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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Bernard-Marie Kolt&#232;s | 15 avril, et peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233; </title>
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		<dc:date>2026-04-15T12:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d'un quinze avril l'autre&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-signes-epars/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Signes &#233;pars&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_bernard-marie-koltes" rel="tag"&gt;_Bernard-Marie Kolt&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_deuil" rel="tag"&gt;_deuil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1707.jpg?1460729213' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;image : sur la pierre, seulement le nom, et les dates &lt;br&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s (9 avril 1948 - 15 avril 1989)
&lt;br&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;dans le bruissement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation &lt;br&gt;et dans les explosions du cosmos qui empliront peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du samedi 15 avril 2026&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est donc vrai, cette ann&#233;e encore, un quinze avril succ&#232;de presque une semaine apr&#232;s au neuf avril : il faut encore que le miracle se confonde avec sa mal&#233;diction. Puis, il fait beau. Il y a un peu de vent, &#224; peine de quoi faire trembler les arbres. Les nouvelles du monde viennent avec toujours de plus de laideur, et de honte, il faudrait y faire face avec d'autant plus de dignit&#233;, mais comment ? Il y a la solitude, et il y a les livres, il y a les amis qui de loin en loin, font signe, il n'y a parfois pas besoins de mot, il y a &lt;i&gt;Nickel Stuff&lt;/i&gt;. Il y a la pierre dans le cimeti&#232;re l&#224;-bas, la page corn&#233;e autrefois d&#233;pos&#233;e et qui a d&#251; &#234;tre emport&#233;e par le vent d&#232;s que j'ai eu le dos tourn&#233;. Et toute la pluie sur tous les lacs, le Tage et l'oc&#233;an, les endroits de la terre qui n'ont pas port&#233; l'ombre, re&#231;u la sueur et les cendres de la cigarette, les mots qui restent pour dire tout cela, on ne sait pas o&#249; ils sont, ni les forces qu'il faudra, les d&#233;sirs s'il en est un encore ; moi, je relis &lt;i&gt;Nickel Stuff&lt;/i&gt; en &#233;coutant le jazz imaginaire que le vent fait avec les souvenirs qu'on a n'a pas eus : et ce jazz ressemble &#224; une sorte de requiem improvis&#233; par Winston Rodney, au comptoir d'un Peter Rabbit de tous les diables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; E.E. (&lt;i&gt;regarde Tony avec curiosit&#233;&lt;/i&gt;.) &#8212; Qu'est-ce qu'il y a ?
&lt;br /&gt;&#8212; TONY. &#8211; Tu as raison. Il y a les morts, il y a les vivants, et il y a nous.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du samedi 15 avril 2023&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes trente quatre ans apr&#232;s le 15 avril 1989. Hier, 14 avril, mourait Jean Genet. Chaque jour le calendrier scande l'&#233;l&#233;gie inconsolable et rappelle la dette qui ne sera jamais pay&#233;e &#224; l'&#233;gard de ce nous sommes, de ce &#224; quoi nous sommes li&#233;s malgr&#233; nous &#8212; non, pas la mort, mais ce qui la suit, qui est notre vie. Nous sommes toujours &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, autant que nous sommes &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;devant&lt;/i&gt; : nous ne sommes au pr&#233;sent que lorsque, relisant telles ou telles phrases, le monde s'ouvre brutalement, le vent passe, on croit entendre une voix, une ombre l&#224;-bas se dessine, s'efface, on ferme le livre ; la mort est une croyance de plus qu'il faut traverser pour en faire ce qui rend la vie plus terrible encore qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; P.-S. Je viens d'assister &#224; la f&#234;te des morts. Une grande f&#234;te dans le village. Le cimeti&#232;re &#233;tait transform&#233; en kermesse ; un orchestre y &#233;tait install&#233; et tout le monde a dans&#233; toute la journ&#233;e. Les gars, arm&#233;s de b&#234;ches, creusent les vieilles tombes pour en sortir les ossements, pour qu'ils participent &#224; la f&#234;te. Tant d'irrespect et tant de tendresse, surtout, font plaisir &#224; voir. Je crois que si tu avais v&#233;cu avec un tel rapport envers les morts, tu n'aurais plus de crainte. J'ai pens&#233;, pour ma part, que j'aimerais &#234;tre enterr&#233; dans un lieu comme cela, loin de la froideur, des larmes et du sinistre des cimeti&#232;res occidentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Pedro de la Laguna, Guatemala, lettre &#224; sa m&#232;re, 1er novembre 1978&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du vendredi 15 avril 2022&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas repass&#233; devant la pierre depuis plusieurs ann&#233;es, je ne sais si l'inscription s'efface, se confond avec les dates et davantage devient de la pierre, je sais cependant combien la ville contre quoi est pos&#233;e la pierre change, se confond avec autre chose que de la pierre qui est l'envers de la pierre et des arbres, ce qui leur fait violence, ou d&#233;faut, je sais que le temps se couvre, que l'air mauvais donne aux ombres le midi l'allure qu'ils ont le soir sans rien de d&#233;sirable ou de troublant, et ces pens&#233;es &#8212; celle des inscriptions enfonc&#233;es dans la pierre et celle de l'air du temps, &#226;cre et pesant &#8212; se m&#234;lent &#233;trangement quand il faut trouver les forces, qu'il faut se dire que demain arrivera bien, qu'hier a eu lieu pour cela : et qu'on doute que quelque chose puisse advenir de tout cela sans nous &#233;craser, et sans rendre vain brutalement ce qui a autrefois eu lieu de f&#233;rocement indocile, d'intraitablement doux, puisant dans la beaut&#233; m&#234;me les raisons d'en finir avec ce monde pour mieux recommencer d'autres mani&#232;res de vivre : on doute, oui, mais on se souvient, on se redit pour soi les phrases, on invente les ombres sur le sol et comme elle dansait avec les fureurs qui mena&#231;aient d&#233;j&#224;, les domptaient. On se dit que le pass&#233; saura bien venger notre pr&#233;sent et on regarde la pierre devenir de la pierre : en passant le doigt sur elle, on recompose les dates et le nom afin qu'ils s'enfoncent en retour aux terminaisons de notre corps et on retourne dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 15 avril 2021&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le jour avait fini par se lever, ce matin, sur les pens&#233;es que le jour &#233;tait tomb&#233;, autrefois, un autre quinze avril. On ne fait rien avec ces pens&#233;es. On les abandonne avec la nuit, les r&#234;ves bizarres et tenaces ; on se l&#232;ve, on ouvre quelques livres qu'on parcourt au hasard (non), et les mots l&#232;vent des pr&#233;sences confuses et sereines, qui tiennent &#224; distance la consolation et la solitude. Il y a ce qui perce derri&#232;re l'absence, le deuil de l'homme qu'on n'a pas connu, la force que donnent des livres pour vivre ; et si le ciel est voil&#233;, il y a du vent que le vent emporte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; &#171; Des fleuves de goudron et de sueur m&#234;l&#233;s jaillissaient de la racine des cheveux ; ils s'engouffraient dans les lits du visage, remplissaient le creux des aisselles, inondaient le corps jusqu'aux pieds, et doublaient la peau d'une odeur qui ronge.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ombre et le trou profond de la fosse le soustrayaient au monde &#224; l'heure de la faim. (Avoir connu le d&#233;sir de la rue pour son oisivet&#233;, et les assouvissements dans l'air libre, s'arracher &#224; cela, plonger dans l'ombre et le trou profond de la fosse, &#224; l'heure de la faim qui fuit !)&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque part tra&#238;nait encore l'empreinte d'un ver gigantesque, comme une montagne couch&#233;e, d&#233;sarticul&#233;e, passant au-dessus de lui au rythme lent de la mort. Cela s'&#233;tait oubli&#233;, &#224; la vitesse du soleil qui se l&#232;ve sur un jour inoccup&#233;. Il n'en restait qu'une tache &#8211; goudron et sueur m&#234;l&#233;s, et l'&#226;cre odeur qui ronge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Fuite &#224; cheval tr&#232;s loin dans la ville&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/Small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2020&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je n'irai pas sur la tombe de Bernard-Marie Kolt&#232;s aujourd'hui. Sous la terre, rien ne changera &#224; la solitude ; d'ailleurs, rien ne peut changer la solitude, sous la terre. Seulement, alors que les rues sont vides, cette pens&#233;e vient ce jour, comme chaque 15 avril qu'elles le sont davantage depuis 31 ans. Alors je relis certaines lettres, comme celles &#233;crites de New York (ravag&#233; ces jours, par la maladie &#8212; New York vide comme un cimeti&#232;re), en juin 1981. Tout pr&#232;s de l'Hudson River, il aimait aller dans ce bar, le Peter Rabbit : &#224; Dieu, c'est ce lieu que Kolt&#232;s aurait d&#233;crit pour y passer l'&#233;ternit&#233;. Le bar existe-t-il encore ? Est-ce qu'on y passe le m&#234;me reggae jusqu'&#224; la fin des temps ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#192; Madeleine&lt;br class='autobr' /&gt;
carte postale de New York, juin 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite ch&#233;rie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon nouveau tee-shirt noir et le rose sont en train de s&#233;cher, j'esp&#232;re que j'arriverai &#224; les repasser. Quand ils seront secs, j'irai m'allonger au soleil &#224; Central Park, sans id&#233;es noires et plein d'id&#233;es noires. Puis je descendrai Broadway pour aller &#224; mon bar pr&#233;f&#233;r&#233;, Peter Rabbit, un lieu que j'aime plus que mon lit, que le ventre de ma m&#232;re, o&#249; il me pousse des racines sous les pieds, un lieu que le bon dieu me dirait &#224; ma mort : connard, dessine exactement comment tu veux que &#231;a soit pour pas te faire chier l'&#233;ternit&#233;, je dessinerais exactement Peter Rabbit, encore que &#231;a ait plut&#244;t les couleurs de l'enfer. Il y a toujours une magnifique femme qui fait des vocalises blues sur la musique, je la regarde la bouche ouverte et apr&#232;s elle me fait un clin d'&#339;il qui me fait tomber de la chaise. C'est sur les quais de l'Hudson, et apr&#232;s, ivre de Coca, de whisky, de sourires, d'images de romans de Jack London, je vais au bord de l'eau, les docks &#224; droite les docks &#224; gauche, personne n'assassine personne, les &#171; les bars de voyous sont d'une douceur &#224; faire trembler, je tremble. Je te promets que la prochaine sera une vraie lettre o&#249; je te raconterai. Je suis en train de cr&#233;er &#224; l'int&#233;rieur de moi des besoins et des accoutumances qu'il me sera &#171; difficile de satisfaire ailleurs. Peut-&#234;tre suis-je n&#233; pour habiter une chambre au-dessus de Peter Rabbit, dans l'extr&#234;me West Side de Manhattan, New York, USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'aime, &#224; bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#224; ses proches, Kolt&#232;s s'inventait des noms, signait ainsi parfois Manu, ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2019&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On est trente ans apr&#232;s. Presque une vie d'homme : une vie d'homme et de femme, presque, avec ses amours et ses peines, ses amours d&#233;finitives et perdues, ses &#233;checs et ses r&#233;ussites qui font hausser les &#233;paules sur ce que veut dire r&#233;ussir, et &#233;chouer : toute une vie d&#233;j&#224;, avec les cicatrices sur la jambe et sur la peau d&#233;j&#224; les marques au bord des yeux, les le&#231;ons apprises et perdues, le corps sur son corps qui porte d&#233;j&#224; la beaut&#233; de ce qui a eu lieu au nom de ce qui va avoir lieu. On est trente ans apr&#232;s la mort, et de ce c&#244;t&#233; de l'histoire o&#249; on pourrait se dire appartenir au m&#234;me monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Metz il y a quelques jours, je marchais au hasard. Dans cette &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt; ville de Metz qui est un &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt;, il faisait presque beau. La vie pouvait &#234;tre possible, ici, &#224; travers les vitraux de Chagall et la couleur de la pierre, les reflets de la Moselle et de la Seille. Je marchais, c'&#233;tait le hasard. On m'avait pourtant racont&#233;, la veille, cette histoire : que certains d&#233;fenseur de la M&#233;moire de l'Auteur avait demand&#233; &#224; la ville qu'on nomme une rue &#224; son nom, si ce n'est un boulevard, une avenue. Un adjoint influent avait eu cette r&#233;ponse : &#171; on fera mieux que cela ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers le nord, justement en franchissant la Moselle, et je ne sais pas si on est sur une &#238;le, ou sur un bras mort. D&#233;sormais, quand on marche dans Metz, dans ce fragment vert que la Moselle encercle, on tombe ainsi par hasard sur ce jardin. Un arbre y est plant&#233; au milieu, et c'est peut-&#234;tre l'arbre de la Nuit Triste de Mann, ou le rejeton de cette plante b&#226;tarde et inconnue que regarde infiniment pousser la Cocotte dans la terre f&#233;cond&#233;e par la pluie charg&#233;e des cendres de N&#233;cata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le jardin &#171; Bernard-Marie Kolt&#232;s &#187;, trente ans apr&#232;s sa mort, sur lequel on peut s'allonger &#224; la recherche de l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6952.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6952.jpg?1555331260' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2018&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On est donc vingt-neuf ans apr&#232;s le 15 avril o&#249; quarante-et-un ans devinrent pour toujours l'&#226;ge d'une vie, et soixante-dix ans apr&#232;s le premier cri : toutes ces dates donnent le vertige, et ne disent finalement rien de ce dont pourrait t&#233;moigner une vie &#8211; la vie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; On entend des sir&#232;nes de bateaux sur le fleuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tony s'approche lentement de la porti&#232;re ouverte ; s'appuie &#224; celle-ci, regarde E.E. avec un petit sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
E.E. a des larmes dans les yeux ; il est couvert de sueur.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
E.E. &#8211; Ils sont tous morts. Bruce Lee est mort ; Bob Marley est mort. Qu'est-ce qu'on fout l&#224; ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, Nickel Stuff&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2016&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;(27 ans plus tard, c'est presque une vie)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Note du 15 avril 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;C'est pourquoi ne voulant parler d'Ali, je ne parlerai donc plus de rien, laissant la parole aux chroniqueurs des apparences et de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, sachant de toute &#233;vidence que ce Mann, et toute cette population de Babylone, et moi-m&#234;me, et vous bien s&#251;r, serons autant de fois oubli&#233;s que l'on nous a connus, davantage peut-&#234;tre m&#234;me, oubli&#233;s au point que notre souvenir &#224; nous ne sera plus nulle part, ni m&#234;me sur un bout de pav&#233; battu par la pluie, ni m&#234;me sur un bout de papier port&#233; par le vent ; tandis que celui d'Ali existe dans le battement du bongo et dans celui du c&#339;ur de l'homme, dans le claquement des feuilles contre les branches, dans le bruissement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation et dans les explosions du cosmos qui empliront peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233; . &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Prologue, &lt;i&gt;fin du roman inachev&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; ses proches, Kolt&#232;s s'inventait des noms, signait ainsi parfois Manu, ou seulement M.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;Nickel Stuff&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bernard-Marie Kolt&#232;s | 9 avril 1948</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-signes-epars/article/bernard-marie-koltes-9-avril-1948</link>
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		<dc:date>2026-04-09T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_na&#238;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Abad</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les cris d'un enfant qui ne sait pas son nom&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_abad" rel="tag"&gt;_Abad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1532.jpg?1554838598' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 09 avril 2026&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s aurait eu 78 ans aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En chroniqueur consciencieux, je t&#226;che de raconter les choses telles qu'elles se sont pass&#233;es, ce qui n'est pas chose ais&#233;e, car les &#233;v&#233;nements prennent, apr&#232;s quelque vingt-cinq ann&#233;es, une telle couleur mythologique qu'il est bien difficile de donner &#224; la naissance de Mann des allures d'incident ordinaire, comme je suis s&#251;r qu'il s'en passe mille et davantage chaque ann&#233;e sur Babylone et ses alentours. Tout l'embrouillamini dont le scientifique t&#226;che de tirer la v&#233;rit&#233; lorsqu'il se penche sur la vie d'un homme provient de cet absurde go&#251;t populaire pour les miracles, les signes du ciel, les marques du destin que tout homme porterait dans sa chair, de par le lieu, la date, les circonstances de sa naissance. Aucun b&#233;b&#233;, le plus ordinaire f&#251;t-il, n'&#233;chappe &#224; cette r&#232;gle obscurantiste. T&#226;chez de d&#233;couvrir, parmi cet univers pourtant surpeupl&#233;, un seul &#234;tre ordinaire ! Imaginez les circonstances d'une mise au monde des plus quelconques : une m&#232;re ni laide ni jolie, une ville de province &#224; l'heure du th&#233;, une accoucheuse press&#233;e qui en est &#224; son cinq milli&#232;me forceps, un marmot qui sort bleu-rouge et qui crie tout de suite, un p&#232;re cr&#226;neur qui attend dans l'antichambre, tandis que, dans la ville, les banques ferment leurs portes, les dactylos b&#226;illent et un clochard s'installe au soleil sur un banc de la place, &#8211; il se trouvera toujours une grand-m&#232;re ou un parrain g&#226;teux pour se souvenir, des ann&#233;es plus tard, d'une pluie de lucioles aper&#231;ue par la fen&#234;tre, d'un tremblement de terre qui &#233;branla les villas du quartier, de n'importe quelle fadaise que chacun s'empressera de croire, et qui fasse de ce marmot quelconque un &#234;tre pr&#233;destin&#233; dont l'apparition au monde fut particuli&#232;rement signal&#233;e par les forces de la nature. &#192; croire qu'aucun lieu du monde, aucun instant de l'&#233;ternit&#233; n'est d&#233;risoire et indigne d'&#234;tre montr&#233; &#224; l'attention de l'univers, et qu'il vaut la peine de se pencher sur les millions de destin&#233;es qui commencent leur trajectoire chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 09 avril 2024&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s aurait eu 76 ans aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; LE PO&#200;TE, &lt;i&gt;comme oubli&#233; dans un pays d&#233;sert&#233;.&lt;/i&gt; &#8211; Je pourrais &#233;crire encore, mais je ne le veux plus. Un aigle aux ailes multiples, aux griffes de lion, a fondu sur moi ; il m'a enlev&#233; ma beaut&#233;, ma richesse, mes enfants. C'est comme le c&#339;ur du feu qui a quitt&#233; mon &#226;me ; le centre de mon &#226;me qui s'est d&#233;plac&#233;, et qui est ailleurs ; je ne sais plus le trouver. On a emmen&#233; nos fr&#232;res, l&#224; o&#249; n'ont jamais v&#233;cu ni nos p&#232;res, ni nos grands-p&#232;res, ni nos a&#239;eux. Tous ont jet&#233; soudainement un regard de convoitise sur les villes, dont ils ont ador&#233; les chefs ; et le c&#339;ur du feu s'est d&#233;finitivement &#244;t&#233; de moi, pour se trouver ailleurs, et je ne sais o&#249;. Notre terre est d&#233;serte, notre ville ruin&#233;e, nos march&#233;s d&#233;truits. Un aigle aux ailes multiples, aux griffes de lion, a fondu sur moi ; il m'a enlev&#233; ma beaut&#233;, ma richesse, mes enfants. Je voudrais &#233;crire encore, et je ne le peux plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;cits morts - Un r&#234;ve &#233;gar&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 09 avril 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s aurait eu 72 ans aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'obscurit&#233; de la cabine, la bouche souriante, aux l&#232;vres noircies, vide de dents, crachotait depuis longtemps dans l'appareil t&#233;l&#233;phonique, et Tragard avait pris des notes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis il y eut un silence. Calmement, Tragard finit par dire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Alors ainsi, comme si l'on &#233;tait tout &#224; coup &#233;trangers, on effacerait tout : rien avant, rien apr&#232;s, plus jamais rien, on ne se conna&#238;t pas. Dis-moi : est-ce que je n'ai pourtant pas tout fait ? Est-ce que je n'ai pas encore prouv&#233; ? (Silence). D'ailleurs, o&#249; voudrais-tu aller ? (Silence). Tu n'as plus confiance en moi ? C'est cela ? Ou c'est de la col&#232;re, de la m&#233;chancet&#233; ? Dis-moi. &#187; Il y eut encore du silence, et la bouche vide cracha &#224; nouveau, tr&#232;s vite :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si je ne parle pas, on ne me parle plus. Si je ne vais pas vers quelqu'un, on ne vient plus vers moi. Si je m'enferme quelque part, personne ne me cherche plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je me tais pour toujours, plus jamais je n'entendrai quelqu'un me parler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Silence).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et si je voulais gu&#233;rir ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tragard se mit &#224; rire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu me prends pour une maladie ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis il raccrocha. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Fuite &#224; cheval tr&#232;s loin dans la ville.&lt;/i&gt;, Minuit, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 09 avril 2019&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s aurait eu 71 ans aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mann sortit dans le monde comme la plupart, la t&#234;te la premi&#232;re, ouvrit les yeux plus vite que la plupart ; et ce qu'il vit &#8212; ou plut&#244;t qu'il entrevit dans l'obscurit&#233; de la salle noire du hammam &#8212; , il l'appela &lt;i&gt;papa&lt;/i&gt;, comme chacun ; plus exactement, il appela les mains qui le tiraient de l&#224; : &lt;i&gt;papa&lt;/i&gt;, et la bouche qui commen&#231;a sur-le-champ, avant m&#234;me qu'il soit compl&#232;tement sorti, &#224; lui expliquer la vie, les hommes, l'histoire, dieu et l'enfer, et le sens dans lequel il convient d'avancer : &lt;i&gt;papa&lt;/i&gt; ; ou du moins e&#251;t-t-il le d&#233;sir de le faire, et son d&#233;sir r&#233;sonna dans la salle comme ces affreux premiers cris des b&#233;b&#233;s. C'est pendant ces quatre minutes silencieuses, totalement, que dura la chute (par d'autres aspects si myst&#233;rieuse) de Mann dans le monde, dans un coin de la troisi&#232;me salle du hammam de la rue de Tombouctou, &#224; la tomb&#233;e du jour entre le temps r&#233;serv&#233; aux femmes (quatorze heures - dix-huit heures) et le temps r&#233;serv&#233; aux clients de la nuit (vingt heures - cinq heures du matin) que Mann se greffa par les mains et la bouche et les cheveux d'Ali pench&#233; sur lui, &#224; Ali, corps, &#226;me, pass&#233;, rancunes, sang et couleur et les mal&#233;dictions, comme un liseron &#224; l'arbre, et ne s'en d&#233;tacha plus. [&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; il sortit, c'est ce que l'on cherchera &#224; comprendre plus tard ; mais du moins sait-on d&#233;j&#224; qu'il sortit avec un cordon qui n'avait jamais servi, puisqu'il &#233;tait rabougri et dess&#233;ch&#233;, et avec cette allure des appendices de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration retransmis plus petits, mais depuis longtemps inutiles. C'est pourquoi son nombril, contrairement &#224; ceux que l'on avait l'habitude de voir &#224; cette &#233;poque &#8212; ce petit trou devant lequel les marraines s'extasient tant &#8212; &#233;tait chez lui plat et plein et ne fit jamais s'extasier personne. Mais il y a que, pendant ces quatre minutes, &#224; l'enfant tomb&#233; dans ses mains, Ali transmit, par inadvertance sans doute, comme ces maladies contagieuses qu'on se passe par un baiser, un germe qui, dans l'atmosph&#232;re surchauff&#233;e et humide, se d&#233;veloppa sur-le-champ et, reliant Mann aux racines vieilles et profondes d'Ali, il le relia &#224; une jungle d&#233;sordonn&#233;e et compacte dont les filaments p&#233;n&#232;trent au c&#339;ur t&#233;n&#233;breux du monde et du temps, comme les souches entrem&#234;l&#233;es du Campos br&#233;silien traversent la terre et se nourrissent aux plages sans nom de la mer de Soulou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 09 avril 2015&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s aurait eu 67 ans aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;( [&#8230;] j'essaie de le dire ; des enfants naissent sans couleur n&#233;s pour l'ombre et les cachettes avec les cheveux blancs et la peau blanche et les yeux sans couleur, condamn&#233;s &#224; courir de l'ombre d'un arbre &#224; l'ombre d'un autre arbre et &#224; midi lorsque le soleil n'&#233;pargne aucune partie de la terre &#224; s'enfouir dans le sable ; &#224; eux leur destin&#233;e bat le tambour comme la l&#232;pre fait sonner les clochettes et le monde s'en accommode ; &#224; d'autres, une b&#234;te, log&#233;e en leur c&#339;ur, reste secr&#232;te et ne parle que lorsque r&#232;gne le silence autour d'eux ; c'est la b&#234;te paresseuse qui s'&#233;tire lorsque tout le monde dort, et se met &#224; mordiller l'oreille de l'homme pour qu'il se souvienne d'elle ; mais plus je le dis plus je le cache, c'est pourquoi je n'essaierai plus, ne me demande plus qui je suis. &#187; dit Abad.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s contre Salinger : fictions am&#233;ricaines et r&#233;invention th&#233;&#226;trale</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/article/koltes-contre-salinger-fictions-americaines-et-reinvention-theatrale</link>
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		<dc:date>2026-02-05T08:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Communication lors de la journ&#233;e d'&#233;tudes &#224; Toulouse consacr&#233;e aux adaptations th&#233;&#226;trales de fictions US&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_09.17_50.png?1772007475' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la journ&#233;e d'&#233;tudes &#171; Fictions &#233;tasuniennes sur la sc&#232;ne fran&#231;aise (1960-2025). Enjeux esth&#233;tiques, culturels, &#233;conomiques et politiques &#187;, organis&#233;e le 5 f&#233;vrier 2026 &#224; l'Universit&#233; Toulouse &#8211; Jean Jaur&#232;s (Maison de la Recherche) dans le cadre du programme ANR ACTiF (axe &#171; Cross-Referencing Cultural Differences &#187;), sous la coordination d'Emeline Jouve et d'Aur&#233;lie Guillain, je d&#233;pose ici le texte de mon intervention.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16727 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/5.01_26_je_fictions_e_tasuniennes.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-02-25_a_09.20_56.png?1772007691' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Programme de la journ&#233;e d'&#233;tudes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;sum&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En 1977, &#224; la demande du metteur en sc&#232;ne Bruno Bo&#235;glin, Bernard-Marie Kolt&#232;s accepte une commande : &#233;crire une pi&#232;ce &#224; partir de l'&#339;uvre de J.D. Salinger. Ce projet collectif, inspir&#233; par les pratiques post-soixante-huitardes du th&#233;&#226;tre d'improvisation, devait aboutir &#224; une adaptation sc&#233;nique de L'Attrape-c&#339;urs et des nouvelles de la famille Glass. Il en r&#233;sulte Sallinger, texte longtemps m&#233;connu, et profond&#233;ment h&#233;t&#233;rodoxe. Cette communication propose de lire Sallinger comme un cas-limite d'adaptation invers&#233;e : ni transposition, ni commentaire, mais une r&#233;&#233;criture qui fait exploser le cadre de la commande pour produire une &#339;uvre originale, trou&#233;e, hant&#233;e, dont le texte am&#233;ricain n'est plus que l'ombre d'un souvenir. Loin de reprendre la fable romanesque, Kolt&#232;s compose une fiction fran&#231;aise nourrie par une critique politique de l'Am&#233;rique, une obsession pour les voix et les absents, et une exploration singuli&#232;re du th&#233;&#226;tre comme espace de d&#233;possession. &#192; partir des archives de la gen&#232;se de la pi&#232;ce, des lettres de Kolt&#232;s, et de l'analyse du texte lui-m&#234;me, je montrerai comment Sallinger d&#233;tourne la fiction am&#233;ricaine pour interroger &#8212; et d&#233;fier &#8212; les attendus esth&#233;tiques et id&#233;ologiques du th&#233;&#226;tre d'adaptation. Le rapport &#224; &#171; l'am&#233;ricanit&#233; &#187; y est brouill&#233; : elle n'est ni c&#233;l&#233;br&#233;e ni effac&#233;e, mais filtr&#233;e &#224; travers le prisme d'un regard inquiet sur la guerre, la jeunesse, le vide des familles, dans une structure qui &#233;voque davantage Rimbaud et les obsessions propres de l'auteur que Salinger. La pi&#232;ce t&#233;moigne aussi d'un processus d'&#233;criture en tension avec la cr&#233;ation collective, o&#249; l'auteur observe des com&#233;diens sans appartenir &#224; la troupe, et transforme l'outil de l'adaptation en un geste d'&#233;mancipation. En cela, Sallinger para&#238;t mettre en jeu un circuit symbolique et mat&#233;riel de r&#233;ception d'un auteur am&#233;ricain majeur, tout en illustrant une forme de r&#233;sistance par la langue et le th&#233;&#226;tre &#224; toute tentative d'identification.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vois un petit gar&#231;on, sur le rebord du trottoir, les cheveux boucl&#233;s. Il marche en &#233;quilibre, tout &#224; fait &#224; l'extr&#234;me bord. Ses l&#232;vres bougent. Il chante. Je peux lire ce qu'il chante, sur ses l&#232;vres (d&#233;chiffrant :) &#171; If a body catch a body coming through the rye &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ici Anna qui parle, &#224; la fin du deuxi&#232;me tableau de Sallinger, de Bernard-Marie Kolt&#232;s &#8212; au bord de ce tableau &#8212; au bord, de m&#234;me qu'elle est, &#233;crit Kolt&#232;s dans la pr&#233;sentation de ses personnages, toujours &#171; au bord de la crise de nerf &#187;. Ici, elle se tient au bord de la fen&#234;tre, soulevant les rideaux dit l'indication sc&#233;nique, et observe ce qui se passe dehors : et dehors passe donc ce petit gar&#231;on, marchant sur le rebord du trottoir, sur le bord de tomber donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est que Anna se tient aussi au bord de ce th&#233;&#226;tre des regards : ce qu'elle observe est aussi le dehors de la fiction th&#233;&#226;trale dans laquelle elle est prise, enferm&#233;e m&#234;me tout au long de cette pi&#232;ce, tout comme elle est enferm&#233;e dans le chagrin depuis la mort de son fr&#232;re, dit le Rouquin, dont elle ne cesse de porter le deuil, la douleur et la col&#232;re. Dans ce bord des larmes et de la vie aussi), voici qu'elle lit (non, qu'elle d&#233;chiffre) sur les l&#232;vres de ce gar&#231;on ce chant fredonn&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; If a body catch a body coming through the rye &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;me parvient comme une image muette arrach&#233;e aux l&#232;vres de ce gar&#231;on, image s&#233;par&#233;e de sa voix. Voil&#224; un enfant, qu'on ne verra pas et qui demeurera hors-champ (hors champs de seigle peut-&#234;tre), et qui marche dans l'&#233;quilibre instable de son jeu qu'il croit solitaire. Mais que chante-t-il ? Un vers en anglais qui fait signe vers une &#233;tranget&#233; qui r&#233;sonne comme un secret, ou une cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vers viens de loin : d'une ancien po&#232;me du po&#232;te &#233;cossais de la fin du XVIIIe s., Robert Burns &#8212; moins po&#232;me que chanson en fait, et m&#234;me davantage comptine l&#233;g&#232;rement scabreuse, qui dit : &lt;i&gt;If a body meet a body, coming through the rye&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson, sorte d'&lt;i&gt;&#192; la Claire Fontaine&lt;/i&gt; qu'on fredonnera plusieurs si&#232;cles ensuite dit la rencontre furtive dans les champs de seigle &#8212; rencontre aux implicites aussi claire que l'eau de la fontaine, grivoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avons nous bien entendu : &#171; &lt;i&gt;Meet&lt;/i&gt; a body &#187;, mais Anna entend &#8212; d&#233;chiffre : &#171; &lt;i&gt;catch&lt;/i&gt; a body &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'entre le po&#232;te &#233;cossais et la jeune Anna de Bernard-Marie Kolt&#232;s se dessine la silhouette d'un jeune gar&#231;on, marchant sur le bord de cette fiction th&#233;&#226;trale et po&#233;tique. Il se nomme Holden Caulfield, et c'est le narrateur du roman de J&#233;r&#244;me David Salinger, &lt;i&gt;L'Attrape-C&#339;ur &lt;/i&gt; &#8212; non, pas &lt;i&gt;L'Attrape-Coeur,&lt;/i&gt; mais en anglais dans le texte : &lt;i&gt;The Catcher In the Rye.&lt;/i&gt; Au c&#339;ur du r&#233;cit confession qu'est ce roman monologue, Holden raconte un souvenir, comme en passant, un gosse marchant sur le bord du trottoir, et qui fredonne.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et je l'ai attrap&#233; [dit Holden], et j'ai entendu ce qu'il chantait. C'&#233;tait ce truc : &#171; Si un c&#339;ur attrape un c&#339;ur qui vient &#224; travers les seigles &#187;. Il avait une jolie petite voix. Il chantait comme &#231;a, pour lui tout seul. Les voitures passaient en vrombissant, les freins grin&#231;aient tous azimuts, ses parents faisaient pas attention et il continuait &#224; longer le trottoir , en chantant &#171; Si un c&#339;ur attrape un c&#339;ur qui vient &#224; travers les seigles &#187;. Alors je me suis senti mieux. Je me suis senti beaucoup moins d&#233;prim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Holden se trompe. Il se corrigera plus tard, bien s&#251;r, ce n'est pas &#171; attrape un c&#339;ur &#187;, mais rencontre. Seulement, son lapsus &#8212; si on peut parler de lapsus pour dire ce qu'on croit entendre &#8212; se r&#233;v&#232;le la cl&#233; (ou le secret) de ce roman :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me repr&#233;sente tous ces petits m&#244;mes qui jouent &#224; je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits m&#244;mes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes &#8211; rien que moi. Et moi je suis plant&#233; au bord d'une salet&#233; de falaise. Ce que j'ai &#224; faire c'est attraper les m&#244;mes s'ils approchent trop pr&#232;s du bord. Je veux dire s'il courent sans regarder o&#249; ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C'est ce que je ferais toute la journ&#233;e. Je serais juste l'attrape-c&#339;urs et tout. D'accord, c'est dingue, mais c'est vraiment ce que je voudrais &#234;tre. Seulement &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'un glissement l'autre : dans la chanson populaire, le seigle est ce lieu de passage, d'initiation amoureuse, de rencontres canailles &#8212; chez Holden / Salinger, un glissement, une erreur, produit toute une vision du monde : telle est la t&#226;che qu'endosse Holden : attraper les enfants avec la chute de la falaise, la chute &#233;videmment dans le monde adulte, celui de l'hypocrisie, et de la perte de l'innocence. Mais chez Anna / Kolt&#232;s, un autre glissement tout &#224; la fois prolonge le premier et le brise : la phrase n'est plus entendue, mais lue, ou plut&#244;t d&#233;chiffrer sur les l&#232;vres, et voici que l'image devient signe, quasi-m&#233;talitt&#233;raire d'un geste de composition erratique, et la voix de Sallinger de devenir d&#233;j&#224; plus lointaine, quasi litt&#233;ralement effac&#233;e. La falaise a disparu pour laisser la place au trottoir, ce bord de trottoir o&#249; &#233;tait n&#233;e l'image attrap&#233;e par Holden, mais le jeune enfant qui la fredonne (l'auteur de la fausse chanson : comment ne pas voir ici l'ombre (ou le fant&#244;me) d'Holden / Salinger lui-m&#234;me&#8230;) a disparu. Personne ne tient, ne tiendra le r&#244;le du catcher : car il n'y aura ici rien &#224; sauver de l'innocence. De fait, le jeune gosse au centre de la pi&#232;ce, double du fr&#232;re de Holden (et de Holden lui-m&#234;me, on le verra), appel&#233; le Rouquin est d&#233;j&#224; mort avant m&#234;me que ne commence la pi&#232;ce, qui s'ouvre sur une travers&#233;e d'un cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel pourrait se lire ici le geste kolt&#233;sien de cette adaptation : se saisir de l'image fondatrice d'un roman (et de tout un monde avec elle) et la convoquer dans un monde o&#249; elle n'est plus op&#233;rante &#8212; et l'&#233;vincer. L'enfant de l'autre c&#244;t&#233; de la fen&#234;tre, sur le bord de ce th&#233;&#226;tre, a d&#233;j&#224; bascul&#233; ; le deuxi&#232;me tableau s'ach&#232;ve, il ne reviendra plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une adaptation, vraiment, ce &lt;i&gt;Sallinger&lt;/i&gt; d'apr&#232;s Salinger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une &#171; adaptation &#187; de la longue histoire de famille que raconte Salinger, c'est un projet absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase ouvre l'avant-propos de Sallinger, la pi&#232;ce que Bernard-Marie Kolt&#232;s remet au metteur en sc&#232;ne Bruno Bo&#235;glin et &#224; son Novo Th&#233;&#226;tre de Lyon &#224; l'hiver 1978. Avant-propos qui marque un seuil, et m&#234;me plut&#244;t un avertissement, presque une provocation. Kolt&#232;s annonce qu'il ne va pas adapter. Au grand dam de B&#246;eglin qui lui avait pourtant commande. C'est en partie l'&#233;nigme de cette &#339;uvre sur laquelle je me propose, suivant l'invitation de cette journ&#233;e, de suivre et d'interroger. Et c'est ce paradoxe qui en fait un cas-limite, un objet critique &#224; part enti&#232;re : une adaptation invers&#233;e, ou mieux, une d&#233;sadaptation &#8212; un geste qui r&#233;siste &#224; la transposition et fait de la commande la condition paradoxale d'une &#233;mancipation &#8212; &#233;mancipation de tous ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cette &#233;nigme, je voudrais raconter l'histoire de cette &#233;criture, et comment cette histoire informe aussi des enjeux de cette adaptation. Raconter comment un auteur peut nous proposer comme une th&#233;orie portative de la d&#233;sadaptation &#8212; ou une contre-th&#233;orie de l'adaptation : non sous forme d'une doctrine, mais comme un travail en acte d'une pens&#233;e &#233;prouv&#233;e au contact de l'&#233;criture et de la sc&#232;ne, tenues sur ces bords. Raconter comment cette pseudo-adaptation peut nous appara&#238;tre le lieu d'un conflit f&#233;cond entre plusieurs conceptions du th&#233;&#226;tre, de l'&#233;criture, de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire donc. Au printemps 1977, Bruno Bo&#235;glin, &#233;toile montante du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais, audacieux et radical, voudrait monter un spectacle inspir&#233; de l'&#339;uvre de J.D. Salinger, auteur que sa compagnie v&#233;n&#232;re, comme une partie de cette g&#233;n&#233;ration nourrie de la ferveur de la Beat G&#233;n&#233;ration et fascin&#233; par une certaine contre-culture venue de tous les horizons. Le projet s'inscrit dans l'esprit qui fait flor&#232;s apr&#232;s 68 : renouveler