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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Jan Zabrana | Journal du silence</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Jan Zabrana</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jan Zabrana, &lt;i&gt;Toute une vie&lt;/i&gt;, Allia, 2006 (posth.)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-resistances" rel="tag"&gt;_&#233;critures &amp; r&#233;sistances&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton83.jpg?1259674424' class='spip_logo spip_logo_right' width='85' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;N&#233; en 1931, Jan Zabrana fut exclu de l'universit&#233; en 1952 pour &#8220;inaptitude politique &#224; l'&#233;tude&#8221;, en raison de l'activisme politique de ses parents, condamn&#233;s &#224; dix ans de prison apr&#232;s le coup de Prague en 1948. Il renon&#231;a &#224; &#233;crire pour ne pas se compromettre - la censure sovi&#233;tique s&#233;vissant jusqu'au milieu des ann&#233;es 60, avant une phase de lib&#233;ralisation relative. S'il publia quelques recueils de po&#233;sie et trois romans policiers vers la fin des ann&#233;es 60, il ne se r&#233;solut jamais v&#233;ritablement &#224; &#233;crire (le simple fait de &#034;passer&#034; la censure invalidait toute &#339;uvre &#224; ses yeux), mais il ne voulut pas non plus trouver refuge &#224; l'ouest, pr&#233;f&#233;rant demeurer &#224; Prague. D'abord ajusteur-m&#233;canicien dans une usine de construction de wagons de chemin de fer, il devient traducteur en 1955 : il traduisit toute sa vie des ouvrages russes qu'il m&#233;prisait. Son journal, publi&#233; partiellement par Patrick Ourednik aux &#233;ditions Allia (dans un choix de textes couvrant la p&#233;riode 1968-1984), t&#233;moigne avec violence du silence auquel il fut contraint, de l'hypocrisie des intellectuels de l'&#233;poque, de l'&#339;uvre sacrifi&#233;e d'une g&#233;n&#233;ration. Jan Zabrana meurt en 1984.&lt;center/&gt;Jan Zabrana, &lt;i&gt;Toute une vie&lt;/i&gt;, Allia, 2006 (posth)&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;La nuit n'est pas ce que l'on croit, revers du feu, &lt;br/&gt;Chute du jour et n&#233;gation de la lumi&#232;re, &lt;br/&gt;Mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux &lt;br/&gt;Sur ce qui reste irr&#233;v&#233;l&#233; tant qu'on l'&#233;claire.
&lt;p&gt;Les z&#233;l&#233;s serviteurs du visible &#233;loign&#233;s, &lt;br/&gt;Sous le feuillage des t&#233;n&#232;bres est &#233;tablie &lt;br/&gt;La demeure de la violette, le dernier &lt;br/&gt;Refuge de celui qui vieillit sans patrie.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=right&gt;Ph. Jaccottet&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Sur cette vie p&#232;se comme une chape de plomb et de silence ; de nuit &#233;paisse et de froid. Un silence impos&#233; pendant cinquante ans sur un pays, une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re sacrifi&#233;e &#224; l'id&#233;al totalitaire sovi&#233;tique. &#171; La meilleure chose que j'ai vue dans ce monde fut le ciel, la meilleure chose que j'ai entendue dans ce monde fut le silence, la meilleure chose que j'ai connue dans ce monde fut la solitude. &#187; Ces phrases sont celles d'un po&#232;te qui n'a que trop peu publi&#233; pour qu'on puisse parler d'&#339;uvre &#224; son sujet. Celles d'un homme humili&#233; au quotidien, d'un fils qui a vu ses parents passer pr&#232;s de vingt ans derri&#232;re les barreaux pour des crimes imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmur&#233; dans une prison mentale, Jan Zabrana a patiemment tenu pendant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle, un journal du temps qui ne passait pas, loin de toutes rancoeurs et de tous ressentiments, mais avec une dignit&#233; violente, et une rare hauteur de vue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; Au d&#233;but de ma d&#233;tention, pourtant, ce qui a &#233;t&#233; le plus dur, c'est que j'avais des pens&#233;es d'homme libre. Mais cela dura quelque