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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Pierre Michon, monologues pour temps pr&#233;sent</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Pierre Michon</dc:subject>
		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_adresses &amp; monologues</dc:subject>
		<dc:subject>_Pascal Quignard</dc:subject>
		<dc:subject>_Jean-Marie Gleize</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Communication lors du colloque &#171; Monologue, formes et pratiques &#187;, &#224; l'universit&#233; Paris VII &#8211; 10-12 septembre 2013&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Communication dans le cadre du colloque &#171; Monologue, formes et pratiques &#187;, qui a lieu du 10 au 12 septembre &#224; l'Universit&#233; Paris VII. Programme &lt;a href=&#034;http://www.univ-paris-diderot.fr/DocumentsActu/600N/File/colloques/MonologuerCOLLO.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est la nuit, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle n'a pas boug&#233;. Ils sont toujours l&#224; dans niv&#244;se dans cette sacristie que la lanterne carr&#233;e seule &#233;claire, vu que le feu est mort. Ils sont sous le triple &#233;cran de la nuit, niv&#244;se, la Terreur, le feu &#233;teint. On n'entend plus les chevaux. Corentin est toujours debout, il a fini de boucler le sac et le soup&#232;se, il n'est pas encore devant la sacro-sainte toile des &lt;i&gt;Onze&lt;/i&gt;, &#224; vrai dire il n'y pense pas, il pense que c'est lourd, que c'est bien ; il pense &#224; des sacs pareils jadis passant de la main de Marigny &#224; la sienne, il pense &#224; la beaut&#233; &#233;vanouie de maman-putain et &#224; celle de plus durable de l'or ; il pense que tout cela est une belle et payante farce.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;P. Michon, &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est la nuit, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est-on, nous, de cette Nuit ? Et quels textes seraient capables de mesurer en nous sa mont&#233;e ? Quelle parole possible pour passer la Nuit ? Quelle solitude de quel monologue pour notre pr&#233;sent, et notre pr&#233;sence &#224; lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour tenter de r&#233;pondre &#224; cette question (en fait, pour essayer de localiser cette question, et la nuit qu'elle &#233;voque, qu'elle &#233;nonce), que je ferai un pari, une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviendrai ensuite sur cet extrait, livr&#233; ici expr&#232;s hors de tout contexte, texte que je laisse en suspens suivant en cela le mouvement de ce r&#233;cit, sid&#233;rant et &#233;nigmatique, qui fait se dresser la pr&#233;sence r&#233;elle de l'Histoire comme en son absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pari pour en revenir &#224; lui, c'est celui de consid&#233;rer le monologue non pas comme une &#233;nonciation, une forme po&#233;tique et litt&#233;raire particuli&#232;re au milieu de beaucoup d'autres, mais plut&#244;t et au contraire comme une force qui transcende sa nature propre : comme un champ de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui de la litt&#233;rature elle-m&#234;me qui trouverait l&#224; un espace de formulation de sa possibilit&#233; et de son rapport au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il est une prise de parole qui est sa condition et son acte (une reproduction du geste de l'&#233;criture en tant que telle) ; parce qu'il est ce geste vertical d'une puis&#233;e dans la langue, et horizontal de sa jet&#233;e (une reformulation des tensions qui animent la relation critique dans la lecture) ; parce qu'il est l'espace d'une solitude et le temps de son effraction (l'inscription de soi comme territoire et de l'autre comme dur&#233;e de r&#233;ception) ; parce qu'enfin il est une violence faite au convention (la parole solitaire n'existe pas) &#8212; le monologue (c'est le pari) est cet &#233;nonc&#233;, cette &#233;nonciation, qui rejoue (&#233;nonce) le proc&#232;s litt&#233;raire en tant que tel, et celui du monde : une puissance de mise en r&#233;flexion de la litt&#233;rature sur le