les formes th&#233;&#226;trales par le travail de troupe, l'improvisation, et les mat&#233;riaux non th&#233;&#226;traux. On adapte alors des romans, des t&#233;moignages, des r&#233;cits pour les faire na&#238;tre sur le plateau, dans le feu du jeu et de la discussion collective. L'adaptation devient un outil de cr&#233;ation, souvent collaborative, o&#249; le texte na&#238;t de l'interaction entre les corps, les voix, les improvisations. Dans ce cadre, adapter Salinger &#8212; l'auteur culte de &lt;i&gt;The Catcher in the Rye,&lt;/i&gt; figure tut&#233;laire d'une jeunesse am&#233;ricaine en crise &#8212; semble une mani&#232;re d'entrer en dialogue avec un imaginaire &#224; la fois fascinant et troublant, de convoquer sur la sc&#232;ne fran&#231;aise une Am&#233;rique d&#233;senchant&#233;e, et une voix adolescente en rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bo&#235;glin imagine un dispositif en deux &#233;tapes. D'abord, un chantier d'acteurs : les com&#233;diens improviseraient dans ce premier temps &#224; partir de fragments de &lt;i&gt;L'Attrape-c&#339;urs,&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Franny et Zooey&lt;/i&gt;, et d'autres textes autour de la famille Glass &#8212; tir&#233;s des &lt;i&gt;Nouvelles&lt;/i&gt;. L'id&#233;e est de faire dans un second de temps ce qu'on nomme aujourd'hui une &#233;criture de plateau &#224; partir de ces improvisations pour composer une pi&#232;ce : un auteur ext&#233;rieur serait associ&#233; pour observer le processus, avant d'en extraire une forme dramatique. Pour cette &#233;criture, Lise Dambrin, sugg&#232;re un nom : elle a connu &#224; Strasbourg un jeune auteur talentueux, qui dirigeait une compagnie, le Th&#233;&#226;tre du Quai &#224; Strasbourg, et dont les &#233;chos furent inversement proportionnelle &#224; la folle ambition de son auteur-metteur en sc&#232;ne. Kolt&#232;s accepte, d'abord enthousiaste : &#171; Voil&#224; une chose qui me passionnerait bien entendu &#8212; un vieux r&#234;ve : travailler &#224; la commande ! &#8212; mais quel risque ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux r&#234;ve, donc. Qui se heurtera vite &#224; sa r&#233;alit&#233; de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolt&#232;s observe et prend des notes, reste &#224; distance. Dans ses lettres, tr&#232;s vite, un malaise affleure. L'univers de Salinger lui &#233;chappe &#8212; ou plut&#244;t, il lui r&#233;siste. Il le dit &#233;tranger &#224; son imaginaire, &#224; ses pr&#233;occupations, &#224; sa langue. &#192; Bo&#235;glin il confie avoir &#171; d&#233;test&#233; Seymour : une introduction, autant qu'il avait aim&#233; &lt;i&gt;L'Attrape-c&#339;urs&lt;/i&gt; &#187;. Aveu d'une fid&#233;lit&#233; tr&#232;s partielle, d'une r&#233;serve profonde face &#224; la famille Glass et &#224; leur spiritualit&#233; moralisante, leur qu&#234;te d'harmonie qui ne trouve aucun &#233;cho chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui le g&#234;ne aussi, autant encore que le mat&#233;riau litt&#233;raire, c'est le cadre collectif lui-m&#234;me. Kolt&#232;s commence &#224; douter du th&#233;&#226;tre de troupe, de la r&#233;partition &#233;galitaire des r&#244;les, de la circulation horizontale de la parole. Il ne se sent pas chez lui dans cette fabrique commune o&#249; l'&#233;criture doit na&#238;tre d'un consensus mollement d&#233;mocratique, de l'ajustement mutuel permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1977, un premier spectacle est jou&#233; : Lecture am&#233;ricaine : impressions d'acteurs. Courte forme d'une heure, d&#233;cor rudimentaire &#8212; quelques drapeaux et des cendriers. Le nom de Kolt&#232;s figure au programme, et il en r&#233;dige le texte de pr&#233;sentation. Un texte bref, dense, qui dessine d&#233;j&#224; toute la suite. Il y formule une question d&#233;cisive :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel &#233;l&#233;ment spectaculaire peut produire un com&#233;dien travaillant jusqu'&#224; l'extr&#234;me sa subjectivit&#233; &#224; partir d'un mat&#233;riau qui est l'extr&#234;me contrainte : une &#339;uvre romanesque ? Qu'est-ce qu'une lecture et qu'en reste-t-il lorsqu'on s'est d&#233;tach&#233; du souvenir de l'&#339;uvre ? Quel est le souvenir final ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e. Ce que Kolt&#232;s annonce ici, &#224; demi-mot, c'est qu'il ne va pas r&#233;&#233;crire Salinger. Il va plut&#244;t partir des impressions des acteurs et d'impressions d'acteurs sur lui, au sens d'une impression photographique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#339;uvre de Salinger n'a rien de th&#233;&#226;tral : c'est un objet litt&#233;raire, bien construit pour &#234;tre lu, &#8211; mais il y a, en plus de cela et en faisant partie, le dr&#244;le d'air avec lequel il le montre, le ton qu'il prend pour dire tout cela &#8211; et c'est ce ton-l&#224; qui est th&#233;&#226;tral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le roman devient donc &#224; ce stade un mat&#233;riau second, dans tous les sens du terme : secondaire, filtre et pr&#233;texte. Ce qui compte, c'est ce qui en reste &#8212; ou ce qui s'en d&#233;tache &lt;/i&gt; dans une sorte d'op&#233;ration chimique o&#249; il s'agirait de recueillir le pr&#233;cipit&#233; chimique d'une exp&#233;rience, et d'une exp&#233;rience n&#233;cessairement th&#233;&#226;trale, c'est-&#224;-dire actorielle, performancielle, plut&#244;t que litt&#233;raire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet central me semble &#234;tre de charger le com&#233;dien d'&#233;tablir entre une sc&#232;ne et un public, le lien que Salinger a cr&#233;&#233; entre les histoires qu'il raconte et des lecteurs ; c'est presque un langage qu'il s'agit de d&#233;couvrir, et dont il faudrait investir les acteurs. Pour cela, l'acteur doit approcher et comprendre l'&#339;uvre de Salinger &#224; sa mani&#232;re, l'&#233;crivain et le metteur en sc&#232;ne comprendre &#224; leur tour l'acteur et ce qu'il a compris, jusqu'&#224; ce que s'&#233;tablisse une relation dialectique entre les com&#233;diens d'une part, le metteur en sc&#232;ne et l'&#233;crivain d'autre part, jusqu'&#224; mettre au jour un spectacle o&#249; tout aura &#233;t&#233; supprim&#233; des rapports contraignants entre un spectacle &#224; faire et un objet pr&#233;existant (texte th&#233;&#226;tral, anecdote &#224; suivre) ; o&#249;, essentiellement, il sera rendu compte par tous les moyens possibles, de ce lien particulier et po&#233;tique que Salinger invente entre un art et un public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation annonc&#233;e ne sera donc pas transposition fid&#232;le, mais d&#233;rive assum&#233;e. Ou mieux : &#233;mancipation. Ce texte-programme fonctionne d&#233;j&#224; comme une th&#233;orie provocatrice, en acte, d'une mani&#232;re de penser l'adaptation non comme pont entre deux r&#233;gimes (roman et th&#233;&#226;tre), mais comme &#233;cart creus&#233;, et transformation de r&#233;gime &#8212; comme adaptation d'une articulation entre une po&#233;tique et l'exp&#233;rience de sa saisie, et non comme adaptation de ses th&#232;mes, de ses motifs, ou de sa fable.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une &#034;adaptation&#034; de la longue histoire de famille que raconte Salinger, c'est un projet absurde. Tenter de porter sur sc&#232;ne ce dr&#244;le d'air qui fait de cette histoire quelque chose de profond&#233;ment po&#233;tique, c'est un beau sujet de spectacle. &#187; Il ajoute encore, pour enfoncer le clou sur le cercueil de l'adaptation : Pour l'&#233;crivain, l'attitude que je con&#231;ois a priori, est la suivante : refuser toute interpr&#233;tation directe de l'&#339;uvre litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Est-il n&#233;cessaire de dire que la pi&#232;ce &lt;i&gt;Sallinger&lt;/i&gt; n'aura donc rien &#224; voir avec Salinger ? Ce serait peut-&#234;tre avouer trop facilement combien j'usurpe ma place lors de cette journ&#233;e consacr&#233;e au adaptations th&#233;&#226;trales de fictions am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait peut-&#234;tre de dire, rapidement, que Kolt&#232;s s'&#233;clipse donc, r&#233;dige l'hiver durant et seul une pi&#232;ce dans sa chambre parisienne &#8212; vous avez dit &#233;criture de plateau ? &#8212;, ouvrant, je l'imagine, &#224; peine les romans de Salinger, pour se confier tout entier &#224; sa propre fiction, cherchant plut&#244;t &#224; Londres, et sur les traces avou&#233;es de Rimbaud, des mod&#232;les. Surgira la figure du Rouquin et son dr&#244;le d'air qu'il portera sur le plateau, et qui est davantage un double de Rimbaud, que d'un personnage de Salinger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si Kolt&#232;s ne reprend ni les lignes des fables, ni ses personnages tels quels, il en conserve quelques traces, &#233;chos, fragments, ou ombres &#8212; silhouette de passage ou comptine fredonn&#233; au passage. Ces traces fonctionnent comme des circulations et des d&#233;placements. Prenons justement ce personnage central : le Rouquin, ce &#171; mort de la veille &#187;. Qui est-il ? Une fusion de plusieurs figures saling&#233;riennes. D'Allie Caulfield, le fr&#232;re mort de Holden dans &lt;i&gt;L'Attrape-c&#339;urs &lt;/i&gt; &#8212; Kolt&#232;s ne retient que la couleur des cheveux roux, mais rien du caract&#232;re doux, jamais violent. De Holden lui-m&#234;me &#8212; Kolt&#232;s emprunte la violence, la rage, l'obsc&#233;nit&#233; du langage. De Seymour Glass &#8212; Kolt&#232;s reprend le suicide, la figure du fr&#232;re disparu qui hante la famille. Mais aucune de ces figures ne se superpose exactement. Le Rouquin est un personnage neuf, &#233;vad&#233; de ses mod&#232;les, recompos&#233; par brouillage, par m&#233;lange des traits et des humeurs. Allie n'&#233;tait pas violent ; Holden n'&#233;tait pas roux ; Seymour n'&#233;tait pas le Rouquin. Kolt&#232;s fabrique une figure qui n'appartient plus &#224; Salinger &#8212; qui lui &#233;chappe, qui est d&#233;j&#224; ailleurs. Mais qui poss&#232;de ind&#233;niablement &#171; un dr&#244;le d'air &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que ce &#171; dr&#244;le d'air &#187; ? C'est moins une fable donc, que cet air qu'on chante, ou comme on parle d'un fond de l'air &#8212; comme un ton, une mani&#232;re d'&#234;tre et de vivre, un charme. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se tient la force de novation du romancier qui demeure attach&#233; &#224; ses romans, et en-premier lieu en 1951 avec &lt;i&gt;The Catcher in the Rye,&lt;/i&gt; c'est l'invention d'une voix adolescente comme architecture romanesque, c'est cette fa&#231;on qu'a son personnage Holden Caulfield de ne pas raconter simplement son histoire, mais de la performer dans l'instant de sa prof&#233;ration, et par provocation contre le monde adulte, parce que ce que le r&#233;cit construit, dans son monologue int&#233;rieur propret&#233;, ce flux de conscience rendu public, cette oralit&#233; qui refuse la distance narrative traditionnelle, c'est le refus d'une id&#233;alisation de l'adolescence ou d'une r&#233;duction &#224; un &#233;tat mineur de l'adulte. On sait combien cette d&#233;mocratisation de la voix adolescente a ouvert un espace litt&#233;raire immense &#8212; dans ce qu'il autorise quant &#224; l'adolescence, saisie comme singularit&#233;, et ce qu'il permet comme voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qui est th&#233;&#226;tral chez Salinger, selon Kolt&#232;s : non la fable, mais le ton. Le &#171; dr&#244;le d'air &#187;. La voix comme performativit&#233; du langage, comme acte qui se constitue dans l'instant de sa diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#8212; et l&#224; est sans doute le geste d&#233;cisif &#8212; Kolt&#232;s ne va pas transposer cette voix. Il va la d&#233;placer. Non plus la voix d'un adolescent vivant am&#233;ricain, mais des voix spectrales dans une Am&#233;rique fant&#244;me. Non plus la continuit&#233; du flux de conscience, mais la discontinuit&#233; des surgissements. Non plus l'architecture fluide du roman, mais la structure fragment&#233;e, trou&#233;e, d'un th&#233;&#226;tre qui va se jouer sur douze tableaux disjoints d&#233;tach&#233;e de toute fable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a autre chose &#8212; plus fondamental encore. Ce n'est pas que Kolt&#232;s dit le refus de l'adaptation, il affirme plut&#244;t, p&#233;remptoir son impossibilit&#233;, parce que son inanit&#233;. On ne peut faire qu'autre chose. &#171; Autre chose &#187; ? Une fiction seconde. Une fiction de la fiction. Le passage du roman au th&#233;&#226;tre n'est pas transposition &#8212; c'est une transformation de r&#233;gime. De la fiction narrative (qui se donne &#224; lire dans la dur&#233;e subjective de la lecture) &#224; la fiction sc&#233;nique (qui se donne &#224; voir dans l'imm&#233;diatet&#233; de la repr&#233;sentation), Kolt&#232;s trame surtout l'invention d'une fiction fran&#231;aise &#224; partir d'un mat&#233;riau am&#233;ricain. Une fiction qui ne repr&#233;sente pas l'Am&#233;rique &#8212; qui ne joue pas &#224; faire semblant de parler pour (&#224; la place) de l'Am&#233;rique &#8212;mais qui fait de l'Am&#233;rique une configuration permettant de se voir autrement : en cela, l'Am&#233;rique se construit comme une hantise. Ce n'est pas l'Am&#233;rique des ann&#233;es 1950, celle de la famille Glass, non plus celle des ann&#233;es 1960-1970, du Vietnam et de la beat generation. C'est une Am&#233;rique vue d'Europe filtr&#233;e par une d&#233;sillusion politique &#8212; celle d'une jeunesse sans conscience politique, lanc&#233;e dans des guerres absurdes et broy&#233;e par un syst&#232;me qu'elle ne comprend pas. Une Am&#233;rique hant&#233;e par la guerre, par la violence rentr&#233;e et la perte d'un langage capable de la d&#233;sensorceler de sa violence qui ne cesse d'&#234;tre mythique et fondatrice, et qui &#224; force de la fonder comme promesse individuelle, ne la constitue plus comme projet collectif. Sallinger est cette fiction qui ne dialogue pas avec Salinger, mais le d&#233;tourne, le brouille, le dissout pour en faire surgir un membre fant&#244;me &#8212; une &#339;uvre propre, trou&#233;e, o&#249; le texte am&#233;ricain n'est plus que l'ombre d'un souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce dispositif, l'Am&#233;rique n'est pas celle de Salinger, elle est au sens propre soumis au filtre de la repr&#233;sentation &#8212; de comment on se repr&#233;sente l'Am&#233;rique. Elle est pour Kolt&#232;s qui la travers&#233;e en mai et juin 1968 (sa r&#233;volution &#224; lui, la d&#233;couverte de New-York &#224; 20 ans, choc d'une vie) : une Am&#233;rique fragment&#233;e, atemporelle, satur&#233;e de signes us&#233;s, partout &#8212; et nulle part. Babel moderne qui ne renvoie plus &#224; un lieu r&#233;el, mais &#224; une fa&#231;on de d&#233;serter le r&#233;el, pour le reconfigurer dans des corps aberrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique n'est pas tant un territoire qu'un climat ; non pas un r&#233;f&#233;rent culturel, mais une condition po&#233;tique. Elle est vid&#233;e de ses rep&#232;res g&#233;ographiques ou sociologiques, pour ne subsister que comme d&#233;cor de solitude, topographie de l'errance int&#233;rieure. &#171; Ici, les corbeaux volent sur le dos, les chiens sont aveugles, tout le monde marche &#224; reculons. &#187; Ce New York-l&#224; n'est pas celui de la &lt;i&gt;Beat Generation&lt;/i&gt;, mais un d&#233;cor mental d&#233;saffect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ? Un jeune homme, le Rouquin, mort de la veille, est au centre d'un r&#233;cit familial hant&#233; &#8212; pi&#232;ce hant&#233;e par Salinger dont les personnages sont autant de membres fant&#244;mes qui peuplent de leur absence et de leur souvenir alt&#233;r&#233; une pi&#232;ce qui ne prolonge ni n'adapte les nouvelles de l'&#233;crivain, mais naissent de lui comme des pousses lointaines et sauvages ; r&#233;cit hant&#233; par la mauvaise conscience d'une Am&#233;rique lanc&#233;e dans des guerres sans id&#233;aux ni enjeux visibles par ceux qui y meurent ; famille hant&#233;e par tout ces jeux de dupes entre la fianc&#233;e Carole, les parents, le fr&#232;re Leslie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rouquin est ainsi central : il articule autour de lui les relations de tous les personnages qui &#233;voluent en fonction de lui. Ce n'est pas seulement un spectre invisible ou fantasm&#233; : c'est un corps &#224; part enti&#232;re, dont les actions et les paroles agissent sur la sc&#232;ne, r&#233;pondent de cette r&#233;alit&#233; fantastique qui l'anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Kolt&#232;s &#233;crit, depuis les nouvelles r&#233;alistes de Salinger, une pi&#232;ce fantastique &#8212; entre le r&#234;ve et l'&#233;tranget&#233; fondamentale du r&#233;el fragment&#233; par la guerre lointaine qui menace et renverse toutes les structures mentales, le personnage du Rouquin fait figure de passeur d&#233;grad&#233;, dont la langue obsc&#232;ne et provocatrice est une violence inflig&#233;e en r&#233;ponse &#224; la violence de ce monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La structure dramatique de Sallinger refl&#232;te cette dislocation. Elle est fragmentaire : douze sc&#232;nes autonomes, sans progression ni r&#233;solution, per&#231;ues comme autant de tableaux autour d'un lieu (cimeti&#232;re, salon, chambre, trottoir&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque sc&#232;ne met en jeu un ou deux personnages, rarement plus. Le th&#233;&#226;tre devient un lieu d'apparition et non d'action. Les sc&#232;nes se juxtaposent sans transition : pas d'encha&#238;nement narratif, mais des surgissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte compose une s&#233;rie de chambres closes, de moments suspendus. Ce choix structurel est d&#233;cisif. Il permet &#224; Kolt&#232;s de d&#233;sarticuler la logique romanesque pour inventer une dramaturgie du d&#233;litement. L&#224; o&#249; Salinger travaille la continuit&#233; du flux de conscience, Kolt&#232;s privil&#233;gie la discontinuit&#233; des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; Salinger s'inscrit dans une culture am&#233;ricaine homog&#232;ne &#8212; de la classe moyenne &#8212;, Kolt&#232;s convoque des r&#233;f&#233;rences &#233;clat&#233;es : la Bible, la po&#233;sie d&#233;cadente, le cin&#233;ma italien des ann&#233;es 60, une culture europ&#233;enne trou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel serait le paradoxe : la commande devient la condition d'une &#233;mancipation. &#192; chaque niveau &#8212; litt&#233;rature/th&#233;&#226;tre, roman/&#233;criture dramatique, auteur/collectif &#8212; Kolt&#232;s propose un contre-pied. S'il se constitue dans le mod&#232;le collectif post-68 (celui qui se fonde sur le culte collectif de l'&#233;criture de plateau) tout en le destituant (dans l'isolement qui seul permet &#224; une singularit&#233; de faire face &#224; lui et &#224; l'&#233;criture). Il accepte donc d'adapter tout en refusant de transposer. Et s'il &#233;crit &#224; partir des acteurs, il &#233;crit aussi contre eux &#8212; au sens o&#249; il va inventer des personnages n&#233;s d'un fantasme des acteurs : il r&#234;ve ses personnages comme des fictions d'acteurs, silhouette capable d'endosser le r&#234;ve qu'il a fait des acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; dire que la cr&#233;ation a &#233;t&#233; un &#233;chec &#8212; pour de nombreuses raisons qui tiennent au condition mat&#233;rielle du spectacle, et &#224; certains malentendus dans le deal entre Bo&#235;glin et Kolt&#232;s, mais l'essentiel est ailleurs ; d'ailleurs Kolt&#232;s au printemps 1978 marche au bord du fleuve Niger &#224; la qu&#234;te d'une &#339;uvre qu'il trouvera bient&#244;t dans ces lagunes de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; les adaptations de fictions am&#233;ricaines prolif&#232;rent sur la sc&#232;ne fran&#231;aise Sallinger nous rappelle que l'adaptation peut ne pas &#234;tre un art du pont, mais de la conflictualit&#233; f&#233;conde. Que parfois, c'est dans le refus m&#234;me d'adapter que s'exprime le plus clairement le possible du th&#233;&#226;tre, la force d'inventer une fiction neuve depuis la fiction, de trouer la fiction par sa hantise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni adaptation, ni commentaire, mais pi&#232;ce en r&#233;sistance, contre la fable, contre le roman, contre l'illusion de l'adaptation comme dialogue culturel, Salinger est r&#233;&#233;criture qui fait de la commande une tension, et la condition paradoxale d'une &#233;mancipation, Sallinger est ce geste qui r&#233;siste &#224; la transposition et transforme le refus d'adapter en acte de cr&#233;ation, de d&#233;figuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;figuration qui le sera au-del&#224; des d&#233;sirs de l'auteur. Kolt&#232;s avait appel&#233; sa pi&#232;ce &lt;i&gt;Salinger&lt;/i&gt;, comme l'auteur, sorte de dette par provocation. Mais au moment de la publication posthume de la pi&#232;ce retrouv&#233;e dans les cartons (Kolt&#232;s, une fois jou&#233;e par Ch&#233;reau, ne voulait pas qu'on se penche sur ces &#233;crits qui pr&#233;c&#233;daient sa rencontre avec le metteur en sc&#232;ne), l'&#233;ditrice des &#233;ditions de Minuit, craignant les r&#233;actions d'un auteur &#224; la r&#233;putation sourcilleuse pr&#233;f&#233;ra ajouter un L &#8212; pour &#233;viter un proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sallinger&lt;/i&gt; avec deux l, fa&#231;on de prendre d&#233;finitivement l'envol du texte source : d'achever cette transformation du &#171; dr&#244;le d'air &#187; de Salinger en un th&#233;&#226;tre d&#233;poss&#233;d&#233; du roman, duquel demeure l'&#233;cho att&#233;nu&#233;, qu'on peine &#224; d&#233;chiffrer sur des l&#232;vres muettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier mot : celui du Rouquin juste avant de se tirer une balle dans la t&#234;te, il dit, en anglais dans le texte : &#171; &lt;i&gt;Never Mind &lt;/i&gt; &#187;. Fin de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s | D'Absalon &#224; Babylone</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;hypoth&#232;se d'une r&#233;&#233;criture&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/image.png?1769955281' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On savait la ferveur avec laquelle Kolt&#232;s lisait les romans de Faulkner, au d&#233;but des ann&#233;es 1980 &#8212; comment &lt;i&gt;Lumi&#232;re d'Ao&#251;t&lt;/i&gt; lui avait donn&#233; la cl&#233; de son &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, et dans quelle mesure aussi cette &#339;uvre lui avait permis de penser plus radicalement encore les enjeux m&#233;taphysiques de la question politique des rapports nord / sud qui f&#233;conda son th&#233;&#226;tre. On savait moins que Faulkner irrigua aussi autrement une certaine pens&#233;e de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit ce passage dans &lt;i&gt;Absalon, Absalon&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; et puis, tout &#224; coup, tout est fini et tout ce qui vous reste c'est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonn&#233; dessus, en admettant qu'il y ait quelqu'un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire &#233;riger un monument et d'y faire graver quelque chose, et il pleut dessus, le soleil brille dessus, et, au bout d'un peu de temps, on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les choses grav&#233;es tentent de raconter, et cela n'a pas d'importance. Alors, peut-&#234;tre, si l'on pouvait rencontrer quelqu'un, plus &#233;tranger, plus appropri&#233;, et lui donner quelque chose - un bout de papier - quelque chose, n'importe quoi, qui n'aurait en lui-m&#234;me aucune signification, pas m&#234;me pour le lire ou le conserver, qu'il ne se donnerait m&#234;me pas la peine de jeter ou de d&#233;truire, ce serait du moins quelque chose, simplement parce que ce serait arriv&#233;, qu'on se le rappellerait, m&#234;me simplement le fait qu'il soit pass&#233; d'une main &#224; une autre, d'un esprit &#224; un autre&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et soit la derni&#232;re page de &lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;, ce d&#233;but de roman que la mort de Kolt&#232;s en 1989 laissa inachev&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pourquoi, ne voulant plus parler d'Ali, je ne parlerai donc plus de rien, laissant la parole aux chroniqueurs des apparences et de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, sachant de toute &#233;vidence que ce Mann, et toute cette population de Babylone, et moi-m&#234;me, et vous bien s&#251;r, serons autant de fois oubli&#233;s que l'on nous a connus, davantage peut-&#234;tre m&#234;me ; oubli&#233;s, au point que notre souvenir &#224; nous ne sera plus nulle part, ni m&#234;me sur un bout de pav&#233;s battu par la pluie, ni m&#234;me sur un bout de papier port&#233; par le vent ; tandis que celui d'Ali existe dans le battement du bongo et dans celui du c&#339;ur de l'homme, dans le claquement des feuilles contre les branches, dans le brisement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation, dans les explosions du cosmos qui empliront peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le roman de Kolt&#232;s, ce grand d&#233;sir inassouvi, porte, sur trente feuillets d'une &#233;criture serr&#233;e, dans les entrelacs du r&#233;cit d'un jeune gar&#231;on nomm&#233; Mann, de sa tristesse dans Babylone, l'&#339;uvre monde du dramaturge. Dans ce mince livre, toute une conception de la vie et des &#234;tres, de la solitude comme on ne saurait le dire et de l'amour comme on ne peut jamais le nommer, de l'&#233;chapp&#233;e belle comme allure &#8212; et de ce que veut dire raconter quand il s'agit sous ce mot de d&#233;signer la facult&#233; de r&#233;inventer la vie. Il y a enfin, qui traverse tout cela, une singuli&#232;re conception de l'&#233;criture : sa d&#233;risoire n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux derniers feuillets de ce qui ne sera toujours qu'un prologue, le narrateur note avec m&#233;lancolie, mais lucidit&#233;, ce &#224; quoi est vou&#233; ces pages &#8212; l'oubli donc, le vent, ce qui dans les fins rejoins les origines. Et dans le retournement proustien qui se formule &#8212; derniers mots qui font signe vers les premiers, bouclant la fin vers ses d&#233;buts - un renversement aussi, presque provocateur, de l'&#339;uvre de Proust : si la fin revient au commencement et au geste qui l'a inaugur&#233;, ce geste est vou&#233; non &#224; la reconqu&#234;te du temps mais &#224; son abandon : non &#224; une m&#233;moire &lt;i&gt;absolue&lt;/i&gt; qui sauverait tout par l'&#233;criture mais &#224; une m&#233;moire si totale qu'elle rend l'&#233;criture d&#233;risoire et l'emporte avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, davantage que Proust peut-&#234;tre, ces lignes porteraient peut-&#234;tre en elles l'&#233;cho assourdi d'&lt;i&gt;Absalon, Absalon&lt;/i&gt;, sa signature secr&#232;te - roman des g&#233;n&#233;alogies maudites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque mot pour mots reprenant le motif du &#171; bout de papier port&#233; par le vent &#187; que Faulkner avait pos&#233; comme ultime recours contre l'oubli, Kolt&#232;s semble ici dialoguer avec son a&#238;n&#233; &#8212; dialoguer, s'affronter donc, et comme tout dialogue est la rencontre de deux monologues qui cherchent &#224; cohabiter, le deal ici se noue et violemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Faulkner, le narrateur cherchait encore &#224; arracher quelque chose au n&#233;ant par le geste de transmission lui-m&#234;me. Peu importe que le papier n'ait &#171; aucune signification &#187;, peu importe m&#234;me qu'on ne le lise ni ne le conserve : l'essentiel &#233;tait qu'il soit pass&#233; &#171; d'une main &#224; une autre, d'un esprit &#224; un autre &#187;. Le fait seul de ce passage fait &#233;v&#233;nement, institue une m&#233;moire, f&#251;t-elle minuscule et d&#233;risoire. Tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e mais obstin&#233;e de donner &#224; l'&#233;criture une chance face &#224; la pierre qui s'effrite et aux noms qu'on ne d&#233;chiffre plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolt&#232;s r&#233;pond et renverse la proposition. Le &#171; bout de papier port&#233; par le vent &#187; devient l'embl&#232;me m&#234;me de ce &#224; quoi il renonce &#8212; car renon&#231;ant &#224; &#171; parler d'Ali &#187;, le p&#232;re adoptif de Man, par quoi le narrateur avait entrepris d'abord de raconter le destin de Man, il renonce d&#232;s lors &#224; toute cette &#233;conomie de la trace &#233;crite, &#224; ce fantasme de la transmission. Plus de &lt;i&gt;papier&lt;/i&gt; ni pav&#233;s battus par la pluie o&#249; graver un souvenir. Cong&#233;dier les &#171; chroniqueurs des apparences et de l'&#233;ph&#233;m&#232;re &#187;, c'est &#233;vincer les romanciers, et lui-m&#234;me peut-&#234;tre &#8212; sachant que &#171; Mann, et toute cette population de Babylone, et moi-m&#234;me, et vous bien s&#251;r, serons autant de fois oubli&#233;s que l'on nous a connus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce renoncement n'est pas une capitulation, plut&#244;t ouvre-t-il sur autre chose. Si Ali persiste, ce n'est pas dans les archives humaines, les livres ni les monuments, mais &#171; dans le battement du bongo et dans celui du c&#339;ur de l'homme, dans le claquement des feuilles contre les branches, dans le brisement des vagues sur les falaises &#187;. Et la phrase de s'&#233;lever par degr&#233;s : de l'art &#224; la vie m&#234;me, du v&#233;g&#233;tal au min&#233;ral, jusqu'au cosmique &#8211; &#171; le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Kolt&#232;s oppose au roman, c'est cette forme de m&#233;moire qui &#233;chappe &#224; l'&#233;criture parce qu'elle est rythme, battement, vibration universelle. Une permanence qui ne doit rien aux gestes humains de conservation mais qui traverse les corps, les &#233;l&#233;ments, le temps lui-m&#234;me. L'&#233;criture se d&#233;couvre doublement finie : parce que mortelle, vou&#233;e &#224; l'effacement comme tout ce qui passe de main en main ; et parce qu'elle bute sur une limite, celle de ce qu'elle ne peut capter. Il existe des persistances qui ne rel&#232;vent pas de sa juridiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;ditation finale sur le devenir de l'&#233;criture porterait ainsi l'empreinte d'une double lucidit&#233;. Faulkn&#233;rienne d'abord, qui sait que les noms grav&#233;s s'effacent et que la pierre devient illisible, que m&#234;me le geste de transmettre un bout de papier ne sauve rien vraiment. Mais lucidit&#233; plus radicale peut-&#234;tre : qui comprend que certaines m&#233;moires n'ont jamais eu besoin de l'&#233;criture pour exister, qu'elles battent ailleurs, dans d'autres registres, selon d'autres tempos. Face &#224; cette d&#233;mesure cosmique, le roman se referme sur lui-m&#234;me, inachev&#233;, comme frapp&#233; d'une vanit&#233; qui le constitue. Ne reste qu'un prologue &#224; ce qui ne viendra pas. Ou plut&#244;t : qui existe d&#233;j&#224;, a toujours exist&#233;, dans le battement du bongo et du c&#339;ur, mais que l'&#233;criture ne peut ni contenir ni transmettre &#8212; seulement dire ce &#224; quoi elle renonce, nommer ce qui la d&#233;passe, puis se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Fran&#231;ois Kolt&#232;s, le fr&#232;re de Bernard-Marie, trouva ce prologue et les fit publier, il choisit comme titre ce mot m&#234;me : &lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;. Car les hommes, notait le narrateur dans les premi&#232;res pages &#171; avec leur go&#251;t baroque pour les majuscules, nomment la nuit elle-m&#234;me : la Nuit triste, et encore le tilleul au milieu du boulevard : l'Arbre de la Nuit triste ; et ainsi de suite &#187;. Le prologue devient &lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt;, st&#232;le &#233;rig&#233;e &#224; ce qui ne fut jamais qu'un commencement, pierre grav&#233;e pour un roman qui n'eut pas lieu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>En gratitude, Ir&#232;ne Lindon </title>
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		<dc:date>2025-12-09T08:50:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;1949 - 2025&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-annonces-et-breves/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Annonces et br&#232;ves&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/tempimagejkjg0m.jpg?1765270220' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;J'apprends ce matin la disparition d'Ir&#232;ne Lindon. Sa figure me revient avec une nettet&#233; que je n'attendais pas : celle d'une &#233;ditrice pour qui le travail ne relevait jamais du seul accompagnement de surface, mais d'un engagement, discret et ferme, envers la forme m&#234;me du livre. &#192; une p&#233;riode o&#249; j'avais renonc&#233; &#224; poursuivre la biographie de Bernard-Marie Kolt&#232;s, et o&#249; le Seuil s'en &#233;tait retir&#233;, c'est elle qui m'avait tendu la main. Elle avait repris le texte avec une patience presque obstin&#233;e, le suivant page &#224; page, attentive non &#224; l'accumulation de savoirs, mais &#224; la possibilit&#233; d'un livre, pour lui donner son allure propre &#8212; &#224; en faire un livre qui tienne debout seul, travaillant ses &#233;nergies propres qu'il fait circuler, plut&#244;t qu'un d&#233;p&#244;t de mat&#233;riaux. Reconnaissance infinie pour cette exigence-l&#224;, et comme elle m'accompagne encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En souvenir, ses col&#232;res franches d&#232;s qu'il &#233;tait question du th&#233;&#226;tre contemporain, qu'elle jugeait trop souvent amolli ou &#233;loign&#233; de ses responsabilit&#233;s ; et de l'intransigeance farouche avec laquelle elle d&#233;fendait Beckett, comme si chaque inflexion, chaque malentendu risquait de trahir une confiance essentielle. Ces &#233;clats-l&#224; ne venaient jamais de principe pourtant, naissaient d'une conception rigoureuse, presque morale, de ce qu'un texte exige de nous. Ils venaient d'un rapport tr&#232;s s&#251;r &#224; la forme, de cette conviction qu'une &#339;uvre n'existe que si elle se tient par son rythme, sa composition, son intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois sa pr&#233;sence lors de cette premi&#232;re pr&#233;sentation de la biographie au Coupe-Papier ; son rire, franc et soudain, dans le bureau de son p&#232;re, devant la paroi de livres des &#201;ditions de Minuit, au sommet de l'immeuble de la rue Bernard-Palissy ; la complicit&#233; tranquille qu'elle formait avec Henri Causse pour soutenir un projet dont ils savaient qu'il n'avait rien d'&#233;vident. Elle parlait de Bernard avec une affection pudique, presque en confidence, me disait combien l'&#339;uvre continuait de l'accompagner. Elle se souvenait, avec une &#233;motion intacte, du jour de l'enterrement. Elle &#233;tait son ain&#233;e d'un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es ont pass&#233;, et nos &#233;changes se sont espac&#233;s. Mais la nouvelle de sa mort ouvre aujourd'hui un espace de gratitude silencieuse : pour ce qu'elle a permis, pour ce qu'elle a transmis, la mani&#232;re vive et simple, m&#233;lange de rigueur et de chaleur, dont elle d&#233;fendait les livres. Mani&#232;re de lire qui oblige encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Kolt&#232;s | &#201;crire Dans la Solitude des champs de coton</title>
