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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>Frank Castorf | La cruaut&#233; vitale</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_F. Castorf</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_Aix-en-Provence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bajazet, en consid&#233;rant Le Th&#233;&#226;tre et la peste, Racine/Artaud,&lt;/i&gt; mise en sc&#232;ne par Frank Castorf [Aix, Grand Th&#233;&#226;tre de Provence] &#8211; octobre 2019&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_aix-en-provence" rel="tag"&gt;_Aix-en-Provence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2493.gif?1574512271' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bajazet, en consid&#233;rant Le Th&#233;&#226;tre et la peste, Racine/Artaud,&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
mise en sc&#232;ne de Frank Castorf, GTP d'Aix-en-Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Adama Diop, Mounir Margoum, Claire Sermonne &amp; Andreas Deinert (cam&#233;ra)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que reste-t-il de nous ? Quelques restes, lambeaux de souvenirs d'une histoire qui s'est &#233;chou&#233;e jusqu'&#224; nous, et nous sommes cette histoire, cet &#233;chouage vague des restes : nous sommes peut-&#234;tre des restes. De Racine, on se souvient de quelques vers, comme sur des cadavres ceux qui d&#233;vorent encore, lentement, patiemment, les restes. Nous sommes des vers aussi. On se souvient que c'&#233;tait fatal, que la mort d&#233;nouait tout, et qu'en cela, le th&#233;&#226;tre n'&#233;tait pas seulement comme la peste, mais comme la vie. On se souvient que &#231;a n'avait rien &#224; voir avec la vie malgr&#233; tout : que c'&#233;tait dans l'alexandrin, et sous la tunique des h&#233;ros, des dieux, des b&#234;tes que tout se jouait. Que la beaut&#233; d'ensemble &#233;tait ha&#239;ssable parce qu'elle &#233;crasait : qu'on y revenait pour la haine, et qu'elle &#233;tait celle qu'on vouait pour le destin. Que les &#234;tres qui disaient la beaut&#233; des vers &#233;taient d'une laideur &#224; trembler : qu'ils disaient la monstruosit&#233; d'&#234;tre soumis &#224; leurs d&#233;sirs. Que si Racine condamnait la passion, il nous revenait de l'accepter : d'accepter le d&#233;bordement et non la condamnation. On se souvient que Racine saisissait les actes &#224; l'endroit de leur impuret&#233; : qu'on y agissait par d&#233;raison et en d&#233;pit du bon sens, ou pour la f&#233;rocit&#233; du geste, pour l'hypoth&#232;se de vie que l'acte d&#233;chargeait. On a mauvaise m&#233;moire peut-&#234;tre, mais c'est parce qu'on se souvenait que Racine &#233;tait le nom d'un p&#233;nible devoir d'&#233;cole, qu'il avait le go&#251;t de la poussi&#232;re des livres trop lourds, des statues aux regards vides. Il suffisait peut-&#234;tre de rien, par exemple qu'on arrache la t&#234;te de la statue et qu'on regarde dedans. Qu'on br&#251;le les livres, et qu'on souffle sur la cendre. Il suffisait qu'on danse sur les cadavres : qu'on appelle cette danse Antonin Artaud, et le souffle Antonin Artaud aussi, et la cendre et le feu Antonin Artaud, Antonin Artaud jet&#233; sur Racine comme un acide et que le m&#233;tal soit attaqu&#233;, et qu'en se d&#233;fendant il crie, et que le cri, on l'appelle aussi Antonin Artaud. Et que ce geste de jeter Artaud &#8212; comme un d&#233;mon ou une maladie &#8212; sur Racine, on l'appelle Frank Castorf. &#199;a fait Bajazet, en consid&#233;rant le Th&#233;&#226;tre et la Peste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/368729129?title=0&amp;byline=0&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est plus de quatre heures, et c'est un &#233;clat, mais successif. Soit Racine, la trag&#233;die faite &#339;uvre, et Bajazet, l'&#339;uvre bizarre, aberrante, d'un po&#232;te qui voudrait prouver qu'il n'est pas seulement l'auteur de po&#232;mes dramatiques hi&#233;ratiques et m&#233;caniques, mais le conteur de r&#233;cit ample, l'&#233;gal de Corneille et son ma&#238;tre. Pour le surpasser, il entrelace deux fils dans l'&#233;cheveau des fables. Soit d'abord une fable politique, shakespearienne : le Sultan part en guerre et laisse le royaume &#224; sa ma&#238;tresse, ancienne esclave, Roxane : autant dire entre de mauvaises mains. Le fr&#232;re du Sultan lorgne sur le tr&#244;ne, le Vizir lorgne sur le tr&#244;ne, tous ceux qui poss&#232;dent un peu de sang royal en lui et sur lui lorgne sur le tr&#244;ne. Mais personne n'ose : c'est le drame, la fable, l'all&#233;gorie. Si quelqu'un osait, il devra ou l'emporter ou mourir. Mais personne n'ose : et personne ici ne l'emportera, tout juste seront-ils bon &#224; mourir. Quand le pouvoir s'absente, il r&#232;gne partout comme une menace. Sur le plateau, le regard du Sultan loin de Byzance, &#224; Babylone o&#249; il se bat, r&#232;gne. Tous demeurent en son empire. Soit ensuite et par dessus une fable amoureuse. Roxane aime Bajazet &#8212; le fr&#232;re du Sultan qui lorgne sur le tr&#244;ne, et aime Atalide qui est aim&#233;e par le Vizir, &#224; moins qu'il n'aime Roxane, qui aime Bajazet, etc. Dans le cercle des enfers o&#249; on est, on ne sort que pour entrer dans d'autres enfers. O&#249; qu'on regarde, on est sans solution. Alors on passe d'un &#233;tat &#224; l'autre : on fait le pari de l'amour ou du pouvoir, et comme le pouvoir joue contre l'amour, tout se renverse, &#224; chaque instant. Que faire ? La r&#233;volution et l'amour sont &#224; l'ordre du jour et ce jour est interminable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que Castorf trouble le jeu, politique, et amoureux, d'un seul geste, brutal et joyeux : ce Bajazet que toutes aiment, qui peut &#234;tre l'avenir radieux du royaume et de la vie, est presque un vieillard incertain et tremblant. Ce qu'elles aiment n'est qu'un pur fantasme, ou une hypoth&#232;se, que le corps ne cesse de d&#233;mentir, ou d'&#233;prouver comme d&#233;sir. Ce n'est qu'un geste : il d&#233;place tout. De l&#224;, les renversements de tous les renversements. Puisqu'&#224; chaque sc&#232;ne, Racine rejoue le drame, &#224; chaque sc&#232;ne on d&#233;placera les enjeux : on recommencera comme &#224; z&#233;ro la trag&#233;die des d&#233;sirs. Et chaque sc&#232;ne ne sera qu'une hypoth&#232;se : un pari, un jeu avec le possible, sa promesse transitoire. On ne fait que passer ici : passer d'un &#233;tat &#224; l'autre, d'un seuil &#224; l'autre. Et dans une sc&#232;ne m&#234;me, on couvrira le spectre des possibles : on jouera tout et son contraire, parce que tout et son contraire sont possibles, rendent possible un temps le possible de tout temps. Terreur jubilatoire de ces renversements : qui jamais ne fixe, qui toujours d&#233;joue et rejoue, qui sans cesse active et recompose, ouvre, comme on ouvre un corps vivant encore, et qu'on voit les pulsations, ses acc&#233;l&#233;rations au moment o&#249; pourtant il va mourir.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La fixation du th&#233;&#226;tre dans un langage [&#8230;] indique &#224; bref d&#233;lai sa perte [&#8230;] et le dess&#232;chement du langage accompagne sa limitation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;A. Artaud, &lt;i&gt;Le Th&#233;&#226;tre et son Double&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_7565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_001.jpg?1574512164' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Illimiter le langage : c'&#233;tait d'Artaud le d&#233;sir et la t&#226;che. Chaque ligne les porte, en t&#233;moigne. Sa vie m&#234;me. Castorf rel&#232;ve le corps encore fumant d'Artaud et le d&#233;pose ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Racine et d'Artaud, rien de commun : et tout chez Racine faisait horreur &#224; Artaud. Mais Racine ex&#233;cute la langue au lieu m&#234;me o&#249; Artaud op&#232;re : dire r&#233;v&#232;le ce que l'existence bien souvent tait. Et l'action terrible des mots agit sur soi comme des actes plus v&#233;ritables : c'est le drame de l'aveu, celui de la confidence, de la conjuration &#8212; c'est celui pour qui chaque vers est &lt;i&gt;litt&#233;ralement&lt;/i&gt; une mal&#233;diction. Une incantation. Le charme en lequel on peut &#234;tre pris, et d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode angoissante et catastrophique o&#249; nous vivons, nous ressentons le besoin urgent d'un th&#233;&#226;tre que les &#233;v&#233;nements ne d&#233;passent pas, dont la r&#233;sonance en nous soit profonde, domine l'instabilit&#233; des temps. La longue habitude des spectacles de distraction nous a fait oublier l'id&#233;e d'un th&#233;&#226;tre grave, qui, bousculant toutes nos repr&#233;sentations, nous insuffle le magn&#233;tisme ardent des images et agit finalement sur nous &#224; l'instar d'une th&#233;rapeutique de l'&#226;me dont le passage ne se laissera plus oublier. Tout ce qui agit est une cruaut&#233;. C'est sur cette id&#233;e d'action pouss&#233;e &#224; bout, et extr&#234;me que le th&#233;&#226;tre doit se renouveler. P&#233;n&#233;tr&#233; de cette id&#233;e que la foule pense d'abord avec ses sens, et qu'il est absurde comme dans le th&#233;&#226;tre psychologique ordinaire de s'adresser d'abord &#224; son entendement, le Th&#233;&#226;tre de la Cruaut&#233; se propose de recourir au spectacle de masses ; de rechercher dans l'agitation de masses importantes, mais jet&#233;es l'une contre l'autre et convuls&#233;es, un peu de cette po&#233;sie qui est dans les t&#234;tes et dans les foules, les jours, aujourd'hui trop rares, o&#249; le peuple descend dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. A.