rien de plus
Journal • 20.12.21
20 décembre 2021



L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie.

Marguerite Duras, Écrire

L’année finit toujours fatalement par ressembler à cela : ce qui tient de l’attente, mais comme de quelque chose qui est déjà passé — aux terminaisons des branches, le tremblement du vent, la possibilité de toucher le ciel, quelque chose qui tendrait vers ce qu’on ignore, qu’on pourrait rejoindre et qui n’est que du vent, son tremblement, mais l’arbre est là, la preuve, on est sous lui, il passera l’hiver, lui ; ces images de la fin qui viennent seules ne disent pas la fin, seulement ce qui lui précèdent, la fin, elle, l’arrivera que lorsqu’on ne sera pas là.

Vider les rangées de livres qui ne servent plus, c’est la tâche rituelle maintenant dans décembre, ces jours : les regards perdus vers la Wendake pourtant, je sais qu’ils resteront ; les remplacer par d’autres malgré tout pour les chantiers à venir qui ressemblerait à une ville, mais en pire — depuis quelque temps, la phrase, sournoise et vive accrochée à soi comme la fatigue le matin : il faut se dépêcher.

Les rêves des nuits passées ont ceci d’étrange qu’ils se poursuivent, éveil après éveil, mais reprennent à d’autres moments, opérant des sauts qui sont autant d’ellipses — c’est comme si le rêve avait continué sans moi, n’attendant pas mes insomnies pour aller de son rythme de rêve émancipé de moi, et je le rejoins, tâchant de deviner ce que j’ai manqué (tels corps ont disparu, tel fil de l’intrigue dénouée, d’autres encore en suspens), et je me dis : c’est aussi de cela que manque cette vie : ces ellipses intempestives qui nous jetteraient dehors, puis dedans, au lieu de cette obstinée continuité des minutes en nous.


arnaud maïsetti - 20 décembre 2021

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