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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Les seuils politiques des &#233;critures contemporaines du th&#233;&#226;tre</title>
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		<dc:date>2016-05-09T15:17:16Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_adresses &amp; monologues</dc:subject>
		<dc:subject>_Paris</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention au colloque &#171; Entre dialogue et monologue &#187;, &#224; Paris, le 2 mai 2016&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1718.jpg?1462806528' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Du 2 au 4 mai a eu lieu un colloque sur le th&#232;me &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monolooguer.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre dialogue et monologue&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand merci &#224; St&#233;phanie Smadja et Fran&#231;oise Dubor pour l'organisation et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'y ai propos&#233; une lecture politique de certaines sc&#232;nes contemporaines (un &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/&#160;1714'&gt;r&#233;sum&#233;&lt;/a&gt; ici).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici la version longue de mon intervention.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est anonyme, le journal est anglais, et l'ann&#233;e lointaine. En janvier 1867, Marx est &#224; Londres et lit le &lt;i&gt;Morning Star&lt;/i&gt;, o&#249; la bourgeoisie londonienne voudrait se pencher sur la mis&#232;re pour s'en tenir pr&#233;serv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La seconde porte &#224; laquelle nous frapp&#226;mes fut ouverte par une femme entre deux &#226;ges, qui, sans souffler mot, nous conduisit dans une petite chambre &#224; l'arri&#232;re, o&#249; se trouvait toute sa famille, silencieuse et les yeux fix&#233;s sur un feu pr&#232;s de s'&#233;teindre. Il y avait autour de ces gens et de leur petite chambre un air de solitude et de d&#233;sespoir &#224; me faire souhaiter de ne jamais revoir pareille sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Marx citera ce texte dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt; qui para&#238;tra cette ann&#233;e 1867, sans vraiment le commenter. Elle lui sert &#224; illustrer une situation &#8211; sociale, et en fait historique, que Marx convoque sans doute ici comme une all&#233;gorie. Elle l&#232;ve &#224; mes yeux toute une sc&#233;nographie qui dispose dans l'espace, des corps et des destins : un tableau qui vaut aussi pour et dans le regard qu'on porte sur lui. Tout un th&#233;&#226;tre. Une communaut&#233; minimale, &lt;i&gt;silencieuse&lt;/i&gt;, pench&#233;e sur sa propre fin (ce feu qui va s'&#233;teindre) et dont le silence finit par fabriquer une solitude : spectacle qui donne le d&#233;sir furieux, pour le journaliste bourgeois anglais, de ne &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre que je lis ici n'est pas vraiment dans ce tableau &#8211; &#224; la Greuze &#8211;, plut&#244;t dans le mouvement initial : cette porte qu'on franchit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait l&#224; comme un champ de force, un champ magn&#233;tique qui agr&#232;ge toute une constellation de puissances : non seulement la solitude, la communaut&#233;, l'histoire et le regard, le t&#233;moin et le d&#233;sespoir, l'entre deux &#226;ges aussi, et surtout : puisque l'entre-deux semble l&#224; comme une matrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique de cette sc&#232;ne : politique que lit Marx imm&#233;diatement pour soulever en elle le scandale &#233;vident, et aussi la preuve que le monde qui a produit une telle image ne peut que mourir ; politique aussi dans les braises sur lesquelles sans doute Marx voudrait souffler, &#233;videmment. Mais politique surtout, pour moi, dans ce th&#233;&#226;tre qui se l&#232;ve, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il dresse tous les constituants qui arme le th&#233;&#226;tre, dans cet espace interm&#233;diaire, ces plis de la solitude et de la communaut&#233;, du dehors et du dedans, du silence et de la parole, jusqu'&#224; l'&#233;criture qui se saisit du monde pour le jeter ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image serait importante pour moi : en tant qu'image, en tant que levier qui soul&#232;verait d'autres images : en tant qu'all&#233;gorie aussi peut-&#234;tre moins d'une situation politique, que d'une figure, celle d'un th&#233;&#226;tre politique, et d'un temps : une sorte de &lt;i&gt;spectre&lt;/i&gt; de notre pr&#233;sent, sa hantise et sa revenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre politique ? Il faut pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce mot, je ne voudrais pas &#233;voquer les th&#233;&#226;tres qui parlent de politique, dans leurs th&#232;mes ou leurs propos, mais des sc&#232;nes (des &#233;critures comme des mises en sc&#232;ne) qui font &lt;i&gt;politiquement&lt;/i&gt; du th&#233;&#226;tre &#8211; pour paraphraser Jean-Luc Godard &#8211;, c'est-&#224;-dire qui travaille &#224; nos &#233;mancipations. Qui font de l'&#233;mancipation &#224; la fois une question, un enjeu, un probl&#232;me : &#224; la fois un territoire et un horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre pr&#233;cision : &#233;mancipateur, le th&#233;&#226;tre ne l'est pas par n&#233;cessit&#233; (tant de sc&#232;nes qui, aujourd'hui comme hier, semblent surtout ali&#233;nantes ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques, les sc&#232;nes d'aujourd'hui ne sauraient le devenir seulement en revendiquant &#234;tre politiques, soit parce qu'il leur suffirait de mettre sur le plateau des questions de soci&#233;t&#233;s (comme on dit), soit parce qu'ils chercheraient &#224; &#233;duquer politiquement leur public. Contre un th&#233;&#226;tre p&#233;dagogique qui pr&#233;tendrait donner la le&#231;on, et contre un th&#233;&#226;tre purement cl&#244;t sur lui-m&#234;me, qui chanterait dans la glorification d'une langue pure et pr&#233;serv&#233;e du monde un langage &#224; l'oppos&#233;e des discours majoritaires qui nous gouvernent, il y aurait une voie puissante ailleurs : un th&#233;&#226;tre qui produirait par lui-m&#234;me des forces et des connaissances, qui dialoguerait avec le monde dans la coupure qu'il op&#232;re avec lui, et qui nous mettrait &#224; la t&#226;che de le traduire pour mieux nous gouverner et affronter le monde en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les th&#233;&#226;tres qui me paraissent aujourd'hui affronter cette question, qui ont mis au c&#339;ur de leur processus de leur cr&#233;ation et de de leur mode de r&#233;ception (les liant n&#233;cessairement), me semblent avoir d&#233;pos&#233; au centre de leurs travaux &lt;i&gt;la question du monologue&lt;/i&gt; : le monologue comme question &#8211; c'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, qu'ils s'inventent en inventant une relation singuli&#232;re &#224; la parole tenue en solitude, en tant qu'elle est une relation avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ces th&#233;&#226;tres politiques, s'ils s'int&#233;ressent au monologue, c'est dans la mesure o&#249; ce monologue soul&#232;ve &#224; eux les enjeux du dialogue : et s'ils s'int&#233;ressent &#224; ce soul&#232;vement, c'est bien parce que ces th&#233;&#226;tres portent avant tout autre peut-&#234;tre le souci de la relation, de la mise en relation : de soi et de l'autre, du th&#233;&#226;tre et de son dehors, du monde et de son envers, de la langue et du silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la solitude et la communaut&#233;, entre le corps seul sur le plateau et la foule assembl&#233;e devant lui, ou entre soi-m&#234;me dans la salle et ceux qui nous entourent &#8211; commun&#233;ment seuls &#233;galement et commun&#233;ment entour&#233;s &#8211;, le th&#233;&#226;tre dresse l'espace d&#233;chir&#233; d'une appartenance toujours fragile, toujours recompos&#233;e et toujours transitoire : comme de passage, ce qui fraie entre soi et l'autre n'est pas la parole seulement, mais le silence qui lie les &#234;tres ensemble. Ce qui fraie entre nous d&#232;s lors, c'est le lieu commun d'un partage singulier o&#249; la solitude est toujours une part arrach&#233;e &#224; la communaut&#233;. Et ce qui passe entre chacun, c'est ainsi peut-&#234;tre la possibilit&#233; de franchir le seuil de l'autre et de soi-m&#234;me : un franchissement politique en somme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car sur le plateau ou &#224; travers la salle, sur la page et dans la m&#233;moire, le proc&#232;s verbal du th&#233;&#226;tre pourrait bien se jouer ici, dans cet entre de soi et de l'autre plut&#244;t que dans la fable ou sur l'espace figur&#233; du drame. L&#224;, l'entre est un mouvement et un don, une pr&#233;sence qu'&#224; l'autre on transmet ou dont on le d&#233;poss&#232;de : de la solitude parl&#233;e &#224; l'&#233;change de cette solitude passe l'invention politique du temps et de l'espace. Or, le franchissement du monologue au dialogue, ce saut entre la parole solitaire et l'&#233;change, a pu certes d&#233;signer l'histoire m&#234;me du genre : la lev&#233;e d&#233;cisive du deut&#233;ragoniste introduit par Eschyle, quand soudain quelqu'un r&#233;pond &#224; l'autre, et r&#233;pondant, r&#233;pond aussi de la pr&#233;sence de tous et de chacun, et ainsi semble se briser le rituel sacr&#233; en puissance esth&#233;tique, au croisement de l'art et de la soci&#233;t&#233;, collusion imm&#233;diate du pr&#233;sent pur de la parole d&#233;livr&#233;e et d'une &#233;ternit&#233; initi&#233;e pour toujours dans l'appel de sa r&#233;p&#233;tition. Mais cette bascule de la solitude &#224; la communaut&#233; pourrait &#233;galement nommer le geste politique toujours renouvel&#233; du th&#233;&#226;tre : une travers&#233;e de la solitude par la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera ici l'hypoth&#232;se : qu'un peut commencer l'autre, et permet &#224; chacun d'&#234;tre soi-m&#234;me l'autre de tous, et qu'au th&#233;&#226;tre, &#8211; et singuli&#232;rement dans quelques-uns des th&#233;&#226;tres les plus vifs de notre temps, &#8211; cela soit, non pas ce que raconte le drame sur la sc&#232;ne, mais l'enjeu du drame entre nous et la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser l'entre du monologue et du dialogue, consid&#233;rer ce passage comme l'espace m&#234;me de la parole &#8211; et non plus comme deux moments successifs &#8211;, envisager ces bascules comme des plateaux franchis ou des seuils pass&#233;s incessamment, ce serait d'une part cesser d'opposer les formes dialogiques et monologiques et d'autre part rompre avec l'essentialisme de leur approche, pour mieux cerner les dynamiques et les relations qui les sous-tendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective politique &#8211; celle de l'&#233;mancipation individuelle par et dans le collectif &#8211;, la distinction entre monologue et dialogue n'est pertinente que dans la mesure de cet entre, celui que chaque &#233;poque et chaque culture ont interrog&#233; : il n'est pas d'essence du monologue ou du dialogue, plut&#244;t un usage propre &#224; nommer un rapport entre une &#233;poque et ceux qui voudraient l'&#233;crire quand il s'agit d'inventer de nouvelles mani&#232;res de fabriquer des communaut&#233;s et des solitudes en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quel est notre pr&#233;sent, sinon ce temps singulier o&#249; le monde n'avait jamais &#233;t&#233; autant mis en commun, imm&#233;diatement approch&#233; dans son possible, m&#234;me virtuellement &#224; travers nos &#233;crans &#8211; mais o&#249; jamais &#233;galement, tant de solitudes n'avaient &#233;t&#233; li&#233;es les unes aux autres ; o&#249; l'atomisation des d&#233;sirs pourrait se lire comme une strat&#233;gie polici&#232;re de contr&#244;le des populations ; o&#249; la fondatrice question r&#233;volutionnaire du Bonheur possible (celle de Saint-Just) ne pourrait plus relever d'une organisation constituante &#8211; sans susciter justement le scandale totalitaire d'une emprise du collectif sur l'individu &#8211; pas plus que de la conscience solitaire &#8211; sans un renoncement &#224; un projet qui nous lierait et donnerait sens &#224; nos vies multiples &#8211;, mais o&#249; l'occupation solidaire des Places (de Tahrir &#224; Wall Street, de Maidan &#224; la Plaza del Sol, avant d'autres&#8230;) suffit, dans la simple pr&#233;sence de corps lev&#233;s ensemble et parlant, sans contenu ni revendication, &#224; fabriquer un projet commun ; o&#249; dans ces feux crois&#233;s des solitudes et des communaut&#233;s enfin c'est l'enjeu m&#234;me de voix communes et partag&#233;es en lesquelles se dirait chacun qui se joue sur le th&#233;&#226;tre de la sc&#232;ne publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le th&#233;&#226;tre &#8211; cette sc&#232;ne des repr&#233;sentations, cette interruption de la vie toute lumi&#232;re &#233;teinte, ce d&#233;placement radical des conventions et des partages, ce silence gard&#233; contre soi tandis que la parole de l'autre c&#244;t&#233; est travers&#233;e &#8211;, cet art qui pose dans sa lev&#233;e m&#234;me la travers&#233;e de la solitude et de la communaut&#233; pourrait d&#233;signer en retour la fabrique politique de notre pr&#233;sent avec une acuit&#233; plus grande encore. Inversement, on sait combien les formes th&#233;&#226;trales ont toujours &#233;t&#233; travaill&#233;es par leurs dehors, le monde et ses r&#233;alit&#233;s sociales : et c'est aussi en dialogue avec les nouvelles formes