La Ville écrite | ciel
Ici bas
22 janvier 2022



Quand le ciel avait commencé à nous manquer (sans qu’on sache ce qui nous manquait dans le ciel), qu’on éprouvait insensiblement la nostalgie de quelque chose qu’on ignorait — on se souvenait qu’autrefois nos semblables le regardaient en tendant les bras vers lui (mais où ?) et en dansant (mais quoi ?), jetant vers lui les paroles transmises sans défaut depuis l’enfance et perdues on ne sait comment, par maladresse ou sans raison —, il ne restait plus que ce mot, ce mot et rien d’autre, un mot qui ne désignait plus rien de connu ici bas et certains prétendaient que cette chose n’avait même jamais existé, à peine dans les livres, à peine dans nos rêves : certains d’entre nous pourtant s’étaient mis à sa recherche qui pour cela l’appelaient ou l’écrivaient au hasard à même la ville, pensant qu’ainsi il se manifesterait : comme les sourciers tendent leurs baguettes pour voir sourdre l’eau, le mot de ciel sur toutes les choses possibles cherchant à le désigner servaient au moins de mémoire, et d’appel pour de futurs souvenirs à oublier.


arnaud maïsetti - 22 janvier 2022

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