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Jrnl | Comme peut se fermer une plaie qui n’est pas guérie
[26•04•03]
vendredi 3 avril 2026

Mon travail se clôt, comme peut se fermer une plaie qui n’est pas guérie.
Kafka, Journal (9 mai 1922)
J’ai vécu tant de fins du monde que celle-ci ne me détruira pas — phrase entendue et jetée à la hâte, et désormais je ne sais plus d’où, de qui, et c’est dans ces absences là aussi que les fins commencent. Dans la Cathédrale d’Albi, les dessins d’enfer tracées avec plus d’attention et de soin, à hauteur de regard, que les pauvres figures du paradis déposées là-haut pour se donner bonne conscience : ce que cela dit de ce monde, de l’autre, et de ce qui les déchire en nous.
Dans nos rêves, nous sommes parfaitement éveillés. Image de ce qui fait nos jours noirs, cernés d’ombres, dans quoi nous avançons.
Lisbonne à la nuit tombée, soir effondré sur le Tage dévorant la mer vers New York : on est parfois possédé d’image qui ne nous appartiennent pas, et qui sont l’envers exact des images qu’on possède (le vent cherchant dans le maquis un endroit à l’abri du vent) — et je me tiens, entre ces deux images, à bonne distance l’une de l’autre, et même : à égale distance. Ne suis-je pas aussi à égale distance de moi-même ?

