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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Bernard-Marie Kolt&#232;s | 15 avril, et peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233; </title>
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		<dc:date>2023-04-15T12:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d'un quinze avril l'autre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1707.jpg?1460729213' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;image : sur la pierre, seulement le nom, et les dates &lt;br&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s (9 avril 1948 - 15 avril 1989)
&lt;br&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;dans le bruissement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation &lt;br&gt;et dans les explosions du cosmos qui empliront peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du samedi 15 avril 2023&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes trente quatre ans apr&#232;s le 15 avril 1989. Hier, 14 avril, mourait Jean Genet. Chaque jour le calendrier scande l'&#233;l&#233;gie inconsolable et rappelle la dette qui ne sera jamais pay&#233;e &#224; l'&#233;gard de ce nous sommes, de ce &#224; quoi nous sommes li&#233;s malgr&#233; nous &#8212; non, pas la mort, mais ce qui la suit, qui est notre vie. Nous sommes toujours &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, autant que nous sommes &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;devant&lt;/i&gt; : nous ne sommes au pr&#233;sent que lorsque, relisant telles ou telles phrases, le monde s'ouvre brutalement, le vent passe, on croit entendre une voix, une ombre l&#224;-bas se dessine, s'efface, on ferme le livre ; la mort est une croyance de plus qu'il faut traverser pour en faire ce qui rend la vie plus terrible encore qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; P.-S. Je viens d'assister &#224; la f&#234;te des morts. Une grande f&#234;te dans le village. Le cimeti&#232;re &#233;tait transform&#233; en kermesse ; un orchestre y &#233;tait install&#233; et tout le monde a dans&#233; toute la journ&#233;e. Les gars, arm&#233;s de b&#234;ches, creusent les vieilles tombes pour en sortir les ossements, pour qu'ils participent &#224; la f&#234;te. Tant d'irrespect et tant de tendresse, surtout, font plaisir &#224; voir. Je crois que si tu avais v&#233;cu avec un tel rapport envers les morts, tu n'aurais plus de crainte. J'ai pens&#233;, pour ma part, que j'aimerais &#234;tre enterr&#233; dans un lieu comme cela, loin de la froideur, des larmes et du sinistre des cimeti&#232;res occidentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Pedro de la Laguna, Guatemala, lettre &#224; sa m&#232;re, 1er novembre 1978&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du vendredi 15 avril 2022&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas repass&#233; devant la pierre depuis plusieurs ann&#233;es, je ne sais si l'inscription s'efface, se confond avec les dates et davantage devient de la pierre, je sais cependant combien la ville contre quoi est pos&#233;e la pierre change, se confond avec autre chose que de la pierre qui est l'envers de la pierre et des arbres, ce qui leur fait violence, ou d&#233;faut, je sais que le temps se couvre, que l'air mauvais donne aux ombres le midi l'allure qu'ils ont le soir sans rien de d&#233;sirable ou de troublant, et ces pens&#233;es &#8212; celle des inscriptions enfonc&#233;es dans la pierre et celle de l'air du temps, &#226;cre et pesant &#8212; se m&#234;lent &#233;trangement quand il faut trouver les forces, qu'il faut se dire que demain arrivera bien, qu'hier a eu lieu pour cela : et qu'on doute que quelque chose puisse advenir de tout cela sans nous &#233;craser, et sans rendre vain brutalement ce qui a autrefois eu lieu de f&#233;rocement indocile, d'intraitablement doux, puisant dans la beaut&#233; m&#234;me les raisons d'en finir avec ce monde pour mieux recommencer d'autres mani&#232;res de vivre : on doute, oui, mais on se souvient, on se redit pour soi les phrases, on invente les ombres sur le sol et comme elle dansait avec les fureurs qui mena&#231;aient d&#233;j&#224;, les domptaient. On se dit que le pass&#233; saura bien venger notre pr&#233;sent et on regarde la pierre devenir de la pierre : en passant le doigt sur elle, on recompose les dates et le nom afin qu'ils s'enfoncent en retour aux terminaisons de notre corps et on retourne dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 15 avril 2021&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le jour avait fini par se lever, ce matin, sur les pens&#233;es que le jour &#233;tait tomb&#233;, autrefois, un autre quinze avril. On ne fait rien avec ces pens&#233;es. On les abandonne avec la nuit, les r&#234;ves bizarres et tenaces ; on se l&#232;ve, on ouvre quelques livres qu'on parcourt au hasard (non), et les mots l&#232;vent des pr&#233;sences confuses et sereines, qui tiennent &#224; distance la consolation et la solitude. Il y a ce qui perce derri&#232;re l'absence, le deuil de l'homme qu'on n'a pas connu, la force que donnent des livres pour vivre ; et si le ciel est voil&#233;, il y a du vent que le vent emporte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; &#171; Des fleuves de goudron et de sueur m&#234;l&#233;s jaillissaient de la racine des cheveux ; ils s'engouffraient dans les lits du visage, remplissaient le creux des aisselles, inondaient le corps jusqu'aux pieds, et doublaient la peau d'une odeur qui ronge.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ombre et le trou profond de la fosse le soustrayaient au monde &#224; l'heure de la faim. (Avoir connu le d&#233;sir de la rue pour son oisivet&#233;, et les assouvissements dans l'air libre, s'arracher &#224; cela, plonger dans l'ombre et le trou profond de la fosse, &#224; l'heure de la faim qui fuit !)&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque part tra&#238;nait encore l'empreinte d'un ver gigantesque, comme une montagne couch&#233;e, d&#233;sarticul&#233;e, passant au-dessus de lui au rythme lent de la mort. Cela s'&#233;tait oubli&#233;, &#224; la vitesse du soleil qui se l&#232;ve sur un jour inoccup&#233;. Il n'en restait qu'une tache &#8211; goudron et sueur m&#234;l&#233;s, et l'&#226;cre odeur qui ronge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Fuite &#224; cheval tr&#232;s loin dans la ville&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/Small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2020&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je n'irai pas sur la tombe de Bernard-Marie Kolt&#232;s aujourd'hui. Sous la terre, rien ne changera &#224; la solitude ; d'ailleurs, rien ne peut changer la solitude, sous la terre. Seulement, alors que les rues sont vides, cette pens&#233;e vient ce jour, comme chaque 15 avril qu'elles le sont davantage depuis 31 ans. Alors je relis certaines lettres, comme celles &#233;crites de New York (ravag&#233; ces jours, par la maladie &#8212; New York vide comme un cimeti&#232;re), en juin 1981. Tout pr&#232;s de l'Hudson River, il aimait aller dans ce bar, le Peter Rabbit : &#224; Dieu, c'est ce lieu que Kolt&#232;s aurait d&#233;crit pour y passer l'&#233;ternit&#233;. Le bar existe-t-il encore ? Est-ce qu'on y passe le m&#234;me reggae jusqu'&#224; la fin des temps ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#192; Madeleine&lt;br class='autobr' /&gt;
carte postale de New York, juin 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite ch&#233;rie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon nouveau tee-shirt noir et le rose sont en train de s&#233;cher, j'esp&#232;re que j'arriverai &#224; les repasser. Quand ils seront secs, j'irai m'allonger au soleil &#224; Central Park, sans id&#233;es noires et plein d'id&#233;es noires. Puis je descendrai Broadway pour aller &#224; mon bar pr&#233;f&#233;r&#233;, Peter Rabbit, un lieu que j'aime plus que mon lit, que le ventre de ma m&#232;re, o&#249; il me pousse des racines sous les pieds, un lieu que le bon dieu me dirait &#224; ma mort : connard, dessine exactement comment tu veux que &#231;a soit pour pas te faire chier l'&#233;ternit&#233;, je dessinerais exactement Peter Rabbit, encore que &#231;a ait plut&#244;t les couleurs de l'enfer. Il y a toujours une magnifique femme qui fait des vocalises blues sur la musique, je la regarde la bouche ouverte et apr&#232;s elle me fait un clin d'&#339;il qui me fait tomber de la chaise. C'est sur les quais de l'Hudson, et apr&#232;s, ivre de Coca, de whisky, de sourires, d'images de romans de Jack London, je vais au bord de l'eau, les docks &#224; droite les docks &#224; gauche, personne n'assassine personne, les &#171; les bars de voyous sont d'une douceur &#224; faire trembler, je tremble. Je te promets que la prochaine sera une vraie lettre o&#249; je te raconterai. Je suis en train de cr&#233;er &#224; l'int&#233;rieur de moi des besoins et des accoutumances qu'il me sera &#171; difficile de satisfaire ailleurs. Peut-&#234;tre suis-je n&#233; pour habiter une chambre au-dessus de Peter Rabbit, dans l'extr&#234;me West Side de Manhattan, New York, USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je t'aime, &#224; bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#224; ses proches, Kolt&#232;s s'inventait des noms, signait ainsi parfois Manu, ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2019&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On est trente ans apr&#232;s. Presque une vie d'homme : une vie d'homme et de femme, presque, avec ses amours et ses peines, ses amours d&#233;finitives et perdues, ses &#233;checs et ses r&#233;ussites qui font hausser les &#233;paules sur ce que veut dire r&#233;ussir, et &#233;chouer : toute une vie d&#233;j&#224;, avec les cicatrices sur la jambe et sur la peau d&#233;j&#224; les marques au bord des yeux, les le&#231;ons apprises et perdues, le corps sur son corps qui porte d&#233;j&#224; la beaut&#233; de ce qui a eu lieu au nom de ce qui va avoir lieu. On est trente ans apr&#232;s la mort, et de ce c&#244;t&#233; de l'histoire o&#249; on pourrait se dire appartenir au m&#234;me monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Metz il y a quelques jours, je marchais au hasard. Dans cette &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt; ville de Metz qui est un &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt;, il faisait presque beau. La vie pouvait &#234;tre possible, ici, &#224; travers les vitraux de Chagall et la couleur de la pierre, les reflets de la Moselle et de la Seille. Je marchais, c'&#233;tait le hasard. On m'avait pourtant racont&#233;, la veille, cette histoire : que certains d&#233;fenseur de la M&#233;moire de l'Auteur avait demand&#233; &#224; la ville qu'on nomme une rue &#224; son nom, si ce n'est un boulevard, une avenue. Un adjoint influent avait eu cette r&#233;ponse : &#171; on fera mieux que cela ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers le nord, justement en franchissant la Moselle, et je ne sais pas si on est sur une &#238;le, ou sur un bras mort. D&#233;sormais, quand on marche dans Metz, dans ce fragment vert que la Moselle encercle, on tombe ainsi par hasard sur ce jardin. Un arbre y est plant&#233; au milieu, et c'est peut-&#234;tre l'arbre de la Nuit Triste de Mann, ou le rejeton de cette plante b&#226;tarde et inconnue que regarde infiniment pousser la Cocotte dans la terre f&#233;cond&#233;e par la pluie charg&#233;e des cendres de N&#233;cata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le jardin &#171; Bernard-Marie Kolt&#232;s &#187;, trente ans apr&#232;s sa mort, sur lequel on peut s'allonger &#224; la recherche de l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6952.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6952.jpg?1555331260' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2018&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On est donc vingt-neuf ans apr&#232;s le 15 avril o&#249; quarante-et-un ans devinrent pour toujours l'&#226;ge d'une vie, et soixante-dix ans apr&#232;s le premier cri : toutes ces dates donnent le vertige, et ne disent finalement rien de ce dont pourrait t&#233;moigner une vie &#8211; la vie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; On entend des sir&#232;nes de bateaux sur le fleuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tony s'approche lentement de la porti&#232;re ouverte ; s'appuie &#224; celle-ci, regarde E.E. avec un petit sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
E.E. a des larmes dans les yeux ; il est couvert de sueur.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
E.E. &#8211; Ils sont tous morts. Bruce Lee est mort ; Bob Marley est mort. Qu'est-ce qu'on fout l&#224; ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, Nickel Stuff&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;note du 15 avril 2016&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;(27 ans plus tard, c'est presque une vie)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Note du 15 avril 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;C'est pourquoi ne voulant parler d'Ali, je ne parlerai donc plus de rien, laissant la parole aux chroniqueurs des apparences et de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, sachant de toute &#233;vidence que ce Mann, et toute cette population de Babylone, et moi-m&#234;me, et vous bien s&#251;r, serons autant de fois oubli&#233;s que l'on nous a connus, davantage peut-&#234;tre m&#234;me, oubli&#233;s au point que notre souvenir &#224; nous ne sera plus nulle part, ni m&#234;me sur un bout de pav&#233; battu par la pluie, ni m&#234;me sur un bout de papier port&#233; par le vent ; tandis que celui d'Ali existe dans le battement du bongo et dans celui du c&#339;ur de l'homme, dans le claquement des feuilles contre les branches, dans le bruissement des vagues sur les falaises, dans le silence glacial du vide avant la cr&#233;ation et dans les explosions du cosmos qui empliront peut-&#234;tre l'&#233;ternit&#233; . &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Prologue, &lt;i&gt;fin du roman inachev&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; ses proches, Kolt&#232;s s'inventait des noms, signait ainsi parfois Manu, ou seulement M.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;Nickel Stuff&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Didier Da Silva | Sept hypoth&#232;ses du deuil</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Didier Da Silva</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_essai critique</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_deuil</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Didier Da Silva, &lt;i&gt;La Mort de Masao&lt;/i&gt;, Marest &#233;diteur, 2021&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/litteratures/" rel="directory"&gt;litt&#233;ratures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_didier-da-silva" rel="tag"&gt;_Didier Da Silva&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2680.jpg?1622056409' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;br&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marestediteur.com/produit/roman-la-mort-de-masao/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Mort de Masao&lt;/i&gt;,&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
Didier Da Silva, &lt;br&gt;
Marest &#233;diteur, 2021&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Masao meurt, mais Masao n'est pas mort : le pivot sur quoi bascule et tient le r&#233;cit est une sorte de th&#233;or&#232;me comme savent les produire les sciences fondamentales &#8212; dont j'ignore tout &#224; fait les lois, autant dire que je les accepte toutes. Ainsi du roman, de tout roman, de celui-ci radicalement : architecture complexe qui &lt;i&gt;repose&lt;/i&gt; sur la simplicit&#233; d'apparence. D'apparence. Ce qui est vivant dans Masao n'est pas tout &#224; fait Masao : plut&#244;t une trace &#233;chapp&#233;e de lui. Le corps, lui, est l&#224;, et bien l&#224;, mortellement accroch&#233; &#224; sa corde, elle-m&#234;me solidement arrim&#233;e &#224; son cou. Non, Masao n'est pas pour autant vivant. Seulement, c'est lui qu'on suivra, &#224; travers ses &lt;i&gt;yeux&lt;/i&gt; qu'on verra le monde, par ses souvenirs qu'on percevra le d&#233;sormais de toutes choses. Il y aurait comme une le&#231;on que porte tout r&#233;cit, qu'on pourrait nommer l'irr&#233;m&#233;diable, ou l'&#233;crit, qui dit aussi la stricte fonction de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#201;crire, c'est ne plus mettre au futur la mort d&#233;j&#224; pass&#233;e, mais accepter de la subir sans la rendre pr&#233;sente et sans se rendre pr&#233;sent &#224; elle, savoir qu'elle a eu lieu, bien qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e, et la reconna&#238;tre dans l'oubli qu'elle laisse, et dont les traces qui s'effacent appellent &#224; s'excepter de l'ordre cosmique, l&#224; o&#249; le d&#233;sastre rend le r&#233;el impossible et le d&#233;sir ind&#233;sirable.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Blanchot, L'&#201;criture du d&#233;sastre.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Donc Masao meurt, mais Masao s'observe. Son fant&#244;me plane au-dessus de lui, et d&#233;j&#224; les phrases pi&#232;gent, ou se trament dans l'approximatif. R&#233;cit qui se tramera &lt;i&gt;pr&#233;cis&#233;ment&lt;/i&gt; dans l'approximation, qui cernera l'impossible &#224; dire, &#224; penser. Est-ce &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; fant&#244;me ? Est-il au-dessus de &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt; ? Plut&#244;t est-ce un corps &#233;tranger qui, sous lui, demeure, tandis que Masao fant&#244;me na&#238;t, litt&#233;ralement et &#224; lui-m&#234;me. C'est l'autre coup de force du r&#233;cit : les lois de ce monde neuf, celui de la vie dans la mort (plut&#244;t qu'apr&#232;s elle ?), Masao les d&#233;couvre en les &#233;prouvant, et comme &lt;i&gt;devant nous&lt;/i&gt;. Beaut&#233; humble du r&#233;cit d'&#233;tablir de telles lois, d'&#233;vidence, dont chacune poss&#232;de la gr&#226;ce du fragile et la force de l'implacable. Ainsi tout fant&#244;me est-il invisible aux &lt;i&gt;yeux&lt;/i&gt; d'un autre, hors les quelques minutes o&#249; le soleil se couche. D&#232;s lors tout appara&#238;t, spectres lass&#233;s, ombres errantes, ectoplasmes curieux : des conversations se nouent qui s'&#233;vanouissent sit&#244;t bascul&#233; le soleil de l'autre c&#244;t&#233;. Dans ces lois, toute ce que le fantastique nous aura l&#233;gu&#233; d'essentiel : le monde est une hypoth&#232;se, la litt&#233;rature est le savoir qui le met &#224; l'&#233;preuve ; ou l'&#233;preuve des savoirs possibles &#8212; en tout irr&#233;futables. Personne ne saurait dire que le r&#233;cit n'est pas arrach&#233; &#224; la vie m&#234;me : personne pour le croire cependant. Mais puisqu'il ne s'agit ni de vie &lt;i&gt;v&#233;ritable&lt;/i&gt;, ni de croyance, peut-&#234;tre est-il question d'interpr&#233;tation pos&#233;e sur le r&#233;el, ou comme on interpr&#232;te une partition au piano. Pour voir. Pour entendre. Par exemple, une fugue.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Savoir.&lt;br&gt; Autre savoir ici. &lt;br&gt;Pas savoir pour renseignements. &lt;br&gt;Savoir pour devenir musicienne de la v&#233;rit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Michaux, L'espace aux ombres, &#171; Face aux verrous &#187;&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Resterait &#224; &#171; non-savoir &#187; quelle v&#233;rit&#233; est interrog&#233;e ici, et vers quelle &#233;preuve elle entra&#238;ne. C'est l'hypoth&#232;se, elle aussi paradoxale s'agissant d'un r&#233;cit de fant&#244;me, qu'on dirait r&#233;aliste. R&#233;cit qui joue d'une approche attentive, soign&#233;e au moindre d&#233;tail, d'un r&#233;el avec lequel on ferait le point sans cesse, dans les distances et les sensations. Car une des lois de ce monde neuf de la mort, c'est qu'il autorise son fant&#244;me &#224; s'incorporer dans telle ou telle mati&#232;re, corps, objet inerte, pierre, objet, nuage. Ainsi re&#231;oit-il non seulement les pens&#233;es de ces h&#244;tes humains, amis, proches et famille, mais aussi &#233;prouve-t-il la sensation d'une pantoufle, le moelleux d'une pelouse, d'un marais. &#192; la douleur des siens r&#233;pond, comme par &#233;cho fraternel et renvers&#233; l'indiff&#233;rence du monde. Masao joue l'un avec l'autre, comme un musicien &#8212; parmi la chair m&#234;me du monde qu'il &#233;prouve dans sa totalit&#233;, mais par fragments. R&#233;cits compos&#233; de micro-d&#233;tails qui nomment notre pr&#233;sent, autant que d'&#233;motions plus grandes et insondables, &#233;videmment impossibles &#224; dire : le deuil, la perte &#8212; que le r&#233;cit n'approche que par ces d&#233;tours, ces &#233;chapp&#233;es belles, et ces denses pages de silence qui hantent le r&#233;cit, et dans quoi le r&#233;cit s'enveloppe.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;26 nov 77. M'effraie absolument le caract&#232;re discontinu du deuil. Litt&#233;rature qui s'essaie &#224; cette dur&#233;e v&#233;cue non comme ligne de r&#233;cit, mais comme exp&#233;riences sans cesse violentes de la vie v&#233;cue depuis la mort. Et ce mot absolument pos&#233; ici : en entendre sa vraie valeur, son sens pur &#8212; absolument : qui est coup&#233;, qui est s&#233;par&#233;, qui est d&#233;li&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barthes, Journal de deuil.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;cit n'habite nullement le chagrin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 31 juillet 78. Je ne souhaite rien d'autre que d'habiter mon chagrin &#187;, idem.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plut&#244;t se d&#233;ploie-t-il dans une tristesse, sereine, inconsolable et lointaine. Pas de regret ; le geste m&#234;me n'est jamais expliqu&#233; : il s'&#233;tablit dans l'il y a fatal, voil&#224; tout. Le regard se pose sur chaque instant comme pour assister &#224; son &#233;closion, et c'est un autre miracle du texte, qui est peut-&#234;tre celui de toute litt&#233;rature : qu'un monde naisse sit&#244;t qu'on le nomme, et disparaisse dans l'instant en demeurant dans la m&#233;moire comme l'assise sur quoi se fonde chaque page.