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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>C&#233;line | &#171; Tout, qu'on en parle plus &#187;</title>
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		<description>&lt;p&gt;Le zinc du canal ouvrait juste avant le petit jour &#224; cause des bateliers&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La fin du &lt;i&gt;Voyage&lt;/i&gt;. Ce n'est pas le livre qui va le plus loin dans le r&#233;cit, la phrase, la radicalit&#233; du monde : &lt;i&gt;Guignol's Band, F&#233;&#233;rie pour une autre fois,&lt;/i&gt; et m&#234;me &lt;i&gt;D'un Ch&#226;teau l'autre&lt;/i&gt;, sont pour moi de plus f&#233;roce incandescence, d&#233;bordent de l'exp&#233;rience du r&#233;el et de la violence qui traversent quand on ose mettre entre soi et les bouleversements de l'Histoire, une langue qui les met en rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme bien d'autres, c'est par le &lt;i&gt;Voyage&lt;/i&gt; que je suis entr&#233; dans cette langue &#8212; comme bien d'autres, &#233;videmment, ce fut un basculement, un point de non-retour. &#192; dix neuf ans, est-ce qu'on a besoin d'autres choses ? Et ensuite ? Peut-&#234;tre que dans cette langue qui dit le r&#233;cit-monde, il s'agit de ne pas rester immobile et sid&#233;r&#233;. Soyons honn&#234;tes : est-il possible d'&#233;crire apr&#232;s la lecture de trois heures de C&#233;line ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sa n&#233;cessit&#233;, malgr&#233; tout, et ce qu'y fait qu'on y revient (pas pour les m&#234;me raisons ni les m&#234;mes fins) tient pour une part dans le r&#233;cit toujours conduit en avant, pr&#233;cipit&#233; de destins et de malchance, un comique absolu, et cette r&#233;&#233;criture de la litt&#233;rature comme pour l'inventer &#224; rebours (ces couchers de soleil de carte postale que C&#233;line moque et renouvelle &#224; la fois&#8230;). Mani&#232;re de retourner les choses : faire de l'histoire un r&#233;cit picaresque qui se superpose &#224; l'exp&#233;rience de vivre : on est ballott&#233; par l'histoire, les continents, les r&#234;ves, et l'&#233;criture attrape au vol cette pr&#233;cipitation des &#234;tres, et l'impossible &#233;chapp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de le lire tiendrait d'autre part, bien s&#251;r, dans la phrase m&#234;me, spectaculaire et outr&#233;, ce qu'elle nous apprend des limites qu'elle atteint, vers lesquelles on n'ira plus parce que C&#233;line a cartographi&#233; pour toujours ses derniers retranchements, avec le prix &#224; payer de l'outrance, du style port&#233; par essence au pamphlet : l'expression excessive de sa violence, la syntaxe pouss&#233;e jusqu'au possible, une oralit&#233; &#233;crite absolument, une voix travaill&#233;e comme jamais &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la phrase, non par ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette fuite dans la ville, ou loin d'elle, on ne sait plus &#8212; si dans la fuite, ce qu'on rejoint, c'est aussi l'histoire, ou si c'est le d&#233;sir de sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne c&#233;l&#232;bre pas C&#233;line, on s'efforce de le lire ; il ne demande rien de plus, ni rien de moins.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le zinc du canal ouvrait juste avant le petit jour &#224; cause des bateliers. L'&#233;cluse commence &#224; pivoter lentement sur la fin de la nuit. Et puis c'est tout le paysage qui se ranime et se met &#224; travailler. Les berges se s&#233;parent du fleuve tout doucement, elles se l&#232;vent, se rel&#232;vent des deux c&#244;t&#233;s de l'eau. Le boulot &#233;merge de l'ombre. On recommence &#224; tout voir, tout simple, tout dur. Les treuils ici, les palissades aux chantiers l&#224;-bas et loin dessus la route voici que reviennent de plus loin encore les hommes. Ils s'infiltrent dans le jour sale par petits paquets transis. Ils se mettent du jour plein la figure pour commencer en passant devant l'aurore. Ils vont plus loin. On