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		<dc:date>2024-12-10T10:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; Toulouse Jean-Jaur&#232;s &#8211; d&#233;cembre 2024&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/k_ny.jpg?1735121886' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Je d&#233;pose ici le texte de la conf&#233;rence propos&#233; &#224; l'attention des &#233;tudiants agr&#233;gatifs de l'universit&#233; Toulouse Jean-Jaur&#232;s. Merci &#224; Sylvie Vignes pour l'invitation.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire une pi&#232;ce pour Bernard-Marie Kolt&#232;s, c'est d'abord &#8212; en premier lieu &#8212;, &#233;crire ce qui l'a permis. Une exp&#233;rience qui aura contraint l'&#233;criture : exp&#233;rience d&#233;cisive, brutale, sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir sur le lieux du drame importe pour en saisir l'enjeu, non pas l'origine anecdotique par quoi se dirait le sens, la signification premi&#232;re et derni&#232;re, mais celle du champ de force : un champ de force dialectique, presque chiasmatique dans la mesure o&#249; l'&#233;criture ne transcrit pas l'exp&#233;rience, mais la formule dans les termes m&#234;mes de l'&#233;criture afin qu'en retour, l'exp&#233;rience de vivre soit plus sensible encore, plus brutale. &#201;crire la vie rend plus &#233;paisse encore l'exp&#233;rience de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; [Avoir] seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un d&#233;sir, une &#233;motion, un lieu, de la lumi&#232;re et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne &#224; tous. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Jean-Pierre Han, Revue Europe, 1e trim. 1983 (revu par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Non pas tant raconter bien, un jour, une histoire : mais bien : un d&#233;sir, une &#233;motion, un lieu, de la lumi&#232;re et des bruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il para&#238;t essentiel de revenir sur ces lieux du drame, sa lumi&#232;re et ses bruits : ce bout de notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_13455 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;132&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-13455 &#034; data-id=&#034;e851a68d29d0a8f427e971770a8cdf1a&#034; src=&#034;IMG/mp3/interview-de-b.-m.-kolte_s_-1981-_doc_ina_.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:95}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Interview de B.-M. Kolt&#232;s, 1981 (doc.INA)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s/Kolt&#232;s, Combats avec la Sc&#232;ne (Th&#233;&#226;tre Aujourd'hui N&#176;5) (1981)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript60689662769de7a07def144.63571450&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;La vie se vit d'un c&#244;t&#233; et elle s'&#233;crit &#224; l'inverse, c'est-&#224;-dire que j'ai le sentiment que les choses, les exp&#233;riences que je vis et les gens que je c&#244;toie &#224; partir du moment o&#249; je les &#233;cris, je les mets &#224; mort en quelque sorte. C'est d'ailleurs un peu le probl&#232;me, le seul probl&#232;me que je me pose en tant qu'&#233;crivain : c'est que quand je vis des exp&#233;riences et quand je rencontre des gens, je sais qu'un jour ou l'autre, ils vont me servir&#8230; de p&#226;ture&#8230; Enfin, je vais m'en servir pour les &#233;crire, si je peux dire. Et &#224; partir de ce moment-l&#224;, je ferai une &#339;uvre de mort, vis-&#224;-vis de cette exp&#233;rience v&#233;cue et vis-&#224;-vis de ces gens que j'ai rencontr&#233;s. Non pas que j'&#233;prouve un sentiment de culpabilit&#233; vis-&#224;-vis de cela. Mais disons que j'&#233;prouve une certaine difficult&#233; &#224; doser l'existence d'une part et &#224; lui garder son ind&#233;pendance par rapport &#224; l'&#233;criture, et d'un autre c&#244;t&#233; &#224; continuer &#224; &#233;crire. Et je sens des deux c&#244;t&#233;s, &#224; la fois du c&#244;t&#233; de l'existence et &#224; la fois du c&#244;t&#233; de l'&#233;criture, une attirance pour vivre l'un et l'autre d'une mani&#232;re enti&#232;re et je sais tr&#232;s bien que ce n'est pas possible.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, entretien avec Jacques Lemire (1981).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Seulement, l'&#233;cueil est infranchissable : vivant au pr&#233;sent des exp&#233;riences avec la pens&#233;e de l'&#233;crire, ensuite, plus tard, dans le repos de la chambre, on ne peut &#234;tre ni au pr&#233;sent de l'exp&#233;rience, ni &#224; celui de l'&#233;criture &#8212; mais d&#233;chirer, ou pour mieux dire : devant un impossible qui est non pas la but&#233;e de l'&#233;criture, mais sa condition de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bout de notre monde existe, il se situe vers ce que les New Yorkais nomme West End.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.31_37.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.31_37.png?1735119132' width='500' height='365' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre 1981 et 1986, Kolt&#232;s fait de r&#233;guliers s&#233;jours &#224; New York, et s'il change d'appartement souvent, entre le Spanish Harlem et l'Upper East Side, il aime &#224; se perdre plus bas, plus loin, vers l'ouest donc, dans cette ville qui sera sa cit&#233; &#233;lue, quelque chose qui r&#233;unirait Babel et les ruines mayas de Tikal, les faubourgs de Lagos et Pigalle : ce nouveau monde brassant mille mondes ; ville qui comme toutes celles qu'il aimaient, semblent flotter &#8212; comme Strasbourg, Prague, plus tard Bahia : ville &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolt&#232;s est donc chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Comment faire dix pas dans la rue, comment prendre le m&#233;tro, comment s'allonger &#224; Central Park ou boire un caf&#233; &#224; Broadway, et garder son INT&#201;GRIT&#201; ? Je suis depuis mon arriv&#233;e &#224; la recherche de l'&#201;quilibre et de la Raison, mais quel &#233;quilibre r&#233;sisterait un instant &#224; de si g&#233;n&#233;reux sourires, &#224; ces tapes sur l'&#233;paule, et o&#249; pourrait bien se r&#233;fugier ma raison, si on me fait de pareils clins d'&#339;il ? Je suis dans la gueule du loup ; et il me semble que vous en &#234;tes en partie responsable... Mais quelle Gueule ! et quel Loup !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Michel Guy, de New York, non dat&#233;e 1981, in Lettres, Paris, Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La Gueule du Loup : D&#233;crivons-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13457 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.31_46.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.31_46.png?1735119133' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la Onzi&#232;me avenue, celle que les New Yorkais surnomment West End : terminus ouest. L&#224; o&#249; s'ach&#232;ve la ville commence ce qui n'a pas de fin, des nuits comme des exp&#233;riences o&#249; s'abattre contre elles. Le long du fleuve, l'ancien Port de New York, longtemps le premier du monde, para&#238;t presque d&#233;sormais abandonn&#233;. Au sud de la 42e rue jusqu'&#224; la 23e rue, et m&#234;me plus bas jusqu'&#224; Charles Street, voire Christopher Street, les docks ne sont que des vestiges.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13458 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/16westway1_600.jpg?1735119270' width='500' height='257' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le jour, la lumi&#232;re entre dans les hangars vides mont&#233;s sur pilotis &#224; l'aplomb du fleuve ; toute diff&#233;rente est la nuit, terrible et habit&#233;e. Les voies ferr&#233;es du Lower West Side surplombent les docks, le long de l'Hudson River, du bas de la ville jusqu'&#224; la 72e rue, et dans le prolongement, une autoroute sur&#233;lev&#233;e. Les hangars abandonn&#233;s ne le sont pas pour tout le monde. Le soir, ce sont des lieux de rencontre, comme l'on dit, qui projettent leurs jeux d'ombres fantastiques sur des hommes qui viennent ici pour les trafics et les amours br&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79127-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79127-2.jpg?1735119372' width='500' height='724' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ces hangars, West End pourrait &#234;tre l'extr&#233;mit&#233; occidentale du monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alvin_baltrop_and_gordon_matta-clark_th_e_piers_from_here_newyorkpiers1970s6-2.jpg?1735119405' width='500' height='330' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le photographe am&#233;ricain, Alvin Baltrop &#8212; n&#233; la m&#234;me ann&#233;e que Kolt&#232;s, en 1948 &#8212; a consacr&#233; &#224; ces lieux une partie de son &#339;uvre, lieux qui sont presque des d&#233;cors.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.37_36.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.37_36.png?1735119471' width='500' height='344' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Les photographies de Baltrop sont consid&#233;r&#233;s au-del&#224; de leur port&#233;e photographique comme un d&#233;p&#244;t m&#233;moriel a vertu documentaire de la culture gay new-yorkaise, dans le pli des ann&#233;es 70 o&#249; fleurissent les mouvements d'&#233;mancipation juste avant que ne s'abatte l'&#233;pid&#233;mie du sida.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79123-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79123-2.jpg?1735119519' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_13463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79089-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79089-2.jpg?1735119560' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79105-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/baltrop_images_file_79105-2.jpg?1735119581' width='500' height='349' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L432xH287/fink-day_send06-2-bec04.jpg?1769976085' width='432' height='287' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/alvin_baltrop_pier_52_newyorkpiers1970s3-2.jpg?1735119606' width='500' height='317' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire ces lieux donc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans ces lieux, les sc&#232;nes qui s'y d&#233;roulent, presque fatalement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_13467 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;140&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-13467 &#034; data-id=&#034;5d1a1f7b3710fea9a1abda9cc3ac5f10&#034; src=&#034;IMG/mp3/interview_de_patrice_che_reau_une_autre_solitude.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:63}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Interview de Patrice Ch&#233;reau (Une autre solitude)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s/Kolt&#232;s, Combats avec la Sc&#232;ne (Th&#233;&#226;tre Aujourd'hui N&#176;5) (1995)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript60689662769de7a07def144.63571450&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour la troisi&#232;me version de sa mise en sc&#232;ne, Patrice Ch&#233;reau reprendra ce r&#233;cit dans le programme du spectacle en le modifiant un peu :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; Il y a dix ans, quand Bernard-Marie Kolt&#232;s me parlait de la pi&#232;ce qu'il &#233;crivait et qui allait devenir Dans la solitude des champs de coton, il me racontait ceci : deux hommes s'abordent qui ne se connaissent pas : dites-moi ce que vous voulez et je vous le vends, dit le premier et l'autre r&#233;pond : dites-moi ce que vous avez et je vous dirai ce que je veux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrice Ch&#233;reau, Programme du spectacle Dans la solitude des champs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne minimale, &#233;nigmatique et &#233;vidente, sc&#232;ne de troc, de deal, de drague homosexuelle tout &#224; la fois, &#224; la puissance all&#233;gorique telle qu'il importe peu de savoir si elle a eu lieu ou non, tant ce qui compte est le r&#233;cit qu'en a fait Kolt&#232;s &#224; Ch&#233;reau, et celui qu'en retour celui-ci a formul&#233; sur un souvenir alt&#233;r&#233;. C'est que Ch&#233;reau, dans l'entretien, se reprend : &#233;tait-ce &#224; l'occasion de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; que Kolt&#232;s lui confia ce r&#233;cit-exp&#233;rience ? Ou pour l'autre pi&#232;ce, celle pr&#233;cis&#233;ment que l'auteur compose, pendant les r&#233;p&#233;titions de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'autre r&#233;&#233;criture qui en proc&#232;de, qui la relance. &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/article/koltes-ecrire-quai-ouest?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revenir sur les lieux de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; donc&lt;/a&gt; : reprendre le lieu et la formule, ces hangars, ces sc&#232;nes de trafics, de malentendus &#224; double sens, double entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas de r&#233;&#233;crire pour reprendre, ni m&#234;me pour prolonger &#8212; plut&#244;t Kolt&#232;s propose ici un virage, un autre angle d'attaque. Et m&#234;me d'une fa&#231;on de d&#233;faire ce qui a &#233;t&#233; accompli.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_0_brouillons.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_0_brouillons.jpg?1735119908' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quai Ouest avait &#233;t&#233; con&#231;u selon des lois th&#233;&#226;trales d'une tr&#232;s grande rigueur et d'une extr&#234;me complexit&#233; : dans le vaste espace que constituait ces hangars pr&#232;s du fleuve, les entr&#233;es et les sorties de huit personnages d'&#233;gale importance scandaient le rythme ample d'une fable labyrinthique, tortueuse, concr&#232;te dans ses enjeux, mais creus&#233;es de r&#233;f&#233;rences bibliques ou intimes. Les contraintes formelles qu'il s'&#233;tait alors impos&#233;es l'avaient conduit &#224; un labeur lent et pr&#233;cis&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13469 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/0_brouillonsflous1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/0_brouillonsflous1.jpg?1735120022' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/plan.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/plan.jpg?1735120056' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/exergues_8bis.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/exergues_8bis.jpg?1735120087' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13473 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/cecile_notes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/cecile_notes.jpg?1735120160' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13474 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/versions_de_l_histoire_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/versions_de_l_histoire_2.jpg?1735120190' width='500' height='669' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/marley_notes_7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/marley_notes_7.jpg?1735120129' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13475 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/fak_notes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/fak_notes.jpg?1735120485' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il dira l'avoir men&#233; sans plaisir, se soumettant &#224; des r&#232;gles qui fondaient alors pour lui une dramaturgie pr&#233;cise &#224; laquelle il renon&#231;a sit&#244;t acquitt&#233;e cette t&#226;che men&#233;e en partie pour correspondre &#224; la dramaturgie sc&#233;nique que d&#233;ployait Ch&#233;reau dans ces ann&#233;es-l&#224;. Quai Ouest figure ainsi le point ultime d'une machinerie r&#233;pondant &#224; des r&#232;gles que toutes les &#339;uvres ult&#233;rieures vont d&#233;construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire le th&#233;&#226;tre &#224; l'essentiel : ainsi cette pi&#232;ce s'&#233;crira comme une r&#233;duction chimique de la pr&#233;c&#233;dente et en contrepoint selon une dialectique nette &#8212; apr&#232;s la machinerie complexe et laborieuse, la qu&#234;te d'une simplicit&#233; imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sophistication dramaturgique de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, ses nombreux personnages, ses entr&#233;es et sorties r&#233;gl&#233;es au millim&#232;tre, son espace multiple de lumi&#232;res et d'ombres aux variations infimes, ses enjeux d'intrigues &#224; fonds redoubl&#233;s, ses langues aussi plurielles que les corps qui les portent, Kolt&#232;s r&#233;pond par contre-pied et jouera &#224; front renvers&#233;. On pourrait retourner presque terme &#224; terme la logique technique de la premi&#232;re pi&#232;ce new-yorkaise : comme une sym&#233;trie &#224; la fois parfaite et inverse, n&#233;e du d&#233;sir premier de retrouver le plaisir de l'&#233;criture &#8212; celui du verbe pos&#233; dans sa mati&#232;re vive, dans son nerf le plus expos&#233;, nu, qui compose la phrase en m&#234;me temps que l'intrigue, et le personnage et la sc&#232;ne, qui deviendra unique, m&#234;l&#233;e &#224; l'acte et &#224; la pi&#232;ce enti&#232;re qui se confond dans un seul dialogue, coul&#233;e de temps et d'espace, de corps et de langues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; s'organisait selon des dialogues &#233;nigmatiques &#224; double sens autour de curieux trafics bas&#233;s sur des quiproquos &#8212; entre Koch et Charles par exemple (l'un d&#233;sirant monnayer sa mort ; l'autre voulant le d&#233;pouiller et pour cela le garder vivant), entre Fak et Claire ou Monique (chacun t&#226;chant de n&#233;gocier sans cesse le d&#233;sir de l'autre)&#8230; C'est comme si Kolt&#232;s avait &#233;labor&#233;, intuitivement, une grammaire de l'&#233;change &#8212; et qu'il s'agissait d&#233;sormais d'en formuler les r&#232;gles de syntaxe, que pour cela il fallait en extraire un cas, et r&#233;duire le th&#233;&#226;tre de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; &#224; un seul dialogue. On peut imaginer que celui-ci pourrait tout &#224; fait trouver sa place dans le monde de la pi&#232;ce pr&#233;c&#233;dente, tant ce dialogue sans d'autre intrigue qu'une pure rencontre reprend les th&#232;mes et les motifs dispers&#233;s alors : th&#232;mes du d&#233;sir et de la mort, du marchandage fond&#233; sur le malentendu, du troc et de la dette, de la violence masqu&#233;e sous le maniement virtuose de la langue comme surface de miroitement des volont&#233;s obscures, de la lutte &#224; mort diff&#233;r&#233;e tant que dure la parole &#8212; tout ce que Quai Ouest avait fabriqu&#233; dans une fable, et que la pi&#232;ce nouvelle va exp&#233;rimenter comme fable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cependant entra&#238;n&#233; par l'exigence math&#233;matique de la pi&#232;ce pr&#233;c&#233;dente qu'il se lance, et c'est pourquoi il n'y a pas de retour r&#233;gressif &#224; un amont, comme vers celui des premi&#232;res pi&#232;ces, mentales et oniriques, d&#233;faites de toute structure et appuy&#233;es sur leur seule puissance de prof&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; avait travers&#233; trouve sa formule quasi-physique, axiomatique, pr&#233;cipit&#233;e. Kolt&#232;s le premier est surpris de cette facilit&#233; &#224; composer cette pi&#232;ce nouvelle &#8212; avec le plaisir, l'&#233;criture gagne en efficacit&#233;, en densit&#233;. D&#233;barrass&#233; des contraintes formelles, Kolt&#232;s retrouve la vitesse d'ex&#233;cution qui l'avait emport&#233; au moment de l'&#233;criture de &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt;, au printemps 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre mani&#232;re de r&#233;&#233;crire &#8212; cette fois non pas dans l'&#233;pure, mais dans le prolongement, ou la doublure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Bon en avait formul&#233; l'hypoth&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L316xH500/bon_pourk-eb4ec.jpg?1769976086' width='316' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Dans le premier cas, du narrateur peut-&#234;tre vers une silhouette entrevue, adresse qui questionne elle-m&#234;me de ne pas pouvoir d&#233;finir &#224; qui m&#234;me elle s'adresse. Dans le second cas, instant d'un regard entre deux personnages, l'un immobile, l'autre qui traverse. Dans les deux cas, l'instant avant le lieu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Bon, Pour Kolt&#232;s, Solitaires Intempestifs, 2000, p. 47.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se relancerait l&#224;, selon une m&#234;me dynamique d'adresse, serait le d&#233;ploiement du monologue au dialogue, comme si Kolt&#232;s allait ici doubler le texte premier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L'auteur d&#233;cide de r&#233;employer le m&#234;me coup de force, sur le principe m&#234;me de l'ancien, instant pur qu'on d&#233;multiplie, en annulant tout ce qui emp&#234;cherait le repli sur ce pur instant saisi.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 48.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans ce mouvement de reprise et de redoublement, s'affronte m&#234;me affaire de temps et de g&#233;om&#233;trie du temps :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Ces textes sont un prodige de th&#233;&#226;tre, et, du coup, ce n'est pas une &#233;criture qui interroge &#224; &#233;galit&#233; th&#233;&#226;tre et litt&#233;rature, c'est un don au th&#233;&#226;tre qui le fait d&#233;fier la litt&#233;rature dans son &#233;l&#233;ment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, p. 48-49.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt;, Kolt&#232;s retrouve en effet, comme pour le reprendre de z&#233;ro et le prolonger, ce geste premier de l'adresse, au premier qui passe, d'une demande informulable. Mais cette fois, le monologue trouve un &#233;cho, un autre monologue, &#233;quivalent, miroir, appui second &#224; la recherche d'un appui &#224; son tour pour s'&#233;difier. Quand pour le monologue le silence de l'autre faisait tenir l'&#233;difice, ici le silence sera parl&#233;, et s'&#233;changera &#8212; &#233;change de parole autant qu'&#233;change de silence &#8212; dans un jeu de vertige o&#249; chacun gardera &#224; tour de r&#244;le le silence de l'autre ; alors c'est le dialogue que Kolt&#232;s invente, c'est-&#224;-dire d&#233;couvre, avec une radicalit&#233; aussi neuve qu'il avait fouill&#233; celle du monologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1977. &#192; cette date para&#238;t le fameux essai &#8212; est-ce un essai de Roland Barthes, &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;. Il se trouve que dans le &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-anthologie-archives/koltes-archives-et-documents/article/koltes-le-carnet-rouge&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnet d'&#233;criture que Kolt&#232;s tient&lt;/a&gt;, au cours des ann&#233;es 1980, on trouve trace de cette lecture.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/carnetrouge_couv.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/carnetrouge_couv.png?1735118705' width='500' height='790' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au moins deux fragments sont recopi&#233;s de l'essai de Barthes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.58_31.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_10.58_31.png?1735120738' width='500' height='283' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Le lieu le plus sombre est toujours sous la lampe &#187;. (Prov. Chinois cit&#233; par R. Barthes).
&lt;br /&gt;&#8212; La jalousie est une &#233;quation &#224; 3 termes permutables (ind&#233;cidables) : on est toujours jaloux de 2 personnes &#224; la fois : je suis jaloux de qui j'aime et de qui l'aime. Le rival est aussi aim&#233; de moi : il m'int&#233;resse, m'intrigue, m'appelle.
&lt;br /&gt;&#8212; Baiser par des mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si cette lecture de Barthes semble faire &#233;cho &#224; &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; &#8211; en t&#233;moignent les notes qui entourent ces r&#233;f&#233;rences &#224; Barthes et qui portent explicitement sur l'&#233;criture de ses personnages &#8212;, ils r&#233;sonnent singuli&#232;rement avec Dans la solitude&#8230; Avec l'&#233;thique de son &#233;criture (c'est &#224; dire : une certaine approche de ce qu'est l'enjeu amoureux) autant qu'avec la po&#233;tique de sa composition dramaturgique (une fa&#231;on de nouer le drame).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons ce qu'&#233;crit Barthes, &#224; la s&#233;quence &#171; Je veux comprendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11.00_56.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11.00_56.png?1735120906' width='500' height='688' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_13478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11_01.03.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11_01.03.png?1735120918' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;chos, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re de jouer le jeu analytique (je veux comprendre) et de s'en d&#233;faire ; une fa&#231;on de placer les silhouettes l'une face &#224; l'autre pour travailler une certaine forme de r&#233;flexivit&#233;, de double r&#233;flexivit&#233; &#8212; sans pourtant que ce retour r&#233;flexif &#233;claire le sens, au contraire : il l'opacifie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un jeu donc avec le sens et avec sa saisie : et de fait, devant ce texte, le spectateur ne cesse pas de vouloir comprendre ce dont il s'agit, d&#232;s lors qu'on lui a &#244;t&#233; la possibilit&#233; de savoir justement quelle est la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#233;tant malgr&#233; tout, et le mot est l&#226;ch&#233; avec Barthes, celle de l'amour. Mais pr&#233;cis&#233;ment : &#171; il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'amour &#187;. C'est justement parce que le texte de Kolt&#232;s, dans cette phrase, qui pourrait &#234;tre un lapsus (un glissement du sens) d&#233;voile son jeu : son processus. Le travail de l'abolition du manifeste et du latent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste, ce serait l'expression du d&#233;sir : le dealer chercherait &#224; lever cette manifestation, cet aveu. Dites moi ce que vous d&#233;sirez, et j'ai ce qu'il faut pour le satisfaire : un corps, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le latent, c'est l'impossibilit&#233; de manifester ce d&#233;sir sous peine de le d&#233;truire. Un d&#233;sir, sit&#244;t &#233;nonc&#233;, risquerait d'&#234;tre satisfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment maintenir en tension le manifeste et le latent. Barthes dit donc : l'amour &#8212; cette abolition. Ren&#233; Char dirait : l'&#233;criture : amour r&#233;alise du d&#233;sir demeur&#233; d&#233;sir. Kolt&#232;s r&#233;pondrait par dans la solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solitude, c'est le mot qui ouvre l'essai de Barthes :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11.01_23.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-12-25_a_11.01_23.png?1735120959' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La n&#233;cessit&#233; de ce livre tient dans la consid&#233;ration suivante : que le discours amoureux est aujourd'hui d'une extr&#234;me solitude. &#187; &#8212; n'est-ce pas l&#224; l'autre territoire d'&#233;criture ? &#8212; et ce qu'on prend pour un dialogue, n'est-il pas celui d'un sujet seul, cliv&#233; ? (L'hypoth&#232;se m&#233;rite d'&#234;tre interrog&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ayant l&#226;ch&#233; ce mot d'amour, m&#234;me dans la solitude, il faut y revenir pour pr&#233;ciser qu'il s'agit de le d&#233;poser pr&#233;cautionneusement, humblement, et sans arrogance. Si Barthes parle d'amour, il en fait le territoire du neutre, qui n'est pas cet espace pacifique et flottant, mais l'intervalle de suspension du paradigme, conducteur d'ambiguit&#233;s : qu'&#224; cet &#233;gard, l'amour n'est pas la r&#233;conciliation d'&#234;tres en fusion, bien au contraire : et quel est ce contraire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barthes parle d'ailleurs d&#232;s les pr&#233;liminaires du cours de sa violence paradoxale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Comme objet, le Neutre est suspension de la violence ; comme d&#233;sir, il est violence. Tout le long de ce cours, il faudra donc entendre qu'il y a une violence du Neutre, mais que cette violence est inexprimable ; qu'il y a une passion du Neutre, mais que cette passion n'est pas celle d'un vouloir-saisir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, Le Neutre, Cours au Coll&#232;ge de France (1977&#8211;1978). Texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la passion est inexprimable, c'est qu'en elle loge un interdit : or, l'interdit est aussi le vecteur du dire (l'inter-dit). Pour la psychanalyse, l'inter-dit n'est pas seulement une contrainte ou une interdiction, mais une parole adress&#233;e qui aide &#224; structurer le sujet. Il s'agit d'un moment o&#249; la loi est &#233;nonc&#233;e &#224; travers le langage, permettant une mutation symbolique du d&#233;sir. Par exemple, Denis Vasse illustre cela par la privation d'un objet introduite dans le registre symbolique par la parole, transformant ainsi la relation du sujet &#224; son d&#233;sir. Dans une perspective psychanalytique plus large, l'interdit est intrins&#232;quement li&#233; au langage et &#224; la loi symbolique. Lacan a montr&#233; que l'interdit structure le d&#233;sir et la subjectivit&#233; en imposant des limites n&#233;cessaires pour entrer dans l'ordre symbolique. L'interdit ne se r&#233;duit donc pas &#224; une simple privation ; il est aussi un espace de m&#233;diation o&#249; se joue la relation entre le sujet, son d&#233;sir et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La passion du vouloir-saisir propre au neutre est celui du lecteur pris dans le processus de l'&#233;criture d'un auteur qui aura donc accompli ce geste : log&#233; au c&#339;ur de sa pi&#232;ce, l'interdit (de l'objet) comme interdit (des sujets). En retirant l'objet du deal, en interdisant sa diction &#8212; est-ce une substance qu'ils dealent ; est-ce leur d&#233;sir ? Leur finitude ; rien ? &#8212;, en travaillent donc cet espace neutre comme suspension de la violence le temps de formuler le d&#233;sir (sans qu'on sache de quoi ?), Kolt&#232;s op&#232;re vivant le langage m&#234;me du d&#233;sir : sa violence suspendue, diff&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rer le diff&#233;rend, comme dans &lt;i&gt;Combat&#8230;&lt;/i&gt; : jouer le commerce du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le texte ne parle pas d'amour &#8212; qu'il s'agit moins de sujets aimants que fragment&#233;s dans le discours et par le discours amoureux. &#171; Des d&#233;sirs, j'en avais&#8230; &#187; l&#226;che &#224; la fin le Client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Kolt&#232;s n'aura de cesse de dire qu'il ne s'agit pas de cela &#8212; mani&#232;re de dire, dans l'insistance, que c'est de cela dans la mesure o&#249; cet enjeu est peut-&#234;tre la m&#233;taphore d'autres chose : la m&#233;taphore politique de tout affrontement ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Je ne voulais plus affronter les probl&#232;mes du th&#233;&#226;tre &#8212; les imp&#233;ratifs techniques. J'avais l'impression de me perdre un peu. J'avais besoin de retrouver ce qui touche &#224; l'&#233;criture, voir o&#249; j'en suis. J'ai voulu entrer directement dans le th&#232;me que j'essaie &#224; chaque fois d'aborder, et qui se noie. Quand on raconte une histoire, quand on &#233;crit des relations amoureuses, on &#233;vite le sujet, le principal ; c'est-&#224;-dire que les rapports entre les gens, les coupures entre eux, ne rel&#232;vent jamais du sentiment, ni du d&#233;sir, ni de ces choses-l&#224;. Pour &#234;tre sommaire, le monde pourrait se diviser entre qui sont complice et ceux qui se d&#233;testent sans aucun motif objectif. Et, naturellement, j'ai envie de parler des gens qui se d&#233;testent. Pour les autres, tout va bien, donc c'est sans int&#233;r&#234;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais pens&#233; d'abord &#224; mettre face &#224; face un chanteur de blues et un punk ; deux conceptions de la vie absolument oppos&#233;es, et c'est &#231;a qui compte. Quand la distance entre deux personnes est aussi grande, qu'est-ce qui reste ? La diplomatie, c'est-&#224;-dire le langage. Ils se parlent ou ils se tuent. Donc ils se parlent, mais ce n'est pas parce qu'ils s'embobinent l'un l'autre qu'ils se rapprochent l'un de l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, Le Monde, 11-12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;Dans la Solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, c'est donc aussi ici affronter le th&#233;&#226;tre, ou passer l'obstacle : ce serait refuser d'&#233;crire le th&#233;&#226;tre dans ses contraintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car est-ce du th&#233;&#226;tre ? On est loin de ce qui faisait l'essence de Quai ouest, ou de l'illusion de l'hypoth&#232;se r&#233;aliste de Combat. Ici, un acte de langage qui est &#224; la fois une situation d'&#233;nonciation et un &#233;nonc&#233; : pas d'entr&#233;e de personnage, pas de sortie donc, rien d'autre que des paroles qui se croisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res &#233;ditions de Minuit, l'indication Th&#233;&#226;tre n'appara&#238;t m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans un entretien en 1987, il pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Ce texte n'est pas &#233;crit pour le th&#233;&#226;tre ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Non, c'est un dialogue. Alors, savoir si on peut monter un dialogue au th&#233;&#226;tre ? Ch&#233;reau va prouver que oui. Mais, non, ce n'est pas une pi&#232;ce, &#231;a touche &#224; d'autres cordes. Je n'ai pas eu les soucis des pi&#232;ces, qui sont &#233;normes. Et l&#224;, j'ai eu une telle libert&#233;, un plaisir en me disant : si &#231;a ne se monte pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, Bleu-Sud, mars-avril 1987, (non revu par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cusation du genre dramatique ouvre d'abord grand les horizons pour une &#233;criture sans contrainte &#8212; m&#234;me si elle n'est pas l'occasion d'aller dans les territoires du roman ou du cin&#233;ma, au contraire. Il s'agit l&#224; d'une op&#233;ration de r&#233;duction et de concentration, plut&#244;t que d'une &#233;mancipation vers l'&#233;pop&#233;e sans borne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#231;a touche &#224; d'autres cordes : lesquelles ? Celle du combat de boxe ? (&#201;cho &#224; &lt;i&gt;Dans la Jungle des villes&lt;/i&gt;, de Brecht &#8212; que Kolt&#232;s avait sans doute vu au TNS en 1972 dans la mise en sc&#232;ne d'Andr&#233; Engel.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Vous observez deux &#234;tres humains se livrer comme sur un ring un inexplicable combat [&#8230;]. Ne vous cassez pas la t&#234;te sur les motifs de ce combat, mais prenez part aux enjeux humains, jugez sans parti pris la mani&#232;re de combattre de chaque adversaire, et portez toute votre attention sur le dernier round.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais dans ma nouvelle pi&#232;ce faire disputer une sorte de &#171; combat en soi &#187; ; un combat sans autre cause que le plaisir de se battre, et sans autre but que de d&#233;terminer &#171; le meilleur homme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertolt Brecht, Dans la jungle des villes, [trad. St&#233;phane Braunschweig], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres cordes, ce pourrait &#234;tre aussi celle du dialogue mod&#232;le assum&#233;, dialogue non pas tourn&#233; vers le th&#233;&#226;tre, mais dialogue philosophique &#224; la mani&#232;re du xviiie si&#232;cle &#8212; et c'est ainsi que le lira Ch&#233;reau, d&#232;s 1987 dans le texte du programme &#8212; et aussi dans le programme de sa reprise en 1995, avec une exergue emprunt&#233; &#224; Diderot :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/programmesolitude95.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/programmesolitude95.png?1735118709' width='500' height='475' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Comment s'&#233;taient-ils rencontr&#233;s ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ? Que vous importe ? D'o&#249; venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. O&#249; allaient-ils ? Est-ce que l'on sait o&#249; l'on va ?&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans le programme du spectacle Dans la solitude des champs de coton, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que Kolt&#232;s avait lu avec enthousiasme pendant la r&#233;daction de la pi&#232;ce Jacques le Fataliste de Diderot et qu'il s'&#233;tait passionn&#233; pour la rh&#233;torique de la disputatio des Lumi&#232;res. On pense au dialogue dans Le Neveu de Rameau du m&#234;me Diderot entre Lui et Moi. De fait, outre la forme, le texte est un creuset de m&#233;ditations philosophiques, ouvert aux sentences, aux maximes, aux m&#233;ditations m&#233;lancoliques (&#171; Regarder vers le ciel me rend nostalgique et fixer le sol m'attriste, regretter quelque chose et se souvenir qu'on ne l'a pas sont tous deux &#233;galement accablants. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p. 23&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialogue donc, sous forme de partie d'&#233;checs (Kolt&#232;s jouait d'interminables parties d'&#233;checs avec le dramaturge de Ch&#233;reau, Claude Stratz, par t&#233;l&#233;phone) : et dans la volont&#233; de placer face &#224; face un Noir (ce bluesman imperturbable) et un blanc (un punk &#233;nerv&#233; de l'East Side), il y aussi le d&#233;sir de figurer l'affrontement sch&#233;matique, pure, exposition d'une opposition radicale, sans mot : une partie d'&#233;checs, entre noirs et blancs, et toute la dramaturgie pourrait mimer ce mouvement, chaque r&#233;plique &#233;tant un coup &#8212; non pas seulement d'art martial, mais comme on dit aux &#233;checs qu'un joueur joue un &#171; coup &#187; : et la fin du texte &#233;pouse ce rythme propre aux parties d'&#233;checs quand toutes les pi&#232;ces ont &#233;t&#233; abattues, mises en pi&#232;ces, que les pi&#232;ces ont &#233;t&#233; dispos&#233;es et affront&#233;es, et balay&#233;es, et qu'il ne reste que roi face &#224; roi, jusqu'au mat final &#8212; &#224; moins que ce ne soit une partie nulle, z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire cette pi&#232;ce c'est &#233;crire et pour Patrice Ch&#233;reau et contre le th&#233;&#226;tre ; pour le plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Et vous l'avez &#233;crit en pensant &#224; Ch&#233;reau ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Je l'ai &#233;crit pour le plaisir. Mais je savais que Ch&#233;reau le monterait, parce qu'il me demandait beaucoup ce que j'&#233;crivais. Et je me disais : lui, &#224; mon avis, il est capable de le faire. Mais je ne me suis pas du tout souci&#233; de &#231;a. &#192; cause de la dramaturgie, la proportion du plaisir et de la difficult&#233;, il y a un moment o&#249; &#231;a bascule, et c'est navrant. C'est marrant de temps en temps de se remettre &#224; &#233;crire sans souci, juste pour le plaisir d'&#233;crire. J'avais oubli&#233; que je pouvais en avoir. Et l&#224;, je l'ai retrouv&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, Bleu-Sud, mars-avril1987, (non revu par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut lire la trajectoire d'&#233;criture de Kolt&#232;s dans une rapide et pr&#233;cipit&#233; mouvement d'&#233;mancipation du th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me, de ses r&#232;gles. Apr&#232;s les avoir durement acquises (suite &#224; de longues ann&#233;es de rejet) aupr&#232;s d'Hubert Gignoux, directeur du TNS sont mentor, et appliqu&#233;es avec rigueur pour Combat, et plus encore pour Quai Ouest nourri des le&#231;ons implacables de Ch&#233;reau qui avait su en r&#233;v&#233;ler certaines faiblesses, Kolt&#232;s prend le large : il le prendra encore davantage apr&#232;s la lecture (et la traduction de Shakespeare, dans Le Retour au d&#233;sert, et Roberto Zucco). On dirait qu'ici, Kotl&#232;s joue au th&#233;&#226;tre, &#224; l'&#233;criture th&#233;&#226;trale : d'o&#249; cet humour singulier, une langue dans l'humour plut&#244;t qu'une langue humouristique. La plaisanterie g&#233;n&#233;rale qu'est cette pi&#232;ce, dans les deux sens de l'&#233;nonciation qu'elle traverse : jamais un dealer ne parle comme cela, et jamais cela ne peut &#234;tre dit ainsi par un dealer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humour dans l'extr&#234;me virtuosit&#233; de la langue que saccage par &#233;clats des brutalit&#233;s qui la d&#233;masque. En t&#233;moigne par exemple, l'erreur de syntaxe de la premi&#232;re phrase : comme une fa&#231;on d'exposer la langue et de la brutaliser.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Si vous marchez dehors, &#224; cette heure et en ce lieu, c'est que vous d&#233;sirez quelque chose que vous n'avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis &#224; cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que m&#234;me cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m'en chasse pas, c'est que j'ai ce qu'il faut pour satisfaire le d&#233;sir qui passe devant moi, et c'est comme un poids dont il faut que je me d&#233;barrasse sur &lt;i&gt; &lt;strong&gt;quiconque&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;, homme ou animal, &lt;i&gt; &lt;strong&gt;qui&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; passe devant moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, premi&#232;re r&#233;plique. La faute de syntaxe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi &#233;crire contre Patrice Ch&#233;reau, et pour le th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'autre contre-pied, C'est l'autre dialectique, plus subtile, plus f&#233;roce. Combat de n&#232;gre&#8230; avait pu &#234;tre con&#231;u par Kolt&#232;s en rupture avec lui-m&#234;me pour que Ch&#233;reau puisse reconna&#238;tre cette pi&#232;ce &#8211; c'est du moins l'hypoth&#232;se audacieuse d'Anne-Fran&#231;oise Benhamou &#8212;, une pi&#232;ce ajust&#233;e &#224; la sc&#233;nographie majuscule et all&#233;gorique du metteur en sc&#232;ne, le poids de la fable dans l'&#233;laboration des dialogues, l'hostilit&#233; affective des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retour, la dramaturgie de Ch&#233;reau avait su d&#233;masquer les manques de rigueur dans l'&#233;laboration de la fable ou la coh&#233;rence psychologique de tel ou tel personnage. Si Kolt&#232;s a tent&#233; d'y r&#233;pondre dans Quai Ouest, l'acharnement &#224; parfaire la logique quasi classique de la structure cherchait &#224; correspondre encore &#224; la po&#233;tique de plateau que travaillait Ch&#233;reau &#8212; et d'ailleurs, l'&#233;pigraphe que Kolt&#232;s d&#233;posera &#224; la derni&#232;re sc&#232;ne de Quai Ouest peut se lire comme une reconnaissance de dette &#224; l'&#233;gard du metteur en sc&#232;ne, puisqu'elle est l'incipit de La Dispute de Marivaux, pi&#232;ce mont&#233;e par Ch&#233;reau en 1974 et qu'y fut comme un choc fondateur pour le jeune Kolt&#232;s. Cette &#233;pigraphe pourrait d&#233;crire &#224; la fois l'&#233;motion de Kolt&#232;s quand il rencontra l'&#339;uvre de Ch&#233;reau, et sa tentative d'ajuster son &#233;criture &#224; ce travail sc&#233;nographique : &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Qu'est-ce que cette maison o&#249; vous me faites entrer et qui forme un &#233;difice si singulier ? Que signifie la hauteur prodigieuse des diff&#233;rents murs qui l'environnent ? O&#249; me menez-vous ?&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; &#233;galement cette exclusion de la masse litt&#233;raire dans Quai Ouest qui contaminait aux yeux du metteur en sc&#232;ne l'&#233;criture &#171; naturelle &#187; de Kolt&#232;s &#8212; et qui fit que Ch&#233;reau, lorsqu'il le lut pour la premi&#232;re fois, &#233;carta La Nuit juste avant les for&#234;ts au profit de Combat de n&#232;gre et de chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monologues &#233;taient dans &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; rejet&#233;s entre parenth&#232;ses, et non destin&#233;s &#224; &#234;tre lus, comme une concession explicite faite &#224; Ch&#233;reau. Mais Kolt&#232;s, lorsqu'il compose Dans la solitude des champs de coton, s'affirme plus s&#251;r de sa langue, et surtout, certain que cette voie, formellement ultra-&#233;labor&#233;e, est une impasse. La preuve : il y perdait son plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il d&#233;cida de s'engager dans une direction spectaculairement litt&#233;raire : une succession de longs monologues qui dialogueraient, &#233;crits jusqu'au raffinement rh&#233;torique. Comble de la provocation, il &#233;vacuera la question de l'intrigue : la fable de cette pi&#232;ce tient dans l'action m&#234;me qu'ils ex&#233;cutent &#8212; l'&#233;change de deux hommes qui font de leur parole, la mati&#232;re de cet &#233;change. Il n'y a pas d'autre espace que l'abstraction du territoire de leur rencontre : Ch&#233;reau qui n'aimait rien tant qu'inventer des lieux se trouverait d&#232;s lors pris au pi&#232;ge de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Ch&#233;reau aime aussi, et surtout, c'est d&#233;ployer la puissance du sentiment amoureux jusqu'&#224; la d&#233;raison. Or, on a vu que c'&#233;tait l&#224; un th&#232;me &#8211; l'amour &#8211; que Kolt&#232;s r&#233;cuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut relire cette r&#233;ponse &#224; Colette Godard comme une adresse &#224; Ch&#233;reau.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Je ne voulais plus affronter les probl&#232;mes du th&#233;&#226;tre &#8212; les imp&#233;ratifs techniques. J'avais l'impression de me perdre un peu. J'avais besoin de retrouver ce qui touche &#224; l'&#233;criture, voir o&#249; j'en suis. J'ai voulu entrer directement dans le th&#232;me que j'essaie &#224; chaque fois d'aborder, et qui se noie. Quand on raconte une histoire, quand on &#233;crit des relations amoureuses, on &#233;vite le sujet, le principal ; c'est-&#224;-dire que les rapports entre les gens, les coupures entre eux, ne rel&#232;vent jamais du sentiment, ni du d&#233;sir, ni de ces choses-l&#224;. Pour &#234;tre sommaire, le monde pourrait se diviser entre qui sont complices et ceux qui se d&#233;testent sans aucun motif objectif. Et, naturellement, j'ai envie de parler des gens qui se d&#233;testent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, Le Monde, 11-12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Double adresse &#224; Ch&#233;reau. D'une part, Kolt&#232;s voudrait revenir &#224; l'&#233;criture, non pas aux lois de composition du th&#233;&#226;tre. D'autre part, il avait &#233;t&#233; un peu &#233;branl&#233; par cette mani&#232;re que Ch&#233;reau avait eue dans les spectacles pr&#233;c&#233;dents de d&#233;caper sa langue pour en d&#233;celer les implicites &#8212; c'&#233;tait l'immense force de Ch&#233;reau, qui savait comme personne lire &#224; travers un dialogue les relations qui en faisaient l'intensit&#233; dramatique. &#171; Le sujet principal &#187; pour un spectacle de Ch&#233;reau est toujours, peu ou prou, le d&#233;sir qui unit et d&#233;chire les &#234;tres. Son travail a toujours consist&#233;, pour lui, &#224; rendre lisibles les motivations des r&#233;pliques comme de la fable : l&#224; o&#249; Kolt&#232;s au contraire d&#233;cide de prendre parti pour l'hostilit&#233;, mais surtout d'&#233;vacuer autant que possible la question du sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt; peut se lire comme le d&#233;sir d'en finir avec l'implicite amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant : ma&#238;tre dans l'art de lever les motivations profondes d'un dialogue, Ch&#233;reau finira par rendre absolument lisible cette dimension &#233;rotique que Kolt&#232;s aurait voulu garder cach&#233;e. L'auteur avait m&#234;me insist&#233;, dans les entretiens, sur cette part d'hostilit&#233; radicale entre les deux personnages, comme s'il pressentait le travail que ferait le metteur en sc&#232;ne &#224; ce sujet. Ch&#233;reau s'en expliquera, un peu d&#233;sol&#233; d'avoir d&#251; prendre le contre-pied de l'auteur au profit de ce qui lui semblera le c&#339;ur vibrant du texte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Bernard a mis beaucoup de paravents devant sa pi&#232;ce. Nous sommes tous convaincus qu'elle ne doit pas raconter exclusivement une situation de drague, mais tant de moments du dialogue en retrouvent les m&#233;canismes&#8230; C'est &#224; nous d'&#233;largir cette situation. Bernard a tout fait pour que l'&#233;change du Dealer et du Client ne puisse jamais &#234;tre assimil&#233; &#224; cette relation. [&#8230;] (Mais) on ne se parlerait pas sur un plateau si le d&#233;sir n'&#233;tait &#224; assouvir &#224; travers l'autre &#8212; je ne dis pas que c'est forc&#233;ment l'autre qu'on d&#233;sire, mais l'objet du d&#233;sir doit passer par une transaction avec l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des d&#233;sirs, j'en avais &#187;, entretien de Patrice Ch&#233;reau et Claude Stratz (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour Ch&#233;reau, le dialogue semble ainsi toujours une approche, et le recul une mani&#232;re comme une autre &#8212; plus pr&#233;cieuse, car plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#8212; de faire un pas vers l'autre. Ainsi avait-il compris Marivaux, ainsi avait-il mont&#233; Combat de n&#232;gre et de chiens, ainsi lira-t-il Quai Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;, Kolt&#232;s choisit tout ce que refuse Ch&#233;reau : l'&#233;tranget&#233; radicale et la radicale incompr&#233;hension entre les &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est devant cette pi&#232;ce comme devant cet impossible : Ch&#233;reau choisit le manifeste et par l&#224;, r&#233;alise en acte la pi&#232;ce, et l'abolit car d&#233;truit le latent. Mais si on maintient le latent en l'&#233;tat, on reste sourd &#224; un dialogue de sourds : ou comme pris de vertige dans le vacarme des mots.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_13423 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-13423 &#034; data-id=&#034;ae932705108015b7bd79721c295450d6&#034; src=&#034;IMG/mp3/04_silvousplait.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:21}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Silvousplait
