les caves-aux-fièvres
27 juillet 2010



Dans cette campagne, on peut voir le ciel, la nuit, entre Tours et Chinon : là où la Loire et la Vienne se rejoignent au pied de l’église de Candes, il y a cette route qu’on descend à vélo, vite, on sent la route aller, sans frayeur, aucune voiture jamais, et des virages pour voir loin —

Sur le côté, recouverts en partie et en partie seulement par les herbes hautes, ces sortes de grotte qu’on ne voit bien que si on met pied à terre ; on s’y faufile entre les serpents et les ronces ; tout de suite on sent le souffle frais d’un air qui vient d’en-dessous ; on avance —

La grotte est un trou de la roche, assez grand pour laisser passer un homme, à condition que cet homme se tienne courbé, et accepte d’écorcher ses pieds et ses mains pour entrer —

L’air est presque froid ; de l’autre côté de la pierre, à deux mètres à peine, c’est plus de trente degrés ; l’air est ici toute l’année aussi sec. Sur les parois, on pourrait deviner à l’aménagement lisse en certains endroits, une occupation humaine, des installations lointaines et provisoires —

On se trompe — ici, parois nus, noir total, silence froid ; manque le principal : sur les murs, des trous faits de mains d’homme, des énormes supports pour chaînes en métal rouillé.

Les caves-aux-fièvres, c’est là où on l’on enfermait les lépreux, les pestiférés, les malades qui venaient ici guérir — mourir plutôt — en limitant les risques de contagion. On se tient là, endroit du monde aussi reculé que possible.

Dans le noir, si l’œil s’est peu à peu habitué à l’obscurité, on a du mal pourtant, même à se forçant, à imaginer les cris, les solitudes, l’odeur — on a seulement plus froid, et on cherche la sortie.

arnaud maïsetti - 27 juillet 2010

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