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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>Hugues Jallon | Dans les politiques de la peur</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Hugues Jallon</dc:subject>
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		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Hugues Jallon, &lt;i&gt;Zone de Combat&lt;/i&gt;, Verticales &#8211; ao&#251;t 2007&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton81.jpg?1259674327' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;Dans la zone de combat, nous encha&#238;nons les m&#233;thodes th&#233;rapeutiques et les groupes de parole, les s&#233;ances de coaching et les stages de remises en forme. Pour survivre, il faut se prendre en main. Se plier aux recommandations communes. Entre p&#233;rils terroristes et accidents domestiques, nous vivons dans la crainte permanente de la d&#233;sagr&#233;gation, physique et sociale. Dans la zone de combat, rien ne distingue plus les p&#233;rils du monde des territoires intimes. Quelques groupes informes se pr&#233;parent &#224; l'in&#233;luctable. Ensemble, tout est devenu possible. Un seul mot nous rassemble : la peur.&lt;center&gt;Hugues Jallon, &lt;i&gt;Zone de Combat&lt;/i&gt;, Verticales, 2007&lt;/center&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; Ne formez pas d'images, n'essayez pas, s'il vous pla&#238;t &#187;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Dans la zone de combat, il n'y a pas d'ennemis clairement identifi&#233;s, il n'y a pas de cibles &#224; d&#233;truire, il n'y a pas m&#234;me de combats. Mais une zone, large comme le monde, &#233;troite comme un d&#233;fil&#233; le long duquel on court pour &#233;puiser le corps, r&#233;duire l'esprit &#224; la douleur qu'on parcourt pour s'y confondre, et s'y oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre alterne r&#233;cit de ces rassemblements clandestins o&#249; il n'est question en apparence que de courir, ensemble (ensemble, le possible est plus qu'une politique, mais une id&#233;ologie d'an&#233;antissement de soi) et s&#233;ances de groupe, de conditionnement psychologique o&#249; il s'agit d'oublier, de se r&#233;duire &#224; une seule et m&#234;me volont&#233; commune d'appartenance factice &#224; cette volont&#233; &#8211; pour surmonter le drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel drame ? N'importe. Ce peut &#234;tre le drame domestique, la mort de son enfant, l'accident mortel, o&#249; le pire est qu'il n'y a pas de coupable &#8211; l'enfant s'est faufil&#233; dehors, la nuit, a heurt&#233; une voiture, s'est noy&#233; dans la piscine, a bascul&#233; par la fen&#234;tre. N'importe. Ce peut &#234;tre le drame mondial, le drame terroriste, la menace constante d'une arm&#233;e sans nation, sans cause v&#233;ritable, sans armes, introuvable, o&#249; qu'on cherche, o&#249; qu'on bombarde. On se tient pr&#232;s de Ground Zero pour mesurer l'effroi : il est large. Il se superpose au trou b&#233;ant qui seul demeure au milieu de la ville, trou b&#233;ant cach&#233; par des b&#226;ches (mais qu'il y a-t-il &#224; cacher qu'un trou b&#233;ant)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cit se d&#233;gage donc, non pas explicitement et lin&#233;airement orient&#233;, mais &#233;manant de ces multiples directions : il ne concerne pas vraiment des personnages, mais un nous d'une violence litt&#233;ralement imposante, inclusif et d&#233;finitif, qui &#233;rode tout ce que la conscience de soi peut avoir d'individuel, de libre. Ce nous, on peut en retracer le trajet : &#224; la suite d'un tel drame, et face &#224; l'impossibilit&#233; de s'en relever, l'&#233;vidence s'impose malgr&#233; soi de rejoindre le groupe, de participer avec eux &#224; l'in&#233;luctable. Participer aussi &#224; la peur, la peur qu'on provoque en voulant la conjurer, la peur qu'on fait na&#238;tre par le simple fait de vouloir la conjurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux types d'&#233;nonciation : adress&#233;e (celle des groupes de soutien et de conditionnement, o&#249; affleurent des images proches de celles du &lt;i&gt;Fight Club&lt;/i&gt; de Chuck Palahniuk) et partag&#233;e (celle de cette communaut&#233; de partage qui se regroupe pour ensemble, courir, souffrir jusqu'&#224; faire dispara&#238;tre la douleur, &#234;tre ensemble, un m&#234;me corps qui souffre et qui s'abolit dans cette souffrance) : entre les deux, les m&#234;mes injonctions : &#171; ne formez pas d'images &#187; : parce que l'image est plong&#233;e en