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Jrnl | Qu’on peut changer
[26•08•10]
lundi 10 août 2026

Moi qui n’aime rien tant
Que l’insatisfaction devant ce qu’on peut changer
Rien ne m’est plus haïssable
Que la colère devant l’immuableBrecht, « Moi qui n’aime rien tant » (Poème)
Une vieille édition des poèmes de Brecht fait office de matin. J’essaie de m’en saisir l’image à contre-jour comme je tâche intérieurement d’en approcher les forces à contretemps. (Je voudrais me souvenir aussi : est-ce cet exemplaire que j’ai emporté d’une vieille pile de livres entassés au fond de cette librairie sur le point de fermer et qui liquidait ses stocks ? Faire avec ces leçons politiques-là que nous laissent les métaphores vécues – mais j’invente peut-être.) Politique : voir clair entre le fatal et le devenir, le tragique et ce qui ne l’est pas — ce qu’on peut changer, puisqu’il le faut, et ce qui demeure : le ciel vide, les lignes d’une main, le chagrin des amours, les lois de la gravité où qu’elles soient. Politique plus encore : voir clair dans le jeu de ceux qui veulent faire passer pour fatal ce qui n’est qu’organisation patiente des rapports de force et les mécanismes concertés qui les agencent et naturalisent les violences : il y a tant d’autres plans possibles aux prises de vue qu’on nous inflige comme image du monde – et puis il y a ce qu’on voit du soleil quand on le regarde en face, et aveugle.
Humiliation : en quête dans le Littré du sens exact. Action par laquelle on est humilié (« Son humiliation ne saurait se décrire »). Mais humilié ? Qui a reçu mortification. Mais mortification ? En médecine : chairs mortes – puis (en cuisine) : action de garder la viande (celle du gibier) pour qu’elle devienne tendre et gagne du fumet ; puis (style) : action par laquelle on donne une sorte de mort au corps ou aux passions : l’âme délivrée par ses réflexions de la captivité des sens, et détachée de son corps par la mortification (Bossuet) – enfin : humiliation qu’on éprouve par quelques refus, mépris et réprimandes. Littré ajoute un dernier sens, « dans le style de la chaire » : accidents qui arrivent dans la vie. Ce sont des mortifications que Dieu nous envoie.
Le jeu des ombres avec la terre : celui du silence dans nos rêves ; des insectes à l’aube quand Brecht tente de dire quelque chose de si précis qu’il donne raison au moustique tournant autour de sa proie et prêt à me dévorer.
