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Jrnl | Si tu écoutes l’époque

[25•10•16]

jeudi 16 octobre 2025


Si tu écoutes « l’époque », tu apprendras qu’elle te dit à voix basse,
non pas de parler en son nom, mais de te taire en son nom.

Maurice Blanchot, L’Écriture du désastre

Devant l’échec, il n’y a souvent qu’une réponse : y répondre en intensifiant ce qui a produit l’échec. C’est imparable : une difficulté surgit, qui semble insurmontable — écrire cette page, bâtir un gouvernement, vivre —, on l’affronte malgré tout, malgré soi, on échoue évidemment ; on l’affronte encore, et pour cela (c’est là la beauté), on répète ce qui avait échoué une première fois, mais avec plus de vigueur encore, dans la conviction inébranlable qu’il suffira d’échouer davantage pour ne pas échouer. L’ultrasolution ainsi nommée par Watzlawick a ceci pour elle que l’échec ne se contente pas d’échouer, il réussit continuellement à le faire. Elle requiert une patience de tous les diables, une ferveur : l’amateur renonce dès le premier échec, parfois même il trouve une solution ; mais nous autres, opiniâtres, n’abandonnerons jamais avant que l’échec soit si total qu’il nous survive. Nous en sommes là : la page de l’ordinateur noircie d’encre, si seulement j’écrivais à l’encre, et qui me dévisage : pas un mot ne parvient à rester droit, et tous m’échappent ; la vie et son effondrement ; les gouvernements indignes se succèdent.

Ce qui afflige : on ne parvient plus à caricaturer le monde, les tyrans et le réel, tant ils sont tous leur propre caricature et au-delà — comment avoir prise sur ce qui ne peut être défiguré ?

L’homme au téléphone dans la rue, qui hurle (je l’entends de l’autre côté du rond-point) : « Non, mais, le silence, c’est bien aussi ! »