantage &#224; ce corps, et m&#234;me l&#224; je sais aussi que c'est comme une br&#251;lure, la ville, comme une langue maternelle qu'il faudra bien un jour d&#233;sapprendre pour habiter les autres continents, apprendre combien la langue maternelle est une racine qui n'existe que dans les branches qui d&#233;chirent les nuages et font la neige.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Rien ne fait mal ni &#224; droite ni &#224; gauche pas de d&#233;sir. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est l'illusion, elle est terrible ; qu'avec le temps trouv&#233; d'un temps offert comme un repos il n'y aurait plus rien en soi que soi, mais non ; la vie, la vie (ses r&#233;p&#233;titions comme les pas du cheval enfon&#231;ant lentement le m&#234;me pas sur une terre semblable mais plus loin &#224; chaque fois), la vie continuerait et br&#251;lerait. J'ai longtemps cru que le d&#233;sir est affaire de jonction impossible et de d&#233;s&#339;uvrement (mes lectures au sortir de l'adolescence me le disaient toutes), et comment rejoindre, la grande question qui ne devait trouver aucune r&#233;ponse jamais, car la jonction &#233;tait la mort du d&#233;sir, aussi. Mais &#233;videmment, non : &#233;videmment il y a du d&#233;sir dans l'&#233;vidence, et qu'habiter le pr&#233;sent est une mani&#232;re de le nourrir encore ; que la terre se f&#233;conde chaque jour, elle, qu'en jach&#232;re elle n'est que dans la force de se reprendre pour ensuite f&#233;conder davantage &#8212; que le d&#233;sir n'est pas affaire de malheur ; que rien ne peut faire mal, mais que tout peut se d&#233;vorer, int&#233;rieurement : que l'apaisement est sur terre comme de l'eau qui fraie et grandit, et les ruisseaux savent bien qu'il faut descendre, que c'est de la montagne qu'elles tombent jusque dans la mer o&#249; ils se confondent comme des corps, m&#234;l&#233;s de leurs membres.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; C'est &#231;a conna&#238;tre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est regarder les arbres et reconna&#238;tre en chacun comme ils sont uniques ; c'est regarder les immeubles et voir combien il sont les m&#234;mes &#8212; et les hommes dedans, qui marchent, ne pas les voir assez maigres des chemins, et dans les rues, ne rien conna&#238;tre, juste savoir &#8212; et ce n'est rien, savoir, c'est &#234;tre seulement dans l'ignorance de tout ce qu'on ne sait pas ; conna&#238;tre, c'est &#233;videmment na&#238;tre &#224; une ignorance qui f&#233;conde ; ignorance &#224; soi qui nourrit encore le d&#233;sir de traverser les villes, oui ces villes qui cessent toujours aux premiers arbres.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Il &#233;tait arriv&#233; au bout du champ. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait peut-&#234;tre un ch&#234;ne, l&#224; ; l'homme ne conna&#238;t pas son nom sans doute &#8212; au bout, il n'y aurait que la pens&#233;e de la mort, &#233;videmment ; mais il n'y a pas de bout du monde, on le sait bien, on le sait qu'elle pourrait &#234;tre ronde, on nous l'a appris enfant, avec le nom du ch&#234;ne, le ch&#234;ne ne fait que dire que ce champ est fini mais seulement depuis la direction qu'on a prise pour venir &#224; lui. Si on le d&#233;passait, pour l'atteindre, il faudrait traverser combien de ville et d'arbres et d'arbres pour revenir &#224; lui, v&#233;rifier que la terre &#233;tait bien ronde, comme en g&#233;sine, sur le bord de soi ; et qu'on &#233;tait soi-m&#234;me non pas le d&#233;s&#339;uvrement qui cherche &#224; rejoindre, mais la jonction m&#234;me des bords &#8212; quand on reviendra, le ch&#234;ne sera peut-&#234;tre si haut qu'on ne le verra plus, il faudra continuer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que ma joie demeure | &#171; C'&#233;tait une nuit extraordinaire &#187;</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-c-etait-une-nuit-extraordinaire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-c-etait-une-nuit-extraordinaire</guid>
		<dc:date>2013-03-13T14:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_nuit</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Giono</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture de la joie | le d&#233;but&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/" rel="directory"&gt;Que ma joie demeure, Giono&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_nuit" rel="tag"&gt;_nuit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-giono" rel="tag"&gt;_Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Lecture lin&#233;aire d'un livre de grand chemin &lt;br/&gt;(&#171; pour que demeure la joie au-del&#224; de la joie toujours &#187;) #qmjd&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une nuit extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait eu du vent. Il avait cess&#233;, et les &#233;toiles avait &#233;clat&#233; comme de l'herbe. Elles &#233;taient en touffes avec des racines d'or, &#233;panouies, enfonc&#233;es dans les t&#233;n&#232;bres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourdan ne pouvait pas dormir. Il se tournait, il se retournait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait un clair de toute beaut&#233; &#187;, se disait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait jamais vu &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciel tremblait comme un ciel de m&#233;tal. On ne savait pas de quoi puisque tout &#233;tait immobile, m&#234;me le plus petit pompon d'osier. &#199;a n'&#233;tait pas le vent. C'&#233;tait tout simplement le ciel qui descendait jusqu'&#224; toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des for&#234;ts. Apr&#232;s, il remontait au fond des hauteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourdan essaya de r&#233;veiller sa femme.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu dors ?
