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Jrnl | Le reste est le temps
[26•04•08]
mercredi 8 avril 2026

Le calme du blanc. Le reste est le temps.
Marguerite Duras, La mer écrite
On pense à tort vivre en temps de catastrophe — c’est faux. Ce qui pèse lourd ici et partout, dans le monde comme en soi, c’est combien l’époque donne l’impression d’une catastrophe déjouée de peu, et toujours ce lâche soupir de soulagement qui fabrique au-dessus de ces jours l’air rance qu’on respire avec les volutes épaisses d’hydrocarbures brûlées. Dans ce cap au pire, le pire est toujours débordé, et toujours pourtant, on lui fait face : prodige des temps d’un capitalisme tardif. Soyez heureux, nous avons échappé au désastre — disent-ils. Le désastre, lui, continue de s’étendre de tout son long, grand cadavre joyeux qui n’a besoin ni de dead line ni de traité pour s’établir sur la terre comme au ciel, et entre chacun des vivants et des morts, racontant son histoire qui serait la somme de catastrophes évitées de peu, autant dire accomplies selon le plan.
Rêve de cette nuit : on me demande de faire l’éloge funèbre d’un poète bien vivant — l’idée étant d’en finir avec lui, et, chantant sa mort, de le terrasser pour de bon. Je résiste un peu. Après tout, je connais si mal cette œuvre (je n’en ai même jamais entendu parler). Je me lève pourtant, confiant qu’un coup de théâtre viendra me délivrer, et sauver la vie du malheureux poète, présent, là, au fond de la salle.
L’odeur des fleurs surgies du sol comme par effraction : emportée à grande eau de javel répandue sur les trottoirs ce matin.