d'organisation du r&#233;el que la sc&#232;ne contemporaine a renouvel&#233; en profondeur son rapport avec le monologue et avec le dialogue. Son rapport, et non ces formes en tant que telles : puisqu'il semble que c'est bien d'un rapport qu'il s'agit &#8211; un geste de prise de parole de la solitude dans la solitude, et du dialogue comme d&#233;chirure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double enjeu, double objet : saisir une part de notre e pr&#233;sent par l'approche des sc&#232;nes contemporaines, et saisir ces sc&#232;nes contemporaines dans la syntaxe politique de notre temps. &#192; travers ce chiasme, &#233;videmment, nulle transposition, nulle correspondance ou ad&#233;quation entre solitude et monologue, ou entre communaut&#233; et dialogue, mais des trajectoires qui se croisent et intensifient les champs de force qu'ils appellent autour d'eux. L'horizon de ce travail : que le th&#233;&#226;tre soit envisag&#233; comme le levier politique des &#233;mancipations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre un crit&#232;re : le th&#233;&#226;tre politique &#8211; &#233;mancipateur &#8211; habite cet espace de l'entre-deux, comme il occupe le territoire du dissensus, de la pliure, de la porte qui bat ou du feu qui va s'&#233;teindre ou reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;voquer les th&#233;&#226;tres &#8211; singuliers et sans rapport, voire contradictoires, voire oppos&#233;s &#8211; d'Alexandra Bad&#233;a, de Kryztosf Warlikowski, de Fran&#231;ois Tanguy, de Claude R&#233;gy, de Thomas Ostermeier, de Malte Schwind, d'Aur&#233;lia Guillet, ou de Dieudonn&#233; Niangouna &#8211;, c'est traverser ces enjeux de l'entre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#224; cet &#233;gard, travail qui doit &#224; la lecture prolong&#233;e, fraternelle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de l'interm&#233;dian, l&#224; o&#249; la solitude se lie &#224; la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, et il faut partir de ce constat, tous ces th&#233;&#226;tres paraissent d&#233;velopper une pr&#233;f&#233;rence pour le monologue. L'hypoth&#232;se que je formule, c'est que cette pr&#233;f&#233;rence n'est pas une tendance, mais un n&#339;ud o&#249; se dit surtout un enjeu politique de notre pr&#233;sent, et peut-&#234;tre le plus consid&#233;rable : &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; celui de la solitude travers&#233;e, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; de la communaut&#233; qui ne serait pas la communion, d'une communaut&#233; possible en tant qu'elle pr&#233;serve les solitudes, &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; celui d'une parole commune et partageable qui pourrait &#234;tre celle d'une individualit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; celui d'un dedans qui rendrait habitable un dehors, et qui pourrait l'habiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;f&#233;rence pour le monologue, donc &#8211; pour les moments o&#249; un acteur parle, seul et en pr&#233;sence d'aucun autre acteur. Et cette approche du monologue par r&#233;traction (le silence des autres et sa solitude), s'il faudra la corriger, est d'abord un appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car justement : en tout, ces th&#233;&#226;tres cherchent &#224; ne pas s'en tenir l&#224; : et on aurait tort &#224; cet &#233;gard de penser monologue et dialogue en terme d'assise et de position, mais bien plut&#244;t en fonction de dynamique qui les d&#233;centre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces th&#233;&#226;tres, le monologue n'est convoqu&#233; que pour faire signe vers un d&#233;bord que constituerait le dialogue ; et le dialogue, quand il n'est pas monologues qui cherchent &#224; cohabiter ou qui se coupent, est une trou&#233;e de monologues qui ne s'accordent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, dans tous ces cas, ce qui importe c'est le franchissement : ce qu'ils op&#232;rent : des intensit&#233;s parcourues, des seuils d&#233;pass&#233;s, des plateaux qu'on parcourt successivement ; l&#224; r&#233;siderait les sens politiques de cet usage de l'&lt;i&gt;entre &lt;/i&gt; du dialogue et du monologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces th&#233;&#226;tres, ce qui se cherche et s'&#233;labore, c'est le laboratoire de la solitude qui ferait l'exp&#233;rience des communaut&#233;s possibles : et je lis une certaine mani&#232;re de fabriquer des rapports, ceux capables d'inventer un monde en commun. Ces rapports pourraient nommer un autre type de registre qui serait &#224; l'intersection du dramatique et de l'&#233;pique, o&#249; le lyrisme serait celui d'une r&#233;invention de l'identit&#233; &#8211; o&#249; l'identit&#233; ne serait plus l'assignation &#224; une origine, mais une diffusion de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lyrisme politique &#8211; qui na&#238;t par exemple avec Nerval (&#171; je suis le veuf, le t&#233;n&#233;breux&#8230; &#187; : o&#249; &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; n'est pas identique &#224; lui-m&#234;me, au contraire, mais o&#249; il endosse le fantasme de silhouettes provisoires, transitoires, interm&#233;diaires, fugaces&#8230;), o&#249; qu'explore l'ensemble du tout dernier texte de Dieudonn&#233; Niangouna &#8211; un monologue &#8211; &lt;i&gt;Le Kung Fu&lt;/i&gt; (dont les derni&#232;res pages sont &#224; la conclusion d'un texte sur un d&#233;sir de th&#233;&#226;tre, un d&#233;lire d'invention de soi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;en t&#233;moigne les sid&#233;rantes derni&#232;res pages, o&#249; &#171; je suis &#187; est diffus&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lyrisme de la quatri&#232;me personne du singulier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;notion de Jean-Michel Maulpoix, que l'on retrouve aussi dans l'&#339;uvre de Novarina&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est radicalement politique en tant qu'il est celui de l'&#233;mancipation, mmm et surtout de l'&#233;mancipation de soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che de ces th&#233;&#226;tres politiques : faire du monologue le creuset d'une identit&#233; qui soit pr&#233;cis&#233;ment l'inverse de l'identit&#233; nationale, religieuse, sexuelle, malheureuse ou heureuse : une identit&#233; d&#233;figur&#233;e, bless&#233;e, alt&#233;r&#233;e, plut&#244;t. Ou comme l'&#233;crivait Catherine Malabou dans &#171; la plasticit&#233; au soir de l'&#233;criture &#187; : l'identit&#233;, &#171; ce mouvement de s'arracher &#224; soi pour se jeter &#224; sa propre rencontre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;f&#233;rence pour le monologue, donc : et c'est largement ce que semble pr&#233;senter les textes de l'auteur Alexandra Bad&#233;a. Pr&#233;f&#233;rence pour le monologue, ou refus du dialogue ? Difficile de trancher. Ce qui compte, c'est que le monologue (les monologues) qui structure (nt) cette dramaturgie tisse (nt) surtout les contours d'un &#233;change manqu&#233;, ou d&#233;plac&#233;, et peut-&#234;tre &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le th&#233;&#226;tre d'Alexandra Bad&#233;a se donne indubitablement &#224; lire comme un refus du dialogue : un refus de la forme du dialogue au profit de monologues de la frontalit&#233; qui dialoguent avec leur propre solitude. Pulv&#233;ris&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandra Bad&#233;a, Pulv&#233;ris&#233;s, L'Arche, 2012&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dresse quatre voix dans quatre villes qui sont autant de destins. &#192; Shangha&#239;, Dakar, Lyon et Bucarest prennent la parole des corps radicalement seuls et absolument solidaires ; ici, une ouvri&#232;re chinoise raconte l'usine et l'&#233;puisement physique ; l&#224;, un superviseur s&#233;n&#233;galais t&#233;moigne de l'effroyable escalade productiviste d'un centre d'appels ; ici, un responsable assurance-qualit&#233; communique avec sa famille entre deux avions ; ailleurs encore, &#224; Bucarest, une jeune femme ambitieuse narre les humiliations professionnelles qui sont le quotidien d'une lutte acharn&#233;e pour gravir les &#233;chelons de sa r&#233;ussite. Une m&#234;me entreprise est ici incarn&#233;e et formul&#233;e, un m&#234;me monde saisi dans sa marche forc&#233;e vers sa propre production d&#233;truisant les hommes qui le b&#226;tissent. Sous le fabulaire jet-lag des fuseaux horaires, un m&#234;me temps, th&#233;&#226;tral, l&#232;ve la pr&#233;sence r&#233;elle d'une catastrophe, celle de notre histoire contemporaine o&#249; le lib&#233;ralisme &#233;conomique voudrait se justifier lui-m&#234;me &lt;i&gt;comme l'air que l'on respire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression employ&#233;e, par exemple, en ao&#251;t 2007, &#224; Melles, par S&#233;gol&#232;ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; cet &#233;gard, chaque monologue de Bad&#233;a est &#224; la fois une respiration au milieu de l'apn&#233;e, et une apn&#233;e pour interrompre les flux d&#233;solants de notre histoire : chaque prise de parole une mani&#232;re de scandale dans l'ordre du r&#233;el, un arr&#234;t dans le mouvement forcen&#233; de la machine, un geste qui voudrait s'arracher de cet ici et maintenant et qui cependant tout &#224; la fois l'incarne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drame que raconte la pi&#232;ce est celui d'un quotidien dans sa banalit&#233; f&#233;roce, il touche au corps et aux paroles ; il est aussi celui, plus abstrait, d'une construction savante qui &#233;chappe &#224; tous, dont personne ne semble vraiment responsable, mais &#224; laquelle chacun participe. Quand l'usine br&#251;le, ou quand l'&#233;meute gronde dans les centres d'appels, les si&#232;ges sociaux re&#231;oivent les r&#233;pliques d'un s&#233;isme &#224; distance &#8211; la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s les prot&#232;gera ; seul est sacrifi&#233; celui qui ne domine rien ni personne, et qui est seul pourtant &#224; fabriquer le produit de cette entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pliques, c'est le terme qui nomme justement la dramaturgie du texte : chacune de ses voix prend la parole &#224; tour de r&#244;le, r&#233;plique de/&#224; la pr&#233;c&#233;dente. &#192; qui la prennent-ils, cette parole ? Au silence laiss&#233; par l'autre, au vide qui les relie, &#224; la distance des continents qui fabrique leur contemporan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;pliques se formulent ainsi &#224; distance des silences entre les monologues &#8211; et sous la frontalit&#233; des prises de parole, se joue une horizontalit&#233; de l'&#233;change qui ouvre la dialectique de la pi&#232;ce. Au spectateur revient la responsabilit&#233; politique de lire un seul monde &#224; travers la pulv&#233;risation donn&#233;e : de lier, sous l'apparente h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, la convergence des fils ici &#233;pars et cependant absolument communs. Le dialogue entre la sc&#232;ne et le monde qu'invente Bad&#233;a na&#238;t du refus d'un dialogue entre les corps qu'elle dresse, pr&#233;cis&#233;ment parce que dans ce monde rien ne dialogue plus &#8211; et que le th&#233;&#226;tre ne pourrait faire comme si ce dialogue existait encore en l'&#233;tat. Mais ce th&#233;&#226;tre refuse cependant tout autant d'attester la validit&#233; de ce monde. Et s'il s'y oppose, c'est aussi et surtout en en tenant compte. Les dialogues de la frontalit&#233; exposent des solitudes qui dialoguent, et le texte dialoguant avec le monde, ce qui dialogue en nous et ce scandale du monde lev&#233; dans sa brutale r&#233;alit&#233;, cristallis&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que Bad&#233;a n'oublie pas de travailler une dialectique qui contrevient &#224; la simple d&#233;nonciation d'une mondialisation destructrice en capital humain. Chacune des voix monologuant subit le monde tout en le produisant : chacune d'elle nous renvoie le miroir poli des logiques qui le fondent et l'&#233;laborent. Chacun de ces corps incarne un visage de cette mondialisation paradoxale o&#249; tous sont victimes et coupables. En nous, ce kal&#233;idoscope de figures finit par produire lentement, par composition et d&#233;composition progressive un dialogue possible avec notre monde : celui de son inacceptable morcellement, morcellement qui est la condition m&#234;me de son fonctionnement coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Bad&#233;a formule, th&#233;&#226;tralement, c'est l'atomisation de nos individualit&#233;s et c'est de mani&#232;re saisissante l'une des contradictions id&#233;ologiques de notre monde (occidental). L'individu para&#238;t se dresser comme le noyau du n&#233;o-lib&#233;ralisme marchand et conqu&#233;rant : la r&#233;ussite individuelle est plus qu'une valeur, elle est un objectif de r&#233;alisation de soi, la publicit&#233; s'adresse &#224; nos go&#251;ts et &#224; nos envies, elle est de plus en plus cibl&#233;e, individualis&#233;e. A contrario, la critique du n&#233;o-lib&#233;ralisme pointe les solitudes que ce monde cr&#233;e, les retourne en &#233;go&#239;sme sauvage, o&#249; la concurrence jette chacun les uns contre les autres. Le Darwinisme social semble faire de l'individu un survivant et un vainqueur sur le cadavre ou le corps affaibli d'un vaincu. Tant et si bien que l'individu est une notion qu'a d&#233;laiss&#233;e les contestataires de l'id&#233;ologie lib&#233;rale : pour une partie de la gauche radicale, l'individu n'est pas l'espace de l'&#233;mancipation. Dans &lt;a