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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>anticipations #25 | Nuits de Walpurgis </title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
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		<dc:subject>_&#233;critures num&#233;riques</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_enfant int&#233;rieur</dc:subject>
		<dc:subject>_feu</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le diable autour du feu&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/" rel="directory"&gt;Anticipations&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_anticipations" rel="tag"&gt;_anticipations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-numeriques" rel="tag"&gt;_&#233;critures num&#233;riques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_enfant-interieur" rel="tag"&gt;_enfant int&#233;rieur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_feu" rel="tag"&gt;_feu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1056.jpg?1367408480' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 2 mai 2015.&lt;/i&gt; J'ai oubli&#233;, hier, la nuit du Walpurgis. J'en reste inconsolable. Ainsi me faudra-t-il attendre un an pour br&#251;ler cette nuit et l'inconsol&#233; de ces jours ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Du moins d&#233;pos&#233;-je ici cette nuit du Walpurgis, celle de 2009, lointaine et proche d'autres br&#251;lures, d'autres consolations.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce premier mai 2013,&lt;/i&gt; je d&#233;pose ici ce texte, issu de mes &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://publie-net.com/archive/products/anticipations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anticipations&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &#233;crit n'importe quel autre jour que le premier mai, au printemps 2009, en souvenir de Verlaine (qui avait &#233;crit sa nuit de Walpurgis en souvenir de G&#339;the) - premier mai, nuit du Walpurgis, nuit du feu autour duquel danser le feu, vingt-cinqui&#232;me r&#233;cit dans la s&#233;rie qui en comporte cinquante-et-un, soit le pli du &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501232/anticipations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt;, ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prochains jours, reprises de mes nouvelles, d'autres nuits anciennes &#224; inventer, mes anticipations comme &lt;i&gt;l'&#233;laboration interminable et progressive d'un projet d'avenir tr&#232;s lointain&lt;/i&gt;, qui serait perdu.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est un bruit de machinerie qui s'&#233;teint et laisse dans son sillage comme une trace de son extinction, au ralenti. Les lumi&#232;res s'&#233;teignent, toutes en m&#234;me temps, avec la t&#233;l&#233;vision, les ordinateurs, les r&#233;veils, les aspirateurs, les radios &#8211; et nous, on est comme arr&#234;t&#233;s dans notre &#233;lan, on s'arr&#234;te soudain de marcher, ou de manger, ou de laver : et le geste, le pied lanc&#233;, la fourchette tendue, l'assiette tenue sous l'eau, est coup&#233;, comme si ce qui se d&#233;branchait avec les appareils nous concernait, comme si nous appartenions machinalement &#224; ce monde l&#224;, nous aussi, pour un temps qui nous d&#233;branchait, ou qui se d&#233;branchait de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le premier soir, mais les autres soirs &#233;galement, on reprendrait cette absurde posture &#8211; cette suspension du corps. Cela ne durait pas : le corps reprenait ensuite rapidement ses mouvements ; la coupure, elle, durerait toute la nuit. Le premier soir, on v&#233;rifiera que chez le voisin aussi la coupure d'&#233;lectricit&#233; l'avait concern&#233;, et on comprendra que tout l'immeuble est touch&#233;, que toute la rue m&#234;me, tout le quartier. Le lendemain, on apprendra que plus que la ville, le pays avait &#233;t&#233; touch&#233;, et le continent (on avait cru savoir qu'il s'agissait d'une panne, dans un pays proche, au c&#339;ur d'une centrale qui, r&#233;gulant l'ensemble du syst&#232;me, avait &#233;t&#233; responsable de la paralysie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit durant, on avait cherch&#233; des lampes de poche, et c'&#233;tait devenu un jeu ; apr&#232;s avoir calm&#233; l'angoisse des enfants, on avait allum&#233; des bougies, on s'&#233;tait couch&#233;s plus t&#244;t, persuad&#233;s que la reprise du courant allait &#234;tre imminente, que la coupure ne durerait pas. Elle ne dura pas : elle ne durerait jamais plus longtemps que le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, &#224; l'heure o&#249; habituellement les &#233;clairages municipaux s'&#233;teignent, au moment o&#249; le soleil est sur le point de se lever, le bruit de machine reprenait l&#224; o&#249; la veille au soir il avait cess&#233; &#8211; le ralenti s'acc&#233;l&#233;rait et on pouvait entendre de nouveau le ronronnement des r&#233;frig&#233;rateurs, les cris dans les t&#233;l&#233;viseurs et les radios ; sur les r&#233;veils, on voyait clignoter les z&#233;ros, signe que le temps reprenait pied lui aussi dans le r&#233;el, qui affichait le commencement un peu absurde du premier jour. Il y eut un matin, il y eut un soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cr&#233;puscule, c'&#233;tait une mauvaise farce qui reprenait &#8211; &#224; peine se disait-on que la veille &#224; la m&#234;me heure il avait fallu sortir les lampes que la coupure se faisait, le m&#234;me bruit arr&#234;t&#233; des machines. La journ&#233;e, on n'avait parl&#233; que de cela, avec gravit&#233;, comme d'un accident d'avion. Mais deux vols d'avion qui se succ&#232;dent dans la mer, on ne l'avait jamais vu. On &#233;tait un peu plus rod&#233; pour faire face, mais l'insolite de la veille laissait place &#224; un vague agacement &#8211; et d&#233;j&#224;, on pensait au lendemain, quand on r&#233;clamerait les coupables. On les trouva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait cette fois une autre centrale, cens&#233;e r&#233;guler la surchauffe due &#224; la reprise brutale du matin qui n'avait pas tenu. Concours de circonstances malheureux. Toutes les dispositions &#233;taient prises pour que cela ne se reproduise pas une troisi&#232;me fois de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, bien s&#251;r, la coupure se reproduisit, ponctuelle, une troisi&#232;me fois de suite. Et le quatri&#232;me soir aussi. Toute la semaine qui suivit, et la semaine d'apr&#232;s. On s'organisa. Il avait bien fallu s'organiser. On essaya d'abord d'installer des batteries d'&#233;nergie secondaire, pour coupler l'acheminement de l'&#233;lectricit&#233; localement, en privil&#233;giant les grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces batteries cessaient de fonctionner &#233;galement le soir venu, &#224; l'heure dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouva pas d'autres moyens que de subir ces coupures, une nuit apr&#232;s l'autre. Sur toutes les grandes villes, c'&#233;taient de nouvelles habitudes qui se prenaient rapidement, des socialisations parfois profondes, souvent violentes &#8211; la loi dans les rues laiss&#233;es &#224; l'arbitraire de la nuit la plus opaque &#233;tait devenue aveugle. Le noir qui s'&#233;tablissait garantissait une impunit&#233; presque totale aux bandes l&#226;ch&#233;es dans les villes, lib&#233;r&#233;es de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couvre-feu impos&#233; par la coupure n&#233;cessitait de rentrer avant elle, sous peine de mort. Certains choisissaient de s'affranchir des appareils &#233;lectriques et de toute lumi&#232;re artificielle pendant le jour aussi, soit qu'ils &#233;taient persuad&#233;s que la coupure s'&#233;tendrait bient&#244;t &#224; la journ&#233;e, soit pour n'avoir pas &#224; faire face &#224; ce changement absurde de mode de vie, d'un jour sur la nuit. Ils n'&#233;taient pas si nombreux, &#224; vivre de bougies, et &#224; jeter par la fen&#234;tre les &#233;crans, les lampes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous les soirs, nuits de Walpurgis mal &#233;clair&#233;es par le feu, la vie changeait de tonalit&#233;, gagnait en intensit&#233; pour ceux qui sortaient au dehors voir le monde s'affoler, ou s'&#233;teignait totalement pour ceux qui pr&#233;f&#233;raient s'enfermer et dormir le temps que durerait la nuit, et avec elle la coupure. Ce qu'on perdait avec le souvenir de la nuit &#233;clair&#233;e, c'&#233;tait davantage que le confort, l'id&#233;e qu'on s'&#233;tait faite de la civilisation : ce qu'on regrettait, c'&#233;tait bien plus que le jour artificiel du jour. On marchait dans les rues et on voyait les &#233;toiles, celles qu'on ne voyait que rarement, autrefois, par temps tr&#232;s clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait voulu n'avoir jamais &#224; avancer sous leurs seules p&#226;leurs &#8211; et sans trop savoir pourquoi, en un sens, on savait qu'on &#233;tait privil&#233;gi&#233;s. Le monde s'enfon&#231;ait chaque soir dans ses t&#233;n&#232;bres, et on y prenait part.