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous de ces jours ? Et s'il faut descendre dans la rue avec des slogans et des revendications, peut-&#234;tre faudra-t-il descendre aussi avec ces forces. Cette cruaut&#233; de forces agit sur nous. Quatre heures et demie durant, le texte de Racine trou&#233; par Artaud, interrompu par Artaud, relanc&#233; par Artaud, brutalis&#233; par Artaud, viol&#233; par Artaud, insult&#233; par Artaud, exhauss&#233; par Artaud, exhum&#233; par Artaud, enterr&#233; par Artaud, crach&#233; par Artaud, d&#233;chir&#233; par Artaud nous supplie d'en finir avec les chefs-d'&#339;uvre comme avec tout jugement de dieu, quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose seule para&#238;t s&#251;re &#224; l'issue du spectacle : &#171; On n'a pas bien entendu le texte &#187; &#8212; comme l&#226;chent ceux qui, l&#226;chement, p&#233;rorent sur les trottoirs bourgeois devant les th&#233;&#226;tres officiels . Et c'est tant mieux pour les forces dans le texte. Surtout, on a vu l'&#233;lectrochoc du &lt;i&gt;Bard&#244;&lt;/i&gt; : et le choc en nous, longtemps, qui saisit, ressaisit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce qu'on a entendu &#233;tait bien davantage qu'un texte, et plus d&#233;cisif qu'une &#339;uvre : l'&#233;cart&#232;lement obsc&#232;ne, celui des &#234;tres que nous fait &#233;prouver le monde, celui du monde que produisent des &#234;tres quand ils d&#233;cident qu'ils n'en ont pas fini avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'en a pas fini avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_024.jpg?1574512164' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o/dramaturge du spectacle, qui rend visible des d&#233;tails pour nous appeler &#224; ouvrir les perspectives, &#224; renouer avec les corps quand soudain ils surgissent ? La saturation du son qui nous ouvre &#224; une autre &#233;coute ? La longueur du spectacle qui nous impose l'&#233;coute flottante qui par afflux vient et s'&#233;chappe, revient, secoue, &#233;branle l'endormissement qui menace comme menace l'engourdissement de ce monde contre lequel lutter ? La puissance des rites qui &#8212; &#244; Tutugurri, hurl&#233; dans la mise &#224; nue physique et m&#233;taphysique de Jeanne Balibar &#8212; qui renouvelle sans cesse l'&#233;nergie perdue des choses &#233;tales ? D&#233;tails d'un tout qui emporte et soul&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle des soul&#232;vements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle de la solitude d'Artaud face au monde : et l'arrogance du monde qui fait honte. Encag&#233; dans son corps, et dans cette vie, Artaud hurle la rupture (lettres aux femmes aim&#233;es &#8212; insult&#233;es &#8212;, auxquelles r&#233;pondent dans le finale sid&#233;rant les vers de Racine, pour les venger.) Spectacle des vengeances, sociales, politiques, sexuelles, mystiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle des sursauts : quand les corps tombent frapp&#233;s par la fatalit&#233;, ils se rel&#232;vent &#8212; chantent la m&#233;canique macabre et vitaliste du po&#232;me du cancrelat de Kirilov, arrach&#233; aux &lt;em&gt;D&#233;mons&lt;/em&gt; de Dosto&#239;evski. Et le th&#233;&#226;tre est rendu &#224; son jeu : vanit&#233; des vanit&#233;s o&#249; on meurt pour de faux, o&#249; on vit pour insulter l'existence de la fausse vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que dans &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article2494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'autres th&#233;&#226;tres&lt;/a&gt;, &#224; trente kilom&#232;tres de l&#224;, &lt;a href=&#034;https://www.telerama.fr/sortir/avec-retour-a-reims,-thomas-ostermeier-reinvente-le-theatre-politique,n6090186.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on pr&#233;tend &#234;tre politique sous pr&#233;texte d'&#233;voquer &#171; la situation actuelle &#187;&lt;/a&gt;, Castorf, parlant dans la bouche de Racine (bouche dans laquelle on lui aura fourr&#233; pr&#233;alablement une demie-douzaine de cigarettes, parfois en m&#234;me temps), dira davantage que la situation : il dira sa cruaut&#233;, et l'urgence de la traverser. Comme on crie. Comme on jouit. Comme la foudre tombe au ralenti et que tout s'&#233;vanouit, qu'on reste sous l'averse frapp&#233;, an&#233;anti, vivant enfin, si c'&#233;tait encore possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_031.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/castorf_repetition_mathildaolmi_031.jpg?1574512164' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le regard de la taupe et le regard de l'Ange</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/recherches-articles-communications/article/le-regard-de-la-taupe-et-le-regard-de-l-ange</link>
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		<dc:date>2012-03-08T23:01:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Arnaud Michniak</dc:subject>
		<dc:subject>_Aur&#233;lia Guillet</dc:subject>
		<dc:subject>_K. Lupa</dc:subject>
		<dc:subject>_F. Castorf</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention &#224; la journ&#233;e d'&#233;tude &#171; Th&#233;&#226;tre et Histoire, enjeux contemporains &#187;, ENS Lyon, 6 mars 2012&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_arnaud-michniak" rel="tag"&gt;_Arnaud Michniak&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_f-castorf" rel="tag"&gt;_F. Castorf&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton846.jpg?1331247795' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la journ&#233;e d'&#233;tude &lt;i&gt;Th&#233;&#226;tre et Histoire, enjeux contemporains&lt;/i&gt;, du 6 mars &#224; l'ENS Lyon, que j'ai organis&#233;e au sein du Labo Junion Imag'His avec Barbara M&#233;tais-Chastanier de Ag&#244;n, je publie ici cette communication qui prolonge des pistes d&#233;j&#224; travers&#233;es, ici, ou &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/aurelia-guillet-par-dessus-l-abime-qu-est-devenue-notre-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'histoire, et des moyens de l'affronter, au pr&#233;sent, en pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;big&gt;
&lt;p&gt;Notes sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;#LUPA&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Salle d'attente&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212; L. Nor&#232;n / K. Lupa
&lt;br/&gt;&#8212; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;#CASTORF&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La Dame aux Cam&#233;lias&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212; A. Dumas / F. Castorf
&lt;br/&gt;&#8212; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;#GUILLET&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;D&#233;j&#224; l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#8212; A. Michniak / A. Guillet&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/big&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprendre possession de notre histoire&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L'humanisme ne se manifeste plus qu'en tant que terrorisme, le cocktail Molotov est le dernier &#233;v&#233;nement bourgeois. Que reste-t-il ? Des textes solitaires en attente d'histoire. Et la m&#233;moire trou&#233;e, la sagesse craquel&#233;e des masses menac&#233;es d'oubli imm&#233;diat. Sur un terrain o&#249; la le&#231;on est si profond&#233;ment enfouie et qui en outre est min&#233;, il faut parfois mettre la t&#234;te dans le sable (boue pierre) pour voir plus avant. Les taupes ou le d&#233;faitisme constructif.