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s/Kolt&#232;s, Combats avec la Sc&#232;ne (Th&#233;&#226;tre Aujourd'hui N&#176;5) (1995)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript60689662769de7a07def144.63571450&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;S'il vous plait dans le vacarme de la nuit, n'avez rien dit que vous d&#233;siriez de moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, outre un lieu, une &#233;motion, une exp&#233;rience inexprimable, un d&#233;sir cach&#233;, latent, un th&#233;&#226;tre manifeste et brutalis&#233;, un plaisir d'&#233;crire et de l'offrir en pr&#233;sent &#224; qui voudrait bien l'ouvrir, comme on tire la ficelle d'un cadeau, m&#234;me s'il n'y a rien dedans, ou comme au c&#339;ur des pyramides, ce fond des sarcophages vide soit parce que les pilleurs ont tout pris, soit qu'il n'y avait rien, &#224; moins que le secret soit ailleurs, dispers&#233; dans une anti-chambre pour tromper les pilleurs : &#233;crire Dans la solitude des champs de coton serait tout cela donc, une mani&#232;re de th&#233;or&#232;me mais qui ne vaudrait que pour l'ex&#233;cution de sa partition : une danse de capoeira, car c'est l&#224; ce qu'avait &#233;crit Kolt&#232;s aussi, et qu'il reconna&#238;tra, apr&#232;s coup, dans la d&#233;couverte de cette danse &#8212; danse d'esclaves au Br&#233;sil qui n' que l'apparence de la danse mais con&#231;u pour tromper les ma&#238;tres, et qui est en fait, secr&#232;tement, clandestinement, un entra&#238;nement patient &#224; la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt; serait donc in fine : la longue formulation d'une br&#232;ve question qui en est la r&#233;ponse cach&#233;e au-dedans d'elle : alors, quelle arme ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/pho1888b5b4-b865-11e4-9d8f-91f6d13db216-805x453.jpg?1735121836' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Jean-Pierre Han, Revue Europe, 1e trim. 1983 (revu par l'auteur), in &lt;i&gt;Une Part de ma vie,&lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1999, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, entretien avec Jacques Lemire (1981).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Michel Guy, de New York, non dat&#233;e 1981, in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 2009, p. 442.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrice Ch&#233;reau, Programme du spectacle &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Bon, &lt;i&gt;Pour Kolt&#232;s&lt;/i&gt;, Solitaires Intempestifs, 2000, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, p. 48-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &lt;i&gt;Le Neutre, Cours au Coll&#232;ge de France (1977&#8211;1978).&lt;/i&gt; Texte &#233;tabli, annot&#233; et pr&#233;sent&#233; par Thomas Clerc, Paris, Seuil IMEC, 2002, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11-12 janvier 1987 [in&#233;dit].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, &lt;i&gt;Bleu-Sud&lt;/i&gt;, mars-avril 1987, (non revu par l'auteur), repris in &lt;i&gt;Une part de ma vie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertolt Brecht, &lt;i&gt;Dans la jungle des villes&lt;/i&gt;, [trad. St&#233;phane Braunschweig], L'Arche, 1998 [1922], p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans le programme du spectacle &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, mis en sc&#232;ne par Patrice Ch&#233;reau, en 1995 (troisi&#232;me version).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p. 23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, &lt;i&gt;Bleu-Sud&lt;/i&gt;, mars-avril1987, (non revu par l'auteur), repris in &lt;i&gt;Une part de ma vie, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, premi&#232;re r&#233;plique. La faute de syntaxe &#8212; usage redondant du pronom relatif &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;quiconque&lt;/i&gt; &#8212; avait &#233;t&#233; relev&#233; par Fran&#231;ois Bon qui en propose une lecture d&#233;cisive dans son essai &lt;i&gt;Pour Kolt&#232;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, &lt;i&gt;Le Monde,&lt;/i&gt; 11-12 janvier 1987 [in&#233;dit].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des d&#233;sirs, j'en avais &#187;, entretien de Patrice Ch&#233;reau et Claude Stratz avec Anne-Fran&#231;oise Benhamou, livret-programme de &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, Od&#233;on-Th&#233;&#226;tre de l'Europe, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s | &#171; Avec tant de reflets m&#233;lang&#233;s &#224; travers le miroir &#187; </title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/article/koltes-avec-tant-de-reflets-melanges-a-travers-le-miroir</link>
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		<dc:date>2024-12-07T21:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Communication avec Christophe Bident | 7 d&#233;cembre 2024 &#8226; Paris Nanterre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2024-10-11_a_22.17_28_copie.png?1733865502' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Texte (et enregistrement) de l'intervention commune avec Christophe Bident, lors de la journ&#233;e d'&#233;tude d'agr&#233;gation le 7 d&#233;cemvre 2024 &#224; Paris-Nanterre. Une fa&#231;on de dialoguer ensemble avec l'&#339;uvre de Kolt&#232;s interrog&#233;e ici sous le prisme de ses reflets et de ses &#233;clats dialogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Centr&#233;es, les citations de Kolt&#232;s distribu&#233;es ; justifi&#233;e, les propos de Christophe ; d&#233;cal&#233; &#224; droite, les miens.)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_13445 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-13445 &#034; data-id=&#034;b320f42b44b930aa985795bb309aad08&#034; src=&#034;IMG/mp3/christophe_bident_arnaud_mai_setti.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:2800}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B : &#171; Josiane, &#224; la droite, c'est le reflet du photographe et &#224; la gauche, le reflet du reflet de je ne sais qui ou quoi. Avec tant de reflets m&#233;lang&#233;s &#224; travers le miroir, que reste-t-il de l'homme ? &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Josiane Kolt&#232;s, 1989, Lettres, p.522.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A : Avec tant de reflets m&#233;lang&#233;s &#224; travers notre miroir, que reste-t-il de Kolt&#232;s ?
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REFLET 1 : JARMUSCH &#8211; ET LE TEMPS &lt;/h2&gt;&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B : &#171; Quand j'ai vu le film de Jim Jarmusch, &lt;i&gt;Down by law&lt;/i&gt;, je me suis retrouv&#233; dans les relations entre Tom Waits et John Lurie, r&#233;unis &#224; leur corps d&#233;fendant. Ce qui se passe entre eux est myst&#233;rieux comme dans un match de boxe. On met deux hommes sur un ring. Ils doivent se battre et gagner. Deux personnes qui ne se connaissent pas, se tapent &#224; mort devant le public, vivent des choses qui d&#233;passent la passion amoureuse. Face &#224; l'adversaire, ils se d&#233;pouillent, souffrent comme jamais. Chez moi, ils se battent par le langage, et le langage entra&#238;ne une transformation en eux. Ils jouent &#224; &#171; si tu voulais, on serait copains &#187;, sans &#234;tre dupes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, Le Monde, 11-12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Tu as raison, Laurette, on ne peut pas toujours vivre au pr&#233;sent. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Down By Law, Jim Jarmusch&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : &#171; Tu joues, tu te d&#233;fonces, tu frimes&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Faut bien que je me marre&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : &#171; Je sais&#8230; Tu as toujours des plans pour l'avenir, et pourquoi ? Parce que tu bousilles le pr&#233;sent. (&#8230;) Je peux te dire des trucs sur toi dont tu t'es jamais dout&#233;&#8230; qui n'ont jamais p&#233;n&#233;tr&#233; ton cr&#226;ne pointu. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : Tu sais ce qu'on dit&#8230; si t'as plus faim, fais comme l'&#233;crevisse, pars &#224; reculons.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vivre au pr&#233;sent &#187; serait donc cultiver &#171; l'ignorance de l'avenir &#187;, pour reprendre les mots du Voyageur de Nietzsche &#224; son ombre (GS 287), ne se soucier d'aucune cons&#233;quence, m&#234;me personnelle, m&#234;me suicidaire, d'un acte imm&#233;diat de plaisir, un acte d'autant plus jouissif qu'il ignore tout de l'alt&#233;rit&#233; et du lendemain. Dans le film de Jarmusch, la concession de Jack &#224; Laurette n'est qu'une d&#233;n&#233;gation provisoire, propre &#224; diluer le temps de la discussion, &#224; pr&#233;server et r&#233;server l'intensit&#233; de l'addiction. En contrepoint, l'analyse de la femme, noire, qui fait partie de son r&#233;seau de prostitu&#233;es, a pour but de montrer au spectateur non seulement l'inanit&#233; des projets de Jack, mais &#233;galement leur contradiction intrins&#232;que : ses &#171; plans pour l'avenir &#187; n'ont d'autre but que de &#171; bousiller le pr&#233;sent &#187;, ce que la sc&#232;ne suivante va imm&#233;diatement prouver : pour mieux d&#233;penser son &#233;ternel pr&#233;sent, Jack cherche &#224; &#233;tendre son r&#233;seau de jeunes femmes, tombe dans le pi&#232;ge qui lui est tendu par un autre prox&#233;n&#232;te, est arr&#234;t&#233; par la police et croupit en prison. Entre-temps cependant, entre la sc&#232;ne de discussion et la sc&#232;ne d'arrestation, Jack descend dans la rue et croise un homme, noir, qui lui donne un conseil : &#171; pars &#224; reculons &#187;. Mais comme il a toujours &#171; faim &#187;, Jack ne tient pas compte de cet avertissement et continue sa marche en avant aveugle vers son arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kolt&#232;s dit avoir &#171; retrouv&#233; &#187; la situation de la &lt;i&gt;Solitude&lt;/i&gt; dans le film de Jarmusch, qu'il a vu plusieurs mois, presque un an apr&#232;s avoir fini d'&#233;crire le texte. Il n'y a donc pas d'influence du film sur le texte, mais une reconnaissance. Dans l'entretien qu'il accorde &#224; Colette Godard, Kolt&#232;s met l'accent sur l'hostilit&#233; entre les deux personnages, &#171; r&#233;unis &#224; leur corps d&#233;fendant &#187;, Jack (John Lurie) et Zack (Tom Waits), et compare leur relation &#171; myst&#233;rieuse &#187; &#224; celle qui peut rassembler deux boxeurs sur un ring. Il confronte alors la lutte verbale de son Dealer et de son Client au combat de boxe &#8211; comme il opposera, dans le programme distribu&#233; aux spectateurs &#224; la cr&#233;ation de Ch&#233;reau, &#171; l'&#233;change des mots &#187; &#224; &#171; l'&#233;change des coups &#187;. Or c'est bien l&#224;, selon lui, une question de sc&#233;nario, et de temps :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; L'&#233;change des mots ne sert qu'&#224; gagner du temps avant l'&#233;change des coups, parce que personne n'aime recevoir des coups et tout le monde aime gagner du temps &#187;. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas certain que &#171; personne n'aime recevoir des coups et tout le monde aime gagner du temps &#187;, mais on voit bien que c'est la situation dans laquelle Kolt&#232;s place Dealer et Client. Et c'est &#224; cet endroit qu'il reconna&#238;t dans le film de Jarmusch une situation pr&#233;alable &#224; celle de la Solitude, non pas pr&#233;alable au sens chronologique, mais au sens logique, psychologique, physiologique : il y reconna&#238;t une r&#233;f&#233;rence, comme la sc&#232;ne de passage &#224; tabac &#224; l'a&#233;roport de Lagos a pu servir de r&#233;f&#233;rence, ou de l&#233;gende originelle, &#224; la situation de Combat. Ce que le film de Jarmusch met en sc&#232;ne est exactement ce que la Solitude va &#233;viter : l'indiff&#233;rence au langage de l'autre ; la n&#233;cessit&#233; d'un tiers pour &#233;viter le duel du chien et du chat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rembobinons, comme on disait alors, le film, et revoyons la sc&#232;ne. Chez Jarmusch, Jack est indiff&#233;rent aux paroles de la femme allong&#233;e dans son lit (&#171; qu'est-ce que tu peux causer ! &#187;, lui dit-il alors qu'elle se plaint de son silence : &#171; je peux rester l&#224; &#224; user ma salive, tu n'entends pas un mot &#187;). Il est tout aussi indiff&#233;rent, on l'a vu, aux paroles de l'homme qu'il croise dans la rue. De son c&#244;t&#233;, Zack n'a pas grand-chose, lui non plus, &#224; r&#233;pondre aux reproches de sa petite amie qui le met &#224; la rue, et lorsque Jack et Zack se rencontrent en prison, c'est seulement l'arriv&#233;e d'un tiers, Bob, un Italien extravagant (Roberto Begnini), qui va emp&#234;cher la relation de virer au pugilat. &lt;i&gt;Dans la Solitude,&lt;/i&gt; au contraire, le dialogue n'a de cesse de diff&#233;rer le combat. Le Dealer et le Client sont attentifs l'un &#224; l'autre ; ils n'ont pas besoin d'un tiers pour se parler : ils ont int&#233;gr&#233;, d'entr&#233;e de jeu, que le langage est susceptible de sublimer tout diff&#233;rend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce si simple ? Les premi&#232;res r&#233;pliques montrent que non. C'est que, comme l'&#233;crivait Kolt&#232;s &#224; Gignoux d&#232;s 1970, &#171; dans les rapports entre les personnes, c'est un peu comme deux bateaux pos&#233;s chacun sur deux mers en temp&#234;te, et qui sont projet&#233;s l'un contre l'autre, le choc d&#233;passant de loin la puissance des moteurs &#187;. Il ne s'agit donc pas forc&#233;ment de savoir si le Dealer a interrompu la trajectoire du Client ou si le Client est pass&#233; pr&#232;s du Dealer pour le provoquer. Au contraire, comme le dit subtilement le Dealer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Et si je dis que vous f&#238;tes une courbe, et que sans doute vous allez pr&#233;tendre que c'&#233;tait un &#233;cart pour m'&#233;viter, et que j'affirmerai en r&#233;ponse que ce fut un mouvement pour vous rapprocher, sans doute est-ce parce qu'en fin de compte vous n'avez point d&#233;vi&#233;, que toute ligne droite n'existe que relativement &#224; un plan, que nous bougeons selon deux plans distincts, et qu'en toute fin de compte n'existe que le fait que vous m'avez regard&#233; et que j'ai intercept&#233; ce regard ou l'inverse, et que, partant, d'absolue qu'elle &#233;tait, la ligne sur laquelle vous vous d&#233;placiez est devenue relative et complexe, ni droite ni courbe, mais fatale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p.17-18.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Chacun sur sa &#171; mer en temp&#234;te &#187;, chacun sur son &#171; plan distinct &#187;, Dealer et Client se trouvent dans une situation &#171; relative et complexe &#187;, et &#171; fatale &#187;. Si Jack est indiff&#233;rent aux avertissements qu'il re&#231;oit de la fatalit&#233;, et qu'ainsi son destin le conduit en prison, le Client et le Dealer dialoguent, r&#233;fl&#233;chissent, pervertissent, mais parlent. Si Jack refuse de prendre conscience que jouir de l'instant est aussi jouir de la mort, &#171; &#224; son corps d&#233;fendant &#187;, que &#171; d&#233;penser &#187;, c'est &#171; bousiller &#187;, la parole, au contraire, &#233;cart&#232;le le temps de la d&#233;pense, r&#233;fl&#233;chit les motifs de la jouissance, diff&#232;re le d&#233;sespoir et retarde la fatalit&#233;. Donn&#233;e, abstraitement, dans l'artifice d'un pur dialogue, comme &#233;criture, Kolt&#232;s &#233;l&#232;ve cette parole au rang d'un mod&#232;le transperc&#233; d'ironie. Bien s&#251;r, dans une situation r&#233;aliste, le Dealer et le Client ne se parleraient pas plus d'une minute et si la rencontre tournait mal, personne n'attendrait une heure et demie d'&#233;changes pour d&#233;gainer une arme ; et qui, dans ces espaces &#171; non homologu&#233;s &#187;, suivrait une coutume ancienne pour provoquer un duel en proposant &#224; l'autre le choix de l'arme ? Car si rien n'indique, pour &lt;i&gt;Dans la Solitude&#8230;,&lt;/i&gt; que les deux protagonistes vont se battre de quelque mani&#232;re, tout montre, par la construction du discours, ses monologues crois&#233;s, ses r&#233;ponses diff&#233;r&#233;es ou qui parfois pr&#233;c&#232;dent m&#234;me les questions, que le dialogue pourrait recommencer aussit&#244;t qu'il s'est &#233;puis&#233;. Kolt&#232;s ouvre &lt;i&gt;Dans la Solitude&#8230;&lt;/i&gt; le temps d'un cycle ouvert &#224; la r&#233;p&#233;tition infinie d'un &#171; commerce du temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'&#233;tait pas le cas dans Combat, o&#249; l'arme tue, venge, de mani&#232;re pr&#233;m&#233;dit&#233;e, la nuit pass&#233;e, l'ultimatum atteint. L'homme noir n'est pas ici celui qui pr&#233;vient de la fatalit&#233; : c'est au contraire le vieil homme blanc, acclimat&#233; &#224; l'Afrique, qui tente de convaincre le criminel de marcher &#171; &#224; reculons &#187;. Dans cette pi&#232;ce &#224; quatre personnages, constitu&#233;e presque uniquement de &#171; dialogues &#224; deux &#187;, les valeurs d'usage du langage sont multiples mais au milieu des hommes, L&#233;one tente d&#233;j&#224; de s'approcher de l'enjeu &#233;thique de la Solitude. Conna&#238;tre l'autre, pense-t-elle, demande de le conna&#238;tre dans sa langue, demande de conna&#238;tre la langue de l'autre, et cela prend du temps :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#201;ONE. &#8211; Oui, oui, c'est comme cela qu'il faut parler, vous verrez, je finirai par saisir. Et moi, vous me comprenez ? si je parle tr&#232;s doucement ? Il ne faut pas avoir peur des langues &#233;trang&#232;res, au contraire ; j'ai toujours pens&#233; que, si on regarde longtemps et soigneusement les gens quand ils parlent, on comprend tout. Il faut du temps et voil&#224; tout. Moi je vous parle &#233;tranger et vous aussi, alors, on sera vite sur la m&#234;me longueur d'onde.&lt;br class='autobr' /&gt;
ALBOURY. &#8211; Wax ngama dellusil, maa ngi nii.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#201;ONE. &#8211; Mais lentement, n'est-ce pas ? sinon, on n'arrivera &#224; rien.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combat de n&#232;gre et de chiens, p.58.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est que provoquer et maintenir le temps de l'&#233;change, dans un monde empli de tant de contradictions, de tant de faisceaux de violence, est &#233;puisant. &lt;i&gt;Dans la Solitude&#8230;&lt;/i&gt;, apr&#232;s avoir demand&#233;, &#224; deux reprises, du temps (&#171; Je demande du temps. (&#8230;) Je demande du temps &#187;), le Client constate que &#171; l'obscurit&#233; (est) si profonde qu'elle demande trop de temps pour qu'on s'y habitue &#187;, et que &#171; la solitude nous fatigue &#187;. Bob, alors, pourrait les aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si Kolt&#232;s se reconna&#238;t dans Jarmusch, reconna&#238;t la Solitude dans Down by law, c'est parce qu'au fond ses &#171; personnages &#187; sont aussi paum&#233;s que Jack et Zack, et que le film comme le texte, compos&#233;s comme deux monologues ignorants l'un de l'autre mais qui finissent par se croiser, trouvent, chacun, un moyen d'exemplifier le rapport &#233;thique qui permet d'&#233;viter le combat : l'introduction du tiers chez l'un, l'&#233;laboration du dialogue chez l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera toujours chez Kolt&#232;s cette lutte entre deux temps, lutte chiasmatique, entre temps de la perte et gain de temps, entre jouissance du risque et jouissance d'un langage qui prend en compte la compr&#233;hension, ou la reconnaissance, du myst&#232;re &#8211; une autre forme d'intelligence, &#233;crivait-il &#224; sa m&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Il faut apprendre une autre mani&#232;re de penser, qui est contemplative : qui ne cherche ni l'explication, ni la compr&#233;hension, moins encore cette forme de jugement qu'est le remords : c'est une mani&#232;re de penser qui ne peut &#234;tre que muette (parce que les mots et les images sont un obstacle et une r&#233;duction de cette pens&#233;e) (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Lettre de Bernard-Marie Kolt&#232;s &#224; sa m&#232;re, 21 juillet 1976, Lettres, p.262.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement ce qu'il nomme, devant Tikal, &#171; un retournement du sens du temps &#187;, ajoutant : &#171; on est devant l'&#233;laboration interminable et progressive d'un projet d'avenir tr&#232;s lointain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Josiane et Fran&#231;ois Kolt&#232;s, 17 septembre 1978, Lettres, p.360.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#171; retourner le sens du temps &#187;, ce n'est &#233;videmment pas revenir en arri&#232;re de mani&#232;re pass&#233;iste, nostalgique, r&#233;active voire r&#233;actionnaire : c'est voir que le temps plonge toujours dans le secret, le myst&#232;re, que le temps n'est qu'un pr&#233;sent infini, infiniment dilat&#233;, qui repousse ind&#233;finiment l'avenir, qui oscille entre deux modes de &#171; d&#233;pense agonistique &#187;, chacune, comme le souligne Bataille, ayant &#171; sa fin en elle-m&#234;me &#187; : le &#171; bousillement &#187; et la parole.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REFLET 2 : CH&#201;REAU &#8211; ET LA VALEUR D'USAGE DU LANGAGE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A. : &#171; Mais les choses belles sont secr&#232;tes et jalouses, et il faut de la patience. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carte postale &#224; sa m&#232;re, de New York, le 19 mai 1981, in Lettres, p. 441.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : &#171; S'il vous pla&#238;t, dans le vacarme de la nuit, n'avez-vous rien dit que vous d&#233;siriez de moi, et que je n'aurais pas entendu ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Dans la solitude des champs de coton, p.61)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. Le Dealer a-t-il dans son impatience &#8211; devant le temps infiniment bousill&#233; et qui ne cesse pas de ne jamais tout &#224; fait se bousiller &#8211;, n&#233;glig&#233; d'entendre ce qu'on lui disait ? Dur d'oreille, le Dealer, plut&#244;t que dur en affaire &#8212; alors que l'ensemble de cette partition du deal a semble-t-il amolli son c&#339;ur &#8212; voir comment Ch&#233;reau fait entendre, dans le plus haut degr&#233; de d&#233;sespoir, cette r&#233;plique, trou&#233;e de silence&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip_document_13423 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende&#034; data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-13423 &#034; data-id=&#034;ae932705108015b7bd79721c295450d6&#034; src=&#034;IMG/mp3/04_silvousplait.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:21}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Silvousplait
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s/Kolt&#232;s, Combats avec la Sc&#232;ne (Th&#233;&#226;tre Aujourd'hui N&#176;5) (1995)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript44393575769e1ecdd027344.18562102&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyNzk1ODQwJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI3OTU4NDAnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Qu'est-ce &#224; dire, et qu'est-ce &#224; entendre ? Ainsi, des choses auraient &#233;t&#233; dites qu'on n'a pas entendues, tout occup&#233; qu'on &#233;tait &#224; vouloir entendre autre chose, ou tout assailli qu'on fut du vacarme de la nuit qui aura donc tout recouvert ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Po&#233;tique du malentendu : et il se joue entre le Dealer et le Client ce qui se joue de la pi&#232;ce au spectateur (de quoi s'agit-il et l'ai-je bien entendu ?), et qui s'est jou&#233; de Kolt&#232;s &#224; Ch&#233;reau : on dit une chose, et on entend l'autre chose, parce qu'elle prise dans le bruit du monde o&#249; elle surgit et qu'on d&#233;sire l'entendre : et qu'on ne sait pas si ce qu'on entend est le monde lui-m&#234;me, vacarme, t&#233;n&#232;bres, ou langage qui le perce et le d&#233;voile. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'est-ce pas cela qu'on nomme th&#233;&#226;tre, ce lieu et cette heure o&#249; ce qui se dit n'est pas tout &#224; fait ce qu'on entend, et ce qui s'entend ne s'ajuste pas tout &#224; fait &#224; ce qui se dit,&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
&#8230; non pas seulement parce qu'au th&#233;&#226;tre on ne dit pas &#171; je suis triste &#187;, mais &#171; je vais faire un tour &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#171; Cal ne dirait pas &#8216;&#8216;je suis triste'', il dirait &#8216;&#8216;je vais faire un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi parce que celui qui entend ceci voudrait entendre cela &#8211; sans rien dire de ce qui s'&#233;chappe de soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un d&#233;sir comme du sang &#224; vos pieds a coul&#233; hors de moi, un d&#233;sir que je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, coule hors de soi, sang, sperme, mots qui deviennent des aveux qui &#224; soi-m&#234;me nous d&#233;figurent et nous d&#233;voilent, nous jugent et accusent, nous accablent et nous d&#233;chirent.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Quelle est cette langue qui n'est pas ce qu'elle dit, et qui d&#233;pend pour l'entendre d'un ajustement d'un besoin &#224; son d&#233;sir ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
On reconna&#238;trait ici une &#233;conomie singuli&#232;re de la parole : en fait d'&#233;conomie morale, une &#233;conomie politique d'un usage de la parole dans le cadre d'une transaction particuli&#232;re. Une sorte d'escroquerie g&#233;n&#233;ralis&#233;e gouverne ici les circulations des mots, une perversion. On a touch&#233; au langage comme on pose la main sur une vierge qui s'est r&#233;v&#233;l&#233;e putain. Et on ne sait plus, dans ce vertige, ce qu'il en est de la valeur du langage : valeur d'usage (o&#249; le prix est d&#233;termin&#233; en fonction du besoin qu'on a de l'objet) ou valeur d'&#233;change (qui se r&#233;f&#232;re au prix que le march&#233; est pr&#234;t &#224; payer pour l'objet, d&#233;termin&#233;e dans son rapport aux autres marchandises). Ou pour le formuler dans les termes de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; En tant que valeur, la marchandise est universelle, en tant que marchandise r&#233;elle, elle est une particularit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Als Wert ist sie allgemein, als wirkliche Ware eine Besonderheit &#187;, Karl (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Si la valeur d'usage est intrins&#232;quement subjective et d&#233;pend de son d&#233;sir, la valeur d'&#233;change est &#233;tablie du dehors, comme une loi. De fait, ce qui se joue, dans ce langage, c'est un ajustement permanent, et une mobilit&#233; toujours instable de ces valeurs : on croit que la langue poss&#232;de telle valeur, et elle en a une autre ; on a l'impression que le mot signifie ceci parce qu'on le veut, mais il dit cela, parce que tout autre chose l'exige ; on est s&#251;r d'avoir entendu ce qui est dit, mais c'est autre chose qui s'est dit &#224; travers ces mots ; d&#232;s lors, a-t-on bien entendu ? Alboury veut-il le corps de son fr&#232;re et est-ce bien son fr&#232;re ? L&#233;one l'a bien entendu parler &#233;tranger, mais &#233;tait-ce bien de l'Alsacien &#8212; Ch&#233;reau lui n'entendra que l'allemand fautif et corrigera. Le Client lui aussi corrige : &#233;blouit de ses non, &#224; moins que son non veut dire oui : que refuser est une mani&#232;re d'accepter. Valeurs d'usage et valeur d'&#233;change s'&#233;changent dans l'usage miroitant de l'un et de l'autre : devant ce vertige, nous sommes [14] &#171; comme devant ces hommes travestis en femmes qui se d&#233;guisent en hommes, &#224; la fin, on ne sait plus o&#249; est le sexe. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p. 32.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
C'est donc qu'on le cherchait ? N'est-ce pas celui-l&#224;, ce mot qu'on d&#233;sirait entendre et qu'on n'a pas entendu &#8211; Ou ce mot qu'on refusait d'entendre et qui ne cessait d'&#234;tre dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
&#192; sa m&#232;re, en 1977, Kolt&#232;s avait &#233;crit une langue lettre pour lui expliquer &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; : mais Germaine avait tout &#224; fait compris de quoi il s'agissait (Patrice ne lira pas autrement les textes que Germaine), et qu'en d&#233;pit du vacarme de cette nuit, c'&#233;tait bien une demande de sexe &#8212; &#171; il n'y a pas que le sexe dans la vie, et ton texte ne parle que de &#231;a &#187; &#8212;, lui avait-elle &#233;crit, en forme de reproche que ne lui fera pas Patrice : &#171; je te r&#233;pondrai, entre autres, se justifie Kolt&#232;s, sous forme de plaidoirie de la d&#233;fense, que mon personnage parle de tout sauf de cela, qui est pour lui un sujet tellement familier, donc facile, que c'est de celui-l&#224; qu'il se sert pour parler du reste. Quant &#224; ce qu'est ce reste, je ne peux pas te le dire comme cela, puisqu'il m'a fallu une pi&#232;ce pour l'exprimer et qu'il n'y a pas d'autres moyens. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, Lettres, p. 298-299.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas d'autres moyens &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Ici, Bernard rejoue/redouble le fonctionnement de sa langue : le mot sert &#224; autre chose qu'&#224; lui-m&#234;me, quand bien m&#234;me c'est lui qu'on a entendu. Pi&#232;ce qui &#233;chappe donc &#224; l'interpr&#233;tation &#8212; au sens herm&#233;neutique de l'interpr&#232;te d'une langue &#233;trang&#232;re, celui qui trouve une &#233;quivalence de sens au mot donn&#233; dans la langue &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
En effet&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Il n'y a pas de r&#232;gle ; il n'y a que des moyens ; il n'y a que des armes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p. 60.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que des moyens : il n'y a que des mots qui ne sont pas ceux-l&#224;, et qui portent d'autres mots, qui &#233;chapperont toujours. &lt;br class='autobr' /&gt;
Usage de la langue : usage m&#233;taphorique non par ornement, mais par n&#233;cessit&#233; de dire autrement ce qu'il en est, puisqu'on ne peut pas dire comme il en est.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour en revenir &#224; mon personnage (ajouta &#224; la fin de la lettre, Bernard &#224; sa ch&#232;re petite maman qui voudrait savoir, comme le Dealer, ce qui a &#233;t&#233; dit si ce n'est pas le sexe, et qu'elle n'aurait pas entendu), la question est de savoir s'il a d'autres moyens que celui-l&#224; d'avoir un rapport d'amour avec les autres &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, Lettres, p. 298-299.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
On sait depuis longtemps que Ch&#233;reau dira que non, qu'il n'y a pas d'autres moyens. On sait maintenant que le Carnet Rouge dira bizarrement aussi, et diff&#233;remment, que non :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/carnetrouge_baiserparlesmots.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/carnetrouge_baiserparlesmots.png?1733864708' width='500' height='406' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;et qu'il s'agit de &#171; Baiser par les mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Par del&#224; le vacarme de la nuit, cela revient &#224; chercher ce &#171; degr&#233; de connaissance, de tendresse, d'amour, de compr&#233;hension, de solidarit&#233;, qui est atteint en une nuit, entre deux inconnus, sup&#233;rieurs &#224; celui que parfois deux &#234;tres en une vie ne peuvent atteindre &#187;. Que c'est pr&#233;cis&#233;ment l'ajustement permanent des valeurs d'usage et d'&#233;change du langage qui permet non la fusion par le sexe, mais la connaissance et la solidarit&#233;, qui peut tout aussi bien &#234;tre d'hostilit&#233; ou de d&#233;saccord (et l&#224; encore, point de fusion, point de r&#233;conciliation fusionnelle).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce myst&#232;re-l&#224;, conclut le fils &#224; sa m&#232;re dans le vocabulaire de la mystique qu'elle domine mieux, m&#233;rite bien qu'on ne m&#233;prise aucun moyen d'expression dont on est t&#233;moin, mais que l'on passe au contraire son temps &#224; tenter de les comprendre tous, pour ne pas risquer de passer &#224; c&#244;t&#233; de choses essentielles. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, Lettres, p. 299.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [Or], (avait-il &#233;crit plus haut), plus la chose &#224; dire est importante, essentielle, plus il est impossible de la dire : c'est-&#224;-dire : plus on a besoin de parler d'autre chose pour se faire comprendre par d'autres moyens que les mots qui ne suffisent plus. Jamais tu n'entendras dire &#224; quelqu'un qui souffre de la solitude : &#8220;je suis seul&#8221;, ce qui est ridicule et humiliant ; mais il te parlera d'un certain nombre de choses d&#233;risoires, et le rapport s'&#233;tablit entre deux &#234;tres dans la mesure o&#249; ils se comprennent &#224; travers ce d&#233;risoire-l&#224;.) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, Lettres, p. 298.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Et le rapport s'&#233;tablit : et puisqu'il n'y a pas de rapport sexuel, et qu'il n'y a pas (encore moins) d'amour, qu'il n'y a que de la solitude, il n'y aurait qu'un rapport &#224; travers le d&#233;risoire &#8212; l'autre nom du vacarme &#8212; de solitude &#224; solitude, o&#249; il s'agit toujours de dire autre chose que ce qu'on dit pour dire autre chose que ce qu'on d&#233;sire, et qu'il ne s'agit jamais de dire quelque chose pour accomplir cette chose, mais d'&#233;tablir un rapport sans cesse repris, car toujours manqu&#233;, et donc appel&#233; &#224; se rejouer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-REFLET 3 : BARTHES &#8211; ET COMPRENDRE OU RECONNA&#206;TRE &lt;/h2&gt;&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Dis-moi, l'amoureux, quand tu per&#231;ois &#171; tout d'un coup l'&#233;pisode amoureux comme un n&#339;ud de raisons inexplicables et de solutions bloqu&#233;es &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, &#171; Comprendre &#187;, Fragments d'un discours amoureux, in &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que t'&#233;cries-tu ?