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipations #37 | Passer de l'autre c&#244;t&#233;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_vitesse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte de l'automne 2011. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reprise hiver 2013 &#8212; pour ce mot d'ordalie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le recueil Anticipations, aux &#233;ditions publie.net Ils le faisaient en fermant les yeux d&#233;sormais. Personne ne savait o&#249; cela avait commenc&#233;, ni comment &#8212; suite &#224; quel pari stupide, au bout de quelle nuit plus triste et plus br&#251;l&#233;e qu'une autre au d&#233;s&#339;uvrement de quel bar. Mais dans chaque ville, il y avait toujours un type pour dire, avec force d&#233;tails, que c'&#233;tait lui, lui le premier, et qu'il avait fait &#231;a sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/" rel="directory"&gt;Anticipations&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_anticipations" rel="tag"&gt;_anticipations&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1309.jpg?1389207324' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte de l'automne 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprise hiver 2013 &#8212; pour ce mot d'ordalie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le recueil &lt;a href=&#034;http://publie-net.com/archive/products/anticipations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Anticipations&lt;/i&gt;, aux &#233;ditions publie.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ils le faisaient en fermant les yeux d&#233;sormais. Personne ne savait o&#249; cela avait commenc&#233;, ni comment &#8212; suite &#224; quel pari stupide, au bout de quelle nuit plus triste et plus br&#251;l&#233;e qu'une autre au d&#233;s&#339;uvrement de quel bar. Mais dans chaque ville, il y avait toujours un type pour dire, avec force d&#233;tails, que c'&#233;tait lui, lui le premier, et qu'il avait fait &#231;a sans raison (ou avec toutes les raisons du monde : il y avait des variantes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une ville qui n'avait son pionnier pour nous montrer l'endroit de la route o&#249; il s'&#233;tait &#233;lanc&#233; ; et comment tout le monde apr&#232;s lui l'avait suivi. Non, on ne sait pas comment ils s'&#233;taient pass&#233; le mot : ce qui &#233;tait s&#251;r, c'est que tr&#232;s vite on avait assist&#233; &#224; une flamb&#233;e. Plus qu'une mode, un simple ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233;, c'&#233;tait comme la naissance d'une nouvelle race d'hommes : il y avait ceux qu'ils l'avaient fait, m&#234;me une fois, et les autres ; ces derniers les regarderaient toujours avec cette fascination qu'on a pour le vide quand on se penche sur le palier au dernier &#233;tage d'un immeuble et qu'on regarde en bas les escaliers tomber, qu'on est aspir&#233; et retenu par deux forces en nous, contraires et tout aussi d&#233;sirables : et laquelle allait sortir vainqueur en nous ? Et pour quelles obscures raisons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes qui l'avaient fait, et parmi eux surtout ceux qui recommen&#231;aient, avaient sans doute r&#233;ussi &#224; faire sauter un verrou int&#233;rieur, le dernier. Et les penseurs s'agitaient : les plus nombreux condamnaient, bien s&#251;r, au nom de la morale, de la vie &#8212; mais au fond, on le sentait bien, personne ne trouvait de raisons valables pour d&#233;nier &#224; ces hommes le droit de poursuivre. L'argument d&#233;cisif qu'on avait finalement avanc&#233;, et qui avait conduit &#224; interdire ces pratiques, avait &#233;t&#233; celui du danger pour nous autres : les nombreux accidents provoqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'&#233;tait pas pour prot&#233;ger ceux qui se lan&#231;aient ainsi qu'on avait b&#226;ti de si hauts murs le long des routes rapides, mais tout simplement parce qu'on les consid&#233;rait comme perdus, d&#233;finitivement. Rien ne r&#233;fr&#233;nait les ardeurs, au contraire : ils trouvaient de nouveaux endroits que les murs n'avaient pas pu prot&#233;ger, des virages plus serr&#233;s, des lignes droites plus rapides, en pente, loin des villes. Certaines portions devinrent c&#233;l&#232;bres &#8212; puis victimes de leurs succ&#232;s, elles &#233;taient d&#233;laiss&#233;es : les voitures n'osaient plus s'aventurer dans ces terrains de jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;lancer sur les autoroutes, traverser en courant, ou m&#234;me affronter les camions en face, en se d&#233;robant &#224; la derni&#232;re minute, c'&#233;tait au d&#233;part un simple frisson. Mais ce qui n'&#233;tait finalement qu'une course (avec un seul but : traverser l'autoroute et parvenir de l'autre c&#244;t&#233;) se codifia peu &#224; peu dans des r&#232;gles non &#233;crites, des rites de plus en plus pr&#233;cis, toute une s&#233;rie de lois qui finirent par installer durablement cette pratique. Il fallait que cela se fasse dans les r&#232;gles de l'art &#8212; sans quoi, ce n'&#233;tait qu'un suicide de plus. Les courses avaient leur rythme, leur gestuel, leurs interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, peu importait de mourir ou de faire mourir, ce qui comptait, c'&#233;tait d'approcher la mort en conscience et de s'en soustraire &#224; l'instant m&#234;me o&#249; l'on en &#233;tait physiquement le plus proche : toucher l'instant o&#249; la peur m&#234;me ne prot&#232;ge plus, mais provoque la pulsion de mort qui l'ach&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceux qui &#233;chouaient &#224; traverser la route avaient peut-&#234;tre atteint le plus ultime de cet art.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipations #51 | se venger</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/article/anticipations-51-se-venger</link>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_aube</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_cheveux</dc:subject>
