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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>De Tree of Life &#224; Melancholia : origines et fins</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt;, de Terrence Malick, &amp; &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, de Lars van Trier&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton691.jpg?1313671184' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff691.jpg?1313671194&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;On reste muet longtemps face &#224; de tels films, parce que sans doute parler sur eux ne ferait que parler autour d'eux, ou reformuler l'&#233;vidence qu'ils incarnent. Et comme il est impossible de raconter leurs r&#233;cits, on raconterait chaque plan, et chaque plan deviendrait ind&#233;pendant de leur r&#233;cit : on ne racontera que leur &#233;vidence, encore. Mais s'il faut parler de &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#233;crire avec eux l'exp&#233;rience de leur r&#233;cit, c'est bien ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quelques heures apr&#232;s &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt; que j'ai &#233;crit ces quelques notes, dans le d&#233;sordre &#8211; &#224; l'inverse de ces films &#8211; sans plan et sans logique, sans coh&#233;rence. Le cin&#233;ma n'est pas pr&#233;texte &#224; la critique &#8211; art qui r&#233;siste plus s&#251;rement que tout autre au regard &#233;crit, parce qu'il est travers&#233; de part en part par le regard qui l'&#233;crit une premi&#232;re fois, et celui qui le vit, une seconde fois, de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;cran. Ecrire sur le cin&#233;ma, c'est simplement &#233;crire sur l'exp&#233;rience qui suit le film, quand on se retrouve dans nos villes et qu'on est surpris, bris&#233; de joie et de douleur de voir le monde continuer, de voir que le monde a continu&#233; malgr&#233; tout pendant le film. Ces notes &#233;crites dans ces heures de blessures pour localiser la plaie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt;, Terrence Malick&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div id='blogvision' style='width:625px; height:490px'&gt;&lt;object width='100%' height='100%'&gt;&lt;param name='movie' value='http://www.allocine.fr/blogvision/19203028'&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name='allowFullScreen' value='true'&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name='allowScriptAccess' value='always'&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src='http://www.allocine.fr/blogvision/19203028' type='application/x-shockwave-flash' width='100%' height='100%' allowFullScreen='true' allowScriptAccess='always'/&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi n'avoir pas &#233;crit sur &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; ? Peut-&#234;tre parce qu'il s'agit d'un film qui est d&#233;j&#224; en lui-m&#234;me sa propre critique : je veux dire : qu'en le voyant, impossible de ne pas faire sur le moment m&#234;me le film du film, et ses longs moments de tensions lentes, d'images d&#233;ploy&#233;es, laissent tout le temps au r&#234;ve qu'on fera sur ce r&#234;ve : inutile d'&#233;crire le r&#234;ve du r&#234;ve du r&#234;ve ensuite. Et pourtant : &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, empli de ces plans aussi, retourne les choses : d&#233;visage &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; (comme je l'ai vu, alors, quelques mois avant). &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, c'est le &lt;i&gt;r&#233;veil&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; &#8211; et au r&#233;veil, il est toujours midi, ce qui commence ne sera pas achev&#233; sans qu'on le nomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont deux films contraires : comme revers d'une m&#234;me pi&#232;ce (mais non pas pos&#233;e sur l'une des faces : plut&#244;t tenue en l'&#233;quilibre sur sa tranche, de sorte qu'on peut voir l'une et l'autre en tournant autour de la pi&#232;ce). Et s'ils partagent une m&#234;me obsession formelle, une m&#234;me extr&#234;me rigueur dans l'&#233;criture, une m&#234;me splendeur sur chaque plan, sur chaque mot, c'est pour dire l'inverse : ainsi la totalit&#233; obtenue l'un par l'autre. Ainsi, on peut &#233;crire sur l'un, puisqu'on a vu l'autre. Et que tout peut se voir, l'une et l'autre face d'une m&#234;me pi&#232;ce au change introuvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cin&#233;ma, &lt;a