&lt;br/&gt;4 janvier 1977&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Heiner M&#252;ller, &lt;i&gt;Adieu &#224; la pi&#232;ce didactique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mettre la t&#234;te dans le sable (boue, pierre) et voir plus avant : se faire taupe pr&#233;cis&#233;ment pour ce mouvement &#8212; reviendrait au th&#233;&#226;tre la t&#226;che de cela : non parce que le th&#233;&#226;tre, lieu noir, retranch&#233; serait ainsi coup&#233; et pr&#233;serv&#233; du r&#233;el, mais parce que dans ce retranchement, il y aurait quelque chose de l'ordre de ce premier mouvement d'enfouissement pour retrouver ce dont on aurait &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233; &#8212; et cette avanc&#233;e surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'histoire et la litt&#233;rature se trouvent d&#233;li&#233;es dans notre monde aujourd'hui l'une de l'autre, que le th&#233;&#226;tre pourrait tendre &#224; n'&#234;tre qu'une occupation bourgeoise, qu'il ne semble &#234;tre qu'une surface ou un reflet m&#233;diatique d'occupation du temps, le &lt;i&gt;soir&lt;/i&gt; &lt;i&gt;apr&#232;s le travail&lt;/i&gt;, il faudrait, esquisse M&#252;ller, saper le vernis de l'art pour atteindre &#224; certaines profondeurs oubli&#233;es. Puisque d&#233;sormais le texte est en d&#233;sh&#233;rence de l'histoire (le dramaturge dit : &lt;i&gt;en attente&lt;/i&gt;), il faudrait faire de &lt;i&gt;l'attente&lt;/i&gt; le lieu m&#234;me de l'histoire repr&#233;sent&#233;e, peut-&#234;tre : occuper activement l'attente pour la briser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le texte ne peut plus rejoindre l'histoire qui se d&#233;roule sans qu'elle le concerne, puisqu'il ne peut plus en produire sans qu'il s'agisse d'un mime d&#233;grad&#233; (et sans participer &#224; son illusion), peut-&#234;tre faire de la sc&#232;ne un appel de l'histoire, une mani&#232;re d'en convoquer le sursaut, ou au moins d'en produire sa possibilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intuition de M&#252;ller : l'histoire n'est plus ce champ de conqu&#234;te mais un champ min&#233;. L'histoire n'est plus ce qui nous constitue comme communaut&#233; mais ce qui d&#233;sormais nous d&#233;nierait la possibilit&#233; d'&#234;tre une communaut&#233; : soit l'histoire se fait en dehors de nous (et m&#234;me pour nous), soit l'histoire se d&#233;fait devant nous, de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;cran, et devient plus qu'un spectacle, mais le spectacle de ce spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'histoire, notre g&#233;n&#233;ration n'a connu que sa chute : une s&#233;rie de chutes &#8212; des images de chutes r&#233;p&#233;t&#233;es : la chute du Mur de Berlin ; la Chute de l'U.R.S.S ; la Chute de deux tours de verre ; la chute des Statues de Sadam Hussein, de Khadafi, d'autres. Alors que faire de ces chutes de l'histoire, comme on parle de chutes pour des tissus, ou des chutes d'un r&#233;cit plus grand dans lequel on couperait &#8212; mais un r&#233;cit fait enti&#232;rement de chutes ; alors : que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intuition de M&#252;ller, c'est aussi celle-ci, apr&#232;s Brecht (et &#233;videmment, bien diff&#233;remment, puisque de l'autre c&#244;t&#233; de l'histoire et de l'utopie) : faire du th&#233;&#226;tre un lieu de resaisissement de l'histoire : non plus pour en faire un prolongement de l'activit&#233; historique ou sa r&#233;flexion en miroir (et retourner les armes du th&#233;&#226;tre contre lui m&#234;me afin de travailler la conscience du spectateur en acteur hypoth&#233;tique de sa propre histoire), mais agir pour en faire cet instrument de retour sur l'Histoire afin d'interrompre l'histoire telle qu'elle se fait pour nous. Interruption de l'histoire, interruption de son mythe plut&#244;t (J.-L. Nancy). Le th&#233;&#226;tre s'exhibe comme un lieu coup&#233; du monde pour mieux dire que cette coupure nous permet de le sauver, ou pour ainsi dire le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant acte de cette d&#233;possession de l'histoire &#8212; prenant appui sur ce moment de l'histoire qui succ&#232;de aux utopies (non pas la fin de l'histoire vraiment : mais ce moment qui continue sans nous), le th&#233;&#226;tre peut &#234;tre le lieu (et pour certains auteurs : peut &#234;tre seul ce lieu) o&#249; l'on d&#233;visage ce rapport &#224; la communaut&#233; : parce que le th&#233;&#226;tre est l'espace o&#249; la communaut&#233; est encore construite dans la solitude des regards, et le silence int&#233;rieur (le lieu seul : y en-a-t-il d'autres ? Les stades, les ar&#232;nes politiques ? Non. Dans le bruit, c'est plut&#244;t la dissolution de la solitude en collectif, et le basculement (contre lequel le th&#233;&#226;tre agit) de la communaut&#233; en communion).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;&#231;a n'existe pas&lt;/i&gt;, puisqu'il n'y a que des pi&#232;ces (et pas m&#234;me de pi&#232;ces : des spectacles plut&#244;t), soit donc trois spectacles, contemporains de notre contemporain : cr&#233;&#233;s et jou&#233;s cet hiver &#8212; qui affrontent, tous mais singuli&#232;rement et sans dialoguer les uns avec les autres, cette &lt;i&gt;question&lt;/i&gt; de l'histoire et de la communaut&#233; : tenir &#224; cette formulation : l'histoire et la communaut&#233; envisag&#233;es comme question : c'est-&#224;-dire comme travail &#233;labor&#233; en m&#234;me temps qu'il est r&#233;fl&#233;chi et con&#231;u sur le plateau et non dans l'&#233;criture d'un auteur solitaire et coup&#233; des corps de ceux qui vont le parler.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;LUPA&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lupa et l'espace politique