ne voit bien d'eux que leurs figures p&#226;les et simples ; le reste est encore &#224; la nuit. Il faudra bien qu'ils cr&#232;vent tous un jour aussi. Comment qu'ils feront ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils montent vers le pont. Apr&#232;s ils disparaissent peu &#224; peu vers la plaine et il en vient toujours des autres, des hommes, des plus p&#226;les encore, &#224; mesure que le jour monte de partout. A quoi ils pensent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bistrot voulait tout conna&#238;tre du drame, des circonstances, qu'on lui raconte tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaudescal, qu'il s'appelait le patron, un gars du Nord bien propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave lui en a racont&#233; alors tant et plus. Il nous rab&#226;chait les circonstances, Gustave, c'&#233;tait pas &#231;a pourtant qui &#233;tait important ; on se reperdait d&#233;j&#224; dans les mots. Et puis, comme il &#233;tait so&#251;l, il recommen&#231;ait. Seulement l&#224; vraiment il n'avait plus rien &#224; dire, rien. Je l'aurais bien &#233;cout&#233; quand m&#234;me encore un peu, tout doucement, comme un sommeil, mais alors, voil&#224; les autres qui le contestent et &#231;a le met fort en col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fureur, il s'en va cogner un grand coup dans le petit po&#234;le. Tout s'&#233;croule, tout se renverse : le tuyau, la grille et les charbons en flammes. Il &#233;tait costaud, Mandamour, comme quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est mis, en plus, &#224; vouloir nous montrer la v&#233;ritable danse du Feu ! Enlever ses chaussures et bondir en plein dans les tisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le patron, ils avaient eu ensemble une histoire de &#171; machine &#224; sous &#187; pas poin&#231;onn&#233;e&#8230; C'&#233;tait un sournois, Vaudescal ; il fallait se m&#233;fier, avec des chemises toujours bien trop propres pour qu'il soye tout &#224; fait honn&#234;te. Un rancunier et un mouchard. Y en a plein les quais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parapine s'est dout&#233; qu'il le cherchait Mandamour, pour le faire r&#233;voquer, profitant qu'il avait bu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'a emp&#234;ch&#233;, lui, de la faire, sa danse du Feu et il lui a fait honte. On l'a repouss&#233; Mandamour tout au bout de la table. Il s'est &#233;croul&#233; l&#224;, finalement, bien sage, parmi les soupirs &#233;normes et les odeurs. Il a dormi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De loin, le remorqueur a siffl&#233; ; son appel a pass&#233; le pont, encore une arche, une autre, l'&#233;cluse, un autre pont, loin, plus loin &#8230; Il appelait vers lui toutes les p&#233;niches du fleuve, toutes, et la ville enti&#232;re, et le ciel et la campagne et nous, tout qu'il emmenait, la Seine, aussi, tout, qu'on en parle plus.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Trotsky | &#171; C&#233;line &#233;crit comme s'il &#233;tait le premier &#224; se colleter avec le langage &#187;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Comme d'autres p&#233;n&#232;trent dans leur propre maison&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au milieu d'une pol&#233;mique aussi vaine que stupide sur la pertinence de c&#233;l&#233;brer ou non Louis-Ferdinand C&#233;line, j'ai relu ce texte de Trotsky sur &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt;, &#233;crit quelques mois apr&#232;s la publication du livre, et paru dans la revue &lt;i&gt;Prinkipo&lt;/i&gt;, le 10 mai 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes sur C&#233;line, il en existe de plus brillants et de plus profonds, r&#233;dig&#233;s par des critiques plus pointus que Trotsky en mati&#232;re de litt&#233;rature ou d'art (la tr&#232;s belle &#233;dition pl&#233;iade, men&#233;e par H. Godard, par exemple.