href=&#034;http://lemonde.fr/idees/article/2016/04/26/nuit-debout-releve-d-une-conception-traditionnelle-de-la-politique_4909223_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une tribune r&#233;cente&lt;/a&gt; concernant le mouvement &lt;i&gt;Nuit Debout&lt;/i&gt;, Goeffroy Laganesrie reprochait justement &#224; cette gauche d'avoir renonc&#233; aux vertus insurrectionnelles de la solitude pour n&#233;gliger les positions en pr&#233;tendant acc&#233;der imm&#233;diatement au commun, forc&#233;ment illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes d'Alexandra Bad&#233;a, sans jamais illustrer une joute id&#233;ologique semblent pens&#233;s et &#233;crits sur cette ligne de cr&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les individus ne parlent jamais les uns aux autres, non parce qu'ils n'ont rien &#224; se dire, mais parce qu'ils ne partagent pas le m&#234;me monde, et n'habitent pas &#224; la m&#234;me heure, dans le m&#234;me temps (c'est spectaculaire dans &lt;i&gt;Pulv&#233;ris&#233;s&lt;/i&gt;, ou dans son dernier texte &lt;i&gt;Breaking The News&lt;/i&gt;). Et ce qu'&#233;crit Bad&#233;a, outre des fables de l'atomisation, c'est soudain, en nous, la possibilit&#233; que ses monologues disjoints sur le plateau s'adressent les uns aux autres, et forment un monde, qui ne fabrique sur le plateau que du d&#233;sespoir, mais qui lancent en nous, comme une douleur et comme la possibilit&#233;, &#233;tant visible, d'&#234;tre contourn&#233; (on ne contourne que des contours : que des formes : et le propre de ce monde, celui du flux, des &#233;changes en temps r&#233;el, des cha&#238;nes de responsabilit&#233; et de soci&#233;t&#233;s-&#233;crans qui font &#233;cran &#224; leurs visibilit&#233;s, c'est d'&#234;tre sans contours)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un spectacle r&#233;cent, les metteurs en sc&#232;ne Jacques Nichet et Aur&#233;lia Guillet ont choisi d'attribuer la voix des quatre &lt;i&gt;figures&lt;/i&gt; par deux acteurs seulement, St&#233;phane Falco et Agathe Moli&#232;re. Ainsi, la question de l'incarnation des personnages &#233;vacu&#233;e, c'est bien l'enjeu d'un &#233;change possible qui &#233;tait &#224; l'&#339;uvre : ou comment un corps peut endosser la charge de plusieurs voix sans substituer &#224; l'une d'elles celle de l'acteur. Outre cet &#233;change, s'inventait subtilement un dialogue diff&#233;r&#233; et &#224; distance entre les deux acteurs. Puisqu'ils venaient &lt;i&gt;&#224; tour de r&#244;le&lt;/i&gt; prendre la parole, une dualit&#233; rythmique et physique se faisait jour : et, entre eux deux, acteurs et personnages, et entre eux et nous, la fable et sa traduction, entre tout ce jeu d'&#233;change et le monde, dans cette triple &#233;nonciation qui peu &#224; peu &#233;mergeait, les seuils de parole dynamisaient une dialectique invisible et f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le refus du dialogue ne t&#233;moignait donc pas d'une impuissance &#224; engager un &#233;change entre les &#234;tres, au contraire : il s'agissait plut&#244;t d'une vengeance contre les formes normatives d'un dialogue fauss&#233; (celui des conventions sociales qui transforment l'&#233;change de parole en rapport de force toujours au d&#233;triment du domin&#233;), et pour l'invention d'un dialogue qui jouerait dans le monologue. Derri&#232;re les deux acteurs, un immense &#233;cran compos&#233; de multiples &#233;crans faisait na&#238;tre des images de visages et de corps tout &#224; la fois diffract&#233;s et rassembl&#233;s, composites et unis, mosa&#239;que rendant chacun visible. Cet agencement sensible traduisait, depuis la sc&#233;nographie, la politique du texte : l'&#233;clatement des corps dans un monde illusoirement unifi&#233; et la solitude des individus renvoy&#233;s en miroir &#224; leur parole &#233;taient travers&#233; par des pr&#233;sences spectrales d'autres qu'eux m&#234;me, images multipli&#233;es ou agrandies de chacun &#8211; de tous &#8211; qui permettaient &#224; la fable de s'&#233;chapper de la cl&#244;ture de son propre r&#233;cit pour venir dialoguer avec la mat&#233;rialit&#233; de corps autres, de corps multiples que ces singularit&#233;s enferm&#233;es en eux-m&#234;mes finissaient, th&#233;&#226;tralement, par rejoindre. La sc&#232;ne donnait la possibilit&#233; de faire na&#238;tre des points de fuite qui n'&#233;taient pas des &#233;chapp&#233;es (vers un monde imaginaire ou une fiction seconde), mais au contraire : une puissance centrip&#232;te qui injectait sur le plateau des forces aptes &#224; relier cette fable au temps pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, dans le chiasme entre solitude et communaut&#233; intervenait aussi sensiblement, plastiquement, politiquement, ce simple fait que les acteurs &#233;taient &lt;i&gt;sonoris&#233;s&lt;/i&gt;. Voix int&#233;rieure et d&#233;mesur&#233;ment audible, voix mentale expos&#233;e, voix &#224; peine prononc&#233;e et cependant imm&#233;diatement per&#231;ue, la voix sonoris&#233;e travaille fatalement une d&#233;chirure entre la solitude et la communaut&#233;, ouvrant le monologue de la confidence secr&#232;te &#8211; interdite en fait, puisque r&#233;alis&#233;e contre la volont&#233; du pouvoir qui soumet ces individus au silence &#8211; &#224; l'&#233;vidence d'une &#233;coute dont on ne peut faire l'&#233;conomie : un inter-dit salvateur. Cette sonorisation &#8211; outre l'approchement de la solitude &#8211; donne &#224; entendre un lointain au plus pr&#232;s de soi, spatialise l'&#233;coute jusqu'&#224; ce point de plus haut paradoxe : la voix de l'autre &#233;mane de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce saut-l&#224; qui importerait dans le monologue : un saut hors du monologue, mais par le monologue, son assise y serait appui, ou levier &#8211; tout comme, &#224; l'inverse, le dialogue sert d'appui au monologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait plut&#244;t ce qui se joue dans le th&#233;&#226;tre de Fran&#231;ois Tanguy ou celui de Dieudonn&#233; Niangouna &#8211; si dissemblable, mais proche dans celui de faire du monologue des trou&#233;es (mentales ou oniriques pour le Radeau ; physiques, rageuse, torrentielle, pour Niangouna) : dans les deux cas, il y aurait comme pour les bas-reliefs des saillies de monologues qui surgiraient depuis le dialogue pour mieux donner formes &#224; ce qui dans le dialogue n'&#233;tait qu'hypoth&#232;se, hypoth&#232;se que le monologue convoque, explore, prend &#224; sa charge et tend &#224; &#233;prouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation qui se joue tient &#224; cette capacit&#233; exploratoire du monologue : chez Niangouna, elle tient &#224; l'outrance du com&#233;dien, l'&#233;vidence d'un travail spectaculairement physique ; chez Tanguy, elle tend plut&#244;t &#224; montrer une ressaisie du th&#233;&#226;tre par lui-m&#234;me, ne pas &#234;tre dupe de l'artifice qu'on convoque pour mieux le d&#233;jouer, le retourner sur le monde : dans les deux cas, une r&#233;flexivit&#233; qui se joue &#224; l'endroit du com&#233;dien, et pour nous. De part et d'autre de la sc&#232;ne et du plateau, l'enjeu serait le m&#234;me, celui de l'&#233;mancipation qui ne s'arrache qu'au prix d'une transformation &#8211; finalement crit&#232;re de l'exp&#233;rience th&#233;&#226;trale et politique, puisque c'est l&#224; que tout se joue. Dans ces espaces, &#224; l'extr&#234;me, le jugement pourrait m&#234;me s'abolir : l'exp&#233;rience aura lieu, ou non. C'est l'extr&#234;me, l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Warlikowski, ces modes de rapport entre individuation et partage, entre horizon commun et assise de la solitude, entre puissance &#233;thique et enveloppe politique, est un souci qu'on dirait premier : dans les spectacles comme dans les modes de production de son art (au Nowy Teatr de Varsovie, qui est un lieu de vie, squat, territoire d'exp&#233;rience davantage qu'un centre culturel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout, ce qui est recherch&#233;, c'est la d&#233;sassignation identitaire. Le monologue est celui de l'intimit&#233; expos&#233;e au-dehors, &#224; ses failles. Le com&#233;dien est sonoris&#233; : la voix qu'on entend est murmur&#233;e, chuchot&#233;e, mais tr&#232;s forte, puissance qui nous entoure, voix qui &#233;mane de nous. Ce n'est pas la n&#244;tre pourtant, pas seulement parce qu'elle est &#233;trang&#232;re. Mais elle explore l'&#233;tranget&#233; m&#234;me de son rapport conflictuel avec le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warlikowski voudrait retourner sur nous les fondements identitaires qui fondent illusoirement notre appartenance commune : il en fait le sacrifice, au plateau. Dans Shakespeare contes africains, il faisait du Noir, du Juif, du Vieux, les figures aberrantes, marginales, condamn&#233;es du monde occidental : dont la vitalit&#233; cependant revenait, pas seulement comme mauvaise conscience, mais comme pulsion de d&#233;sir. Dans Cabaret Varsovie, le Berlin des ann&#233;es 30 et l'Am&#233;rique d'apr&#232;s le 11&#8212; septembre se rejoignait dans une m&#234;me obsession identitaire : l&#224; on traque les un-deutschs (pas les juifs ou les communistes, mais ceux qui ne sont pas allemands : identit&#233;s n&#233;gatives), ici, on fait l'exp&#233;rience mondiale du deuil, on n'est plus que des survivants, des individus mutil&#233;s par la mort qu'on n'a pas v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monologues soul&#232;vent ces solitudes qui cependant ne renoncent pas au d&#233;sir de l'autre. On y fait l'amour dans des cabines t&#233;l&#233;phoniques, c'est toujours cela d'arracher &#224; la pseudo communication : aux dialogues qui passent par la distance. On cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment l'orgasme comme un espace de reconqu&#234;te de soi et de l'autre. On n'est plus ni homme ni femme, ni Juif ni musulman ni catholique : on y serait impossiblement polonais, identit&#233; relative, comme un sacrifi&#233; de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un autre seuil, du monologue au dialogue et du dialogue au monologue, dans une esth&#233;tique bien diff&#233;rente encore : et m&#234;me violemment oppos&#233; &#8211; celle de Thomas Ostermeier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent spectacle, &lt;i&gt;L'Ennemi du Peuple&lt;/i&gt;, d'apr&#232;s Ibsen un long monologue &#8211; celui du discours de Stockman, monologue d&#233;lib&#233;ratif : le docteur voudrait convaincre le peuple de se soulever contre l'autorit&#233; municipale, monologue qui devient surtout une large r&#233;flexion sur l'&#233;mancipation, sur l'indignation (pour utiliser un mot r&#233;cent), sur le sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ostermeier refuse le d&#233;sarroi de Ibsen, qui pr&#234;te &#224; son personnage des allures de proph&#232;te reni&#233; et finira plein d'amertume &#224; l'&#233;gard du peuple : Ostermeier refuse la glorieuse solitude du misanthrope, parce qu'il croit que l'individu est la condition de la communaut&#233;. Dans ce monologue, au pli de l'&#339;uvre, Ostermeier int&#232;gre des passages de &lt;i&gt;L'Insurrection qui vient&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233; par le Comit&#233; invisible, manuel pour un soul&#232;vement populaire et pour l'action violente : et Ostermeier extrait pr&#233;cis&#233;ment un passage qui lie la solitude &#224; la communaut&#233;, l'atomisation des individus comme strat&#233;gie d'occupation du pouvoir par le n&#233;o-lib&#233;ralisme, le lyrisme tautologique comme impuissance, incapacit&#233; &#224; s'&#233;manciper.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; I am what I am &#187;, donc, non un simple mensonge, une simple campagne de publicit&#233;, mais une campagne militaire, un cri de guerre dirig&#233; contre tout ce qu'il y a entre les &#234;tres, contre tout ce qui circule librement, tout ce qui les lie invisiblement, tout ce qui fait obstacle &#224; la parfaite d&#233;solation, contre tout ce qui fait que nous existons et que le monde n'a pas partout l'aspect d'une autoroute, d'un parc d'attractions ou d'une ville nouvelle : ennui pur, sans passion et bien ordonn&#233;, espace vide, glac&#233;, o&#249; ne transitent plus que des corps immatricul&#233;s, des mol&#233;cules automobiles et des marchandises id&#233;ales.