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;J'ai vu les morts mourir une seconde fois couch&#233;s sur la mer/ J'ai vu les morts inventer les ponts/ Si tu passais je te suivrais/ Toujours il y a/ entre deux feux entre deux b&#251;chers un empire d'orage ou de dalles une ivresse de venin &#224; boire dans la fiole des poissons des hirondelles/ Si tu passais je serais le dessein de tes pas l'ent&#234;tement myst&#233;rieux du fil et je mettrais le temps qu'il faudrait pour fixer ton visage/ Les jours se comptent sur le bout des voix tues/ Puis tout est noir J'ai vu les morts respirer avec nos poumons et la mer dessous perp&#233;tuer leur souffle tandis que tu &#233;chafaudais pour chaque antenne un &#233;cran pulv&#233;ris&#233; de patience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmond Jab&#232;s, Le Seuil&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La terre lui soit l&#233;g&#232;re. Il est une autre loi de ce monde d'apr&#232;s la vie : le fant&#244;me ne peut s'&#233;loigner trop de son corps ni crever le plafond des nuages. Le fantastique se loge aussi dans les principes les plus &lt;i&gt;mat&#233;rialistes&lt;/i&gt; qui disent tant de ce qui attache l'esprit au corps, la pens&#233;e &#224; la chair. C'est dans ces articulations que le r&#233;cit noue son &#233;nigme : entre la r&#233;alit&#233; et le r&#234;ve (les apparitions que le fant&#244;me suscite aupr&#232;s des vivants, comme seul et dernier espace d'&lt;i&gt;&#233;changes&lt;/i&gt; avec eux) ; entre le sol et le ciel (le fant&#244;me d&#233;lest&#233; de la &lt;i&gt;gravit&#233;&lt;/i&gt; &#233;prouve son existence dans la l&#233;g&#232;ret&#233; de son &#233;vanescence : pages a&#233;riennes, suspendues, presque flottantes elles aussi au c&#339;ur du r&#233;cit) ; entre le pass&#233; et le pr&#233;sent (toute une vie saisie par fragments depuis ce qui l'a achev&#233;) ; entre la terre et la mer (derni&#232;res pages o&#249; il s'agit d'en finir avec le r&#233;cit et Masao : o&#249; il s'agit de larguer les amarres avec toute vie incarn&#233;e m&#234;me dans un spectre : o&#249; la derni&#232;re loi &#233;prouv&#233;e devient celle de l'&#233;clatement, de la diffusion, de la dilution).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;O&#249; le pied ne va pas, le regard peut atteindre ; o&#249; le regard s'arr&#234;te, l'esprit peut continuer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Japon, on le per&#231;oit peu &#224; peu, n'est pas un cadre ou quelque support de l'intrigue. Bien s&#251;r la pr&#233;cision presque documentaire des lieux irrigue le texte et &#233;labore le r&#233;cit autant que les &#233;v&#233;nements dans lesquels l'espace &#233;volue aussi. Noms de villes, de rues ; d'hommes et de femmes. Il y a autre chose pourtant. Du Japon, je n'ai de connaissance que par images ou comme l'analogie de l'ailleurs : ce sont des porcelaines cisel&#233;es, des paysages peints, des po&#232;mes rapides o&#249; la simplicit&#233; nomme le tout du monde &#8212; je sais du Japon seulement ce que l'art dit de lui, jusqu'&#224; nous, dans le lointain. Et le r&#233;cit constitue aussi cette image,&lt;i&gt; lointain si proche soit-il,&lt;/i&gt; aura. R&#233;cit d'orf&#232;vre ; lignes claires ; &#233;pures ; totalit&#233; par le fragment ; humilit&#233; cosmique. Mais au-del&#224;, le Japon para&#238;t &#224; mesure que le r&#233;cit avance (et se cl&#244;t) comme sa propre m&#233;taphore : &#238;le compos&#233;e d'&#238;les d'&#238;les, archipel disloqu&#233; au large d'une faille qui s&#233;pare et suture le monde, dont le frottement infime peut soulever les catastrophes les plus puissantes jusqu'&#224; d&#233;vaster les puissances nucl&#233;aires. N'y a-t-il pas, aussi, comme un espace forclos de notre appartenance au monde, ici et maintenant ? O&#249; le Japon d&#233;signe lui-m&#234;me son lieu, notre relation &#224; lui t&#233;moigne plus largement de notre rapport au pr&#233;sent. Ce temps de la catastrophe tranquillement lev&#233; comme une ample et simple vague ; ce moment du deuil qui nomme peut-&#234;tre notre relation &#224; l'histoire ; cet instant de la perte qui dure. On est peut-&#234;tre tout &#224; la fois le fant&#244;me de Masao et ceux qui lui ont surv&#233;cu : de l'autre c&#244;t&#233; de la fin, et d&#233;sirant &#224; tout prix que tout continue, ou recommence &#8212; rencontrer des corps malgr&#233; tout ; faire l'exp&#233;rience du d&#233;sir, des larmes, &#233;prouver la violence ou l'apaisement d'un trajet en train qui fait coulisser le monde contre notre peau. &#171; Masao n'est pas un fant&#244;me japonais, &lt;a href=&#034;http://remue.net/la-mort-de-masao-de-dider-da-silva-l-incipit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crit justement S&#233;bastien Rongier&lt;/a&gt;, il est un fant&#244;me du Japon &#187;. N'est-il pas aussi la position du regard par quoi on per&#231;oit le temps d&#233;sormais, qu'on vient hanter, qu'on prend plaisir &#224; faire durer, dans l'apr&#232;s de ce qui a eu lieu, comme si la mort ne finissait rien, mais pouvait seule rendre possible d'autres commencements &#233;pars ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;C'est l'ennui d'un deuil qui porte en lui-m&#234;me sa cause, c'est l'embesognement de l'amour, c'est la peine dans le travail. Les cieux pleurent sur la terre qu'ils f&#233;condent. Et ce n'est point surtout l'automne et la chute future du fruit dont elles nourrissent la graine qui tire ces larmes de la nue hivernale. La douleur est l'&#233;t&#233; et dans la fleur de la vie l'&#233;panouissement de la mort.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Claudel, Connaissances de l'est (&#171; Tristesse de l'eau &#187;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Les derniers r&#233;cits de Didier Da Silva se produisaient dans une sorte de vitesse emport&#233;e, de coul&#233;e. Allure vive qui dictait &#224; la lecture son tempo : lui aussi rapide n&#233;cessairement, comme traversant l'acte m&#234;me d'&#233;crire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Ironie du sort (2014) ; Toutes les pierres (2018) ; Dans la nuit du 4 au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On pourrait croire ici qu'au contraire, c'est avec lenteur que tout se d&#233;ploie. Ce serait faux. Car la lenteur est une autre forme de vitesse. Elle est m&#234;me la vitesse absolument confondue avec elle-m&#234;me : la foudre au ralenti tombe aussi s&#251;rement, et peut-&#234;tre davantage. R&#233;cit suspendu &#224; lui-m&#234;me, chapitre &#233;tal ; paragraphe infime. Pages blanches qui s&#233;parent (et comme une faille tectonique : lient) l'&#233;criture. La vitesse relative du r&#233;cit dit aussi quelque chose de ce qui se joue, dans le deuil quand elle est cette syntaxe propre &#224; la litt&#233;rature. La po&#233;tique de la &lt;i&gt;retenue&lt;/i&gt;, o&#249; il s'agit aussi de nommer ce qui retient, et ce &#224; quoi on tient. Le vent, les pierres, quelques amis, une s&#339;ur, le bruit lointain et confus du monde, le soir, quand la ville s'endort. Cette vitesse lente du r&#233;cit produit en retour une retenue dans le geste de lire. Chaque page plus l&#233;g&#232;re est aussi plus lente, &#171; C'est comme si l'on avait jet&#233; la montgolfi&#232;re avec le lest &#187; ; elle repose quand on la tourne, jusqu'au d&#233;ferlement final qui l'emporte en emportant le vieux monde.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#201;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Michaux, &lt;i&gt;L'espace aux ombres&lt;/i&gt;, &#171; Face aux verrous &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barthes, &lt;i&gt;Journal de deuil&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; 31 juillet 78. Je ne souhaite rien d'autre que d'habiter mon chagrin &#187;, idem.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmond Jab&#232;s, &lt;i&gt;Le Seuil&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Hugo, &lt;i&gt;Les Travailleurs de la mer&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Claudel, &lt;i&gt;Connaissances de l'est&lt;/i&gt; (&#171; Tristesse de l'eau &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Ironie du sort&lt;/i&gt; (2014) ; &lt;i&gt;Toutes les pierres&lt;/i&gt; (2018) ; &lt;i&gt;Dans la nuit du 4 au 15 aout&lt;/i&gt; (2019) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des nouvelles de Baudelaire | En passant</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/du-visage-des-morts/article/des-nouvelles-de-baudelaire-en-passant</link>
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		<dc:date>2021-04-09T09:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_corps</dc:subject>
		<dc:subject>_correspondances</dc:subject>
		<dc:subject>_fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Charles Baudelaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;silhouette furtive depuis la mort&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/du-visage-des-morts/" rel="directory"&gt;Du visage des morts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_corps" rel="tag"&gt;_corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_correspondances" rel="tag"&gt;_correspondances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_fantastique" rel="tag"&gt;_fantastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_charles-baudelaire" rel="tag"&gt;_Charles Baudelaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1269.jpg?1458560707' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Note du 9 avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux cent ans (hier) naissait Charles Pierre Baudelaire 13 rue Hautefeuille &#224; Paris. La maison n'est plus visible plus, comme rien de ce qui faisait son existence. Il existe quelques vers, dans quelques livres, sign&#233;s de sa main. Ils disent lentement encore ce que nous sommes, ce que nous aurions pu &#234;tre. De temps en temps, ces vers nous adressent quelques signes, comme une silhouette retrouv&#233;e sur une photo presque effac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte du 21 novembre 2013&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;L'an dernier, &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c'&#233;tait Rimbaud&lt;/a&gt; qui nous adressait une photographie de lui. Aujourd'hui, Baudelaire &lt;i&gt;nous rappelle &#224; son souvenir&lt;/i&gt;. Une image furtive, envoy&#233;e depuis la mort, qui surgit ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une silhouette surgissante justement, et pas d'image plus juste de Baudelaire face &#224; l'image : seulement &#224; l'arri&#232;re, mais on ne voit que lui, et encore : on reconna&#238;t le visage, mais le visage reste invisible. Une allure, un mouvement, quelque chose qui se retire ou va s'effacer, s'avance, dispose de l'espace pour en d&#233;saxer le centre, d&#233;porter les &#233;nergies vers ce qui d&#233;borde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#233;nographie &lt;i&gt;impeccable&lt;/i&gt; : et le type &#224; moustache devant, prud'hommesque &#224; souhait, le regard vide de ceux qui appartiennent &#224; leur si&#232;cle. Baudelaire, derri&#232;re le rideau presque d&#233;chir&#233;, en souffleur, en acteur qui soudain refuse de venir, fait signe ailleurs : nous regarde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L400xH600/photo-inedite-baudelaire_4531890-87a54.jpg?1769990223' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y aura des savants pour expliquer la photographie, et d'o&#249; elle vient et pourquoi et comment. &lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/culture/livre/photographie-inedite-un-air-de-baudelaire_1301028.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ils l'expliquent d&#233;j&#224;, et on ne comprend pas grand chose.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais bien, que comme Rimbaud d'Aden, c'est une image d'aujourd'hui &#8212; le corps de Baudelaire qui n'existe pas, ne se trouve ni dans sa tombe, ni dans ses livres : mais sur des images qu'&#224; intervalles irr&#233;guliers, il nous enverra. La d&#233;pouille de Baudelaire vivante : preuve &#224; l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; cette volont&#233; du surgissement nous sont inconnues, mais v&#233;ritables. Il ne s'en expliquera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On formulera des hypoth&#232;ses : il y a en premier lieu sa haine de la photographie, qui est une raison suffisante pour qu'il apparaisse l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre &#224; sa m&#232;re, 23 d&#233;cembre 1865 (hier) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a gu&#232;re qu'&#224; Paris qu'on sache faire ce que je d&#233;sire, c'est-&#224;-dire un portrait exact, mais ayant le flou du dessin.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Corps de Baudelaire pour nos yeux de vivants : spectre d'&#226;me, assembl&#233;e l&#224; pour s'&#233;vanouir. En se penchant, on pourrait voir un sourire : on ne le voit pas. Spectre d'image pour un spectre de pr&#233;sence, sa dissolution infinie, et sa persistance, r&#233;tinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps de Baudelaire &#8212; &lt;i&gt;Ne te verrai-je plus que dans l'&#233;ternit&#233; ?&lt;/i&gt; Et dans le bruit des voitures, de la pluie qui frappe, l'&#233;ph&#233;m&#232;re transitoire d'une mouvance, l'&#233;ternelle impression d'un corps effac&#233;, dont l'effacement ne cesse de se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps de Baudelaire : nous face &#224; lui, qui penchons la t&#234;te, tendons la main vers le rideau, nous face &#224; lui de l'autre c&#244;t&#233;, attendons d'autres nouvelles &lt;i&gt;de l&#224;-bas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/photo-inedite-baudelaire_4531890-2-2.jpg?1385028012' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ladj Ly, Les Mis&#233;rables</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/article/ladj-ly-les-miserables</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/article/ladj-ly-les-miserables</guid>
		<dc:date>2019-12-02T21:43:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>_col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_Violence</dc:subject>
		<dc:subject>_Ladj Ly</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De Ladj Ly, Images bris&#233;es&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/" rel="directory"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ladj-ly" rel="tag"&gt;_Ladj Ly&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2496.jpg?1575323011' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Un film de Ladj Ly&lt;br/&gt;
Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga &lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/center&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phane, tout juste arriv&#233; de Cherbourg, int&#232;gre la Brigade Anti-Criminalit&#233; de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux co&#233;quipiers, Chris et Gwada, deux &#034;Bacqueux&#034; d'exp&#233;rience. Il d&#233;couvre rapidement les tensions entre les diff&#233;rents groupes du quartier. Alors qu'ils se trouvent d&#233;bord&#233;s lors d'une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;div id='blogvision'&gt; &lt;iframe src='http://player.allocine.fr/19583998.html' style='width:640px; height:360px'&gt; &lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Images bris&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;/big&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Derni&#232;re image&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondu au noir. Face &#224; face : l'enfant face au flic. La lutte, c'est depuis toujours le moteur de l'histoire. Et de part et d'autre, le choix des armes. Quand l'histoire se termine, ce qui commence est le contraire du film. La vie, la politique, le contraire de l'un et de l'autre : la mort de la politique quand le corps &#224; corps tient lieu de langage, de lieu, de temps. Alors le face &#224; face par quoi se termine le film, l'histoire : en haut des escaliers, de la barricade lev&#233;e par les &#233;tages des tours, Gavroche, levant haut l'arme artisanale, le br&#251;lot par quoi ce monde pourrait &#234;tre emport&#233; ; et en contrebas, en face, le flic qui aura pass&#233; sa premi&#232;re journ&#233;e en enfer, et &#224; travers lequel on aura travers&#233; le film et la ville, lui comme nous faisant l'apprentissage des codes et des langages, des corps, des violences, des irr&#233;conciliables : et c'est lui qui tient l'arme braqu&#233;e sur l'enfant. Plan suspendu sur une mise en demeure, en d&#233;fi &#8212; alors quelle arme ? Le dialogue, quand tout a &#233;t&#233; dit, ne sert qu'&#224; faire taire. Les coups ? Le silence, et la mort ? Rien ? T&#226;che &#224; ce monde de reprendre pied o&#249; le film s'ach&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images des corps fuyants&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Gavroche, C'&#233;tait le moineau becquetant les chasseurs. [&#8230;] Il se couchait, puis se redressait, s'effa&#231;ait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait &#224; la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurg&#233;s, haletants d'anxi&#233;t&#233;, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'&#233;tait pas un enfant, ce n'&#233;tait pas un homme ; c'&#233;tait un &#233;trange gamin f&#233;e. On e&#251;t dit le nain invuln&#233;rable de la m&#234;l&#233;e. Les balles couraient apr&#232;s lui, il &#233;tait plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit deux heures durant : des corps &#233;voluant dans un espace qui les contraint, et les poursuit, et cherchant dans les couloirs, les all&#233;es, les terrains : des passages. Corps passants, corps cherchant les passages secrets. Corps en cavale, d'enfants souvent, qui courent : passent &#224; travers les grilles, sautent au-dessus des murs. Enfants qui courent d&#232;s qu'on les appelle : d&#232;s qu'ils entendent police. Jeu d'enfants de courir : on appelait &#231;a l'&#233;pervier : je ne sais pas s'ils jouent encore &#224; l'&#233;pervier : eux, ils courent, et passent. Souvenirs des &lt;i&gt;400 coups&lt;/i&gt; : ce plan en plong&#233;e, enfants en file derri&#232;re le prof, qui courent, prennent la poudre d'escampette, se tirent, se d&#233;filent. M&#234;me plan ici, mais cette fois &#224; hauteur d'&#233;paule : et sans la joie, mais la terreur de recevoir les coups si on se fait attraper, alors on court, on ne se retourne pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2526792.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2526792.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1575322824' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images d'enfance&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la puissance terrible de la derni&#232;re s&#233;quence : que tout avait pourtant pr&#233;par&#233;. Les p&#232;res absents, les grands fr&#232;res parlant &#8212; came, fric, religion : foutaises &#8212;, enfants regardant plut&#244;t distraitement ailleurs, jouant, r&#234;vant : cherchent &#224; fuir encore, ici et l&#224;, les flics ou les barbus, Grands Fr&#232;res, autoproclam&#233;s m&#233;diateurs : les enfants tuent le temps plut&#244;t en attendant d'&#234;tre poursuivis, tu&#233;s, pire encore, laiss&#233;s pour mort. Sc&#232;ne o&#249; les gamins jouent &#224; la guerre avec des pistolets &#224; eau : et la bascule, imperceptible, o&#249;, soudain, ce n'est plus avec de l'eau qu'ils tirent. O&#249; l'enfance ? L&#224;, peut-&#234;tre, encore : dans les escaliers o&#249; ils montent la barricade, les insultes qu'ils hurlent les rendent dignes &#224; leurs propres yeux. Quand le nouveau flic tance l'autre, l'exp&#233;riment&#233;, celui-ci r&#233;plique : ici, on joue pas. Mais &lt;i&gt;le contraire du jeu n'est pas le s&#233;rieux, mais la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; : et la r&#233;alit&#233; qui s'invente par le jeu des enfants est plus r&#233;el que tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images du r&#233;el&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du r&#233;el des banlieues, il faudrait forc&#233;ment qu'il soit sordide : et quand il l'est, on r&#233;clame qu'il &#233;chappe aux clich&#233;s, et soit enchant&#233;. De part et d'autre, du r&#233;el ou de l'imaginaire, le cin&#233;ma voudrait se trouver pi&#233;g&#233; et se complait &#224; cela. Combien de films &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; la banlieue : au lieu d'&#234;tre des films. Comme si la banlieue &#233;tait un lieu &#224; part (elle l'est, comme tous les lieux). Peut-&#234;tre que le r&#233;el est lui-m&#234;me gorg&#233; d'imaginaires et de fantaisie, d'absurdit&#233;s magnifiques et d&#233;risoires, de beaut&#233;s &#233;tranges qui soul&#232;vent, d'ab&#238;mes. Par exemple ici : par effraction, un cirque entre dans la cit&#233; : imaginaire, documentaire ? Fragments arrach&#233;s &#224; la vie travers&#233;e par le r&#233;el hant&#233; par l'imaginaire. On vole un lionceau au cirque : c'est la fable, elle est simple, elle est aberrante et v&#233;ridique. Elle est un autre de ces tissus d'enfance par quoi le film se trame comme un complot contre le r&#233;el et l'imaginaire &#224; parts &#233;gales ; renversements incessants, vertigineux. Le documentaire dans l'art, c'est une facult&#233; &#224; arracher au pr&#233;sent son immanence : l'imaginaire n'est pas une cat&#233;gorie s&#233;par&#233;e du r&#233;el, il est son mouvement propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images de la violence&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'elle est &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la loi, d'abord &#8212; moins faite pour &lt;i&gt;maintenir l'ordre&lt;/i&gt; que fabriquer de l'humiliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images du pouvoir&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absent. Pouvoir &#233;lu, irrepr&#233;sentable : partout pr&#233;sent dans les ruines qu'il a patiemment &#233;labor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7574 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2568948.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2568948.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1575322824' width='500' height='167' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images des pouvoirs &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;jouant les oppositions st&#233;riles et lisses &#8212; police v/s d&#233;linquants des cit&#233;s &#8212;, film qui traverse les espaces stri&#233;s des autorit&#233;s pulv&#233;ris&#233;es. Religieux, m&#233;diateurs, BAC, m&#232;res : tous partagent un pouvoir mall&#233;able, qui parfois entre en collision, souvent s'&#233;change, se n&#233;gocie au nom d'int&#233;r&#234;t mouvant, distribu&#233;. On ne cherche pas la paix sociale, seulement &#224; garantir sa position d'influence. Quand on parle de &lt;i&gt;territoire perdu de la r&#233;publique&lt;/i&gt;, on oublie peut-&#234;tre que tous les mots sont insultants, &lt;i&gt;r&#233;publique&lt;/i&gt; d'abord, &lt;i&gt;territoire&lt;/i&gt; ensuite : comme un terrain mis en coupe r&#233;gl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images des tours&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un gamin utilise un drone pour filmer ce qui l'entoure, et tout bascule dans l'ordre de la repr&#233;sentation : depuis &lt;i&gt;L'Esquive&lt;/i&gt;, la g&#233;ographie des cit&#233;s rel&#232;ve surtout d'une g&#233;om&#233;trie &#8212; verticalit&#233; sans horizon, but&#233;e du regard qui dit la cl&#244;ture, l'enferment, l'impasse politique d&#233;j&#224; incorpor&#233;e dans le paysage. Mais le drone passe outre : se d&#233;pla&#231;ant de tours en tours, de hauteurs en hauteurs, il dresse la verticalit&#233; comme un enfant en fuyant la BAC : &#224; enjamber pour fuir. Ce qui change, dans la labilit&#233;, c'est la hauteur de vue : et c'est l'englobement : c'est aussi le labyrinthe vu d'en haut &#8212; la seule voie de sortie, ce seront les souterrains, l'int&#233;riorit&#233; du corps caverneux de la Cit&#233;, les entrailles des tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Premi&#232;re image &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fausse communion des victoires sportives, celles qui donnent l'illusion d'appartenir. Et pourtant la joie aussi, vraie, d'appartenir. Les enfants qui montent &#224; Paris pour la finale de la coupe du monde, ne verront rien du match, rel&#233;gu&#233;s sur les trottoirs, r&#233;agiront en voyant les autres r&#233;agir, ceux qui voient le match depuis l'int&#233;rieur des caf&#233;s. Reste que la Nation n'existe plus que comme c&#233;l&#233;bration sportive, et Mbapp&#233;, &#8212; comme on l'entend au passage &#8212;, un nuage autant qu'un mirage : une image.