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce texte, &#233;crit &lt;i&gt;dans le vif du sujet&lt;/i&gt;, je n'oublie pas quand je l'ai lu, et pourquoi, et comme il m'a fait aussi entrer, apr&#232;s le &lt;i&gt;Voyage&lt;/i&gt;, dans cette sorte de fascination pour cette prose et l'exp&#233;rience qu'elle impose &#8212; avant d'en prendre des distances, j'ai mes raisons, qui ne sont pas vulgairement id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky d&#233;crit avec simplicit&#233;, en surface peut-&#234;tre, mais avec force, les &#233;l&#233;ments qui font de ce travail quelque chose de litt&#233;ralement impensable et d'&#233;vident. Il dit aussi la n&#233;cessit&#233; de cette &#339;uvre, dans l'instant m&#234;me de son surgissement, dans sa facult&#233; &#224; se saisir de son monde, &#224; l'arracher &#224; sa contemporan&#233;it&#233;, &#224; nous la tendre &#224; distance non comme un miroir, mais comme un masque d&#233;sormais inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ce texte de Trotsky dans l'ouvrage &lt;i&gt;Litt&#233;rature et R&#233;volution&lt;/i&gt;, coll. 10/18 (que j'imagine &#233;puis&#233;), ou plus simplement, sur le site des &lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Litterature_et_revolution/Litterature_et_revolution.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Classiques des sciences sociales&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Louis-Ferdinand C&#233;line est entr&#233; dans la grande litt&#233;rature comme d'autres p&#233;n&#232;trent dans leur propre maison. Homme m&#251;r, muni de la vaste provision d'observations du m&#233;decin et de l'artiste, avec une souveraine indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de l'acad&#233;misme, avec un sens exceptionnel de la vie et de la langue, C&#233;line a &#233;crit un livre qui demeurera, m&#234;me s'il en &#233;crit d'autres et qui soient au niveau de celui-ci. &lt;i&gt;Voyage au bout de la Nuit&lt;/i&gt;, roman du pessimisme, a &#233;t&#233; dict&#233; par l'effroi devant la vie et par la lassitude qu'elle occasionne plus que par la r&#233;volte. Une r&#233;volte active est li&#233;e &#224; l'espoir. Dans le livre de C&#233;line, il n'y a pas d'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tudiant parisien, issu d'une famille de petites gens, raisonneur, antipatriote, semi-anarchiste &#8212; les caf&#233;s du Quartier Latin grouillent de tels personnages &#8212; s'engage, m&#234;me contre sa propre attente, comme volontaire d&#232;s le premier coup de clairon. Envoy&#233; au front, dans ce carnage m&#233;canis&#233;, il commence &#224; envier le sort des chevaux qui cr&#232;vent comme des &#234;tres humains, mais sans phrases ronflantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir re&#231;u une blessure et une m&#233;daille, il passe par des h&#244;pitaux o&#249; des m&#233;decins d&#233;brouillards le persuadent de retourner au plus t&#244;t &#171; &#224; l'ardent cimeti&#232;re du champ de bataille &#187;. Malade, il quitte l'arm&#233;e, part dans une colonie africaine o&#249; il est &#233;coeur&#233; par la bassesse humaine, &#233;puis&#233; par la chaleur et la malaria tropicales. Arriv&#233; clandestinement en Am&#233;rique, il travaille chez Ford, trouve une fid&#232;le compagne en la personne d'une prostitu&#233;e (ce sont les pages les plus tendres du livre). De retour en France, il devient m&#233;decin des pauvres et, bless&#233; dans son &#226;me, il erre dans la nuit de la vie parmi les malades et les bien-portants tout aussi pitoyables, d&#233;prav&#233;s et malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line ne se propose aucunement la mise en accusation des conditions sociales en France. Il est vrai qu'au passage il ne m&#233;nage ni le clerg&#233;, ni les g&#233;n&#233;raux, ni les ministres, ni m&#234;me le pr&#233;sident de la R&#233;publique. Mais son r&#233;cit se d&#233;roule toujours tr&#232;s au-dessous du niveau des classes dirigeantes, parmi les petites gens, fonctionnaires, &#233;tudiants, commer&#231;ants, artisans et concierges ; de plus, par deux fois, il se transporte hors des