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Je veux comprendre (ce qui m'arrive) ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Mais alors, que penses-tu de l'amour ?
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; En somme, je n'en pense rien. Je voudrais bien savoir ce que c'est, mais, &#233;tant dedans, je le vois en existence, non en essence. Ce dont je veux conna&#238;tre (l'amour) est la mati&#232;re m&#234;me dont j'use pour parler (le discours amoureux). La r&#233;flexion m'est certes permise, mais, comme cette r&#233;flexion est aussit&#244;t prise dans le ressassement des images, elle ne tourne jamais en r&#233;flexivit&#233; : exclu de la logique (qui suppose des langages ext&#233;rieurs les uns aux autres), je ne peux pr&#233;tendre bien penser. Aussi, j'aurais beau discourir sur l'amour &#224; longueur d'ann&#233;e, je ne pourrais esp&#233;rer en attraper le concept que &#171; par la queue &#187; : par des flashes, des formules, des surprises d'expression, dispers&#233;s &#224; travers le grand ruissellement de l'Imaginaire ; je suis dans le mauvais lieu de l'amour, qui est son lieu &#233;blouissant : &#171; Le lieu le plus sombre, dit un proverbe chinois, est toujours sous la lampe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en marge : Reik : proverbe cit&#233; par Reik, 184&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&#171; Je veux analyser, savoir, &#233;noncer dans un autre langage que le mien ; je veux me repr&#233;senter &#224; moi-m&#234;me mon d&#233;lire, je veux &#171; regarder en face &#187; ce qui me divise. &#187;
&lt;br&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Selon la m&#233;thode de distanciation propre &#224; Roland Barthes, h&#233;rit&#233;e de Brecht et int&#233;gr&#233;e, adapt&#233;e, r&#233;fl&#233;chie, d&#233;ploy&#233;e dans son &#233;criture, les &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt; mettent l'amoureux &#224; distance de lui-m&#234;me. Kolt&#232;s en donne quelques &#233;chos dans son &#171; Carnet rouge &#187;. C'est qu'il y trouve un nouveau reflet : pour comprendre l'amour, on ne parle pas d'amour, on ne discourt pas sur l'amour, il faut &#233;chapper &#224; toute complaisance imaginaire, il faut adopter &#171; un autre langage &#187;. Avec beaucoup plus de l&#233;g&#232;ret&#233; (mais il s'agit d'un entretien, non d'un essai ou d'un cours dans une haute institution d'enseignement sup&#233;rieur), Kolt&#232;s d&#233;nonce l'imposture du discours amoureux et proclame la n&#233;cessit&#233; de substituer au langage imm&#233;diat une esth&#233;tique du d&#233;tour :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Je n'ai jamais aim&#233; les histoires d'amour. &#199;a ne raconte pas beaucoup de choses. Je ne crois pas au rapport amoureux en soi. C'est une invention des romantiques, de je ne sais pas trop qui. Si vous voulez recouvrir les rapports entre deux personnes en disant : c'est de l'amour, point, et on n'en parle plus&#8230; c'est un truc qui m'a toujours r&#233;volt&#233;. D&#233;j&#224; avant. Quand vous voyez un couple, qu'ils n'arr&#234;tent pas de s'engueuler, qu'ils sont odieux mutuellement, et qu'on vous explique, oui, mais ils s'aiment, je sais que les bras m'en tombent ! &#231;a recouvre quoi, le mot &#8220;amour&#8221;, alors ? &#231;a recouvre tout, &#231;a recouvre rien ! Si on veut raconter d'une mani&#232;re un peu plus fine quand m&#234;me, on est oblig&#233; de prendre d'autres chemins. Je trouve que le deal, c'est quand m&#234;me un moyen sublime. Alors &#231;a recouvre vraiment tout le reste ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, non revu par l'auteur, Bleu-Sud, mars-avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Solitude&lt;/i&gt;, le deal devient ainsi la m&#233;taphore qui structure ce qui reste de r&#233;cit &#8211; mais &#231;'aurait pu &#234;tre, tout aussi bien, la manche, la drague, la palabre, le marchandage, le kung fu, la capoeira &#8211; ou encore la danse, comme dans Nickel Stuff). Les &#171; monologues qui se coupent &#187; sont autant de fragments d'un discours amoureux qui recouvrent de multiples figures : d&#233;sir, provocation, accoutrement, dignit&#233;, cruaut&#233;, entente tacite, ou, dans le langage de Barthes, Attente, Cacher, Comprendre, Contacts, D&#233;pense, Habit, Nuit, Obsc&#232;ne, Pourquoi, Rencontre, Vouloir-Saisir&#8230; &lt;i&gt;Dans la Solitude&lt;/i&gt;&#8230;, ces figures ne sont pas dispos&#233;es dans l'arrangement arbitraire et ludique d'un ab&#233;c&#233;daire, comme chez Barthes, mais dans un labyrinthe de r&#233;pliques et de phrases multipliant les affirmations, les contradictions, les pr&#233;t&#233;ritions, les hyperboles, les apories, les relances, les oublis, les menaces, les pr&#233;cautions, les insultes. Au bout de l'&#233;puisement, dans l'impossibilit&#233; de trouver la fibre de la communication, dans la reconnaissance, peut-&#234;tre, de ce que le deal n'&#233;tait pas la m&#233;taphore la plus appropri&#233;e, et probablement par d&#233;pit, le Client propose : &#171; Alors, quelle arme ? &#187;. Ce n'est pas sans avoir rappel&#233;, juste avant, que tous deux, le Dealer et lui, sont unis par un pacte, ce pacte m&#234;me auquel atteint L&#233;one lorsqu'elle se scarifie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Essayez de m'atteindre, vous n'y arriverez pas ; essayez de me blesser : quand le sang coulerait, eh bien, ce serait des deux c&#244;t&#233;s et, in&#233;luctablement, le sang nous unira, comme deux indiens, au coin du feu, qui &#233;changent leur sang au milieu des animaux sauvages. Il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'amour. Non, vous ne pourrez rien atteindre qui ne le soit d&#233;j&#224;, parce qu'un homme meurt d'abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement, par hasard, sur le trajet hasardeux d'une lumi&#232;re &#224; une autre lumi&#232;re, et il dit : donc, ce n'&#233;tait que cela &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p.60.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Comment entendre cet &#233;nonc&#233; &#224; la temporalit&#233; paradoxale ? Si &#171; un homme meurt d'abord &#187;, dans le sens premier du verbe &#171; mourir &#187;, alors Dealer et Client sont &#224; percevoir comme deux spectres qui infiniment, comme Sisyphe, roulent leurs fragments, leurs monologues au sommet d'une montagne o&#249; jamais une arme ne sort. Si &#171; un homme meurt d'abord &#187; par m&#233;taphore, meurt d'amour, meurt de ce qu' &#171; il n'y a pas d'amour &#187;, alors Dealer et Client nous renvoient l'image d'un d&#233;sespoir infini qui n'&#233;teint pourtant pas le d&#233;sir, tour &#224; tour d&#233;sir charnel, sauvage, violent, risque-tout, et qu&#234;te d'alt&#233;rit&#233; aux accents mystiques (peut-&#234;tre le &#171; mourir de ne pas mourir &#187; de Th&#233;r&#232;se d'Avila et de Jean de la Croix). Ce d&#233;sespoir serait alors comme le fond d'un dialogue qui ne vit que de sa forme fragment&#233;e. Mais quel que soit le sens de cette &#171; mort d'abord &#187;, peut-&#234;tre &#224; entendre encore comme une mort qui survient d&#232;s les premiers instants de l'abord, de la rencontre, et dont toute la pi&#232;ce se passe &#224; en reconna&#238;tre la condition, &#171; sur le trajet hasardeux d'une lumi&#232;re &#224; une autre lumi&#232;re &#187;, quel que soit le sens, litt&#233;ral ou m&#233;taphorique, de cette mort, il plaide pour la structure cyclique et la dimension &#233;thique du dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renversons ainsi le proverbe chinois cit&#233; par Roland Barthes : le lieu le plus clair est toujours &#224; l'&#233;cart de la lampe. Pour parler d'amour, il ne faut pas parler de ce qui l'&#233;claire : il faut, dans la logique fantasmatique de Kolt&#232;s, &#234;tre juste &#224; c&#244;t&#233; de ce qui l'&#233;claire, &#234;tre cach&#233; derri&#232;re un r&#233;verb&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il me semble qu'ils seront, in&#233;vitablement, pr&#233;sents, jusqu'&#224; la fin, dans tout ce que j'&#233;cris. Me demander d'&#233;crire une pi&#232;ce, ou un roman, sans qu'il y en ait au moins un, m&#234;me tout petit, m&#234;me cach&#233; derri&#232;re un r&#233;verb&#232;re, ce serait comme de demander &#224; un photographe de prendre une photo sans lumi&#232;re. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un hangar, &#224; l'ouest &#187;,Roberto Zucco, p.126.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est le Noir qui, chaque fois, &#171; in&#233;vitablement &#187;, &#171; in&#233;vitablement pr&#233;sent &#187;, permet de photographier les enjeux du d&#233;sir : ouvrier de chantier, comme Alboury, migrant r&#233;fugi&#233; dans un hangar, comme Abad, parachutiste sanctionn&#233;, dans le Retour au d&#233;sert, et peut-&#234;tre le Dealer, que Kolt&#232;s d&#233;clarait vouloir noir sans l'avoir jamais &#233;crit. Le Noir est peut-&#234;tre ce signifiant &#171; qui repr&#233;sente le sujet pour un autre signifiant &#187;, pour reprendre la formule de Lacan, et cela signe son alt&#233;rit&#233; irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre, alors, est une pr&#233;tention vaine, trompeuse et excessive. Comprendre n'est qu'une possibilit&#233; offerte par l'usage d'un langage symbolique &#8211; qui, pour &#234;tre valide, peut toujours aussi &#234;tre remplac&#233; par un autre langage symbolique. Ainsi, il ne s'agira pas de comprendre mais de reconna&#238;tre ce que l'on ne comprend pas, comme le formule le Dealer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; (&#8230;) aujourd'hui que je comprends davantage de choses, que je reconnais davantage les choses que je ne comprends pas (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p.38)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Est-ce pr&#233;cis&#233;ment cette reconnaissance &#171; qui me divise &#187;, comme l'&#233;crit aussi Barthes, dans la mesure o&#249; elle n'est jamais pleine, comme le serait la connaissance, la compr&#233;hension supr&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un peu plus de quinze ans, le 27 octobre 2009, je demandais &#224; Yannick Butel, qui venait d'initier sa s&#233;rie &#171; Capitalisme et dramaturgie &#187;, si le Dealer et le Client parlaient le m&#234;me langage. Nous nous en sommes expliqu&#233;s &#224; plusieurs reprises depuis, et cela a laiss&#233; des traces (d'&#233;criture). Mais je me demande aujourd'hui s'il ne faut pas aller plus loin : Dealer et Client seraient-ils le m&#234;me personnage, divis&#233;, permettant &#224; un autre sujet, postulation d'auteur, de regarder, dans un autre langage, ce qui le divise ? Combat multipliait les points de vue en multipliant les personnages, mais surtout en multipliant les contradictions &#224; l'int&#233;rieur de chaque personnage. La Solitude ne prolongerait-elle pas cette trouvaille, en multipliant &#224; nouveau les contradictions &#224; l'int&#233;rieur de chaque personnage, mais surtout en postulant, invisiblement, un seul personnage, assistant aux enjeux et aux tourments de sa propre division ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-REFLET 4 : BARTHES, ENCORE &#8211; ET L'ABOLITION DU MANIFESTE ET DU LATENT &lt;/h2&gt;&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Et si la conscience - une telle conscience - &#233;tait notre avenir humain ? &#187; &lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : &#171; Si, par un tour suppl&#233;mentaire de la spirale, un jour, &#233;blouissant entre tous, toute id&#233;ologie r&#233;active disparue, la conscience devenait enfin ceci : l'abolition du manifeste et du latent, de l'apparence et du cach&#233; ? S'il &#233;tait demand&#233; &#224; l'analyse non pas de d&#233;truire la force (pas m&#234;me de la corriger ou de la diriger), mais seulement de la d&#233;corer, en artiste ? Imaginons que la science des lapsus d&#233;couvre un jour son propre lapsus, et que ce lapsus soit : une forme nouvelle, inou&#239;e, de la conscience ?) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Roland Barthes, &#171; Comprendre &#187;, Fragments d'un discours amoureux, in &#338;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; A. : C'est l&#224; le drame : celui du Dealer, du Client, de Ch&#233;reau qui ne sait plus s'il est Dealer enlaidi sous fausse moustache et ventre postiche, ou vrai simulacre de corps, Client du drame, du texte, fournisseur, substance, rien : vacarme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; N'avez-vous rien dit que je n'ai pas entendu ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p.61.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
L'inou&#239; tient &#224; cela encore : au fait qu'on ne peut entendre ce qui est inou&#239;, que c'est &#224; cela qu'on reconnait l'inou&#239; : qu'on ne peut pas le reconna&#238;tre. Mais puisqu'on a malgr&#233; tout entendu quelque chose &#8212; est-ce quelque chose d'autre, ou quelque chose par quoi s'entendrait la chose elle-m&#234;me ? &#8212;, il faut bien provoquer l'adversaire, et c'est toujours ce qu'on pr&#233;f&#232;re le plus dans les arts martiaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; L'approche de l'adversaire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; (Je te jure que tu devrais te renseigner sur la cap&#339;ira : c'est le comble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Soit donc ce tour de spirale qui est un tour de passe-passe : ce que Barthes nomme de l'amour, cette dissolution presque brutale de la r&#233;flexivit&#233;, n'est-ce pas ce qui permet de saisir le mouvement de l'&#233;criture de Kolt&#232;s et le geste qu'a commis Ch&#233;reau sur celle-ci ? &#8212; et m&#234;me plus s&#251;rement ce contre quoi cette &#233;criture et ce geste se sont heurt&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
C'est qu'&#224; vouloir approcher par le langage le noyau central du d&#233;sir, on a t&#244;t fait en le nommant d'en d&#233;truire la force &#8212; son mouvement. Oui, on sait bien d&#233;sormais le drame, celui de la Troisi&#232;me Solitude : spectacle manifeste du d&#233;pli de cette force, la dramatisation qu'on dirait au sens propre impeccable de la pi&#232;ce &#233;crite : car force est de constater que l'inou&#239; se laisse ici entendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le latent y devient manifeste : et m&#234;me manifestation de ce que Kolt&#232;s avait tant voulu laisser enfoui au-dedans de la pi&#232;ce : &#224; savoir peut-&#234;tre rien,&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
car&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La vraie profondeur [&#8230;] s'il en est une, vient de la multitude de barri&#232;res qu'il a &#233;lev&#233;es entre ce qu'il r&#233;v&#232;le et son secret ; au point que, quand on croit avoir d&#233;couvert enfin le c&#339;ur du probl&#232;me, on peut &#234;tre certain que ce n'est encore qu'une barri&#232;re fa&#231;onn&#233;e pour emp&#234;cher qu'on p&#233;n&#232;tre davantage, au point qu'il n'est pas s&#251;r du tout qu'&#224; la fin il y ait un secret, sinon que Koch (prononcer : corps) se pr&#233;sente comme une infinit&#233; de cercueils pharaoniques embo&#238;t&#233;s les uns dans les autres et destin&#233;s &#224; tromper le regard ; et que vouloir profaner l'infini myst&#232;re de cette tombe conduirait probablement l'explorateur &#224; d&#233;couvrir une derni&#232;re bo&#238;te renfermant quelques cendres mortes et d&#233;pourvues de sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &#171; Pour mettre en sc&#232;ne Quai ouest &#187; in Quai ouest, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Tel est le tour ultime de la spirale : de jouer l'&#233;blouissement en tant que tel &#171; Un jour &#233;blouissant entre tous &#187;, &#233;crivait Barthes : dans la nuit, l'&#233;blouissement risque bien d'&#234;tre cet &#233;clat de lumi&#232;re r&#233;v&#233;lant la masse obscure du d&#233;sir. Car tel est le pi&#232;ge aussi : abolir le latent par la manifeste, la r&#233;v&#233;ler et par l&#224; en d&#233;truire la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pi&#232;ge, dont nous avait pourtant averti Christophe Triau, pour qui il s'agit de faire jouer une&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Une relation complexe, donc, jouant sur un va-et-vient permanent entre cette opacit&#233; irr&#233;ductible du myst&#232;re, de l'&#233;nigme, en un mot de l'&#233;tranget&#233;, ou de la distance, qui caract&#233;rise l'&#339;uvre, et l'intimit&#233;, la proximit&#233;, l'&#233;vidence dont elle est cependant, paradoxalement, &#233;galement porteuse. Un mouvement de flux et de reflux. Un rapport dialectique, donc. Une dialectique entre le cach&#233; et l'&#233;vident, la distance et l'intime, ce qui est donn&#233; et ce qui se retire, la surface opaque et la profondeur, le proche et le lointain. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Triau, &#171; La dialectique de la langue &#187;, Voix de Kolt&#232;s, Carnets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Un jeu, un rapport qui pour jouer doit toujours pouvoir se miroiter. Pi&#232;ge dans lequel tomba, semble-t-il, Ch&#233;reau, qui se pr&#233;cipita dans la gueule du loup (mais quelle gueule, et quel loup), et qui ne recula donc pas devant le lapsus, il glissa m&#234;me vers lui en conscience, toute r&#233;flexivit&#233; bue : jusqu'&#224; compter le nombre d'occurrences du mot d&#233;sir (49 fois) : et ce faisant commis ce lapsus, qui est une tautologie : dire que le d&#233;sir est un d&#233;sir de d&#233;sirer.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Leurre, &#233;blouissement. Peut-&#234;tre &#233;tait-il plus simplement, plus humblement, plus affectueusement &#8212; et pour reprendre les critiques deleuziennes de l'acception psychanalytique du d&#233;sir &#8212;, &lt;br /&gt;&#8212; non un th&#233;&#226;tre, celui de la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me, mais une usine, une machine ; &lt;br /&gt;&#8212; non la formulation d'un d&#233;lire &#233;gotique, mais l'espace d'un d&#233;lire monde ; &lt;br /&gt;&#8212; non l'expression univoque et convergente vers l'objet d&#233;sir&#233;, mais un agencement collectif d'&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Non un th&#232;me &#233;rotique donc, mais une forme/force politique inou&#239;e de l'entendement : de la conscience en tant qu'elle ne poss&#232;de ni manifestation ni latence, qu'elle dialectise les rapports, ou plus encore que cette dialectique conduit non pas tant aux libres jeux des oppositions, mais &#224; l'abolition m&#234;me du manifeste et du latent en tant qu'elle rendrait indiscernable ce qui est manifeste et ce qui est latent, parole donn&#233;e ou prise : don, contre don, pr&#233;sence &#233;vanouie sit&#244;t dite, pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; qu'on contemple comme un petit secret, et qu'on re&#231;oit emball&#233; et dont on prend son temps &#224; tirer la ficelle. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, p. 10.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
&#338;uvre qui ne serait pas le dedans, l'int&#233;riorit&#233;, la conscience : mais le temps pris &#224; faire de la pr&#233;sence un pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Saurons-nous jouer ce th&#233;&#226;tre-l&#224; &#8212; &#233;crivait Ch&#233;reau au moment de la cr&#233;ation de Combat&#8230; &#8212;, si dr&#244;le finalement, o&#249; les mots pr&#233;c&#232;dent la pens&#233;e, o&#249; de vieux enfants, de faux adultes essaient &#224; tout hasard toutes les associations d'id&#233;es qu'ils trouvent pour enrubanner leur impuissance ? &#192; nous, acteurs, metteur en sc&#232;ne, Bernard Kolt&#232;s r&#233;clame une chose rare et difficile : l'observation des autres, l'&#233;coute des &#234;tres, ce qu'ils se disent, ce dont ils ne savent pas parler, tous ces &#233;chafaudages secrets ou l'affirmation cat&#233;gorique n'est jamais qu'une faille de plus et la logique p&#233;remptoire une blessure secr&#232;te. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrice Ch&#233;reau, postface de Combat de n&#232;gre et de chiens, dans l'&#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Avons-nous suffisamment pris le temps, Patrice, d'observer avant de se jeter sur le paquet ficel&#233;, avons-nous (as-tu) pris le temps d'&#233;couter ce qu'ils disent, ces &#234;tres &#233;chafaud&#233;s sous le secret et dont l'aveu est une ultime mani&#232;re de ne pas avouer ?&lt;/p&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
Quid de la blessure secr&#232;te qui l'emporte sur la logique p&#233;remptoire ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'art de Giacometti &#8212; &#233;crivait Genet &#8212; me semble vouloir d&#233;couvrir cette blessure secr&#232;te de tout &#234;tre et m&#234;me de toute chose, afin qu'elle les illumine. &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Genet, L'Atelier d'Alberto Giacometti, Paris, Gallimard 1997 (posth).&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p align=&#034;right&#034;&gt;
L'illumination n'est pas l'&#233;blouissement : il en est m&#234;me le contraire : un processus immanent ; la facult&#233; d'abolir le manifeste et le latent tout en maintenant la forme en l'&#233;tat : c'est-&#224;-dire paradoxalement en devenir, en puissance jamais aboli par un nom, d&#251;t-il revenir quarante neuf fois.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;-BERNARD&#8230;&lt;/h2&gt;&lt;center&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Bernard, comment construis-tu tes pi&#232;ces ?
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Mes premi&#232;res pi&#232;ces n'avaient aucun dialogue, exclusivement des monologues. Ensuite j'ai &#233;crit des monologues qui se coupaient. Un dialogue ne vient jamais naturellement. Je verrais volontiers deux personnes face &#224; face, l'une exposer son affaire et l'autre prendre le relais. Le texte de la seconde personne ne pourra venir que d'une impulsion premi&#232;re. Pour moi, un vrai dialogue est toujours une argumentation, comme en faisaient les philosophes, mais d&#233;tourn&#233;e. Chacun r&#233;pond &#224; c&#244;t&#233;, et ainsi le texte se balade. Quand une situation exige un dialogue, il est la confrontation de deux monologues qui cherchent &#224; cohabiter. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec Herv&#233; Guibert, &#171; Comment porter sa condamnation ? &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Bernard, comment construis-tu tes pi&#232;ces ?
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Des dialogues qui ne se r&#233;pondent pas, des monologues parall&#232;les, une musique, un exercice d'&#233;criture. Chez moi, les personnages commencent &#224; exister quand je les fais parler, alors ils parlent beaucoup. Ensuite, je suis oblig&#233; de couper beaucoup ; cette fois le texte est court, et je n'ai pas tellement pens&#233; &#224; la sc&#232;ne. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien avec C. Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, Le Monde, 11-12 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Bernard, de quoi as-tu envie ?
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; J'&#233;cris en ce moment une hom&#233;lie &#224; la Bossuet, que j'enverrai aux &#233;v&#234;ques et &#224; quelques cur&#233;s pour No&#235;l. Sujet : la ti&#233;deur. Je m'amuse beaucoup et fais de grandes phrases.
J'ai une envie folle d'une r&#233;volution, et de faire de l'anti-politique. Qu'est-ce qu'on pourrait donc bien faire pour cela ?
Qu'as-tu pens&#233; de 1789 et 93 ? N'as-tu donc point vu Les cloches de Sil&#233;sie ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Madeleine, de Strasbourg, le 11 d&#233;cembre 1972, repris in Lettres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : Alors, &#171; quelle herbe ? &#187;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Pas d'herbe, mon vieux. Peut-&#234;tre demain, &#224; Bahia.