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a entre les &#234;tres : voil&#224; ce que cherche le th&#233;&#226;tre de Ostermeier, et ce que forent ses monologues (par exemple, d&#233;j&#224;, dans son &lt;i&gt;Mesure pour Mesure&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; &#224; l'Od&#233;on en 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Un Ennemi du peuple&lt;/i&gt;, apr&#232;s ce passage par l'Insurrection qui vient, la situation th&#233;&#226;trale jou&#233;e par le monologue devient situation de th&#233;&#226;tre : la r&#233;union publique de Stockamm est r&#233;unie politique &lt;i&gt;pour de vrai&lt;/i&gt;. On tend un micro aux spectateurs, qui sont invit&#233;s &#224; r&#233;pondre au docteur, &#224; la situation, &#224; la fable, et surtout aux &#233;chos qu'elles suscitent. Dans le public, les acteurs qui jouent les opposants hurlent vigoureusement contre telles ou telles prises de parole d'un spectateur, et le th&#233;&#226;tre devient AG (&#233;videmment, ceux qui prennent la parole sont toujours ceux qui d&#233;j&#224; la dominent : et l'&#233;mancipation trouve l&#224; ses r&#233;sistances, ou ses limites&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monologue de Stockman est invitation &#224; un autre dialogue. &#192; Montr&#233;al, on parlera d'un scandale de pollution d'eau, semblable &#224; l'intrigue racont&#233;e par Ibsen, mais en Argentine, la pr&#233;sence d'un ancien ministre en campagne d&#233;placera le d&#233;bat vers les &#233;lections proches, etc. D&#233;placent ? Ou recentrent ? C'est tout l'enjeu pour Ostermeier : faire du monologue ce seuil o&#249; la prise de parole devient dialogue non pas avec le spectacle seulement ou avec des spectateurs, mais avec le monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait s'interroger sur le fonctionnement &#8211; et l'efficace &#8211; d'un tel dialogue qui n'en est pas vraiment un. Les acteurs ne r&#233;pondent pas, mais invitent &#224; relancer le d&#233;bat ; ceux qui dans la salle prennent la parole, ceux qui l'osent dans le dispositif somme toute intimidant d'un th&#233;&#226;tre, sont in&#233;vitablement des spectateurs habitu&#233;s &#224; faire usage d'une parole publique, et les positions de pouvoir se r&#233;installent insidieusement dans la place publique polarisant d'autres silences, d'autres monologues int&#233;rieurs. Mais Ostermeier est aussi, encore, &#224; la t&#226;che : faire du dialogue la possibilit&#233; du th&#233;&#226;tre, dans le th&#233;&#226;tre, c'est &#339;uvrer &#224; construire des contradictions &#8211; et si Stockmann n'est pas le prince d'&#233;go&#239;sme qu'il est dans l'&#339;uvre d'Ibsen (personnage sous lequel perce la tentation totalitaire) il n'emp&#234;che que les enjeux de responsabilit&#233; individuelle et collective sont judicieusement pos&#233;s avec un sch&#233;matisme qui de fait entra&#238;ne un engagement. Exc&#232;de-t-il le plateau ? Ce sera de la responsabilit&#233; du spectateur d&#232;s lors qu'il ne le sera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Ostermeier aura l&#224; travaill&#233; &#224; faire du monologue l'espace o&#249; s'engouffre le dialogue : il lui a fallu lever un monologue comme un bloc radical d'actions afin que face &#224; lui puisse se projeter des paroles et des pens&#233;es relatives. C'est dans cette dialectique que se joue l'exp&#233;rience politique de la pi&#232;ce : non un laboratoire &#224; id&#233;es nouvelles pour l'action, mais un geste qui voudrait d&#233;gager la possibilit&#233; de prendre la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces th&#233;&#226;tres &#233;voqu&#233;s ici au pas de charge ne sont ni proches dans leur geste ni exemplaires dans leurs d&#233;marches. Leurs th&#233;&#226;tralit&#233;s &#8211; comme la politique qu'ils explorent ou d&#233;fendent &#8211; se r&#233;pondent pourtant dans un m&#234;me refus de l'ordre du monde pr&#233;sent, sans se confondre sous d'hypoth&#233;tiques solutions. On est bien loin de la &lt;i&gt;pi&#232;ce &#224; le&#231;on&lt;/i&gt; : la politique de ces gestes ne se trouve nullement dans un projet collectif qu'ils appelleraient de leurs v&#339;ux, mais se cherche toute enti&#232;re dans la forme qu'ils traversent. Cette forme se concentre manifestement dans l'usage de l'&#233;change, dans les mutations qu'ils proposent pour concevoir monologue et dialogue. Nulle le&#231;on formelle de nouveau ici. Tout juste pourrait-on dire que le dialogue y est chez tous ces artistes r&#233;cus&#233; s'il se r&#233;duit &#224; l'art d'&#233;changer des mots, et le monologue tout autant &#233;vacu&#233; s'il n'&#233;tait que le moment o&#249; faire le point avec soi-m&#234;me. Ce qui importe dans ces th&#233;&#226;tralit&#233;s, c'est de chercher &#224; franchir : t&#226;cher d'effectuer le saut du dialogue au monologue, ou du monologue au dialogue &#8211; franchissement qui fabrique des intensit&#233;s o&#249; se formulent ces refus et ces tentatives de r&#233;appropriation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces th&#233;&#226;tralit&#233;s ne sont pas les seules &#224; &#339;uvrer dans ce souci du franchissement monologique. Sur bien des sc&#232;nes, ce travail semblerait &#234;tre conduit singuli&#232;rement, mais collectivement dans un certain refus de l'h&#233;ritage conventionnel que nous impose l'ordre social du monde, celui qui voudrait voir dans le dialogue un juste h&#233;ritage des Lumi&#232;res, un signe du progr&#232;s humain, un geste d'&#233;change qui nous lib&#232;re. Or, on sait bien ce qu'il est advenu d'un dialogue qui n'est plus la sc&#232;ne du dissensus fertile, mais, dans cet espace politique qui est le n&#244;tre, bien davantage la qu&#234;te forcen&#233;e de consensus inerte qui donneraient l'illusion d'un accord et emp&#234;cheraient le conflit, conflit dont ce monde sait bien qu'il se retournerait n&#233;cessairement contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le th&#233;&#226;tre a pu &#234;tre historiquement ce lieu du dialogue, l'espace par excellence de l'&#233;change &#8211; et devenir ainsi le paradigme de la civilit&#233; humaniste &#8211;, il semble d&#233;sormais de l'int&#233;rieur r&#233;sister &#224; cette assignation. Non au contraire que le dialogue porte d&#233;sormais en lui-m&#234;me l'illusion de l'&#233;change, ou que le monologue soit, par essence, outil d'&#233;mancipation : en tout, c'est contre le sens pr&#233;&#233;tabli des formes que la sc&#232;ne contemporaine s'empare de ces modes d'&#233;changes pour en pervertir l'usage, en renouveler les approches paradoxales. Tous voudraient garder du moins ce souci : l'affranchissement s'obtient dans une lutte contre les normes fig&#233;es du monde ; l'&#233;mancipation ne peut s'arracher que dans le franchissement radical de tout ce qui se donne comme h&#233;ritage ; la solitude est peupl&#233;e de communaut&#233;s, et le monologue tiss&#233; de dialogue avec le dehors qu'il s'agit d'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franchir, c'est choisir l'alt&#233;ration au nom de l'alt&#233;rit&#233;, c'est ne pas vouloir cesser de devenir, c'est donner la parole &#224; d'autres que soi en soi-m&#234;me. Passer du monologue au dialogue, et du monologue au dialogue, c'est postuler que du dialogique f&#233;conde le monologue &#8211; et que les voix singuli&#232;res sont peupl&#233;es d'autres &#8211;, et parier sur le partage dans le dialogue de monologues infiniment orient&#233;s vers des points de fuite o&#249; s'inventerait des territoires communs renouvel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que ces th&#233;&#226;tres sont, &#224; des degr&#233;s divers, des travers&#233;es de seuils politiques. Non pas une r&#233;ponse, doctrinaire et th&#233;orique, mais des lanc&#233;es vers des espaces intimes et du monde &#224; conqu&#233;rir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monologue n'est pas ce qui pr&#233;c&#232;de un dialogue ni le dialogue ce qui r&#233;pond &#224; un monologue, mais dans les &#233;critures (textuelles ou sc&#233;niques) parmi les plus consid&#233;rables de notre temps, le travail exploratoire d'une relation des solitudes &#224; la communaut&#233;, &#233;labor&#233; pour d&#233;signer l'inscription d'un territoire &#8211; int&#233;rieur ou commun &#8211; dans lequel la solitude pourrait choisir, voire inventer, les communaut&#233;s de son appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuils, franchissements, d&#233;placements, sauts. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'entre du monologue et du dialogue est l'espace (fragile et provisoire) d'une ressaisie possible, d'une &#233;mancipation jamais s&#251;re d'elle-m&#234;me, en partie d&#233;lirante, en partie folle, ou prise au risque d'une certaine folie, qui serait le contraire d'une ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si tu as peur d'&#234;tre trait&#233; de fou en parlant seul, t'inqui&#232;te, c'est la meilleure mani&#232;re de soigner ceux qui ne savent pas qu'ils sont fous et qui te le reprochent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours pens&#233; que la meilleure fa&#231;on de soigner un fou c'est de le placer devant un miroir. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour &#231;a que suis venu au th&#233;&#226;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le miroir des fous.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'il ne voulait pas &#234;tre fou que le journaliste que cite Marx sort de la pi&#232;ce, ne veut plus revoir cette sc&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en franchissant, dans l'entre de la solitude et de la communaut&#233;, du silence et de la parole tenue &#224; bout portant, et de soi et de l'autre, que peut se prendre le risque de l'&#233;mancipation. Ce serait dans cette plasticit&#233;, du monologue au dialogue, et du dialogue au monologue, de la solitude &#224; la communaut&#233;, du dedans au dehors, plasticit&#233; qui n'est pas la forme d'un d&#233;sarroi postdramatique, ni l'assujettissement aux fables &#233;tablies, mais le d&#233;placement de l'individu en virtualit&#233;s, en puissance, en devenir, que peut se conqu&#233;rir, voire s'arracher, une &#233;mancipation possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re image, vue r&#233;cemment, une derni&#232;re sc&#232;ne, ou une derni&#232;re all&#233;gorie qui est un signe. Dans &lt;i&gt;Tentatives de fugues (la joie, que faire ?)&lt;/i&gt; d'un jeune metteur en sc&#232;ne Malte Schwind, le spectacle s'achevait sur le soul&#232;vement d'une barricade. Soul&#232;vement que d&#233;crit un autre texte du comit&#233; invisible, &lt;i&gt;&#192; NOS AMIS&lt;/i&gt; : sur une barricade l'action y est singuli&#232;re et commune, c'est th&#233;&#226;tralement l'espace o&#249; la solitude prend sens et ampleur et valeur dans la communaut&#233;, et inversement &#8211; &lt;i&gt;Tentatives de fugues&lt;/i&gt; faisait se lever une barricade qui s'&#233;lan&#231;ait vers le public et s'effondrait sous les coups de fusils tir&#233;s depuis la salle, puis les hommes et femmes se relevaient, et retombaient. Se levaient et retombaient. Ce mouvement n'est pas celui de la chute (son d&#233;sespoir st&#233;rile), ni celui de la lev&#233;e (son id&#233;alisme b&#233;at, romantique et tout aussi st&#233;rile), mais ce mouvement incandescent, passage d'intensit&#233;, flux constant, solitude et partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les ruines de cette construction incessante, un long monologue faisait finalement entendre un texte de M&#252;ller, &#224; l'articulation de ces solitudes et de ces communaut&#233;s, de l'&#234;tre et de ce qui le relie aux autres, du corps singulier et des &#233;l&#233;ments qui en font un &#233;l&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;je vois mon propre cr&#226;ne ricanant, je vois le squelette qui danse dans le vent, des serpents qui sortent de la langue pourrie et les pages boursoufl&#233;es d'extase souill&#233;es d'excr&#233;ments. Et je joins mon limon, mes excr&#233;ments, ma folie, mon extase, au grand circuit qui circule &#224; travers les vo&#251;tes souterraines de la chair&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand merci &#224; St&#233;phanie Smadja et Fran&#231;oise Dubor pour l'organisation et la conduite de ces trois jours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; cet &#233;gard, travail qui doit &#224; la lecture prolong&#233;e, fraternelle, essentielle, de &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; de Bernard-Marie Kolt&#232;s, et de son dialogue (en dialogue avec ce texte aussi, comme l'avait propos&#233; Fran&#231;ois Bon&#8230;) &lt;i&gt;Dans la solitude des champs de coton&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;en t&#233;moigne les sid&#233;rantes derni&#232;res pages, o&#249; &#171; je suis &#187; est diffus&#233;, pulv&#233;ris&#233;, multipli&#233; en dizaines identit&#233;s fantasm&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;notion de Jean-Michel Maulpoix, que l'on retrouve aussi dans l'&#339;uvre de Novarina&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandra Bad&#233;a, &lt;i&gt;Pulv&#233;ris&#233;s&lt;/i&gt;, L'Arche, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression employ&#233;e, par exemple, en ao&#251;t 2007, &#224; Melles, par S&#233;gol&#232;ne Royal, qui venait d'&#234;tre candidate du Parti socialiste &#224; la Pr&#233;sidence de la R&#233;publique : &#171; Le march&#233; nous est aussi naturel que l'air qu'on respire ou que l'eau qu'on boit. Il s'agit l&#224; d'un jeu d'enfoncement de portes ouvertes &#187;. Ce m&#234;me mois d'ao&#251;t 2007, Noam Chomsky &#233;crivait : &#171; Le sys&#173;t&#232;me de contr&#244;le des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques est fort effi&#173;cace ; il instille la ligne directrice comme l'air qu'on respire. On ne s'en aper&#231;oit pas, et on s'imagine parfois &#234;tre en pr&#233;sence d'un d&#233;bat particuli&#232;rement vigoureux. Au fond, c'est infini&#173;ment plus performant que les syst&#232;mes totalitaires &#187;, in &#171; Plus efficaces encore que les dictatures, le lavage de cerveaux en libert&#233; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, ao&#251;t 2007, p. 8. Propos &#224; mettre en &#233;cho avec le texte de Christian Carle, &lt;i&gt;Lib&#233;ralisme et paysage&lt;/i&gt;, Verdier, 2003, o&#249; l'on peut lire : &#171; Nous approchons du moment o&#249; la peau nue du monde se r&#233;v&#232;le : l'air que l'on respire prend &#224; la gorge, du ciel viennent non plus les dieux, mais des avions, les mers se mettent &#224; puer, tandis qu'au sol le travail patient d'une g&#233;ologie mill&#233;naire, qui fit le trac&#233; des fleuves, la courbe des coteaux, la fertilit&#233; des humus et l'incroyable diversit&#233; des paysages, est brutalement boulevers&#233;. &#187; Christian Carle, &lt;i&gt;Lib&#233;ralisme et paysage&lt;/i&gt;, Verdier, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Colloque | Entre monologue et dialogue</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/liens-breves-annonces-dazibao/article/colloque-entre-monologue-et-dialogue</link>