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/3929372.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/3929372.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1575322824' width='500' height='209' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Image du lion&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#232;ne sid&#233;rante du face &#224; face (celui qui pr&#233;c&#232;de de loin la derni&#232;re image, mais l'annonce, la pr&#233;pare, la construit) de l'enfant et du lion, dans la cage. L'enfant, mort de peur : le visage d&#233;j&#224; d&#233;figur&#233; &#224; vie par le tir de flashball &#8212; et pourtant. Le lion, s'il est image de l'autorit&#233; virile, puissante, humiliante dans son d&#233;s&#233;quilibre, est aussi une force &#224; quoi se recharger. C'est en lion ensuite que l'enfant va apparaitre, d&#233;figur&#233; cette fois par la beaut&#233; de cette violence-l&#224; &#224; laquelle il puisera sa propre violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images des mis&#233;rables&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la mis&#232;re est la seule chose qui unit BAC et enfants de la Cit&#233;. Dans les regards mis&#233;rables, dans la mis&#232;re v&#233;cue, subie, partag&#233;e : m&#234;me s'ils restent de part et d'autre de la violence l&#233;gitime, de l'ali&#233;nation et de l'humiliation. Hugo voulait du roman des mis&#232;res lever l'image de la dignit&#233; de ceux qui ne sont pas dignes d'&#234;tre seulement repr&#233;sent&#233;s &#8212; dans les romans, &#224; l'Assembl&#233;e. Les mis&#233;rables, ce n'est pas qu'un titre : c'est le nom de ceux qui r&#233;pondent &#224; l'indignit&#233; qui leur est faite que le temps est pass&#233; du silence. Le titre est l'op&#233;ration d'un renversement : &#171; je suis tomb&#233; par terre, c'est la faute &#224; Voltaire ; le nez dans le ruisseau, c'est la faute &#224; Rousseau &#187;, chantait, agonisant, l'enfant des barricades glorieuses, qui rappelait la longue g&#233;n&#233;alogie des &#233;mancipations &#8212; la faute &#233;tait un titre de gloire. &#171; Tu diras que tu es tomb&#233; par terre. Que c'est de ta faute. R&#233;p&#232;te : c'est de la faute &#224; qui ? &#187;, &#192; l'enfant qu'il a mutil&#233;, le Baqueux ass&#232;ne une derni&#232;re violence politique : ajoute l'humiliation coupable &#224; la douleur. La &#171; faute &#187;, commise par la police fran&#231;aise, n'est pas une antiphrase : seulement une litote pour ne pas dire : l'institutionnalisation des crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Images derni&#232;res&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phrase d'Hugo, qui cl&#244;t le film : une &#233;pitaphe ou une derni&#232;re sommation ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mes amis, retenez ceci, il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_7575 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2587684.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2587684.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg?1575322824' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thomas Ostermeier | L'illusion d'un th&#233;&#226;tre &#224; pr&#233;tention politique</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/thomas-ostermeier-l-illusion-d-un-theatre-a-pretention-politique</link>
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		<dc:date>2019-11-25T09:57:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Thomas Ostermeier</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;, de Didier &#201;ribon, mise en sc&#232;ne par Thomas Ostermeier [Marseille, La Cri&#233;e] &#8211; octobre 2019&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2494.jpg?1574675907' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Retour &#224; Reims&lt;/em&gt;, Mise en sc&#232;ne Thomas Ostermeier
d'apr&#232;s l'ouvrage de Didier Eribon&lt;br/&gt;
Avec C&#233;dric Eeckhout, Ir&#232;ne Jacob, Blade Mc Alimbaye.&lt;br&gt;
Th&#233;&#226;tre de la Cri&#233;e, Marseille&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soumis &#224; l'imp&#233;ratif &lt;em&gt;culturel&lt;/em&gt; de parler de la politique, tout un th&#233;&#226;tre se vautre souvent dans la complaisance, celle qui dans la bonne conscience de s'&#234;tre souci&#233; du monde, neutralise tout ce qu'un th&#233;&#226;tre politique peut arracher &#224; la politique, ou lui faire subir. La plupart du temps, coul&#233; dans le moule du discours politique, il ne fait que s'avachir dans le conformisme, qui finit par produire les effets inverses de ce qu'il cherche : s&#251;r de se situer du bon c&#244;t&#233; du manche, il ne prend plus la peine de l'empoigner. Et dans l'alliance de la sociologie critique et du th&#233;&#226;tre &#224; pr&#233;tention politique, on ne produit plus que de l'&#233;vidence creuse, la platitude qui paralyse, et la l&#226;chet&#233; de renoncer aux luttes, puisqu'on s'est content&#233; &lt;i&gt;de dire ce qu'il en &#233;tait &#8212; &lt;/i&gt;du point de vue des dominants. Ostermeier, ou la sociale-d&#233;mocratie en acte. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://www.youtube.com/embed/rPHiHqFP0sY&#034; width=&#034;840&#034; height=&#034;472&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen=&#034;allowfullscreen&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage de Didier Eribon, &lt;i&gt;Retour &#224; Reims&lt;/i&gt;, retrace le parcours d'un intellectuel qui revient dans la ville de province o&#249; il a grandi et qu'il a quitt&#233;e pour faire ses &#233;tudes sup&#233;rieures avant de s'imposer dans le champ intellectuel comme un h&#233;ritier de Bourdieu et de Foucault, ses ma&#238;tres. Son p&#232;re mort, le deuil est l'occasion d'un autre chant fun&#232;bre : celui de la classe ouvri&#232;re confus&#233;ment associ&#233;e &#224; la m&#233;moire de ce p&#232;re. Mais pour Eribon, dont les travaux sur la domination l'avait conduit &#224; penser la &lt;em&gt;question gay&lt;/em&gt; dans des processus complexes d'&#233;mancipation, o&#249; prenaient place l'injure, les m&#233;canismes de la honte autant que la morale du minoritaire, surgissait soudain le fait &#233;crasant de son identit&#233; prol&#233;taire qu'il avait longtemps masqu&#233;e derri&#232;re son identit&#233; sexuelle. Et c'est une autre honte &#224; laquelle il fait face : celle d'une appartenance qu'il avait d&#233;sappris, &#224; Paris et dans ses &#233;tudes. Transfuge de classe, oublieux d'une m&#233;moire collective, traitre en partie &#224; sa famille, il se r&#233;v&#233;lait &#224; ses propres yeux comme l'agent malgr&#233; lui d'une domination sociale qui pouvait expliquer comment la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; abandonn&#233;e par des intellectuels qui pr&#233;tendaient autrefois parler pour eux et n'avaient finalement fait que parler &#224; sa place. La gauche et ses alli&#233;s n'avaient donc pas seulement renonc&#233; &#224; d&#233;fendre le prol&#233;tariat, ils l'avaient sciemment laiss&#233; &#224; son sort, et, en occultant la question de la domination sociale, l'avaient pr&#233;cipiter dans les bras des nationalistes, pourtant ennemis de classe &#8212; mais porteur d'un discours ravageur sur la domination, ethnique plut&#244;t que sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte puisant dans la force litt&#233;raire l'&#233;nergie intime et collective pour penser la bascule propre aux ann&#233;es 80 issues des trahisons de 68, le propos d'Eribon d&#233;monte le poids de la responsabilit&#233; de la dite gauche de gouvernement dans la mont&#233;e des populismes n&#233;o-fascistes : autrement dit, dans le vote ouvrier de l'extr&#234;me droite. Pour Eribon, la gauche est moins un mouvement qu'un &#233;thos, celui qui vise &#224; questionner les processus de domination, et c'est en renon&#231;ant &#224; ce discours qu'elle a acc&#233;d&#233; au pouvoir en pr&#233;cipitant son effondrement id&#233;ologique, avant son effacement, et sa dilution dans le capitalisme de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='aligncenter wp-image-3915 size-large' src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/distant/jpg/Vidy_Ostermeier_-8c66a15f.jpg?1654046990' alt=&#034;&#034; width='500' height='333' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;solant de constater que ces m&#233;canismes, Ostermeier les dispose pour int&#233;grer pleinement le jeu social qu'il pr&#233;tend platement d&#233;noncer. Parce que la sociologie politique, si pr&#233;cieuse pour d&#233;crire le monde, ne porte pas le langage de l'art, cette forme singuli&#232;re d'intervention dans l'histoire par le biais d'une forme au croisement de l'imaginaire et de la pens&#233;e &#8212; et qu'une &#339;uvre ne saurait &#234;tre le d&#233;ploiement d'un propos sociologique sans &#234;tre aval&#233; par lui et produire l'inverse de ce dont il se d&#233;fend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est par un cruel d&#233;tour que le spectacle d'Ostermeier ne fait qu'annuler les perspectives : en choisissant de poser une fiction sur le propos du sociologue, il se laisse &#233;craser par lui ; en se contentant de lire le texte, il emp&#234;che toute possibilit&#233; d'en proposer une lecture ; en neutralisant la th&#233;&#226;tralit&#233; de ce propos au profit d'une pauvre illustration cin&#233;matographique, il retrouve l'effroyable b&#234;tise (direction d'acteurs compris) des mauvaises s&#233;ries t&#233;l&#233; ; en exhibant des images de l'actualit&#233; &lt;em&gt;chaude&lt;/em&gt;, il se d&#233;barrasse du souci de la penser en fonction d'une action sur elle, ou contre elle&#8230; On pourrait ainsi multiplier les endroits o&#249; le &lt;i&gt;scrupule&lt;/i&gt; politique neutralise la n&#233;cessit&#233; politique, celle qui au lieu de se contenter de superposer la pratique du th&#233;&#226;tre sur les discours du monde, questionne les articulations entre l'art et le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ostermeier choisit ainsi de poser une fiction sur le r&#233;cit d'Eribon. C'est donc l'histoire d'un cin&#233;aste qui a r&#233;alis&#233; un film adapt&#233; de l'&#339;uvre (avec le sociologue lui-m&#234;me comme protagoniste), et qui travaille au montage et &#224; la voix off. Le plateau de th&#233;&#226;tre sera justement cette salle d'enregistrement o&#249; une actrice, Ir&#232;ne Jacob va poser sa voix &#8212; lisant le texte d'Eribon &#8212; sur les images projet&#233;es en direct. Le r&#233;alisateur du film C&#233;dric Eeckhout, assist&#233; du preneur de son Blade Mc Alimbaye, est en cabine. Th&#233;&#226;tralit&#233; &#224; l'&#233;pure, o&#249; la pauvret&#233; s'exhibe en choix esth&#233;tique &#8212; qui se heurte pourtant &#224; l'extr&#234;me affectation de la voix de la com&#233;dienne, &#224; la joliesse de seconde main du film, &#224; l'artificialit&#233; d&#233;su&#232;te d'une sc&#233;nographie qui n'est qu'un d&#233;cor (&#171; attention &#224; la moquette &#187; sera le running-gag cens&#233; jouer avec/sur la fausset&#233; de la sc&#233;nographie, mais qui ne fait qu'ench&#233;rir sur sa pr&#233;ciosit&#233;, la vanit&#233; th&#233;&#226;trale &#224; pr&#233;server). Le film d&#233;roule le r&#233;cit d'Eribon, jouant la surimpression scolaire avec lui : chaque plan illustre ce qu'on entend, et chaque parole appuie ce que l'on voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en serait l&#224;, d'une sc&#232;ne mise au service d'un texte, soumis &#224; lui et le donnant &#224; entendre : on reconna&#238;trait l&#224; cette volont&#233; p&#233;dagogique propre au metteur en sc&#232;ne allemand d'expliquer au spectateur chaque seconde ce qu'il voit, ce qu'il comprend (ce qu'il doit saisir de ce qui se fabrique) &#8212; et ce serait seulement insignifiant (Ranci&#232;re dirait &#171; abrutissant &#187;, avec Joseph Jacotot). Mais la lecture est soudain interrompue par la lectrice : et le th&#233;&#226;tre revient en sc&#232;ne &#8212; ce n'est plus alors insignifiant, c'est le contraire ; et c'est d'autant plus consternant. Au mot de &#171; guerre sociale &#187;, l'actrice sursaute : s'interrompt. Elle constate que la partie du texte qui suit est coup&#233;e, et qu'on risque de ne pas comprendre. Toujours ce scrupule de &lt;em&gt;bien faire entendre&lt;/em&gt; &#224; qui &#233;coute ce qu'il faut entendre et &#233;couter. Le r&#233;alisateur du documentaire quitte la salle d'enregistrement pour se d&#233;fendre, et le d&#233;bat s'engage : il refuse, lui, de d&#233;fendre avec Eribon cette question de &lt;em&gt;la guerre sociale&lt;/em&gt; notamment parce que le sociologue sous-entend la responsabilit&#233; structurelle de l'&#201;tat dans les m&#233;canismes de domination. On dresse l'oreille. Pourrait s'engager enfin un peu de m&#233;sentente : sur le terrain de l'art d'abord, un artiste d&#233;fendrait un point de vue contre l'auteur dont il pr&#233;tend pourtant pr&#233;senter la pens&#233;e ; sur le terrain politique ensuite, c'est la controverse qui a pu structurer en partie le camp de la gauche, choisissant de lire Lyotard dans une perspective soit r&#233;formatrice soit r&#233;volutionnaire. Mais le dissensus tourne court : le r&#233;alisateur press&#233; d'en finir cherche l'accord et l'obtient sans raison. Les logiques lib&#233;rales de production et d'efficacit&#233; &#8211; la pression impos&#233;e par la rentabilit&#233; &#8211; ont eu raison de l'&#233;change dissensuel : autant dire de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='aligncenter wp-image-3919 size-large' src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/distant/jpg/Vidy_Ostermeier_-507822d6.jpg?1654046990' alt=&#034;&#034; width='500' height='333' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie &#8212; &#171; quelques jours plus tard &#187; : faiblesse des transitions qui singent la r&#233;alit&#233; du temps qui passe en se bornant &#224; l'&#233;crire &#8212; s'ouvre sur le proc&#233;d&#233; d&#233;sormais bien connu des spectateurs d'Ostermeier d'adresse directe au public. On lit l'&#233;vidente volont&#233; d'ouvrir le plateau au pr&#233;sent et aux pr&#233;sents : mais ces adresses sont de nouveau le contraire du politique, puisqu'en fait d'adresses et d'&#233;changes, on nous invite &#224; crier qu'on est l&#224; (cri vide et purement contractuel, simplement ali&#233;nant : celui qu'appelle le mauvais chanteur pour donner l'illusion d'un rapport avec &#171; son &#187; public). &#171; Marseille, vous &#234;tes l&#224; ? &#187; Et on se surprend &#224; regarder autour de nous, ce public de la Cri&#233;e, compos&#233; d'abonn&#233;s consommateurs de spectacles de CDN et de &#171; scolaires &#187; conduits ici par la bonne volont&#233; de quelques enseignants militants. Marseille, &#224; l'&#233;vidence, &lt;em&gt;n'est pas l&#224;&lt;/em&gt; : seulement sa classe moyenne &#233;duqu&#233;e et des adolescents captifs qu'on souhaite &#171; &#233;manciper &#187;, m&#234;me malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette seconde partie prendra acte de la premi&#232;re, en essayant de mettre en avant le dialogue que proposerait le spectacle avec le texte d'&#201;ribon, &#224; travers les pseudos-conflits qui opposent, mais pour de faux, et vite ramen&#233;s &#224; des accords arrach&#233;s comme entre la CFDT et le MEDEF, sur les bases les plus minimales. On ne dira rien de la pauvret&#233; sid&#233;rante des dialogues eux-m&#234;mes, des &#233;changes de s&#233;rie B., du r&#233;alisme terrifiant de b&#234;tise de chaque microconflit. &lt;em&gt;Plus belle la sociale-d&#233;mocratie&lt;/em&gt; ? Ce pourrait &#234;tre un titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film projet&#233; d&#233;sormais a pris le large du r&#233;cit d'Eribon, et voici &#8212; audace supr&#234;me &#8212; le propos qui voudrait s'en d&#233;gager. La gauche est responsable de la mont&#233;e des extr&#234;mes : la preuve, Cohen-Bendit est proche de Macron, lui-m&#234;me ancien ministre de Hollande. L'analyse politique, si peu &#233;mouvante par sa nouveaut&#233; (et si partielle) d&#233;sole, avant qu'on comprenne qu'il s'agit peut-&#234;tre l&#224; pour le metteur en sc&#232;ne d'ancrer son travail de &lt;em&gt;contestation&lt;/em&gt;. De nouveau, le manque de radicalit&#233; confine &#224; la l&#226;chet&#233; en regard de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/vidy_ostermeier_retourareims_photomathildaolmi_theatre_vidy-lausanne13_hd.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/vidy_ostermeier_retourareims_photomathildaolmi_theatre_vidy-lausanne13_hd.jpg?1574675539' width='500' height='749' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque, justement, la voil&#224; entr&#233;e de plains pieds dans le th&#233;&#226;tre : quelques images de Gilets Jaunes surgissent, et on lira, dans la presse nationale, qu'il s'agit l&#224; d'un autre de ce geste d'envergure dont s'est rendu capable le metteur en sc&#232;ne berlinois. Certes. Mais qu'en dit-il ? Car tandis que les images et les cort&#232;ges d&#233;filent, Eribon d&#233;crit la lente et inexorable mont&#233;e des fascismes en France. Le scandale (sa grossi&#232;re erreur d'analyse) est &#233;videmment produit sciemment : l'actrice/lectrice s'interrompt, ne peut laisser passer un tel contresens. Le r&#233;alisateur de se justifier : c'est pour montrer la complexit&#233; du mouvement et sugg&#233;rer que, bien s&#251;r, le mouvement des Gilets Jaunes n'est pas fasciste puisqu'il a &#233;t&#233; rejoint par des collectifs antiracistes. Ce n'est plus la consternation qui domine, mais la col&#232;re, ou ce vague sentiment qu'on &#233;prouve d&#233;sormais &#224; l'&#233;coute distraite des &#233;ditorialistes, le comique boursoufl&#233; qui s'en d&#233;gage. Le mouvement contre la vie ch&#232;re, de fasciste qu'il &#233;tait (!), serait donc &lt;em&gt;rentr&#233; dans le rang&lt;/em&gt; gr&#226;ce aux protestations des &lt;em&gt;associations de gauche&lt;/em&gt;. Ce n'est qu'un d&#233;tail, dans le flot du spectacle, peut-&#234;tre un lapsus : il est &#233;difiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, il t&#233;moigne d'une volont&#233; de se tenir ici et l&#224;, de poser un propos sur une image, et imm&#233;diatement de s'en soustraire, d'utiliser la dialectique comme m&#233;thode de fuite. De se laver les mains avec l'eau sale : et inversement. Quand deux tendances s'affrontent au sein de la sociale-d&#233;mocratie, l'une qui dirait &lt;em&gt;il est cinq heures du soir&lt;/em&gt;, l'autre qui soutiendrait qu'i&lt;em&gt;l est cinq heures du matin&lt;/em&gt;, le pouvoir tranche en accordant les positions sur le fait qu'&lt;em&gt;il est cinq heures&lt;/em&gt;. On en est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle s'ach&#232;ve sur une ultime piste convenue et emprunt&#233;e avec l'illusion du dissensus, mais dans le d&#233;sir de &#171; mettre tout le monde d'accord &#187;. Le preneur de son, Blade Mc Alimbaye, raconte l'histoire de son grand-p&#232;re (le spectacle a depuis un certain temps renonc&#233; &#224; travailler &#224; la n&#233;cessit&#233; de ses prises de parole). Tirailleur s&#233;n&#233;galais, combattant de la France Libre, il a fait partie de ces soldats qui, au moment de r&#233;clamer leur paie, se sont vus opposer pour solde de tout compte la mitraille de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Survivant des massacres, le grand-p&#232;re l&#232;gue &#224; ses enfants une histoire : celle qui fait dire au petit-fils qu'il est ici chez lui. On devine la volont&#233; du metteur en sc&#232;ne de d&#233;ployer plus amplement le geste th&#233;orique et intime d'Eribon : comme la domination sexuelle avait fait &#233;cran pour appr&#233;hender la domination sociale, celle-ci ferait &#233;cran pour appr&#233;hender les dominations et les in&#233;galit&#233;s ethniques. Que derri&#232;re la lutte des classes la lutte des races fait rage aussi ? Ou est-ce pour montrer que ces dominations, ench&#226;ss&#233;es les unes dans les autres, faussement rivales les unes des autres, travaillant &#224; la lutte de tous contre tous, emp&#234;chent une perception plus g&#233;n&#233;rale des m&#233;canismes de la domination ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, ce dernier moment, film&#233; en direct, dans le d&#233;passement dialectique du film et du th&#233;&#226;tre, se pr&#233;sente comme la volont&#233; finale de d&#233;passer les oppositions : &#171; nous sommes chez nous ici &#187;, mani&#232;re d'&#233;vidence d'op&#233;rer un ultime consensus, de passer par-dessus la question sociale, et d'afficher une volont&#233; de panser les plaies historiques sous pr&#233;texte de les raviver. Dans un article r&#233;cent qui saluait le spectacle,&lt;a href=&#034;https://www.telerama.fr/sortir/avec-retour-a-reims,-thomas-ostermeier-reinvente-le-theatre-politique,n6090186.php&#034;&gt; la journaliste de T&#233;l&#233;rama&lt;/a&gt; &#8212; dont le lectorat semble &#234;tre sociologiquement la cible de ce &lt;em&gt;Retour &#224; Reims&lt;/em&gt; &#8212; concluait en disant qu'on sortait de ce spectacle (qui &#171; r&#233;inventait le th&#233;&#226;tre politique &#187;) &#171; plus fraternel &#187;. &#201;difiant que pour beaucoup est &lt;em&gt;politique&lt;/em&gt; un th&#233;&#226;tre qui travaille &#224; la &lt;em&gt;fraternit&#233;&lt;/em&gt;, plut&#244;t qu'&#224; la mise en jeu d'oppositions permettant de voir ce que ce slogan recouvre : les guerres sociales qui restent &#224; mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne t'inqui&#232;te pas, on n'est pas au th&#233;&#226;tre ici &#187;, lance l'un des personnages : &#171; tant mieux &#187;, s'entend-il r&#233;pondre par la com&#233;dienne. La lucidit&#233; sauvera peut-&#234;tre Ostermeier de lui-m&#234;me, qui affirmait dans un entretien r&#233;cent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;Depuis longtemps je dis que je fais du th&#233;&#226;tre pour un public bourgeois, parce qu'on n'est pas encore &#224; une &#233;poque o&#249; la classe populaire souhaite aller au th&#233;&#226;tre.&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La lucidit&#233; n'emp&#234;che pas la l&#226;chet&#233;. Au th&#233;&#226;tre reviendrait pourtant encore la t&#226;che de poser les &#233;mancipations depuis les forces d'opposition qui les entra&#238;nent. Ici, quand manque le th&#233;&#226;tre, reste une volont&#233; de faire du politique un discours qui &#233;vide le politique de sa puissance vengeresse et conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de la Cri&#233;e, on fait face &#224; l'H&#244;tel de Ville de Marseille s&#233;par&#233; de nous par cette avanc&#233;e de la mer comme un doigt enfonc&#233; dans la chair de la ville qu'on rejoint en tournant le dos au th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img class='aligncenter wp-image-3911 size-large' src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/distant/jpg/Vidy_Ostermeier_-3d1961bf.jpg?1654046990' alt=&#034;&#034; width='500' height='750' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre &#224; l'Insens&#233; | Pour une critique barricade</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/recherches-articles-communications/article/lettre-a-l-insense-pour-une-critique-barricade</link>