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; B. : &#171; O teu Irma&#245;&#8230;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; A. : &#171; Cheikh Abdallah K. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carte postale &#224; Hammou Gra&#239;a, du Br&#233;sil, janvier 1986, Lettres, p. 503.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Josiane Kolt&#232;s, 1989, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p.522.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Colette Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, Le Monde, 11-12 janvier 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Down By Law&lt;/i&gt;, Jim Jarmusch&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton,&lt;/i&gt; p.17-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens,&lt;/i&gt; p.58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Lettre de Bernard-Marie Kolt&#232;s &#224; sa m&#232;re, 21 juillet 1976, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p.262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Josiane et Fran&#231;ois Kolt&#232;s, 17 septembre 1978, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p.360.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carte postale &#224; sa m&#232;re, de New York, le 19 mai 1981, in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 441.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p.61)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#171; Cal ne dirait pas &#8216;&#8216;je suis triste'', il dirait &#8216;&#8216;je vais faire un tour''. &#192; mon avis, c'est de cette mani&#232;re que l'on devrait parler au th&#233;&#226;tre. &#187; Entretien avec Alain Prique, &lt;i&gt;Le Gai Pied,&lt;/i&gt; 19 f&#233;v. 1983 [revu par l'auteur], &lt;i&gt;Une Part de ma vie,&lt;/i&gt; p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un d&#233;sir comme du sang &#224; vos pieds a coul&#233; hors de moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
un d&#233;sir que je ne connais pas et ne reconnais pas, que vous &#234;tes seul &#224; conna&#238;tre, et que vous jugez. &#187; &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Als Wert ist sie allgemein, als wirkliche Ware eine Besonderheit &#187;, Karl Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1857-1858, &lt;/i&gt; tome I, Paris, &#201;ditions Sociales, 1980, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton,&lt;/i&gt; p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 298-299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 298-299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; sa m&#232;re, septembre 1977, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &#171; Comprendre &#187;, &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, V, Seuil, 2002, p.89&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;en marge : Reik : proverbe cit&#233; par Reik, 184&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Fran&#231;ois Malbosc, non revu par l'auteur, Bleu-Sud, mars-avril 1987, in &lt;i&gt;Une Part de ma vie,&lt;/i&gt; p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p.60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un hangar, &#224; l'ouest &#187;,&lt;i&gt;Roberto Zucco&lt;/i&gt;, p.126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p.38)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Roland Barthes, &#171; Comprendre &#187;, &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, V, Seuil, 2002, p.89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p.61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; (Je te jure que tu devrais te renseigner sur la cap&#339;ira : c'est le comble de ce que j'ai toujours pr&#233;f&#233;r&#233; dans les arts martiaux : l'approche de l'adversaire.) &#187;, Carte postale &#224; Hammou Gra&#239;a, du Br&#233;sil, janvier 1986, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 503.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &#171; Pour mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;Quai ouest&lt;/i&gt; &#187; in &lt;i&gt;Quai ouest, &lt;/i&gt; p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Triau, &#171; La dialectique de la langue &#187;, &lt;i&gt;Voix de Kolt&#232;s,&lt;/i&gt; Carnets S&#233;guier, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrice Ch&#233;reau, postface de &lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens,&lt;/i&gt; dans l'&#233;dition publi&#233;e par Nanterre-Amandiers, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Genet, &lt;i&gt;L'Atelier d'Alberto Giacometti&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard 1997 (&lt;i&gt;posth&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec Herv&#233; Guibert, &#171; Comment porter sa condamnation ? &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 17 f&#233;vrier 1983 [revu par l'auteur], &lt;i&gt;Une Part de ma vie,&lt;/i&gt; p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien avec C. Godard, &#171; On se parle, on se tue &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 11-12 janvier 1987 [non revu par l'auteur], p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Madeleine, de Strasbourg, le 11 d&#233;cembre 1972, repris in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 186.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carte postale &#224; Hammou Gra&#239;a, du Br&#233;sil, janvier 1986, &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 503.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s | L'&#233;criture de la pr&#233;sence r&#233;elle de l'acteur dans Sallinger</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/article/l-ecriture-de-la-presence-reelle-de-l-acteur-dans-sallinger-de-b-m-koltes</link>
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		<dc:date>2024-12-02T07:09:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Colloque &#8226; 2 d&#233;cembre 2024&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/chantiers-dacteurs--2.jpg?1733123269' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Je d&#233;pose ici le texte de ma communication du 2 d&#233;cembre lors du colloque &#171; Chantiers d'acteurs &#187; organis&#233; du 28 novembre au 5 d&#233;cembre par Sabine Quiriconi, Chlo&#233; Larmet et Christophe Triau de l'universit&#233; Paris-Nanterre, au Th&#233;&#226;tre de l'Aquarium puis &#224; la Fondation Lucien Paye, dans le cadre du projet EUR ArTeC. Ces &lt;i&gt;Chantiers&lt;/i&gt; proposent &#224; des actrices et acteurs, chercheuses et chercheurs partenaires du projet et invit&#233;&#183;es, &#224; travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience des artistes pour essayer de penser la pr&#233;sence sc&#233;nique. Voir ici le &lt;a href=&#034;https://eur-artec.fr/evenements/chantiers-dacteurs-penser-les-regimes-de-presence-sur-les-scenes-actuelles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;programme&lt;/a&gt;, dense, ambitieux, prometteur.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_13417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_salinger_texte_de_bernard-marie_kolte_s____martin_du_btv1b55013529s_15_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_salinger_texte_de_bernard-marie_kolte_s____martin_du_btv1b55013529s_15_.jpg?1733123302' width='500' height='451' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;criture de la pr&#233;sence r&#233;elle de l'acteur : page blanche et d&#233;sir obscur (&#224; partir du personnage/acteur dans &lt;i&gt;Sallinger&lt;/i&gt; de B.-M. Kolt&#232;s)
&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Ce vers quoi je vais d'abord dans un mus&#233;e, ce sont les portraits &#8212; &#233;crit Pierre Michon &#8212;, ces simples regards venus de tr&#232;s loin qui vous attirent d'embl&#233;e et vous font d&#233;laisser les grandes machines picturales, les mises en sc&#232;ne, poursuit-il. L&#224;, une mise en sc&#232;ne minime, tr&#232;s cod&#233;e, tr&#232;s peu de marge laiss&#233;e au peintre &#8212; et si c'est un grand peintre, &#224; chaque fois, le miracle de la pr&#233;sence r&#233;elle. &#187;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est que la pr&#233;sence r&#233;elle est ce miracle : que c'est l&#224; peut-&#234;tre la d&#233;finition m&#234;me de la pr&#233;sence r&#233;elle, un miracle &#8212; et peut-&#234;tre est-ce en retour la d&#233;finition du miracle, dans une sorte de tautologie qui vient buter sur le miroitement du langage quand il t&#226;che de dire ce qui est : quand la pr&#233;sence est livr&#233;e au regard en tant que ce qui doit &#234;tre vue, propre &#224; susciter ce myst&#232;re de l'&#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dilection de Michon pour les portraits contamine son &#233;criture : et puisqu'il s'agit ici de faire des portraits-r&#233;cits, se permettre se d&#233;tour par celui qui fait de l'&#233;criture &#8212; il s'en est mainte fois expliqu&#233; &#8212; le lieu de la pr&#233;sence r&#233;elle, non pas seulement l'espace de sa manifestation, mais son exercice : ou son &#233;preuve. On ne s'&#233;tonnera pas que Michon oppose ici l'art du portait &#224; celui de la mise en sc&#232;ne &#8212; alors je prends Michon au mot, au verbe : si le portrait est ce qui absorbe la mise en sc&#232;ne par le spectacle de sa propre pr&#233;sence, se proposer de faire le portrait d'un acteur, c'est travailler ce lieu o&#249; la mise en sc&#232;ne est mise aux arr&#234;ts, en examen : &#224; moins qu'elle devient ce point de concentration o&#249; r&#233;v&#233;lant son geste elle s'absente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tour par Michon, c'est &#224; dire par l'&#233;criture, pour ne pas dire, par les &#201;critures, dans le regard de celui pour qui le portrait se substitue &#224; la mise en sc&#232;ne me conduit &#224; faire ce pas de c&#244;t&#233; de la sc&#232;ne et &#224; vouloir travailler cette question de la pr&#233;sence &#8212; des r&#233;gime de pr&#233;sences &#8212; non pas sur le plateau, mais depuis le territoire amont qui &#224; la fois d&#233;termine la sc&#232;ne et la d&#233;fie, voire s'en d&#233;fie : et qui se livre enti&#232;rement &#224; l'acte de mise en pr&#233;sence r&#233;elle de la chair par le verbe. L'&#233;criture donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne n'est pas donc celle du Novo th&#233;&#226;tre, cet ancien cin&#233;ma d&#233;fraichi du quartier de la T&#234;te d'Or &#224; Lyon, au printemps 1978 o&#249; se joue la premi&#232;re de Salinger mise en sc&#232;ne par Bruno Bo&#235;glin. Il est plus s&#251;rement rue Saint-Sauveur le deuxi&#232;me arrondissement de Paris, l'automne qui pr&#233;c&#232;de, sur quelques feuilles volantes dispers&#233;es sur la table de travail d'un jeune dramaturge. Bernard-Marie Kolt&#232;s n'a pas trente ans. Il &#233;crit &#224; la commande de Bo&#235;glin, une sorte d'adaptation des romans de J.-D. Salinger, qui ne l'int&#233;resse pas. Bruno Bo&#235;glin attend. En septembre 1977, Kolt&#232;s avait &#233;t&#233; invit&#233; &#224; observer des s&#233;ances d'improvisations de la compagnie de Bo&#235;glin, avec Josiane Storelu, Lise Dambrin, Jo&#235;lle Sevilla et Abbi Patrix. C'est le projet : &#224; partir des improvisations con&#231;ues librement depuis une lecture des romans de l'am&#233;ricain, l'auteur est invit&#233; &#224; composer une pi&#232;ce. Ce qu'il fait, cet automne : ou plut&#244;t, ce qu'il se refuse &#224; faire. Son texte, Salinger n'aura que peu &#224; voir avec les improvisations, le d&#233;sir de Bo&#235;glin, Salinger, le th&#233;&#226;tre et tout le reste. &#192; voir avec quoi alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; voir avec une pens&#233;e de l'acteur enti&#232;rement travers&#233; par le d&#233;sir, autant dire le fantasme et la projection : l'impression au sens photographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte qui servit de programme au spectacle, Kolt&#232;s tente de se justifier et comme souvent, se d&#233;fend par d&#233;tour, d&#233;gageant une sorte de th&#233;orie portative non pas tant de l'art de l'acteur que de son r&#244;le comme acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet central me semble &#234;tre de charger le com&#233;dien d'&#233;tablir entre une sc&#232;ne et un public, le lien que Salinger a cr&#233;&#233; entre les histoires qu'il raconte et des lecteurs ; c'est presque un langage qu'il s'agit de d&#233;couvrir, et dont il faudrait investir les acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responsabilit&#233; du com&#233;dien : avoir pour r&#244;le bon celui de jouer un personnage, mais un espace d'intercession entre la salle et la sc&#232;ne &#8212; espace nodal analogue au r&#244;le de l'&#233;crivain, lui-m&#234;me intervalle entre son r&#233;cit et le lecteur. Qu'en est-il quand l'un de ces personnages joue &#233;galement le r&#244;le de qui joue des r&#244;les ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; voir surtout avec une impression d'acteur, au singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car parmi les personnages que Kolt&#232;s invente, il y a &#8212; chose qui n'existe pas dans les romans &#8212;, un acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qu'il &#233;crit pr&#233;cis&#233;ment, ici, avec lui, est le drame de l'&#233;criture en prise avec l'acteur qui lui &#233;chappe, et de l'acteur en prise avec l'&#233;criture qui le d&#233;termine &#8212; drame pour de faux, car dans cette histoire de cr&#233;ature &#233;mancip&#233;e, il n'y a qu'un jeu d'&#233;criture, un faux en &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me propose pour ce portrait-r&#233;cit de faire le r&#233;cit de ce portrait, et d'interroger le r&#233;gime de pr&#233;sence de l'acteur depuis ce point de limite, ce que j'avais appel&#233; dans un travail de jeunesse (ma th&#232;se) le degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture kolt&#233;sienne qu'est l'acteur : ce moment o&#249; l'apparence de l'acteur apparait &#8212; ce r&#233;gime de primo-pr&#233;sence qu'est l'apparition sur la page de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cit, donc bri&#232;vement : c'est un cas d'autant plus limite qu'il est exemplaire. Kolt&#232;s assiste donc aux r&#233;p&#233;titions. Regarde les acteurs. Cherche de la mati&#232;re : cette mati&#232;re livr&#233;e en p&#226;ture (l'expression est de l'auteur dans un entretien dat&#233; de 1981 o&#249; il affirmait avec une sorte de clart&#233; qui le prenait au d&#233;pourvu (en t&#233;moigne le rire qui le gagne &#224; la fin de l'entretien) que le seul probl&#232;me que l'&#233;criture lui pose est qu'il vit toujours une exp&#233;rience en la consid&#233;rant du point de vue de l'&#233;criture : qu'il cherche toujours &#224; en faire quelque chose, &#224; savoir, je cite &#171; une &#339;uvre de mort &#187; &#8212; &#171; je la mets &#224; mort en quelque sorte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observons la sc&#232;ne : les acteurs improvisent. Kolt&#232;s observe donc. Que regarde-t-on quand on regarde un acteur ? Sa pr&#233;sence ? Kolt&#232;s regarde plut&#244;t l'envers, et qui n'a pas de nom : ou celui d'&#233;criture, la mise &#224; mort de la vie livr&#233;e en p&#226;ture pour qu'on n'en fasse autre chose que de la vie. Il observe ce qui dans les gestes, la voix, le corps, et ce qui environne ce corps lui servira &#224; en faire autre chose que ces gestes, cette voix, ce corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les acteurs de Bo&#235;glin, il en est un avec qui Kolt&#232;s &#233;change plus volontiers. Ce qui se passe entre eux n'int&#233;resse l'&#233;criture que dans cette mesure o&#249; l'&#339;uvre de mort en passe aussi par son revers dialectique qui l'oriente : le d&#233;sir. L&#224;, Kolt&#232;s n'observe plus, il fait autre chose, de plus d&#233;vorant, de moins saisissable encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abbi Patrix n'avait qu'un r&#244;le secondaire dans la troupe du Novo Th&#233;&#226;tre. Bo&#235;glin lui avait donc destin&#233; un r&#244;le secondaire dans le spectacle. Sauf que, cet automne l&#224;, rue Saint-Sauveur, c'est lui qui prend toute la place. Le personnage que Kolt&#232;s lui destine, Leslie, occupe pr&#232;s de la moiti&#233; du texte. Cela engendrera des tensions au moment de la remise du manuscrit, mais peu importe pour ce qui nous concerne. Ce qui importe, c'est que le personnage de Leslie est d&#233;sign&#233; comme un com&#233;dien. C'est l'unique personnage d'acteur du th&#233;&#226;tre de Kolt&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne V lui est enti&#232;rement d&#233;di&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Dans un New York abstrait, nocturne, d&#233;connect&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; LESLIE. &#8211; Ce soir-l&#224;, je suis sorti, j'ai appel&#233; un taxi, je lui ai dit : &#171; Emmenez-moi, monsieur. &#8211; O&#249;, monsieur ? &#8211; Au meilleur endroit possible, monsieur. &#8211; Bien, monsieur &#187; m'a-t-il dit, et il m'y a emmen&#233;. Et depuis, j'y stationne. De moi-m&#234;me, je ne sais pas o&#249; me mettre, je sais que je n'ai rien &#224; attendre en stationnant ici, mais je ne sais r&#233;ellement pas o&#249; je dois me poser. Ici, du moins, les cabines t&#233;l&#233;phoniques ont les fils arrach&#233;s et servent de poubelles ; les voitures ne passent pas, sauf quelques taxis qui y am&#232;nent des gens et repartent &#224; vide ; ici, les corbeaux volent sur le dos, les chiens sont aveugles, tout le monde marche &#224; reculons ; enfin, je suis parmi mes fr&#232;res, et je peux stationner. (&lt;i&gt;Temps&lt;/i&gt;.) &#171; Conduisez-moi, monsieur, l&#224; o&#249; vous verriez un homme comme moi. &#187; Et je suis descendu l&#224; o&#249; il m'a dit : &#171; Vous y &#234;tes, monsieur. &#187; (&lt;i&gt;Temps&lt;/i&gt;.) Je ne suis qu'un pauvre com&#233;dien, jamais soi-m&#234;me, toujours entre deux d&#233;cors, maladroit, incertain, amoureux ; je ne suis rien d'autre qu'une feuille de papier pouss&#233;e par le vent, que n'importe qui ramasse ; et il jette un coup d'&#339;il en fron&#231;ant le sourcil. Je suis un amoureux qu'on regarde en fron&#231;ant les sourcils. Pourtant, moi, je n'ai rien contre rien, enfin, je suis sans opinion r&#233;elle sur ce qui est pr&#233;f&#233;rable &#224; autre chose, sur ce qui est m&#233;prisable ; je m'accommoderais de tout, comme de faire une famille, de d&#233;corer un home, mais r&#233;ellement, je ne sais pas par o&#249; commencer, comment m'y prendre, enfin, je ne saurais pas comment m'int&#233;resser &#224; tout cela. Qu'on me donne cependant un amour d'homme, enfin : un amour pos&#233; quelque part, solide, &#233;pais, un amour &#224; toucher, &#224; palper, &#224; saisir, &#224; torturer sous mes doigts ; j'ai des besoins, moi, de toucher, je suis profond&#233;ment physique et tactile, si vous voyez ce que je veux dire. Mais je demeure une feuille de papier amoureuse, je suis amoureux, point final &#8211; d'un amour global, g&#233;n&#233;ral, ind&#233;termin&#233;, vague, abstrait. Comment faire une famille, avec tout cela ? Comment reproduire un salon, une salle de bains, une chambre &#224; coucher, une marmaille, avec du vent et des froncements de sourcils ? (&lt;i&gt;Temps&lt;/i&gt;.) &#171; Non pas qu'il ne m'arrive jamais rien, au contraire : il m'arrive une foule de choses, dont je n'ai m&#234;me pas le temps de faire le tri, qu'est-ce qui est pr&#233;f&#233;rable, qu'est-ce qui est m&#233;prisable. Seulement, la chose pr&#233;f&#233;rable &#224; toute autre, je passe &#224; c&#244;t&#233; ; je m'en rends compte apr&#232;s, mais vraiment : juste apr&#232;s, au moment pr&#233;cis o&#249; cela me glisse entre les doigts, et je me dis : eh bien, maintenant, qu'est-ce que je fais de moi ? Alors, je parle aux absents, je me d&#233;clare aux morts ; je regrette, surtout, je suis un sp&#233;cialiste du regret : j'aurais d&#251; surveiller ton regard, ne pas te quitter d'une semelle ; j'aurais d&#251; garder ma main toujours sur toi, et sentir quel est ton besoin ; j'aurais d&#251; tenir toujours mon oreille tout pr&#232;s de tes l&#232;vres, pour qu'au moindre mouvement, qu'elles s'entrouvrent &#224; peine, et je devine quel d&#233;sir elles veulent exprimer ; et tout de suite je le satisfais ; au moindre mouvement, au moindre frisson, au moindre silence, j'aurais d&#251; comprendre tous tes d&#233;sirs, surtout les plus futiles. J'aurais voulu &#234;tre pour toi celui qui satisfait les d&#233;sirs b&#234;tes &#171; et qu'on n'ose pas dire, si vous voyez ce que je veux dire. (&lt;i&gt;Temps&lt;/i&gt;.) Enfin : &#171; Taxi, emmenez-moi o&#249; doit aller un homme comme moi, vite, vite. &#8211; Bien, monsieur. &#187; O&#249; &#234;tre un &#234;tre simple, avec des boutons sur la gueule, et l'envie de porter les gants du voisin ; d&#233;sirer par-dessus tout une belle paire de gants de peau ; et, pour le reste, &#224; l'aise dans la vie ; je me r&#233;veille, je tire les rideaux, salut New York, le soleil, de l'eau sur la peau, salut Leslie, qui vais-je appeler au t&#233;l&#233;phone, avec qui d&#233;jeunerai-je, qui va me sourire, avec qui d&#238;nerai-je, qui m'appellera au t&#233;l&#233;phone, qui restera &#233;veill&#233; toute la nuit avec moi, qui s'endormira avec moi au matin, qui me regardera me r&#233;veiller, tirer les rideaux, salut New York, salut Leslie. &#171; C'est ici, monsieur. &#8211; Merci, merci beaucoup. &#187; (&lt;i&gt;Temps&lt;/i&gt;.) Et maintenant, c'est fini ; je suis parti, cette fois, pour de bon. Je suis un corbeau qui vole sur le dos pour ne voir que le ciel ; je suis un chien aveugle qui marche &#224; reculons. Je suis celui qui dit, les mains sur les oreilles et les yeux bien ferm&#233;s : &#171; Plus un regard sur moi, s'il vous pla&#238;t ; regardez devant vous, regardez-vous entre vous, laissez-moi passer, invisible, transparent, silencieux, pos&#233; sur un nuage ; je me glisse entre vous, et personne ne me voit ; s'il vous pla&#238;t, que chacun se plonge dans son &#234;tre profond et coupe les cordages. &#187; Sinon (&lt;i&gt;il ouvre les yeux, prend une attitude mena&#231;ante, porte les mains &#224; ses poches&lt;/i&gt;), alors, l&#224;, je suis bien d&#233;cid&#233; &#224; me d&#233;fendre. Gare &#224; vous, je me d&#233;fends. La premi&#232;re chose : je tire mon flingue. Un regard, un souffle, et je tire mon flingue : tu m'as regard&#233;, n'est-ce pas ? D'accord. (&lt;i&gt;Il tire, pousse du pied le cadavre.&lt;/i&gt;) Je regrette, vraiment, mais je suis comme cela : je suis celui qui tire son flingue si on le regarde. Qu'est-ce que c'est ? (&lt;i&gt;Il se retourne brusquement&lt;/i&gt;) J'entends respirer, ou je r&#234;ve ? Tant pis pour vous. (&lt;i&gt;Il tire.&lt;/i&gt;) Fallait savoir que j'&#233;tais celui qui tire si on respire. Et maintenant, qu'on le sache, que cela se dise : j'ai le flingue facile. (Soudain, il &#233;carquille les yeux, porte la main &#224; sa poitrine.) Salauds. Qui a tir&#233; ? Qu'il se montre. (&lt;i&gt;Nouvelles douleurs, il accuse les coups.&lt;/i&gt;) &#171; Non, ne tirez plus. Au secours. Salauds. Montrez-vous. Je me rends. Au secours, au secours : on me tire dessus. (&lt;i&gt;Coups, contorsions, cris.&lt;/i&gt;) Ne me laissez pas mourir ; arr&#234;tez de tirer, je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir. (&lt;i&gt;Hurlant, tremblant, la main sur sa poitrine, Leslie traverse en titubant des &#233;paisseurs d'hallucinations et de peur, et se retrouve soudain dans&#8230;)&lt;/i&gt; &lt;/small&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un jeu &#233;videmment : l'acteur qui dit qu'il n'est qu'une page blanche livr&#233;e au d&#233;sir de qui passe &#8212; mais qui le dit comme si ses mots venaient de lui-m&#234;me. Un faux, donc : autant dire un moment du vrai, o&#249; s'&#233;nonce en tous cas, s'avoue m&#234;me, un rapport de l'&#233;criture &#224; la pr&#233;sence, ce qui la rend pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette pr&#233;sence qui s'arrache ne va pas de soi : ni pour l'acteur qui l'&#233;nonce, ni pour l'auteur qui la compose. C'est que la pr&#233;sence est toujours cette mise &#224; l'&#233;preuve du r&#233;gime de la cr&#233;ation avec ce qui pourrait bien l'annuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, il pr&#233;cise les termes de ce rapport : &lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;B.-M. Kolt&#232;s. &#8212; Les acteurs, c'est tr&#232;s diff&#233;rent [les propos qui pr&#233;c&#232;dent concernent les contraintes f&#233;condes du th&#233;&#226;tre]. Soit le groupe d'acteurs : c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal &#224; supporter ; l'id&#233;e de l'acteur, &#231;a c'est terrible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prique. &#8212; comment tu peux penser &#224; &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B.-M. K. &#8212; En m&#234;me temps, je ne sais pas, j'ai une &#233;motion folle quand je les vois comme &#231;a&#8230; des &#233;ponges, incroyablement. En m&#234;me temps, j'ai une admiration, une fascination pour eux, en m&#234;me temps il me terrorisent parce que ce n'est rien&#8230; Par exemple, on ne peut rien &#233;crire sur l'acteur, rien. Je ne pourrai jamais faire un personnage d'acteur, jamais. C'est le degr&#233; z&#233;ro de l'histoire &#224; raconter (rire) et &#231;a c'est un truc qui me terrorise quand m&#234;me : chez tout le monde, il y a des histoires &#224; raconter et chez l'acteur, je ne vois pas. Ce n'est pas qu'elle n'existe pas, mais c'est qu'il est acteur, donc elle est &#224; un endroit o&#249; je ne peux absolument pas la trouver. Ceci dit, dans les rapports personnels que j'ai eus avec des grands acteurs, c'est toujours &#224; la sc&#232;ne que c'est le mieux &#8212; non, mais c'est vrai &#8212; parce qu'ils sont un peu perdus, l&#224;, ils sont en train de dire &#8230;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Propos plein de contradictions, labyrinthiques, scand&#233; par ce &#171; en m&#234;me temps &#187; qui dit moins le balancement que la simultan&#233;it&#233; du sentiment : irr&#233;ductibilit&#233; du corps de l'acteur &#224; son r&#233;cit frontal, et impossibilit&#233; d&#232;s lors de le raconter. Ce qui reste : une pr&#233;sence but&#233;e o&#249; ce qui est &#224; dire c'est qu'il est, pour ainsi dire malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi de cette impossibilit&#233;, l'&#233;criture en prend le parti. L'art n'est-ce pas le lieu o&#249; l'impossible toujours se produit, peut se produire ? Ainsi, puisqu'on ne saurait raconter un acteur, et m&#234;me &#233;crire sur l'acteur &#8212; refus du m&#233;ta-th&#233;&#226;tre parce qu'il n'est qu'une formulation centrip&#232;te des &#233;nergies de l'&#233;criture, et donc mortif&#232;re &#8212;, l'auteur va essayer de dire les histoires qui sauront les d&#233;faire. Puisque l'acteur est l'espace d'un d&#233;p&#244;t d'histoires, il est lui-m&#234;me sans histoire propre &#8212; c'est parce qu'il est l&#224; pour accomplir une finalit&#233; sans origine, corps fabulaire, qu'il est d&#233;pourvu de fable originelle. L'histoire de l'acteur est ce lieu introuvable du r&#233;cit (et pour Kolt&#232;s, conscience d&#233;vor&#233;e par le r&#233;cit : ce non lieu total donc). Les paradoxes ne sont pourtant pas t&#233;tanisants mais des appels &#224; les d&#233;passer. L'acteur, lieu interdit, hors-lieu du r&#233;cit en ce qu'il est le r&#233;ceptacle du r&#233;cit &#224; venir, du r&#233;cit &#224; raconter, mais non d&#233;positaire de sa propre histoire, est une figure possible du d&#233;passement par l'&#233;criture pr&#233;cis&#233;ment parce que l'acteur appelle &#224; &#234;tre effac&#233; par le personnage : une figure moins de projection que d'impression, au sens photographique : et en cela, un espace transitoire de la pr&#233;sence : un espace qui est le lieu o&#249; passe la pr&#233;sence davantage que le lieu de la pr&#233;sence, l'acteur n'est qu'une figure transitoire du spectacle, qu'un instrument de la parole du personnage : et qui permet pourtant qu'en retour la pr&#233;sence se manifeste. Cet espace transitoire par o&#249; passe quelque chose de l'histoire, c'est cela qu'ici, provisoirement, je pourrais appeler : pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne pourrai jamais faire un personnage d'acteur, jamais &#187;, mais on vient d'entendre Leslie, dans Salinger. Kolt&#232;s a-t-il oubli&#233; ? Ou ce monologue n'est-il pas ce moment o&#249; s'&#233;nonce, exception qui confirme cette r&#232;gle, l'aporie manifeste de l'acteur-personnage, lieu o&#249; pourrait se nommer malgr&#233; tout cette pr&#233;sence singuli&#232;re dans les termes non de la m&#233;ta-th&#233;&#226;tralit&#233;, ni de la r&#233;flexivit&#233;, mais du miroitement : miroitement d'une alt&#233;rit&#233; en tant qu'elle fait signe vers ce qui nomme une identit&#233; saisie au lieu o&#249; elle s'&#233;chappe : autre d&#233;finition provisoire que je propose ici du r&#233;gime de pr&#233;sence de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une certaine ironie, Kolt&#232;s fait de Leslie, ce personnage du com&#233;dien, un com&#233;dien-personnage, qui n'a d'existence que th&#233;&#226;trale. La confusion de la vie et du th&#233;&#226;tre est ici exploit&#233;e jusqu'&#224; l'absurde m&#233;lancolie d'une vie en attente de th&#233;&#226;tralit&#233;, c'est-&#224;-dire d'&#233;v&#233;nements les plus litt&#233;raires, clich&#233;s sentimentaux. En attente ? Mais il est en train pourtant d'ex&#233;cuter une partition th&#233;&#226;trale &#8212; l'ex&#233;cuter, au sens litt&#233;rale, peut-&#234;tre. L'ex&#233;cution de la pr&#233;sence, n'est-ce pas aussi une t&#226;che du th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le personnage est litt&#233;ralement et dans tous les sens une page blanche, et se montre tel : c'est lui qui raconte qu'il n'a rien &#224; raconter, et le monologue est d&#232;s lors tout entier tiss&#233; de ce vide narratif qui le constitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que Kolt&#232;s ne peut ici comme ailleurs nourrir son th&#233;&#226;tre que d'&#233;nergies puis&#233;es &#224; la vie &#8211; et non au th&#233;&#226;tre : le th&#233;&#226;tre de son temps, il le voyait auto-aliment&#233; par lui-m&#234;me, fabriqu&#233; &#171; &#224; partir d'&#233;motions que le th&#233;&#226;tre seul leur fournit ; &#231;a s'auto-reproduit &#224; l'int&#233;rieur du th&#233;&#226;tre &#187; , et cela l'&#233;c&#339;urait. D&#232;s lors quand il dresse sur son th&#233;&#226;tre un personnage de th&#233;&#226;tre, il est de fait d&#233;connect&#233; de ces &#233;nergies (c'est le New York d&#233;connect&#233;, abstrait, nocturne qui lance la parole). Cette auto-production du th&#233;&#226;tre par lui-m&#234;me est pour Kolt&#232;s un mouvement inerte, celui-l&#224; m&#234;me qui anime Leslie, qui &#171; stationne &#187; au pied d'immeubles immobiles dans des rues o&#249; ne passent que des taxis (pay&#233;s pour se rendre aux lieux o&#249; on leur dit d'aller), o&#249; &#171; tout le monde marche &#224; reculons &#187;, vie qui est le contraire de la vie : un th&#233;&#226;tre o&#249; &#171; les cabines t&#233;l&#233;phoniques ont les fils arrach&#233;s et servent de poubelles &#187;, communication impossible, un dedans sans dehors : &#171; Et je suis descendu l&#224; o&#249; [le chauffeur de taxi] m'a dit : &#8216; Vous y &#234;tes, monsieur.' &#187; &#8212; ce lieu d&#233;signe le th&#233;&#226;tre m&#234;me, espace vide, qu'arpentent Leslie et l'acteur qui le joue au moment de ce monologue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Alain Prique &#8212; Et la passion de la sc&#232;ne, pour toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B.-M. Kolt&#232;s &#8212; Ah ? Moi j'aime bien. Par exemple, c'est l&#224; o&#249; j'aime &#224; nouveau le th&#233;&#226;tre, c'est quand je vais voir les r&#233;p&#233;titions. Mais la passion de la sc&#232;ne, je ne la comprends par exemple mieux chez un &#233;clairagiste ; je me sens mieux avec un &#233;clairagiste &#8212; comme au cin&#233;ma quand je vois un tournage c'est toujours avec eux que je vais, parce que je me sens&#8230; &#8212; alors &#231;a, c'est une passion de la sc&#232;ne que je vais traduire imm&#233;diatement en termes concrets, c'est-&#224;-dire voir des gars comme &#231;a qui passent quatorze heures sur une sc&#232;ne pour l'&#233;clairer, sans d&#233;bander, alors l&#224; je vois un rapport de la passion &#224; l'acte, et &#231;a je le sens tr&#232;s bien. Mais les acteurs, c'est beaucoup plus complexe. Non, non, non&#8230; je pense beaucoup plus, je pense vraiment un personnage. Quand je pense &#224; un acteur, c'est toujours un acteur-personnage, c'est-&#224;-dire que je ne l'ai pas connu, que je le d&#233;fie un peu ; alors &#231;a vient comme pour Quai ouest o&#249; il y a des acteurs que j'ai connus : j'ai &#233;crit le r&#244;le pour eux &#8212; mais encore, ce n'est pas vraiment pour eux &#8212;, et je peux penser &#224; eux sans que &#231;a me g&#232;ne .&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fier l'acteur-personnage, c'est &#233;crire l'inconnu de l'acteur que l'auteur porte en lui : c'est provoquer l'adversaire pour qui se d&#233;voile &#8212; devienne pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Kolt&#232;s aura surtout &#233;crit des personnages &#224; partir de leurs corps &#8212; racis&#233;s, m&#233;tiss&#233;s, mineurs &#8212;, c'est qu'il s'agissait de composer avec leur mat&#233;rialit&#233; sensible qui fait apparaitre un visage avant m&#234;me sa parole : le r&#233;gime de pr&#233;sence de l'acteur kolt&#233;sienne est ce qui pr&#233;c&#232;de l'&#233;criture en tant que cette ant&#233;riorit&#233; est construire par l'&#233;criture elle-m&#234;me en amont d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il y aurait moins ici complaisance dans le mythe du personnage comme page blanche sur laquelle &#233;crire &#224; travers l'acteur, qu'une travers&#233;e des fables qui le constituent, que ce soient des histoires de th&#233;&#226;tre, ou des histoires intimes, quand Kolt&#232;s conna&#238;t l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car qui se dit dans le monologue de Leslie, est ce qu'on ne peut pas lire : un secret. Doit-on le dire ? Dire que pendant les r&#233;p&#233;titions, Kolt&#232;s fut aimant&#233; par la pr&#233;sence d'Abbi Patrix qui d&#233;termina l'&#233;criture, la pr&#233;sence excessive ensuite sur le manuscrit de cette partition destin&#233;e &#224; &#234;tre jou&#233;e par Abbi Patrix. Leslie est ce nom qui lie un auteur &#224; un acteur, une puissance de fantasme, de d&#233;sir : La relation de Kolt&#232;s &#224; Abbi Patrix, inconnu &#224; Abbi Patrix lui-m&#234;me appartient &#224; l'&#233;criture dans la mesure o&#249; elle s'est retir&#233;e, absent&#233;e, pour laisser place &#224; cette pr&#233;sence de l'acteur dans ce nom de Leslie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire la pr&#233;sence, c'est donc traverser l'acteur pour atteindre le personnage au-devant de lui afin d'obtenir autre chose qui n'est ni l'acteur, ni le personnage : mais le r&#244;le. Le r&#244;le, ce serait moins la fonction que la partition en corps, le rouleau d'&#233;criture que le corps d&#233;lie en lui et au-del&#224; de lui : le r&#244;le, ce serait ce qui permet de rejoindre l'&#233;criture pos&#233;e en avant. Il permet la lib&#233;ration de la terreur de l'acteur, et engage un processus de d&#233;r&#233;alisation du personnage. Soit une pr&#233;sence qui n'est plus celle de l'identit&#233; coll&#233;e &#224; la pr&#233;sence de l'acteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cette surface de projection dans la mesure o&#249; &#224; travers la surface, il y a une profondeur qu'on devine, un peu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Alors bien s&#251;r ce saisissement, cet effet de pr&#233;sence humaine brutale m&#234;l&#233;e au comble de l'art que me donne le portrait peint, j'ai voulu en user en litt&#233;rature, &#233;crit Michon dans la suite de l'entretien. Je voudrais &#233;voquer des hommes avec cet effet presque hallucinatoire qui fait la force des grands portraits. C'est un art d'&#233;vocation que je cherche, un art d'apparition. Comme un peintre, c'est une image, une image d'homme, que je veux faire appara&#238;tre. Rien n'est plus simple &#8212; et rien ne me para&#238;t plus difficile. &#187; &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s | Le Carnet Rouge</title>