mois. Ensuite, je n'avais que des pens&#233;es de prisonnier.' (Camus. L'&#233;tranger.) Nous &#233;tions fascin&#233;s, envo&#251;t&#233;s par cette phrase. (&#8230;) Je suis un prisonnier qui n'a pas quitt&#233; sa prison apr&#232;s l'ouverture des portes. (&#8230;) Cette longue r&#233;clusion a de toute fa&#231;on d&#233;truit, d&#233;form&#233; ma vie, &#224; tel point qu'il est devenu inutile de s'essayer, de s'efforcer &#224; quoi que ce soit. &#187;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est un journal fragment&#233;, &#233;clat&#233; en mille morceaux sur quelques ann&#233;es, qui correspond le mieux du monde &#224; toute cette vie ainsi bris&#233;e, entre d&#233;sirs et impuissance &#8211; silence des mots, et fureur int&#233;rieure contenue, violemment contenue et enfin d&#233;livr&#233;e sous l'&#233;criture. Un journal en forme de notes ; notes urgentes d'un temps qui est d&#233;j&#224; de toute &#233;ternit&#233; pass&#233;. Quelques traces &#233;crites sur les poussi&#232;res d'un entre-deux du temps et de l'espace : des notes sans autre jalons pr&#233;cis que la douleur de l'ici et maintenant irr&#233;m&#233;diable, irr&#233;futable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la Tch&#233;coslovaquie occup&#233;e par les sovi&#233;tiques : un pays d'apparences et d'illusions o&#249; chaque mot et chaque id&#233;e sont travestis, d&#233;tourn&#233;s vers des int&#233;r&#234;ts id&#233;ologiques meurtriers : un pays de fonctionnaires o&#249; les &#233;crivains ne doivent &#233;crire que les mots acceptables sous peine de ne plus exister. &#171; Ce qu'est l'art, il n'y a plus que le censeur pour en avoir une id&#233;e pr&#233;cise. &#187;, note cruellement Zabrana. Quels choix alors ? Ecrire tout de m&#234;me : mais devenir complice, et se compromettre ? &#171; Voil&#224; qu'aupr&#232;s de chaque mot, on a post&#233; des patrouilles et des sentinelles en armes. &#187; Se taire, ne pas &#233;crire alors. Faire semblant : &#171; Tous ont fini traducteur. Tous. Moi le premier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jan Zabrana travaillera toute sa vie comme traducteur. Il traduira le m&#233;diocre de ceux qui ont renonc&#233;, chaque auteur publiable dans les dictatures de l'Est ne l'&#233;tant qu'au prix d'une complicit&#233; abjecte avec le r&#233;gime. Zabrana traduira. Il fera de ce travail une torture de chaque jour :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; Travaille dans ce temps inf&#226;me. Dans le ciel se tient l'irr&#233;el qui r&#233;pare nos vies. Va t'y poster. Travaille dans ce temps inf&#226;me. &#187;.&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, entre 1968 et le d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt : une &#233;poque qui n'aurait pas d&#251; &#234;tre la sienne, des ann&#233;es qui n'appartiennent qu'aux censeurs, aux d&#233;lateurs et aux l&#226;ches. Une &#233;poque o&#249; tout est r&#233;volu et o&#249; le seul horizon, ce sont les ann&#233;es 50. &#171; Ma mort est derri&#232;re moi&#8230; Loin, longtemps derri&#232;re moi&#8230; L&#224;-bas, quelque part dans les ann&#233;es 50. (&#8230;) Et la mort continue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, apr&#232;s, il n'y a plus rien ; seulement un apr&#232;s vid&#233; de toute substance et de toute vie. Apr&#232;s il y aura bien le printemps de Prague, cruel passage du &#171; socialisme &#224; visage humain &#187; ; un visage d&#233;finitivement barr&#233; pourtant par une cicatrice que rien ne saurait recouvrir, pas m&#234;me des mensonges. &#171; Mort &#224; tout ce qui est libre. C'est ce vers quoi tout tend, partout dans le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es cinquante reviennent comme un leitmotiv, obs&#233;dant la conscience d'un homme mort le jour de sa naissance : &#171; O&#249; sont ces ann&#233;es o&#249; je me perdais quotidiennement, et o&#249; cependant j'&#233;tais davantage moi-m&#234;me ? &#187; Ce livre est le t&#233;moignage d'une jeunesse &#233;chou&#233;e comme une lame de fond