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		<dc:date>2019-06-01T20:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>_essai critique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Article publi&#233; dans &lt;i&gt;La Critique, un art de la rencontre&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Provence &#8211; juin 2019.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_essai-critique" rel="tag"&gt;_essai critique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1835.jpg?1641332447' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Article publi&#233; dans &lt;i&gt;La Critique, un art de la rencontre&lt;/i&gt;, &lt;br&gt;Presses Universitaires de Provence, dir. Yannick Butel, juin 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de la r&#233;&#233;criture de mon intervention lors du colloque &#171; &lt;a href=&#034;https://colloque2016critique.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La critique, un art de la rencontre &#187; qui a eu lieu du 2 au 4 novembre&lt;/a&gt; entre Aix (th&#233;&#226;tre Antoine-Vitez), et Marseille (La Cri&#233;e, Th&#233;&#226;tre national de Marseille, et l'Institut m&#233;diterran&#233;en des arts de la Sc&#232;ne &#224; la Friche Belle de Mai)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion qui prolonge un travail sur les liens entre th&#233;&#226;tre et politique, et sur l'enjeu d'une critique qui interrogerait politiquement l'&#233;criture, la sc&#232;ne et le monde.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_8523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_barricade_arton1835.jpg?1641332424' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'insens&#233;, sc&#232;nes contemporaines&lt;/a&gt; &lt;i&gt;est un collectif de critiques qui &#233;crivent en ligne &#8211; et t&#226;chent de penser ensemble ce monde par les arts vivants. Fond&#233; par Yannick Butel en 2008, le collectif de l'insens&#233; regroupe des chercheurs, des acteurs et des metteurs en sc&#232;ne, des &#233;crivains qui tous, sous le mot de&lt;/i&gt; critiques&lt;i&gt;,voudraient &#233;crire ce que soul&#232;vent &#224; eux des spectacles. J'ai rejoint le collectif en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ami,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu me permettras ce mot, ami, assur&#233; qu'avec lui je ne voudrais pas fixer un terme facile &#224; ce qui nous lie, ou chercher &#224; achever pour toujours ce qui nous relie, ni &#224; r&#233;soudre, ou r&#233;gler son compte une bonne fois pour toutes &#224; cette histoire qui est la n&#244;tre, puisque les lignes de partage sont tout au-tant des voies qui s&#233;parent, se d&#233;placent et qu'on franchit &#8211; et qui valent pour cela aussi, d'&#234;tre atta-qu&#233;es, loi de la fronti&#232;re abjecte ici comme en tout, fronti&#232;res intimes, fronti&#232;res qui s&#233;parent soi et soi-m&#234;me, fronti&#232;res entre la lettre et le texte, l'adresse et l'appel, fronti&#232;res entre le d&#233;sir et la peur, entre les genres, les gestes, entre les corps, fronti&#232;res entre pays : fronti&#232;res qui existent seulement pour &#234;tre ni&#233;es, ou comme appel &#224; franchir. Alors, franchir : je t'&#233;cris selon ces lois de la fronti&#232;re attaqu&#233;e, loi de l'amiti&#233; et du d&#233;sir et loi de l'&#233;criture. &#171; On doit &#233;chapper &#224; l'alternative du dehors et du dedans, &#233;crivait Foucault : il faut &#234;tre aux fronti&#232;res. La critique, c'est l'analyse des limites et la r&#233;flexion sur elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187; [1984], repris in Dits et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ami, donc, je t'&#233;cris aux fronti&#232;res pour mieux outrepasser &#8211; ami de solitude aussi, et de l'impartageable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous vous appelons &#224; partager ce qui ne se partage pas : la solitude &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et c'est au nom de l'amiti&#233; et de l'impartageable , et de la solitude pour l'attaquer aus-si, que je t'&#233;cris, et de l'&#233;criture donc pour l'attaquer encore : pour franchir tout cela est inventer des corps et des communaut&#233;s aberrantes auxquelles tu r&#234;ves pendant les insomnies puisque comme toi je t'&#233;cris la nuit, comme toujours quand il faut &#233;crire ce qui &#233;chappe et nous saisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T'&#233;crire, donc : avec du moins ce d&#233;sir, qui est tout entier dans ce geste de t'&#233;crire : t&#226;cher de dire ce qu'est &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Insens&#233;, site de critiques en ligne&lt;/a&gt;, ce que localisent dans l'amiti&#233; les forces qui l'animent et ce qu'il d&#233;signe : et d'abord une fa&#231;on de se pr&#233;parer, et de pr&#233;parer les territoires o&#249; aller, ensemble &#8212; puisque l'urgence avant tout, dans ces temps, est d&#233;sormais &#224; la constitution d'un ensemble destitu&#233; des formes institu&#233;es &#8212;, espace de L'Insens&#233; qui voudrait nommer aussi une part de l'appartenance commune &#224; notre temps, temps impossible et terrible, mais dans lequel nous n'avons pas refus&#233; d'aller, au contraire, pour l'impossible et le terrible aussi, et pour, cessant de le d&#233;plorer, t&#226;cher de le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insens&#233;, site de critiques en ligne : chaque mot dirait l'impossible de la t&#226;che que tu portes : un site, des critiques, une ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un site, quand pourtant c'est un espace qui n'existe pas, virtuel comme ils disent, mais toi, tu sais bien que la virtus est cette force qui tend le r&#233;el &#224; devenir possible, comme &#171; l'imaginaire est ce qui tend &#224; devenir r&#233;el&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Breton, &#171; Le r&#234;ve aux cheveux blancs &#187;, in &#338;uvres Compl&#232;tes, tome 2, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qu'elle est non-lieu parce qu'elle a lieu toujours quand la parole est prise, et rejou&#233;e, et d&#233;fi&#233;e, futile en sa fragilit&#233; m&#234;me, son caract&#232;re transitoire, fulgurant tout r&#233;el possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des critiques, quand pourtant les textes publi&#233;s dans l'insens&#233; &#233;cartent de part et d'autre l'instrumentalisation &#233;valuante, le jugement de go&#251;t, les j'aime &#8211; j'aime pas de circonstances, comme les neutralisations &#224; distance, les discours sur et qui se piquent de mot, qui touchent l'une sans remuer l'autre, les conventions morales ou esth&#233;tiques : mais que ces textes critiques r&#233;clament le droit au bouleversement et &#224; la joie, constatent que &#171; la beaut&#233; ravageuse et indiscutable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, Une part de ma vie (entretiens), Paris, Minuit, 1999, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; manque tant, et la r&#233;clame pour cela ; mais que la d&#233;ception est souvent au rendez-vous quand on se trouve devant des formes perplexes et sans estomac, et qui poussent plus souvent qu'&#224; leur tour le soupir l&#226;che du pro-pri&#233;taire terrien entre les murailles d'un palais papal ; et qu'il faut &#233;crire aussi la d&#233;ception comme au-tant de d&#233;faites qui n'ont pas dit le dernier mot ; &#233;crivant encore, cherchant insens&#233;ment la beaut&#233; en-core, celle qui secoue et d&#233;place, br&#251;le, incite, est sans effet, mais non pas sans trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un droit &#224; la pens&#233;e en somme : c'est-&#224;-dire &#224; la col&#232;re (&#171; je parle dans la col&#232;re &#187;, phrase ma-juscule de D'Aubign&#233; qui est aussi la tienne), la col&#232;re terrible et injuste et n&#233;cessaire contre ce temps, et contre tous les spectacles qui ne sont pas des ravages &#8212; il faut l'admettre, c'est la majorit&#233; &#8212; et &#224; la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire aussi &#224; la joie, injuste &#233;galement, et tout &#233;galement terrible et davantage n&#233;cessaire face &#224; des ravages qui exc&#232;dent les forces quand ensuite il faut les &#233;crire et que le soir tombe sur le corps comme des vols de moustiques, et qu'il faut lutter contre les moustiques et le monde, et la cha-leur et la fatigue, et l'envie de boire qui tient chaud dans la canicule d'Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insens&#233;, Sites de critiques en ligne : en lignes ? Tenir la ligne, oui : non pas la ligne de quelque parti, plut&#244;t &#171; les lignes de sorci&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#232;s qu'on pense, on affronte n&#233;cessairement une ligne o&#249; se jouent la vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8212; celles qui font courir &#224; l'horizon sur le plan d'immanence, qui exigent qu'on ne pense pas sans devenir autre chose. Lignes de cr&#234;tes qui seules font tenir debout. Lignes qui s'enfuient quelque part o&#249; on n'est pas, mais o&#249; on va : Ligne de force qui dessine un pro-jet de monde qui serait possible &#8212; parce que tu n'as pas renonc&#233; &#224; la possibilit&#233; du monde, et qu'il nous revient de tracer ces lignes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#201;crire en ligne, c'est refuser la lin&#233;arit&#233; de la page, pour dresser des pages immanentes, auto-nomes et reli&#233;es, hyperreli&#233;es m&#234;me, et c'est habiter le d&#233;s&#339;uvrement sans livre et sans recours possible &#224; la cl&#244;ture, &#224; l'origine &#8212; lignes qui se dressent par le milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insens&#233;, donc. Et pour mieux dire, cette phrase de Gabily que tu portes en embl&#232;me et appel : &#171; je suis obs&#233;d&#233; par l'insens&#233;, je suis obs&#233;d&#233; par la multiplicit&#233; &#187; &#8211; alors tu comprendras que si je te parle, c'est aussi au nom de la multiplicit&#233; que tu endosses, &#224; ta pluralit&#233; de vies et de visages, aux corps nombreux que tu &#233;cris et qui t'&#233;crivent, et qui te peuplent, et dont je fais partie peut-&#234;tre dans la mesure d'un corps aberrant, tentaculaire, monstrueux, sans organes je ne sais pas, mais plein de nerfs, courant &#224; sa surface, et dans les profondeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'est pas en train de signifier quelque chose ? &#187; s'&#233;crit le Hamm de Beckett&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samuel Beckett, Fin de partie, Paris, Minuit, 1957, p. 49.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; dont tu portes aussi l'inqui&#233;tude comme un rire et une blessure &#8212; et tu sais la loi du proverbe : la blessure stimule et redonne courage : des forces &#8212; ces virtutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le sens orient&#233; de la morale, contre la signification qui tient lieu de v&#233;rit&#233;, contre la v&#233;rit&#233; comme principe absolue des grands r&#233;cits, contre les grands r&#233;cits enfin, et singuli&#232;rement celui des P&#232;res, des h&#233;ritages et des h&#233;ritiers, tu sais la valeur de l'inqui&#233;tude des contre. Mais tu sais aussi combien on a besoin de pour &#8212; et de lancer (comme une douleur lance) des mondes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu des significations, tu as choisi depuis longtemps d'habiter le mouvement de l'intensit&#233; ; contre la v&#233;rit&#233;, affaire de flic, de juge, tu voudrais la justesse, question de musicien ; contre le savoir, tu as choisi la pens&#233;e comme exercice sensible &#8211; et contre les grands r&#233;cits orient&#233;s en amont, c'est vers les marais salants de l'histoire que tu t'enfonces, o&#249; le fleuve se change en mer, et puisque tout rel&#232;ve du vent, de l'horizon dans lequel on va et se confond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quelles lignes, quelques forces : quels mondes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde que tu proposes est d'abord celui du temps &#8212; car tu r&#233;clames du temps comme le Client au Dealer : un monde o&#249; le temps serait pris et donn&#233;, o&#249; le temps ne serait pas seulement ce qui co&#251;te, mais l'objet d'un &#233;change ; et tu r&#233;clames de l'espace : non pas soumis aux lois de l'ici, aux lois du sang, aux lois des papiers &#224; avoir pour justifier de son identit&#233; identique &#224; soi-m&#234;me et aux autres, mais librement consentie au mouvement, &#224; la circulation des &#234;tres et des d&#233;sirs : comme le Dea-ler au Client, si tu demandes du temps, c'est &#171; pour se chercher les poux plut&#244;t que se mordre &#187; [&#8230;] &#171; Venez avec moi ; cherchons du monde, car la solitude nous fatigue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, Dans la solitude des champs de coton, Paris, Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;, ajoute-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une autre loi de ce monde d&#233;sirable et &#233;mancip&#233; : un monde o&#249; il y aurait du monde, et pas seulement des gens ou des chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le th&#233;&#226;tre que tu aimes est celui d'un monde que tu cherches comme des poux sur la t&#234;te de l'ami, o&#249; le temps et l'espace se r&#233;invente contre celui qu'on nous l&#232;gue &#8211; n&#233;olib&#233;ralisme qu'on nous inflige sans alternative au pr&#233;texte que c'est comme l'air que l'on respire, mais air qu'on crache, p&#232;se sur les poumons : tu as lu comme moi les nouvelles : la vie serait canc&#233;rig&#232;ne, para&#238;t-il. Et tu com-prends que ce n'est pas seulement le monde qu'il faut transformer, mais la forme de la vie : tu te sou-viens de la phrase : &#171; Il n'y a pas d'autre monde. Il y a simplement une autre mani&#232;re de vivre. &#187; (tu as oubli&#233; celui qui a &#233;crit cela.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le th&#233;&#226;tre facile est objectivement bourgeois ; Le th&#233;&#226;tre difficile est fait pour les &#233;lites bour-geoises cultiv&#233;es ; Le th&#233;&#226;tre tr&#232;s difficile est le seul th&#233;&#226;tre d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pier Paolo Pasolini, Manifeste pour un nouveau th&#233;&#226;tre, 1968&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette ultime phrase que tu revendiques comme la tienne &#8212; et peu importe Pasolini, ou trop importe que Pasolini t'ait rejoint ce point &#8212; et c'est l'autre ligne de force de ce monde d&#233;sirable : celui de l'&#233;galit&#233;, qui fait violence &#224; la critique puisqu'on se retrouve tous sans recours face aux spectacles extr&#234;mement difficiles, &#233;gaux face au ravage qui nous ressaisit &#8212; forme si exigeante qu'elles nous mettent tous sur le m&#234;me pied d'&#233;galit&#233; devant la sensation, l'&#233;motion, la pens&#233;e : spectacles (de Malis, de Tanguy, de Warlikowski, de Lupa&#8230;) qui d&#233;vastent la pens&#233;e, qui r&#233;sistent &#224; l'&#233;valuation, qui ne nous laissent pas perplexes, mais arm&#233;s de nouvelles armes inconnues : exigence politique de la t&#226;che qui voudrait &#234;tre la tienne, d'&#233;crire en retour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Politique ? Le mot l&#226;ch&#233; et lui-m&#234;me trop l&#226;che, trop grand aussi et trop commode. Mot qu'on jette rapidement sur un corps pour mieux l'habiller &#8212; et alors ? Mot qu'il faudrait encore peupler, et inqui&#233;ter en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Politique, la critique, et au nom de quoi ? Au nom de quoi r&#233;clamer &#224; l'&#339;uvre d'&#234;tre &#339;uvre de salut public ? Au nom de vouloir d&#233;celer du vivrensemble, de l'etreensemble, de la communion dans laquelle se dissoudre et s'abolir ? &#8212; suture sociale et pathologique du corps malade de la soci&#233;t&#233;, le th&#233;&#226;tre, gu&#233;risseur ? Surtout, au nom de quel politique, de quel r&#233;gime de fous, de quel projet enfin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut nommer ce contenu politique, faute de quoi, c'est toujours la politique r&#233;actionnaire qui l'emporte, c'est-&#224;-dire nous emporte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que tu sais que le mot politique quand il n'est qu'un mot intransitif d&#233;signe le contraire du politique. Tu sais que, suspendu dans le vide de la bonne conscience, il sert &#224; qualifier des th&#233;&#226;tres et des livres qui ne sont que l'image pure du monde : tautologies qui r&#233;duisent le monde &#224; une image, ou pire, qui justifie ce monde, le l&#233;gitime. Car tu sais que l'&#339;uvre n'est pas par essence critique et &#233;man-cipatrice, qu'elle peut &#234;tre ali&#233;nante, fascisante, indiff&#233;rente, st&#233;rile ou vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Transitiver le politique,&lt;/i&gt; c'est d'abord penser que le politique n'est pas dans l'&#339;uvre, mais dans la construction du spectateur qu'il propose, et dans le projet de soci&#233;t&#233; qu'on postule. Et que c'est cette relation-l&#224; qui importe &#8211; bien davantage que les pseudo th&#232;mes que l'&#339;uvre se pla&#238;t &#224; parcourir. Qu'en somme, politique serait le type de relations invent&#233; par le spectacle. Qu'en derni&#232;re instance, il n'y a pas de spectacle sans cette relation &#8212; et que cette relation rel&#232;ve de part en part de son &#233;criture. Tirant le fil, tu dirais alors qu'il n'y a pas d'&#339;uvre sans son exp&#233;rience &#8212; que c'est cette exp&#233;rience qui seule importe, d&#233;place, d&#233;range, d&#233;fie renouvelle, empli de joie et de d&#233;sir de d&#233;sirer encore d'autres mani&#232;res de vivre &#8212; et qu'il n'y a pas d'exp&#233;rience telle sans l'&#233;criture qui s'en saisit et la nomme et la d&#233;place &#224; nouveau : et fait la preuve que le monde est transformable puisqu'il nous a transform&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors l'&#233;criture en retour serait SEULE l'exp&#233;rience v&#233;ritable de l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que finalement, il n'y a pas d'&#339;uvre (il n'y a pas d'&#339;uvre) sans son &#233;criture seconde qui la fore et la questionne, l'inqui&#232;te et la renouvelle, la donne moins &#224; lire qu'elle propose de nouveau sa traver-s&#233;e &#8211; que l'&#233;criture est le laboratoire des transformations &#224; venir, tu seras d'accord avec moi, ou plu-t&#244;t : je le suis avec toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique serait l&#224; cette &#233;criture &#8212; qu'elle propose au deuxi&#232;me degr&#233; un retour face &#224; la cons-truction du spectateur que propose le spectacle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puisque le but d'aller au th&#233;&#226;tre, c'est d'en sortir, on constate que certains spectacles plus que d'autres donnent des forces et du courage, un virtus dont on ne s'estimait pas capable et des forces inconnues &#8212; qui ne tiennent pas &#224; l'&#339;uvre, mais bien de part en part &#224; son exp&#233;rience, et qui n'attendent qu'&#224; s'exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique a lieu dans l'&#233;criture parce qu'elle consid&#232;re qu'il s'agit moins d'expliquer, de rendre compte, d'&#233;valuer, encore moins d'&#233;mouvoir ou de toucher &#8211; tout ce que ce monde, dans sa logique n&#233;o-lib&#233;rale impose &#233;conomiquement, intellectuellement, et m&#234;me sensiblement &#8211;, mais de creuser davantage, d'inqui&#233;ter, de briser : et d'affirmer autre chose que la chose qui est ce monde norm&#233; : &#233;criture qui nous met face au d&#233;fi de nommer cette d&#233;possession, et surtout cet acquiescement &#224; un monde autre : ou comment s'armer de nouveau d'une force qu'on ignorait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser les effets politiques, c'est refuser de recevoir le&#231;on et c'est donc refuser d'en donner : c'est se placer dans l'&#233;criture sur un plan d'immanence semblable &#224; l'&#339;uvre &#8212; proposer une exp&#233;-rience aussi, pourquoi pas, ou du moins d&#233;crire sa propre travers&#233;e, postulant non qu'elle pourrait &#234;tre exemplaire, mais appelant &#224; &#234;tre poursuivie, saisie, prolong&#233;e &#8212; politique l'&#233;criture critique qui place-rait le lecteur dans cette position de ne pas se trouver en face d'un jugement &#224; partager, plut&#244;t devant l'&#233;tabli o&#249; sont d&#233;pos&#233;s les outils. Et charge &#224; chacun, critique et lecteur, de puiser l&#224; les armes de son &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc placer dans l'&#233;criture le contraire d'une foi : r&#233;cuser toute ambition de trouver, dans la r&#233;v&#233;lation d'une forme, l'expression d'un &#234;tre. C'est au contraire danser avec les possibles de soi et de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique, ce serait t&#226;cher en somme de dire &#171; comment nous habitons le temps, comment nous nous mouvons en lui, dans cette forme qui nous emporte, nous ramasse et nous &#233;largit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, L'image-temps, Cin&#233;ma-2, Paris, Minuit, 1985, p. 110.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, qu'entendre par critique qui ne soit pas pur geste de refus, de censeur, d'autorit&#233; du beau par au-dessus ou au-del&#224; ? Habitant souterrainement ce qui mine et r&#233;cuse l'assignation, il est logique que tu peuples aussi, la nuit o&#249; tu &#233;cris, la m&#233;lancolie &#8212; mais c'est aussi contre la m&#233;lancolie que tu &#233;cris, et contre ce qui t'obligerait &#224; ne pas &#234;tre m&#233;lancolique. Alors tu &#233;cris, seulement, un mot apr&#232;s l'autre, pour nommer cela aussi, ce temps que nous habitons traversant la m&#233;lancolie pour la placer derri&#232;re toi &lt;i&gt;comme la mort&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;crire, c'est ne plus mettre au futur la mort d&#233;j&#224; pass&#233;e, mais accepter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le spectacle que tu as vu n'est qu'un levier &#8212; tu es entr&#233; dans ce th&#233;&#226;tre pour en sortir &#8212; et cela aussi, cela surtout est politique : un levier pour soulever le monde autour, une mani&#232;re de puiser dans des formes certaines forces qui enveloppent les structures d'organisation du r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, tu sais la r&#233;ponse &#224; la critique de la critique, aussi ancienne que la critique : Politique, des critiques qui voudraient se sentir prot&#233;g&#233; derri&#232;re leur langue et leur &#233;cran ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est &#233;vident que l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes &#8212; phrase de Marx, qui continuait ainsi : la force mat&#233;rielle ne peut &#234;tre abattue que par la force mat&#233;rielle ; mais &#8212; ajoutait-il &#8212; la th&#233;orie se change, elle aussi, en force mat&#233;rielle, d&#232;s qu'elle p&#233;n&#232;tre les masses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Contribution &#224; la Critique de la philosophie du droit de Hegel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;videmment, tu sais que la voie des masses est en partie imp&#233;n&#233;trable &#8212; qu'il est un autre en-gagement : tu poss&#232;des avec lui le d&#233;sir de trouver des fr&#232;res d'armes et d'&#233;criture &#8212; tu les convoques, tu les provoques comme un adversaire de capoeira, et si tu partages la certitude que rien dans l'&#233;criture ne changera la face du monde, tu sais bien aussi que cette &#233;criture est planche d'appel, plut&#244;t que de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La critique aboutit donc &#224; l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de renverser toutes les conditions sociales &#8212; Marx encore, dans ce m&#234;me terrible texte &#8212; conditions sociales o&#249; l'homme est un &#234;tre abaiss&#233;, as-servi, abandonn&#233;, m&#233;prisable, qu'on ne peut mieux d&#233;peindre qu'en leur appliquant la boutade d'un Fran&#231;ais &#224; l'occasion de l'&#233;tablissement d'une taxe sur les chiens &#8220;Pauvres chiens ! on veut vous trai-ter comme des hommes !&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chiens toi-m&#234;me donc, aurais-tu dit, para&#238;t-il, &#224; Marx, mais par tendresse. &#171; Je ne veux pas &#234;tre accident&#233; comme un chien distrait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard-Marie Kolt&#232;s, Dans la solitude des champs de coton, op. cit., p. 56.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; avait d&#233;j&#224; dit le Client au Dealer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je te parlais de Blanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui, l'homme des barricades : &#171; celui qui ne pense pas aux ravitaillements des barricades a d&#233;j&#224; des morts sur les bras &#187;, aurait-il pu &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique, c'est se pr&#233;parer, c'est s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde de flux, de vitesse, de temps r&#233;el et d'information continue, comment penser l'&#233;criture critique dans un rapport lui-m&#234;me critique au monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barricade est cet espace de la s&#233;cession, et de l'assaut, du retrait, d&#233;sinstitu&#233; et reconstituant, d&#233;-l&#233;gitim&#233; et d&#233;l&#233;gif&#233;rant, d&#233;li&#233; et d&#233;lirant dans la mesure aussi o&#249; il relierait. Car la critique exige du temps et de l'arr&#234;t, exige dans ce temps pris, l'espace o&#249; le prendre, en dehors du temps et dans l'espace de nos vies. &lt;br class='autobr' /&gt;