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		<dc:date>2024-10-23T08:24:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Notes et hypoth&#232;ses&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-anthologie-archives/koltes-archives-et-documents/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | archives et documents&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2024-10-22_a_09.37_38.png?1729585986' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/capture_d_e_cran_2024-10-22_a_09.37_56.png?1729585992&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;serves de la BNF, on trouve &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531528050/f1.item.zoom#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un mince carnet&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;REF. 17731-40&lt;/i&gt; : cent pages r&#233;dig&#233;es presque d'un bout &#224; l'autre d'une &#233;criture serr&#233;e, rapide et qu'on dirait pourtant concert&#233;e : le plus souvent &#233;crites au crayon bleu, certaines corrig&#233;es au noir, et parfois, dans l'urgence griffonn&#233;es au crayon papier &#8212; celui qui sert &#224; Kolt&#232;s pour la r&#233;daction des premiers &#233;tats de ses pi&#232;ces. Des notes, oui, &#224; la vol&#233;e, comme on t&#226;che de fixer le vertige de ce qui passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'ouvre. Ceci pour commencer :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_10.28_15.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_10.28_15.png?1729672186' width='500' height='787' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re note :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;TODA LUNA, TODO A&#209;O,&lt;br&gt;
TODO D&#205;A, TODO VIENTO,&lt;br&gt;
CAMINA Y PASA TAMBIEN.&lt;br&gt;
TAMBIEN TODA SANGRE LLEGA&lt;br&gt;
AL LUGAR DE SU QUIETUD&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Soit : &#171; Toute lune, toute ann&#233;e, / Tout jour, tout vent, / Marche et passe aussi. / Tout sang aussi arrive / Au lieu de son repos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre ainsi par cette porte d&#233;rob&#233;e de la langue &#233;trang&#232;re. De l'espagnol ? Sauf qu'il ne s'agit que d'une traduction du &lt;i&gt;Libros del Chilam Balam&lt;/i&gt;, le &#171; livre de celui qui parle dans la bouche du jaguar &#187;, ensemble de manuscrits mayas r&#233;dig&#233;s en yucat&#232;que et compos&#233; sur plusieurs si&#232;cles entre le XVII et le XIXe s. compulsant pendant la colonisation espagnole l'h&#233;ritage maya pour la perp&#233;tuer. Rituels et sciences m&#233;dicales, grammaire et collection de contes, mythologie, litturgie et histoire pr&#233;colombiennes, calendrier et proph&#233;ties de la fin des mondes : &#171; El fin de Los tiempos &#187; est le sous-titre de l'ouvrage. Tout, son contraire, et le reste, pour raconter l'Histoire perdue de la fin des temps et mieux faire advenir d'autres commencements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cl&#233; ? Fa&#231;on, oui, d'entrer : dans l'&#233;criture et ses r&#234;ves, l'&#233;laboration depuis la langue &#233;trang&#232;re (et doublement) d'un rapport neuf au monde qui puise ses racines dans l'histoire quand elle n'est pas diff&#233;rente du mythe et que le mythe r&#233;g&#233;n&#232;re &#8212; mani&#232;re d'entrer en relation intime avec cette ouverture int&#233;rieure &#224; l'alt&#233;rit&#233; qui est la condition de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette porte franchie, une premi&#232;re note. &#171; L'avenir est &#224; la clandestinit&#233;. &#187; Suivront cent pages de notes au d&#233;but num&#233;rot&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme si le Carnet rouge avait d'abord &#233;t&#233; le lieu d'une mise au propre (et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la plupart d'une seule ligne, qui s'enchainent sans lien apparent, d'un jour, d'une semaine, d'une ann&#233;e sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carnet : ces phrases entendues et arrach&#233;es &#224; la vie ou sorties du r&#234;ve, paroles, et parfois davantage : bons mots, images tir&#233;es de livres lus, clich&#233;s creus&#233;s, phrases en qu&#234;te de la musique d'un personnage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 46. Les bordels appel&#233;s &#171; universit&#233; &#187; &#224; cause de l'&#226;ge exig&#233; &#187; (p. 15)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; pens&#233;es libres et vagues, &#233;nigmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Car, &#224; moins d'appeler, comme Melchis&#233;dech, le monde entier notre p&#232;re, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; r&#233;flexions sur l'&#233;criture, l'existence, le d&#233;sir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il n'y a de satisfaction que dans les amours du hangar. &#187; (p. 47)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la tristesse et sa joie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 15. &#192; propos des trois raisons n&#233;cessaires pour mourir : la r&#233;v&#233;lation que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; confidences qu'on n'ose m&#234;me pas s'avouer ; id&#233;es de sc&#232;ne ramass&#233;es en deux lignes amen&#233;es &#224; se d&#233;velopper ; formules&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tu es mexicain ? Alors chante. &#187; (p. 55)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; paroles directement puis&#233;es &#224; une voix de ce qu'on devine &#234;tre un personnage, silhouette, fant&#244;me de personnage travaill&#233; dans ses r&#234;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot &#171; sexe &#187; est d&#233;riv&#233; du verbe arabe de la m&#234;me famille, qui sert &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; r&#233;flexions qui m&#234;lent exercice d'&#233;criture et exp&#233;rience de pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Texte contre la langue fran&#231;aise ; pourquoi encore la parler, &#233;crire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certaines notes sont &#233;crites plusieurs fois, sur diff&#233;rentes pages, diff&#233;rentes p&#233;riodes (par exemple, des variations autour d'une m&#234;me formule comme si la Carnet cherchait &#224; en fixer la forme). Succession brute de phrases, mati&#232;res d&#233;coup&#233;es dans le langage et destin&#233;es &#224; servir, mais qui souvent ne serviront pas, ou pas dans cette vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est livr&#233; &#224; des hypoth&#232;ses. Elles sont faibles et on ne dispose que de la mati&#232;re brute des choses alors on s'y livre d'autant plus : le carnet est rouge, et puisqu'on a le go&#251;t baroque qu'ont les hommes pour les majuscules, on le nommera &lt;i&gt;Carnet Rouge&lt;/i&gt;, cette mince &#233;paisseur d'&#233;criture d'avant l'&#233;criture &#8212; ou depuis le milieu de l'&#233;criture. Comme le milieu est l'espace o&#249; les choses prennent de la vitesse, dire d'abord l'extr&#234;me force de l'ensemble, la solidit&#233; &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; de cette mati&#232;re. Elle ne semble en rien pr&#233;paratoire, mais plonge dans le langage saisi d&#232;s le premier mouvement dans sa facult&#233; &#224; dramatiser la parole pour mettre en mouvement la pens&#233;e et la vie de ceux qui, en arri&#232;re des mots, la disent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un premier abord, Le carnet para&#238;t coul&#233; dans une pente &#224; l'allure propre, et double : il est en effet r&#233;dig&#233; dans les deux sens : les trois quarts couvrent l'envers et semblent avoir &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s dans un premier temps ; quelques pages sont &#233;crites &#224; l'endroit du carnet et portent sur les derni&#232;res ann&#233;es ? Pourquoi ce retournement ? On ne saura pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hypoth&#232;ses donc. Que le Carnet a sans doute commenc&#233; &#224; &#234;tre r&#233;dig&#233; autour des ann&#233;es 1981, 1982 ; qu'il a voyag&#233; &#224; New York, &#224; Barb&#232;s &#8212; on trouve trace d'amples fragments de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, ou destin&#233; &#224; &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt; &#8212; mais qu'il porte trace aussi des derniers textes et d'importants fragments concernant le d&#233;but de roman paru apr&#232;s sa mort. Puis, tant de notes arrach&#233;es &#224; ce qu'on ignore. Non, on ne sait pas. On ne sait pas grand-chose. Est-ce que le Carnet servait &#224; noter ce qui pouvait servir ailleurs, apr&#232;s, ou au contraire : reformule ce qui aura d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;crit, mais qui d&#233;mange encore, piqures sur un membre fant&#244;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Carnet semble en tous cas couvrir la d&#233;cennie 80 &#8212; mais c'est aussi un leurre. Et plusieurs signes laissent &#224; penser qu'il vient peut-&#234;tre de plus loin, de plus avant. Tout le d&#233;but du carnet est en effet peupl&#233; d'obsessions pr&#233;colombiennes surgies de ce voyage entre le Nicaragua et le Guatemala, plusieurs mois entre 1978 et 1979, tandis que s'&#233;crivait en Am&#233;rique la pi&#232;ce africaine &lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rien ou presque dans le Carnet Rouge ne semble y faire allusion : comme si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces obsessions na&#238;t ainsi un r&#234;ve de pi&#232;ce autour du temple maya Tikal. &lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-anthologie-archives/koltes-correspondances/article/koltes-lettre-de-tikal?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand il en visita les ruines&lt;/a&gt;, l'&#233;t&#233; 1978, il &#233;crivit &#224; son fr&#232;re Fran&#231;ois combien il eut &#171; cette r&#233;v&#233;lation de se trouver devant quelque chose qui ne fait pas une minute penser &#224; nos ruines de ch&#226;teaux ou &#224; nos cath&#233;drales, quelque chose de tellement sophistiqu&#233;, de tellement secret, qu'on croit assister &#224; un retournement du sens du temps, et qu'on est devant l'&#233;laboration interminable et progressive d'un projet d'avenir tr&#232;s lointain &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kolt&#232;s, Lettre &#224; Josiane et Fran&#231;ois Kolt&#232;s, Tikal, 17 septembre 1978, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet lance jusqu'ici. Car se d&#233;pose dans les notes du carnet la figure de Cort&#232;s, le conquistador, saisi de &lt;i&gt;tristesse&lt;/i&gt; : o&#249; l'on d&#233;couvre ainsi qu'Hernan Cort&#232;s fournit la mati&#232;re d'une pi&#232;ce (d'un roman ?) qui peu &#224; peu s'&#233;crit dans ces premi&#232;res pages carnet, se r&#234;ve plut&#244;t et s'agr&#232;ge autour de quelques images.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__13.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__13.png?1729671798' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#8212; 111. Tikal : &#192; la fin, p&#233;r&#233;grinations dans les ruines, &#233;normes &#233;difications du futur. Il y rencontre sa solitude sous la forme&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; 112. La nuit triste de Cort&#232;s, le soir de la victoire : il pleure, sous un arbre (l'Arbre de la Nuit Triste.) [sachant cela, en plus du reste&#8230;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 13.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Cort&#232;s &#171; &#224; la rencontre de sa solitude &#187; : il erre dans ces pages et les ruines de Tikal durant la Nuit Triste : cette nuit du 30 juin au 1er juillet 1520 que l'Histoire nomma presque imm&#233;diatement la &lt;i&gt;Noche Triste&lt;/i&gt;, nuit o&#249; les troupes de Cort&#232;s avaient &#233;t&#233; contraintes de prendre la fuite face aux Azt&#232;ques devant Mexico-Tenochtitlan ; nuit aussi o&#249; meurt dans des conditions mal connues Montezuma, le neuvi&#232;me tlatoani maya qui venait de trahir son peuple en se ralliant aux Espagnols. Kolt&#232;s nomme cette nuit &#171; le soir de la victoire &#187;, se pla&#231;ant d&#233;lib&#233;r&#233;ment du c&#244;t&#233; des soldats de Cuitlahuac &#8212; qui refusent d'accepter la trahison de Montezuma &#8212;, tout en nommant la tristesse aussi des conquistadors. Vertige.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13041 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/the_sad_night__noche_triste___conquest_of_mexico__painting.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/the_sad_night__noche_triste___conquest_of_mexico__painting.jpg?1729676459' width='500' height='330' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis ? Les images s'effacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais devant ces quelques notes du Carnet Rouge, on peut supposer que Kolt&#232;s aura largement envisag&#233; d'&#233;crire un texte autour et &#224; partir de cette nuit du d&#233;sastre espagnol de juillet 1520 &#8212; d&#233;b&#226;cle qui sera retourn&#233;e en triomphe inattendu, quelques jours plus tard, lors de la bataille d'Otumba, qui vit Cort&#232;s avec une poign&#233;e d'hommes mettre &#224; terre la civilisation azt&#232;que en assassinant en un &#233;clair le tepuchtlato, simple crime qui mit en d&#233;route l'arm&#233;e azt&#232;que et tout un monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, apr&#232;s ces notes, rien. Ce r&#234;ve se dissipe, recouvert par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les notes s'encha&#238;nent ensuite, br&#232;ves, sans explications &#8212; en marge, un trait rageur en rouge semble souligner l'importance de telle ou telle phrase &#8212;, on passe vite, lisant, d'une note &#224; l'autre, tandis qu'on devine que les ann&#233;es passent : on est d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, soit autour des ann&#233;es 1982-1983. Certaines notes semblent m&#234;me le for int&#233;rieur de la pi&#232;ce et celui de ses personnages, mais on sait que Kolt&#232;s aura amass&#233; aussi, &lt;i&gt;par ailleurs&lt;/i&gt;, une ample mati&#232;re : le dossier &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; est volumineux. Des notes &#233;crites sur pages volantes avec sc&#232;nes &#233;parses, fiches de personnages, fa&#231;on de manipuler une Kalachnikov, de mettre hors service une jaguar, de se servir d'un briquet Dupont, autres r&#234;ves et d&#233;lires &#8212; cette masse documentaire de Kolt&#232;s, labyrinthique et affolante, affol&#233;e, dans laquelle on devine combien il s'est perdu &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53152809s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;repose aussi dans les cartons de la BNF&lt;/a&gt; (se promettre d'y plonger davantage pour y voir plus clair, un jour).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, le Carnet Rouge n'est pas le Carnet de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, il l'exc&#232;de autant qu'il demeure en de&#231;&#224;. Le Carnet Rouge semble plut&#244;t (hypoth&#232;ses) rassembler des notes diverses sans usage d&#233;termin&#233; pour telle pi&#232;ce. Carnet qui parait donc cette sorte de planche d'appel avant l'&#233;criture : c'est comme si, quand une pi&#232;ce se concr&#233;tise, que le d&#233;sir s'affermit et se confirme, Kolt&#232;s pr&#233;f&#233;rait ouvrir un autre espace (que bien souvent il va d&#233;truire et dont il ne restera rien, sauf pour &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, miraculeusement) &#8212; mais jamais il n'abandonnera le Carnet Rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que je m'explique pourquoi il demeure toutes ces ann&#233;es, ample et divers, sans &#234;tre centr&#233; sur aucune pi&#232;ce en particulier, mais traversant toute l'&#339;uvre ou presque. On n'a en effet rien qui ressemble de pr&#232;s ou de loin &#224; des notes sur &lt;i&gt;Le Retour au D&#233;sert&lt;/i&gt; : peut-&#234;tre le d&#233;sir est-il n&#233; plus brutalement et qu'imm&#233;diatement un carnet d&#233;di&#233; fut-il compos&#233; : on n'en a pas la trace (et pourtant, comme il serait pr&#233;cieux d'y lire les d&#233;p&#244;ts de ces phrases de Boulevard envelopp&#233; dans l'&#233;toffe tragique, et inversement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revers de cette m&#233;daille : on dispose ici de beaucoup de fragments de pi&#232;ces inachev&#233;es ou laiss&#233;es en l'&#233;tat d'&#233;laboration interminable et progressive de projet d'avenir lointain. Fragments sur Coco Chanel &#8212; &lt;i&gt;Coco&lt;/i&gt;, la pi&#232;ce, n'aura que quelques sc&#232;nes &#233;bauch&#233;es : dans le Carnet, il note au passage, ce qui pourrait &#234;tre une id&#233;e de titre, &lt;i&gt;Chanel n&#176; 5&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, sid&#233;rantes, des notes sur Job : et m&#234;me, un r&#233;sum&#233; d'une pi&#232;ce qui suffit &#224; donner une id&#233;e de l'ampleur du projet. C'est &#224; la derni&#232;re page r&#233;dig&#233;e du carnet : &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;x titre &#8212; Job ! Job sur son fumier. Les deux sourds muets (et non sourds m.) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__66_job-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__66_job-2.png?1729671628' width='500' height='758' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis, si l'on saisit le Carnet &#224; l'envers, griffonn&#233;e sur l'une des premi&#232;res pages, ces quelques mots jet&#233;s peut-&#234;tre au d&#233;but de l'ann&#233;e 89, un peu avant le printemps ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p__6_la_mort_de_job.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p__6_la_mort_de_job.png?1729671740' width='500' height='768' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;crira jamais cette pi&#232;ce, et cette pi&#232;ce existe pourtant : l&#224;, dans le Carnet Rouge &#8212; et la pr&#233;sence de Casar&#232;s, qui aura &#233;t&#233; d'un bout &#224; l'autre de la vie, ce corps pour qui &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire le Carnet, c'est se trouver devant un &#233;cheveau o&#249; se saisir d'un fil semble pouvoir faire venir &#224; soi tout un monde. Par exemple, et par hasard : au d&#233;tour d'une note, le nom de Roland Barthes : ou plut&#244;t un proverbe chinois &#171; cit&#233; par R. Barthes &#187;, et qui semble si kolt&#233;sien &#171; Le lieu le plus sombre est toujours sous la lampe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__66_barthes.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__66_barthes.png?1729671579' width='500' height='251' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt;, et toutes les notes d&#233;pos&#233;es autour de cette citation de Barthes dans le Carnet rouge semblent tourner autour de ce proverbe enveloppant la part obscure du d&#233;sir, la jalousie et son secret. Par exemple ceci : &#171; Baiser par des mots &#187;, surlign&#233;e sur le c&#244;t&#233; par une barre verticale. Le texte de Barthes est paru en 1977, et il serait utile de lire d&#233;sormais les rapports au d&#233;sir et son n&#233;goce travaill&#233; par Kolt&#232;s sous cette lumi&#232;re neuve d'une lecture assez serr&#233;e avec le grand &#339;uvre de Barthes &#8212; et Proust en trait d'union.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13043 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/61qbhwnd-il.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/61qbhwnd-il.jpg?1729677221' width='500' height='744' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple, autre piste qu'on pourrait suivre le long d'un autre fil d'Ariane. Le Carnet se poursuit en oubliant peu &#224; peu semble-t-il le r&#234;ve de Tikal. Quand on lit l'&#339;uvre publi&#233;e, nulle trace en effet. Et pourtant : le Carnet nous donne &#224; voir la transformation de ce r&#234;ve. Car la Nuit Triste avait insist&#233;. Ce ne fut d'abord qu'un titre (de pi&#232;ce ? de roman ?)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; 94. Le rendez-vous longtemps d&#233;sir&#233; ; et, comme il est l&#224;, on passe en voiture (d&#233;but de La nuit triste) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 38.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Et puis, ce r&#234;ve eut besoin de temps. Entre la rencontre &#233;blouissante avec les ruines mayas et ces notes, il y aura eu l'&#233;criture de &lt;i&gt;Combat&#8230;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, et puis la mort de Genet, et ce court texte, &lt;i&gt;Douze notes prises au nord&lt;/i&gt; pour accompagner la cr&#233;ation des &lt;i&gt;Paravents&lt;/i&gt;, o&#249; les r&#234;veries de Tikal s'&#233;tait fondues dans Barb&#232;s quelque part plus loin que Tikal et que Barb&#232;s : mais o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 61, cette note :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13033 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__61_babylone.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__61_babylone.png?1729671339' width='500' height='36' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce sera Babylone qui contient toutes ces ville maudites (et donc &#233;lues) pour mieux les emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques lignes plus bas :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__61_le_monde_de_babylone.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__61_le_monde_de_babylone.png?1729671220' width='500' height='78' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et en &#233;chos lointains, ceci dans toutes les derni&#232;res pages :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p_5_max_romeo.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p_5_max_romeo.png?1729671191' width='500' height='177' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Max Rom&#233;o &#8212; l'immense Maxwell Livingston Smith &#8212;, chanteur de reggae de Saint d'Acre, Jama&#239;que, et auteur en 1976 de cet album destin&#233; &#224; &#234;tre un classique du reggae roots &lt;i&gt;War Ina Babylon&lt;/i&gt;. La chanson &lt;i&gt;Run Babylon&lt;/i&gt;, sorti 1975, n'est pas issue de cet album, mais d'une compilation sortie deux ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/sim1Me_dvQk?si=4TEyqGTYltQ2PsYz&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette r&#233;f&#233;rence : &#171; Constant 96 ? &#187; La note pr&#233;c&#233;dente tourne aussi autour d'un classique du reggae que ne cesse plus d'&#233;couter Kolt&#232;s depuis la fin des ann&#233;es 1970 : c'est cette fois Burning Spear,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; I would&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kolt&#232;s &#233;crit par-dessus au crayon noir : &#171; veut &#187;&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; like to see the shade / and tree / Where I can rest my head and knee / Cause the sun is so hard &lt;br&gt;
(Burning Spear&#8211; Cf. Constant p. 85)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est cette phrase de la chanson qui servira d'exergue &#224; &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;. Ici, Kolt&#232;s indique sa source : &#171; Constant &#187;, c'est Denis Constant, auteur du livre &lt;i&gt;Aux sources du reggae&lt;/i&gt; paru en 1982 aux &#233;ditions parenth&#232;ses. Constant cite approximativement les paroles de Burning Spear (dans la chanson &lt;i&gt;Resting Place&lt;/i&gt; on entend : &#171; I would like to see / The broad shaded tree / Just I can rest my head underneath / 'Cause the sun is so hot &#187;&#8230;) et c'est pourtant la citation de Constant que Kolt&#232;s reportera en ouverture de &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13042 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/41gtbdbme2l__ac_uf1000_1000_ql80_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/41gtbdbme2l__ac_uf1000_1000_ql80_.jpg?1729677138' width='500' height='687' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste que Babylone prend suffisamment de place pour devenir davantage qu'une r&#233;f&#233;rence mythique, mystique. Ce sera la ville o&#249; se d&#233;roulera ce roman qui n'aura jamais de nom, et ne connaitra qu'un prologue : son fr&#232;re Fran&#231;ois, quand il en retrouvera les pages ce printemps endeuill&#233; de 1989, le nommera &#233;videmment, avec ce m&#234;me go&#251;t baroque, &lt;i&gt;Prologue&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L191xH264/prologue-731a2.png?1769979176' width='191' height='264' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_12.02_40.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_12.02_40.png?1729677778' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reprenons ce fil. Ainsi, le Carnet porterait ce mouvement de la tristesse des conquistadors d&#233;faits par les Mayas au d&#233;but du XVIe s. &#224; celle d'un personnage nomm&#233; Mann, irrigu&#233; par la pens&#233;e rastafarienne d'un Babylone sans &#226;ge et de tous les temps pour dire la ville maudite, celle de la Chute de l'Homme sur terre pour y vivre avec m&#233;lancolie la m&#233;lancolie d'une fin commenc&#233;e par la cr&#233;ation du monde. Kolt&#232;s avait donc su poursuivre ce projet n&#233; en 1978 au bord du lac Atitlan dans ce village maya de San Pedra La Laguna au Guatemala jusque dans le hammam de la rue de Tombouctou dans le 18e arrondissement de Paris o&#249; se d&#233;roule aussi le roman &#8211; et tout pr&#232;s o&#249; vivait Kolt&#232;s &#8211; puisque Babylone est cette ville monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a tant d'autres fils, de chemins que charrie le Carnet Rouge. On est tent&#233; de recomposer l'&#233;cheveau de l'&#233;criture et on pourrait le faire : lire l'une apr&#232;s l'autre les notes et entrer dans la fabrique. Il faut bien pourtant renoncer. Parce que le Carnet garde des secrets. Parce que le temps a manqu&#233; pour que ses fils puissent tenir ensemble une intuition, un r&#234;ve et son projet. Et parce qu'on pourrait se perdre aussi dans le labyrinthe. Car on pressent qu'il manque d'autres lignes de forces, par exemple une saisie r&#233;flexive de l'auteur lui-m&#234;me sur ce qui le conduit &#224; choisir telle piste plut&#244;t qu'une autre, ce qui le fait renoncer ou insister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces notes existent pourtant, m&#234;me si rares, comme des &#233;clats d'un art po&#233;tique qui semble plut&#244;t des rappels &#224; l'ordre qu'il s'agit d'affirmer, pour soi-seul, et comme on se fixe un cap. Ainsi de cette note sur la conduite de la pi&#232;ce et de ses rapports &#224; l'histoire qui vient creuser et densifier ce qu'on savait par ailleurs de sa conception de l'intrigue. Oui, le r&#233;cit l'int&#233;resse comme l'int&#233;ressent ceux qui le travaillent de l'int&#233;rieur, et s'en m&#233;fient, pr&#233;f&#232;rent en rester ma&#238;tre. &#171; Seulement envie de raconter bien &#187;, avait-il confi&#233; dans un entretien, &#171; un bout de notre monde et qui appartienne &#224; tous &#187; : non pas raconter une histoire, donc. Car l'histoire quand on s'y coule ne permet plus qu'on la peuple de la vie et la hante, qu'on l'habite de l'int&#233;rieur, pour devenir une simple structure, ou pire, une convention purement litt&#233;raire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Me souvenir, quand je suis dans la merde pour une sc&#232;ne, que je me fous, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p_4_me_souvenir.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/envers_p_4_me_souvenir.png?1729671175' width='500' height='815' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tennessee Williams, le contre-mod&#232;le : celui du &#171; music-hall psychanalytique &#187; comme il jugeait s&#233;v&#232;rement ce th&#233;&#226;tre am&#233;ricain fondu dans une sorte de story-telling t&#233;l&#233;visuel st&#233;rile. Au contraire : travailler des &#171; morceaux de vie &#187; dans l'histoire, arrach&#233;s &#224; elle. &#171; Succession de sc&#232;nes r&#233;alistes pour le th&#233;&#226;tre de la vie imaginaire d'abstraits &#233;migr&#233;s &#187; : formule o&#249; chaque mot pourrait contester, ou infl&#233;chir le pr&#233;c&#233;dent, corriger peu &#224; peu cette trajectoire qui danse sur le mince d&#233;fil&#233; de cr&#234;te d'une &#233;criture o&#249; l'histoire n'existe que dans sa facult&#233; &#224; se d&#233;faire de son surplomb id&#233;ologique pour mieux traverser les forces vitales qui l'animent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais hormis ces &#233;clats quasi-th&#233;oriques, les notes &#233;chappent, isol&#233;es &#8212; solitaires plut&#244;t &#8212; &#224; la d&#233;rive, fulgurantes, hallucin&#233;es, plein de cette sagesse terrible et sans autre usage que l'&#233;criture m&#234;me quand l'&#233;criture est ce r&#233;cif o&#249; ces mouvements de pens&#233;e et de langue &#233;chouent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parcourant par hasard le Carnet, on peut lire ainsi ceci :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__59_vous_prenez_ce_petit_monde.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__59_vous_prenez_ce_petit_monde.png?1729671561' width='500' height='152' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Vous prenez ce petit monde ci, votre monde, pour &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; monde.
&lt;br /&gt;&#8212; Il y a les morts, il y a les vivants, et il y a nous.