soi, plong&#233;e dans la m&#233;moire, elle replonge l'homme dans son individualit&#233;. Ce leitmotiv qui &#233;merge du texte des dizaines de fois pour interrompre chez le lecteur la formation d'images exerce la m&#234;me fonction : &#233;tablir sur toutes consciences un seul et m&#234;me pr&#233;sent, faire du monde un seul ici et maintenant, une seule et m&#234;me activit&#233; fr&#233;n&#233;tique et incompr&#233;hensible, mais organis&#233;e, enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone de combat comme unique r&#233;alit&#233;, seul discours audible parce qu'il fait de la peur un discours qui agr&#232;ge les &#234;tres ensemble, rendant le monde vivable, et possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre d'une puissance d'&#233;vocation rare &#8211; qui semble presque annuler en lui-m&#234;me toute possibilit&#233; de discours sur : en dehors de ce trajet qu'on a essay&#233; d'esquisser, ou en dehors d'une lecture contextuelle (voir l'excellente lecture de Philippe Boisnard sur Libr-Critique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force d'un tel texte provient d'une certaine mani&#232;re de se saisir de l'int&#233;rieur de cette violence du monde sans la d&#233;signer en dehors d'elle-m&#234;me, sans la produire &#224; distance. La puissance d'une telle &#233;criture, c'est cette superposition des lignes, l'intime et le politique, l'actualit&#233; dans son &#233;vidence et son urgence, et l'&#233;mergence d'une r&#233;alit&#233; plus profonde, plus intemporelle aussi : cette exp&#233;rience de la peur qui structure les soci&#233;t&#233;s, les organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, l'&#226;pret&#233; du livre r&#233;side beaucoup dans ce que J&#233;r&#244;me Mauche exp&#233;rimente de son c&#244;t&#233;, ce processus de collage de discours neutres et neutralis&#233;s dans la convention, les phrases toutes faites qui nous d&#233;sapproprient la langue, qui la rendent nue et essentiellement fonctionnelle :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#171; dans la ZONE DE COMBAT&#8232;nous le savons&#8232;quelques consignes claires assureront une prolongation significative de votre activit&#233; quand bien m&#234;me le suivi r&#233;gulier des proc&#233;dures, l'observation rigoureuse d'instructions personnalis&#233;es, la reprise des exercices inscrits au programme, la remont&#233;e de l'indice de confort g&#233;n&#233;ral, le redressement significatif des profits personnels&#8232;s'ach&#232;veraient en tuerie g&#233;n&#233;rale. &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mais quand la litt&#233;rature &#224; son tour prend possession de la langue que parle le monde pour la parler de l'int&#233;rieur, d&#233;montant ses m&#233;canismes et ses rouages, non pas simplement en usant de l'effet de citation, ou par &#233;vocations ironiques, mais comme la minant de l'int&#233;rieur, travaillant pr&#233;cis&#233;ment son automatisme pour la rendre &#233;trang&#232;re &#8211; la sauvant d'elle m&#234;me (cela tient sans doute au rhytme hallucinant d&#233;ploy&#233; par une scansion &#224; la fois souple et brutale de phrases coup&#233;es par le blanc de la page qui envahit peu &#224; peu tout l'espace, tout en produisant des moments d'acc&#233;l&#233;rations dans la lecture : effets de course en avant, d'effondrement aussi, effets de chute libre et de vertige) ; d&#232;s lors : on parlerait de po&#233;sie, et on pourrait &#233;voquer &#224; juste raison l'injonction de Ponge (l'art de r&#233;sister aux paroles) : surtout on dirait plus justement la facult&#233; de la litt&#233;rature &#224; s'autonomiser, &#224; produire sa langue en propre tout en, dans le m&#234;me temps, r&#233;pondant au monde, r&#233;pondre du monde et de son exigence abjecte d'oubli, de reniement, de r&#233;signation, de destruction en d&#233;truisant, par la seule force de sa prof&#233;ration, l'abri patiemment b&#226;ti par le chaos :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#171; Bien &#224; l'abri dans les &#233;tages sup&#233;rieurs&#8232;nous surveillerons r&#233;guli&#232;rement&#8232;l'&#233;volution des indicateurs de croissance&#8232;les derni&#232;res projections d&#233;mographiques&#8232;la courbe des taux de suicide.&#8232;Nous constaterons&#8232;l'effondrement de la f&#233;condit&#233;.&lt;br/&gt;
Nous r&#233;&#233;valuerons chaque jour ou presque le terme probable de notre disparition&#8232;finale et d&#233;finitive. &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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