Barricade est interruption et arr&#234;t, pos&#233; aux points strat&#233;giques de la ville pour en arr&#234;ter le flux et le redistribuer selon son d&#233;sir propre, dessiner une autre ville dans la ville ; car, la barricade, c'est l'arr&#234;t et le contraire de l'arr&#234;t. C'est l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Instruction pour une prise d'armes&lt;/i&gt;, Blanqui tire conceptuellement sur les barricades, res-ponsables du d&#233;sastre de 1848 &#8212; en 1868, il fait le pari d'une guerre de mouvement, o&#249; la barricade est un point de ralliement plut&#244;t qu'une r&#233;union de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espace de reconqu&#234;te &#8212; de nos territoires oniriques et sensibles, intelligibles aussi &#8212;, la cri-tique serait une barricade o&#249; se forge les armes de la pens&#233;e capable de reprendre pied ici et mainte-nant, non refuge ou territoire souverain &#8211;, plus s&#251;rement travail d'&#233;laboration de ce qui pourrait servir, plus tard, bient&#244;t, dans l'imminence des luttes &#224; venir, qui d&#233;j&#224; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une critique barricade, ce serait non pas ce retour aux glorieux embl&#232;mes des luttes pass&#233;es &#8212; plus glorieuses d'avoir &#233;t&#233; m&#233;lancoliquement vaincues, semble-t-il, m&#234;me chez une certaine gauche &#8212;, non, ce serait plut&#244;t cet espace d'organisation et de circulation paradoxale, ce lieu d'o&#249; l'assaut &#224; lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La critique, c'est se pr&#233;parer en utilisant les outils du monde d&#233;sirable et &#233;mancip&#233;. Ce serait cet amont de l'agir &#8212; ce serait se pr&#233;parer : localiser les territoires, et envisager la situation historique des formes et des figures, c'est consid&#233;rer le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations et c'est mesurer sa force et son cou-rage &#224; ce qui s'appr&#234;te historiquement &#224; avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique barricade, c'est ce moment juste avant, et ce lieu des soul&#232;vements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'arr&#234;te la peine que je t'inflige, ami, poursuivant sans l'achever une discussion d&#233;j&#224; longue, pas vraiment ancienne, toujours commen&#231;ante, et qui se poursuivra, ici ou ailleurs, au rendez-vous des soul&#232;vements &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5068 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-04-05_15-18-03.jpg?1478467269' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187; [1984], repris in &lt;i&gt;Dits et &#233;crits, 1954-1988,&lt;/i&gt; Tome 2, 1976-1988, Paris, Gallimard, 2001, p. 1393.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nous vous appelons &#224; partager ce qui ne se partage pas : la solitude &#187;, Jacques Derrida, &lt;i&gt;Politiques de l'amiti&#233;&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1994, p.329.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Breton, &#171; Le r&#234;ve aux cheveux blancs &#187;, in &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, tome 2, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;Une part de ma vie (entretiens)&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1999, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; D&#232;s qu'on pense, on affronte n&#233;cessairement une ligne o&#249; se jouent la vie et la mort, la raison et la foie, et cette ligne vous entraine. On ne peut penser que sur cette ligne de sorci&#232;re &#187;. Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Pourparlers (Entretiens avec Claire Parnet)&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1990, p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samuel Beckett, &lt;i&gt;Fin de partie&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1957, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton, &lt;/i&gt; Paris, Minuit, 1987, p. 56&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pier Paolo Pasolini, &lt;i&gt;Manifeste pour un nouveau th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;, 1968&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;L'image-temps, Cin&#233;ma-2&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1985, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#201;crire, c'est ne plus mettre au futur la mort d&#233;j&#224; pass&#233;e, mais accepter de la subir sans la rendre pr&#233;sente et sans se rendre pr&#233;sent &#224; elle, savoir qu'elle a eu lieu, bien qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e, et la reconna&#238;tre dans l'oubli qu'elle laisse. &#187; Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'&#233;criture du d&#233;sastre&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1980, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Contribution &#224; la Critique de la philosophie du droit de Hegel&lt;/i&gt; [1844], Introduction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard-Marie Kolt&#232;s, &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton,&lt;/i&gt; op. cit., p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Colloque &#224; Lyon | &#171; L'indiscipline dramaturgique &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/article/colloque-a-lyon-l-indiscipline-dramaturgique</link>
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		<dc:date>2019-03-22T14:26:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_dramaturgie</dc:subject>
		<dc:subject>_universit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>_Lyon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Colloque &#224; Lyon&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/" rel="directory"&gt;LIENS, BR&#200;VES, ANNONCES | DAZIBAO&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_dramaturgie" rel="tag"&gt;_dramaturgie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_universite" rel="tag"&gt;_universit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lyon" rel="tag"&gt;_Lyon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2329.jpg?1553264766' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Du 25 au 27 mars, &#224; l'ENS Lyon, se tiendra le colloque &#171; &lt;a href=&#034;http://www.ens-lyon.fr/evenement/recherche/lindiscipline-dramaturgique-territoires-de-la-dramaturgie?ctx=contexte&amp;fbclid=IwAR3yAqjQBiZYAddO2VI5PINzIsD3CvDJHA__WnPtlhxnWHLGtFWeeT_oP6U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'indiscipline dramaturgique. Territoires de la dramaturgie&lt;/a&gt; &#187; organis&#233; par Olivier Neveux et Anne Pellois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y parlerai de ma pratique de la dramaturgie - pr&#233;texte &#224; me poser des questions sur ces enjeux d'&#233;criture, et leur port&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#appel&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La pr&#233;sentation du colloque&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#programme&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Le programme du colloque&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#proposition&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Ma proposition de communication&lt;/a&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;appel&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Pr&#233;sentation du colloque&lt;/center&gt;&lt;/big&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Responsables : Olivier Neveux et Anne Pellois (IHRIM &#8211; UMR5317 &#8211; Ens de Lyon)&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'appelle le dramaturge, mais je ne sais pas vraiment ce que je suis, ni si les autres dramaturges font le m&#234;me m&#233;tier que moi &#187;. Voici comment Joseph Danan ne d&#233;finit pas, dans Qu'est-ce que le th&#233;&#226;tre ? (Biet et Triau) la figure du dramaturge. C'est l&#224; une difficult&#233; r&#233;currente : les contours d'une telle fonction ne se laissent pas facilement identifier. La liste est longue qui vise d'ailleurs &#224; la d&#233;finir : tour &#224; tour conseiller litt&#233;raire ou artistique (M. Bataillon), &#171; grosse oreille &#187; (M. Stuart), &#171; &#339;il ext&#233;rieur &#187;, estomac, chercheur, &#171; homme des notes de bas de page &#187; (J. Danan), traducteur, passeur, confident, r&#233;p&#233;titeur, &#171; flic du sens &#187; (A. Vitez).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreuses sont &#233;galement les tentatives qui tentent de d&#233;crire le &#171; travail &#187; ou la &#171; d&#233;marche &#187; plus que le dramaturge, voire cherchent &#224; identifier, tel Bernard Dort, l'&#171; &#233;tat d'esprit dramaturgique &#187;, formule qui permet d'&#233;viter toute cristallisation sur une personne et sur un type d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce colloque entend moins s'interroger sur l'identit&#233; du dramaturge ou les contours de son activit&#233;, que sur les formes et les modalit&#233;s que prend ce travail. Jean Jourdheuil a propos&#233; la m&#233;taphore du cambriolage. Il s'agit de prendre cette hypoth&#232;se au s&#233;rieux. Et si ce &#171; roi sans pays &#187; (C. Marthaler) &#233;tait en fait de tous les territoires ? La question est bien celle de &#171; l'indiscipline &#187;, de la fa&#231;on dont la dramaturgie mobilise, convoque, traverse, emprunte, m&#234;le, colle des champs disciplinaires distincts &#8212; du champ de l'art &#224; celui des sciences humaines et des sciences exactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indiscipline se distingue tout autant d'une perspective pluri-disciplinaire qui superposerait des savoirs, comme autant de cautions scientifiques ou &#233;rudites pour le spectacle &#224; venir, que d'une d&#233;marche inter-disciplinaire, tant la sc&#232;ne conditionne et aimante toute autre discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder la dramaturgie comme geste indisciplin&#233; n'a pas pour objectif de la parer d'une quelconque subversion syst&#233;matique ni, par ailleurs, d'opposer &#224; la &#171; rigueur &#187; des un.es la d&#233;sinvolture des sp&#233;cialistes de tout, encore qu'il faille s'interroger sur ce qui diff&#233;rencie l'indisciplin&#233; de l'amateur et de l'&#233;rudit. Il s'agit par cette proposition de tenter de rendre compte de la singularit&#233; d'une pratique d&#233;termin&#233;e par l'horizon sc&#233;nique (ses n&#233;cessit&#233;s et ses particularit&#233;s), organiquement li&#233;e &#224; un processus de cr&#233;ation. En quelque sorte : interroger moins la place du dramaturge que la fa&#231;on dont chacun.e travaille et le type de &#171; savoir &#187; singulier qui les mobilise concr&#232;tement et les justifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colloque qui rassemblera praticiens et th&#233;oriciens a pour dessein d'explorer cette hypoth&#232;se, de l'amender, de la construire. Il prendra pour objet des exp&#233;riences concr&#232;tes de travail dramaturgique, rapport&#233;es par celles et ceux qui les ont men&#233;es, ou &#233;tudi&#233;es suivant des angles esth&#233;tiques, historiques, politiques, &#233;pist&#233;mologiques par des chercheur.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seront privil&#233;gi&#233;es les exp&#233;riences qui convoquent notamment des champs disciplinaires distincts de celui des arts de la sc&#232;ne, afin de d&#233;terminer les apports singuliers provoqu&#233;s par ces emprunts &#8212; tout autant que leurs &#233;ventuels dangers ou limites. Qu'en est-il des rapports entre savoir(s), connaissance(s), &#233;pist&#233;mologie et cr&#233;ation th&#233;&#226;trale ? Comment penser l'&#171; impropre &#187; de la d&#233;marche dramaturgique et les enjeux qui le sous-tendent ? Il s'agira en outre de rep&#233;rer dans quelle mesure et selon quel mode sp&#233;cifique les outils m&#233;thodologiques d'un champ peuvent s'adapter &#224; la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;AXES DE RECHERCHE&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les questionnements suivants pourront guider les propositions d'interventions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Historicit&#233; de l'indiscipline. &#171; L'indiscipline &#187; dramaturgique a-t-elle suscit&#233; ou nourrit-elle des r&#233;serves ou des objections ? Peut-on rep&#233;rer des supr&#233;maties ou des h&#233;g&#233;monies disciplinaires &#224; certaines p&#233;riodes de l'histoire de la dramaturgie ? Quelles en furent les cons&#233;quences pour les &#339;uvres et pour la pratique dramaturgique elle-m&#234;me ? Et comment envisager ou caract&#233;riser, en regard, notre pr&#233;sent ?
&lt;br /&gt;&#8212; Actualit&#233; de l'indiscipline. Les formes contemporaines que prend la dramaturgie ont-elles recours &#224; de nouveaux champs disciplinaires, ou des &#233;tudes (studies) d'objets auparavant ignor&#233;s ? La r&#233;ception dramaturgique des &#339;uvres contemporaines (leur analyse), n&#233;cessite-t-elle le recours &#224; des champs disciplinaires nouveaux ? La notion d'&#171; indiscipline &#187; est-elle ad&#233;quate aux pratiques dramaturgiques contemporaine ?
&lt;br /&gt;&#8212; (Se) former &#224; l'indiscipline. Comment transmettre l'indiscipline ? Quelles en seraient les pr&#233;ventions &#233;thiques, politiques voire scientifiques ? &lt;br /&gt;&#8212; L'indiscipline dramaturgique a-t-elle des incidences sur la constitution du champ des &#233;tudes th&#233;&#226;trales ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;programme&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Programme du colloque&lt;/big&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;Lundi 25 mars (D2.128)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 13h30. Ouverture du colloque en pr&#233;sence de Yanick Ricard, Vice-pr&#233;sident Recherche, et Olivier Bara, directeur de l'IHRIM (UMR 5317). Olivier Neveux et Anne Pellois (IHRIM, Ens de Lyon) : &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; 14h30. &#171; Un th&#233;&#226;tre troubl&#233; &#187;, Entretien avec Jean-Fran&#231;ois Peyret (Metteur en sc&#232;ne).&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; 15h30. &lt;i&gt;Enseigner l'indiscipline dramaturgique&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par A-F. Benhamou.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enzo Cormann (&#201;crivain - ENSATT) : &#171; Dramaturgie : une utopie autopo&#239;&#233;tique &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Juliette de Beauchamp (Ecole sup&#233;rieure du Th&#233;&#226;tre National de Strasbourg (Dramaturgie) &#8211; Ens de Lyon) : &#171; (Se) former &#224; l'indiscipline : point de vue strasbourgeois &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sylvain Diaz (Universit&#233; de Strasbourg) : &#171; &#8220;Une entreprise peut-&#234;tre d&#233;sesp&#233;r&#233;e&#8221; : de la dramaturgie &#224; l'universit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; 18h. &lt;i&gt;Table ronde&lt;/i&gt; : l'indiscipline comme formation dramaturgique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mod&#233;r&#233;e par Anne Pellois (Ens de Lyon).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avec Sabine Quiriconi (Dramaturge - Universit&#233; Paris Nanterre), Jorge Loura&#231;o Figueira (ESMAE, Portugal).&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; 20h. &lt;i&gt;Le&#231;on publique de dramaturgie&lt;/i&gt; : Michel Bataillon
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S&#233;ance publique - Th&#233;&#226;tre Kantor. Traduire &lt;i&gt;La Bataille&lt;/i&gt; d'Heiner M&#252;ller, avec des &#233;tudiant&#183;e&#183;s du parcours de master &#171; Dramaturgies &#187; de l'ENS de Lyon et du d&#233;partement &#171; Ecrivains &#8211; Dramaturges &#187; de l'Ensatt&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Mardi 26 mars (D2.128)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 9h30. &lt;i&gt;Dramaturgie et musique&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Beno&#238;t Haug
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Catherine Ailloud-Nicolas (Dramaturge, Universit&#233; Lyon 1) : &#171; Le dramaturge non musicologue &#224; l'op&#233;ra : une indiscipline probl&#233;matique ? &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Antonio Cuenca Ruiz (Dramaturge, th&#233;&#226;tre de la Monnaie, Bruxelles) : &#171; Le dramaturge &#339;uvrant &#224; sa propre caducit&#233; : Le cas de &lt;i&gt;La Cl&#233;mence de Titus&lt;/i&gt; (Salzbourg, 2017) &#187;.
&lt;br /&gt;&#8212; 11h. &lt;i&gt;Exp&#233;riences dramaturgiques&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Arnaud Ma&#239;setti.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Joseph Danan (Dramaturge - Universit&#233; Paris 3) : &#171; Du feu crois&#233; des disciplines au geste artistique indisciplinaire : un parcours &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Christophe Triau (Dramaturge - Universit&#233; Paris Nanterre) : &#171; &#034;&#8230; comme la poudre dans un feu d'artifice&#034; &#187;.
&lt;br /&gt;&#8212; 14h. &lt;i&gt;Disciplines et indisciplines dramaturgiques&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Julie Sermon.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Anne-Fran&#231;oise Benhamou (Dramaturge - ENS Paris-PSL) : &#171; Psychanalyse et dramaturgie : la fin d'une idylle &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mireille Losco-Lena (ENSATT) : &#171; A l'&#233;cole de la m&#233;decine : conditions historiques de l'&#233;mergence de la pratique dramaturgique &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Yoan Miot (&#233;cole d'urbanisme de Paris, Paris Est Marne la Vall&#233;e), Arthur Fourcade (com&#233;dien, metteur en sc&#232;ne, CollectifX) : &#171; De l'usage du protocole dans la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale : l'exemple de &lt;i&gt;VILLES&lt;/i&gt;# &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Anna Mirabella (Universit&#233; de Nantes) : &#171; Dramaturgie de l'histoire du temps pr&#233;sent. &#201;tude sur le spectacle &lt;i&gt;Mort accidentelle d'un anarchiste&lt;/i&gt; (1970) de Dario Fo &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Marion Boudier (Dramaturge &#8211; Universit&#233; d'Amiens) : &#171; Une communaut&#233; d'enqu&#234;te : dramaturgie prospective et documentation de plateau pour la cr&#233;ation de &lt;i&gt;&#199;a ira (1) Fin de Louis&lt;/i&gt; de Jo&#235;l Pommerat &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212;19h. &lt;i&gt;Une le&#231;on de dramaturgie&lt;/i&gt; : Waas Gramser de Comp.Marius
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S&#233;ance publique - Th&#233;&#226;tre Kantor, autour des &lt;i&gt;Enfants du paradis&lt;/i&gt; de Jacques Pr&#233;vert (cr&#233;ation 2019-2020), avec des &#233;tudiant&#183;e&#183;s du parcours master &#171; Dramaturgies &#187; de l'Ens de Lyon et du D&#233;partement &#171; Ecrivains - Dramaturges &#187; de l'Ensatt.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Mercredi 27 mars (D2.034)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 9h30. &lt;i&gt;Indiscipline et non discipline&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Anne Pellois.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Philippe Manevy (Universit&#233; de Montr&#233;al / Canada - Universit&#233; Lumi&#232;re Lyon 2) : &#171; Y a-t-il un dramaturge dans la salle ? Situer la dramaturgie dans le th&#233;&#226;tre qu&#233;b&#233;cois contemporain &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ronald Geerts (Vrije Universiteit Brussel / Belgique), Esther Severi (Kaaitheater / Belgique) : &#171; &#8220;The ongoing moment&#8221;. Marianne Van Kerkhoven's poetics of dramaturgy and its influence on contemporary theatrical practice &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; 11h. &lt;i&gt;Dramaturgie et performance&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Christophe Triau.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le&#239;la Adham (Dramaturge - Universit&#233; de Poitiers) : &#171; Le dramaturge et l'acteur : &#233;tude de cas &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Christophe Alix (ESA LE 75, Bruxelles) : &#171; Performance et dramaturgie : divergences et convergences &#187;.
