Quand la nuit vient (un récit)

Personne ne pénètre ici, même avec le message d’un mort. –
Mais toi, tu es assis à ta fenêtre et tu rêves du message quand la nuit vient.
Franz Kafka, Un message impérial

Ah ! songer est indigne.
Arthur Rimbaud, Comédie de la soif

Première publication sur la revue en ligne Nerval.fr


Les textes

Il avait seulement laissé les clés sur la porte

Aux premières journées des soulèvements

Il n’avait pu voir que sa nuque

Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison

C’est une vieille histoire

Pour épuiser la fatigue

Le matin surtout, et en fin de journée

Son mur en était couvert

Quand on entrait, c’est la première chose qu’on voyait

Il pouvait difficilement s’en empêcher

Un soir, très tard

Mais vraiment au hasard

Il ne vieillissait pas

Plus qu’une allégorie, c’était une fatalité.

Un corps à demi mort se redressait

Le dimanche, à l’ouverture

Il traînait dans les rues.

La haine qu’il éprouvait à l’égard du froid était aussi une terreur.

Un peu avant midi, le glas sonnait.

Il les regardait avec tendresse.

il faudrait être ailleurs

Lui aussi participait à nos luttes, à sa manière.

C’était souvent qu’il regardait le ciel

la onzième arcane

Il pouvait se taire pendant des jours.

ce n’est pas le milieu de la nuit

il faisait parfois ce détour

la pièce est sombre

qu’on passe plus de temps absent

ce soir-là

veiller aussi tard que possible

l’instrument n’appartenait pas à son grand-père

autre chose le laissait sans protection

tant qu’il y avait la paix

il ne se l’expliquait pas

pourquoi le monde s’organise selon la loi de l’offre et de la demande

à la mort de Georges Orwell,

le passé est comme le malheur

Comme il vivait près d’une grande artère de cette ville,

qu’il y avait du vent

souvent il l’oubliait

le train était parti

on lui reprochait souvent sa lenteur

en rentrant de l’école, enfant, il pensait à Dieu

c’était tous les jours

pleine d’oiseaux mortes

lorsqu’il passait devant le fleuve

Il se souvenait des immortelles, enfant

rien de plus lointain que ces guerres

c’était souvent

L’ordre normal des choses depuis qu’il était enfant

aucune ruse pour en venir à bout

tous les jours, il prenait des nouvelles du monde

ici nous intervenons sur les arbres

c’est ce qu’il aimait le plus

les deux types étaient au fond de la rame

il passait devant parfois

il dormait nu

il n’en avait pas.

toujours c’est aux carnages qu’il pensait avant de s’endormir

arnaud maïsetti | carnets