href=&#034;http://twitter.com/amaisetti/status/103749611587506176&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;je suis seul pour voir&lt;/a&gt; &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, comme je n'&#233;tais pas seul, au contraire, pour voir &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; : cela fait partie du film, c'est ainsi. Et j'aurai cette solitude en moi pour le second, et ce partage en moi pour le premier : ce qui affecte l'exp&#233;rience plus s&#251;rement que l'objet, c'est tout ce qui m'entoure quand je suis l&#224; pour la vivre, et que l'adresse agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; : r&#233;cit d'une naissance, celle qui ne peut s'accomplir qu'apr&#232;s la mort &#8211; le fr&#232;re (c'est le premier mot du film : &lt;i&gt;&#244; brother&lt;/i&gt; ; ce sera, presque, le dernier mot de &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, sauf qu'il ne se sera pas prononc&#233; : &lt;i&gt;&#244; sister&lt;/i&gt;) survit &#224; la mort de son fr&#232;re, et doit vivre ensuite. Voil&#224; pour le r&#233;cit. Au d&#233;but du film, on apprend cette mort, ce fr&#232;re : on ignore de qui il s'agit, de pourquoi. On le devine jeune homme, tomb&#233; en armes &#171; over there &#187;. Si le film revient ensuite &#224; l'enfance, c'est pour mieux construire cette mort &#224; venir, en mesurer l'insupportable perte, et ce que la relation d'un fr&#232;re &#224; l'autre avait de cruaut&#233; et de joie. Mais je parle du r&#233;cit et ce n'est pas de cela dont parle ce film. Peu importe de qui il s'agit en fait. Il n'y a pas de personnages dans ce r&#233;cit, mais des corps, errants sur des d&#233;serts pour trouver quelque chose qui puisse leur donner vie : et parce que le r&#233;cit ne suffit pas pour le dire, le film n&#233;cessairement a recours &#224; autre chose : puisqu'il n'a que des images &#224; disposition, il produit des images. Et comme il faut qu'elles soient &#224; la hauteur de ce qu'il projette, ces images sont les plus belles possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'abstraction de &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; : fausse abstraction. Pure incarnation au contraire. L&#224; o&#249; on pourrait voir de la beaut&#233; gratuite, produite pour elle, on se trompe : c'est toujours au contraire surcharg&#233; de sens, appel &#224; l'interpr&#233;tation. &lt;i&gt;Tree Of Life&lt;/i&gt; (comme &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;) est une sorte de jeu de cartes divinatoires au pr&#233;sent : il pose un plan apr&#232;s l'autre comme un atout de tarot : sur l'image, ce n'est pas seulement telle figure qui y est, mais ce qu'elle porte de signification au-del&#224;. All&#233;gorie, le mot ne suffit pas : ou alors, chaque plan est une all&#233;gorie, qui toutes signifient une seule et m&#234;me chose &#8211; qui nous &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande &#233;vidence et grand myst&#232;re de ce film : cette signification emport&#233;e par l'image qui l'invoque. Accouchement de la m&#232;re, au d&#233;but du r&#233;cit &#8211; juxtaposition de l'image d'un jeune gar&#231;on, au fond de l'eau, qui quitte une maison am&#233;nag&#233;e dans les profondeurs et passe par une fen&#234;tre log&#233;e &#224; la verticale, abandonne sa peluche au fond des eaux. Ce qu'il faut de deuil pour na&#238;tre, ce qu'il faut d'arrachement pour venir &#224; soi et au monde, le film le dira ainsi. En arr&#234;tant le r&#233;cit, l'image le produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Splendeur du r&#233;cit non narratif de &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; : que chaque partie raconte sa propre s&#233;quence et la totalit&#233; du film pass&#233; comme &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la tension vive des plans fixes : &#233;toiles naissances, volcans en fusion, mer d&#233;mont&#233;e &#8211; ce que le romantisme nommait sublime, c'&#233;tait ce qui d&#233;passait l'entendement humain et port&#233; la beaut&#233; sans ordre et raison. Une image de Dieu, peut-&#234;tre. Peu importe : une image possible d'une beaut&#233; insupportable : d&#233;passement des limites, franchissement, qui est le mouvement de la naissance, celui de la mort. Dans ce film, quand on franchit les portes, ce n'est pas pour passer du salon &#224; la cuisine. Il y a, aussi des portes au milieu d'un d&#233;sert, sans toit, ni murs, et qu'on pourrait facilement contourner, mais qu'on franchit aussi pour cela, et pour na&#238;tre, la gratuit&#233; de