&lt;br /&gt;&#8212; 14h. &lt;i&gt;L'indiscipline de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, Mod&#233;r&#233;e par Olivier Neveux
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Arnaud Ma&#239;setti (Universit&#233; Aix-Marseille) : &#171; Dialectique &#224; l'arr&#234;t. Dramaturgie, &#233;criture et plateau. &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gilles Jacinto (Universit&#233; Toulouse Jean Jaur&#232;s) : &#171; Queeriser la dramaturgie. Apports des th&#233;ories queer pour une dramaturgie indisciplin&#233;e &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Marilou Craft (dramaturge &#8211; Montr&#233;al / Canada) : &#171; Dramaturgie et militantisme &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; 16h. &lt;i&gt;Table ronde&lt;/i&gt; : &#171; Indiscipline dramaturgique : enjeux &#233;thiques et perspectives politiques &#187;, Mod&#233;r&#233;e par Olivier Neveux (Ens de Lyon)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avec Adeline Rosenstein (metteure en sc&#232;ne) et Anne-Sophie Sterck (com&#233;dienne).&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;proposition&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;big&gt;Ma proposition de communication &lt;/center&gt;&lt;/big&gt;
&lt;center&gt;Dramaturgie, &#233;critures, et plateau&lt;br&gt;
Dialectique &#224; l'arr&#234;t&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[/La dialectique &#224; l'arr&#234;t [&#8230;], c'est le roc du haut duquel le regard plonge dans ce flot des choses &#233;voqu&#233; par une chanson qu'ils chantent &#224; Jehoo, cette ville &#171; toujours remplie&#8230; et o&#249; personne ne reste &#187;. &lt;br&gt;
Walter Benjamin, &lt;i&gt;Essais sur Brecht&lt;/i&gt;/]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;br/&gt;
Depuis 2011, j'interviens aupr&#232;s de la compagnie La Controverse. Intervenir ? Peut-&#234;tre est-ce le mot ; non comme des forces (de l'ordre) interviennent pour pr&#233;venir tel trouble &#224; l'ordre public, ou comme des secours interviennent apr&#232;s un accident. Au contraire, l'intervention dramaturgique prend soin ici de ne jamais se s&#233;parer du moment de la cr&#233;ation &#8212; dans la fabrique d'&#233;critures appel&#233;es par la sc&#232;ne, ou qu'elles provoqueraient, comme un adversaire. Mais cette cr&#233;ation ne peut avoir lieu qu'en amont du travail dramaturgique. Pourtant, c'est bien cette dialectique que travaillerait un travail dramaturgique qui voudrait constituer par l'&#233;criture un processus qui serait celui-l&#224; m&#234;me que la sc&#232;ne se proposerait &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois spectacles de la compagnie, mis en sc&#232;ne par J&#233;r&#233;mie Scheidler, ont &#233;t&#233; l'occasion d'exp&#233;rimenter un protocole de travail et une fa&#231;on d'y mettre fin. Trois spectacles pens&#233;s s&#233;par&#233;ment, mais qui auront &#233;t&#233; le territoire et la carte d'une mani&#232;re de travailler en continu. Un seul &#233;t&#233; (2014), d'apr&#232;s L'&#201;t&#233; 80 de Marguerite Duras ; Layla, &#224; pr&#233;sent je suis au fond du monde (2016) ; et Lisi&#232;res (en cours d'&#233;criture &#8211; cr&#233;ation 2019) : depuis le travail de montage (avec Un Seul &#233;t&#233;), &#224; celui de r&#233;&#233;criture d'un t&#233;moignage (avec Layla), jusqu'&#224; un travail de composition d'un texte &#224; partir d'improvisations de com&#233;diens (Lisi&#232;res), l'enjeu dramaturgique aura port&#233; sur des relations troubl&#233;es entre le texte et les corps, d'une faille &#224; l'&#339;uvre au pr&#233;sent de la repr&#233;sentation entre l'exp&#233;rience sensible et la possibilit&#233; de la traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'enjeu du travail du texte n'est plus l'un des constituants du spectacle &#8212; dont le dramaturge aurait charge de donner, voire d'&#233;tablir une coh&#233;rence &#8212;, mais la fabrique d'un n&#339;ud fragile des constituants entre eux, travaillant &#224; la fabrique d'un champ de forces (vid&#233;o, lumi&#232;re, musique, corps, espace).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant sur ces trois exp&#233;riences de travail &#8212; les hypoth&#232;ses qui les ont men&#233;s, les impasses rencontr&#233;es, les strat&#233;gies pour les affronter &#8212;, il s'agirait de construire une dialectique capable de nommer une pratique de travail, non pas pos&#233;e sur un travail sc&#233;nique, ou &#224; c&#244;t&#233; et qui viserait &#224; le justifier, mais avec lui et en son dedans m&#234;me, quand bien m&#234;me cette pratique ne rel&#232;verait pas de la mise en sc&#232;ne et qu'elle aurait lieu en amont. Dialectique &#224; l'arr&#234;t, donc &#8211; non pas dehors et dedans du travail, ni texte &#224; l'&#233;cart des corps, mais mouvement propre &#224; la dramaturgie, rejoignant par l&#224; certains buts que se proposent certains arts de la sc&#232;ne aujourd'hui dans leur d&#233;sir politique, s'identifiant m&#234;me &#224; eux, car tous deux choisissent de faire finalement de l'&#233;criture du monde &#8211; la distribution de signes &#233;pars hors l'espace de sa l&#233;gitimation &#8212; une adresse lev&#233;e comme un mouvement d'affrontement au monde : &#171; faire jaillir haut l'existence hors du lit du temps et la laisse miroiter dans le vide un instant, afin de la coucher &#224; neuf dans son lit. &#187; (W. Benjamin)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'apr&#232;s Untitled de Zoukak</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/recherches-articles-communications/article/d-apres-untitled-de-zoukak</link>
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		<dc:date>2018-12-10T13:48:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_essai critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Liban</dc:subject>
		<dc:subject>_Beirut, Liban</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention &#224; la journ&#233;e d'&#233;tude &#171; Le th&#233;&#226;tre libanais comme forme et &#233;criture de la r&#233;volte &#187;, Universit&#233; Libanaise, Beyrouth, 4 d&#233;cembre 2018&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_essai-critique" rel="tag"&gt;_essai critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_liban" rel="tag"&gt;_Liban&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_beirut-liban" rel="tag"&gt;_Beirut, Liban&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2240.jpg?1544449226' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='63' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 4 d&#233;cembre 2018 a eu lieu &#224; Beyrouth une journ&#233;e d'&#233;tude sous le th&#232;me &#171; Le th&#233;&#226;tre libanais, forme et &#233;criture de la r&#233;volte &#187;, organis&#233;e par l'Universit&#233; Libanaise et Aix-Marseille Universit&#233;, et qui rassemblait chercheurs et artistes autour des enjeux dramatiques et politiques des th&#233;&#226;tralit&#233;s libanaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici mon intervention, sur le spectacle du collectif beyrouthin Zoukak, &lt;i&gt;Untitled&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;au sujet duquel j'avais &#233;crit une critique&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la question de la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_6803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0035.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0035.jpg?1544449376' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous n'avons pas un d&#233;sir de r&#233;volution, nous en avons un besoin &#187; &#8211; par cette phrase, le philosophe Daniel Bensa&#239;d rendait sa n&#233;cessit&#233; &#224; ce double geste de refus et de refondation par quoi la r&#233;volution &#8211; celle qui vise un changement radical de monde, dans ses structures politiques et anthropologiques &#8211; n'&#233;tait pas ce d&#233;sir pu&#233;ril de changement, mais bien ce &#224; quoi finalement le monde, dans sa marche ha&#239;ssable, nous obligeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette phrase r&#233;pondait, comme un &#233;cho dissonant, le mot d'Alain Badiou : &#171; la t&#226;che du th&#233;&#226;tre est de transformer le besoin de r&#233;volution en d&#233;sir &#187; &#8211; et dans le vertige des besoins et des d&#233;sirs, le th&#233;&#226;tre interviendrait d&#232;s lors pour gripper et relancer la machine, redevenir cette pratique de transformation &#8211; non pas du monde, vieille illusion sur laquelle s'est perdue bien des th&#233;&#226;tralit&#233;s qui croyaient au vertu de l'incantation &#8211;, mais transformation manifeste, de la n&#233;cessit&#233; &#224; la pulsion de faire de cette n&#233;cessit&#233; une r&#233;alit&#233; o&#249; la vie serait possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette dialectique politique et esth&#233;tique, ce vertige fix&#233; comme un programme si cher &#224; Andr&#233; Breton (&#171; changer la vie a dit Rimbaud, changer le monde a dit Marx, ces deux mots d'ordre ne sont qu'un &#187;), s'ajouterait une autre dialectique, que le programme de cette journ&#233;e d'&#233;tude appelle, ou lance comme une rage de dent. C'est la vieille opposition entre r&#233;volte et la r&#233;volution (la r&#233;volte est pr&#233;cis&#233;ment le contraire de r&#233;volution, selon le mot c&#233;l&#232;bre de Victor Hugo) opposition qui se pose entre moi et le th&#233;&#226;tre aujourd'hui, avec cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opposition, Georges Bataille s'est fond&#233; sur elle pour t&#226;cher rien de moins que de dresser une nouvelle subjectivit&#233;. Celle-ci entre dans un jeu de parall&#232;le et de dissonance avec la subjective r&#233;volutionnaire, marxiste : contre le programme, le geste ; contre l'&#233;conomie, la d&#233;pense ; contre le but, l'errance ; contre la ville, les ruines ; contre la po&#233;sie, le d&#233;sordre ; et contre la r&#233;volution, la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, Bataille est bien l'h&#233;ritier de Blanqui, l'homme des barricades en mouvement, le penseur de l'instruction pour une prise d'armes, pour qui justement, contrairement &#224; ses amis et adversaires r&#233;volutionnaires, consid&#233;raient la r&#233;volte comme salutaire pr&#233;cis&#233;ment en ce qu'elle ne pr&#233;voyait pas les effets qu'elle proposait, en ce qu'elle &#233;tait sa r&#233;alisation dans la pratique, en ce qu'elle &#233;tait enfin, comme le disait Bataille, l'absence d'avoir un but, et que c'&#233;tait l&#224; son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, s'agissant du th&#233;&#226;tre, n'y aurait-il pas ici comme un chemin de traverse entre ces dialectiques, et une voie possible pour l'insubordination : si le th&#233;&#226;tre consiste pr&#233;cis&#233;ment non pas &#224; valider la marche du monde, mais justement peut-&#234;tre &#224; faire lever des espaces o&#249; la Cit&#233; s'interrompt, o&#249; elle vient se briser sur lui, o&#249; comme les vagues elle vient &#233;chouer. Et l'&#233;chec de la Cit&#233;, ce serait ce mouvement d'un th&#233;&#226;tre capable d'&#234;tre cette parole de l'&#224;-c&#244;t&#233; et du vis-&#224;-vis, de la mise en regard des choses par quoi on envisage celles-ci et les d&#233;visagent, et se posent en faux : cette porte &#224; faux, cette mise en d&#233;faut que le th&#233;&#226;tre organise, face au monde, &#224; sa marche, n'est-ce pas un geste justement de r&#233;volte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas &lt;i&gt;r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt; : car a-t-on d&#233;j&#224; vu un th&#233;&#226;tre bouleverser en sa s&#233;ance m&#234;me les m&#233;canismes du march&#233; et soulever &#224; sa suite les masses pour renverser un gouvernent ? Non pas r&#233;volutionnaire, non, car que penserait-on d'un th&#233;&#226;tre qui serait un programme, l'espace d'une &#233;conomie de moyens ; que ferait-on d'un th&#233;&#226;tre qui serait un po&#232;me, c'est-&#224;-dire un th&#233;&#226;tre et seulement un th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t aurions nous besoin de th&#233;&#226;tre de la r&#233;volte : qui serait pratique et gestes, et invention de gestes ; qui serait absence de plan &#8211; qui se l&#232;verait pr&#233;cis&#233;ment sans programmer son spectateur [th&#233;&#226;tre non pas pour un spectateur : mais devant un spectateur] (programmer l'autre, anticiper ses effets, et agir en fonction de ce qu'on attend qu'il fera : n'est-ce pas justement, le programme r&#233;actionnaire, fascisant, des gouvernants qui font de la politique un instrument de contr&#244;le des populations ?) : th&#233;&#226;tre au contraire qui serait le contraire du programme, plut&#244;t qui ferait le pari d'un spectateur : qui ne le construirait pas mais lui donnerait la possibilit&#233; de se construire. Plut&#244;t la d&#233;livrance de forces, donc, l'interruption du sens, plut&#244;t la diffusion d'intensit&#233; : qui serait non pas r&#233;volutionnaire (t&#226;che laiss&#233;es aux masses, aux foules constitu&#233;es), mais qui serait tout entier r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte comme un double geste de r&#233;cusation et de choix : refuser un monde pour en pr&#233;f&#233;rer un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dessiner une &#233;pist&#233;mologie de la r&#233;volte, voire son anthropologie, et m&#234;me sa po&#233;tique (je t&#226;cherai peut-&#234;tre d'en proposer une esquisse &#224; travers un exemple pris dans le th&#233;&#226;tre libanais), mais s'agissant d'art et de th&#233;&#226;tre, et dans le monde qui est le n&#244;tre o&#249; le politique est devenu affaire technique et de chiffres, je voudrai justement proposer une contre-lecture politique de la r&#233;volte, en se pla&#231;ant sur le terrain des affects, dans le prolongement d'une philosophie politique r&#233;cente qui les r&#233;habilitent, de Sandra Laugier, ou diff&#233;remment Chantal Mouffe, et surtout Fr&#233;d&#233;ric Lordon (voire La soci&#233;t&#233; des affects) et Marielle Mac&#233;, dans son dernier ouvrage Sid&#233;rer, consid&#233;rer, Migrants en France, 2017) : et avec ce mot de r&#233;volte, l'affect qui vient &#224; la fois le constituer et le relancer, c'est la col&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ce qui suit doit &#224; la lecture de l'ouvrage r&#233;cent de Marielle Mac&#233;, Sid&#233;rer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La col&#232;re fait deux choses, &#233;crit Pierre Pachet, elle modifie le monde autour de celui qui est en col&#232;re [&#8230;], mais elle change aussi celui qui en est le si&#232;ge, elle le rend &#224; ses propres yeux plus fort, quasi invuln&#233;rables ou invincibles. [&#8230;]. Dans l'&#233;volution, si la col&#232;re est venue aux primates que nous sommes, c'est sans doute justement pour nous pr&#233;parer &#224; certains types de combats. [&#8230;] La col&#232;re est volontiers lyrique : il y a des col&#232;res inarticul&#233;es, bien s&#251;r, mais la col&#232;re [&#8230;] chez l'homme le plus inculte, cherche un rythme, cherche une r&#233;gularit&#233;. Il me semble que les hommes, ou les femmes bien entendu, spontan&#233;ment lorsqu'ils parlent d'amour cherchent quelque chose de beau dans l'expression, aussi incultes soient-ils, certainement une des sources du sentiment du beau, mais la col&#232;re est aussi donatrice de rythme, donatrice de r&#233;gularit&#233;, dans son emportement m&#234;me. Evidemment ce sont d'autres formes de beaut&#233;. La col&#232;re est horrible aussi, mais elle cherche : elle cherche par exemple &#224; marteler, elle chercher &#224; r&#233;it&#233;rer, elle cherche &#224; se relancer ; elle est une fa&#231;on de puiser en soi une &#233;nergie qui peut &#234;tre en effet une des sources de l'art oratoire, de l'invention intellectuelle, de la pr&#233;cision, en m&#234;me temps qu'une source de destruction . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re, c'est l'expression d'un soul&#232;vement &#224; l'&#233;gard de ce &#224; quoi l'on tient. C'est pourquoi elle est souvent politique, parce que souvent li&#233; &#224; une valeur &#8211; celle qu'on choisit, celle qu'on r&#233;cuse. On se met en col&#232;re, quand quelque chose &#224; quoi on tient est n&#233;glig&#233;, ou tenu pour peu, par d'autres et saccag&#233;. Ce quelque chose peut &#234;tre soi-m&#234;me (il y a des col&#232;res narcissiques), mais tout &#224; fait autre chose aussi : un &#233;tat du monde reconnu par la col&#232;re comme semblable, ou fr&#232;re ; un appel de justice : et dans ce cas, la col&#232;re ne dit pas &#171; je &#187;, elle dit &#171; nous &#187;, elle dit &#171; moi aussi, malgr&#233; l'&#233;loignement, je suis proche, j'en suis proche, affectivement, et politiquement &#187;. La col&#232;re est l'expression de ceux qui sont intimement bless&#233;s par un affront fait &#224; la r&#233;alit&#233; et aux autres. Et dans cette dialectique entre je et nous , le th&#233;&#226;tre se dresse pour se faire la voix non seulement de ceux que le monde a &#233;t&#233; bless&#233;, mais de la col&#232;re. La col&#232;re n'est pas &#224; cet &#233;gard une &#233;motion ou un temp&#233;rament, mais le souci de ceux qui cherchent &#224; se rendre attentif &#224; quelque chose qui a &#233;t&#233; bless&#233; &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Le monde va finir, &#233;crit Baudelaire. La seule raison, pour laquelle il pourrait durer, c'est qu'il existe. Que cette raison est faible, compar&#233;e &#224; toutes celles qui annoncent le contraire, particuli&#232;rement &#224; celle-ci : Qu'est-ce que le monde a d&#233;sormais &#224; faire sous le ciel ? Je demande &#224; tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie.[&#8230;] Le soir o&#249; cet homme a vol&#233; &#224; la destin&#233;e quelques heures de plaisir, berc&#233; dans sa digestion, oublieux &#8212; autant que possible &#8212; du pass&#233;, content du pr&#233;sent et r&#233;sign&#233; &#224; l'avenir, enivr&#233; de son sang-froid et de son dandysme, fier de n'&#234;tre pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit, en contemplant la fum&#233;e de son cigare : &#171; Que m'importe o&#249; vont ces consciences ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que j'ai d&#233;riv&#233; dans ce que les gens du m&#233;tier appellent un hors-d'&#339;uvre. Cependant, je laisserai ces pages, &#8212; parce que je veux dater ma col&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Si justement Baudelaire ne reste pas &#224; contempler son cigare mais &#233;crit, mais montre, c'est parce qu'il veut date sa col&#232;re : et m&#234;me que l'art n'est peut-&#234;tre pas autre chose que la datation de la col&#232;re, cette intervention dans la conjoncture qui signe par une date l'appartenance &#224; un monde en m&#234;me temps qu'un refus de ce monde, qui blesse et outrage. Je veux dater ma col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/arton2228.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/arton2228.jpg?1544449438' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;11 novembre 2018, c'est la date de cette col&#232;re-ci. Au Nord de Beyrouth, vers la Karantina, pr&#232;s de River Bridge, le Studio du collectif Zoukak est ce soir-l&#224; le si&#232;ge de cette r&#233;volte face &#224; une blessure faite au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Th&#233;&#226;tre d'intervention en situation d'urgence &#187;, &#171; approche th&#233;rapeutique des drames de l'histoire &#187;, &#171; action sociale engag&#233;e &#187;, Zoukak t&#226;che de se nommer dans de singuli&#232;res formules qui travaillent le th&#233;&#226;tre contre lui (contre une forme constitu&#233;e) en le frottant au monde, et en t&#226;chant de destituer les formes que prennent le monde sur lui. Au risque aussi de troubler les fronti&#232;res entre artistes et travailleurs sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Th&#233;&#226;tre d'urgence sociale : action sociale engag&#233;e. &#187; Et imm&#233;diatement, fraie un soup&#231;on, comme le mauvais g&#233;nie du th&#233;&#226;tre r&#233;volt&#233; : ses impasses et ses illusions. Avec le collectif Zoukak, et &#224; travers cette derni&#232;re pi&#232;ce, &lt;i&gt;Untitled&lt;/i&gt;, mis en sc&#232;ne par Omar Abi Azar, j'aimerais envisager quelques uns des pi&#232;ges et des illusions d'un th&#233;&#226;tre social &#8211; qui sont les pi&#232;ges que tendent la r&#233;volte elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a un pi&#232;ge de la r&#233;volte, que soulevait Victor Hugo : la r&#233;volte est d&#233;sordonn&#233;e et st&#233;rile alors que la r&#233;volution produit des mondes ; la r&#233;volte d&#233;truit, elle est port&#233;e par des &#233;meutes, alors que la r&#233;volution transforme des masses en un peuple. La r&#233;volte n'est que le contentement d&#233;foulant des pulsions, alors que la r&#233;volution sublime les refoul&#233;s comme l'artiste ses pulsions de morts dans l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le th&#233;&#226;tre, de ce point de vue, se contente d'&#234;tre seulement r&#233;volt&#233;, il s'en r&#233;jouira peut-&#234;tre, mais : et alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pi&#232;ge ainsi d'en rester au stade de la r&#233;volte qui (nous) fait du bien, et ne trouble en rien leur ordre ha&#239;ssable des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;volte &#233;tait une fin : ce serait &#224; cet &#233;gard une impasse. Mais si c'&#233;tait le moyen, une br&#232;che, une ouverture : une dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins une opposition qu'une dialectique donc, un jeu patient de l'Histoire entre r&#233;volte et r&#233;volution &#8211; entre la col&#232;re qu'inspire les mondes vieux et bien pr&#233;sents, et la joie des mondes neufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans cette dialectique, l'art, le th&#233;&#226;tre y jouerait un r&#244;le : un r&#244;le de r&#233;amorce et de transformation : transformation de la peine en col&#232;re, et r&#233;amorce d'une ouverture : qu'une autre fin du monde serait possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Untitled n'est en rien exemplaire d'un th&#233;&#226;tre de la r&#233;volte ou de la col&#232;re, mais il m'a sembl&#233; comme une sorte de cas qui interrogeait en lui-m&#234;me, et avec ses forces, ce que peut un tel th&#233;&#226;tre, ce qu'il ne peut pas, ses limites, et combien il faut les &#233;prouver, les tester, parfois franchir ces limites au risque de voir l'illusion pour mieux en retour r&#233;amorcer le sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cas, donc, qui s'exposait au risque des illusions et peut-&#234;tre m&#234;me au nom des pi&#232;ges d'un th&#233;&#226;tre pauvrement r&#233;volt&#233;, st&#233;rilement emport&#233; dans un beau geste de contestation qui ne g&#232;ne en rien ceux qu'il conteste, et s'en accommode m&#234;me plut&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre ? D&#233;j&#224; le mot lui-m&#234;me un pi&#232;ge. Parce qu'il y a le soup&#231;on de l'art, de l'instrumentalisation esth&#233;tique d'un sujet, de son esth&#233;tisation qui en fait sa p&#226;ture. Th&#233;&#226;tre, seulement th&#233;&#226;tre, quand Zoukak voudrait faire de l'intervention d'urgence : voudrait t&#233;moigner de la col&#232;re, de la blessure : th&#233;&#226;tre seulement ? Mais th&#233;&#226;tre quand m&#234;me : et dans ce quand m&#234;me, il n'y aurait pas le repli, plut&#244;t l'humilit&#233; d'&#234;tre &#224; l'endroit d'un travail. Ainsi le titre du spectacle (ce mot de spectacle aussi devra &#234;tre interrog&#233;) &lt;i&gt;Untitled&lt;/i&gt;, qui semble d&#233;noncer l'art, faire un pas de c&#244;t&#233; : ceci n'est pas un titre, ceci n'est pas de l'art : mais se faisant titre qui en fait office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le sas du titre, quelque chose affronte le pi&#232;ge de l'art quand il t&#226;che d'affronter ce qu'il exc&#232;de, et s'y maintient, sans forfanterie, mais avec une certaine gr&#226;ce : pas de titre, et ce sera le titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Untitled&lt;/i&gt; n'est un spectacle, c'est un travail (le fruit d'un workshop), d'un atelier : r&#233;alis&#233; avec sept anciens d&#233;tenus politiques en Syrie. Acteurs amateurs, sujets politiques et de soci&#233;t&#233; : on voit le pi&#232;ge d'un th&#233;&#226;tre qui serait un atelier de r&#233;insertion, une pure vis&#233;e cathartique pour ces anciens d&#233;tenus et pour nous, spectateurs, qui allons fuir des violences de l'histoire : o&#249; le t&#233;moignage donnerait l'illusion de soigner (et d'en finir avec) une histoire en la racontant. Pi&#232;ge parce que le th&#233;&#226;tre serait complice d'un ensevelissement : une heure de spectacle, et voil&#224; les drames restitu&#233;s, sutur&#233;s, leur &#233;motion accomplis sur nous, la jouissance m&#234;me d'avoir souffert : et on passerait &#224; autre chose. Et on aurait l'impression d'avoir v&#233;cu ce que ces hommes ont v&#233;cu : illusion, abjection m&#234;me que ce th&#233;&#226;tre qui serait complice de l'oubli par la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art comme th&#233;rapie sociale ? Sc&#232;ne du post-traumatique ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8139.