&lt;br /&gt;&#8212; traverser l'all&#233;gorie&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.colline.fr/fr/spectacle/salle-dattente&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salle d'attente&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, tout d'abord ; de Lupa : premi&#232;re cr&#233;ation en fran&#231;ais du metteur en sc&#232;ne polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s spectacles sur personnages r&#233;els (doublement probl&#233;matique : personnages &lt;i&gt;et r&#233;els&lt;/i&gt;), et les figures de Marilyn Monroe et Andy Warhol, cette fois Lupa s'attaque &#224; un &lt;i&gt;texte&lt;/i&gt;, celui de Lars Nor&#232;n, auteur danois : &lt;i&gt;Cat&#233;gorie 3.1&lt;/i&gt; &#8212; ou plut&#244;t va s'appuyer, se construire sur et &#224; partir de lui, en &lt;i&gt;compagnie&lt;/i&gt; de jeunes acteurs sortis des &#233;coles de th&#233;&#226;tre de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cat&#233;gorie 3.1.&lt;/i&gt; C'est par ce terme que l'administration de Stockohlm d&#233;signait les marginaux (alcooliques, drogu&#233;s, psychotiques, et m&#234;me plus largement que cela, d&#233;class&#233;s, ou hors-syst&#232;me). Dans la pi&#232;ce de Lars Nor&#233;n, toxicos, paum&#233;s, prostitu&#233;s, schizophr&#232;ne, SDF et ch&#244;meurs peuplent Sergelstorg, une place du centre de Stockholm. Un lieu qui est ce non-lieu qu'on ne nomme pas, sorte de hangar dortoir, ring ou rue avec un toit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le grand dehors par lequel on d&#233;signe cet espace qui n'appartient pas au champ politique : comme on dit d'un homme : &#171; il vit dehors &#187;. &#171; Il vit &#224; la rue. &#187; C'est le hors-champs politique et historique dans lequel &#233;videmment l'histoire n'a pas de prise, compose avec une histoire hors de l'histoire (les journaux ne servent qu'&#224; se prot&#233;ger du froid, non pour s'informer de l'autre dehors qui demeure le &lt;i&gt;n&#244;tre&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;crire la pi&#232;ce, Noren s'est appuy&#233; sur un important mat&#233;riau documentaire (il a recueillis des paroles, des figures, moins des trajectoires que des surgissements d'&#234;tres). C'est cela qui a autoris&#233; Lupa a travaill&#233; &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le texte, non &#224; partir de lui seulement pour se contenter de le faire interpr&#233;ter. Lupa l'a dit suffisamment : il ne veut plus monter de textes qui sont de purs objets construits de toutes &lt;i&gt;pi&#232;ces&lt;/i&gt;. Il veut des &lt;i&gt;magma&lt;/i&gt;, cherche &lt;i&gt;d&#233;sesp&#233;r&#233;ment&lt;/i&gt; des pi&#232;ces &#224; &#233;clater parce que d&#233;j&#224; en puissance &#233;clat&#233;es, &#233;clatantes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;J'ai cherch&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;ment des textes de th&#233;&#226;tre qui ne seraient pas des oeuvres joliment tourn&#233;es mais plut&#244;t une sorte de magma, quelque chose de plus ouvert et qui se joue au-del&#224; des dialogues eux-m&#234;mes. Ce qui m'a s&#233;duit ou m&#234;me hypnotis&#233; dans &lt;i&gt;Cat&#233;gorie 3.1&lt;/i&gt;, c'est que Nor&#233;n ait p&#233;n&#233;tr&#233; les profondeurs enfouies de l'&#226;me, du cerveau, du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile de dire pourquoi les gens se saoulent ou se droguent. Cette soif irrationnelle, ce besoin imp&#233;rieux se nourrissent de nombreuses images du bonheur, d'images arch&#233;typales, bien que totalement inexprimables ; mais &#224; la racine, il y a le d&#233;sir de se lib&#233;rer des r&#232;gles d'une r&#233;alit&#233; o&#249; &#8220;le moi&#8221; n'est pas heureux &#8211; ou &#8220;le moi&#8221; est enferm&#233; non seulement par la soci&#233;t&#233; [...] mais aussi par le fonctionnement du langage. [...] Je crois que Nor&#233;n a r&#233;ussi &#224; montrer ce processus, d&#233;tach&#233; de ce que je nommerais le diagnostic social, &#224; traiter de ces zones sans p&#233;dagogie ni moralisme. Dans cette pi&#232;ce, il ne cherche pas &#224; voir comment l'homme pourrait sortir de cet &#233;tat, se retrouver du bon c&#244;t&#233; de la soci&#233;t&#233;. [...] Tout le temps, comme un somnambule, l'auteur erre dans cette zone que l'homme normal aimerait pouvoir saisir et qu'il n'est pas capable de saisir. [...]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Pour cr&#233;er sa pi&#232;ce, Lupa n'a pas utilis&#233; la partition de Nor&#232;n afin de &lt;i&gt;repr&#233;senter&lt;/i&gt; cette pi&#232;ce, mais s'est appuy&#233; sur ce texte &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; mat&#233;riau textuel qui a &#233;t&#233; travaill&#233; en r&#233;p&#233;titions pour fabriquer sur le plateau, dans les r&#233;p&#233;titions, un spectacle fait d'improvisations et de sc&#232;nes r&#233;p&#233;t&#233;es (une sc&#232;ne de &lt;i&gt;shoot&lt;/i&gt; r&#233;p&#233;t&#233;e trois fois : c'est litt&#233;ralement la r&#233;p&#233;tition qui cr&#233;e le spectacle &#224; mesure de lui-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#8212; ANGELIKA. &#8212; Qu'il me tue s'il veut, j'ai pas la trouille de mourir, j'ai pas peur... J'ai appris &#231;a quand j'&#233;tais petite qu'on devait pas avoir peur de la mort, c'est ceux qui vivent qui sont dangereux. &lt;i&gt;Cherche dans son grand sac, mouvements tr&#232;s rapides, le met sens dessus dessous, et essaye de retenir les affaires mais une partie tombe par terre&lt;/i&gt;. Non, mais... merde... Pourquoi c'est jamais facile ? J'avais un nouveau paquet de cigarettes, maintenant elles ont disparu. &lt;i&gt;Pause&lt;/i&gt;. Donne-moi une cigarette... Pause. Johan.
&lt;br /&gt;&#8212; JOHAN. &#8212; Tiens. &lt;i&gt;Il lui donne un paquet de cigarettes.&lt;/i&gt; J'aime bien quand tu dis Johan. &lt;i&gt;Petite pause&lt;/i&gt;. Johan.
&lt;br /&gt;&#8212; ANGELIKA. &#8212; Oui, mais tu t&#8216;appelles comme &#231;a, non ?
&lt;br /&gt;&#8212; JOHAN. &#8212; Oui, mais quand m&#234;me... Johan...
&lt;br /&gt;&#8212; ANGELIKA. &#8212; Oui, mais c'est toi, non ?&#8212; JOHAN. &#8212; Oui&#8230; mais je le sens bien. On entend de la musique de l'&#233;tage au-dessus. Il y en a qui font la f&#234;te.
&lt;br /&gt;&#8212; ANGELIKA. &#8212; Grand bien leur fasse. &lt;i&gt;Rit. Se l&#232;ve, baisse sa culotte et s'accroupit. &lt;/i&gt;Pardon.
&lt;br /&gt;&#8212; JOHAN. &#8212; Mais toi... Tu vas faire &#231;a l&#224;, pendant que j'y suis ?