&lt;br/&gt;&#8211; Oui.&lt;br/&gt;
&#8211; Mais tu r&#233;ponds ?&lt;br/&gt;
&#8211; Non.&lt;br/&gt;
&#8211; Tu as vu la nuit ?&lt;br/&gt;
&#8211; Non.&lt;br/&gt;
&#8211; Il fait un clair superbe. &#187;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle resta sans r&#233;pondre et fit aller un gros soupir, un claqu&#233; des l&#232;vres et puis un mouvement d'&#233;paules comme une qui se d&#233;fait d'un fardeau.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu sais &#224; quoi je pense ?&lt;br/&gt;
&#8211; Non.&lt;br/&gt;
&#8211; J'ai envie d'aller labourer entre les amandiers.&lt;br/&gt;
&#8211; Oui.&lt;br/&gt;
&#8211; La pi&#232;ce, l&#224;, devant le portail.&lt;br/&gt;
&#8211; Oui.&lt;br/&gt;
&#8211; En direction de Fra-Josephine.&lt;br/&gt;
&#8211; Oh ! Oui &#187;, dit-elle.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle bougea encore deux ou trois fois ses &#233;paules et finalement elle se coucha en plein sur le ventre, le visage dans l'oreiller.&lt;br/&gt;
&#171; Mais, je veux dire maintenant &#187;, dit Jourdan.&lt;br/&gt;
Il se leva.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Toute les histoires commencent quand le vent cesse, c'est ainsi. Et que les &#233;toiles s'ouvrent, parce que c'est &#224; elles qu'on s'adresse, finalement, quand il faut commencer. Ce ne sont pas des &#233;toiles, mais de l'herbe, et elles nous sont donn&#233;es aussi pour qu'on les cultive, ainsi. Mais c'est enfonc&#233;es dans les t&#233;n&#232;bres qu'elles sont plant&#233;es, et la t&#226;che, comme pour l'herbe, sera d'y plonger la main, pour en fouiller l'&#233;paisseur, et les exaucer. Il y a tant de noirceur dans cette vie, qu'il faut la plonger parfois profond ; c'est l&#224; qu'on les trouvera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jourdan est son propre nom. Celui qui est &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le &lt;i&gt;jour&lt;/i&gt;, &#233;videmment. Celui qui, dans le jour, mais renvers&#233;, sait que dans la nuit aussi, le jour sait &#233;clore (&#233;clater). S'il fait nuit quand il est nomm&#233;, du moins ne dort-il pas &#8212; comment le pourrait-il, lui qui, plein du jour, dans ce jour qui le nomme, se tourne et se retourne comme jadis le &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; se retournait dans son sillon pour nommer la po&#233;sie, elle qui disait toujours l'envers des choses per&#231;ues pour qu'on les voit mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Jourdan la premi&#232;re t&#226;che, celle qui comme dans la Bible, dit qu'il fait jour &#8212; dans la nuit. (Et il vit que cela &#233;tait beau, nomma ainsi la beaut&#233; par le jour, en pleine nuit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, ce jour de la nuit, il ne l'avait jamais vu (comment le nommer autrement que par &#171; &#231;a &#187; &#8212; que le livre ne cessera pas d'essayer de prolonger, ou de produire. Quelque chose d'invisible, ou plut&#244;t que personne n'avait vu. Un livre commence toujours par cette image : celle que personne n'a vue jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image, c'est le ciel qui tremble, comme de secousses (celles du plaisir). L'orgasme du ciel quand il effleure la terre (il n'y a qu'&#224; effleurer, le plus lentement du monde). Et le bruit de la for&#234;t, les c&#339;urs battants d'oiseaux sans nom qui frappent le temps, et comme le plaisir, descend et remonte sans fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle, elle dort. (Elle r&#234;ve peut-&#234;tre). C'est donc &#224; elle qu'il faut parler, au r&#234;ve lui-m&#234;me, elle plong&#233;e au dedans du r&#234;ve. Il essaie de la r&#233;veiller : le texte dit bien : il n'y arrive pas ; c'est donc du r&#234;ve qu'elle va parler, et c'est le r&#234;ve qui va lui parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#234;ve commence par dire oui, comme tous les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle dira le contraire, toujours ; comme lui, dans le jour, est dans la nuit ; elle dira toujours l'inverse absolue du r&#233;el : la vie en somme retourn&#233;e comme un gant. Comment dire qu'elle dort si elle dort, comment dire qu'elle ne r&#233;pond pas en r&#233;pondant, comment dire qu'elle ne voit pas la nuit puisqu'elle est y plong&#233;e dans son ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle sait donc &#224; quoi il pense. Elle le sait depuis toujours. Il pense &#224; la terre, labourer, comme un vers son sillon encore et encore, l'antique t&#226;che pour toujours. Labourer, entre, les amandiers (le mot important, c'est entre : entre les arbres, prot&#233;g&#233; par eux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dort, maintenant, profond&#233;ment (le visage profond&#233;ment dans le sommeil, l'oreiller, et le corps, appuy&#233;e de tout son ventre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui, il peut aller ; aucun livre ne peut commencer sans dire le maintenant du lieu et du temps ; un livre peut bien faire durer le moment o&#249; il va commencer, c'est toujours quand il dit ce maintenant qu'il le fait, pas avant. Il y a des livres qui retardent ce moment jusqu'&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, c'est maintenant, alors il se l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que ma joie demeure | &#171; Il y avait eu du vent &#187;</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-il-y-avait-eu-du-vent</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/article/que-ma-joie-demeure-il-y-avait-eu-du-vent</guid>