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_8139.jpg?1544449376' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre mani&#232;re de le consid&#233;rer : en faisant de la sc&#232;ne de ce th&#233;&#226;tre, l'enjeu m&#234;me de ce qui se dit et comment on le dit, en accordant toute sa place &#224; la maladresse, en faisant du th&#233;&#226;tre contre lui-m&#234;me, on pourrait aussi non pas contourner les pi&#232;ges, mais les affronter et dire ce que le th&#233;&#226;tre peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plateau, tous les signes de l'accueil entre les peuples de M&#233;diterran&#233;e sont dispos&#233;s : une simple table, des verres de vin, du pain. Le th&#233;&#226;tre comme une sorte de miroir : celui de l'hospitalit&#233; du peuple libanais &#224; l'&#233;gard des r&#233;fugi&#233;s syriens. Et d'embl&#233;e on voit que le th&#233;&#226;tre va jouer autre chose que lui-m&#234;me : moins une image, que la tentative de mettre en regard une exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un apr&#232;s l'autre les acteurs (amateurs) viennent sur le plateau, et l&#226;che dans un sourire : &#171; c'est ici la cour martiale ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre comme lieu du proc&#232;s, mais renvers&#233; : parce que, peu &#224; peu, on comprendra que le proc&#232;s sera celui du monde, de l'injustice justice, des abjections de l'Histoire. Et par le rire, il s'agira moins de r&#233;clamer justice que de mettre en accusation les conditions de d&#233;tention inhumaines, de t&#233;moigner du crime commis sur eux. Vengeance que le th&#233;&#226;tre op&#232;re : r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cour martial, o&#249; ce qui est jug&#233;, c'est la guerre sur les corps, et retourn&#233;, le jugement des bourreaux par le cri des victimes : par le rire des survivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, on pressent toute l'intelligence d'un travail qui dira surtout les conditions de sa fabrique (autre traduction de Workshop) : intelligence qui sait donner tout le prix aux maladresses aussi, aux fragilit&#233;s. Et d'abord ces corps, se d&#233;pla&#231;ant sur un plateau sans toutes les gr&#226;ces de l'acteur : montrant par l&#224; combien tout ce qui fait l'acteur n'est que gr&#226;ce, enchantement : illusion qui fait &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ces hommes ne poss&#232;de aucune autre gr&#226;ce que leur corps de v&#233;rit&#233; &#224; pr&#233;senter ; non plus un r&#244;le &#224; repr&#233;senter. Th&#233;&#226;tre documentaire, dans la mesure d'un d&#233;pouillement o&#249; le seul document &#8211; mais le plus accablant, le plus parlant &#8211; est leur corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne porte pas plainte : on porte sa chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis la cour martiale &#224; la sc&#232;ne nue, sans rien que cette table, ce qui se l&#232;ve, c'est le lieu o&#249; on est pour le dire. Alors, la parole commence &#224; circuler, et chacun l'un apr&#232;s l'autre &#8212; proc&#233;d&#233; qui sera celui de tout le spectacle &#8212; d&#233;crira son lieu de d&#233;tention. Au d&#233;but du Mariage de Figaro, Figaro mesure la chambre, la sc&#232;ne : nommer les dimensions du monde pour se r&#233;approprier son usage et le premier geste de reprise en main du pr&#233;sent, le geste r&#233;volutionnaire, ou r&#233;volt&#233; contre la tradition, le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, ou plut&#244;t l&#224;-bas, la cellule mesurait quelques m&#232;tres o&#249; s'entasse une dizaine de d&#233;tenus. Les sept prisonniers d&#233;crivent chacun une prison diff&#233;rente : l'un a &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; &#224; Palmyre, l'autre &#224; Saidnaya, un autre encore &#224; Rakka&#8230; On entend &#224; chaque fois les nuances pour dire la cellule &#8211; deux m&#232;tres, trois m&#232;tres, un peu plus, un peu moins &#8211;, celles qui d&#233;crivent les ouvertures minces par o&#249; l'air entre ici, ou l&#224;. Nuances ? Ou distinction essentielle dans un monde si r&#233;duit que tout est consid&#233;rablement d&#233;cisif. D&#232;s lors, dans ce souci accord&#233; &#224; d&#233;crire le mieux possible ces cellules, se donne &#224; entendre une parole de survie qui travaille &#224; rendre visible le monde qui reste, d'autant plus puissant qu'il est r&#233;duit. &#201;puiser la r&#233;alit&#233; quand la r&#233;alit&#233; du monde tient dans quelques m&#232;tres : et &#233;prouver par l&#224; la libert&#233; qui reste, qui tient peut-&#234;tre &#224; un pas, quelques centim&#232;tres o&#249; faire un geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'est pas en prison : on est au studio Zoukak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au-del&#224; : la description du lieu ne peut que renvoyer au th&#233;&#226;tre en g&#233;n&#233;ral : faire loger dans quelques m&#232;tres toute une vie, n'est-ce pas la fonction m&#234;me de la sc&#232;ne ? Les lieux se renversent : et l'espace r&#233;duit du plateau sert &#224; &#233;voquer l'espace de la cellule, mais justement par son envers : la r&#233;duction y est, ici, l'espace absolu et potentiellement infini, parce que vide, de tous les espaces possibles, y compris la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Geste r&#233;volt&#233; qui en passe par la retour hant&#233;e du pass&#233; : la r&#233;volte ne peut avoir lieu que si elle prend en charge la r&#233;cusation, la convocation de ce qu'on t&#226;che de conjurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la description des lieux s'ach&#232;ve, comme pris de vertige, le spectacle revient sur lui-m&#234;me et les mots pour le dire. Patiemment, on prend soin de nous expliquer leur vocabulaire. Ce que veut dire &#234;tre de nuit (pour guetter les arriv&#233;es intempestives du gardien), ou ces mots qui d&#233;signent singuli&#232;rement l'ouverture sur les murs, les tortures, les horaires&#8230; Si la prison est un autre monde, c'est aussi un autre langage. Ou plut&#244;t : comme autre monde, il poss&#232;de aussi son langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte est ce geste qui r&#233;invente le vocabulaire : qui s'&#233;tablit comme une contre-langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espace et langue immanents, le r&#233;el qui se dresse devant nous comme contre-monde porte tous les stigmates d'une sc&#232;ne. Cette sc&#232;ne nous est donc racont&#233;e dans son quotidien banal et sordide : brimades, tortures, organisation de la peur&#8230; Mais ces horreurs nous sont racont&#233;es aussi depuis les strat&#233;gies foment&#233;es pour les contourner, ou au moins ruser avec elles et rendre cette vie vivable, vivante encore. Ainsi des r&#233;serves de nourriture qu'on fait en secret pour c&#233;l&#233;brer l'anniversaire d'un cod&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle interruption : dans ce d&#233;ploiement de l'espace, de la langue et d&#233;sormais de la sc&#232;ne carc&#233;rale, le risque est de faire du th&#233;&#226;tre une prison, une prison qui r&#233;p&#232;terait th&#233;&#226;tralement la prison, la rejouerait dans son espace clos&#8230; Comment s'en sortir ? Comment sortir de la prison qu'est devenu le th&#233;&#226;tre, alors qu'on voulait dire qu'on en est sorti ? Soudain, en silence, et pendant de longues minutes, commence la chor&#233;graphie des gestes : s'allonger, dormir serr&#233;s les uns contre les autres, boire, se laver, prier, se battre, s'ennuyer, chercher du repos, s'&#233;tirer&#8230; Gestes m&#233;caniques et devenus naturels, gestes inscrits d&#233;sormais dans leur corps, gestes qui leur sont propres. Gestes qui rel&#232;vent d'une technique des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces hommes ne sont pas acteurs, ils font ici la preuve d'une ma&#238;trise d'une syntaxe corporelle que leur a attribu&#233;e, &#224; leur corps d&#233;fendant, le quotidien en prison. Et quand ils sont lib&#233;r&#233;s de ce quotidien, le corps demeure une m&#233;moire : d&#232;s lors, quand cette m&#233;moire est activ&#233;e en dehors de la prison, il s'agit moins de retourner en prison, que de retourner sur elle les signes qui la d&#233;signent, et qui t&#233;moignent &#8211; plus s&#251;rement que des mots &#8211; de leur d&#233;livrance. D&#233;livrer des gestes depuis la d&#233;livrance des corps, tel est, durant ce silence &#233;tal le travail &#224; l'&#339;uvre qui retourne le th&#233;&#226;tre sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ici, ces hommes jouent leur propre r&#244;le : mais quel r&#244;le ? De prisonnier, ou de d&#233;tenus sortis de prison ? D'acteurs jouant aux prisonniers qu'ils &#233;taient ? D'hommes qui demeureront pour toujours d'anciens d&#233;tenus ? Ainsi s'&#233;labore, sans rien d'autre que leur corps, sur le plateau nu d'un th&#233;&#226;tre minuscule, le spectaculaire d'une r&#233;flexion sur la nature d'un acteur, sa technique, les gestes qu'on demande de faire en absence de tout ce qu'il leur donnait un contenu en prison (on se verse ici de l'eau sans eau, on s'appuie sur des murs invisibles&#8230;) Gestes fant&#244;mes : fant&#244;mes de geste, jouant avec les fant&#244;mes comme autant de partenaires invisibles. Gestes qu'ils s'appliquent &#224; ex&#233;cuter comme un kata, et comme une peine : sur le mince fil qui s&#233;pare geste de l'ali&#233;nation et lib&#233;ration par les gestes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend pourquoi, imm&#233;diatement apr&#232;s cette longue et belle s&#233;quence silencieuse, il faut s'&#233;vader : s'&#233;vader du th&#233;&#226;tre. Alors, on sort de la cl&#244;ture de la sc&#232;ne, on vient briser la frontalit&#233; pour enfin donner &#224; voir ce th&#233;&#226;tre comme ce qu'il est : un espace clos. Les acteurs montent dans les gradins, partagent le pain (celui de l'anniversaire&#8230;) avec les spectateurs. Est-ce que nous devenons, nous, spectateurs, cod&#233;tenus de la fable qu'on nous raconte ? Ou est-ce par l&#224; que les d&#233;tenus sortent de l'espace ludique pour devenir des hommes de l'espace (public), qui peuvent manger la m&#234;me nourriture, partager le m&#234;me espace (sensible) et le m&#234;me temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les gradins, se donne alors le r&#233;cit de ce qui a &#233;t&#233; perdu : les plus belles ann&#233;es. Ces prisonniers politiques ont &#233;t&#233; d&#233;tenus en Syrie pendant dix ou quinze ans. Ils avaient entre vingt et trente-cinq ans : ce qu'on leur a pris, ce sont ces ann&#233;es-l&#224;, que la libert&#233; d'aujourd'hui ne leur rendra jamais. R&#233;cit de ce qui manque, que rien ne viendra combler : que le th&#233;&#226;tre ne pourra que dire, et fouiller comme une blessure comme pour la raviver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut pas raconter : c'est impossible. Que faudrait-il faire : montrer ? C'est l'autre &#233;cueil : la tautologie du t&#233;moignage qui ne peut t&#233;moigner que de ce t&#233;moignage&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour sur le plateau, l'un des acteurs souligne l'&#233;cueil. Raconter ne produit rien d'autre que des mots : la fantasme de s'en lib&#233;rer quand ils ne cessent pas de se heurter dans la prison des corps et des souvenirs. Col&#232;re immense et digne de l'un des hommes, &#224; laquelle ne peuvent r&#233;pondre que les vains appels au calme de l'autre. Comment garder le calme ? Comme on garde un prisonnier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait montrer, dit-il. Montrer quoi ? Les traces de tortures ? Les cigarettes &#233;cras&#233;es sur le cou ? Mais l'un dit qu'il a eu les intestins broy&#233;s et emm&#234;l&#233;s : comment le montrer ? &#201;chec du th&#233;&#226;tre &#224; montrer ce qui est int&#233;rieur, &#224; l'int&#233;rieur du corps et dans l'esprit. Immense sentiment de violence : &#233;clats de voix, col&#232;re : sur le plateau, c'est contre le th&#233;&#226;tre que se porte la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on ne fait que dire, et rien ne passe dans les mots. Que dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;soudra pas cette impasse : mais en la nommant, on travaillera au moins ce th&#233;&#226;tre comme limites, seuils entre l'ali&#233;nation et la lib&#233;ration &#8212; et non comme illusoire et idyllique espace de la libert&#233;. C'est en montrant ces limites que le th&#233;&#226;tre ici p&#233;trit sa propre mati&#232;re pour se r&#233;v&#233;ler digne de sa t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi qu'il se d&#233;fait du pi&#232;ge de la catharsis, de l'illusion cathartique : et qu'il se confie tout &#224; la t&#226;che du pr&#233;sent, de faire les gestes invisibles, et de dire les mots qui sont impossibles, et de montrer ce qui est immontrable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on per&#231;oit combien il s'agit moins d'&#233;voquer la trajectoire inatteignable de ces hommes &#8211; destins proprement impartageables, litt&#233;ralement inou&#239;s parce qu'indicibles, invisibles parce qu'impossibles &#224; montrer &#8211; que de fabriquer du th&#233;&#226;tre par le th&#233;&#226;tre, et rendre pr&#233;hensibles ces impartageables et ces invisibles. Vers la fin du spectacle, l'un de ces hommes justifiera le titre : Untitled, parce qu'il n'y a pas de mot pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devine d&#232;s lors pourquoi le spectacle avait commenc&#233; par revenir sur l'espace et les mots, sur les gestes et les r&#233;cits : ici, on ne pourra dire que cela, que le th&#233;&#226;tre &#233;choue &#224; repr&#233;senter, mais cet &#233;chec de la repr&#233;sentation ouvre une br&#232;che dans l'exp&#233;rience, celle qui d&#233;visagerait l'horreur, permettrait de ne pas s'en tenir quitte par le d&#233;sir vain de dresser sa pure image ou sa seule diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du spectacle, on voudrait s'arracher au sordide par la col&#232;re qui est aussi une joie. Et comme un passage oblig&#233;, il &#233;voquerait n&#233;cessairement les bons moments. Le t&#233;moignage de nouveau se met en crise et en accusation : th&#233;&#226;tre qui ne cesse pas d'interroger ses propres ressorts pour mieux les mettre en accusation, et se produire ainsi. &#201;videmment, dans cet anti-t&#233;moignage o&#249; chacun racontera ces joies de la prison, on n'&#233;chappe pas &#224; une sorte de happy end &#224; usage cathartique., o&#249; le rire servirait d'&#233;purement des comptes, avec le risque limite de confondre humanisme et humanit&#233;. Avec l'ultime &#233;cueil d'un retour du refoul&#233; socio-culturel, o&#249; l'art serait mis au service de l'expression des douleurs pour s'en d&#233;barrasser par le sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In extremis, le risque est de nouveau &#233;vit&#233; &#8212; travers&#233;, en fait. Car les meilleurs moments de la prison, c'est toujours la sortie de prison. Mani&#232;re de dire que la prison ne sera jamais l'espace d'une r&#233;solution. Chacun de raconter ainsi les retrouvailles avec la famille. La joie de d&#233;couvrir les proches vivants encore : et m&#234;me, quelques ann&#233;es plus tard, la joie d'avoir pu &#234;tre l&#224; &#224; leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le finale est le contraire d'une catharsis : aucune purgation qui nettoierait une plaie. Comme dans le po&#232;me d'Appolinaire, &#171; Ni temps pass&#233; ni les amours reviennent &#187; apr&#232;s les jours perdus, et les nuits d'enfer. Seul demeure le &#171; je demeure &#187; des survivants ; demeure qu'a fabriqu&#233; le th&#233;&#226;tre dans le temps fragile et provisoire conc&#233;d&#233; &#224; la vie. Demeure, comme une cellule ouverte, une maison travers&#233;e par les cris des sergents, les bruits assourdissants encore des portes grin&#231;antes : demeure comme ce qui reste, que le th&#233;&#226;tre aura lev&#233; en d&#233;pit de lui-m&#234;me, malgr&#233; les pi&#232;ges de la repr&#233;sentation et de la c&#233;r&#233;monie sociale, et m&#234;me avec ces pi&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5763.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5763.jpg?1544449376' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dater la col&#232;re : mouvement qui chercherait &#224; nommer le monde dans ses horreurs pour mieux t&#233;moigner non pas d'une exp&#233;rience pass&#233; mais de la dignit&#233; d'&#234;tre un homme au pr&#233;sent. En cela le th&#233;&#226;tre doit jouer contre lui m&#234;me, contre la tentation de faire &#339;uvre close et figur&#233;e, &#339;uvre affective : mais plut&#244;t d&#233;livrance d'affects &#224; partir de la col&#232;re saisie comme r&#233;amorce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de repr&#233;senter le monde pour voir au dedans des prisons de Bachar El Assad qui resteront de toute mani&#232;res invisibles, et inimaginables (comme les entrailles du prisonnier) : mais de penser par la col&#232;re. Non pas pr&#233;tendre qu'un spectacle ach&#232;ve la guerre, r&#233;tablisse la paix, fabrique un monde : mais amorce une col&#232;re qui saura dans le monde destituer celui-ci, nous restituer un monde qui serait enfin vivable, possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas avec une sc&#232;ne qu'on renverse les gouvernements ni qu'on r&#233;cup&#232;re les plus belles ann&#233;es d'une vie emport&#233;es dans les tortures : mais c'est avec une sc&#232;ne peut-&#234;tre, en amont de toutes choses, que se joue l'espace des affects politiques : la col&#232;re comme vengeance aussi, qui sait bien qu'elle ne venge rien que des affects dans les affects.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de plus. Mais rien de moins aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que m'importe o&#249; vont ces consciences ? &#187; : disait Baudelaire ; th&#233;&#226;tre qui dirait : cela m'importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces affects permettent de nous r&#233;approprier une part du monde invisible et emprisonn&#233;es, que le monde d&#233;tient &#8211; comme un d&#233;tenu muet &#8211; et que le th&#233;&#226;tre pourrait lib&#233;rer, comme une force, un d&#233;cha&#238;nement de forcer. Nous r&#233;appropriai une part du monde donc par la col&#232;re, une col&#232;re r&#233;volt&#233;e contre le monde : la part qui permettrait ensuite de transformer le d&#233;sir en besoin : et la r&#233;volte en tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6807 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/syrianprisonersplay-570.jpg?1544449438' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;au sujet duquel j'avais &#233;crit &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/collectif-zoukak-dans-les-prisons-syriennes-et-au-dela' class=&#034;spip_in&#034;&gt;une critique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ce qui suit doit &#224; la lecture de l'ouvrage r&#233;cent de Marielle Mac&#233;, &lt;i&gt;Sid&#233;rer, consid&#233;rer&lt;/i&gt;, Verdier, 2017&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rimbaud | Des nouvelles de Londres</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/article/rimbaud-des-nouvelles-de-londres</link>
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		<dc:date>2018-11-30T11:12:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Arthur Rimbaud</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>
		<dc:subject>_Germain Nouveau</dc:subject>
		<dc:subject>_Londres</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Histoire splendide&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/rimbaud-lire-ecrire/rimbaud-des-nouvelles-jusqu-a-nous/" rel="directory"&gt;Rimbaud, des nouvelles jusqu'&#224; nous&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arthur-rimbaud" rel="tag"&gt;_Arthur Rimbaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_germain-nouveau" rel="tag"&gt;_Germain Nouveau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_londres" rel="tag"&gt;_Londres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg.png?1699731967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Cette ann&#233;e encore, Rimbaud nous donne de ses nouvelles. Ce n'est pas un portrait &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article301&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8211; un visage authentique ou non &#8211;&lt;/a&gt; cette fois. Non, cette fois, il nous fait parvenir une lettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse approfondie et scientifique de la lettre, voir l'&#233;tude de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lettre exhum&#233;e des entrailles de l'Histoire, celle de la Commune, des caf&#233;s noirs et rouges de Londres, des projets qui renverseraient la litt&#233;rature et le reste, si on osait. Une lettre qu'un arri&#232;re-petit-fils a retrouv&#233; dans le fatras des documents de l'anc&#234;tre, le v&#233;n&#233;rable communard Jules Andrieu, ami de Verlaine, et donc de Rimbaud &#8211; qui lui &#233;crivait. Lettre qu'on retrouve dans la biographie d'Andrieu que l'&lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/[en ligne-&gt;http:/renaissance.carnot.pagesperso-orange.fr/Andrieu/index.html'&gt;h&#233;ritier vient d'&#233;crire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1874, Rimbaud a 19 ans et d&#233;j&#224; tant de r&#233;volutions derri&#232;re lui, de fuites, d'impatience. Il est de retour &#224; Londres accompagn&#233; d'une ombre fid&#232;le, qui n'est plus Verlaine mais Nouveau. Verlaine, lui, est depuis l'&#233;t&#233; dans sa prison de Mons, peut-&#234;tre d&#233;j&#224; converti &#224; la fadeur de Dieu, songeant aux vers niais qu'il ne cessera plus d'&#233;crire d&#233;sormais. Rimbaud, dont le poignet souffre encore un peu de la balle tir&#233;e par la Vierge Folle, marche ainsi dans les quartiers noirs de Londres avec Germain Nouveau, tra&#238;ne dans les caf&#233;s enfum&#233;s peupl&#233;s de Fran&#231;ais exil&#233;s, rouges et noirs de col&#232;re, de deuil, de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres est la capitale de la Commune de Paris &#8211; ce qu'il en reste : des hommes en haillons et dignes, des hommes qui n'auront jamais dit leur dernier mot. Le jeune homme est parmi eux. (Un jour on retrouvera une lettre de Rimbaud adress&#233;e &#224; Karl Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi avait-il rencontr&#233; Jules Andrieu &#8211; cher coll&#232;gue de Verlaine, coll&#232;gue de &lt;i&gt;planque&lt;/i&gt; quand ils &#339;uvraient tous deux au bon soin de la Pr&#233;fecture. Il faut imaginer Verlaine et Andrieu en employ&#233;s de bureau, rigoureux en diable, et qui le soir, crache sur le sol devant la Pr&#233;fecture, et le matin aussi : et entre les heures de bureaux complotent contre la vie ainsi mal faite dans des vers fabuleux. Car Andrieu &#233;crit aussi, moins fabuleusement que Verlaine. C'est dans la &lt;i&gt;Tribune Ouvri&#232;re&lt;/i&gt; surtout qu'il note rageusement des expos&#233;s rageurs sur l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la Commune est proclam&#233;e, Andrieu en est, &#233;videmment &#8211; c'est cette fois Rimbaud, jeune enfant fugueur, qui est en prison. Andrieu est imm&#233;diatement nomm&#233; chef du personnel de l'H&#244;tel de Ville de Paris &#8211; l'hiver passe, les Prussiens aux portes de la ville, les rats qu'on mange, Lautr&#233;amont qu'on laisse mourir sans que personne ne sache son nom. Avril enfin : aux &#233;lections compl&#233;mentaires, Andrieu est &#233;lu au Conseil de la Commune. Il devient rapidement D&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Commission des Services Publics. Premi&#232;re t&#226;che : d&#233;truire la maison de Thiers. Il eut ce mot, aussi : ce po&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Non seulement nous ne sommes pas des insurg&#233;s, mais nous sommes plus que des bellig&#233;rants, nous sommes des juges. Eh bien, je crois qu'il y aurait un grand danger &#224; r&#233;clamer un titre inf&#233;rieur &#224; notre qualit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Vint l'entr&#233;e des Versaillais dans la Ville, les massacres, les miracles. Andrieu parvint &#224; fuir, Paris, puis la France et le continent : ce sera Londres pour dix ans et les caf&#233;s noirs, l'exil les poings ferm&#233;s avant la revanche &#8211; l'&#233;criture des &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fabula.org/actualites/j-andrieu-notes-pour-servir-l-39-histoire-de-la-commune-de-paris-en-1871_74581.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes pour servir &#224; l'histoire de la Commune de Paris en 1871&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Verlaine et Rimbaud rejoignent Londres en 1872, ils retrouvent le cher coll&#232;gue de la Pr&#233;fecture. On boit, on se souvient, on noue alliance ; on pr&#233;sente les amis. Ce qu'on devinait de la vie de Rimbaud &#224; Londres est dans cette lettre enti&#232;re, &#224; visage d&#233;couvert. On savait, par des amiti&#233;s communes, que Rimbaud consid&#233;rait Andrieu comme &#171; un fr&#232;re d'esprit &#187; : voil&#224; la preuve en chair et en lettres noires vite &#233;crites sur le mauvais papier de proscrit, si rapides qu'on peine parfois &#224; les deviner (alors on fait comme pour les po&#232;mes : on fait des hypoth&#232;ses et longtemps devant elles on r&#234;ve).