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		<dc:date>2016-05-01T14:26:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_adresses &amp; monologues</dc:subject>
		<dc:subject>_Paris</dc:subject>
		<dc:subject>_Krzysztof Warlikowski</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>
		<dc:subject>_Thomas Ostermeier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;colloque &#224; Paris VII et Paris 3 &#8211; 2 au 4 mai 2016&lt;/p&gt;

-
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1714.jpg?1462112847' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Pour trois jours, du lundi 2 au mercredi 4 mai, colloque &#171; Entre monologue et dialogue &#187; organis&#233; &#224; l'universit&#233; Paris 7 et Paris 3 par l'&#233;quipe de Sorbonne Paris Cit&#233;, en cl&#244;ture de leur projet conduit ces derni&#232;res ann&#233;es : &#171; Monologuer : situations, formes et pratiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Occasion de prolonger mes recherches sur l'enjeu politique des sc&#232;nes contemporaines. J'avais d&#233;j&#224; &#233;crit sur ces questions, pour un premier colloque &#224; Paris 7 sur ce programme de recherche (l'esquisse d'une &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/notes-questions-lirecrire/chantier-ecritures-litterature/article/pierre-michon-monologues-pour-temps-present' class=&#034;spip_in&#034;&gt;approche th&#233;&#226;trale des &lt;i&gt;Onze&lt;/i&gt; de Pierre Michon&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler sur le monologue, c'est surtout occasion d'&#234;tre au travail ailleurs : parler du th&#233;&#226;tre, pour parler de ce qui soul&#232;ve dans le th&#233;&#226;tre et nous conduit &#224; sortir du th&#233;&#226;tre. Parler du monologue pour parler de tout autre chose : comme par exemple, d'une certaine sc&#232;ne de la solitude rapport&#233;e dans le livre 3 du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; par Marx, ou de la solitude comme force d'&#233;mancipation collective. Ou de ce qui se joue sur une barricade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici simplement le projet de ma communication &#8211; version longue &#224; venir (apr&#232;s mardi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus bas, le &lt;a href=&#034;#programme&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;programme dense du colloque&lt;/a&gt; (ou directement sur le site de &lt;a href=&#034;https://www.fabula.org/actualites/colloque-international-entre-monologue-et-dialogue_73795.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabula&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; St&#233;phanie Smadja (Universit&#233; Paris Diderot), Fran&#231;oise Dubor (Universit&#233; de Poitiers), Aliyah Morgenstern &amp; Pierre-Louis Patoine (Universit&#233; Paris 3).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;Image : Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/i&gt;, Sh&#233;da.&lt;/small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Projet de communication &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entre&lt;/i&gt; la solitude et la communaut&#233;, le th&#233;&#226;tre dresse l'espace d&#233;chir&#233; d'une appartenance toujours fragile, toujours recompos&#233; : sur le plateau ou &#224; travers la salle, sur la page comme dans la m&#233;moire, le proc&#232;s verbal th&#233;&#226;tral pourrait bien se jouer ici, dans cet &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; de soi et de l'autre plut&#244;t que dans la fable ou sur l'espace figur&#233; du drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce franchissement du monologue au dialogue, ce saut entre la parole solitaire et l'&#233;change, s'il peut d&#233;signer l'histoire m&#234;me du genre &#8211; la lev&#233;e d&#233;cisive du deut&#233;ragoniste introduit par Eschyle &#8211;, pourrait surtout nommer le geste politique toujours renouvel&#233; du th&#233;&#226;tre : une travers&#233;e de la solitude par la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;mancipateur, le th&#233;&#226;tre ne l'est pas par n&#233;cessit&#233; (combien de sc&#232;nes qui sont aussi ali&#233;nantes ?), et politiques, les sc&#232;nes d'aujourd'hui ne sauraient le devenir seulement en revendiquant de l'&#234;tre, soit parce qu'il leur suffirait de mettre sur le plateau des th&#232;mes ou des propos politiques, soit parce qu'ils chercheraient &#224; &#233;duquer politiquement leur public. Contre un th&#233;&#226;tre p&#233;dagogique qui pr&#233;tendrait donner la le&#231;on, et contre un th&#233;&#226;tre purement cl&#244;t sur lui-m&#234;me, qui chanterait dans la glorification d'une langue pure et pr&#233;serv&#233;e du monde, un langage &#224; l'oppos&#233;e des discours majoritaires qui nous gouvernent, il y aurait une voie puissante ailleurs : un th&#233;&#226;tre qui produirait par lui-m&#234;me des forces et des connaissances, qui dialoguerait avec le monde dans la coupure qu'il op&#232;re avec lui, et qui nous mettrait &#224; la t&#226;che de le traduire pour mieux nous gouverner et affronter le monde en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser l'&lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; du monologue et du dialogue, ce serait d'une part cesser d'opposer ces formes et d'autre part rompre avec l'essentialisme de leur approche &#8211; non, il n'y a plus de d&#233;finition une fois pour toute du dialogue ni du monologue : et combien de monologues sont tiss&#233;s de voix autres, et de dialogues qui sont des monologues coup&#233;s&#8230; &#8211;, pour mieux cerner les dynamiques et les relations qui les sous-tendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective politique &#8211; celle de &lt;i&gt;l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; individuelle par et dans le collectif &#8211;, la distinction entre monologue et dialogue n'est pertinente que dans la mesure de cet &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;, ce saut de l'un &#224; l'autre, bascule qui poss&#232;de pour elle l'intensit&#233; qui lui est propre et qui nous soul&#232;ve : franchissement que chaque &#233;poque et chaque culture a interrog&#233;. Non, d&#233;cid&#233;ment, il n'est pas d'essence du monologue ou du dialogue, plut&#244;t (et au contraire) un usage propre &#224; nommer un rapport entre une &#233;poque et ceux qui voudraient l'&#233;crire quand il s'agit d'inventer de nouvelles mani&#232;res de fabriquer des communaut&#233;s et des solitudes en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nommer notre pr&#233;sent, il faut s'interroger sur ce travail que les &#233;critures contemporaines du plateau op&#232;rent sur le monologue et le dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car aujourd'hui, parmi les nombreux assauts que les &#233;critures dramatiques ont lanc&#233;s sur les constituants du th&#233;&#226;tre &#8211; de la fable au personnage, du temps, de l'espace et du langage &#8211;, rien ne semble plus consid&#233;rable que celui port&#233; sur l'entre-deux de la parole, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il n'est pas un constituant comme un autre, mais situe l'enjeu m&#234;me de cet art. Oui, c'est l&#224; que se l&#232;ve &lt;i&gt;l'ag&#244;n&lt;/i&gt;, &#224; l'endroit m&#234;me de la d&#233;chirure entre soi et l'autre, entre nous et le monde : dans l'espace commun, de part et d'autre des solitudes, qui fabriquent le projet politique d'une communaut&#233;. &lt;i&gt;Entre&lt;/i&gt; le monologue et le dialogue se joue le th&#233;&#226;tre en tant qu'il fait de la solitude ou de l'adresse le drame de sa possibilit&#233; tout autant qu'il joue le politique comme une hypoth&#232;se toujours interrog&#233;e d'un projet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant certaines sc&#232;nes contemporaines &#8211; principalement ici celle d'Alexandra Bad&#233;a, de Kryzstof Wartlikowski, de Thomas Ostermeier ou de Dieudonn&#233; Niangouna &#8211; cet enjeu de l'&#233;change pourrait &#234;tre le levier politique d'un questionnement que l'on se propose ici de conduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces sc&#232;nes, on ne peut que constater un usage largement revendiqu&#233; du monologue. Mais cette pr&#233;dominance n'est pas le signe d'une convergence : plut&#244;t trace d'une singuli&#232;re pluralit&#233; pour engager un dialogue avec notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atomisation des individus broy&#233;s par le syst&#232;me marchand n&#233;o-capitaliste chez Bad&#233;a ; confidence int&#233;rieure comme masque d'une dialectique identitaire chez Warlikowski ; appel &#224; reprendre la parole chez Thomas Ostermeier ; qu&#234;te d'une pr&#233;sence du corps &#224; soi-m&#234;me chez Garcia ; rage de l'adresse et d&#233;fi au monde chez Niangouna ; dialogue mental pour Lupa ; puissance d'arrachement onirique chez Tanguy : ces usages du monologue sont autant de franchissements vers un dialogue avec le dehors. C'est en cela qu'ils sont, &#224; des degr&#233;s divers, un seuil politique. Non pas une r&#233;ponse, doctrinaire et th&#233;orique, mais une lanc&#233;e vers des territoires du monde &#224; conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monologue n'est pas ce qui pr&#233;c&#232;de un dialogue ni le dialogue ce qui r&#233;pond &#224; un monologue, mais dans les &#233;critures (textuelles ou sc&#233;niques) parmi les plus consid&#233;rables de notre temps, le travail exploratoire d'une relation des solitudes &#224; la communaut&#233; &#233;labor&#233; pour d&#233;signer l'inscription d'un territoire &#8211; int&#233;rieur ou commun &#8211; dans lequel la solitude pourrait choisir, voire inventer, les communaut&#233;s de son appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;programme&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Colloque International
&lt;br/&gt;&#034;Entre monologue et dialogue&#034; &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour Derrida, le monologue est un dialogue rompu, ou signifie l'impossibilit&#233; m&#234;me du dialogue. Les liens entre monologue et dialogue se situent en r&#233;alit&#233; &#224; plusieurs niveaux, et varient en fonction des repr&#233;sentations et des pratiques langagi&#232;res. Un dialogue peut tendre vers le monologue, de la m&#234;me fa&#231;on qu'un monologue est toujours travers&#233; par les voix d'autrui. Bien plus, le monologue lui-m&#234;me peut &#234;tre d&#233;fini de deux fa&#231;ons : soit il est consid&#233;r&#233; comme une pratique langagi&#232;re &#224; part, dont il faut &#233;tudier la sp&#233;cificit&#233;, soit il est cat&#233;goris&#233; comme une forme de dialogue. Ainsi, selon Benveniste qui participe de cette seconde tendance, &#171; le &#8220;monologue&#8221; est un dialogue int&#233;rioris&#233;, formul&#233; en un &#8220;langage int&#233;rieur&#8221;, entre un moi locuteur et un moi &#233;couteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mile Benveniste, &#171; L'appareil formel de l'&#233;nonciation &#187;, Probl&#232;mes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Si toute pratique du monologue se fonde sur une parole int&#233;rieure ext&#233;rioris&#233;e, la question sous-jacente fondamentale est celle de la structuration de ce discours int&#233;rieur et la repr&#233;sentation de la vie psychique, entre monologue et dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Colloque de cl&#244;ture du projet Idex Sorbonne Paris Cit&#233; &#171; Monologuer : situations, formes et pratiques &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des interventions d'artistes invit&#233;s ponctueront les interventions scientifiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entr&#233;e libre, y compris pour les performances artistiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;servation conseill&#233;e : sophie.lespinasse@univ-paris-diderot.fr&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Programme
&lt;p&gt;Lundi 2 mai 2016, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Salle prestige de la Maison de la recherche :&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Linguistique, Psychanalyse, Philosophie et Musique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pr&#233;sidences de s&#233;ance : Christelle Dodane et Fran&#231;oise Dubor)&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 9h-9h15 Ouverture : Carle Bonafous-Murat, Pr&#233;sident de l'Universit&#233; Paris 3 Sorbonne nouvelle &lt;br /&gt;&#8212; 9h15-9h25 St&#233;phanie Smadja, Pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale du programme Monologuer (Universit&#233; Paris Diderot).
&lt;br /&gt;&#8212; 9h25-9h30 Aliyah Morgenstern (Universit&#233; Paris 3), Pr&#233;sentation du travail sur les monologues d'enfants.
&lt;br /&gt;&#8212; 9h30-10h30 Conf&#233;rence : Christelle Dodane (Universit&#233; Paul Val&#233;ry, Montpellier), Le monologue chez l'enfant : du jeu solitaire au soliloque.
&lt;br /&gt;&#8212; 10h30-11h Aliyah Morgenstern (Universit&#233; Paris 3), Fran&#231;oise Bourdoux, Entre monologue et dialogue : le langage &#233;gocentrique de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11h-11h30 Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 11h-11h30 Victoria Bartlitz &amp; Milena Kuehnast (Zentrum f&#252;r Allgemeine Sprachwissenschaft, Berlin), In search of attachment &#8211; German children's strategies of understanding and using the discourse connectives but and and.
&lt;br /&gt;&#8212; 11h30-12h Badreddine Hamma (Universit&#233; d'Orl&#233;ans), &#201;tude de quelques quiproquos d&#233;jou&#233;s dans les entretiens orl&#233;anais.