		<dc:subject>_une vague apr&#232;s l'autre</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;c'&#233;tait se venger qu'il fallait&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/" rel="directory"&gt;Anticipations&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_anticipations" rel="tag"&gt;_anticipations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aube" rel="tag"&gt;_aube&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_cheveux" rel="tag"&gt;_cheveux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_une-vague-apres-l-autre" rel="tag"&gt;_une vague apr&#232;s l'autre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait se venger qu'il fallait. L'id&#233;e au r&#233;veil, tout le monde l'avait eue. Il suffisait de regarder par la fen&#234;tre, les trottoirs partout, les rues perpendiculaires et les voitures rang&#233;es, et les lumi&#232;res sales, les regards qu'on croisait ou simplement le go&#251;t du caf&#233;, les images sur les affiches : le temps qu'il faisait sur tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la nuit, il ne restait rien &#8212; &#224; peine de l'eau sur un sol qui ne s&#233;cherait jamais. C'&#233;tait peut-&#234;tre d'avant-hier, quelle importance ? Les m&#234;mes v&#234;tements servaient pour les m&#234;mes t&#226;ches ; ils servaient pour des t&#226;ches diff&#233;rentes aussi, et les corps dedans, qui pour les habiter ? Bien s&#251;r, il y avait les pr&#233;noms, les noms, le jour de sa naissance &#8212; mais fatalement, on finissait par rencontrer d'autres qui portaient aussi son propre pr&#233;nom (et c'&#233;taient encore d'autres aux pr&#233;noms diff&#233;rents qui &#233;taient n&#233;s le m&#234;me jour que soi : d&#233;cid&#233;ment, tout se d&#233;robait).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les visages, impossibles aussi de savoir : c'&#233;taient toujours les m&#234;mes, et tous pourtant se distinguaient. Des visages mutil&#233;s, voil&#224; tout ce qu'il restait sur leurs visages ; &#224; tous il manquaient un visage qui dirait l'absence de visage, et cela pourtant &#233;tait seul ce qui &#233;tait inacceptable. D&#232;s qu'on parlait, on comprenait les mots. Et toujours c'&#233;tait d'autres choses que les autres pla&#231;aient dans ces mots &#8212; on se regardait de derri&#232;re les mots, parfois on se dressait sur la pointe des pieds pour voir mieux ce que cela voulait dire, mais non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait beaucoup de jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, ce d&#233;compte, mais qui se faisait &#224; l'endroit. Le ciel &#233;tait partout, et toujours quand on levait les mains, c'&#233;tait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de la mort, on l'avait &#8212; quand elle nous quittait, c'&#233;tait avec toutes les autres : on nous faisait un trou quelque part, on y jetait notre corps ; et par dessus une pierre grav&#233;e &#224; notre nom et au jour de notre naissance, ce pouvait &#234;tre au nom d'un autre avec le jour de naissance d'un autre : comment savoir. Du moins on trompait l'ennui d'un jour de plus, ou d'un jour de moins, cela aussi restait sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis l'id&#233;e venait, &#233;tait venue, mais o&#249;. Certains l'avaient &#233;crite, mais c'&#233;tait peut-&#234;tre l'&#233;crire qui l'avait suscit&#233;e, ou bien c'&#233;tait du geste d'&#233;crire qu'&#233;tait envelopp&#233;e l'id&#233;e &#8212; je ne sais pas. L'id&#233;e (c'&#233;tait le g&#233;nie, la folie de l'id&#233;e) ne poss&#233;dait aucun contenu pr&#233;cis pour d&#233;jouer le monde : elle d&#233;jouait le monde dans le simple fait de la formuler. Et ces formulations &#233;taient infinies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait se venger, tout simplement &#8212; &#233;videmment, se venger de personne, de rien. L'id&#233;e &#233;tait une blessure inflig&#233;e &#224; la syntaxe, l'intransitivit&#233; de l'id&#233;e b&#226;tie contre la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'avait pas m&#234;me &#224; l'&#233;crire. Il suffisait par exemple de trouver un corps contre lequel s'abattre derri&#232;re le rideau des cheveux, en lequel confier son propre corps, pench&#233; lentement vers lui, vers&#233; en lui. Il suffisait tout aussi bien de regarder la mer. Il suffisait de construire une maison avec ses mains, puis, plus tard, de la d&#233;placer jusqu'&#224; soi (il fallait d'abord la construire pour la d&#233;placer ainsi). Il fallait trouver un arbre, un seul suffirait pour s'allonger et venir y confondre son ombre avec l'ombre de l'arbre, devenir l'ombre de l'arbre. Il suffisait parfois de faire tomber le soleil rien qu'en le regardant (&#234;tre celui qui, regardant le soleil tomber, devient celui qui fait tomber le soleil). Il suffisait de veiller la nuit et de dormir le jour. Ou de dormir la nuit qui suivrait, pour veiller le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait nommer son enfant d'un nom que d'autres avaient choisi pour nommer leur enfant : mais d'&#234;tre celui-l&#224;, et &#224; cette heure le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arriverait qu'on regarde par la fen&#234;tre, dehors, et que le jour vienne se poser sur soi, et dans le reflet de l'eau partout sur la terre, qu'on reconnaisse les visages. Il arriverait ce jour, la folie de ce jour qu'on adresserait &#224; celui qui saurait le voir, et on dirait : que la nuit vienne maintenant, je saurai la voir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #50 | dans la salle d'attente</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_douleurs</dc:subject>
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		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la salle d'attente &#8212; chacun un endroit o&#249; attendre, qu'on vienne les chercher et leur dire s'ils peuvent encore vivre, ou non. &#192; l'accueil, j'ai donn&#233; ma date de naissance, la seule trace de mon identit&#233;, pour qu'on puisse dire que c'est moi, et que je puisse dire : c'est moi, quand ils viendront me chercher. Au juste, j'aurais pu mentir, dire une autre date. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lieu anonyme, la raison pour laquelle on vient, ici. Devant ma date de naissance, on essaie de plaisanter, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d'attente &#8212; chacun un endroit o&#249; attendre, qu'on vienne les chercher et leur dire s'ils peuvent encore vivre, ou non. &#192; l'accueil, j'ai donn&#233; ma date de naissance, la seule trace de mon identit&#233;, pour qu'on puisse dire que c'est moi, et que je puisse dire : c'est moi, quand ils viendront me chercher. Au juste, j'aurais pu mentir, dire une autre date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu anonyme, la raison pour laquelle on vient, ici. Devant ma date de naissance, on essaie de plaisanter, inutilement, bienveillance vaine, qui ne fait que souligner l'horreur de ma pr&#233;sence ici, de l'attente qui commence. &#199;a vous fait 28 ans ? Non, 29 ans &#8211; et j'ajoute, pour donner le change, oh, si seulement. Elle me regarde par en dessous, et dans un sourire, l&#233;g&#232;rement, vous avez encore beaucoup de belles choses &#224; vivre, et de sourire davantage &#8211; c'est technique, clinique, mais ce qui me glace le plus, c'est qu'elle semble y croire. Il aurait fallu ajouter quelque chose, c'est pourquoi je ne dis rien. Prends le carton administratif, anonyme et personnel, qui sera mon identit&#233; ici, et m'assois, au fond, &#233;crire cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout &#224; l'heure on viendra me chercher, me prendre du sang. Dans une semaine, on me rendra les chiffres du sang, le sang ne mentira pas. Il dira si je peux vivre, ou si je dois mourir. Ce sera dans une semaine. Je pourrai dire un si&#232;cle, mais ce ne sera pas vrai. Ce ne sera jamais. Chaque seconde est arr&#234;t&#233;e, immense. Quand lundi prochain viendra, ce sera d'un seul coup, dans une seconde semblable &#224; celle-ci, qui viendra soudain. Mais en attendant, le temps est impossible, c'est une chose qui m'est refus&#233;e. Comme de dormir. Comme de manger, ou de lire le journal. De seulement &#234;tre du monde, son habitant concern&#233; par sa marche. J'attends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que j'&#233;cris ces mots, on appelle des num&#233;ros, j'attends qu'on dise le mien, 023. Bien s&#251;r, la salle d'attente est pleine, je sais bien que ce ne sera pas avant une heure ou une heure et demi, mais chaque fois qu'on appelle un num&#233;ro, je l&#232;ve la t&#234;te, j'arr&#234;te d'attendre. Je ne suis ici que pour d&#233;poser mon sang, et l'attente continuera &#8211; s'accentuera, apr&#232;s que le sang d&#233;pos&#233; d&#233;clenchera un processus que je pressens fatal, mais &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#234;ve, il y a deux jours, qui lance, comme une douleur, ce mouvement terrible, et la peur depuis ne me quitte pas. Le r&#234;ve disait la maladie, alors je suis malade. Le r&#234;ve disait, c'est fini &#8211; je viens ici pour l'apprendre, dans la bouche de la r&#233;alit&#233;, m&#234;me si le r&#234;ve me l'a d&#233;j&#224; dit. Le r&#234;ve ne peut pas se tromper, d'ailleurs, et depuis, cett