ce geste qui fonde la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, on ne la franchit pas. Dans mon souvenir, le plan coupe juste avant le pas lanc&#233; sur la porte du d&#233;sert, et le film reprend quand Sean Penn est de l'autre c&#244;t&#233;. Est-ce que j'ai r&#234;v&#233; ce &lt;i&gt;jump cut&lt;/i&gt;, est-ce que je ne peux plus me souvenir de l'acte pr&#233;cis du franchissement &#8211; est-ce qu'il a, vraiment, totalement, eu lieu, je suis incapable de le dire &#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut de la parole dans ce film : on ne prononce rien que le film ne dise d&#233;j&#224;. L'image est premi&#232;re sur le sens et le mot ; l'image dit alors les sc&#232;nes qui parlent sans elle &#8211; l'image est son propre discours (ce n'est pas un film muet : les images parlent beaucoup). Exemple : la s&#233;quence insens&#233;e du dinosaure bless&#233;. Un dinosaure bless&#233; est allong&#233; au bord de la rivi&#232;re. Il pleure (est-ce que je n'ai pas invent&#233; aussi cette s&#233;quence folle, au milieu de ce film qui traite soi-disant de l'&#233;ducation dans le sud des &#201;tats-Unis, au milieu des ann&#233;es 50 : non, il y a une telle s&#233;quence, nous sommes tous &#224; l'avoir invent&#233; dans notre folie). Le dinosaure pleure longtemps. Et puis, au loin, un autre dinosaure s'approche, c'est un carnivore, on le voit bien. Il s'approche. Le dinosaure bless&#233; voudrait faire le mort, il sait que &#231;a ne fera pas beaucoup de diff&#233;rences avec ce qui va se passer. Nous, nous le savons. Le pr&#233;dateur se penche, le regarde (est-ce qu'un pr&#233;dateur peut regarder sa proie, au temps des dinosaures), et apr&#232;s de longues minutes (le film dure peut-&#234;tre autant que ces minutes), le pr&#233;dateur le laisse, s'&#233;loigne, s'enfonce dans la for&#234;t de son &#233;poque pour que le film reprenne. C'est une fable. On peut lui pr&#234;ter toute la morale que l'on veut : il appelle de toutes mani&#232;res l'interpr&#233;tation qui prime sur le r&#233;cit. Mais le r&#233;cit est l&#224;, incarn&#233;, on ne peut plus incarn&#233;. C'est un film sur la blessure d'un dinosaure &#233;pargn&#233; contre toute raison, interrompu par deux heures de r&#233;cit sur la mort d'un fr&#232;re, voil&#224; ce que je me suis dit, en sortant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la fin du film, et son propos : une autre sc&#232;ne all&#233;gorique, en dehors du r&#233;cit, mais qui l'explique : les personnages du film sont tous r&#233;unis sur une dune d&#233;sol&#233;e, tous les personnages du film, &#224; tous leurs &#226;ges. Il faut prendre dans ses bras l'enfant, celui qui quelques ann&#233;es plus tard va mourir, le porter l'un apr&#232;s l'autre pour accepter sa perte : il faut accepter la perte. La mort n'est pas autre chose que cela, porter un enfant encore vivant dans sa m&#233;moire, et le laisser. C'est un film qui fait l'apprentissage de cette joie : laisser ; tout ce qui se nomme &lt;i&gt;deuil&lt;/i&gt;, tout ce que ce mot recouvre d'impossible et de surmont&#233; pour laisser la vie ensuite se poursuivre. Quand il faut mourir, c'est d'&#234;tre suffisamment n&#233;, &#224; soi, aux autres, &#224; la beaut&#233; du monde, celle qui ne fait que mourir et na&#238;tre dans des explosions d'&#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt; est le nom d'une de ces &#233;toiles &#8211; d'une de ces plan&#232;tes perdues dans sa propre course, heurtant ce qu'elle peut &#224; son passage.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt;, Lars Van Trier&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div id='blogvision' style='width:625px; height:490px'&gt;&lt;object width='100%' height='100%'&gt;&lt;param name='movie' value='http://www.allocine.fr/blogvision/19218776'&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name='allowFullScreen' value='true'&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name='allowScriptAccess' value='always'&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src='http://www.allocine.fr/blogvision/19218776' type='application/x-shockwave-flash' width='100%' height='100%' allowFullScreen='true' allowScriptAccess='always'/&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;i&gt;Tree Of Life&lt;/i&gt;, le r&#233;cit de &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt; est d&#233;coup&#233; avec pr&#233;cision &#8211; ici, deux chapitres, et un prologue : un pr&#233;lude plut&#244;t puisqu'il n'introduit pas, mais qu'il raconte, en quelques