o&#249; viennent se briser tous les espoirs, et toutes les illusions. &#171; Moi aussi j'ai vu le sang du po&#232;te sur le trottoir. Moi aussi. Moi aussi j'ai v&#233;cu dans l'Histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une immense vague d'o&#249; &#233;mergent quelques d&#233;bris, quelques fragments &#233;parpill&#233;s sur la page. Les ann&#233;es cinquante : celles des vingt ans, des promesses de possession, de conqu&#234;te, de soumission de tout dans tout, dans l'art. Mais apr&#232;s, c'est devenu trop tard. La nuit, sans lendemain, sans envers. La nuit qui continue apr&#232;s elle. Se poursuit et poursuit les vivants. &#171; L'obscurit&#233; ne m'a pas fait taire mais la nuit recouvre mon visage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Eluard avait d&#233;di&#233; &lt;i&gt;L'Amour, la po&#233;sie&lt;/i&gt; &#171; A la nuit qui pr&#233;pare un jour interminable &#187;. Chez Zabrana, l'&#233;cho trouble de cet interminable est palpable &#224; chaque page, l'interminable d'une nuit sur le point toujours de se briser et qui inlassablement se r&#233;p&#232;te. Cependant, comment citer Eluard, &#171; et son &#226;me roul&#233;e dans les excr&#233;ments de la l&#226;chet&#233;, [qui] &#233;met de l'ambre jusque de l'au-del&#224;&#8230; &#187;, Eluard complice par aveugl&#233;ment des crimes sovi&#233;tiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Zabrana est ainsi &#233;minemment politique puisqu'il ne cesse d'interroger la place de l'artiste dans le monde &#8211; sa place, c'est-&#224;-dire son r&#244;le, sa valeur, la port&#233;e de sa voix, la dimension &#233;thique enfin d'une parole qui ne saurait feindre d'ignorer la situation politique et sociale dans laquelle elle se r&#233;pand, de laquelle elle doit s'extraire pour exister. &#171; Ne donne pas de coup de pied dans les choses que tu peux contourner, mais n'y touche pas, ne les ramasse pas non plus (voil&#224; qui me para&#238;t &#234;tre une d&#233;finition g&#233;n&#233;rale de la po&#233;sie.) &#187; Oui, surtout ne pas se montrer complice de l'horreur, mais ne pas l'oublier, jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ces notes. Destin&#233;es &#224; n'&#234;tre pas lues, ni publi&#233;es, ni diffus&#233;es. Ecrites dans l'urgence de dire, et d'&#233;crire : une &#339;uvre sans fond, sans forme : le contraire d'un livre, en somme. Il s'agirait seulement de t&#233;moigner de cette mort au quotidien, de voir en face le temps qui passe, qui ne cesse de passer et qui nous oublie, ravage ; un jour de plus confondu dans un jour de moins &#8211; un jour et un soir d&#233;pos&#233;s sur les mensonges et contre les autres jours possibles qui ne passeront plus. Non pas l'occasion de se venger, de dire ses petites haines, et ses amertumes ; non pas un journal d'arri&#232;re cour : un journal de survie : &#171; Ces notes ne sont pas un journal, mais un diagnostic. Le mien. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentative pour malgr&#233; tout, trouver les preuves au fond de soi, d'une vie qui aurait pu se d&#233;rouler. &#171; Cette lumi&#232;re, elle nous absorbera, Cette ann&#233;e toi, l'an dernier, la po&#233;sie. Nous sommes morts. Mais m&#234;me morts Nous nous r&#233;veillerons t&#244;t le matin &#187; Un r&#233;veil au go&#251;t de sang, de poussi&#232;re et de cendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une phrase hante le livre : Dante, comme un mauvais r&#234;ve : &#171; O&#249; tout cela est-il pass&#233; ? &#8220;Je ne mourus pas, et pourtant nulle vie ne demeura pas.'' (Dante, &lt;i&gt;La Divine com&#233;die&lt;/i&gt;) &#187; A l'inverse du projet proustien de retrouver le temps par l'&#233;criture, la vie a ici chass&#233; le temps de la vie ; ne reste qu'un insupportable &#8211; pourtant support&#233;, malgr&#233; tout, et c'est ce qui fait tout le tragique de cette vie &#8211; mouvement immobile des jours qui se succ&#232;dent n'apportant rien d'autre que la confirmation brutale de l'apesanteur des &#234;tres et des choses. (On ne cesse de penser &#224; Baudelaire, ici, &#224; ce soldat de d&#233;sespoir et d'abandon :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&lt;br/&gt;&#171; Moi, mon &#226;me est f&#234;l&#233;e, et lorsqu'en ses ennuis &lt;br/&gt;Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, &lt;br/&gt;II arrive souvent que sa voix affaiblie