		<dc:date>2013-03-11T20:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean Giono</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;lecture de l'impersonnel&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/notes-marginales-etc/parcours-de-textes/que-ma-joie-demeure-giono/" rel="directory"&gt;Que ma joie demeure, Giono&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-giono" rel="tag"&gt;_Jean Giono&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Lecture lin&#233;aire d'un livre de grand chemin &lt;br/&gt;(&#171; pour que demeure la joie au-del&#224; de la joie toujours &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y avait eu du vent. Il avait cess&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-cela qui commence l'&#233;criture &#8212; ce passage, invisible, d&#233;cisif, de l'impersonnel &#224; la d&#233;signation, cette sortie du &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; neutre pour cette lev&#233;e du &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; en chair, en vent. On pourrait dire que c'est une faiblesse de la langue, celle de ne pas disposer d'autre pronom que celui-l&#224; pour dire le neutre et le personnel. On pourrait regretter alors qu'il n'y ait pas un pronom diff&#233;rent pour distinguer le vent d'un gar&#231;on, par exemple. Mais c'est &#224; ce point d'affaissement du langage que l'&#233;criture vient pour ne pas avoir lieu ailleurs que dans cette indistinction, qui est glissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il fasse du vent, qu'il cesse &#8212; c'est de tout autre chose qu'il s'agit, et pourtant, c'est un m&#234;me pronom, oui oh pourtant dans ce glissement tout ce qui s'op&#232;re, tout ce qui surgit, tout ce qui advient, et s'efface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miracle, c'est que le texte fait advenir le vent comme sujet au moment o&#249; il cesse : l&#224; o&#249; commence l'&#233;criture, c'est quand l'absence m&#234;me devient l'espace d'&#233;nonciation de ce qui est, que l'&#233;criture fait advenir comme absence. Cette lev&#233;e des corps qui dans l'effacement contient la trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je ne l'avais pas vu, ce glissement, &#233;videmment &#8212; le lieu de l'&#233;criture est un angle vif, le contraire d'un angle mort, mais tout aussi secret, tout aussi insaisissable. C'est Bataille qui raconte comment la question de la souverainet&#233; de soi, face &#224; laquelle il butait, s'&#233;tait ouverte comme un barrage rompu par une phrase d'un ami (la note du livre indique : Blanchot). Comme si l'exp&#233;rience int&#233;rieure ne pouvait avoir lieu que depuis l'adresse (amoureuse) de l'autre, qui fait effraction en soi, pour d&#233;chirer le voile. Il a fallu qu'on me dise cela, aussi, pour que je le voies, et comprenne : ce qui se jouait en moi comme en toute chose &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; ce simple et joyeux glissement, ce chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le passage de l'impersonnel au personnel, pas seulement le romanesque, pas seulement le narratif, mais le geste m&#234;me d'&#233;crire en soi comme arrachement aux &#233;l&#233;ments qui autour vibrent pour leur trouver un corps, une &#226;me : ce &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; qui d&#233;signe aussi bien le gar&#231;on que le vent n'est pas d&#233;faut de langue, mais rehaussement (du vent vers lui, et de lui vers le vent), pour, non pas qu'ils se confondent, mais se rejoignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, il y a aussi l'adresse, invisible, qui s'inscrit &#8212; le &lt;i&gt;tu&lt;/i&gt; qui vient n&#233;cessairement avec l'&#233;criture (on &#233;crit toujours pour un autre, pour soi le silence suffit, &#233;videmment) mais qui restera tu, tant que l'&#233;criture viendra ici raconter le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t l'absence de vent, mais cela appartient au r&#233;cit de nommer ce qui s'efface et de raconter aussi le devenir de cette absence. Tout ce r&#233;cit pourrait ainsi se r&#233;sumer ainsi : ce qui advient quand le vent cesse ; ce qu'il advient du vent et ce qu'il advient de toute autre chose. Comme par exemple, d'un gar&#231;on lev&#233; en m&#234;me temps que le vent et jamais &#233;crit &#8212; mais peut-&#234;tre est-ce lui qui op&#232;re la bascule, ou un autre que lui qui lui aura souffl&#233;, dans le vent, le passage qui donne possibilit&#233; &#224; l'&#233;criture d'&#233;crire cela, et le reste peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