fronti&#232;res de la France. Il constate que la structure sociale actuelle est aussi mauvaise que n'importe quelle autre, pass&#233;e ou future. Dans l'ensemble, C&#233;line est m&#233;content des gens et de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman est pens&#233; et r&#233;alis&#233; comme un panorama de l'absurdit&#233; de la vie, de ses cruaut&#233;s, de ses heurts, de ses mensonges, sans issue ni lueur d'espoir. Un sous-officier tourmentant les soldats avant de succomber avec eux ; une renti&#232;re am&#233;ricaine qui prom&#232;ne sa futilit&#233; dans les h&#244;tels europ&#233;ens ; des fonctionnaires coloniaux fran&#231;ais ab&#234;tis par leur cupidit&#233; ; New York et son indiff&#233;rence automatique vis-&#224;-vis des individus sans dollars, son art de saigner les hommes &#224; blanc ; de nouveau Paris ; le petit monde mesquin et envieux des &#233;rudits ; la mort lente, humble et r&#233;sign&#233;e d'un gar&#231;onnet de sept ans ; la torture d'une fillette ; de petits rentiers vertueux qui, par &#233;conomie, tuent leur m&#232;re ; un pr&#234;tre de Paris et un pr&#234;tre des fins fonds de l'Afrique pr&#234;ts, l'un comme l'autre, &#224; vendre leur prochain pour quelques centaines de francs &#8212; l'un alli&#233; &#224; des rentiers civilis&#233;s, l'autre &#224; des cannibales&#8230; De chapitre en chapitre, de page en page, des fragments de vie s'assemblent en une absurdit&#233; sale, sanglante et cauchemardesque. Une vue passive du monde avec une sensibilit&#233; &#224; fleur de peau, sans aspiration vers l'avenir. C'est l&#224; le fondement psychologique du d&#233;sespoir &#8212; un d&#233;sespoir sinc&#232;re qui se d&#233;bat dans son propre cynisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line est un moraliste. &#192; l'aide de proc&#233;d&#233;s artistiques, il pollue pas &#224; pas tout ce qui, habituellement, jouit de la plus haute consid&#233;ration : les valeurs sociales bien &#233;tablies, depuis le patriotisme jusqu'aux relations personnelles et &#224; l'amour. La patrie est en danger ? &#171; La porte n'est pas bien grande quand br&#251;le la maison du propri&#233;taire&#8230; de toute fa&#231;on, il faudra payer. &#187; II n'a pas besoin de crit&#232;res historiques. La guerre de Danton n'est pas plus noble que celle de Poincar&#233; : dans les deux cas, la &#171; dette du patriotisme &#187; a &#233;t&#233; pay&#233;e avec du sang. L'amour est empoisonn&#233; par l'int&#233;r&#234;t et la vanit&#233;. Tous les aspects de l'id&#233;alisme ne sont que &#171; des instincts mesquins rev&#234;tus de grands mots &#187;. M&#234;me l'image de la m&#232;re ne trouve pas gr&#226;ce : lors de l'entrevue avec le fils bless&#233;, elle &#171; pleurait comme une chienne &#224; qui l'on a rendu ses petits, mais elle &#233;tait moins qu'une chienne car elle avait cru aux mots qu'on lui avait dits pour lui prendre son fils &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de C&#233;line est subordonn&#233; &#224; sa perception du monde. &#192; travers ce style rapide qui semblerait n&#233;glig&#233;, incorrect, passionn&#233;, vit, jaillit et palpite la r&#233;elle richesse de la culture fran&#231;aise, l'exp&#233;rience affective et intellectuelle d'une grande nation dans toute sa richesse et ses plus fines nuances. Et, en m&#234;me temps, C&#233;line &#233;crit comme s'il &#233;tait le premier &#224; se colleter avec le langage. L'artiste secoue de fond en comble le vocabulaire de la litt&#233;rature fran&#231;aise. Comme s'envole la balle, tombent les tournures us&#233;es. Par contre les mots proscrits par l'esth&#233;tique acad&#233;mique ou la morale se r&#233;v&#232;lent irrempla&#231;ables pour exprimer la vie dans sa grossi&#232;ret&#233; et sa bassesse. Les termes &#233;rotiques ne servent qu'&#224; fl&#233;trir l'&#233;rotisme ; C&#233;line les utilise au m&#234;me titre que les mots qui d&#233;signent les fonctions physiologiques non reconnues par l'art.&lt;/p&gt;
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