images symboliques tout ce qui va suivre. Comme dans &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; : pas de suspense : ce qu'on sait d&#233;j&#224; va arriver. Comme ici-bas, rien d'autre que la fin du monde ne peut arriver : si l'on vit, n'est-ce pas pour mourir, de mourir. Et pourtant : cela n'emp&#234;che la vie, la plus accept&#233;e, le d&#233;sir le plus grand. Dans le film, rien ne va se d&#233;rouler que ce qu'on voit, dans le pr&#233;lude, en quelques minutes. Des images de r&#234;ves, ceux qui savent si bien dans leur vitesse, tout dire, ne rien laisser que la peur et l'&#233;vidence. Une mari&#233;e qui ne peut avancer, filet de laine lourde accroch&#233; &#224; ses pas. Une autre jeune femme, qui porte son fils et avance p&#233;niblement dans la terre qui s'enfonce. Ralentis de visage (est-ce que cela a exist&#233; - des ralentis de visage : peut-&#234;tre au temps du cin&#233;ma muet), d'oiseaux qui tombent. De chevaux qui refusent d'avancer, et tombent aussi, dans le m&#234;me ralenti de la foudre. Une plan&#232;te qui s'enfonce dans une autre. Toutes ces chutes d'images qui vont constituer le r&#233;cit : nulle espace pour le suspense : la fin du monde aura lieu, puisqu'elle a d&#233;j&#224; eu lieu, l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit m&#233;lancolique &#8211; d'abord au premier chapitre, le stade clinique, perspective pathologique de la m&#233;lancolie, vieille maladie, aussi vieille que la m&#233;decine. Un mariage en grande pompe : tout est r&#233;gl&#233; avec pr&#233;cision. Mais comment prendre part &#224; cette vie si ordonn&#233;e, pr&#233;vue par tous, pour soi. Le m&#233;nage insupportable. La voiture lou&#233;e est trop longue pour passer les &#233;troits virages : Justine sourit &#8211; quand le monde prend &#224; d&#233;faut l'organisation syst&#233;matique du r&#233;el, Justine sourit. Plus tard, Justine s'enfuit (le nom m'&#233;voque, sans que je me l'explique, le r&#233;cit de Sade) &#8211; elle essaie de gagner du temps : Justine revient toujours, moins par pression sociale que par fatalisme : de toute fa&#231;on, cela ou autre chose. La pression sociale est grande pourtant : le monde ne s'accorde pas avec elle, l'entrave, l'oblige. Extr&#234;me pr&#233;cision de la com&#233;die sociale. Et tout se passe sur le visage de Justine. Son corps qui d&#233;borde de la robe trop ajust&#233;e. On ne filme pas la tristesse autrement : pour la nuit de noce, c'est &#224; un autre qu'elle se livre, sans gr&#226;ce, sans pudeur, sans larmes, seulement pour fuir. Pourtant j'ai essay&#233;, dit-elle. J'ai essay&#233; de m'ajuster &#224; ce monde, mais ce monde est trop &#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me chapitre : apr&#232;s la maladie, la m&#233;lancolie cosmique : c'est tout l'univers qui va s'ajuster &#224; l'humeur de Justine, enfin. Une plan&#232;te, Melancholia, danse avec la terre, tourne autour d'elle, au risque de la heurter. Claire, la s&#339;ur, claire comme de l'eau de roche, &#233;vidente, les pieds sur terre, la t&#234;te loin des &#233;toiles, a une peur : que son fils ne grandisse pas (elle ne dit pas : qu'il meurt, elle ne dit pas : que la fin du monde arrive, elle dit juste : J'ai peur que mon fils ne grandisse pas). Quand la terre va se d&#233;truire et tout r&#233;duire en poussi&#232;re - o&#249; fuir, il n'y aura pas d'endroits o&#249; fuir : c'est l&#224; pourtant que Claire va fuir, l&#224; o&#249; elle peut. Justine fabriquera pour sa soeur et ce fils l'endroit pr&#233;cis du monde o&#249; ne pas fuir : une cabane de bois, un toit &#224; d&#233;couvert o&#249; l'on est ni dehors ni dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justine regarde la fin du monde avec toute la fatigue que porte l'Histoire quand on l'a tra&#238;n&#233; pendant des si&#232;cles jusqu'ici. Incapable de lever la jambe pour prendre un bain : la m&#233;lancolie est une fatigue si lourde. Justine regarde la fin du monde avec douceur et repos : avec le calme de celle qui sait que c'est ainsi une juste chose, que les choses prennent fin, qu'il n'y a pas &#224; s'agiter contre elle. Puisque le monde s'est accord&#233; &#224; son humeur, elle l'accepte, le re&#231;oit, le comprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JUSTINE : &lt;i&gt;this world is evil &lt;/i&gt; (ce monde est (le) mal). Elle ajoute : il n'y aura personne pour le regretter. Oui &#8211; personne : puisqu'il n'y aura personne, pour le regretter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt;, chaque s&#233;quence