monde, comme si c'&#233;tait l&#224;, et l&#224; seulement, que la litt&#233;rature se donnait pour t&#226;che de se raconter comme force d'&#233;mergence, l&#224; qu'elle s'attachait &#224; r&#233;pondre du monde en questionnant sa possibilit&#233;, parce que le mouvement du monologue se superpose au mouvement m&#234;me de sa propre naissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; chaque &#233;poque revient ainsi la n&#233;cessit&#233;, la t&#226;che m&#234;me, d'inventer pour elle-m&#234;me la langue qui saura le mieux nommer son temps, d&#233;visager son propre reflet pour le traverser et rejoindre son histoire : en reprendre possession. Le monologue, ce serait le regard et le miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Position d'&#233;criture radicale, il est ce dispositif de narration qui spectacularise la solitude de la prise de parole, et une proc&#233;dure qui convoque &#224; son tribunal l'ensemble des forces de mise &#224; demeure du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Creuset de langages, travers&#233;e des genres, explosion de l'int&#233;rieur des vieilles cat&#233;gories formelles, genre de tous les genres, telle pourrait &#234;tre l'inqui&#233;tude du monologue qui outrepasse les d&#233;terminismes acad&#233;miques, se constitue en roman, th&#233;&#226;tre et po&#233;sie tout &#224; la fois, c'est-&#224;-dire dans le souci de n'&#234;tre r&#233;duit &#224; rien de cela &#8211; parole prise &#224; cette violence de l'&#233;criture en relation directe avec la parole quand on vient la parler dans sa bouche (Rimbaud), et qu'elle se constitue litt&#233;ralement en monologue, se fondant sur la solitude pour &#233;laborer de l'int&#233;rieur sa n&#233;cessit&#233; et son urgence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;caution d'usage : en ce sens, je n'essaierai &#233;videmment pas de chercher une essence du monologue, ou &#224; constituer des d&#233;terminations du monologue. J'en chercherai les puissances, les modes d'&#234;tre : ce que Deleuze appelle l'&#233;thique : en posant la question : ce que peut un corps ? Ici, la question : qu'est-ce que peut le monologue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire o&#249; en est la nuit, au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc ce texte, &lt;i&gt;Les Onze. &lt;/i&gt; Un monologue ? Un r&#233;cit, un roman &#8212; il me semble une force exemplaire, paradigme m&#234;me, de ce que peut la litt&#233;rature au pr&#233;sent. (j'insiste, non ce qu'elle est : ce texte n'est pas exemplaire de la litt&#233;rature, un embl&#232;me, un symbole). De quoi s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est monologue dans la mesure o&#249; il est parole toute tiss&#233;e dans le temps de sa prof&#233;ration, temps de la narration et temps racont&#233; &#233;gal &#224; z&#233;ro, un homme parle &#224; un autre, dans l'ininterruption fondamental du monologique, mais c'est justement &#224; un autre, confiant au silence de l'autre la parole, tandis que l'autre garde le silence (il garde le silence comme un berger son troupeau). Silence sur lequel s'appuie l'autre et qui relance sans cesse la parole. Monologue en cela, radicalit&#233; de la parole prononc&#233;e que partage tout monologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais monologue du temps pr&#233;sent, pour temps pr&#233;sent. C'est un peu provocateur que je ferai de ce texte, d'une langue si profond&#233;ment classique, qui tient des Sermons de Bossuet et de la prose taill&#233;e dans le vers aussi ; texte du temps pr&#233;sent et qui raconte pourtant le c&#233;l&#232;bre tableau des Onze, o&#249; est repr&#233;sent&#233; le Comit&#233; de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement r&#233;volutionnaire de l'an II et la politique qu'on appela de Terreur ; texte du temps pr&#233;sent et qui se termine sur une image qui conjoint Lascaux et le tableau de Fran&#231;ois-&#201;lie Corentin, l'auteur du fameux tableau. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; O&#249; en est la nuit, Monsieur ? &#187; demande le locuteur des Onze, presque autant parce qu'il est inquiet de son avanc&#233;e dans la parole, que parce qu'il souhaite pouvoir dater la progression de son discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette nuit que fait se dresser ce locuteur dans la parole, devient imm&#233;diatement, par le seul fait de le lire, et d'&#234;tre ainsi adress&#233; par le texte, la nuit de la lecture, et de fait, le monde dans laquelle elle s'inscrit. Et de fait, cette nuit est cette articulation de ce dedans du texte au dehors qui nous enveloppe et l'un et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'autre pari : que ce texte plus que nul autre dise ce rapport : qu'il n'est pas pauvrement image du monde (quelle id&#233;e fade, Deleuze encore), mais articulation, relation, espace de mise en examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors rappeler ce que dit le monologue et pourquoi seul un monologue peut le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc le monologue rapporte les conditions de cr&#233;ation de ce tableau : l'histoire du peintre, d'o&#249; il vient, ses origines modestes, la sauvagerie tranquille dans laquelle il a grandi, s'est form&#233; &#224; la peinture, &#224; l'&#233;criture en image d'un monde, ce qu'on appelle mim&#232;sis, repr&#233;sentation qui n'est rien d'autre pour lui que la seule forme possible de l'art. Le monologue se poursuit et raconte l'histoire, &#224; ce monsieur qui veut bien &#233;couter, et dont le r&#233;cit par la force des choses nous attribue le r&#244;le, qu'on endosse dans ce temps ind&#233;termin&#233; o&#249; le r&#233;cit se passe (la nuit, seulement), il dit dans des phrases aussi ample qu'oratoire, les conditions de cr&#233;ation du tableau des Onze : Billaud, Carnot, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Bar&#232;re, Lindet, Saint-Just, Saint-Andr&#233;, le risque de ce tableau, et &#224; travers lui, raconte la R&#233;volution et la Terreur &#8212; o&#249; comment ce tableau (et son r&#233;cit) d&#233;signe l'Histoire dans son comble (ce lieu o&#249; elle se pr&#233;cipite, o&#249; elle est le pr&#233;cipit&#233; pur) : r&#233;fl&#233;chit le sacril&#232;ge de ce geste de repr&#233;senter ce qui ne se repr&#233;sente pas, l'Histoire en marche, tigres alt&#233;r&#233;s de sang, une repr&#233;sentation &#224; la nation qui prend le risque de faire des h&#233;ros ceux qui n'agissaient que pour la Vertu et l'&#201;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et racontant ce tableau, le r&#233;cit raconte aussi l'Histoire, prend le m&#234;me risque de faire de l'Histoire une image : d'en arr&#234;ter la courbe et le mouvement, d'en fixer les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement : le texte se fonde sur une sorte de ruse de l'Histoire. Sa condition d'&#233;nonciation est justement ce qui l'emp&#234;che de demeurer un r&#233;cit qui retrouverait l'image de l'histoire &#8212; c'est au contraire pour en produire une qu'il se dit, qu'il se donne &#224; lire comme parole dite, adresse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout dans le texte de Michon est authentique, et l'analyse des forces en pr&#233;sence de ce mois de janvier 1794 est nourrie de lecture de Michelet, abondamment cit&#233;, les tensions et probl&#233;matiques politiques, les figures qui traversent le texte sont historique, tout, donc, est r&#233;elle, son sujet est vrai, sauf, ce qui est l'objet du texte : le tableau, et son peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit qu'&#224; sa parution certains lecteurs parcouraient le Louvre le livre &#224; la main pour chercher le tableau, le tableau &#171; &#224; l'&#233;preuve des balles, &#224; l'&#233;preuve des souffles des dix mille hommes de toute la terre qui les voient chaque jour. [&#8230;] Vous les voyez ? On a du mal &#224; les saisir tous &#224; la fois dans le m&#234;me regard maintenant, avec ces reflets sur la vitre derri&#232;re quoi on les a mis au Louvre &#187;. Le tableau est une fiction, et son peintre aussi. Et c'est justement elle qui permet l'histoire, qui permet qu'on la voit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlais de Bossuet : autre monologue d'un autre temps &#233;crit dans la radicalit&#233; de son pr&#233;sent. Le sermon sur la Mort.