La Ville écrite | non aux sa
tant de raisons de récuser le monde
6 mars 2022



Il y avait alors tant de raisons de dire non : de récuser ce qui dans le monde le constituait comme cette chose immense et abjecte que chaque jour nous subissions et nous nous jetions sur ces raisons : il y avait ceci et cela, mais puisqu’il y avait ceci et cela en même temps, nous nous opposions sur ce qu’il fallait d’abord récuser ou sur ce qu’il fallait récuser stratégiquement afin que tout soit récusé ensuite, comme fatalement, et l’échafaud tactique consistait à chercher la logique par quoi l’ensemble serait mis à terre, les principes subordonnées s’affrontaient aux logiques coordonnées — pendant ce temps, les raisons du monde qui le rendaient insupportables continuaient de se répandre, c’étaient même ces raisons qui faisaient qu’il persistait dans son être et tout à la fois le rendait intouchables, d’autres raisons venaient même s’ajouter chaque soir de chaque jour, décidément : il fallait peut-être le récuser entièrement et nous avec lui, par-dessus le marché : ou trouver un non suffisamment sonore et fou pour entraîner avec lui la chute de la raison même, oui, c’était cela qu’il fallait, et qu’il n’y ait pas de raison de s’opposer à ce qui rendait le non terrible et vengeur enfin : car ce n’était plus la peine de penser raisonnablement les raisons de ce non, et un mot inachevé, arraché par le temps et l’oubli ou déchiré par la négligence pouvait bien faire l’affaire : d’ailleurs, il le faisait ; restait à ramasser ce mot et à trouver sa traduction dans nos gestes ; le plus dur commençait.


arnaud maïsetti - 6 mars 2022

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