aucune succursale
7 juillet 2010




Descendre la rue mille fois, et ne jamais lever les yeux sur les façades qui sont plus qu’un décor, l’élément dans lequel on évolue, un prolongement de ses pas — et la mille et unième fois (coup de vent plus féroce, soleil plus brutal, seconde d’inattention) apercevoir le panneau peint au-dessus de la porte.

D’époque sans doute (de quelle époque ?), et il y a ce mot étrange mais bien à sa place, témoin de l’ancienne fonction de ce lieu —

(su-kur-sa-l’) adj. f.

Église succursale, église qui supplée à l’insuffisance de l’église paroissiale. Substantivement. Une succursale. Par extension, établissement dépendant d’un autre et créé pour le même objet.

Sans doute, il y aurait des gens qui défendraient la beauté historique passée du panneau (et le mot surannée ?) : insulte de l’histoire qui ne porte plus peut-être parce que l’histoire est elle aussi passée, et qu’elle ne reviendra pas.

Sous l’affiche, il pourrait y avoir d’autres expressions mortes, N’habite pas à l’adresse indiquée, Poste restante  : mais il n’y a rien ; seulement un restaurant.

Ici aussi, l’histoire est passée, elle a laissé une trace aussi ridicule que féroce. Maintenant, quand je reviendrai, je ne manquerai plus de lever les yeux — aucune succursale, donc : plus aucune.

arnaud maïsetti - 7 juillet 2010

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