pens&#233;e ne me quitte plus, cette pens&#233;e qui fore et dit je suis malade, je suis d&#233;j&#224; mort d'&#234;tre malade de cette maladie l&#224;, incurable, invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je croise les types dans la rue, je ne vois pas des hommes, mais des survivants. Et moi, je me dis : j'ai &#233;t&#233; incapable d'&#234;tre survivant, j'ai &#233;t&#233; incapable de survivre &#224; leur vie, &#224; ma propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d'attente, on appelle invariablement ceux qui sont l&#224; pour le sang, et ceux qui sont l&#224; pour le chiffre du sang. Ce n'est pas la m&#234;me chose. Je l&#232;ve les yeux surtout pour ceux dont on va annoncer le chiffre. Je cherche dans leur regard les derni&#232;res secondes de la vie, et l'espoir insens&#233; qu'il reste encore &#224; br&#251;ler. Tout &#224; l'heure ils entendront qu'ils vont mourir, cette maladie ne laisse aucun jour de r&#233;pit &#224; ceux qui savent ; un jour, ou deux, le temps de dormir une fois. On pourrait tr&#232;s bien ne pas savoir, et continuer de vivre, mais ce sera dans l'attente, et le temps mort, alors on pr&#233;f&#232;re tous savoir, quand on fait ce r&#234;ve. Le r&#234;ve nous dit d&#233;j&#224; ce qu'il en est. Il y a des r&#234;ves moins pr&#233;cis, et certains y vont seulement pour entendre la confirmation de la vie, mais le r&#234;ve aussi, dans l'impr&#233;cision, aura tout dit. Le fr&#244;lement de la mort aura rendu plus vivant, c'est une loi g&#233;n&#233;rale, banalit&#233; de la banalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'attends encore, et c'est bient&#244;t mon tour. La salle d'attente s'est vid&#233;e, je suis dans les derniers, &#233;videmment. Il y a encore des types derri&#232;re moi, qui vont me survivre quelques minutes. Il y a toujours des types derri&#232;re soi, qui vous survivent, provisoirement. Dans la rue, il y a d'autres types, mais on n'appartient pas &#224; la m&#234;me humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la salle d'attente, ma derni&#232;re chambre d'&#233;criture, je suis encore pourtant de ce c&#244;t&#233;-ci de la vie, provisoirement. La vie &#233;puis&#233;e de n'avoir pas &#233;t&#233; v&#233;cue. J'aurais pu vivre je crois, j'aurais &#233;t&#233; &#224; la hauteur de cette vie, oui, s'il n'y avait pas eu ma vie, pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon r&#234;ve s'arr&#234;te sur une image, toujours la m&#234;me depuis deux nuits, mes deux nuits d'insomnie o&#249; le sommeil ne vient qu'apr&#232;s l'&#233;puisement total du corps. L'image, c'est celle, apr&#232;s la douleur, d'une plage de galets blancs, o&#249; je marche, enfant, les pieds glissants sur l'eau des galets, et comme apprenant &#224; marcher, mes premiers pas pos&#233;s sur le monde, la mer &#224; droite, et une falaise &#224; gauche, je tends les bras pour qu'on me soutienne, il n'y a personne. C'est le coda du r&#234;ve, r&#233;p&#233;titif, interminable, le corps malade qui avance, et que personne ne va relever, puisqu'au prochain pas, c'est s&#251;r, je vais tomber, mais je ne tombe pas encore, le r&#234;ve ne cesse pas de r&#233;p&#233;ter l'imminence de la chute, de l'appeler, de ne jamais l'ex&#233;cuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d'attente, au fond, pr&#232;s de la fen&#234;tre, j'&#233;cris les derniers mots de l'attente, avant de rejoindre le r&#234;ve. C'est mon tour. Non, pas encore, il me reste quelques mots encore, &#224; arracher, de ce c&#244;t&#233;-ci de la vie, mais lesquels ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #49 | virginit&#233;s</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_peurs</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_m&#233;moire &amp; souvenirs</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;reprise des hostilit&#233;s&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie" rel="tag"&gt;_joie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton800.jpg?1324681936' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Reprise des hostilit&#233;s &#8211; le corps en sommeil se dresserait soudain dans le sursaut sans aucun souvenir d'aucun temps : aucune trace de r&#234;ve, et plus loin que le r&#234;ve, aucune trace de rien, aucune trace de trace avant ce r&#233;veil qui le trouve l&#224; nu, dans ces draps blancs, son corps pos&#233; et il ne sait pas o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une terreur qui n'a rien &#224; voir avec le r&#234;ve ; une paix qui n'a rien &#224; voir avec ce lieu. Il ne reste rien du r&#234;ve que le souvenir de s'&#234;tre r&#233;veill&#233; : et du lieu que ce lit blanc, o&#249; nu il se r&#233;veille comme au premier jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se toucherait le visage pour se souvenir de son nom. Il n'aurait pas de nom. Mais sa main s'arr&#234;terait sur son visage, irr&#233;futable lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'aurait pas non plus d'histoire : il n'aurait rien en lui qui pourrait marquer la trace d'un pass&#233;. Alors il se l&#232;verait dans le d&#233;but de cette histoire absolue sans rien conna&#238;tre de l'histoire que ce premier pas pos&#233; sur le sol froid de la chambre : et il apprendrait ainsi le froid ; dans le miroir, il apprendrait son visage comme un premier visage. Ainsi de suite pour son corps en entier, vierge de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parlerait : le premier mot dirait le visage. Il s'&#233;tonnerait de le conna&#238;tre, de penser le visage et de dire le visage, et les l&#232;vres disant les l&#232;vres, et les cheveux : m&#234;me si reste ce myst&#232;re de la pr&#233;s&#233;ance : qu'est-ce qui pr&#233;c&#232;de l'un, du nom ou de l'objet nomm&#233; ? &#8211; mais le mot et l'objet se l&#232;vent tous deux &#224; travers le myst&#232;re dans sa parole au fond de la gorge, et c'est comme s'il avait appris avant de na&#238;tre toute cette syntaxe de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi devant chaque mot assisterait-il &#224; leur invention : cela se ferait sans douleur ; la seule douleur concernerait le nom propre de ce corps, interrogeant le visage devant le miroir et essayant tous les mots possibles pour se reconna&#238;tre : &#233;chouant devant tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mille et une maisons de la ville, la m&#234;me c&#233;r&#233;monie : le m&#234;me premier pas, la m&#234;me virginit&#233; abyssale. Dans toute la ville, ils se l&#232;veraient tous de m&#234;me, se tiendraient quelques minutes devant le miroir avant de sortir au dehors, au plein milieu de la nuit, sans autre raison que cela : s'&#233;chapper du miroir qui ne renvoie que l'ignorance : une chose seulement &#233;tait s&#251;re : le sentiment qu'on avait &lt;i&gt;oubli&#233;&lt;/i&gt;, qu'il y avait quelque chose, en amont, d'inaccessible, mais d'oubli&#233; : car ce n'&#233;tait pas ainsi que les choses devaient &#234;tre, non, on le savait : l'oubli n'avait pas effac&#233; cela, que l'on avait oubli&#233; &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt; &#8211; mais quoi. Tout &#233;videmment. Restaient le corps, sa nudit&#233;, et le monde, qui commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le creusement dans la conscience laissait voir son trou : comme un sarcophage vide. O&#249; le cadavre, o&#249; la cendre. Le sentiment de la mort demeurait partout. Mais on &#233;tait vivant. Alors, sortir du miroir, cela voulait dire : survivre &#224; son oubli, vivre sans amont &#8212; aller au dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous se l&#232;verait, dans ce milieu de la nuit blanche, et iraient marcher au hasard de cette ville soudainement pleine d'un d&#233;s&#339;uvrement sans violence, de terreur et de paix. Chacun d&#233;couvrirait cette ville remplie d'hommes et de femmes ainsi hagards et inconnus ; chacun avancerait ses bras vers l'autre comme devant son propre visage tout &#224; l'heure. On ne se reconnaissait pas, mais sans mot, on savait partager cette m&#234;me ignorance, cette m&#234;me virginit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la solitude infinie de l'esprit, ce partage suffisait pour tenir encore debout et ne pas s'effondrer sur le sol, le creuser avec ses ongles en s'arrachant la peau. Certains se jetaient sur le sol ainsi, creusaient le sol un peu, s'arrachaient la peau ; ils &#233;taient relev&#233;s par d'autres, sans mot toujours, pour cette seule raison, injustifiable, qu'on &#233;tait ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cet amour passeraient les derniers jours de ces hommes, avant que chacun peu &#224; peu s'inventent de nouveau des noms, et s'attribuent des r&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On oublia en retour la folie de ces amours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pourtant, parmi eux, rares, avaient le pressentiment que c'&#233;tait l&#224; un bien pr&#233;cieux, le plus pr&#233;cieux m&#234;me. Ceux-l&#224;, des enfants sans doute, dans cette joie nue des aurores, s'enfuirent quelque part vers le sud ; on ne les retrouva jamais.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #17 | L'Effondrement</title>