&lt;p&gt;Semble le r&#226;le &#233;pais d'un bless&#233; qu'on oublie &lt;br/&gt;Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts &lt;br/&gt;Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Parfois le chant reprend ses droits, mais pour ne dire que la f&#234;lure qui l'entrave (&#171; &#8230; ne pleure pas. Personne n'a tranch&#233; le fil de l'amour &#187;), souvent l'&#233;criture n'est que la forme sublime de ces efforts immenses qui retardent la mort (&#171; Nous mourrons comme des chemin&#233;es. Noirs de part en part. Mais innocents. &#187;) Toujours, dans la nuit qui peuple les silences, &#224; l'ombre de ce tas de morts, de ces po&#232;tes interdits, r&#233;sonne l'&#233;cho d'un chant possible mais inaccessible &#224; celui que tout espoir a abandonn&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Va vite toucher du bois, il y a des bo&#238;tes pour &#231;a, Au cimeti&#232;re, va toucher les bi&#232;res. La nuit, issue de leurs entrailles noires, s'ach&#232;ve, Un jour blanc comme les entrailles se l&#232;ve. &#187; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement on v&#233;cut la mort ainsi ; la fin de tout, et son prolongement &#224; la surface de tout ce qui jadis vivait. &#171; Nous mourrons de toute fa&#231;on Avant que mort ne vienne Nous marchons &#224; l'unisson Chauss&#233;s pour la sc&#232;ne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une phrase pourrait enclore tout la port&#233;e politique, po&#233;tique, et humaine de ce livre : &#171; Jamais ce ne fut et d&#233;j&#224; cela dispara&#238;t. &#187;. Le souvenir est ici l'envers du regret ; il est &#224; proprement parler une nostalgie. Pas le sentiment vulgairement actuel de regretter un temps qui n'a jamais exist&#233; autre part que dans ses propres d&#233;sirs r&#233;gressifs : mais une v&#233;ritable douleur du pass&#233; : penser sa vie comme un immense anachronisme. Un exemple parmi tant d'autres : le souvenir de sa m&#232;re s'attache &#224; son manteau jaune, pass&#233;e de mode apr&#232;s vingt ans de prison : le jaune n'est nullement ici une anecdote mesquine, il est la violente couleur de la mort : le temps a pass&#233; sans elle, et quand elle ressort de cette mort, bien vivante pourtant, il lui faut subir cette humiliation joyeuse du d&#233;mod&#233; : de l'anachronisme d&#233;finitif et brutal qui rejette les morts de l'autre c&#244;t&#233; du temps, o&#249; sont les naufrag&#233;s de l'histoire. &#171; Les Epuis&#233;s de l'histoire. &#187; comme l'&#233;crit Zabrana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre &#233;gr&#232;ne ainsi au fil des pages, les noms de ces &#233;puis&#233;s, la litanie des oubli&#233;s, des morts et des po&#232;tes qui n'ont pas &#233;crit, ou si peu. Des noms inconnus dans la splendeur de l'anonymat, scand&#233;s comme autant de victoires sur l'oubli et les tortionnaires : &#171; &#8230; scalper les r&#234;ves de toute une g&#233;n&#233;ration, scalper les crini&#232;res de trois g&#233;n&#233;rations &#8211; pour qu'ils resplendissent dans la nuit grise du si&#232;cle comme une lune rance, morte &#187;. L'auteur est l'un de ces po&#232;tes, ceux qui n'ont rien &#233;crit, mais qui ont v&#233;cu ces jours, confin&#233;s dans cette douleur de ne pas vouloir &#233;crire une ligne qui passe l'ici et maintenant inf&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieillesse &#233;treint si t&#244;t, d&#232;s les premiers jours de prison : il n'y a plus qu'&#224; rejouer le vieux mythe de Sisyphe : toutefois, dans sa soumission, il ne faut plus l'imaginer heureux, mais abandonn&#233;, disparaissant sous les copeaux du corps : &#171; La condition sisyphienne : se couper les ongles. Toujours et