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Vous serez peut-&#234;tre &#233;tonn&#233;s que je vous adresse &#224; la mort pour vous instruire de votre &#234;tre, et vous croirez que ce n'est pas bien repr&#233;senter l'homme que de le montrer o&#249; il n'est plus ; mais si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se pr&#233;sente &#224; nous dans le tombeau, vous accorderez ais&#233;ment qu'il n'est point de plus v&#233;ritable interpr&#232;te ni de plus fid&#232;le miroir des choses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;L'absence descelle la pr&#233;sence morte en nous de l'histoire :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les Onze ne sont pas de la peinture d'Histoire, c'est de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Michon parle-t-il du tableau ou soudain de son livre (qui parle le m&#234;me nom ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de l'histoire, et au lieu o&#249; elle est absente, fausse, fictive, le monologue vient la prononc&#233;e, raconter la possibilit&#233; l&#224; o&#249; elle aurait pu avoir lieu, s'il n'y avait pas l'histoire qui a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a comme une m&#233;lancolie sauvage dans ce texte, celle de n'avoir pas m&#234;me vu l'Histoire (l'esprit du monde (le &lt;i&gt;Welt-Geist&lt;/i&gt;)) pass&#233; en armure sous notre fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon, que l'on r&#233;duit aux vies minuscules, ne peut raconter que la majuscule de l'histoire seulement dans son effacement que l'&#233;criture vient non pas seulement suppl&#233;er, comme s'il s'agissait de faire croire que la fiction &#233;tait la v&#233;rit&#233; &#8212; mais raconter en tant que tel. Il n'y a pas ici, on le voit, fiction depuis la v&#233;rit&#233; historique, un peu &#224; la mani&#232;re d'un Littel, mais la volont&#233; de faire se dresser la Pr&#233;sence R&#233;elle de l'Histoire au terme du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce devant quoi, on est, c'est devant le monologue comme fabrication de la pr&#233;sence de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monologue pour ce temps pr&#233;sent, dans son rapport &#224; l'histoire : dispositif qui &#233;nonce m&#233;taphoriquement, et directement (la force de la m&#233;taphore r&#233;side dans son refus de s'expliquer, de s'&#233;tablir m&#234;me comme m&#233;taphore), au c&#339;ur de cette adresse d'une Histoire qui se donne en partage et qui n'existe pas. Dont seul existe la fiction de sa croyance au second niveau de l'adresse, quand le personnage adress&#233; devient ce que nous sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt; &#8212; une forme-force, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il exhibe une histoire qui se d&#233;robe ; donne le change au roman et au th&#233;&#226;tre, pour mieux &#233;vacuer l'un et l'autre dans l'usage d'une parole directe ; ne fait tenir la possibilit&#233; de son r&#233;cit qu'au moyen de sa langue, et d'une histoire fant&#244;me, qui gratte comme un membre amput&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace de la litt&#233;rature contemporaine pourrait &#234;tre celui-l&#224; : j'ai bien conscience qu'il ne s'agit pas, loin de la loin, d'une litt&#233;rature majoritaire. Mais cette minorit&#233;-ci, textes de seuils et d'intensit&#233;, aux fronti&#232;res des genres et de la croyance, dressent l'histoire comme manque pour en &#233;crire, parce que notre g&#233;n&#233;ration n'a connu de l'histoire que des textes qui en racontaient la fin &#8212; passer la nuit, c'est une mani&#232;re de l'occuper, de l'habiter, de la franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler dans cette nuit, tenir le monologue (monologue dialogique, adress&#233;, polyphonique, qui fait entendre voix d'un auteur et d'un monde, d'une communaut&#233; minoritaire qui en partage l'&#233;change et le territoire politique d'une appartenance en aval, produite par la litt&#233;rature), c'est d'une certaine mani&#232;re l'exigence &#233;thique de ces r&#233;cits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cet autre texte, &lt;i&gt;Les Ombres Errantes&lt;/i&gt; de Pascal Quignard (2002), scand&#233; par cette phrase, en latin : &lt;i&gt;ubi umbra sunt ?