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		<dc:date>2011-06-06T17:01:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le soir, ne reste plus qu'&#224; faire le compte, rien d'autre.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton648.jpg?1307379636' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Pour saluer l'ouverture du site &lt;a href=&#034;http://e-styx.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;e-styx&lt;/a&gt;, &#233;dition de textes fantastiques avec Publie.net, et ses premi&#232;res &lt;a href=&#034;http://e-styx.net/spip.php?article7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publications&lt;/a&gt;, je remonte ce texte dat&#233; de janvier 2009 et issu des nouvelles &lt;i&gt;Anticipations&lt;/i&gt; &#8212; nouvelle qui a &#233;t&#233; relay&#233;e sur le site de e-styx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article646&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Simple invitation&lt;/a&gt; &#224; aller se perdre dans le catalogue en cours, suivre les prochaines publications&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;#17 | Effondrement&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;/big&gt;
&lt;p&gt;Le soir, ne reste plus qu'&#224; faire le compte, rien d'autre. Toute la journ&#233;e avait pass&#233; dans un souffle panique, on en sortait comme apr&#232;s un mauvais r&#234;ve : persuad&#233; qu'on allait reprendre pied dans le r&#233;el, qu'on allait pouvoir continuer &#8212; mais rien ne continuait que ce cauchemar qui prenait la forme du monde, et comment s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souffle qui avait emport&#233; la journ&#233;e jusqu'&#224; l'&#233;parpiller autour de nous s'&#233;tait calm&#233; &#8212; mais ce calme vengeur nous paraissait plus terrible encore : demain, un autre jour sera pass&#233;, et la possibilit&#233; m&#234;me qu'il puisse y avoir un lendemain nous semblait si scandaleux, si douloureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radios crachaient maintenant sans s'arr&#234;ter les nouvelles toujours en retard sur l'acc&#233;l&#233;ration incontr&#244;lable des &#233;v&#233;nements &#8212; les chiffres &#224; force de s'accumuler perdaient toute emprise ici et, en essayant vainement de nommer ce qui venait de se produire, cette avalanche de chiffres ne faisait que r&#233;p&#233;ter le s&#233;isme qui avait &#233;branl&#233; le monde tout le jour : r&#233;pliques absurdes et inutiles de l'impact premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures d'urgence qui se prenaient le soir paraissaient d'embl&#233;e vaines &#8212; mais il fallait bien donner l'impression qu'on pouvait prendre le dessus, donner le change. Les bourses avaient tent&#233; de sauver les apparences en cl&#244;turant les s&#233;ances tr&#232;s t&#244;t &#8212; ce n'&#233;tait que trop tard ; rien n'aurait enray&#233; le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des signes avant-coureurs avaient pu &#234;tre perceptibles dans les jours et les semaines auparavant, mais plusieurs crises avaient eu lieu d&#233;j&#224;, dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, et elles avaient toujours eu des proportions mesurables &#8212; on avait toujours su y faire face, et fini par prendre le dessus. Personne ne pensait alors que la crise &#233;tait l&#224; depuis toujours, et que c'est sa fin aujourd'hui qui allait tout achever avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quand au milieu de la matin&#233;e, les cours s'effondr&#232;rent rapidement, tous ensemble et presque simultan&#233;ment, on imagina le pire : une autre crise financi&#232;re, boursi&#232;re, qui allait peut-&#234;tre affecter les &#233;conomies mondiales. Un autre bouleversement, un de plus, et alors ? Mais l&#224; encore on se trompait. C'&#233;tait davantage que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble impossible de retracer l'encha&#238;nement logique et m&#233;canique des faits. Il suffira de dire que deux heures apr&#232;s midi, on pouvait voir dans le ciel des liasses de papier qu'on jetait depuis les bureaux au-dessus de nos t&#234;tes &#8212; et que quatre heures apr&#232;s, ce sont les corps qui se jetaient depuis ces m&#234;mes bureaux, et qu'on ne regardait plus tomber, tant chacun dans sa peur, dans son affolement d&#233;risoire, se d&#233;battait pour sauver ce qui pouvait l'&#234;tre &#8212; alors que d&#233;j&#224; plus rien ne valait plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, certains avan&#231;aient dans la soir&#233;e des solutions : la ruine qu'entra&#238;nait la ruine n'avait pas d'autres rem&#232;des qu'une ruine organis&#233;e, institutionnalis&#233;e, et afin qu'on puisse y faire face : accept&#233;e. Mais c'&#233;tait impossible, on le savait aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la nuit, les nouvelles continuaient &#224; se r&#233;pandre, et de proche en proche, l'effondrement toucha toutes les structures, toutes les parties du monde, jusqu'aux plus recul&#233;es, jusqu'aux plus prot&#233;g&#233;es. &#192; la commune crise qui frappait tout le monde r&#233;pondait un repli solitaire sur soi &#8212; et ce qui aurait pu rassembler chacun dans une communaut&#233; de malheur ne faisait que renvoyer au tous contre tous inalt&#233;rable des veill&#233;s d'armes avant l'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On redoutait d&#233;j&#224; les affrontements futurs, entre ceux qui avaient peu et ceux qui avaient encore moins : une lutte se pr&#233;parait, bien s&#251;r, o&#249; personne n'aurait rien &#224; perdre. Mais le soir m&#234;me, il s'agissait surtout de faire le compte : litanie de chiffres que chacun r&#233;p&#233;tait pour soi sans trop y croire &#8212; amoncellement inimaginable de chiffres &#233;parpill&#233;es dans la journ&#233;e, r&#233;duits &#224; quelques lignes sur une feuille de papier, mais dont on venait de se rendre compte qu'ils avaient suffi jusqu'aujourd'hui &#224; tenir le monde droit &#8212; et souffl&#233;s comme ils l'avaient &#233;t&#233;, ils entra&#238;naient dans leur chute un basculement de quelque chose de plus grand que le monde : le raisonnement qui l'avait b&#226;ti sans doute, et qui &#233;tait d&#233;sormais introuvable ; la formule avait pu servir un temps, mais elle s'&#233;tait soudain trouv&#233;e obsol&#232;te, dans la minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les chiffres s'effondraient sous d'autres chiffres, rien ne semblait arr&#234;ter la chute qui produisait elle-m&#234;me d'autres chutes sous d'autres chiffres &#233;croul&#233;s encore. Nous avions b&#226;ti notre monde sur du sable, et certains, de rage, de folie, commen&#231;aient &#224; l'avaler par poign&#233;es ; d'autres le recueillaient en silence et allaient le porter dans des bo&#238;tes ferm&#233;es, souvenirs du pass&#233; r&#233;volu &#8212; d'autres enfin se mirent &#224; le creuser pour chercher sous le meuble du sable un sol ferme qu'ils ne trouv&#232;rent jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout rev&#234;tait l'apparence d'une fable, d'une l&#233;gende : d'un mauvais r&#234;ve, oui. Mais le lendemain, on ne se r&#233;veillerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #48 | rejoindre (le pont)</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/article/anticipation-48-rejoindre-le-pont</link>