&lt;br /&gt;&#8212; ANGELIKA. &#8212; Non mais c'est que... &lt;i&gt;Prend les capsules qu'elle a mises dans un petit tube en plastique et se les met dans le vagin.&lt;/i&gt; Je vais y aller. Je dis... Faut bien que j'y aille.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La sc&#233;nographie : impressionnante, con&#231;ue pour cela &#8212; impressionner. Premi&#232;re sc&#232;ne dans l'ombre d'un devant qui isole une partie de la sc&#232;ne qu'on prend pour son tout, et soudain la lumi&#232;re qui fait reculer l'espace en le donnant &#224; voir dans toute sa profondeur de champ) : un hangar couvert de tags, perspective imm&#233;diate et durant tout le temps de la repr&#233;sentation, presque aucun jeu de lumi&#232;re, tout est visible, les acteurs / personnages sont en pr&#233;sence, parfois s'&#233;tendent, restent allong&#233;s une heure ou deux, avant de revenir pour le final sur fond de musique de Llassa qui les voit tous s'approcher au devant de la sc&#232;ne, s'asseoir sur le bord du plateau, &#234;tre sur ce seuil de la repr&#233;sentation avec lequel le spectacle a jou&#233; entre le r&#233;alisme extr&#234;me des paroles non-&#233;crites, le jeu ultra-naturaliste d'acteurs poss&#233;d&#233;s par des mouvements rejoints plus qu'ex&#233;cut&#233;s, et la fascinante distance de ce jeu avec le r&#233;el et l'imaginaire mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'histoire de ce texte ? Quel rapport (de force) &#224; l'histoire ce spectacle engage ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Nous avions travaill&#233; des zones semblables dans &lt;i&gt;Les Pr&#233;sidentes&lt;/i&gt; de Werner Schwab et dans &lt;i&gt;Les Bas-Fonds&lt;/i&gt;. Je suis persuad&#233; que Nor&#233;n s'est inspir&#233; de ce texte de Gorki que nous appelons en polonais &lt;i&gt;Na Dnie&lt;/i&gt; (Au fond), comme en russe d'ailleurs. J'avais intitul&#233; notre spectacle &lt;i&gt;Azyl&lt;/i&gt;. Ce qui nous fascinait, c'&#233;tait le ph&#233;nom&#232;ne de l'asile, c'est-&#224;-dire l'endroit o&#249; sont rejet&#233;s des gens qui ont certaines faiblesses qui les handicapent, qui les emp&#234;chent de se battre dans la vie o&#249;, &#224; cause de cela, ils ne sont pas accept&#233;s. &#192; cet endroit-l&#224;, ils trouvent la permission d'&#234;tre. Cet &#8220;au fond&#8221; est une sorte de &#8220;paradis&#8221; o&#249; il est possible de vivre et de poss&#233;der une certaine valeur &#8211; &#233;videmment pas celle en vigueur dans la soci&#233;t&#233; &#8211; o&#249; une autre morale se forme.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du fonds, du &lt;i&gt;bas-fonds&lt;/i&gt;, est alors vertigineux pour d&#233;visager en retour le spectateur d'un tel spectacle : quand on croise un homme s'adresser &#224; tous et &#224; personne dans le m&#233;tro hurlant et insultant le vide, impossible de ne pas trouver cette &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; th&#233;&#226;trale. D&#232;s lors, quand le th&#233;&#226;tre se ressaisit de ce geste, est-ce que cette d&#233;figuration ne renverse pas les signes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonds dans lequel se d&#233;pose cette r&#233;alit&#233;, dans le th&#233;&#226;tre qui ne cesse par ailleurs d'exhiber des signes de sa production (&#233;crans g&#233;ants avec par intervalles des improvisations en screen-test &#224; la mani&#232;re de ceux de A. Warhol au temps de la &lt;i&gt;factory&lt;/i&gt;) devient un d&#233;p&#244;t de notre histoire, comme la production m&#234;me de l'histoire qui est pass&#233;e et qui laiss&#233; &lt;i&gt;ceci&lt;/i&gt; : restes de l'humanit&#233;, mais qui sont cependant tout ce qu'il nous reste pour la saisir et la voir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L'homme ne sait rien de &#8220;l'intrusion d'en bas&#8221; &#224; laquelle il est expos&#233;, et il n'en sait rien puisqu'&#224; chaque pas et &#224; chaque instant il se trouve &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me de valeurs qui n'a d'autre but que de couvrir et de ma&#238;triser tout l'irrationnel par quoi est port&#233;e notre vie li&#233;e &#224; la terre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Broch, &lt;i&gt;Les Somnambules : le vertige lyrique&lt;/i&gt;, &lt;br/&gt;cit&#233; par M. Blanchot, &lt;i&gt;Le Livre &#224; venir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;L'intrusion d'en bas commise par le th&#233;&#226;tre (nous) expose (&#224;) une int&#233;riorit&#233; qui est comme le ventre de notre histoire : et le plateau, lentement, comme d'&#233;vidence, devient le lieu all&#233;gorique qui nous confie de nouveau ce dont l'histoire nous avait d&#233;poss&#233;d&#233; : notre histoire. Nous sommes rendus au rivage, face au large de nouveau. Au cours du spectacle, une sorte de m&#233;taphore se d&#233;gage de ce lieu : comme si ce hangar &#233;tait une mani&#232;re de repr&#233;senter le monde, non pas le dehors, la rue seulement, mais bien le fonctionnement de l'Histoire : chacun des personnages dans sa solitude, chacune des solitudes essayant d'&#233;changer avec l'autre, essayant d'&#233;changer la solitude avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a alors ce texte de Dosto&#239;evski, auquel pense Lupa quand il s'est pench&#233; sur la question de la jeunesse, dont l'enjeu fut central dans le projet : travailler avec la jeunesse pour la parler de l'int&#233;rieur : mais quelle part la jeunesse dans ce monde, et quelle relation du temps &#224; la jeunesse dans ce monde toujours pass&#233; en sa vitesse ?&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans ces instants rapides comme l'&#233;clair, le sentiment de la vie et la conscience se d&#233;cuplaient pour ainsi dire en lui. Son esprit et son coeur s'illuminaient d'une clart&#233; intense ; toutes ses &#233;motions, tous ses doutes, toutes ses inqui&#233;tudes se calmaient &#224; la fois pour se convertir en une souveraine s&#233;r&#233;nit&#233;, faite de joie lumineuse, d'harmonie et d'esp&#233;rance, &#224; la faveur de laquelle sa raison se haussait jusqu'&#224; la compr&#233;hension des causes finales. [...] Ces instants, pour les d&#233;finir d'un mot, se caract&#233;risaient par une fulguration de la conscience, et par une supr&#234;me exaltation de l'&#233;motion subjective. [...] &#192; ce moment &#8211; avait-il d&#233;clar&#233; un jour &#224; Rogojine quand ils se voyaient &#224; Moscou &#8211; j'ai entrevu le sens de cette singuli&#232;re expression : il n'y aura plus de temps.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dosto&#239;evski, &lt;i&gt;L'Idiot&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; W. Benjamin lisait Dosto&#239;evski comme l'&#233;crivain de &lt;i&gt;la plainte de la jeunesse et l'&#233;chec de son mouvement&lt;/i&gt;, Lupa refuse de conclure sur cet &#233;chec, d'en attester le vrai. Plut&#244;t une d&#233;faite qui n'a pas dit son dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot final : &lt;i&gt;il n'y aura plus de temps&lt;/i&gt; &#8212; plut&#244;t pour Lupa signe d'une n&#233;cessaire urgence, d'un sursaut que l'ultime image de la pi&#232;ce dit, avec sa simplicit&#233; d&#233;sarmante : ou comment l'une des personnages vient chercher un par un les acteurs &lt;i&gt;pos&#233;s&lt;/i&gt; sur le sol, les relever, et les amener au devant pour saluer, envelopp&#233;s dans la m&#233;lodie de Lhasa et de ses mots&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;_I had a dream last night A fish on land Gasping for breath Just laughed And (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;object type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; data=&#034; http://paris7-doctorants-lsh.net/son/dewplayer.swf?mp3=http://paris7-doctorants-lsh.net/son/lhassa.mp3&amp;autoreplay=1&amp;showtime=1&amp;volume= 75&#034; height=&#034;20&#034; width=&#034;200&#034;&gt;&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;A Fish on a Land&lt;/i&gt; (Lhasa, 'Lhasa de Sella', 2009)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;CASTORF&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Castorf et le temps &#224; reconqu&#233;rir
&lt;br /&gt;&#8212; &#201;changer (avec) l'histoire