&lt;br /&gt;&#8212; 12h-12h30 Charles Bonnot (Universit&#233; Paris Diderot), Du pseudo-monologue au pseudo-dialogue : l'exploitation du trope interactionnel dans les documentaires rock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 12h30-14h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 14h-14h30 Gis&#232;le Venet (Universit&#233; Paris 3), Le maniement militant du dialogue par Giordano Bruno et quelques autres (Dialogues de Galil&#233;e entre autres).
&lt;br /&gt;&#8212; 14h30-15h Andr&#233; Lacaux (Universit&#233; Paris Diderot), La parole analytique entre monologue et dialogue.
&lt;br /&gt;&#8212; 15h-15h30 Emmanuel Martin (Universit&#233; Rennes II &amp; &#201;tablissement Public de Sant&#233; Mentale de l'Aube), L'entre du monologue et du dialogue &#8211; la question du rapport et son impossibilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h30-16h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 16h-16h30 Lolita B&#233;rard (Atilf), L'articulation monologue-dialogue dans les chansons de Dor&#233;mus.
&lt;br /&gt;&#8212; 16h30-17h Wendy Prin-Conti (Universit&#233; Paris 3), Crise po&#233;tique et d&#233;doublement de soi dans les premiers po&#232;mes de Maurice Rostand.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h-17h30 B&#233;atrice Alonso (Universit&#233; de Perpignan Via Domitia), Du dialogue th&#233;&#226;tral humaniste au monologue de la persona lyrique, les Euvres de Louise Lab&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h30-18h30 St&#233;phanie B&#233;rard (Universit&#233; Paris 3), D&#233;doublement, scission, diffraction de soi : aux confins de la solitude et de la folie dans le monologue Cette guerre que nous n'avons pas faite (Ga&#235;l Octavia) &amp; Lecture (performance artistique).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Mardi 3 mai 2016, &lt;i&gt;Grand Amphith&#233;&#226;tre, Institut du monde anglophone :&lt;/i&gt;
&lt;strong&gt;Th&#233;&#226;tre &lt;/strong&gt; &lt;i&gt;(Pr&#233;sidences : Joseph Danan et Thierry Revol)&lt;/i&gt;
&lt;center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 9h-10h Conf&#233;rence : Joseph Danan (Universit&#233; Paris 3), Pour en finir avec le monologue.
&lt;br /&gt;&#8212; 10h-10h30 Fran&#231;oise Dubor (Universit&#233; de Poitiers), Entre monologue et dialogue : une question d'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h30-11h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 11h-11h30 Thierry Revol (Universit&#233; de Strasbourg), Monologues du xve si&#232;cle : dramaturgies et pratiques.
&lt;br /&gt;&#8212; 11h30-12h Mil&#232;ne Tournier (Universit&#233; Paris 3), Le dispositif-monologue chez Ang&#233;lica Liddell : l'adresse exc&#233;d&#233;e et la sollicitation.
&lt;br /&gt;&#8212; 12h-12h30 Virginie Lupo (Lyc&#233;e Saint-Exup&#233;ry de Lyon), L'utilisation du miroir dans Caligula ou le passage du monologue au dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12h30-14h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 14h-14h30 Arnaud Ma&#239;setti (Universit&#233; d'Aix-Marseille), Entre monologue et dialogue : les seuils politiques des &#233;critures contemporaines.
&lt;br /&gt;&#8212; 14h30-15h Michelle Cheyne (University of Massachusetts Dartmouth), Faire parler les corps disparus : l'efficacit&#233; discursive, performative et esth&#233;tique du monologue dans la mise en sc&#232;ne des naufrag&#233;s de Lampedusa chez Lina Prosa et Marco Martinelli.
&lt;br /&gt;&#8212; 15h-15h30 Pauline Donizeau (Universit&#233; Paris Ouest Nanterre-La D&#233;fense), De la parole confisqu&#233;e au monologue national : mise en sc&#232;ne de l'impossible &#233;mergence du dialogue dans le th&#233;&#226;tre du metteur en sc&#232;ne &#233;gyptien Ahmed el-Attar.
&lt;br /&gt;&#8212; 15h30-16h Federica Spinella et Bruna Monaco (Universit&#233; de Rome), Les voix fant&#244;mes : endophasie et &#233;sophasie dans le th&#233;&#226;tre d'Eduardo De Filippo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16h-16h30 Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 16h30-17h Fran&#231;ois Jardon-Gomez &amp; Nicholas Cotton (Universit&#233; de Montr&#233;al), Entre monologue et dialogue, le polylogue : limites et relance d'un concept.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h-17h30 Julien Daill&#232;re (Universit&#233; des Arts de T&#226;rgu Mure&#351;, Roumanie), Monologue et dialogue, du vomissement &#224; la digestion.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h30-18h Charlotte Richard (Universit&#233; Aix Marseille), Entre monologue et dialogue, la r&#233;sonance des voix mortes dans le second th&#233;&#226;tre beckettien.
&lt;br /&gt;&#8212; 18h-18h30 Adeline Arniac (Universit&#233; Paul Val&#233;ry, Montpellier 3), &#171; The thing I like [&#8230;], is this kind of conversation &#187; : Le monologue comme m&#233;tonymie de dialogue dans Monologue de Harold Pinter.
&lt;br /&gt;&#8212; 18h30 St&#233;phane Poliakov (Universit&#233; Paris 8), Du dialogue platonicien au monologue tchekhovien, pratiques et th&#233;ories du jeu (performance artistique).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Mercredi 4 mai 2016, &lt;i&gt;Grand Amphith&#233;&#226;tre, Institut du monde anglophone :&lt;/i&gt;
&lt;strong&gt;Litt&#233;rature, Linguistique et Th&#233;&#226;tre &lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Pr&#233;sidences de s&#233;ance : R&#233;gis Salado et Pierre-Louis Patoine)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 9h Ouverture : Sylvie Rousset, Vice-Pr&#233;sidente de la CR de l'Universit&#233; Paris Diderot &amp; Laurent Creton, Vice-Pr&#233;sident de la CR, Pr&#233;sident du CAC de l'Universit&#233; Paris 3.
&lt;br /&gt;&#8212; 9h30-10h30 Conf&#233;rence : C&#233;cile de Bary (Universit&#233; Paris Diderot) et Andr&#233;e Chauvin-Vileno (Universit&#233; de Franche-Comt&#233;), Un texte, une voix, des images : Un homme qui dort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10h30-11h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 11h-11h30 Evelyne Lignon (Universit&#233; Paris Diderot), Monologue et polyphonie.
&lt;br /&gt;&#8212; 11h30-12h Fr&#233;d&#233;ric Martin-Achard (Universit&#233; Paris Diderot), Les variations pronominales chez Larbaud et Butor : entre monologue et dialogue.
&lt;br /&gt;&#8212; 12h-12h30 Anna Isabella Squarzina (Universit&#233; LUMSA de Rome), Microfictions de R&#233;gis Jauffret : entre monologue et dialogue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12h30-14h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 14h-14h30 Despoina Nikiforaki (Universit&#233; Paul Val&#233;ry-Montpellier 3 &amp; Universit&#233; Ouverte de Chypre), La parole monologuiste d'Ulysse chez Gabily. &#201;tude d'un cas.
&lt;br /&gt;&#8212; 14h30-15h Violaine Chavanne (Universit&#233; Paris Ouest Nanterre &#8211; La D&#233;fense), Dialoguer avec une &#339;uvre ou le monologue &#233;mancipateur.
&lt;br /&gt;&#8212; 15h-15h30 Floriane Toussaint (Universit&#233; Paris 3 / Universit&#233; Paris Diderot), Polyphonie, dialogisme, monologue et dialogue en jeu dans Crime et ch&#226;timent de Dosto&#239;evski et Proc&#232;s ivre de Kolt&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h30-16h Pause&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; 16h30-17h Leili Anvar (Inalco), Le statut des r&#233;cits de vie des mystiques o&#249; les monologues int&#233;rieurs sont rapport&#233;s par des tiers.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h-17h30 St&#233;phanie Smadja (Universit&#233; Paris Diderot), Un &#171; monologue-dialogue &#187; au f&#233;minin, de Cocteau &#224; Simone de Beauvoir.
&lt;br /&gt;&#8212; 17h30 Fr&#233;d&#233;ric Andrau (Metteur en sc&#232;ne, com&#233;dien), Quelques conseils utiles aux &#233;l&#232;ves huissiers, une satire par Lydie Salvayre.
&lt;br /&gt;&#8212; 18h45 Cl&#244;ture : R&#233;gis Salado (Univ. Paris Diderot) et Pierre-Louis Patoine (Universit&#233; Paris 3). Jacqueline Nacache, Directrice du CERILAC, Universit&#233; Paris Diderot.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mile Benveniste, &#171; L'appareil formel de l'&#233;nonciation &#187;, &lt;i&gt;Probl&#232;mes de linguistique g&#233;n&#233;rale 2&lt;/i&gt; (1970), Paris, Gallimard, Tel, 1998, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dieudonn&#233; Niangouna | Dix ans de r&#233;sistance th&#233;&#226;trale</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/anthologies-dramaturgiques/article/dieudonne-niangouna-dix-ans-de-resistance-theatrale</link>
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		<dc:date>2015-01-14T19:01:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;on les encercle&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/anthologies-dramaturgiques/" rel="directory"&gt;Anthologies dramaturgiques&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_dieudonne-niangouna" rel="tag"&gt;_Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1493.jpg?1421262125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;small&gt;Texte d'urgence &#8212; pour temps pr&#233;sent (&#233;crit en 2013).&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Par Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/sc&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ya fort longtemps que le pays et le th&#233;&#226;tre font chambre &#224; part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui n'emp&#234;che pas qu'on arrive &#224; cracher sur la sc&#232;ne m&#234;me avec un peu de mousse dans la bouche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important sur cette affaire est de cracher sur la sc&#232;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi j'aimerais inviter ceux qui peuvent et qui ont ce courage &#224; venir cracher sur cette sc&#232;ne pendant que je m'en vais continuer &#224; vous dire ce texte maladroit, subversif aux choses du convenu, et pas conseiller &#224; ceux qui se portent bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a Jean Genet, le grand Jean Genet qui disait : &#171; Si mon th&#233;&#226;tre sent mauvais, c'est parce que vous sentez bon &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a Berthold Brecht qui disait : &#171; Le th&#233;&#226;tre, c'est du d&#233;rangement, de l'intranquilit&#233;, de l'inconfortabilit&#233;, sinon c'est de la propagande &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que personne ne s'&#233;tonne du boucan qu'on peut faire m&#234;me avec nos petites voix de gringalet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe rien d'autre que la raison d'&#234;tre du moment pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi je vais vous faire le topo du th&#233;&#226;tre : &#171; Faut pas baisser les bras &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je vous dis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Soyez t&#234;tu pour que les gens vous respectent&lt;br class='autobr' /&gt;
N'&#233;coutez personne et ne soyez d'accord avec personne&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne troquez pas votre superbe pour un billet aller simple en Europe&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne gaspillez pas votre temps &#224; &#234;tre enferm&#233; dans le r&#234;ve de l'&#233;cran g&#233;ant du l'IFC &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour ceux qui sont en face :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne nous prenez pas pour des rigolos qui passent &#224; la t&#233;l&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne sommes pas des rigolos&lt;br class='autobr' /&gt;
N'&#233;crivez pas sur nos fronts : &lt;i&gt;sous le haut patronage de&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne sommes du b&#233;tail &#224; vendre&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'appartenons &#224; aucun parc, &#224; aucun ranch, &#224; aucune &#233;conomie de parti politique&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne sommes les poulains de personne&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est pour &#231;a que nous crachons sur sc&#232;ne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivrons ensemble nous mourrons ensemble &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous dire une chose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi qui vous parle je connaissais un type, un seigneur m&#233;di&#233;val, il avait tout combattu durant des centaines d'ann&#233;es, un peu comme Don Quichotte de la Mancha, puis &#224; la fin de ses derniers combats, tu vois, il n'&#233;tait plus que deux, son aide de con et lui, perch&#233;s sur la montagne, vieux, tr&#232;s vieux, alors l&#224; il devrait livrer sa derni&#232;re bataille contre des arm&#233;es enti&#232;res et des esp&#232;ces de tout acabit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant qu'il prenait son th&#233; assis dans sa tente son aide de con vint lui dire : Seigneur, les ennemies sont au pied de la montagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien ils sont ? demanda-t-il&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent million, mon seigneur lui r&#233;pondit son aide de con&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au Seigneur de r&#233;torquer : Ah ! Ah ! Ils ne sont que cent millions, alors que nous, nous sommes deux, tr&#232;s bien : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que dit un com&#233;dien sur sur sc&#232;ne debout devant un public plein &#224; craquer les murs du th&#233;&#226;tre : tr&#232;s bien : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que dit un directeur de festival : y a cent millions d'apathie pour deux com&#233;diens, tr&#232;s bien : on les encercle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;&lt;br class='autobr' /&gt;
