arnaud maïsetti | carnets

Accueil > JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog) > Tombant du haut du ciel

Tombant du haut du ciel

[Jrnl • 14·11·22]

lundi 14 novembre 2022


L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. — Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

Rimbaud, Les Ponts

Le long des plages, hier, courir tandis que la nuit tombe lève d’étranges pensées, et dans la fatigue du jour et du corps, ne plus savoir ce qui relève de l’un ou de l’autre, se confondre dans le même mouvement de la foulée plongeant au fond des choses, des vagues vaguement balancées dans l’air de l’époque, des couleurs qui s’effondrent mais où, de ce qui cède dans le souffle, de faire avancer la terre un pas après l’autre en la faisant rouler derrière soi et pourtant, toujours la retrouver comme cette latéralité jamais conquise, et dans les buissons qui tapissent les bords des mer là-bas, entendre un homme rire, seul, assis en tailleurs sur son matelas, et le voir soudain, intercepter son regard, le voir se figer, et l’homme, constatant sa solitude brisée et qu’il n’était que seul, de se mettre à pleurer, lentement.

Peut-être est-ce d’avoir pensé, tout le jour, au sort à faire au ciel de ce lundi : j’ai longuement médité sur tous les cieux aperçus, ai voulu en faire un compte intérieur, sorte de récit des terres parcourus par la force de ces nuages (ciels bigarrés de Touraine ; épars du Béarn ; nus et solide de Corse ; profond jusqu’à l’espace au Chili ; lourd et épais du Cambodge ; effilé de Nouvelle-Zélande…) : quelle morale de cette fable du temps passé par le temps qu’il faisait, tous ces jours ensemble sur moi ?

J’écris ces notes dans le café tandis qu’un couple tout près de moi se sépare, lentement, presque sans mot et dans la plus grande douceur : lui dit qu’il regrette tout, et que si c’était à refaire, il referait tout différemment ; elle, elle ne dit rien, elle répète doucement, comme pour elle-même, si tu savais, si tu savais.