vaut pour elle m&#234;me et pour l'incessant jeu de sens et d'appel que ces s&#233;quences produisent : le cheval (Abraham : on ne peut pas fuir infiniment un pays qu'on cherche) refuse d'avancer sur le pont. On ne rejoint pas, nulle part. On reste l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit est le contre-champ des grands films catastrophes de notre temps : ici, aucune panique de masse, de villes soumises aux pillages, de discours d'espoir ou de d&#233;sespoir : on est reclus dans une maison de ma&#238;tre, loin du village, de tout village possible, et on mesure le temps de la fin du monde en v&#233;rifiant la taille de la plan&#232;te qui approche (sublime image de cin&#233;ma : un anneau de fer avec lequel on fait le point pour consid&#233;rer la taille de Melancholia).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes sont l&#226;ches : ils fuient, ils ne comprennent pas. Ils ne voient dans la M&#233;lancolie que la beaut&#233; des formes, ils soupirent quand la M&#233;lancolie fr&#244;le leur couple, ils ne comprennent pas qu'elle ne cessera de revenir. Il n'y a que deux attitudes raisonnables &#224; avoir face &#224; la M&#233;lancolie : la redouter, ou l'aimer charnellement (sc&#232;ne vol&#233;e par Claire o&#249; Justine fait l'amour avec l'astre, seule au clair de M&#233;lancholia : sc&#232;ne sublime o&#249; la raison pure fait naufrage). Claire regarde le corps allong&#233; nu de Justine : la peur et le d&#233;sir, celui de Claire, celui de Justine, s'&#233;change dans ce plan comme en d'autres : ici seulement la tentation des corps rendus &#224; leur simplicit&#233; originelle. Claire ne peut rejoindre le d&#233;sir. Notre regard parcourt de l'un &#224; l'autre et traverse peur et d&#233;sir, et nudit&#233; offerte et d&#233;rob&#233;e du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la fin est l&#224;, on se tient la main, on ferme les yeux. L'une, Claire, pleure &#8211; refuse le monde qui se termine, par pur orgueil, pour son fils ; l'autre, Justine, pose les yeux comme sur toute chose, accepte que le monde se termine, par pur orgueil, pour l'humanit&#233; enti&#232;re. Les soeurs tournent le dos &#224; la plan&#232;te grosse comme plusieurs lunes d&#233;sormais qui viendra lentement, &#224; quatre vingt dix milles kilom&#232;tres par heure, se poser contre la Terre. On se tient la main, les deux s&#339;urs, et le fils qui ne grandira pas. &#192; l'&#233;cran redevenu noir, il n'y a plus de musique, cette musique si forte qu'on entend soudain dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y aurait tout ce discours moral : sous la parole du philosophe danois, il y a toujours le pr&#234;cheur, disait &#224; peu pr&#232;s le penseur &#8211; sous le r&#233;cit du po&#232;te danois, il y aura toujours le pr&#234;cheur, oui. Mais banalit&#233;s pour banalit&#233;s : dire la l&#226;chet&#233; des hommes, la beaut&#233; des fins, l'origine promise interdite : et alors. On pourrait plaquer toutes les id&#233;ologiques religieuses sur ce film, on ne dira rien de son &#233;vidence, et de sa justesse accord&#233;e &#224; son image. Et puis, non, ce n'est pas un film aimable : ce n'est pas un film pour chanter l'homme, ou apporter des r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance du film, c'est de superposer les m&#233;taphores &#8211; la m&#233;lancolie est une plan&#232;te, elle va r&#233;duire le monde en cendres. On ne sait ce qui est l'all&#233;gorie de quoi. Jeu battu sur le sol, les cartes ne disent pas la solution, ils racontent seulement avec les images les plus fortes possibles la vision d'un monde possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tree of Life&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt; sont &#233;videmment deux films qui ne dialoguent pas, qui s'affrontent, comme deux plan&#232;tes ne peuvent produire que du feu, et personne pour entendre les cris. Du r&#233;cit de l'origine par la travers&#233;e de la mort, au r&#233;cit de la mort, par la travers&#233;e d'une fuite impossible, de l'ajustement de la sensibilit&#233; au cosmos, liaison des astres en liaison adult&#232;re, incestueuse, tout un jeu d'&#233;chos sans r&#233;ponse (les deux films ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s en m&#234;me temps : aucune citation de l'un par l'autre). Comme on ouvre deux fen&#234;tres dans la chambre, le bruit qu'elles font quand le coup de vent les emporte dans leurs ciels.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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