&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Travail kal&#233;&#239;doscopique : fragments de Dumas (sc&#232;nes plut&#244;t que narration) ; phrases de Bataille (plut&#244;t que r&#233;cit) ; s&#233;quences int&#233;rieures de M&#252;ller : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.theatre-odeon.fr/fr/la_saison/les_spectacles_2011_12/accueil-f-379-0.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Dame aux Cam&#233;lias&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, de F. Castorf, &#224; l'Od&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un propos : l'individualisme bourgeois moderne et l'exploration de ses racines romantiques (apr&#232;s Kean, de Dumas &lt;i&gt;p&#232;re&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;La Dame aux Cam&#233;lias&lt;/i&gt; de Dumas &lt;i&gt;fils&lt;/i&gt; : question aussi sur l'h&#233;ritage de nos p&#232;res, l'histoire que les p&#232;res nous ont l&#233;gu&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du com&#233;dien absolu &#224; la prostitu&#233;e entretenue est &#233;videmment la continuation de la m&#234;me guerre, mais un cran est lev&#233; et on entre encore plus profond&#233;ment dans un fonctionnement de l'histoire &#224; la puissance : l'esclavage n'est plus celui d'un corps &#224; son r&#244;le ou &#224; son image, mais celui du corps au corps imagin&#233; et fabriqu&#233; par le regard de l'autre. Ce que Bataille appelle, la sc&#232;ne la r&#233;alise et s'en saisit (la phrase s'entend au d&#233;but du spectacle : &lt;i&gt;le capitalisme du sexe&lt;/i&gt;). D&#232;s lors, il y aurait ce sch&#233;ma : un dialogue entre &lt;i&gt;La Dame aux Cam&#233;lias&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Mission&lt;/i&gt;, et le trait d'union Bataille qui donne sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer par Dumas pour parler du pr&#233;sent : non, il ne s'agit pas d'une adaptation, voire d'une tentative de cr&#233;er des dialogues, esp&#233;rer que Dumas s'adresse &#224; nous, non (propos de Kolt&#232;s : l'amour a chang&#233;, donc il se dit autrement : besoin d'un autre langage, parce que le monde qu'on per&#231;oit est autre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;construire le romantisme de Dumas fils, Castorf le fait donc dialoguer avec &lt;i&gt;La Mission&lt;/i&gt; de M&#252;ller, cette pi&#232;ce du d&#233;but des ann&#233;es 1980 qui traite de la R&#233;volution fran&#231;aise &#8212; sous titre de la pi&#232;ce :&lt;i&gt; Souvenirs d'une r&#233;volution&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;La Mission, cette pi&#232;ce de M&#252;ller o&#249; la R&#233;volution (fran&#231;aise) n'est pas une id&#233;e mais une femme, &#171; femme avec vin, pain, fromage &#187;, femme sans nom, dans tous les &#233;tats de ses m&#233;tamorphoses, au fil de la trajectoire du n&#232;gre Saportas qui esp&#232;re la libert&#233; pour, sit&#244;t celle-ci conquise, la retirer au mul&#226;tre : l'histoire de l'utopie qui finit toujours par forniquer avec la mort,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mathilde La Bardonnie&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Double chiasme : Dumas pour parler de l'esclavage des corps au pr&#233;sent (une image au-dessus du plateau : Berlusconi dans les bras de Kadhafi &#8212; et un planisph&#232;re avec cette inscription qui tourne : &lt;i&gt;anus mundi&lt;/i&gt; : l'abject politique contemporain) ; et M&#252;ller le contemporain qui parle de l'Histoire r&#233;volutionnaire pass&#233;e. Au milieu de ce chass&#233;-crois&#233;, quelque chose qui tient moins de la transition que d'un miroir r&#233;fl&#233;chissant (sur nous) : le texte de Bataille, &lt;i&gt;Histoire de l'&#339;il&lt;/i&gt; &#8212; et quel rapport, au juste, de quelles forces ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1437 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2012-01-20_21-39-12.jpg?1331247145' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Castorf, la question politique est une question &#233;rotique (d'o&#249; Bataille) : l'esclavage qui fait l'enjeu de la pi&#232;ce de M&#252;ller est celui qui constitue le regard (plus que la vie) de Marguerite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Innocent ? coupable ? imb&#233;cile ? mais le pass&#233;, l'irr&#233;m&#233;diable&#8230; et si vieux, une salet&#233; qu'on ne peut laver, sur laquelle il faut vivre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;G. Bataille, &lt;i&gt;Le Petit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La question de la culpabilit&#233;, de la souverainet&#233; de l'innocence, de la souillure et de la blessure irrigue le texte de Bataille qui vient &#234;tre prononc&#233; par des personnages venus de la pi&#232;ce m&#234;me de Dumas &#8212; si la prostitu&#233; est une figure de Ha&#239;ti, Ha&#239;ti une figure du fonctionnement du monde b&#226;ti sur l'asservissement des corps : et le corps une figuration de l'&lt;i&gt;ordre&lt;/i&gt; politique qui est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la pi&#232;ce lentement de travailler cette id&#233;e : le moteur de l'histoire, c'est non seulement l'histoire elle-m&#234;me, mais son viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#233;nographie est spectaculairement simple : un monde double face tourne comme une toupie (ou une pi&#232;ce de monnaie) &#8212; &lt;i&gt;pile&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;favelas&lt;/i&gt; b&#226;ti en hauteur, une auberge avec poules et animaux vivants, des toilettes o&#249; l'on vient jouir, des lits que les personnages prennent pour des toilettes, et un escalier qu'on monte et descend pour se battre et s'insulter. &lt;i&gt;Face&lt;/i&gt;, une sorte de plateforme ultra-contemporaine, dance-floor vitrifi&#233;, liss&#233;, propre et sans asp&#233;rit&#233;. C'est l&#224; que le corps mort de Marguerite sera d&#233;terr&#233; par son amant pour qu'il puisse la regarder et jouir du spectacle de la d&#233;composition ; c'est l&#224; qu'on viendra projeter des films, la beaut&#233; de certains plans d'un long m&#233;trage de Murnau en regard de la salet&#233; du reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle histoire ? Et comment s'y ajuster, la conduire, l'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne : une sc&#232;ne d'int&#233;rieur (sc&#233;nographie dont nous sommes priv&#233;s : le corps est &#224; ce point sujet &#224; caution dans ce th&#233;&#226;tre, et trahi (au sens bataillien) que la deuxi&#232;me partie ne se passe pas sous nos yeux.) Les acteurs jouent &#224; l'int&#233;rieur de mansardes o&#249; ils sont film&#233;s : et le spectateur, voyeur de quel spectacle, regarde les &#233;crans pendant pr&#232;s d'une heure (davantage ?), les corps l&#224; mais cach&#233;s, et les paroles amplifi&#233;es, sonoris&#233;es, d&#233;form&#233;es donc. Parfois, un corps d&#233;passe de la mansarde, et on voit sur les &#233;crans ses jambes tandis que dans notre r&#233;alit&#233;, on aper&#231;oit le visage et les bras. Mise &#224; nu de la pr&#233;sence du th&#233;&#226;tre quand on assiste &#224; son retrait et son don dans le m&#234;me geste. Et d&#232;s lors, saisir un peu de notre histoire pour la retenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monde dans lequel l'histoire a fait des corps une puissance virtuelle per&#231;ue de seconde main : rend d'autant plus pr&#233;sente la pr&#233;sence redonn&#233;e ensuite des corps &#224; l'instant de leur diction et comme on est en pr&#233;sence avec eux, contemporains de ces corps, puissance du th&#233;&#226;tre de faire advenir des corps en acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sc&#232;ne d'int&#233;rieur : les trois r&#233;volutionnaires envoy&#233;s en Mission &#224; Ha&#239;ti pour abolir l'esclavage sont avertis que Bonaparte qui a renvers&#233; le pouvoir supprime leur Mission, annule l'ordre que le Directoire avait promulgu&#233;. Que faire ? Ob&#233;ir, rentrer, &#233;chouer (ou r&#233;ussir la mission de rentrer) : accompagner l'histoire en train de se faire. &lt;i&gt;Ou&lt;/i&gt; au contraire poursuivre la Mission, se faire anachronique de l'histoire, l'accomplir pour la beaut&#233; du geste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anachronisme de leur situation est d'une violence telle qu'il renvoie &#224; cette distance dans laquelle on est situ&#233; dans l'histoire : dans l'imm&#233;diatet&#233; de sa diffusion et dans le retard toujours croissant de sa perception. L'histoire qui se fait en temps r&#233;el, comment la faire, puisque c'est d&#233;sormais le temps r&#233;el qui le construit en dehors de nous qui sommes dans des mansardes, r&#233;ceptacles de ces nouvelles qui sont toujours d&#233;j&#224; pass&#233;es, que l'on re&#231;oit parce qu'elles sont pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que font-ils, les R&#233;volutionnaires priv&#233;s de leur R&#233;volution ? Apr&#232;s avoir parl&#233;, cri&#233;, pleur&#233;, pour l'un (en fait l'une : les trois hommes r&#233;volutionnaires sont jou&#233;s par un acteur et deux actrices, dont l'une &#224; moiti&#233; noire, peinte &#224; moiti&#233; sur le corps : pour M&#252;ller, jouer la race et le sexe, mais en d&#233;voilant toujours que l'on joue la race et le sexe), apr&#232;s avoir r&#233;clam&#233; que l'histoire ob&#233;isse &#224; leurs volont&#233;, l'un des r&#233;volutionnaires avale la Mission, le texte de la Mission : pas celui de M&#252;ller (quoique), mais celui qui leur donnait l'ordre de briser l'esclavage en Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avaler l'histoire : geste Bataillien d'ingurgiter, de &lt;i&gt;s'incorporer&lt;/i&gt; &#224; l'histoire pour en abolir &#224; la fois la substance, la r&#233;alit&#233;, la mat&#233;rialit&#233; et le contenu, et &lt;i&gt;(se) devenir&lt;/i&gt; en elle, faire dispara&#238;tre en soi le corps de l'histoire en faisant corps avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur toute cette sc&#232;ne, m&#234;me invisible, plane &lt;i&gt;L'Angelus Novus&lt;/i&gt; de Paul Klee, son regard &#8212; pour W. Benjamin, une image de l'Ange de l'histoire :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1436 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L400xH486/tumblr_kqioguMctA1qzgrcvo1_400-58a62.jpg?1770037960' width='400' height='486' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Il existe un tableau de Klee qui s'intitule &lt;i&gt;Angelus Novus.&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;Il repr&#233;sente un ange qui semble avoir dessein de s'&#233;loigner de ce &#224; quoi son regard semble riv&#233;.