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		<dc:date>2011-04-14T07:46:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_d&#233;sir demeur&#233; d&#233;sir</dc:subject>
		<dc:subject>_peurs</dc:subject>
		<dc:subject>_fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait rejoindre qu'il fallait, rejoindre co&#251;te que co&#251;te &#8212; peu importait le reste : le reste, on le laissait dans le vide qu'on enjambait, sans un regard. Rejoindre, il ne fallait pas davantage que ce mot. Quel pays, quelle terre de quel lointain ? Rejoindre suffisait ; on ne demandait rien de plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
De grands mouvements soudain sur tout le continent : c'&#233;taient quelques voitures d'abord, puis des centaines. On s'&#233;tait pass&#233; le mot si vite &#8212; et le mot, c'&#233;tait seulement : rejoindre, on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton616.jpg?1302767185' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait rejoindre qu'il fallait, rejoindre co&#251;te que co&#251;te &#8212; peu importait le reste : le reste, on le laissait dans le vide qu'on enjambait, sans un regard. Rejoindre, il ne fallait pas davantage que ce mot. Quel pays, quelle terre de quel lointain ? Rejoindre suffisait ; on ne demandait rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grands mouvements soudain sur tout le continent : c'&#233;taient quelques voitures d'abord, puis des centaines. On s'&#233;tait pass&#233; le mot si vite &#8212; et le mot, c'&#233;tait seulement : &lt;i&gt;rejoindre&lt;/i&gt;, on part rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici devenait trop compliqu&#233;, trop s&#251;r, trop envisag&#233; depuis des si&#232;cles. Ici, c'&#233;tait l&#224; o&#249; l'on naissait &#8212; cela n'en faisait pas une raison suffisante pour y mourir aussi. Ici, il fallait se rendre &#224; l'&#233;vidence : &#231;a ne fonctionnait pas. Ce monde dans son organisation compl&#232;te n'y parvenait pas. On avait cess&#233; de bl&#226;mer quiconque. Et puis, on &#233;tait soi-m&#234;me en partie responsable. Mieux valait partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand pont comme on en voit parfois dans les images, quand l'image ne parvient pas &#224; faire voir le pont dans son entier, du d&#233;but jusqu'&#224; la fin &#8212; un pont assez haut pour qu'en se penchant on n'y voit pas la terre en bas. Un pont face au soleil, o&#249; que le soleil se trouve, de sorte qu'impossible de le voir longtemps, le pont : c'est ainsi &#8212; ce pont s'&#233;tait dress&#233; sur un bout de terre qu'on avait n&#233;glig&#233; comme s'il avait &#233;t&#233; l&#224; depuis toujours. Il &#233;tait l&#224; depuis toujours, avait-on fini par se persuader. Sinon, quelle logique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait que l'histoire arrive &#224; ce terme pr&#233;cis&#233;ment pour que le pont se laisse voir : et maintenant, on ne voyait que lui, c'&#233;tait fatal. Le pont emmenait : o&#249; ? &#8212; peu importe. On n'allait pas l&#224; pour revenir et &lt;i&gt;t&#233;moigner&lt;/i&gt;. On n'avait plus cet orgueil. Les montagnes, on les avait gravis pour redescendre et dire : la hauteur. Et alors ? On avait bien compris ensuite les cons&#233;quences st&#233;riles de cela &#8212; et on avait retenu la le&#231;on. Cette fois, non, le pont emmenait, et voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/DSCN5168-2.jpg?1302765543' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rejoindre donc, et c'&#233;taient des files enti&#232;res de voitures maintenant, presque vides de bagage &#8212; &lt;i&gt;l&#224;-bas&lt;/i&gt;, s&#251;r qu'on trouverait bien de quoi. Ne pas y penser : penser seulement : rejoindre, et ce qu'on devait rejoindre arrivera bien assez t&#244;t pour y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'opposait au mouvement &#8212; le pont &#233;tait l&#224;, pour quoi d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rejoindre, parce qu'ici on ne le pouvait pas. On &#233;tait toujours m&#234;me endroit m&#234;me place, m&#234;me si&#232;cle d&#233;roul&#233; jusqu'&#224; nous pour qu'on le recueille et le transmette identique : oui, &#224; quoi bon ? Ici avait &#233;t&#233; conquis, apprivois&#233;, peupl&#233;, &#224; peine agrandi. Il restait le ciel mais le ciel &#233;tait vide, on le voyait d'ici. L&#224;-bas, on ne voyait pas ce qui s'&#233;largissait. On y allait, c'&#233;tait rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on imagine cela comme une f&#234;te sans joie, non une t&#226;che, mais simplement la suite logique des choses accomplie avec gravit&#233; par ceux qui &#233;taient appel&#233;s : seulement, on l'&#233;tait tous, appel&#233;s. Restaient les quelques uns d&#233;sireux d'une autre t&#226;che, celle de continuer le monde ici, mais rien ne continuait que l'histoire semblable et les terres identiques. Quand ils l'auraient compris, ils finiraient par rejoindre le mouvement, eux aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on rejoignait, c'&#233;tait &#233;videmment une part de nous qui attendait l&#224;-bas que le temps recommence, dans le d&#233;sir sauvage des terres nues, des canibalismes sans mot de la langue, cet &#233;tat de r&#234;ve qu'on trouve au sommeil quand il dispara&#238;t et qu'on ne sait plus. Une part de nous attendait l&#224;-bas que s'accomplisse quelque chose comme une origine &#233;prouv&#233;e apr&#232;s la fin de tout, chose enti&#232;re du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors rejoindre, c'&#233;tait : l&#224;, de l'autre c&#244;t&#233; du pont, ce qui commen&#231;ait de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/DSCN5167-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/DSCN5167-2.jpg?1302765548' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #47 | langue morte</title>
		<link>http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/article/anticipation-47-langue-morte</link>
		<guid isPermaLink="true">http://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/anticipations/article/anticipation-47-langue-morte</guid>
		<dc:date>2011-02-04T16:35:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_m&#233;moire &amp; souvenirs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Nous marchions dans la langue hostile &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fantastique" rel="tag"&gt;_fantastique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_memoire-souvenirs" rel="tag"&gt;_m&#233;moire &amp; souvenirs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton566.jpg?1296841253' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff566.jpg?1296841270&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous marchions dans la langue hostile. Nous n'&#233;tions pourtant pas pr&#233;par&#233;s, ni aux contrebandes, ni aux rencontres de voix basse, le regard sans cesse tourn&#233; derri&#232;re nous et toujours pr&#234;ts &#224; fuir au moindre bruit. Non, nous n'avions pas choisi cette peur, et pourtant nous l'endossions d&#233;sormais toute. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous retrouvions sans nous connaitre souvent, dans ces endroits choisis pour leur &#233;loignement, pour leur lumi&#232;re absente, pour les possibilit&#233;s de fuir les lieux rapidement. Nous inventions au pr&#233;alable des mani&#232;res de fixer ces rendez-vous, aussi discr&#232;tes et insignifiantes que possibles. Ensuite, quand nous &#233;tions face &#224; face, la reconnaissance se faisait &#224; cette qualit&#233; de regard que nous avions alors tous, malgr&#233; nous sans doute, qui disait le partage, et la condamnation. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il fallait &#233;changer, nous l'ignorions &#233;videmment avant l'&#233;change. Quand les mots avaient commenc&#233; &#224; &#234;tre rares, peu d'entre nous en avaient pris la mesure exacte. Ce n'est qu'avec un retard irr&#233;versible, fatal, que terrifi&#233;s nous nous sommes mis soudain &#224; rassembler en nous leur souvenir, et rapidement &#224; les transmettre. C'&#233;tait une pratique dangereuse, et nous connaissions tous le sort r&#233;serv&#233; &#224; ceux d'entre nous qui &#233;taient pris en flagrant d&#233;lit de cet &#233;trange trafic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots rares en premier se perdirent. Il fallait faire des choix dans cet urgence des premiers temps, et nous avons sacrifi&#233; naturellement ceux-l&#224;. Ce qui importait, ce n'&#233;tait pas faire oeuvre d'arch&#233;ologue, ou d'&#233;rudit, s'abimer dans la contemplation pure de quelques beaux mots plastiquement d&#233;sirables, mais de ne pas perdre le sens de ceux qui nous paraissaientt alors essentiels. Notre t&#226;che commen&#231;ait alors, qui n'aura plus de fin. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les mots s'effa&#231;ait peu &#224; peu, sournoisement, sans qu'on s'en rende compte d'abord, leur sens, et avec leur sens une possibilit&#233; du monde, et puis ce sont des lieux du monde qui s'effa&#231;aient, qu'on devenait incapables de dire, et ainsi de voir. Bien s&#251;r, le plus effrayant, c'&#233;tait qu'une fois le mot perdu, nous ne savions pas exactement ce qui s'&#233;tait perdu, et m&#234;me souvent nous ne pouvions r&#233;aliser que quelque chose s'&#233;tait perdu. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra d&#232;s lors ais&#233;ment notre solitude, m&#234;me et surtout dans cette communaut&#233; de contrebandiers ; on comprendra plus facilement encore combien cette communaut&#233; s'amoindrissait de plus en plus avec les ann&#233;es et les mots perdus, et combien nous marchions dans le m&#233;pris le plus f&#233;roce, l'incompr&#233;hension la plus hostile, la menace d'un effondrement plus grand quand nous aurions tenu entre nos mains le dernier mot qu'il aurait fallu prononcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;tions alors ni collectionneurs ni f&#233;tichistes d'aucune sorte - simplement, humblement, nous nous tenions dans l'&#233;paisseur sans cesse r&#233;duite des choses, et nous avions seulement conscience (&#233;tions-nous les seuls ? On raconte que d'autres que nous &#339;uvraient dans des rues plus &#233;loign&#233;es encore, et dans quelle violence ?) que nous &#233;tions une part de cette &#233;paisseur, que ce qui se perdait avec tel ou tel mot, c'&#233;tait aussi une mani&#232;re d'habiter le monde, et nous voyions le monde se d&#233;peupler dans la langue devenue morte ; cela, nous ne l'acceptions pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos solitudes, l'&#233;change des mots &#224; nous inconnus &#233;tait &#224; la fois une joie et un gouffre : une joie parce qu'on sentait combien cela nous agrandissait aux yeux de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me accrue soudain ; et un gouffre, parce qu'avec le mot, il fallait faire l'apprentissage de son sens, et nous nous heurtions in&#233;vitablement &#224; ses contours d'ombre, chaque mot, nous le savions bien n'ayant de sens que dans la proximit&#233; avec d'autres, qui nous &#233;taient refus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, nous faisions t&#226;che de fourmis, d&#233;pla&#231;ant une minuscule poussi&#232;re dans l'espoir que la citadelle pourrait un jour redevenir habit&#233;e ; mais c'&#233;taient d'immenses blocs de pierres qui s'&#233;crasaient sur le sol &#224; rythme intense. Que pouvions nous faire ? Nous pouvions renoncer, ou nous pouvions nous indigner haut et fort. Nous ne f&#238;mes ni l'un ni l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement, humblement, nous nous retrouvions, nous &#233;changions des regards, et puis quelques mots secrets. Nous repartions, jamais s&#251;rs de la valeur v&#233;ritable de ce que nous venions d'&#233;changer, toujours dans cette peur que le gain n'&#233;claire plus sauvagement ce que nous avions sans le savoir perdu. Au juste, nous le savions, mais sans pouvoir le nommer, et nous prenions mesure de cette perte &#224; chaque mot retrouv&#233;. Paradoxe qui nous accablait, de fatigue et parfois de remord. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avancions pourtant dans cette perte qui grandissait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons continu&#233; &#224; traverser les villes jusqu'&#224; ce que la ville disparaisse. Quand la ville a disparu, nous &#233;tions encore l&#224;, dans ces endroits recul&#233;s qui n'existaient plus, qui ne tenaient autour de nous que parce que nous &#233;tions capables, nous seuls, de les nommer, et de les voir. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas cess&#233; de marcher dans la langue hostile. Quand la nuit allait tomber, nous nous passions le mot pour la dire et la faire tomber. Quand le jour revenait, certains connaissaient le secret et le passaient aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, quand ceux-ci mourraient, nous pleurions des larmes que nous n'&#233;tions pas capables de nommer. Alors, quand nous les mettions en terre, nous gardions le silence, les yeux grands ouverts sur quelque chose qu'on ne savait plus regarder. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous faisions ? Simplement, humblement, marcher dans la langue hostile.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_795 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/P8125042.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/P8125042.jpg?1296841288' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 8 f&#233;vrier&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/spip.php?article264&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rebond de Michel Brosseau&lt;/a&gt; sur son site &#8212; tr&#232;s beau texte en &#233;cho avec le mien ; les &#233;changes qui se tissent dans l'&#233;criture sont des plus pr&#233;cieux. Merci &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>anticipation #46 | le r&#234;ve de nos p&#232;res</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas l&#224; le r&#234;ve que nos p&#232;res avaient fait pour nous. Partout, les m&#234;mes villes de g&#233;ants &#233;tendues sur des pays entiers, des guerres interminables, sans soldat, sans cause, sans mort visible. Des vainqueurs sans victoire, et des vaincus sans s&#233;pulture. Des dates qui ne servaient que pour des comm&#233;morations. Des chiffres qui &#233;tablissaient des comptes, mais les colonnes des profits et des pertes changeaient sans cesse. Les livres, eux, n'apparaissaient dans aucune colonne. Non, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton562.png?1296897921' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff562.png?1296897930&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas l&#224; le r&#234;ve que nos p&#232;res avaient fait pour nous. Partout, les m&#234;mes villes de g&#233;ants &#233;tendues sur des pays entiers, des guerres interminables, sans soldat, sans cause, sans mort visible. Des vainqueurs sans victoire, et des vaincus sans s&#233;pulture. Des dates qui ne servaient que pour des comm&#233;morations. Des chiffres qui &#233;tablissaient des comptes, mais les colonnes des profits et des pertes changeaient sans cesse. Les livres, eux, n'apparaissaient dans aucune colonne. Non, ce n'&#233;tait pas cela, le r&#234;ve fabriqu&#233; pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toutes choses, traces de poussi&#232;re et de cendres, sur chaque corps la marque sur le front, dans les mains la torsion qu'imprime l'asservissement aux conqu&#234;tes les moins difficiles, et sous le cr&#226;ne, cette tonsure symbolique de la r&#233;signation, que par superstition ou vanit&#233;, nous nommions fatalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve de nos p&#232;res emport&#233; ne laissait dans sa disparition pas m&#234;me un sillage aupr&#232;s duquel pleurer froidement, dans la col&#232;re. Le r&#234;ve, qui parmi nous aurait &#233;t&#233; capable de le formuler autrement que dans des images vaguement mystiques ? Qui pour seulement