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William Blake | « Mon Rosier joli / Ah ! Tournesol / Le Lys »

Une fleur me fut offerte

lundi 9 février 2026


Traduction personnelle des Chants d’innocence et d’expérience
— ici le sommaire des poèmes
— là les carnets de la traduction


Ce qui se joue du désir et de ses détours. Trois poèmes pour trois déplacements successifs : refuser (et brutalement faire face à ce qui se refuse), attendre (avant de mieux se confier ailleurs), s’exposer (à la vie qui toujours sait être violente). Trois manières de s’éloigner du désir à force de vouloir le préserver, de le tuer de l’avoir gardé trop près. D’un poème l’autre, posés l’un en dessous de l’autre et qui s’engendrent l’un de l’autre et se contaminent, quelque chose se donne et se perd, se durcit, puis se fige. Il apparaît alors moins une consolation qu’une inquiétude plus profonde : le désir ne peut vivre qu’indomptable, autant dire, inapprochable.


MY PRETTY ROSE-TREE

MON ROSIER JOLI

A flower was offerd to me :
Such a flower as May never bore.
But I said I’ve a Pretty Rose-tree,
And I passed the sweet flower o’er.

Une fleur me fut offerte —
telle que Mai, jamais, n’en a porté, ni ne saurait.
Mais je dis : moi, j’ai mon rosier joli,
et laissai choir la fleur, la douce.

Then I went to my Pretty Rose-tree :
To tend her by day and by night.
But my Rose turnd away with jealousy :
And her thorns were my only delight.

Puis m’en retournai vers mon Rosier, joli,
pour le garder mien, et le tenir, et le jour et la nuit.
Mais Rose se détourna de moi, jalouse,
et ses épines devinrent mon unique joie.

AH ! SUN-FLOWER

Ah ! TOURNESOL

Ah Sun-flower ! weary of time,
Who countest the steps of the Sun :
Secking after that sweet golden clime,
Where the travellers journey is done.

Ah ! Tournesol, lassé du temps,
toi qui comptes les pas du soleil :
à la poursuite de ce doux pays d’or,
où le voyage des voyageurs s’achève.

Where the Youth pined away with desire,
And the pale Virgin shrouded in snow :
Arise from their graves and aspire,
Where my Sun-flower wishes to go.

Là où la jeunesse est morte d’avoir désiré,
et la Vierge pâle, linceulée sous la neige :
levez-vous de vos tombes, et désirez encore,
Où mon tournesol désire aller.

THE LILLY

LE LYS

The modest Rose puts forth a thorn :
The humble Sheep, a threatning horn :
While the Lilly white, shall in Love delight,
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.

La rose, pudique, avance une épine ;
Le mouton, humble, menace de sa corne :
tandis que le lys blanc trouvera sa joie dans l’amour,
ni épine ni menace pour sa beauté sans ombre.

Arnaud Maïsetti