Y a cent millions de conneries qui passent &#224; la t&#233;l&#233; pour deux com&#233;diens : tr&#232;s bien : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a cent millions de confusions et de m&#233;diocrit&#233;s avec toute la facilit&#233; de rendre les choses inutiles, impuissantes, et finalement inexistantes pour ne pas dire interdites : tr&#232;s bien : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a trop de sponsors qui ne comprenne rien &#224; rien : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des partenaires qui font chier parce qu'ils pensent qu'ils sont la lune et le soleil &#224; croire que s'ils disparaissent nous on meurt : on les encercle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des administrateurs de l'&#201;tat dans une paresses impressionnante : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#233;c&#232;nes qui croient que c'est une publicit&#233; : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! Nous on n'est pas idiot comme ces zygotes qui &#224; la parce de chanter remplissent leurs albums des noms de je ne sais quels zygotes en &#233;change du pognon, nous on fait du th&#233;&#226;tre, et &#231;a n'existe pas au th&#233;&#226;tre les noms des gens en &#233;change du pognon, donc quand vous venez financer le th&#233;&#226;tre ne vous attendez &#224; aucune publicit&#233; en retour, &#224; aucune f&#233;licitation, et m&#234;me &#224; aucun remerciement &#224; bien voir : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des professionnels qui sont morts de leurs conceptions depuis la tectonique des plaques : on les encercle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis : tr&#232;s bien on les encercle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si vous croyez que ce pays va tenir sans le th&#233;&#226;tre vous vous trompez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut des vies vou&#233;es &#224; l'art&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des acharn&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fanatiques de l'art&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des int&#233;gristes de l'art&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des kamikazes de l'art&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour soulever la poussi&#232;re des endormissements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;rier le salon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pomper un nouvel air&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas de quartier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon vous allez crever avant d'&#233;clore, vous allez voir, et personne n'osera se soucier de vous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez crever et le monde continuera &#224; tourner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bi&#232;re sera toujours fra&#238;che et vive la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence d'un plateau de tournage sur lequel il est &#233;crit : &lt;i&gt;silence on tourne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons : &#171; Faites du bruit on d&#233;veloppe &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites du bruit on d&#233;veloppe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites du bruit on d&#233;veloppe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art c'est ce qui se fait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restez branch&#233; au pr&#233;sent tangible de ce qui se passe sous vos yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ne cherchons plus &#224; marcher sur les pas des dinosaures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien la preuve qu'ils sont morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi suis pas fort dans le pass&#233;, &#231;a me file des boutons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le futur qui m'int&#233;resse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suis dingue du futur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le pr&#233;sent y a rien de mieux pour inventer le devenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas continuer avec un th&#233;&#226;tre b&#226;tard emprunt&#233; et cr&#232;ve la faim&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'est pas des mendiants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons mang&#233; et nous avons bu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui demeure en nous, c'est &#231;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;I&gt;Cet oc&#233;an de mains lev&#233;es qui d&#233;vaste tout&lt;/i&gt; comme disait Sony Labou Tansi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'art nous parle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;iframe frameborder=&#034;0&#034; width=&#034;960&#034; height=&#034;540&#034; src=&#034;http://www.theatre-video.net/embed/zuTEXFED&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dieudonn&#233; Niangouna | &#171; C'est quoi le probl&#232;me du th&#233;&#226;tre ? &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/anthologies-dramaturgiques/article/dieudonne-niangouna-c-est-quoi-le-probleme-du-theatre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/anthologies-dramaturgiques/article/dieudonne-niangouna-c-est-quoi-le-probleme-du-theatre</guid>
		<dc:date>2015-01-08T16:39:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien pour &lt;i&gt;Le Kung-Fu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/anthologies-dramaturgiques/" rel="directory"&gt;Anthologies dramaturgiques&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_dieudonne-niangouna" rel="tag"&gt;_Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/de-ce-cote-de-ce-cote-c-sean-hart-1766-couv.jpg?1658416064' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Entretien de Dieudonn&#233; Niangouna avec Siegfried Forster &lt;a href=&#034;http://www.rfi.fr/afrique/20141001-kung-fu-dieudonne-niangouna-francophonies-limousin-probleme-theatre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pour RFI&lt;/a&gt;, &#224; l'occasion de la cr&#233;ation du spectacle &lt;i&gt;Le Kung-Fu&lt;/i&gt; &#233;crit, mis en sc&#232;ne et jou&#233; par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour travail en cours, et en pr&#233;paration de l'atelier autour du &lt;i&gt;Socle des Vertiges&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Attitude Clando&lt;/i&gt; que je m&#232;nerai tout ce mois de janvier avec les &#233;tudiants de licence 3 de l'universit&#233; Aix-Marseille et des &#233;l&#232;ves de premi&#232;re ann&#233;e de l'ERAC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour les derniers mots de l'entretien : parce que dans la &lt;i&gt;guerre&lt;/i&gt; en cours, l'ennemi est en nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L474xH408/140611_dieudonne_niangouna_c_christophe_raynaud_de_lage_eventbild-bf69b.jpg?1769981079' width='474' height='408' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Kung-fu signifie la souplesse et la rapidit&#233;. Pour vous, un plateau de th&#233;&#226;tre est forc&#233;ment un lieu de combat ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233;ment, parce que le th&#233;&#226;tre, c'est d'abord la bataille des id&#233;es. C'est aussi vieux que le monde. Depuis les vieux Grecs, les id&#233;es se battent sur un plateau. On peut les typifier sous forme de personnages qui ont des id&#233;es diff&#233;rentes, sous forme de situations. C'est toujours une affaire de situation qu'on doit d&#233;m&#234;ler, d&#233;coudre, r&#233;soudre pour arriver &#224; une confrontation, ce sont les dialogues. M&#234;me quand un personnage est seul sur le plateau, on est dans un combat entre le moi et le surmoi. Le plateau est cette chaire o&#249; les plus grands pr&#234;ches sont pouss&#233;s, les plus grandes b&#233;atitudes proclam&#233;es, les plus grandes sanctions donn&#233;es, et o&#249; les plus grandes libert&#233;s sont fabriqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/le-kung-fu-bonlieu-73-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/le-kung-fu-bonlieu-73-2.jpg?1420734902' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Pourquoi le kung-fu est une r&#233;f&#233;rence et un rep&#232;re si importants pour vous ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je viens du kung-fu. Quand j'&#233;tais gamin, je regardais les films de kung-fu. Je voulais &#234;tre acteur du kung-fu, mais comme il n'y avait pas de cin&#233;ma au Congo ni d'&#233;cole de cin&#233;ma, le plus proche du cin&#233;ma &#233;tait le th&#233;&#226;tre. Donc je me suis dit, je vais d'abord faire du th&#233;&#226;tre en attendant que le cin&#233;ma s'installe au Congo. Apr&#232;s je pourrai faire mes films de kung-fu. Mon p&#232;re m'avait promis de m'envoyer en Chine. Du coup, je m'entra&#238;nais en attendant d'aller en Chine pour y r&#233;aliser des films. C'est mon histoire. Je ne suis pas devenu com&#233;dien par le th&#233;&#226;tre, mais par le cin&#233;ma et les films du kung-fu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Comme le cin&#233;ma joue un r&#244;le tellement important dans votre vie, pourrait-on nommer votre pi&#232;ce aussi Mon cin&#233;ma ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est mon cin&#233;ma, parce que c'est cela qui est important. On part d'un endroit pour se cr&#233;er soi-m&#234;me. &#201;videmment, on part d'une m&#233;moire collective et de ce patrimoine collectif universel qui n'est pas toi, mais qui te permet de te fabriquer. C'est le grand mantra de Lao-Tseu : trouver sa voie. La philosophie du kung-fu est l'accomplissement de soi. C'est tr&#232;s important comment on part des pr&#233;ceptes des ma&#238;tres pour arriver &#224; inventer son propre d&#233;placement, sa souplesse, sa rapidit&#233;, inventer son th&#233;or&#232;me, sa pens&#233;e, inventer son art. C'est l'autoconstruction de soi. C'est ce que j'ai v&#233;cu dans mon enfance : en partant d'un endroit, des films de kung-fu, j'ai regard&#233; tous les autres films : Fernandel, Jean Gabin, Charles Bronson, Klaus Kinski&#8230; D'o&#249; est n&#233; l'acteur Dieudonn&#233; Niangouna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Votre pi&#232;ce est une sorte de solo &#171; participatif &#187;. Seul sur sc&#232;ne, vous embarquez tout le monde : vous avez demand&#233; aux habitants de Limoges de rejouer eux-m&#234;mes leurs sc&#232;nes f&#233;tiches du cin&#233;ma. Projet&#233;s sur &#233;cran, on voit des s&#233;quences restitu&#233;es des Bronz&#233;s, Quand Harry rencontre Sally, &#192; bout de souffle, etc. Et le public lit avec vous &#224; haute voix et &#224; haute vitesse le Manifeste de votre Compagnie Les Bruits de la Rue. La participation devient-elle essentielle dans votre th&#233;&#226;tre ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;finir cette notion de participation comme &#233;tant actuellement la chose qui d&#233;finit mon mouvement th&#233;&#226;tral. Par contre, cela d&#233;finit le projet Le Kung Fu. Cela donne une &#233;criture assez plausible &#224; ce que c'est de suivre, entendre et vivre cette pi&#232;ce. Cela passe par la participation d'un certain nombre de gens, et des acteurs tiers qui ne sont pas sur le plateau. C'est important, parce que je suis parti des autres pour me raconter, pour me trouver. Il est important de rendre &#224; C&#233;sar sa pi&#232;ce de monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L450xH281/la-fureur-de-vaincre-3-3fb34.jpg?1769981079' width='450' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Est-ce aussi une question d'&#233;change culturelle ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces films qui sont venus d'ici sont entr&#233;s dans la valise de mon p&#232;re, sont ensuite arriv&#233;s au Congo et puis je les ai vus dans le poste t&#233;l&#233;viseur de mon papa. Ces films m'ont fabriqu&#233;. Quand je reraconte cette histoire, il est important que je vous ram&#232;ne vos films, que vous y participiez, parce que vous &#234;tes entr&#233;e en moi pour que je me fabrique. Donc il est important de vous voir jouer avec moi. Au th&#233;&#226;tre, en fait, dans mon inconscience collective, vous avez toujours jou&#233; avec moi. C'est cela qui m'a form&#233;. Mais d'une mani&#232;re pratique, vous n'&#233;tiez pas l&#224;. Vous &#233;tiez l&#224; dans ma t&#234;te. Donc il est int&#233;ressant aujourd'hui de faire cette mise en abyme. On n'est pas dans la confrontation. On est dans l'invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;En m&#234;me temps, vous proclamez : &#171; si vous m'entendez, &#231;a veut dire vous &#234;tes la r&#233;sistance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a le but ultime du th&#233;&#226;tre, quand quelqu'un se d&#233;place pour venir au th&#233;&#226;tre, quand il se donne cette noblesse de regarder ce qui se passe. C'est une forme de r&#233;sistance. C'est r&#233;sister contre un certain nombre d'apathies, contre un certain nombre de laisser-aller, contre un certain nombre de choses qui n'ont pas plus de subtilit&#233;s ou de valeurs comme &#231;a. Aujourd'hui, c'est quoi le probl&#232;me du th&#233;&#226;tre ? Parlons-en. On a l'impression que c'est un art qui va dispara&#238;tre, parce que ce n'est pas tant d&#233;velopp&#233; que cela. On dit que c'est un art vieux qui n'a pas &#233;volu&#233;, mais la grande force du th&#233;&#226;tre, c'est qu'il est humain ! Il est fait par des humains devant des humains, en temps r&#233;el ! Il n'y a pas de supercheries. Tu ne peux pas revenir apr&#232;s. Il n'y a pas un endroit o&#249; cela se fabrique, puis on le met dans la bo&#238;te et c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La situation du th&#233;&#226;tre, est-elle devenue plus difficile ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il faut r&#233;sister pour faire du th&#233;&#226;tre. C'est un combat et c'&#233;tait toujours le cas. D'autant plus dans des temps de vaches maigres, comme celui-ci. Du coup, le fait qu'on le fait, que le public vienne, les acteurs montent sur les plateaux, c'est d&#233;j&#224; un grand geste de r&#233;sistance &#224; tout ce que nous entoure, avec la politique qui coince les artistes. Il y a aussi la question : comment inventer le th&#233;&#226;tre, des lieux, des moyens de production, le public. C'est un grand combat, une r&#233;sistance th&#233;&#226;trale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Vous menez souvent plusieurs combats &#224; la fois. Ici aux Francophonies en Limousin, vous mettez en sc&#232;ne deux pi&#232;ces, Le Kung fu et M'appelle Mohamed Ali. Selon vous, il faut toujours &#171; boxer la situation &#187;. Qui est l'ennemi ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi n'est jamais une personne. C'est toujours une facilit&#233;, une facilit&#233; de penser, de corrompre l'esprit, &#224; commencer &#224; se corrompre. Comme on dit dans le kung-fu : celui qui peut vaincre les autres est fort, mais celui qui sait vaincre lui-m&#234;me est vraiment puissant. On dit d'une mani&#232;re tr&#232;s claire que le plus grand adversaire, c'est soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/le-kung-fu_c_christophe-raynaud-de-lage_0822_0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/le-kung-fu_c_christophe-raynaud-de-lage_0822_0.jpg?1420734902' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dieudonn&#233; Niangouna | Danse avec le diable</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/dieudonne-niangouna-danse-avec-le-diable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/dieudonne-niangouna-danse-avec-le-diable</guid>