&lt;/i&gt; O&#249; sont les ombres ? Cette m&#234;me question du lieu, adress&#233;. C'est la question &#233;l&#233;giaque par excellence : o&#249; est l'histoire ? O&#249; est-elle pass&#233;e, en nous ? P. Quignard interroge l'histoire des derniers empereurs romains pour, non pas chercher les correspondances avec le pr&#233;sent, mais la parole qui saura rejoindre le temps pr&#233;sent : temps d'une fin qui n'en finit pas, et o&#249; l'adresse ne cesse pas de ne pas arriver &#224; en finir avec la fin, puisqu'elle fait durer le temps, dans cette pr&#233;sence absolue d'une parole donn&#233;e conjointement au r&#233;cit qui se forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette question dont se charge la litt&#233;rature contemporaine, et c'est pr&#233;cis&#233;ment lorsqu'elle se constitue en monologue qu'elle se donne la possibilit&#233; du contemporain, parole de solitude et de l'&#233;change, terme peut-&#234;tre de notre monde de la communaut&#233; d&#233;s&#339;uvr&#233;e, sans &#339;uvre et sans commune mesure, hors la langue peut-&#234;tre qui sera la distance et l'instrument de cette mesure de la distance entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contemporain de son geste et de sa parole, le monologue, plus que jamais dans l'histoire peut-&#234;tre, et des textes importants de ces derni&#232;res ann&#233;es disent que c'est peut-&#234;tre parce que le monologue construit la solitude comme &#233;change, que le monologue pourra &#234;tre le comble de notre Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre (et dernier texte) monologique (plus ou moins autobiographique), &lt;i&gt;Tarnac, un acte pr&#233;paratoire,&lt;/i&gt; ici encore &#224; la fronti&#232;re du r&#233;cit et du po&#232;me, texte incantatoire, non pas manifeste, mais adresse aussi &#224; celui qui saura l'entendre, Jean-Marie Gleize &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Voici notre pr&#233;sent. &#192; peine, &#224; travers ces cercles humides, apercevons-nous, en g&#233;missant, le ciel. Par intervalles, nous cessons de le voir. Quelques anciens ont dit que les chr&#233;tiens n'avaient pas de temple.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Quels monologues pour le temps pr&#233;sent ? des adresses qui posent une voix sur le monde comme pour le parler : paroles pour affronter notre Histoire, proche et lointaine, dont le lointain n'est qu'une saisie du proche ; monologue r&#233;volutionnaire et r&#233;sistante ; qui dans le biographique tisse des l'histoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mani&#232;res de d&#233;fier l'Histoire pour s'en inventer une : trois exemples inexemplaires pour conjurer la solitude et r&#234;ver une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est la Nuit ? Puissance du monologue qui ne cherche pas l'identification (l'adresse qui force une reconnaissance par l'identit&#233;, qui voudrait dire = nous sommes pareil), mais qui invente, d&#233;figure l'autre, fait voir la nuit, non plus celle, nuit obscure des mystiques &#233;tape avant la r&#233;v&#233;lation, mais dans notre monde, quelque chose qui tiendrait d'un territoire de l'histoire : o&#249; le ciel vide est une page, arrach&#233;e peut-&#234;tre, une adresse &#224; un tu dont le silence est plein, qui reste &#224; &#233;crire, apr&#232;s l'Histoire :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Alors que devient l'image ? Elle se d&#233;tache et tombe &#224; la vitesse du vent. Ici par temps d'orage le vent soulevait les charpentes et les brisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu voulais photographier la nuit. Tu voyais le haut des arbres se d&#233;tacher sur le ciel et c'&#233;tait comme les dents d'une scie. Tu as tir&#233; au hasard, lanc&#233; tes mains vers l'acier dur et froid qui coupait le ciel. Tu as pens&#233; : &#171; il n'y a plus rien entre Dieu et nous &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;center&gt;J.M. Gleize, &lt;i&gt;Tarnac&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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