toujours. Jusqu'&#224; la mort. &#187; C'est un ouvrage qui ne conna&#238;t pas la limite du temps : apr&#232;s la mort, les ongles continuent de pousser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette vie de for&#231;at, il a fallu subir la solitude d'abord, et puis surtout, la r&#233;clamer : ne pas vouloir &#234;tre contamin&#233; par le r&#233;signation des autres, par leur complicit&#233;, leur l&#226;chet&#233;. &#171; Porter le deuil sur sa manche (&#8230;) afin que personne n'ait l'id&#233;e de se mettre &#224; plaisanter avec vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait jouer aux morts dans ce pays pour survivre&#8230; Il y a aussi des moments de r&#233;volte, des r&#233;veils en sursaut o&#249; &#233;clate un espoir sans borne, mais le prix &#224; payer est immense, une solitude &#224; l'&#233;gal de cette vie : &#171; Qui a r&#233;ussi, de son vivant, &#224; se d&#233;gager de sa tombe, r&#233;colte la haine. Jamais on en lui pardonnera cette insolence opini&#226;tre. Jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;cris le plus quand je n'&#233;cris pas. Une vieille exp&#233;rience. &#187; Le livre que nous tenons entre les mains est donc bien l'&#233;cho lointain et sali par les mots, blanchi par l'&#233;criture, d'une douleur muette ; l'&#233;crivain doit se taire dans ce monde pour demeurer encore un homme digne de survivre et de se tenir debout. &#171; Non pas mon royaume pour un cheval, mais &#8220;Ma vie pour des livres&#8220;. C'est ce que j'ai donn&#233;, c'est comme &#231;a que j'ai flamb&#233; ma vie. Tout &#231;a en pure perte. &#187; C'est cette perte que nous lisons, ou pour mieux dire, ces chutes de la vie, recueillies au pr&#233;sent rejou&#233; d'une vie qui voudrait s'inventer autre, et ailleurs. Mais qui n'a pas renonc&#233; &#224; trouver dans la langue, des mani&#232;res de lui r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre, &#224; plus d'un titre, est une r&#233;sistance. &#171; Convenable. Propre. Un petit monsieur bien propre. Propre et perdu. C'est moi. Il s'est vraiment donn&#233; un mal de chien dans cette putain d'existence. Pour qui ? A quoi bon ? Pour qui ? Qui s'int&#233;resse &#224; l'&#233;chapp&#233;e individuelle d'un type qui n'avait pas d'autres choix ? Tout &#231;a pour rien. C'est comme &#231;a. Voil&#224; l'histoire. Et elle n'est pas termin&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme pourtant ne s'est pas r&#233;sign&#233; &#224; abandonner, et a poursuivi ce journal des ann&#233;es durant ; des pages inutiles, glorieusement inutiles lanc&#233;es &#224; travers les ann&#233;es comme une pierre de plus qui finira par tomber de l'autre cot&#233; de cet ici et maintenant ; ultimement d&#233;chir&#233; le mur des hontes et des sacrifices. D&#233;chir&#233;s tous les murs de notre appartenance. &#171; Que deviennent nos r&#234;ves apr&#232;s notre mort ? Qui les r&#234;vera ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que ce livre trouve encore son urgence : ce &#171; nous &#187; port&#233; tout au long d'une vie en d&#233;pit de toutes les solitudes. Il nous invite &#224; voir que ce journal n'est pas uniquement le t&#233;moignage d'un homme mais qu'il est aussi une exp&#233;rience de s'&#233;lever &#224; l'universelle r&#233;sistance &#224; la vie. Un t&#233;moin transmis aussi, &#224; d'autres g&#233;n&#233;rations de damn&#233;s, et &#224; toutes les autres. &#171; L'espoir meurt en avant-dernier &#187;. En dernier meurt le corps. Mais les r&#234;ves ne cessent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il faille changer la vie, ou le monde, il y aura toujours en tous lieux des g&#233;n&#233;rations qui auront charge des r&#234;ves &#224; poursuivre apr&#232;s la mort. Et des luttes vainement men&#233;es. Combien vainement poursuivies malgr&#233; tout. Pour Zabrana et pour les autres. Pour les aubes ultimement d&#233;chir&#233;es qu'annoncent toutes ces nuits sans horizon.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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