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu-de_but-640.jpg?1543576159' width='500' height='152' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud y parle de Flaubert, de Michelet : on le devinait aussi, on le sait d&#233;sormais : Michelet est l'ombre fantastique de l'&#339;uvre &#224; c&#244;t&#233; de celle d'Hugo. Mais l'ombre de Michelet plane sur une &#339;uvre plus terrible encore : sur l'&#339;uvre non &#233;crite de Rimbaud. Cette &#339;uvre, certains en parlaient comme d'un secret, comme d'une l&#233;gende : elle portait mille noms farfelus ou probables. elle en a d&#233;sormais un : c'est &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre que nous recevons aujourd'hui cent quarante quatre-ans apr&#232;s qu'elle a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e porte sur ce projet &#233;tincelant dont Rimbaud ne cessait de parler d'apr&#232;s ces amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt; commencerait par des photographies : en Afrique, ce sera l'autre obsession quand l'Histoire sera perdue. Le style de l'&#339;uvre &#224; venir ? Ni po&#232;me ni prose, mais &#171; po&#232;me en prose &#187; (Rimbaud utilise ici l'expression qu'on ignorait sous sa main). Qu'est-ce &#224; dire ? C'est une fa&#231;on &#171; libre d'aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crire l'Histoire donc : laquelle ? Une histoire &lt;i&gt;Splendide&lt;/i&gt;, on pressent toute l'ironie de ce mot : le contraire de La &lt;i&gt;L&#233;gende&lt;/i&gt; d'Hugo ou de la grande &#338;uvre de Michelet : mais en mieux, c'est-&#224;-dire : en pire. Plut&#244;t une histoire des crimes et du sang. Une histoire &#224; rebours de la marche triomphale du progr&#232;s : une histoire arrach&#233;e &#224; toute ligne, plut&#244;t &#171; des morceaux d&#233;tach&#233;s &#187; : montrer &#171; l'enharmonie des fatalit&#233;s populaires &#187;. Se fixer sur &#171; des dates plus ou moins atroces &#187;. Car l'Histoire dans ces temps qui suivent l'&#233;crasement de la Commune n'est finalement &#171; que le seul bazar moral qu'on n'exploite pas &#187;). Alors la lettre qu'&#233;crit Rimbaud &#224; Andrieu est surtout pr&#233;occup&#233; de la mani&#232;re de vendre le livre pas encore &#233;crit : d&#233;j&#224; le marchand perce sous le po&#232;te, mais un marchand jamais dupe de l'or qu'il trimbale, qu'il peut faire passer pour de la pacotille pour mieux l'&#233;couler, la couler dans la gorge du client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Batailles, migrations, sc&#232;nes r&#233;volutionnaires &#187;, l'historiographie de Rimbaud est une carte d'op&#233;ration, pleine de mouvement, d'al&#233;atoires, de brisures joyeuses et violentes. Rimbaud prend ici conseil de Rimbaud : le jeune homme vient de s'inscrire &#224; la British Museum, le 4 avril. Pour se rep&#233;rer dans le d&#233;dale des ouvrages et des histoires, personne n'est mieux indiqu&#233; que l'auteur de &lt;i&gt;Chiromancie. &#201;tudes sur la main, le cr&#226;ne, la face&lt;/i&gt; ; d'une fameuse &lt;i&gt;Histoire du Moyen &#194;ge.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;, on ne la lira pas : ce sera tant pis pour nous, et non tant pis pour &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1875, Rimbaud d&#233;posera &#8211; comme pour s'en d&#233;barrasser &#8211; quelques feuillets &#224; Verlaine que ce dernier nommera &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; et dont il en fera un livre. Nulle trace de &lt;i&gt;L'Histoire splendide&lt;/i&gt; : &#224; moins qu'elle ne se trouve entre les lignes de quelques &lt;i&gt;illuminations&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre est enfin une contre-lettre du voyant. Elle r&#233;&#233;value ces mots qu'on pensait d&#233;finitifs du jeune po&#232;te arrogant de seize ans et qu'on enseigne jusqu'&#224; la naus&#233;e. Le po&#232;te voyant ? Rimbaud ici corrige, rature, prolonge : &#171; on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s'occupa jamais de voir, qui n'a peut-&#234;tre pas besoin de voir &#187;. Plong&#233; dans la vie, qu'a-t-on besoin de voir ? Plus tard, il ne sera occup&#233; qu'&#224; faire, non plus &#224; voir, non plus &#224; &#233;crire. Ce sera une autre vie : ce sera demain. On attend des nouvelles de ce temps l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Ici, la lettre de Rimbaud, telle que la retranscrit Fr&#233;d&#233;ric Thomas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chercheur au Cetri membre du comit&#233; de r&#233;daction de Dissidences&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; corrigeant la retranscription en partie fautive que fait le descendant de Jules Andrieu, qui publie &lt;i&gt;C'&#233;tait Jules&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://renaissance.carnot.pagesperso-orange.fr/Andrieu/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_6796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/rimbaud-lettre_a_andrieu2.jpg?1543576124' width='500' height='270' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;London, 16 April 74&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; Avec toutes excuses sur la forme de ce qui suit, &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais entreprendre un ouvrage en livraisons, avec titre : L'Histoire splendide. Je r&#233;serve : le format ; la traduction, (anglaise d'abord) le style devant &#234;tre n&#233;gatif et l'&#233;tranget&#233; des d&#233;tails et la (magnifique) perversion de l'ensemble ne devant affecter d'autre phras&#233;ologie que celle possible pour la traduction imm&#233;diate : &#8211; Comme suite de ce boniment sommaire : Je prise que l'&#233;diteur ne peut se trouver que sur la pr&#233;sentation de deux ou trois morceaux hautement choisis. Faut-il des pr&#233;parations dans le monde bibliographique, ou dans le monde, pour cette entreprise, je &lt;i&gt;ne sais pas&lt;/i&gt; ? &#8211; Enfin c'est peut-&#234;tre une sp&#233;culation sur l'ignorance o&#249; l'on est maintenant de l'histoire, (le seul bazar moral qu'on n'exploite pas maintenant) &#8211; et ici principalement (m'a-t-on dit (?)) ils ne savent rien en histoire &#8211; et cette forme &#224; cette sp&#233;culation me semble assez dans leurs go&#251;ts litt&#233;raires &#8211; Pour terminer : je sais comment on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s'occupa jamais &#224; voir, qui n'a peut-&#234;tre pas besoin de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En peu de mots (!) &lt;/i&gt; une s&#233;rie ind&#233;finie de morceaux de bravoure historique, commen&#231;ant &#224; n'importe quels annales ou fables ou souvenirs tr&#232;s anciens. Le vrai principe de ce noble travail est une r&#233;clame frappante ; la suite p&#233;dagogique de ces &lt;i&gt;morceaux&lt;/i&gt; peut &#234;tre aussi cr&#233;&#233;e par des r&#233;clames en t&#234;te de la livraison, ou d&#233;tach&#233;es. &#8211; Comme description, rappelez-vous les proc&#233;d&#233;s de &lt;i&gt;Salammb&#244;&lt;/i&gt; : comme liaisons et explanations mystiques, &lt;i&gt;Quinet&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Michelet&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;mieux&lt;/i&gt;. Puis une arch&#233;ologie ultr&#224;-romanesque suivant le drame de l'histoire ; du mysticisme de &lt;i&gt;chic&lt;/i&gt;, roulant toutes controverses ; du po&#232;me en prose &#224; la mode d'ici ; des habilet&#233;s de nouvelliste aux points obscurs. &#8211; Soyez pr&#233;venu que je n'ai en t&#234;te pas plus de panoramas, ni plus de &lt;i&gt;curiosit&#233;s&lt;/i&gt; historiques qu'&#224; un bachelier de quelques ann&#233;es &#8211; Je veux faire une affaire ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur, je sais ce que vous savez et comment vous savez : or je vous ouvre un questionnaire, (ceci ressemble &#224; une &#233;quation impossible), quel travail, de qui, peut &#234;tre pris comme le plus ancien (&lt;i&gt;latest&lt;/i&gt;) des commencements ? &#224; une certaine date (ce doit &#234;tre dans la suite) quelle chronologie universelle ? &#8211; Je crois que je ne dois bien pr&#233;voir que la partie ancienne ; le Moyen-&#226;ge et les temps modernes r&#233;serv&#233;s ; hors cela que je n'ose pr&#233;voir &#8211; Voyez-vous quelles plus anciennes annales scientifiques ou fabuleuses je puis compulser ? Ensuite, quels travaux g&#233;n&#233;raux ou partiels d'arch&#233;ologie ou de chroniques ? Je finis en demandant quelle date de paix vous me donnez sur l'ensemble Grec Romain Africain.Voyons : il y aura illustr&#233;s en prose &#224; la &lt;i&gt;Dor&#233;&lt;/i&gt;, le d&#233;cor des religions, les &lt;i&gt;traits&lt;/i&gt; du droit, &lt;i&gt;l'enharmonie&lt;/i&gt; des fatalit&#233;s populaires exhib&#233;es avec les costumes et les paysages, &#8211; le tout pris et d&#233;vid&#233; &#224; des dates plus ou moins atroces : batailles, migrations, sc&#232;nes r&#233;volutionnaires : souvent un peu exotiques, sans forme jusqu'ici dans les cours ou chez les fantaisistes. D'ailleurs, l'affaire pos&#233;e, je serai libre d'aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment. Mais un plan est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique ce soit tout &#224; fait industriel et que les heures destin&#233;es &#224; la confection de cet ouvrage m'apparaissent m&#233;prisables, la composition ne laisse pas que de me sembler fort ardue. Ainsi je n'&#233;cris pas mes demandes de renseignements, une r&#233;ponse vous g&#234;nerait plus ; je sollicite de vous une demi-heure de conversation, l'heure et le lieu s'il vous plait, &lt;i&gt;s&#251;rque&lt;/i&gt; vous avez saisi le plan et que nous l'expliquerons promptement &#8211; pour une forme inou&#239;e et anglaise &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse s'il vous plait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes salutations respectueuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Argyle square, Euston Rd. W.C.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture-lettre-signature.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/capture-lettre-signature.jpg?1543576160' width='500' height='202' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse approfondie et scientifique de la lettre, voir l'&#233;tude de Fr&#233;d&#233;ric Thomas sur &lt;a href=&#034;https://sites.dartmouth.edu/paradesauvage/decouverte-dune-lettre-de-rimbaud-frederic-thomas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Parade Sauvage&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chercheur au &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cetri&lt;/a&gt; membre du comit&#233; de r&#233;daction de &lt;a href=&#034;https://dissidences.hypotheses.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dissidences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Samuel Gallet | Le r&#234;ve d'Eskandar, ou la r&#233;alit&#233; veng&#233;e</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/samuel-gallet-le-reve-d-eskandar-ou-la-realite-vengee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/samuel-gallet-le-reve-d-eskandar-ou-la-realite-vengee</guid>
		<dc:date>2018-08-19T08:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Avignon</dc:subject>
		<dc:subject>_luttes</dc:subject>
		<dc:subject>_Samuel Gallet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Bataille d'Eskandar&lt;/i&gt;, texte et mise en sc&#232;ne de Samuel Gallet [Avignon Off,Th&#233;&#226;tre des Halles] &#8211; juillet 2018&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/" rel="directory"&gt;CRITIQUES | TH&#201;&#194;TRE&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_avignon" rel="tag"&gt;_Avignon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_luttes" rel="tag"&gt;_luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_samuel-gallet" rel="tag"&gt;_Samuel Gallet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2150.png?1532780698' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;La Bataille d'Eskandar&lt;/i&gt;, texte et mise en sc&#232;ne de Samuel Gallet, &lt;br/&gt;cie Eskandar, avec Pauline Sales et Samuel Gallet et les musiciens A&#235;la Gouvennec et Gr&#233;goire Ternois &lt;br/&gt;Th&#233;&#226;tre des Halles, Avignon Off 2018
&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte &#233;crit pour le site &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/spip.php?article636&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Insens&#233;, Sc&#232;nes contemporaines&lt;/a&gt;, collectif de critiques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? La question hante encore. Face &#224; la catastrophe qu'est notre &#233;poque, on pourrait choisir d'abord de la nier, dire que le monde existe et qu'il est l&#224; pour nous, qu'il fonctionne puisqu'il marche (&#171; Assez ! voici la punition. - &lt;i&gt;En marche !&lt;/i&gt; &#187; Rimbaud)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La suite : &#171; O&#249; va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. &#187;&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ou alors, on pourrait dire que la catastrophe est sans r&#233;mission, et on tournerait le dos au monde pour s'abriter avec arrogance en nous-m&#234;mes, trouver refuge loin de lui. Ou bien encore, on choisirait au contraire de prendre part &#224; la lutte qui ferait de la catastrophe le moment et l'outil d'un renversement ? Ecrire n'aura jamais &#233;t&#233; autant aujourd'hui le lieu terrible de ces questions, de ces choix : l'imaginaire, l'espace d'un abri ou l'enjeu d'un combat ? Le r&#234;ve, une fa&#231;on de s'arracher au r&#233;el, &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; une mani&#232;re de renouer aux r&#233;alit&#233;s d&#233;sirables ? Le travail de Samuel Gallet prend les armes &#224; cet endroit pour ferrailler dans ce th&#233;&#226;tre des op&#233;rations et des contradictions. En faisant du r&#234;ve le territoire d'une reconqu&#234;te du r&#233;el, il op&#232;re ce pas de c&#244;t&#233; qui tout &#224; la fois nous arrache au r&#233;el et permet qu'on s'en saisisse. Par le jeu troublant d'un onirisme travaill&#233;e par la r&#233;alit&#233; sociale, et d'une r&#233;alit&#233; attaqu&#233;e par le r&#234;ve, il fabrique une langue capable de r&#233;armer la n&#233;cessit&#233; vitale de nos jours : celle de la vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div style=&#034;position:relative;width:100%;display:inline-block;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://www.theatre-contemporain.net/embed/c8g8aN47&#034; allowfullscreen style=&#034;border:none;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;div style=&#034;padding-top:56.25%;&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eskandar. La ville porte le nom fabuleux d'un ailleurs. On est ailleurs. La ville est lointaine : ce pourrait donc &#234;tre la n&#244;tre. On est d'embl&#233;e dans l'espace d'une fiction, de l'histoire : d'ailleurs, c'est les premiers mots &#171; Voil&#224; une femme / Cribl&#233;e de dettes / Nous allons vous raconter son histoire / Elle est l&#224; / Assise dans son petit appartement / Quelque part / N'importe. &#187; Cette femme dans Eskandar porte nos visages : ruin&#233;e, elle attend les huissiers qui vont bient&#244;t frapper les trois coups du destin &#224; la porte pour l'expulser, faire appliquer la loi, pacifier l'ordre public. Elle attend, avec son fils. Elle ne s'en sortira pas : c'est fatal. Elle a perdu la bataille du r&#233;el. &#171; La vie me prend &#224; la gorge chaque matin. Me plaque contre les murs. M'agresse soixante fois par minute&#8230; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la fatalit&#233;, elle ne poss&#232;de aucune arme. Il faudrait un cataclysme pour qu'elle ne soit pas expuls&#233;e, quelque chose de fantastique et de surnaturel pour entraver la marche du monde. Il faudrait un v&#233;ritable tremblement de terre pour qu'elle puisse s'en sortir. Alors &lt;i&gt;fatalement&lt;/i&gt; elle r&#234;ve d'un tremblement de terre qui permettrait de tout d&#233;truire de ce monde qui l'a d&#233;truite. Elle ferme les yeux : r&#234;ve d'un tremblement de terre. Et le tremblement de terre, &#233;videmment, advient. &#171; Et le r&#234;ve alors devient le r&#233;el / Et le r&#234;ve est le r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'imaginaire, c'est ce qui tend &#224; devenir r&#233;el &#187; &#233;crivait Breton. Par ce d&#233;but, le th&#233;&#226;tre de Samuel Gallet vient se placer &#224; l'endroit exact de la d&#233;chirure : entre le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, il n'y aurait pas, d'un c&#244;t&#233;, l'inefficacit&#233;, et de l'autre l'action. Il n'y aurait pas, d'un c&#244;t&#233;, l'arbitraire, et de l'autre la raison. Il n'y aurait pas, d'un c&#244;t&#233;, l'art, et de l'autre la politique. Mais si la t&#226;che de l'&#233;criture est de se situer dans la d&#233;chirure, c'est pour travailler en elle l'enjeu d'une reconqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eskandar_201602tjv_52-1800x1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eskandar_201602tjv_52-1800x1200.jpg?1532780412' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la fable qu'on nous racontera devient le territoire de son processus : et son drame v&#233;ritable para&#238;t peu &#224; peu celui de son &#233;laboration. Faire du r&#234;ve l'espace concret qui rendrait la vie possible de nouveau : faire assaut contre la r&#233;alit&#233; par le r&#234;ve qui viendrait lui donner forme et v&#233;rit&#233;. La femme a dans son r&#234;ve form&#233; le d&#233;sir du d&#233;sastre qui la sauve : Eskandar d&#233;truit, un nouveau monde se l&#232;ve. Celui des ruines et des dangers, des lois disparues, du chaos. Les zoos s'ouvrent : les b&#234;tes sauvages errent dans la ville et la menacent.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Des lions gigantesques ouvrent la gueule, &lt;br/&gt;
A travers les quartiers, Paradent dans les rues &lt;br/&gt;
Avalent des humains qui s'attardent dans les zones&lt;br class='autobr' /&gt;
N'est-ce pas fabuleux ? &lt;br/&gt;
Le monde qui s'effondre vers autre chose, Comme un gigantesque animal qui s'&#233;broue &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Le monde est rendue &#224; une sauvagerie primitive, bestiale et sublime. On est &#224; l'or&#233;e des temps, celui qui sera sans doute celui des derniers jours : qui n'appartiendra qu'aux b&#234;tes et &#224; la jungle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable se d&#233;ploie : cette femme n'est plus traqu&#233;e par les banquiers et les cr&#233;anciers mais par les b&#234;tes d&#233;sormais. Elle change alors de nom, puisqu'elle prend pied dans un monde nouveau, et devient &lt;i&gt;Madame de Fombanel&lt;/i&gt;, et l'&#233;clat de ce nom la rehausse, ironiquement. Elle marche dans Iskandar d&#233;vast&#233; avec son fils, Mickel, et va trouver refuge dans une &#233;cole &#233;videmment d&#233;truite, mais qui sera comme une citadelle ; ils seront tous deux rejoints par un fou, un criminel joyeux, Thomas Kantor Thomas, puis par l'un des huissiers &#233;chapp&#233; des ruines d'Eskandar, bless&#233;, mais vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quatre, ils devront survivre. Recommencer le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/VOusn-7hGoM&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;C'est la fable, donc. Mais elle n'est que la surface qui prend forme dans son invention permanente. Le r&#234;ve de la femme a pris corps dans le monde et s'est pos&#233; sur le r&#233;el : il revient par effluves, dans la langue. Les b&#234;tes sauvages d&#233;livr&#233;es et errantes, la libert&#233; acquise, les effondrements des immeubles, toutes les visions fantastiques seront le nouvel ordre du monde que peuplera une prose travers&#233;e d'&#233;clats lyriques puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;collement &#8211; entre l'usage onirique, rimbaldien, et l'emploi concret, r&#233;aliste &#8211;, par frottement aussi, les langues l&#232;vent tour &#224; tour les mondes pour les mettre face &#224; face : on glisse d'une langue &#224; l'autre, de l'&#233;pique au dramatique, et du po&#233;tique au narratif, pour fabriquer des voies de passages. Le montage parall&#232;le met en vis-&#224;-vis deux r&#233;alit&#233;s, en les mettant en mouvement comme des devenirs et des possibles. Le r&#234;ve n'est pas l'abri pour se tenir loin du monde &#8211; le monde ne nous oublie jamais et sait monter &#224; l'assaut &#8211;, plut&#244;t l'instrument de la reconqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui importe tient aux seuils franchis successivement, pas aux v&#233;rit&#233;s qu'on trouverait dans la langue haute et qui m&#233;priserait la langue quotidienne. On passe, ici, comme errent Madame de Fombanel et son fils dans Iskandar. Iskandar ou l'autre nom d'un th&#233;&#226;tre qui saccagerait une histoire pour fabriquer depuis ses ruines une langue possible.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/8HL7z4bPbBE&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;C'est toute une all&#233;gorie : all&#233;gorie po&#233;tique de la langue en ruines, all&#233;gorie politique d'un monde qui doit en passer par les cendres pour se relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All&#233;gorie plus puissante encore d'une Chute &#224; l'envers : pour nommer ce Temps neuf, il suffit d&#232;s lors de r&#233;&#233;crire la Gen&#232;se, en nommant les b&#234;tes comme jadis Adam. Lion d'Europe, lion d'Asie, lion des Steppes travers&#233;es, longues litanies des animaux sauvages qui vont peupler la langue comme ils s'&#233;chappent et vont peupler toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste qui fabrique des visions : mat&#233;rialit&#233; concr&#232;te de la langue onirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les glissements entre ces descriptions et l'action &#8211; les dialogues entre les survivants &#8211; op&#232;rent ces renversements du r&#233;el et de l'onirisme sans qu'on sache de quoi l'un est le r&#234;ve de l'autre. Quand Madame Fombanel r&#234;ve en effet, c'est de la vie d'avant, la vie sociale et tragique qui est la n&#244;tre. Quand elle se r&#233;veille, elle est dans le monde lib&#233;r&#233;, dangereux, vivant et mortel d'Eskandar effondr&#233;. En somme, nous sommes le r&#234;ve abim&#233; de Madame de Fombanel ; elle est la r&#233;alit&#233; r&#234;v&#233;e, sans doute in&#233;luctable, de notre devenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eskandar_201602tjv_56-1800x1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eskandar_201602tjv_56-1800x1200.jpg?1532780412' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapiteau minuscule des Halles, toute la ville d'Eskandar est l&#224; : les quartiers du sud tiennent dans la salle triangulaire. Comment la lever ? C'est tout le travail de ce temps fragile du th&#233;&#226;tre. Deux musiciens &#8211; le percussionniste Gr&#233;goire Ternois, et la violoncelliste A&#235;la Gouvennec, &#233;galement aux claviers &#8211; fabriquent patiemment du temps et de l'espace comme une enveloppe sonore : musique concr&#232;te qui l&#232;ve ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fragile, cela ne tient &#224; rien, et dans cette fragilit&#233; s'amasse ce que peut le th&#233;&#226;tre quand il s'expose &#8211; comme on s'expose aux coups, aux b&#234;tes sauvages, &#224; la fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un fil, la musique n'est pas pos&#233;e sur la sc&#232;ne, elle s'en &#233;chappe. Les musiciens n'interpr&#232;tent pas, ils jouent avec les acteurs une musique en dialogue et en tension. Chaque s&#233;quence est aussi l'occasion d'une fabrique de la th&#233;&#226;tralit&#233; au pr&#233;sent : chaque tableau l'enjeu d'une invention des voix et des corps, des pr&#233;sences et des images. Micros, chants, confessions puis&#233;es dans l'intime, r&#234;ves int&#233;rieurs, &#233;changes, espaces perdus, affrontements, abstractions, naturalisme, bascule des lumi&#232;res, sonorisation : le spectaculaire du plateau tient aussi &#224; son artisanat, con&#231;u avec franchise devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs fabriquent un monde, et rejoignent dans leur t&#226;che celle de Madame Fombanel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dignit&#233; du spectacle tient &#224; cette rage d&#233;licate de demeurer &#224; hauteur d'&#233;paules des vivants &#8211; de faire de la survie une &#233;preuve d'amour entre une m&#232;re et son fils, et dans cette relation s'amasse &#233;videmment toutes les all&#233;gories possibles. Comme devient all&#233;gorique le fait que les deux autres survivants sont un assassin d&#233;lirant (dans ce th&#233;&#226;tre d&#233;lirant le politique et qui trouve abri dans une salle de &lt;i&gt;classe&lt;/i&gt; seule vivante parmi la ville &lt;i&gt;morte&lt;/i&gt;, &#233;videmment, il ne peut s'appeler que &lt;i&gt;Kantor&lt;/i&gt;) accompagn&#233; d'un huissier docile. On b&#226;tirait un monde avec cela ? Oui, pr&#233;cis&#233;ment parce que la vie apr&#232;s la catastrophe rebat les cartes du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure durant, au pas de charge et avec une gr&#226;ce et un rythme emport&#233;, une langue d'une &#233;tranget&#233; intempestive, travers&#233;e par une n&#233;cessit&#233; violente, &lt;i&gt;La Bataille d'Eskandar&lt;/i&gt; fait rage. La rage de la vengeance quand Madame Fombanel reprend possession de sa vie, de son corps, de ses d&#233;sirs ; quand, marchant dans la ville, elle jouit du spectacle affreux de la destruction qui est son nouveau royaume. On fraie en cette bataille comme entre les ruines d'une all&#233;gorie, un th&#233;or&#232;me. La ville d&#233;truite rend possible son invention. Mais on se tiendra sur le seuil. Il s'agit de survivre &#224; la catastrophe d'abord. D'&#233;prouver dans le corps la beaut&#233; d'&#234;tre vivant devant les b&#234;tes sauvages et les ruines. Ce que sera le monde neuf, ce n'est pas &#224; ce th&#233;&#226;tre de le dire : ce sera peut-&#234;tre au r&#234;ve de ce r&#234;ve (notre r&#233;alit&#233;) de l'accomplir. Ainsi la fin d&#233;gag&#233;e de la fable prend appui plusieurs ann&#233;es plus tard : le monde est revenu, avec lui d'autres injustices, d'autres malentendus, d'autres violences. Il faudra d'autres folies pour de nouveau remonter &#224; l'assaut, repartir &#224; la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute le biais de l'all&#233;gorie &#8211; de la fiction &#8211; est-il essentiel dans cette bataille, comme exp&#233;rience de la pens&#233;e, celle de l'apr&#232;s, au pr&#233;sent. L'hypoth&#232;se de la catastrophe et l'alt&#233;ration de la langue par la beaut&#233; rendent visibles les ruines et l'errance en elles en point de fuite par del&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre fin du monde est possible : celle qui vengerait le monde vieux qui est notre pr&#233;sent. On b&#226;tirait des communaut&#233;s nouvelles, aberrantes et dr&#244;le &#8211; folle, avec un fou, un vrai, si raisonnable dans sa folie, ce Kantor terriblement beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, ce possible s'&#233;prouve d'abord dans la langue qu'endosse le th&#233;&#226;tre pour en faire l'exp&#233;rience, la travers&#233;e, le refus avant l'affirmation. Oui, &#171; que vienne, que vienne, un temps dont on s'&#233;prenne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/k9-fLyzDDng&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La suite : &#171; O&#249; va-t-on ? au combat ? je suis faible ! les autres avancent. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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