&lt;br /&gt;&#8212; La description exacte, rue par rue, d'une ville o&#249; l'on n'a jamais &#233;t&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 59.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ou bien cela :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13046 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__4_laissez_nous.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__4_laissez_nous.png?1729679103' width='500' height='54' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; 19. Laissez-nous donc mourir, laissez-nous donc p&#233;rir, car nos dieux sont d&#233;j&#224; morts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 4.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Et encore :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13047 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__35_mon_pere_ma_appris.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__35_mon_pere_ma_appris.png?1729679134' width='500' height='54' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; 41. Mon p&#232;re m'a appris comment cracher sur une serrure pour qu'elle s'ouvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 35.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Puis :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13048 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__39_la_terre_etait_plate.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__39_la_terre_etait_plate.png?1729679149' width='500' height='60' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; 2. Car, comme la terre &#233;tait plate, nul ne pouvait fuir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 39.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Voire :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13049 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__43_extreme_fatigue.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__43_extreme_fatigue.png?1729679180' width='500' height='55' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L'extr&#234;me fatigue me vient de mes anc&#234;tres. Moi, je me repose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 43.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Et puis :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__41_les_personnages_et_les_noms_le_gendaires.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__41_les_personnages_et_les_noms_le_gendaires.png?1729679201' width='500' height='99' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;28. Les personnages et les noms l&#233;gendaires laissant davantage de traces que les r&#233;els sur qui se referme&#8230; Et je sais ne pas apporter une pierre &#224; la v&#233;rit&#233;, mais bien &#224; la l&#233;gende.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 41.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Alors on renonce, oui, &#224; saisir, en flic, les indices pour les convertir en preuves, en v&#233;rit&#233;. Ce serait plut&#244;t suivre un sillage et savoir qu'on ne rejoindra qu'une part de la l&#233;gende, le r&#234;ve d'un r&#234;ve de fiction.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13051 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__34_on_ne_reve_pas.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/p__34_on_ne_reve_pas.png?1729679214' width='500' height='52' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; 23 On ne r&#234;ve pas de la derni&#232;re pens&#233;e qu'on a&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 34&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Oui, on peut ouvrir ce Carnet au hasard, par le milieu, sans chercher &#224; rattacher ces notes &#224; un texte &#233;crit, un &#233;v&#233;nement : on trouvera ce qu'on voudra chercher et peut-&#234;tre m&#234;me, comme ce tas de cendres au fond des tombeaux &#233;gyptiens, rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La vraie profondeur de Koch, s'il en est une, vient de la multitude de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce rien qui n'est qu'un d&#233;p&#244;t de pr&#233;sent jadis &#233;tincelant de v&#233;rit&#233; dans sa tension vers son usage, et qui, pourtant, d&#233;pourvu d'usage d&#233;sormais, se dresse seule pour laisser miroiter ce qui n'existe pas, en dehors du r&#234;ve qu'on peut faire avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_12.28_26.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-23_a_12.28_26.png?1729679319' width='500' height='445' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;14. Montezuma &#224; Cort&#232;s : Seigneur, tu touches enfin &#224; ta cit&#233;. Tu es venu pour prendre place sur ton tr&#244;ne, sous ton dais royal. Non ce n'est pas un r&#234;ve, je ne sors point d'un r&#234;ve, encore tout engourdi ; je ne le vois pas en r&#234;ve, je ne suis pas en train de r&#234;ver. C'est que je t'ai d&#233;j&#224; vu, c'est que j'ai d&#233;j&#224; jet&#233; les yeux sur ton visage. Tel &#233;tait bien le legs et le message de nos rois, de ceux qui command&#232;rent, de ceux qui gouvern&#232;rent ta cit&#233; : selon eux tu devais t'installer sur ton si&#232;ge, sur ta chaise de majest&#233;, tu devais parvenir en ces lieux. Or &#224; cette heure la chose s'est accomplie ; maintenant te voici arriv&#233; &#224; grand peine, avec effort te voici parvenu. Arrive en ton pays ; viens et repose-toi ; prends possession de tes royales demeures. Arrivez en votre pays, Seigneur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 3&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'avenir est &#224; la clandestinit&#233;. &#187; C'est ainsi que s'ouvrait le Carnet. Ce go&#251;t de la marginalit&#233; (dans la mesure o&#249; la majorit&#233; des &#234;tres sont des marginaux, comme Kolt&#232;s le confie par ailleurs) rel&#232;ve aussi de l'&#233;criture : si la marge est ce qui tient les pages du cahier ensemble, elle est aussi l'espace f&#233;cond. Au centre, rien ne bouge, et c'est dans les marges que les choses prennent de la vitesse. Marge vive qui rend plus vive encore en retour l'&#339;uvre, l'ouvre et la multiplie, la f&#233;conde infiniment en donnant le d&#233;sir de la lire autrement, &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Carnet rouge se r&#233;duit-il &#224; n'&#234;tre que cette marge de l'&#339;uvre ? Une note apr&#232;s l'autre, l'&#233;vidence de se tenir devant une &#339;uvre en tant que telle aussi s'affermit. On peut certes reconna&#238;tre ici et l&#224; combien le carnet a nourri les textes destin&#233;s &#224; &#234;tre jou&#233;s et publi&#233;s, mais ces notes peuvent se lire ind&#233;pendamment de ceux-l&#224;, et loin de seulement offrir une vue sur la cuisine d'un auteur, donnent &#224; lire de puissants &#171; &#233;v&#233;nements de langage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le &lt;i&gt;Carnet Rouge&lt;/i&gt; &#233;tait l'autre &#339;uvre de Bernard-Marie Kolt&#232;s, comme l'est pour Kafka son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; ? Non &#233;crit pour &#234;tre publi&#233;, mais qui, publi&#233;, s'arracherait du statut de simple document &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; de l'&#339;uvre pour devenir avant tout le territoire de son invention permanente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;En partage, et fraternellement, cette belle travers&#233;e du Carnet propos&#233;e par Fran&#231;ois Bon, dont le regard est si pr&#233;cieux depuis tant pour lire cette &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/KPxv99hdESA?si=IyxFjjeadyWbHsTQ&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope ; picture-in-picture; web-share &#187; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/center&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme si le Carnet rouge avait d'abord &#233;t&#233; le lieu d'une mise au propre (et d'une premi&#232;re s&#233;lection ?) de notes recueillies par ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 46. Les bordels appel&#233;s &#171; universit&#233; &#187; &#224; cause de l'&#226;ge exig&#233; &#187; (p. 15)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Car, &#224; moins d'appeler, comme Melchis&#233;dech, le monde entier notre p&#232;re, nous sommes sans p&#232;re ni m&#232;re &#187; (p. 46)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il n'y a de satisfaction que dans les amours du hangar. &#187; (p. 47)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 15. &#192; propos des trois raisons n&#233;cessaires pour mourir : la r&#233;v&#233;lation que finalement, il n'en faut aucune et que c'est lorsqu'il n'y a plus de raison que&#8230; &#187; (p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Tu es mexicain ? Alors chante. &#187; (p. 55)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot &#171; sexe &#187; est d&#233;riv&#233; du verbe arabe de la m&#234;me famille, qui sert &#224; mentionner l'homme. Quand le sexe de celui-ci a subi un accident, ou a &#233;t&#233; coup&#233;, ou s'est nou&#233;, ou a &#233;t&#233; affect&#233; d'une maladie qui a supprim&#233; ses mouvements, on dit que la mention de cet homme, parmi les autres, a disparu, que le souvenir que l'on garde de lui a cess&#233;, que sa raison d'exister s'est an&#233;antie. Le sexe est ce qui maintient le souvenir d'un homme. Ainsi quand quelqu'un voit en songe son sexe coup&#233;, cela signifie la disparition de son souvenir dans ce monde. &#187; (p. 42)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Texte contre la langue fran&#231;aise ; pourquoi encore la parler, &#233;crire, lire, l'&#233;couter, puisqu'elle est condamn&#233;e ?p. 46)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rien ou presque dans le Carnet Rouge ne semble y faire allusion : comme si le carnet de &lt;i&gt;Combat&#8230;&lt;/i&gt; &#233;tait ailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kolt&#232;s, Lettre &#224; Josiane et Fran&#231;ois Kolt&#232;s, Tikal, 17 septembre 1978, in &lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, Minuit, 2009, p. 359-360.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;x titre &#8212; Job ! Job sur son fumier. Les deux sourds muets (et non sourds m.) disent : tu vois, dieu n'existe pas, puisqu'il ne prot&#232;ge ni les riches, ni les [&#171; pauvres &#187; (?)] puis n'importe quoi &#224; propos jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de Casar&#232;s. Fin. Job mort sur son fumier, tout le monde pleure, vraies (Casar&#232;s) faux (le visage cach&#233;.) Les sourds muets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kolt&#232;s &#233;crit par-dessus au crayon noir : &#171; veut &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Me souvenir, quand je suis dans la merde pour une sc&#232;ne, que je me fous, profond&#233;ment, d'une histoire, d'un fil conducteur, d'une coh&#233;rence quelconque ; ce souci de coh&#233;rence est abject et d&#233;bile et les acteurs am&#233;ricains des imb&#233;ciles pr&#233;somptueux ; non, d&#233;cid&#233;ment ; je me fous qu'un personnage ait un d&#233;sir et une volont&#233;, et n'ait de cesse qu'il ne l'ait satisfaite ; cette vision idiote qui fait d&#233;pendre l'existence d'un personnage d'une raison pour lui d'exister, consciente et &#224; fleur de peau, et avouable, et suffisante, et compris par tous comme suffisante, je la m&#233;prise et je continuerai &#224; la m&#233;priser. Un personnage n'a rien besoin de plus qu'une personne, et une histoire ne doit rien &#234;tre de plus qu'un morceau de vie m&#234;me sans histoire.&lt;br&gt;
Me souvenir que ma pi&#232;ce n'est rien, absolument rien d'autre, et rien de plus, et rien de moins qu'une succession de sc&#232;nes r&#233;alistes, pour le th&#233;&#226;tre, de la vie imaginaire d'abstrait &#233;migr&#233;s, non, rien d'autre que cela. J'emmerde Tennessee William. (p. 4 (r&#233;dig&#233; &#224; l'envers du carnet)).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 34&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La vraie profondeur de Koch, s'il en est une, vient de la multitude de barri&#232;res qu'il a &#233;lev&#233;es entre ce qu'il r&#233;v&#232;le et son secret ; au point que, quand on croit avoir d&#233;couvert enfin le c&#339;ur du probl&#232;me, on peut &#234;tre certain que ce n'est encore qu'une barri&#232;re fa&#231;onn&#233;e pour emp&#234;cher qu'on p&#233;n&#232;tre davantage, au point qu'il n'est pas s&#251;r du tout qu'&#224; la fin il y ait un secret, sinon que Koch se pr&#233;sente comme une infinit&#233; de cercueils pharaoniques embo&#238;t&#233;s les uns dans les autres et destin&#233;s &#224; tromper le regard ; et que vouloir profaner l'infini myst&#232;re de cette tombe conduirait probablement l'explorateur &#224; d&#233;couvrir une derni&#232;re bo&#238;te renfermant quelques cendres mortes et d&#233;pourvues de sens. &#187;, &#171; Pour mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt; &#187;, in &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kolt&#232;s | Motifs de la vengeance</title>
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		<dc:date>2024-10-11T21:42:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;12 octobre 2024&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-articles-notes/koltes-notes-recherches/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | Notes &amp; recherches&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/pho1888b5b4-b865-11e4-9d8f-91f6d13db216-805x453.jpg?1735122243' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Ce 12 octobre 2024, une journ&#233;e d'&#233;tudes autour de l'&#339;uvre de Bernard-Marie Kolt&#232;s &#224; l'universit&#233; Sorbonne Nouvelle, que je co-organise avec H&#233;l&#232;ne Baty-Delalande, et la Soci&#233;t&#233; des &#201;tudes en Litt&#233;rature Fran&#231;aise XX-XXI (grand merci &#224; Guillaume Bridet et Simon Br&#233;an), dans le cadre de la pr&#233;paration &#224; l'agr&#233;gation de Lettres Modernes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13007 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/programme-koltes.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 253.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2024-10-11_a_23.50_01.png?1728683442' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Programme de la journ&#233;e d'&#233;tudes
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'y propose une communication sur le motif de la vengeance dans &lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_13008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/20131008-101324.webp?1728682839' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Croyez-moi, je ne suis pas un ma&#238;tre par nature, vous savez. Lorsque je suis venu ici, je savais ce que c'&#233;tait d'&#234;tre un ouvrier ; et c'est pourquoi j'ai toujours trait&#233; mes ouvriers, blancs ou noirs, sans distinction, comme l'ouvrier que j'&#233;tais a &#233;t&#233; trait&#233;. L'esprit dont je parle, c'est cela : savoir que, si l'on traite l'ouvrier comme une b&#234;te, il se vengera comme une b&#234;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combat de n&#232;gre et de chiens, Paris, Minuit, 1989, p. 85. (Par la suite, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est Horn qui parle. Ou n'est-ce pas la pi&#232;ce elle-m&#234;me, comme en certains endroits o&#249; soudain elle semble faire effraction et nommer tout &#224; la fois son programme et son processus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nommer &#224; son insu, au d&#233;tour. &#171; Si l'on traite l'ouvrier comme une b&#234;te, il se vengera comme une b&#234;te. &#187; Bien. Et si on le massacre alors, qu'on l'ex&#233;cute d'une balle dans la t&#234;te et qu'on fait rouler le Caterpillar sur le cadavre, avant de l'abandonner aux &#233;gouts, que fera-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce s'&#233;nonce, presque litt&#233;ralement, c'est-&#224;-dire cruellement, brutalement, sans faire de sentiment : mais c'est aussi le propre de la vengeance de s'accomplir n&#233;cessairement et par nature, sans piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que c'est aussi Horn qui parle ici, adoptant une position contraire &#224; son statut, et prenant des paroles, la parole, &#224; contre-pied : traits d'&#233;criture que Kolt&#232;s aimait &#224; travailler, surtout &#224; certains endroits strat&#233;giques d'effraction &#8212; presque de rupture m&#233;tath&#233;&#226;trale quand la pi&#232;ce ainsi se r&#233;v&#232;le, au sens chimique et herm&#233;neutique, et qu'elle choisit pour cela de jouer &#224; front renvers&#233; : Horn, le colon et le ma&#238;tre, qui endosse le r&#244;le (la conscience) de l'ouvrier, appelant le Noir &#224; la vengeance. Lieux strat&#233;giques donc o&#249; le chiasme (quand des paroles sont prononc&#233;es par un personnage qui n'est pas cens&#233; les endosser), permet et favorise la d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, un Grand Parachutiste noir citera un discours colonialiste et raciste du G&#233;n&#233;ral de Gaulle ; ou dans &lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens&lt;/i&gt;, quand Alboury lui-m&#234;me justifiera le bien-fond&#233; de l'apartheid aux &#201;tats-Unis (&#171; on m'a dit qu'en Am&#233;rique, les n&#232;gres sortent le matin et les Blancs l'apr&#232;s-midi [&#8230;] Si c'est vrai, Monsieur, c'est une tr&#232;s bonne id&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C., p. 33&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; et plus avant, c'est Horn lui-m&#234;me qui faisait l'&#233;loge du progressisme, voire de la r&#233;volution (&#171; Quand la jeunesse se mettra-t-elle &#224; bouger ? Quand donc se d&#233;cideront-ils, avec les id&#233;es qu'ils ram&#232;nent d'Europe, &#224; remplacer cette pourriture, &#224; prendre tout cela en main, &#224; y mettre de l'ordre ? Est-ce qu'on verra un jour s'achever ces ponts et ces routes ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C., p. 33&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#8212; r&#233;&#233;criture cette fois en transparence d'un passage de Kolt&#232;s lui-m&#234;me, dans la lettre d'Afrique o&#249; il &#233;crit &#224; Hubert Gignoux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Quand et comment se r&#233;veillera le prol&#233;tariat africain ? O&#249; sont et que font les &#233;tudiants, l'intelligentsia, les privil&#233;gi&#233;s non corrompus ? Quand et o&#249; na&#238;tra-t-il un L&#233;nine pour d&#233;signer l'ennemi, et donner confiance en sa force &#224; la masse exploit&#233;e et habitu&#233;e &#224; l'exploitation depuis le commerce des esclaves [Lettres, Paris, Minuit, 2009 (&lt;i&gt;Posth&lt;/i&gt;), p. 342.]] ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on traite l'ouvrier comme une b&#234;te, il se vengera comme une b&#234;te. &#187; Motif de la vengeance ici amorc&#233;, qui est un motif par nature du scandale, et du renversement, du chiasme de la domination et de la d&#233;construction de la ma&#238;trise, et qu'on peut lire comme structurant dans cette &#339;uvre &#8212; motif qu'on trouve d&#233;j&#224;, &#233;videmment, dans sa r&#233;&#233;criture de Hamlet (&lt;i&gt;Le Jour des meurtres dans l'Histoire d'Hamlet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minuit, 2006 ; &#233;crit en 1973.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), qu'on lit aussi souterrainement dans &lt;i&gt;Quai Ouest&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minuit, 1985 ; &#233;crit entre 1982 et 1984.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les relations entre Charles et son p&#232;re, ou entre Charles et Abad &#8212;, qu'on peut lire plus explicitement dans &lt;i&gt;Le retour au d&#233;sert&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minuit, 1988 ; &#233;crit en 1987.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pi&#232;ce de la vengeance de Mathilde, et qui peut aussi &#8212; m&#234;me si d'un tout autre ordre &#8212; se lire comme moteur dans &lt;i&gt;Roberto Zucco&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minuit, 1990 ; &#233;crit en 1988&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : autant dire qu'&#224; bien des &#233;gards, la vengeance n'est pas seulement le motif de l'&#339;uvre &lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens&lt;/i&gt; comme j'en ferai ici l'hypoth&#232;se, mais l'un des motifs les plus fondamentaux de l'&#339;uvre de Bernard-Marie Kolt&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif : on peut le d&#233;finir comme un &#233;l&#233;ment r&#233;current, significatif et r&#233;p&#233;t&#233; qui revient dans une &#339;uvre &#8212; jusqu'&#224; presque le structurer. En somme, d'un point de vue th&#233;&#226;tralogique, le motif est ce que v&#233;hicule la dramaturgie con&#231;ue dans une dynamique de structuration simultan&#233;e de la forme et du sens, autant dire en terme aristot&#233;licien un processus d'accomplissement de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise du motif fait ainsi de ce motif autre chose qu'un &#233;l&#233;ment, et qu'un &#233;v&#233;nement : mais une puissance d'organisation. Parce qu'il est r&#233;p&#233;t&#233; et r&#233;current, il permet une mise en lumi&#232;re autant qu'un d&#233;veloppement de ce qui aurait pu n'&#234;tre qu'un constituant dramaturgique : au contraire, le motif constitue. Parce qu'il organise, il agr&#232;ge et agglom&#232;re autour de lui. Parce qu'il revient, qu'il hante, il annonce et ne fait pas que pr&#233;ciser, mais pr&#233;voit et pr&#233;vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Richard oppose le th&#232;me au motif : quand le th&#232;me est une abstraction pos&#233;e sur l'&#339;uvre et op&#232;re d'un point de vue quasi transcendantal, le motif au contraire &#233;mane de l'&#339;uvre, immanent &#224; elle : il est l'&#233;toffe sensible par quoi l'&#339;uvre prend corps. Richard s'est int&#233;ress&#233; &#224; ces r&#233;seaux de sens et de sensations qui r&#233;v&#232;lent un sensible du monde &#8212; le sens du monde qu'op&#232;re l'&#233;criture. Fadeur de Verlaine ; naus&#233;e chez C&#233;line ; devenir aqueux chez Rimbaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude d'un motif davantage que celui d'un th&#232;me permet de saisir un imaginaire et les structurations int&#233;rieures d'une &#233;criture, Richard dirait profondes et symboliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, la vengeance pourrait sembler davantage un th&#232;me qu'un motif. Une abstraction vague, puissante, sorte de concept qui rel&#232;ve d'un droit primitif &#224; la crois&#233;e de la philosophie positive et de l'anthropologie. On ferait de la pi&#232;ce une application d'une id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la vengeance &#233;tait un motif ? C'est-&#224;-dire une force de structuration sensible. Non pas une id&#233;e, mais un affect et un affect mobilisation l'action et la soulevant : autant dire : un affect politique en tant que sensible dramatique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui traverse et organise donc. Ce serait une premi&#232;re hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le motif peut aussi dire autre chose : &#224; savoir, la cause. Le motif de la vengeance d'Alboury, c'est le crime de Cal &#8212; ce qui est veng&#233;, c'est la mort de Nouofia, m&#234;me si on pressent que quelque chose d'autre se venge, ou qu'Alboury venge autre chose de cette mort, autre chose que la mort de Cal : et qu'Alboury venge davantage que l'assassinat de son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces deux points qu'il s'agira pour moi ici d'articuler : un motif comme puissance sensible d'organisation dramaturgique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; comme &#233;l&#233;ment dans la fable (ou hors de la fable, situ&#233; en amont &#8212; comme l'exige souvent la trag&#233;die : le tort, la blessure, ou la faute, est commise avant que la pi&#232;ce ne commence, d&#233;but qui sanctionne d&#233;j&#224; la m&#233;canique fatale de la vengeance), Motif comme &#233;v&#233;nement fictionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypoth&#232;se serait que ces deux points n'en font qu'un : que la pi&#232;ce s'organise depuis un dehors, un amont, qui est ce tort commis, dont la pi&#232;ce va se faire justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Justice&lt;/i&gt; ? Il faut ici rapidement parcourir les enjeux anthropologiques de la vengeance pour en saisir sa puissance de scandale &#233;thique, et mieux r&#233;&#233;valuer aussi ainsi sa n&#233;cessit&#233; politique dans le cadre d'une perception des rapports de forces entre domin&#233;s et dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vengeance a &#233;t&#233; largement condamn&#233;e par toute la philosophie morale occidentale h&#233;rit&#233;e de l'antiquit&#233; et du christianisme : pour l'individu, elle est ce d&#233;cha&#238;nement de passion qui l'ali&#232;ne, l'aveugle ; pour la soci&#233;t&#233;, elle est une menace qui risque de la d&#233;stabiliser puisque la justice et le droit se trouvent ainsi d&#233;bord&#233;s et contest&#233;s par cette logique de vendetta interpersonnelle qui inaugure un cycle de violence potentiellement jamais clos, la vengeance appelant la vengeance. De fait, un individu se venge souvent en attestant de l'impossibilit&#233; ou de l'impuissance de la justice qui, &#224; ses yeux, ne rend pas justice. (Au passage, force est de constater la tr&#232;s grande profusion de ce th&#232;me dans bien des productions th&#233;&#226;trales ou litt&#233;raires dites f&#233;ministes dans le contexte sociopolitique qui est le n&#244;tre, dans le sillage de Monique Wittig par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Elles disent qu'elles ont appris &#224; compter sur leurs propres forces. Elles disent qu'elles savent ce qu'ensemble elles signifient. Elles disent que celles qui revendiquent un langage nouveau apprennent d'abord la violence. Elles disent que celles qui veulent transformer le monde s'emparent avant tout des fusils. Elles disent qu'elles partent de z&#233;ro. Elles disent que c'est un monde nouveau qui commence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Wittig, Les Gu&#233;rill&#232;res, Paris, Minuit, 1969, p. 120-121.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Le mal commis par le vengeur n'est cependant pas de m&#234;me nature que celui accompli par le coupable, car le vengeur r&#233;pond &#224; un tort dont il a &#233;t&#233; victime, directement ou indirectement &#8212; dont il &#233;prouve &#224; tout le moins la violence comme si elle avait &#233;t&#233; commise sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'or&#233;e de la fable, ou plut&#244;t en amont, un crime : Nouofia a &#233;t&#233; tu&#233;. Il a m&#234;me &#233;t&#233; tu&#233; plusieurs fois (sans compter le r&#233;cit fantasmatique de Cal o&#249; il le met &#224; mort fictionnellement dans la parole, pr&#233;tendant dans un premier temps qu'il a &#233;t&#233; frapp&#233; par la foudre). Abattu par Cal qui n'a pas support&#233; que l'ouvrier lui manque de respect, lui qui voulait quitter le travail plus t&#244;t &#8212; la question de l'autorit&#233; morale de Cal &#233;tait en jeu, m&#234;me si bien au-del&#224; de cela, c'&#233;tait aussi un enjeu quasi syndical : qu'un ouvrier r&#233;clame un droit pour lui, et c'est toute une logique de revendication sociale qui s'ouvrait et pouvait menacer l'&#233;difice sociopolitique de cette micro-soci&#233;t&#233; du chantier. Apr&#232;s lui avoir roul&#233; dessous, il cherche &#224; se d&#233;barrasser du cadavre, Cal le jette dans un lac (pr&#233;sence lancinante du lac dans cette pi&#232;ce, not&#233;e dans la didascalie initiale comme &#171; au loin &#187; : on sait que c'est au bord du lac Atitlan dans le petit village guat&#233;malt&#232;que de p&#234;cheurs mayas Tzutuhil, San Pedro de Laguna, que Kolt&#232;s a commis cette pi&#232;ce). Mais appel&#233; par le lac, ou le cadavre, Cal se d&#233;cide finalement &#224; le faire dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette premi&#232;re fable n'existe pas &#8212; on devine qu'elle a eu lieu en partie dans la vie, Kolt&#232;s rappelant dans la lettre en Afrique qu'un ouvrier avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; par le Caterpillar la veille de son arriv&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; On m'en mit plein la vue pour me montrer &#224; quel point le fait &#233;tait banal, presque quotidien, risible, sain, et prouvait &#224; quel degr&#233; cette petite soci&#233;t&#233;, r&#233;unie autour d'un verre, parlant si gaiement entre blancs, &#233;tait faite d'hommes, durs, exp&#233;riment&#233;s, souverains, des vrais, quoi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres, p. 345.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'Alboury entre en sc&#232;ne, r&#233;clamant le corps &#8212; ou sinon quoi ? La m&#233;canique de la vengeance s'enclenche d&#232;s lors que cette demande, on l'apprendra bien vite, ne peut &#234;tre satisfaite et que le deal est une op&#233;ration vou&#233;e &#224; l'&#233;chec : &#224; moins qu'il ne soit une sorte de jeu &#224; somme nulle, expression qui sert &#224; d&#233;signer cette situation de jeu ou en relations internationales (voire dans des rapports individuels) o&#249; les int&#233;r&#234;ts des participants sont totalement oppos&#233;s, sans possibilit&#233; de gain mutuel : en th&#233;orie des jeux ou en &#233;conomie, on se sert de ces &#171; jeux &#224; somme nulle &#187; pour mod&#233;liser certaines situations de rapports de forces radicales, quand il ne peut y avoir qu'un gagnant et un perdant, et o&#249; toute coop&#233;ration est impossible puisque les int&#233;r&#234;ts sont strictement oppos&#233;s, o&#249; le gain d'une personne implique obligatoirement une perte &#233;quivalente pour une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impression d'&#234;tre d&#233;j&#224; dans l'espace dialectique de &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt; &#8212; o&#249; deux z&#233;ros s'affrontent, sauf qu'on y &#233;change rien, et rien contre rien, vent contre vent cela ne peut se terminer comme dans l'&#201;ccl&#233;siaste, ou par les mots du Client :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; Je veux bien payer le prix des choses ; mais je ne paie pas le vent, l'obscurit&#233;, le rien qui est entre nous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la solitude des champs de coton, Paris, Minuit, 1985, p. 54. (Par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mais je n'en ai pas fini avec Alboury, parce qu'Albouy n'en a pas fini avec Cal, ni d'ailleurs avec Horn. Il se trouve que pour Horn, il ne s'agit pas du tout d'un jeu &#224; somme nulle : il opte pour une n&#233;gociation &lt;i&gt;win-win&lt;/i&gt;, gagnant/gagnant (comme le fera plus tard le Dealer, qui pourrait &#234;tre un double en chiasme et d&#233;construit). D&#233;ni ? Ou strat&#233;gie ? Horn ne cessera jamais de jouer sur diff&#233;rents tableaux pour n&#233;gocier, en essayant de payer le silence d'Alboury en whisky ou en argent &#8212; sans voir d'une part que ceci ne permet pas de venger, car la vengeance r&#233;clame une &#233;quivalence de tort au tort subi. Sans voir surtout que Horn ne saurait &#234;tre un complice d'Alboury, et qu'il est un adversaire comme Cal, et qu'il doit payer aussi, et il payera.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; ALBOURY. &#8212; Qu'importent aux ouvriers les sentiments des ma&#238;tres et aux Noirs les sentiments des Blancs &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C., p. 86.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La vengeance met d'un bord &#224; l'autre du pr&#233;cipice des forces qui ne peuvent s'allier : forces de vengeance qui &#233;vacuent tout sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alboury se vengera de Cal, en l'abattant finalement &#8212; on verra comment &#8212;, comme il se vengera de Horn, plus sournoisement encore, via L&#233;one : m&#234;me s'il est d&#233;licat d'avancer qu'il manipule le d&#233;sir de la jeune femme pour humilier Horn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement surtout, la vengeance qui organise toute la pi&#232;ce &#8212; lui donne son tempo, sa latence, son espace aussi (celui des miradors dont les fusils se retournent), son r&#233;alisme de fa&#231;ade (hypoth&#232;se r&#233;aliste) et sa m&#233;taphore fatale &#8212; se lit surtout au carr&#233;, dans l'usage de la fiction. Car que venge l'&#339;uvre si ce n'est le r&#233;el &#8212; ou pour le dire avec Christophe Triau :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; La fiction d&#233;fendue par Kolt&#232;s venge &#233;galement du r&#233;el, ou d'un certain rapport au r&#233;el&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Triau, &#171; &#8216;&#8216;La torrentielle, d&#233;vastatrice, vengeresse puissance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;Venge du r&#233;el&lt;/i&gt;, &#233;crit Triau, et non pas le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de la pi&#232;ce, ce n'est pas tant Alboury qui individuellement assassine l&#226;chement Cal dans le dos et l'ombre, mais il s'agit plus s&#251;rement d'un peloton d'ex&#233;cution et d'une ex&#233;cution collective : c'est la communaut&#233; rassembl&#233;e qui s'organise, s'auto-organise pour venger le fr&#232;re &#8212; non dans le sens familial o&#249; s'emp&#234;tre Horn et ses pr&#233;jug&#233;s racistes (&#171; Vous vous appelez tous &#171; fr&#232;re &#187; ici &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. p. 11.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais dans le sens politique de la commune appartenance au nuage, au ciel et &#224; la terre : &#171; pas le sang des rois, des familles ou des races, celui qui est tranquillement enferm&#233; dans le corps et qui n'a pas plus de sens ni de couleur ni de prix que l'estomac ou la moelle &#233;pini&#232;re, mais celui qui s&#232;che sur le trottoir &#187;. Ou le sang qui d&#233;rive sous le continent africain, continent &#224; la d&#233;rive selon le mot de Kolt&#232;s dans l'entretien aupr&#232;s d'Attoun, reprenant l&#224; une formule de Pasolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la pi&#232;ce peut se lire comme un tombeau pour Nouofia (&lt;i&gt;Pour Nouofia&lt;/i&gt; &#233;tait le premier titre envisag&#233; pour la pi&#232;ce), ce tombeau litt&#233;raire venge le r&#233;el et du r&#233;el en ce que Nouofia aura &#233;t&#233; priv&#233; de tombeau et que cette privation fut le motif de la vengeance d'Alboury et de ses fr&#232;res, r&#233;pandant le sang de Cal, fr&#232;re d'Horn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tombeau de Nouofia n'existe pas en dehors du livre qui est ce tombeau pour un corps manquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vengeance ne r&#233;pare donc rien sur le plan social, elle n'est pas cette justice r&#233;paratrice qui a cours, m&#234;me si on pressent qu'elle ob&#233;it &#224; une &#233;conomie morale de la juste r&#233;partition : un &#339;il pour un &#339;il, une dent pour une dent &#8212; loi du Talion, qui &#233;tait d&#233;j&#224; inscrite dans les tablettes babyloniennes d'Hammourabi, il s'agit d'&#233;tablir le bon compte, qui fait les bons ennemis. Une &lt;i&gt;seule&lt;/i&gt; dent pour une dent, un seul &#339;il pour un &#339;il, et un chien pour un chien (si n&#232;gre est le mot de l'insulte blanche pour d&#233;signer le Noir, on sait que &lt;i&gt;Dogs&lt;/i&gt; est le terme de l'insulte dans l'anglais de Lagos ou de New York pour d&#233;signer le Blanc, aux yeux et dans la langue d'un Noir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que juridiquement, la forme m&#234;me que prit la justice pour remplacer la vengeance con&#231;ue comme un &#233;tat primaire avant le droit positif (m&#234;me s'il faut nuancer cette id&#233;e que la vengeance ait pr&#233;c&#233;d&#233; la justice, laquelle aurait rendue caduque, ill&#233;gale et immorale l'acte vengeur). En Gr&#232;ce et plus tard &#224; Rome, la justice prit ainsi la forme de la compensation financi&#232;re, dont le co&#251;t &#233;tait &#224; la fois symbolique et mat&#233;riel. On &#233;valuait telle violence &#224; telle hauteur d'argent ou de terre, et d&#232;s lors au poids de la faute s'inscrivait le principe de la &lt;i&gt;dette&lt;/i&gt; : c'est pourquoi l'on dit encore qu'il faut &#171; faire payer un crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le lien qui unit la victime au coupable se con&#231;oit comme du m&#234;me ordre que celui du d&#233;biteur au cr&#233;ancier &#8212; la vengeance rel&#232;ve d&#232;s lors d'une &#233;conomie morale o&#249; l'outrage exige le contraire d'une r&#233;compense : le d&#233;sir d'apurer les comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas ainsi aussi que l'on peut lire &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je formulerai une premi&#232;re hypoth&#232;se quant &#224; cette pi&#232;ce : le tort caus&#233; dans cette pi&#232;ce cette fois pourrait bien avoir lieu non pas avant, mais dans le dialogue et par lui. C'est la pr&#233;sence m&#234;me de la demande du Dealer v&#233;cu comme un affront &#8212; un tort &#8212; par le Client, et par le refus du Client, v&#233;cu comme un affront &#8212; un tort par le Dealer qu'il s'agit de venger de part et d'autre. D&#232;s lors, la pi&#232;ce sera vengeance &#224; double entr&#233;e, o&#249; l'un comme l'autre chercheront &#224; venger ces affronts faits &#224; leur &#233;thos m&#234;me : le Client refusant d'&#234;tre un client, et le Dealer voyant d&#232;s lors son statut de Dealer &#234;tre ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lit souvent la pi&#232;ce comme une alternance de monologues, qui exposerait l'un apr&#232;s l'autre des positions intangibles : ce n'est pourtant pas voir les dynamiques &#224; l'&#339;uvre, d'affront contre affront, et comment la pi&#232;ce ne cesse d'&#234;tre mobile, labile jusqu'&#224; l'insaisissable. La r&#233;plique est alors &#224; chaque fois une r&#233;plique (martiale) &#224; un affront qui vise &#224; venger &#224; chaque fois le terme pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration dramaturgique r&#233;side dans le fait que le motif est donc chaque fois ni&#233; par le protagoniste, qui en pose un autre.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parle-t-on &#224; une tuile qui tombe du toit et va vous fracasser le cr&#226;ne ? On est une abeille qui s'est pos&#233;e sur la mauvaise fleur, on est le museau d'une vache qui a voulu brouter de l'autre c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture &#233;lectrique ; on se tait ou l'on fuit, on regrette, on attend, on fait ce que l'on peut, motifs insens&#233;s, ill&#233;galit&#233;, t&#233;n&#232;bres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DLS, p. 24-25.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;On sait que ce qui fascina Kolt&#232;s dans la figure de Roberto Succo&#8212; telle qu'il a pu la fantasmer dans &lt;i&gt;Roberto Zucco&lt;/i&gt; &#8212;, c'est que cet homme tue sans raison, sans motif : c'est cela qui lui permet de s'arracher au rang des hommes, et d'acc&#233;der au mythe. &#171; Oh, il n'a pas tu&#233; pour une rayure &#224; votre voiture, non ; il a tu&#233; pour rien, pour rien &#187;, confie-t-il &#224; Lucien Attoun dans son dernier entretien, &#171; juste avant la nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout &#224; fait le cas de l'affrontement (&#224; mort aussi, sans doute) du Dealer et du Client, sauf que l'un et l'autre ne s'accordent pas sur le motif, qui est peut-&#234;tre &#224; eux-m&#234;mes inconnaissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'a commis le Dealer sur le Client qui ne le lui pardonne pas ? Qu'a commis le Client en retour &#224; l'&#233;gard du Dealer ? Comme &#171; il n'y a pas de paix sans justice &#187;, comme nos jours ne cessent de le r&#233;clamer (que les appels &#224; la vengeance naissent aussi d'un effacement de l'id&#233;e m&#234;me de justice), les deux partenaires dans leur capoeira ne cesseront pas de faire appel &#224; cette justice : sauf qu'il s'agit de deux justices au fonctionnement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Client, il pourrait bien s'agir d'un jeu &#224; somme nulle, o&#249; il y aurait soit un gagnant, soit un perdant : et c'est pourquoi il refusera jusqu'au bout la proposition du Dealer, parce que s'il donne quelque chose, cela signifie m&#233;caniquement qu'il se d&#233;pouillera de cette chose, qu'il se mutilera &#8212; chose impensable pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le Dealer, au contraire,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Nous nous sommes trouv&#233;s ici pour le commerce et non pour la bataille, il ne serait donc pas juste qu'il y ait un perdant et un gagnant. Vous ne partirez pas comme un voleur les poches pleines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DLS, p. 54.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La vengeance donc, au motif insens&#233;, ou perdu dans les t&#233;n&#232;bres, ne cesse d'&#234;tre le motif structurant et relan&#231;ant de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, On voit ce que le cycle des vengeances produit, enclenche. Le sang coule, bien s&#251;r, et les appels &#224; la vengeance, parce que &#171; quand le sang coulerait, eh bien, ce serait des deux c&#244;t&#233;s &#187;, semble menacer (ou pr&#233;venir ?) le Client presque au terme de la pi&#232;ce, sauf qu'il ajoute : &#171; et, in&#233;luctablement, le sang nous unira &#187; &#8212; lisons la suite, pour se pr&#233;munir de l'illusion qu'il s'agirait d'une sorte de r&#233;conciliation r&#233;paratrice.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;et, in&#233;luctablement, le sang nous unira comme deux Indiens, au coin du feu, qui &#233;changent leur sang au milieu des animaux sauvages. Il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'amour. Non, vous ne pourrez rien atteindre qui ne le soit d&#233;j&#224;, parce qu'un homme meurt d'abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement, par hasard, sur le trajet hasardeux d'une lumi&#232;re &#224; une autre lumi&#232;re, et il dit : donc, ce n'&#233;tait que cela&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DLS, p. 60.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Dans cette tirade obscur, faite de virages et d'implicites implicites, &#233;voquant tout autant un rituel d'initiation que la transmission du SIDA, jouant la d&#233;n&#233;gation pour mieux faire signe vers son contraire affirmatif, proposant une d&#233;finition racinienne de la trag&#233;die, se lit aussi peut-&#234;tre l'accomplissement de l'acte vengeur : son raz-de-mar&#233;e ici rh&#233;torique, torrentiel et d&#233;vastateur. La vengeance semblerait se dire comme la sanction d'une justice d&#233;j&#224; accomplie, celle de la dette entretenue &#224; l'&#233;gard de notre finitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'y a pas d'amour&lt;/i&gt;, parce qu'il y a la mort, solitaire et fatale en tant que celle-ci a lieu avant notre mort, d&#232;s notre naissance : solitaire et cependant commune, sang qui unit le fr&#232;re, et en d&#233;pit de leur affrontement, ou peut-&#234;tre &#224; la faveur de celui-ci, rien n'emp&#234;che de penser qu'il ne s'agit pas ici de fr&#232;res, de fr&#232;res d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors le dialogue du Dealer et du Client &#233;chappe &#224; la repr&#233;sentation ou &#224; l'illustration d'un motif, celui de la donn&#233;e anthropologique de ce que serait la vengeance dans nos soci&#233;t&#233;s dites lib&#233;rales, pour traverser plut&#244;t l'antique, mais jamais &#233;cul&#233; travail de la vengeance comme acte de vie : car ce que la vie venge, et c'est ma derni&#232;re hypoth&#232;se, c'est la mort elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est ce motif situ&#233; en dehors de la fable, cet amont qui lui donne sens et le structure : et le deal qu'il s'agit ici, tout autant que celui d'un d&#233;sir amoureux (comme l'a explicitement et sans doute excessivement per&#231;u Ch&#233;reau, jusqu'&#224; &#233;c&#339;urer Kolt&#232;s), et davantage que le deal de la substance, parait bien &#234;tre cet &#233;change &#224; la vie &#224; la mort :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Aujourd'hui que je vous ai touch&#233;, j'ai senti en vous le froid de la mort, mais j'ai senti aussi la souffrance du froid, comme seul un vivant peut souffrir. C'est pourquoi je vous ai tendu ma veste pour couvrir vos &#233;paules, puisque je ne souffre pas, moi, du froid&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DLS, p. 36.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Entre eux, la dette est impayable parce que ce qu'il s'agit de racheter, c'est ce pourquoi on est n&#233;, ce pourquoi on va mourir. Seulement, comment venger sa naissance ? Venger sa race ? Venger sa mort avant qu'elle ait lieu ? En &#233;crivant, par exemple, et en &#233;crivant Dans la solitude des champs de coton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce serait la d&#233;fense et l'illustration de ce motif : les deux personnages vengeant eux aussi l'acte de vivre et de devoir mourir : cette vengeance se fait en effet par l'autre &#8212; qui est le plus s&#251;r chemin vers soi, car l'autre est aussi inachev&#233; que nous, et porte en lui aussi cette dette impayable de la naissance, sans motif, sans mot d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre eux, cette veste serait le motif de ce qui pourrait les unir, mais dont il faut que l'un se d&#233;pouille pour en faire don &#224; l'autre &#8212; et &#234;tre en cela redevable. Veste qui serait comme le signe tangible de cette dette qu'on ne peut racheter et qui signe la souffrance du froid, celui de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venger la vie, ce n'est donc pas le faire dans le d&#233;ni de la mort, mais bien au contraire dans son accomplissement : &#171; et une veste dans la poussi&#232;re, je la paie d'une veste dans la poussi&#232;re &#187;, parole de l'&#201;ccl&#233;siaste, pourrait-on dire comme apr&#232;s certaines r&#233;pliques de l'un et de l'autre, r&#233;sonnant dans le vacarme de la nuit, celle de la Nuit Triste de Babylone, celle de Qoh&#232;leth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la suite de la r&#233;plique d'Horn par laquelle j'ouvrais mon propos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Maintenant, pour le reste, vous n'allez pas me reprocher &#224; moi le fait que l'ouvrier soit malheureux, ici comme ailleurs ; c'est sa condition, je n'y peux fichtre rien. J'ai &#233;t&#233; pay&#233; pour la conna&#238;tre. Par hasard, est-ce que vous croyez qu'un seul ouvrier au monde peut dire : je suis heureux ? D'ailleurs, croyez-vous qu'un seul homme au monde dira jamais : je suis heureux ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C, p. 85.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce que venge le th&#233;&#226;tre : non pas quelque chose, ou quelqu'un, et on en serait quitte : ici, bien s&#251;r, un tel deal n'a pas lieu qui vengerait b&#234;tement la vie en se blottissant dans le confortable abri de l'art, l&#226;che jeu de bonneteau (et on n'&#233;change pas un sac de riz contre un sac de riz). Ce qui est veng&#233; de la vie, c'est la vie elle-m&#234;me &#8212; sauf qu'il ne s'agit pas de lever dans les plis d'un livre une vie &#224; l'envers, une vie belle et bonne, une vie heureuse &#8212; non, c'est le contraire de la vie qui se dresse, car au contraire s'y lit ce qu'&lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le malheur et comment le disant, on le d&#233;visage, ou l'&#233;blouit : &#171; br&#251;le son visage et lui fait retirer les mains avec un cri &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que venge l'&#233;criture de Kolt&#232;s : c'est qu'en cette heure et en ce lieu, celui du th&#233;&#226;tre, quelque chose de ce cri se donne &#224; entendre. La fiction venge comme le faisait le double chez Artaud : l'ombre qui se porte sur la vie, s'allonge sous ses pas, pourrait tout recouvrir. Mais on ne saute pas au-dessus de son ombre : l'&#339;uvre encore une fois n'a pas pour fonction de suppl&#233;er la vie. Ni m&#234;me pour donner le go&#251;t de la vengeance. Peut-&#234;tre davantage pour ne pas laisser &#224; la mort le dernier mot, ni au dernier mot, le privil&#232;ge fun&#232;bre de clore &#8212; venger pour cette &#233;criture, c'est ne pas vouloir en rester l&#224;, c'est d&#233;laisser le paradigme victimaire pour lui pr&#233;f&#233;rer la dynamique assaillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venger, pourrait d&#232;s lors &#234;tre pour Kolt&#232;s cette qu&#234;te inlassable dans l'&#233;criture du choix des armes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Combat de n&#232;gre et de chiens&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1989, p. 85. (Par la suite, on notera la pi&#232;ce C.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;., p. 33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;., p. 33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minuit, 2006 ; &#233;crit en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minuit, 1985 ; &#233;crit entre 1982 et 1984.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minuit, 1988 ; &#233;crit en 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Minuit, 1990 ; &#233;crit en 1988&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Wittig, &lt;i&gt;Les Gu&#233;rill&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1969, p. 120-121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lettres&lt;/i&gt;, p. 345.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1985, p. 54. (Par la suite, on notera la pi&#232;ce &lt;i&gt;DLS&lt;/i&gt;). &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;C.&lt;/i&gt;, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Triau, &#171; &#8216;&#8216;La torrentielle, d&#233;vastatrice, vengeresse puissance de la fiction'' &#8211; Fiction, impressions, perception dans le th&#233;&#226;tre de Kolt&#232;s &#187;, in Y. Butel, C. Bident, C. Triau, A. Ma&#239;setti (&#233;ds), &lt;i&gt;Kolt&#232;s maintenant et autres m&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, Peter Lang, 2010, pp. 257-274.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;C.&lt;/i&gt; p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;DLS&lt;/i&gt;, p. 24-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;DLS&lt;/i&gt;, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;DLS&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;DLS&lt;/i&gt;, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;C&lt;/i&gt;, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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