raconter les formes qu'il avait pris et qui avaient de beaucoup guid&#233; la construction de tout ce pour quoi on existait ? On &#233;tait l&#224; les mains vides, la terre enti&#232;rement d&#233;couverte, et les &#233;toiles. Qu'en faire ? La boussole indiquait des directions, toutes prises. La conscience disait les erreurs, toutes commises. Le coeur avan&#231;ait des rages, toutes bues, dej&#224;, par d'autres, tant d'autres, tous les autres avant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour seul h&#233;ritage, l'avenir d&#233;j&#224; foul&#233;, le pass&#233; toujours devant nous mais muet, l'impossibilit&#233; d'&#234;tre au pr&#233;sent. La dette qu'il nous fallait r&#233;gler valait moins qu'une heure de travail, et ensuite : les monnaies prenaient de la valeur toutes seules, sous nos yeux qui les regardaient faire, sans oser les toucher de peur de faire &#233;crouler tout l'&#233;difice. Parfois par maladresse, par envie, ou simplement par ennui, on touchait malgr&#233; tout ; l'&#233;difice s'&#233;croulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers moments, on regardait les ruines tomber sur d'autres ruines et on commentait le spectacle. Ensuite, on ramassait les gravats et on reb&#226;tissait &#224; l'identique. Le r&#234;ve s'effa&#231;ait au rythme des restaurations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du ciel ne restait que quelques pans vides et inutiles &#8212; le reste avait &#233;t&#233; vendu aux plus offrants, aux mieux disants plut&#244;t : c'&#233;tait l&#224; un investissement s&#251;r. Dans nos m&#233;moires, on entendait nos p&#232;res nous dire qu'ils avaient pr&#233;vu pour le ciel une autre mani&#232;re de l'occuper, une autre destination &#8212; mais si on voulait &#233;couter davantage, ce n'&#233;tait plus qu'une langue ancienne faite de mots si us&#233;s qu'ils s'effritaient quand on les portait &#224; nos oreilles, pareille aux langues mortes qui ne servent plus que pour des proverbes sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et par dessus tout, la longue suite de nos vies n'&#233;taient plus que des ann&#233;es enchain&#233;es aux ann&#233;es, et personne pour y prendre part, personne bient&#244;t pour en compter le nombre, rien qui ne se produisait pour rendre possible un bilan, d&#233;sirable une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avan&#231;ait dans le r&#234;ve de nos p&#232;res comme marche droit un somnambule. S&#251;r qu'en se r&#233;veillant, ce ne serait que pour tomber. Alors, on avan&#231;ait, sans un regard pour le vide au-dessous, au-dessus, les yeux bien ferm&#233;s dans l'espoir qu'autre chose vienne le remplacer. Ce n'&#233;tait que du noir sur du noir. On finirait peut-&#234;tre par prendre cela pour notre propre r&#234;ve, un jour. Ce jour, on le destinait sans le dire &#224; nos fils qui n'&#233;taient pas encore n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>anticipation #45 | Les maisons emp&#234;chent de voir la ville</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_anticipations</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_villes</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les maisons emp&#234;chent de voir la ville. C'est un vieux proverbe. Personne aujourd'hui pour s'en souvenir. Personne qui sache encore le sens de la phrase. Et personne non plus pour essayer de voir la ville, de ne trouver que des maisons, et de dire : les maisons emp&#234;chent de voir la ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r on sait encore les lieux, les chemins qui y m&#232;nent sont encore visibles. Bien s&#251;r, il y a dans les livres, des pages enti&#232;res sur ces villes, mais c'est justement celles qu'on passe rapidement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_reves-et-terreurs" rel="tag"&gt;_r&#234;ves et terreurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_villes" rel="tag"&gt;_villes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fiction" rel="tag"&gt;_Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton546.jpg?1294514169' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff546.jpg?1294514183&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les maisons emp&#234;chent de voir la ville&lt;/i&gt;. C'est un vieux proverbe. Personne aujourd'hui pour s'en souvenir. Personne qui sache encore le sens de la phrase. Et personne non plus pour essayer de voir la ville, de ne trouver que des maisons, et de dire : les maisons emp&#234;chent de voir la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r on sait encore les lieux, les chemins qui y m&#232;nent sont encore visibles. Bien s&#251;r, il y a dans les livres, des pages enti&#232;res sur ces villes, mais c'est justement celles qu'on passe rapidement pour arriver plus vite &#224; l'histoire. L'histoire quand elle vient ne parle pas de ces villes, encore moins des maisons. L'histoire quand elle se finit aura parl&#233; de tout sauf des villes et des maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proverbe, lui, est rest&#233; mais on ne l'utilise jamais. Il aurait pu se perdre, mais comme de vieilles ruines, on l'a conserv&#233;, dans certains livres sans histoire que personne ne lit plus. Le proverbe &#224; force de n'&#234;tre pas utilis&#233; a fait s'&#233;vanouir autour de lui l'intuition qui l'a fait na&#238;tre, la certitude qu'on partageait quand on disait, devant telle ou telle chose, avec aplomb, disant la v&#233;rit&#233; de ceux qui savent : les maisons emp&#234;chent de voir la ville. Et les maisons dont parle le proverbe sont d&#233;sormais moins que des ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, on tombe sur ce proverbe impossible, par hasard ou plus seulement par vanit&#233;, celle qui fait qu'on lit, ces soirs comme celui-l&#224;, les livres que personne ne lit plus. Comment croire &#224; ce proverbe ? Comment penser qu'il pouvait contenir en lui une v&#233;rit&#233; et son exp&#233;rience ? Qu'il pouvait fixer en lui cette v&#233;rit&#233;, cette exp&#233;rience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, on se saisit d'une feuille et on dessine tr&#232;s vite des maisons, les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres, les plus serr&#233;es possibles. Ensuite, en tenant la feuille &#224; bout de bras, en l'agitant un peu, en plissant les yeux, on essaie d'&#234;tre emp&#234;ch&#233; de voir la ville. La ville qui se tient derri&#232;re. La ville avec d'autres maisons, et d'autres rues. Une autre ville que les maisons interrompraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'on ne trouve pas le sommeil, on se rend sur les chemins pour trouver le lieu des villes, et on ne voit rien. Ce qui emp&#234;che qu'on voit la ville, ici, ce ne sont pas les maisons, mais leur absence bien s&#251;r. Lorsque je me retourne sur ma ville, je ne vois que des rues, et la ville est bien l&#224;, entre elles, fuyante, a&#233;r&#233;e, toute en transversalit&#233;, en hauteur (les immeubles ont pris la forme des rues, lisses, fuyantes elles aussi, a&#233;r&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impossible d'oublier cependant ce que disait le proverbe : quand bien m&#234;me on ignore toujours le sens de ce qu'il disait. Des maisons, j'en connais une &#8212; dans mes souvenirs, on passait souvent devant elle, avant que la mer ne la recouvre et l'emporte, peut-&#234;tre. Ce n'&#233;tait pas une maison, mais deux murs verticaux, &#224; nu. Entour&#233;e de sable, pos&#233;e l&#224; en plein vent, sur le bord d'une falaise. Ce n'&#233;tait pas une place pour une maison. &#199;a a toujours &#233;t&#233; pour moi la place d'une maison, la seule possible. Des inscriptions, aussi insens&#233;es que son lieu, la recouvraient, des signatures, des chiffres &#8212; tout cela qui essayait de la nommer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, quand je la revois mentalement, le reste autour se fond en elle. Toute possibilit&#233; de ville dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/PA316092_-_copie.jpg?1294514120' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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