&lt;br/&gt;Ses yeux sont &#233;carquill&#233;s, sa bouche ouverte, ses ailes d&#233;ploy&#233;es.
&lt;br/&gt;Tel est l'aspect que doit avoir n&#233;cessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourn&#233; vers le pass&#233;.
&lt;br/&gt;O&#249; para&#238;t devant nous une suite d'&#233;v&#233;nements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette &#224; ses pieds.
&lt;br/&gt;Il voudrait bien s'attarder, r&#233;veiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une temp&#234;te qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer.
&lt;br/&gt;Cette temp&#234;te le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines.
&lt;br/&gt;Cette temp&#234;te est ce que nous appelons le progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Mission&lt;/i&gt;, M&#252;ller renverse cette figure en Ange de D&#233;sespoir : &#171; Avec mes mains, je r&#233;pands l'extase, la paralysie, l'oublie, le d&#233;sir et le tourment des corps &#187;. Sur toute cette sc&#232;ne, trois heures durant, ces regards qui percent et d&#233;visagent.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;GUILLET&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Michniak et Guillet &#8212; et la possibilit&#233; de la communaut&#233;
&lt;br /&gt;&#8212; Reprendre possession d'une histoire
&lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me spectacle : &#233;crit au pr&#233;sent, cr&#233;&#233; cet hiver, texte n&#233; d'improvisations sur le plateau et d'entretiens dans un va-et-vient entre la sc&#232;ne, la table d'&#233;criture et le monde ; d'un dialogue entre Arnaud Michniak l'auteur d'une part, et Aur&#233;lia Guillet la metteur en sc&#232;ne et les acteurs d'autre part : le monde entre tout cela, les entretiens avec le dehors &#8212; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.colline.fr/spectacle/deja-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;j&#224; l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fable simple : des amis qui ont un peu bu discutent, s'animent : d&#233;chir&#233;s entre leurs contradictions et le besoin d'agir, ils sont surtout saisis d'une impuissance d'agir. Plus ils essaient d'&#233;changer, plus ils ne font que s'affronter ou &#233;changer des paroles abstraites ou th&#233;oriques sur la question de leur place dans le monde et leur r&#244;le dans le syst&#232;me (est-ce qu'on est hors du syst&#232;me, ou est-ce que le syst&#232;me, c'est d&#233;j&#224; nous ?). Dans cet &#233;chec &#224; construire la relation, ce &lt;i&gt;bras de fer&lt;/i&gt; des corps et des esprits, la tension monte jusqu'&#224; ce que l'une d'entre eux, apr&#232;s avoir dans&#233;, signant peut-&#234;tre l'&#233;chec de la parole, s'en va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre part &#224; sa recherche ; ne reste plus que deux acteurs, deux personnages, un homme et une femme : suffisant pour refonder la communaut&#233; par l'amour, sans doute : mais comment se toucher quand on a d&#233;sappris jusqu'au sens de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aur&#233;lia Guillet a dit, lors de la [&lt;a href=&#034;http://www.colline.fr/fr/spectacle/deja-la?page=documents&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentation de la pi&#232;ce&lt;/a&gt;] son envie de se confronter &#224; son &#233;poque et &#224; sa g&#233;n&#233;ration &#8212; non pour utiliser le th&#233;&#226;tre comme une tribune de revendication g&#233;n&#233;rationnelle, mais pour t&#233;moigner d'un temps r&#233;v&#233;lateur d'une &lt;i&gt;&#233;poque de blocage, un temps de transition&lt;/i&gt;. Notre g&#233;n&#233;ration n&#233;e dans les ann&#233;es 70-80 s'est vu confier un h&#233;ritage mais celui-ci a &#233;t&#233; comme capt&#233; : et cette g&#233;n&#233;ration n'a pas pu trouver une singularit&#233; qui aurait pu l'inventer comme g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors une question : comment reprendre possession de l'histoire, comment faire de l'histoire notre histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plateau, les quatre acteurs ; entre eux et nous, une mince toile qu'on ne per&#231;oit pas d'abord, mais qui sera le support aux images de l'histoire, large &#233;cran devant les acteurs, redoubl&#233; par un &#233;cran derri&#232;re eux dans un effet de surimpression double : surimpression des acteurs et des &#233;crans sur l'&#233;cran. C'est donc comme si l'histoire faisait &#233;cran au corps, comme si l'histoire les entourait devant et derri&#232;re, sorte de prison mentale d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images ne sont pas celle d'&#233;v&#233;nements identifiables, identifi&#233;s : on reconna&#238;t des mouvements de foules mais on ne per&#231;oit que le flux ; on voit des rues et des masses avec des drapeaux, ce pourrait &#234;tre des images de printemps arabes, europ&#233;ens, pass&#233;s, pr&#233;sents, &#224; venir. Comme on est plong&#233; dans ce flux, on ne voit que les mouvements de force de l'histoire, jamais ces points stables o&#249; prendre position, ou tenir position. Ce pourrait &#234;tre une impasse : mais il y a comme un sursaut : l&#224; encore, un &#233;chec qui n'a pas dit son dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant de la question de la communaut&#233; (m&#234;me minimale, quatre amis, r&#233;duite au moment de crise le plus fort &#224; deux amants), le spectacle tente de ne pas attester de cette impasse pour le constater, mais travaille la question de la prise de parole : comment et o&#249; la prendre ; oui : &#224; qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques moments de r&#233;cits qui prennent valeur m&#233;taphorique ; exemple : la jeune fille qui est partie marcher le long des chemins de fer a crois&#233; dans son errance un type vaguement mena&#231;ant, qu'elle menace en retour : voir combien la relation est ce rapport de force que la tendresse pourrait d&#233;sarmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a surtout &#224; la fin la lib&#233;ration de la parole individuelle : moment de l'histoire o&#249; l'individu n'est plus tant une valeur qu'une solitude, mais que ce th&#233;&#226;tre tente de renouveler, d'inventer (c'est-&#224;-dire de trouver) pour la faire imploser. Alors, les acteurs se tournent, dans la derni&#232;re partie, ne se parlent plus entre eux, mais vers le public, horizontalit&#233; neuve, s'avancent vers des micros et vont parler dans la parole, l&#226;ch&#233;s des mots qui sont comme des lanc&#233;es de langue vers nous, non pas r&#233;ducteurs &#224; des id&#233;es toutes faites, mais des mots d'incantation de secrets et de reconnaissance &#8212; un leitmotiv : &lt;i&gt;c'est l'&#233;mergence.&lt;/i&gt; (Toutes phrases courtes construits sur ce pr&#233;sentatif qui dresse pour nous la joie de cette communaut&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paroles qui circulent d'un corps &#224; l'autre, traversent le plateau : le personnage n'est plus d&#233;positaire de sa parole, de &lt;i&gt;sa&lt;/I&gt; r&#233;plique ; ce qui importe, c'est le champ de force que d&#233;limite la parole ensemble, et c'est comment l'habiter ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle qui prend le risque de l'impasse et de l'impossible, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il ne porte pas de formules politiques, de propositions id&#233;logiques, mais qu'il est dans le trembl&#233; des choses : qu'il fait confiance &#171; aux v&#233;rit&#233;s tremblantes &#187;, &#224; ce que Glissant appelle dans &lt;i&gt;L'Identit&#233; relation contre l'identit&#233;-nationale &lt;/i&gt; la pens&#233;e du tremblement : la pens&#233;e qui n'essaie pas de formuler des id&#233;es d&#233;finitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectacle qui prend le risque de l'impossible, de son impossible :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'&#233;preuve am&#232;re de l'impossible. Toute vie profonde est lourde d'impossible. L'intention, le projet d&#233;truisent. Pourtant, j'ai su que je ne savais rien et ceci, mon secret : &#171; le non savoir communique l'extase &#187;. L'existence a recommenc&#233; depuis, banale et fond&#233;e sur l'apparence d'un savoir. Je voulais la fuir, me disant : ce savoir est faux, je ne sais rien, rien absolument. Mais je savais : &#171; le non savoir communique l'extase &#187;, je n'avais plus d'angoisse. [&#8230;]
&lt;br/&gt;Je suis ouvert, br&#232;che b&#233;ante, &#224; l'inintelligible ciel et tout se pr&#233;cipite, s'accorde dans un d&#233;saccord dernier, rupture de tout possible, baiser violent, rapt, perte dans l'enti&#232;re absence du possible, dans la nuit opaque et morte, toutefois lumi&#232;re, non moins inconnaissable, aveuglante, que le fond du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;G. Bataille, &lt;i&gt;L'Exp&#233;rience int&#233;rieure&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pi&#232;ce qui est comme ce trajet : de l'impossible au fond du c&#339;ur inconnaissable d'une lumi&#232;re qui demeure, sursaut contre le vide et l'angoisse, ce que Bataille appelle la &lt;i&gt;joie&lt;/i&gt;, et dont on per&#231;oit la trace dans la fin de la pi&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il le traverse (la question de la travers&#233;e est son risque : celui partag&#233; par les trois spectacles), le th&#233;&#226;tre retrouve cette qualit&#233; de pr&#233;sence qui permet de reprendre possession, pour un temps seulement peut-&#234;tre, mais pour un temps malgr&#233; tout acquis comme pour toujours, de l'histoire en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est surtout cet appel, puisque le th&#233;&#226;tre a &#233;t&#233; le lieu et l'espace d'un regard dans des espaces et sur des lieux priv&#233;s dans le monde de regard, regard du th&#233;&#226;tre sur le monde tel qu'il nous permet de nous en resaissir, regard des corps sur nous qui nous impose de les regarder ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regard de la taupe, de l'ange : regard en commun peut-&#234;tre sur quelque chose qui &lt;i&gt;reste irr&#233;v&#233;l&#233; tant qu'on l'&#233;claire&lt;/i&gt;, disait Jaccottet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regard du &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/cinema/article/bela-tarr-le-cheval-du-turin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cheval de Turin aussi&lt;/a&gt; : celui qu'a crois&#233; Nietzsche, celui qui se pose sur nous comme pour nous consoler de la catastrophe que nous ne voyons pas. Nous, nous ne voyons que ce regard capable de regarder la ruine. Ce serait cela, le th&#233;&#226;tre : comme avoir acc&#232;s &#224; la catastrophe depuis un regard pos&#233; sur elle. Ce serait cela, oui, qui nous sauverait d'elle. Sur le regard consolateur et aimant du cheval de Turin, celui aveugle de la taupe de M&#252;ller, celui obs&#233;dant et insistant de l'Ange de Paul Klee : trois acc&#232;s &#224; l'Histoire par la catastrophe, la folie, la ruine et l'Histoire &#8212; trois regards crois&#233;s qui par-dessus le jugement moral nous disent : le th&#233;&#226;tre, s'il est le &lt;i&gt;lieu d'o&#249; l'on regarde&lt;/i&gt;, est aussi ce miroir d'eau o&#249; regarder par r&#233;flection et miroitement d'&#233;chos le monde pour en conjurer l'absence et la douleur, l'inventer de nouveau puisqu'il serait enfin profond&#233;ment visible. Le r&#234;ver autre enfin puisqu'il serait enfin n&#244;tre. Longue chevelure du temps comme des toiles d'araign&#233;e tiss&#233;es d'un bout &#224; l'autre des si&#232;cles en lesquelles on tisserait le recommencement du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir plus avant, se faire taupe, et voir le th&#233;&#226;tre comme ange : quelque chose qui ne peut d&#233;tourner les yeux, et dont le regard permet de soutenir le regard de l'histoire, peut-&#234;tre de retrouver des forces d'agir dans l'histoire &#224; travers ses ruines et ses &#233;chafaudages (puisqu'aujourd'hui, on ne sait ce qui tient de la ruine et ce qui tient des &#233;chafaudages), retrouver des moyens d'action qui pourraient faire de l'histoire notre histoire, dans la joie m&#234;me de la repossession.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Nous ne cherchons pas &#224; g&#233;n&#233;rer du contenu, nous g&#233;n&#233;rons tout court.
&lt;br/&gt;Nous ne produisons pas de contenu, nous sommes le contenu.
&lt;br/&gt;Nous sommes un contenu qui se g&#233;n&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne questionnons pas la place de l'action, nous sommes la place et l'action et c'est &#231;a qui questionne.
&lt;br/&gt;Ce qui &#233;merge est d&#233;j&#224; l&#224;, l'&#233;mergence est le mode normal in&#233;vitable, ce qui arrive, et toujours quelque chose arrive&#8230;
&lt;br/&gt;Que faisons-nous ? Nous arrivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la destination.
&lt;br/&gt;Nous savons que nous allons y &#234;ter nous-m&#234;mes que nous le voulions ou non. Et nous ne savons pas, malgr&#233; ce que nous pensons, faire autre chose que ce nous sommes.
&lt;br/&gt;Nous sommes la destination.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Michniak, &lt;i&gt;D&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_1438 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2012-02-05_15-35-59.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2012-02-05_15-35-59.jpg?1331247385' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;_&lt;small&gt;I had a dream last night
&lt;br/&gt;A fish on land
&lt;br/&gt;Gasping for breath
&lt;br/&gt;Just laughed
&lt;br/&gt;And sang this song
&lt;br/&gt;Is life like this for everyone
&lt;br/&gt;Is life like this for everyone&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I picked him up
&lt;br/&gt;He had a human face
&lt;br/&gt;I carried him
&lt;br/&gt;To where the water was
&lt;br/&gt;A grey and still and dusty thing
&lt;br/&gt;A grey and still and dusty thing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I dropped him in
&lt;br/&gt;And he could breathe again
&lt;br/&gt;And then he grew
&lt;br/&gt;And he became a man
&lt;br/&gt;I knew that I would marry him
&lt;br/&gt;I knew that I would marry him&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I had a dream last night
&lt;br/&gt;A fish on land
&lt;br/&gt;Gasping for breath
&lt;br/&gt;Just laughed
&lt;br/&gt;And sang this song
&lt;br/&gt;Is life like this for everyone&lt;br class='autobr' /&gt;
Is life like this for everyone&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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