		<dc:date>2013-07-20T08:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>
		<dc:subject>_le diable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sheda&lt;/i&gt;, spectacle de Dieudonn&#233; Niangouna [Avignon In, Carri&#232;re de Boulbon] &#8211; juillet 2013&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/" rel="directory"&gt;CRITIQUES | TH&#201;&#194;TRE&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_chantier-critique" rel="tag"&gt;_Chantier critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_dieudonne-niangouna" rel="tag"&gt;_Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_le-diable" rel="tag"&gt;_le diable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1122.jpg?1374136940' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Festival d'Avignon, Carri&#232;re de Boulbon &#8211; cr&#233;ation 2013
&lt;br/&gt;Texte &amp; mise en sc&#232;ne Dieudonn&#233; Niangouna, artiste associ&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.festival-avignon.com/fr/Spectacle/3447&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Festival d'Avignon en 2013&lt;/a&gt; ; &lt;br /&gt;&#8212; sc&#233;nographie Patrick Janvier &lt;br /&gt;&#8212; lumi&#232;re Xavier Lazarini
&lt;br /&gt;&#8212; son Christina Clar
&lt;br /&gt;&#8212; costumes V&#233;lica Panduru &lt;br /&gt;&#8212; pr&#233;paration des combats DeLaVallet Bidiefono
&lt;br /&gt;&#8212; musique Pierre Lambla, Armel Malonga &lt;br /&gt;&#8212; assistanat &#224; la sc&#233;nographie Ludovic Loupp&#233;, Papythio Matoudidi
&lt;br/&gt;Avec Laetitia Ajanohun, Marie-Charlotte Biais, Madalina Constantin, Pierre-Jean &#201;tienne, Fr&#233;d&#233;ric Fisbach, Wakeu Fogaing, Diari&#233;tou Keita, Abdon Fortun&#233; Koumbha, Harvey Massamba, Mathieu Montanier, Criss Niangouna, Dieudonn&#233; Niangouna et les musiciens Pierre Lambla, Armel Malonga&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Pour prolonger : &lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt;, sur &lt;a href=&#034;http://coupfantome.wordpress.com/2013/07/18/sheda-niangouna-par-maisetti/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Coup Fant&#244;me&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_2451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_2-2.jpg?1374137427' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Dans un d&#233;sert de pierre (aride et sans eau)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;propos issus de l'entretien de Dieudonn&#233; Niangouna avec Jean-Fran&#231;ois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#8211; un lieu qui tient du vertige et de l'utopie ; la Carri&#232;re de Boulbon, &lt;i&gt;plateau&lt;/i&gt; de caillou, de sable et de poussi&#232;re pos&#233; au pied de la falaise, et c'est tout un th&#233;&#226;tre qui se trouve comme d&#233;pos&#233; au fond de quelque chose qui surplombe : ainsi la &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt;, et avec elle ses paroles et ses images, ses corps d'acteurs assembl&#233;s l&#224;, forment tout un pr&#233;cipice de r&#233;alit&#233;, un pr&#233;cipit&#233; de r&#233;el que formule l'art au fond de tout comme si le th&#233;&#226;tre &#233;tait ce qu'on jetait du plus haut et qui serait tomb&#233; l&#224; ou l&#224;, et c'est devant qu'on se tient, nous aussi au pied, qu'on l&#232;ve la t&#234;te on ne verra que du ciel, le haut de la falaise qui le touche et nous en bas, comme des fourmis, dans le sable, immobiles qui attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;C'est un lieu o&#249; l'&#233;pique et le mystique peuvent se faire entendre (ce lieu parfait pour un tel projet)&lt;/i&gt; &#8211; jardin, c'est une ville, c'est-&#224;-dire un amas de planches qui fabriquent une verticalit&#233; de bric et de broc, une &#233;chelle vers une plateforme, comme une falaise lev&#233;e &#224; bras d'hommes, une ville donc, ou une maison (la Maison aux Chats, une all&#233;gorie de ville construite comme le monde, par amas successifs, par d&#233;s&#339;uvrement dans l'urgence mais sur des si&#232;cles) ; cour, c'est un plan d'eau, une mare, un &#233;tang (une all&#233;gorie de mer de quelques m&#232;tres et sans vague), et derri&#232;re, une bouche de mortier qui d&#233;gueulera sur un toboggan d'enfant tout &#224; l'heure un homme, mort peut-&#234;tre, qui sait ; entre, une ch&#232;vre attach&#233;e qui pose sur nous le regard tranquille de qui sait ce qui peut arriver ; et un homme (Mathieu Montanier), haut sur ses jambes, un peu inquiet, un peu indiff&#233;rent, qui sera toujours l&#224;, qui aura toujours &#233;t&#233; l&#224; ; entre l'homme et nous, rien que de la terre mais qu'on dirait remu&#233;e &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, la poussi&#232;re lev&#233;e &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; sans doute par les soirs pr&#233;c&#233;dents, et pr&#233;c&#233;dents encore : sensation d'&#234;tre en tout cas face &#224; quelque chose qui a eu lieu, &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt;, que ce soir va r&#233;p&#233;ter, reproduire, rejoindre, un de ces grands lieux de l'histoire en poussi&#232;re dont on devine que la poussi&#232;re est d'hommes et d'autres villes aussi, et qu'ils vont pi&#233;tiner pour qu'elles prennent vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_3.jpg?1374136960' width='500' height='368' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Sheda (par cette sorte de cri de guerre)&lt;/i&gt; &#8211; c'est de derri&#232;re et comme initi&#233; de longtemps avant que cela vient : comme une rumeur, une parole r&#233;p&#233;titive, lanc&#233;e loin et &#224; plusieurs (on cherche les mots, on n'entend que la rumeur, c'est aussi de la poussi&#232;re remu&#233;e dans la gorge et jusqu'&#224; nous rien ne vient que le remuement, c'est lointain, d&#233;j&#224; c'est impressionnant et, d&#233;j&#224;, terriblement beau, on ne voit rien, on ne voit rien du tout, le cri approche et la poussi&#232;re devant nous se tient tranquille, elle sait ce qui arrive), une parole en boucle, oui, qui approche encore, en boucle qui vient de derri&#232;re nous battue avec tambour et toute la voix de dix, ou plus, et qui soudain et devant nous, dix oui, ou plus, qui courent avec les paroles en boucle qu'ils font entendre, ces paroles qu'on dit avant les batailles, ou le th&#233;&#226;tre, et tous en cercle vont (cela appartient au spectacle seulement dans la mesure o&#249; le cri le pr&#233;c&#232;de, cri de guerre pour conjurer la guerre et l'appeler et se donner du courage parce que la peur est plus grande que la mort, et parce que le sacrifice qu'on se propose est in&#233;vitable : ce n'est pas une question de vie ou de mort, c'est bien plus important que cela), tous en cercle ils vont s'approcher, s'approcher de nous, peut-&#234;tre, d'eux-m&#234;mes plus s&#251;rement, les acteurs ou les r&#244;les qu'ils tiennent, cela n'a pas d'importance de distinguer les uns des autres et de savoir si le spectacle a commenc&#233; ou commence sous nos yeux ou va commencer une fois le cri lanc&#233; pour de bon sur nous, et nous de loin, on le sait bien qu'on appartient d&#233;j&#224; &#224; ce cri qu'ils se donnent pour s'appeler, ou pour appeler quelque chose &#224; eux, quelque chose en eux, et ce qui tient de l'invocation, de l'&#233;vocation, peu importe encore, c'est li&#233; &#224; eux comme une promesse, les serments qu'on fait au th&#233;&#226;tre pour mesurer la vie (et le cri nous enveloppe), c'est pendant que j'&#233;cris tout cela, les images de ceux qui en cercle s'approchent encore davantage d'eux qui seule comptent, quand soudain le cri qui &#233;tait en boucle explose d'eux plus fort, et on entend le mot, c'est &lt;i&gt;Sheda&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Diable, ou d&#233;mon (ou transaction louche)&lt;/i&gt; &#8211; ce n'est pas un mot qui existe puisqu'il fait commencer le th&#233;&#226;tre et qu'il faut un mot qui n'existe pas pour cela, c'est &lt;i&gt;Sheda&lt;/i&gt; et on ne sait pas vraiment ce qu'il veut dire (il dit ce qu'il veut), si c'est un vrai mot ou non, un cri ou la forme que prend le serment dans la gorge quand il faut affronter le vertige et la poussi&#232;re et les hommes devant en fourmis qui attendent et ne comprennent rien d&#233;j&#224; ; au juste, est-ce que c'est ce mot-l&#224; ou un autre : on ne sait pas non plus, si c'est &lt;i&gt;Sheta&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Shida&lt;/i&gt;, le mot que Dieudonn&#233; Niangouna a cru entendre de la gorge de Dany Mukoko et qu'on croit entendre &#224; notre tour, dans la boucle qui produit des mots impossibles et qui dit un peu ce dont est capable le th&#233;&#226;tre dans son malentendu magnifique, et &lt;i&gt;Sheda&lt;/i&gt;, qui nomme la pi&#232;ce &lt;i&gt;en d&#233;sespoir de cause&lt;/i&gt;, parce que le th&#233;&#226;tre exige un nom pour sortir de la poussi&#232;re, c'est entre (l'espace de passage entre) Sheta, le &lt;i&gt;diable&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;d&#233;mon&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Shita&lt;/i&gt;, l'affaire bizarre, la transaction bizarre et louche, un &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt; entre quoi et quoi, entre Sheda et Shita peut-&#234;tre, entre le diable et le d&#233;mon, entre ici et ailleurs, la vie et le th&#233;&#226;tre, la ville et l'oc&#233;an, et eux l&#224;-bas qui sont d&#233;j&#224; partis en courant maintenant que le cri lanc&#233; a lanc&#233; la guerre, et nous, ici, toujours aussi immobiles et fourmis de nous, avec seulement ce mot qui n'existe pas pour nommer en nous ce qui va exister au pied de la falaise et n'existera que sous cette forme de th&#233;&#226;tre, la vie qui se l&#232;ve en poussi&#232;re et la guerre sans arme qu'on donne &#224; la vie quand elle ne suffit pas &#224; dire la vie, et qui l'exc&#232;de en tout et la rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_4.jpg?1374136963' width='500' height='218' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Seul le r&#234;ve permet d'envisager l'avenir (m&#234;me si ce r&#234;ve est parfois sombre comme un cauchemar)&lt;/i&gt; &#8211; danser avec le diable, voil&#224;, c'est cela ; dans ce th&#233;&#226;tre, on va jouer &#224; ce jeu ancien : on fait un immense cercle de nos corps, on allume un brasier au milieu, et quelques uns d'entre nous (ce sont eux) sortent du cercle en poussant des cris terribles, courent vers le feu, s'approchent et s'&#233;loignent et s'approchent et parfois sautent au-dessus du feu ou en travers (en travers de la gorge les mots du r&#233;el que dit le th&#233;&#226;tre), c'est danser avec le diable et le diable, c'est le th&#233;&#226;tre : c'est cela &#8211; quatre heures et demi, presque cinq, dans le soir qui tombe sur nous comme des pierres ou tout &#224; l'heure des dieux, comme des bombes d'eau du ciel, comme est tomb&#233; le th&#233;&#226;tre au pied de la falaise pour qu'on puisse le voir, quatre heures &#224; danser avec le diable, et les courbes et les danses, et le jeu avec le feu (ne pas se br&#251;ler, ne pas confondre l'art et la vie jamais) et sauter au-dessus du brasier, c'est-&#224;-dire &#224; travers lui, faire croire qu'on le dompte, et le diable, dans le cri qu'on pousse pour l'appeler, le diable qu'on repousse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Th&#233;&#226;tre fait de moments d'absence, de trous de m&#233;moire, de retours en arri&#232;re, de d&#233;chirures, de morceaux &#233;pars, de monologues et de dialogues qui n'&#233;crivent pas une histoire lin&#233;aire (mais reconstituent un monde fait de bric et de broc, de d&#233;tails infimes qui semblent impuissants &#224; donner une image du r&#233;el mais qui, mis bout &#224; bout, approchent de la v&#233;rit&#233;.)&lt;/i&gt; &#8212; un th&#233;&#226;tre qui fabrique devant nous un &#233;tat du monde en ad&#233;quation brutale avec l'&#233;tat d'esprit qu'il provoque : une magie noire, hypnotique : sur la poussi&#232;re du plateau, des histoires par dizaines, et en m&#234;me temps, un dialogue au-devant des combats &#224; droite des corps debout &#224; gauche des voix qui partent derri&#232;re nous devant nous au-dessus de nous des bombes d'eau des cordes des animaux en chair en mousse des corps qui se redressent qui ressortent des ballons de foot mais faux qu'on nous lance, tout un amas de choses vives qui apparaissent disparaissent et un texte large dit comme un po&#232;me un manifeste un partage de midi un chant d'amour une saison illumin&#233; d'enfer, nous devant impossible de se tenir devant comme du dehors et surtout pas chercher &#224; savoir comme des flics (ceux qui cherchent l'histoire &#224; travers les indices sont des flics), impossible, seulement entrer dans le r&#234;ve du spectacle pour mieux s'y confondre et dans nos propres trous de m&#233;moire et d'errance, dans le flux et reflux d'intensit&#233; que produit le spectacle accepter de produire soi-m&#234;me en soi-m&#234;me le flux et le reflux, et l'oubli et la d&#233;rive, et le r&#234;ve parfois, et jamais l'ennui m&#234;me consenti d'une image tiss&#233;e pour d'autres, toujours de quoi &#234;tre alert&#233;, car toujours il nous faut &#234;tre &#224; l'aff&#251;t, sollicit&#233;s qu'on est de partout, le monde comme des mouvements qui appellent et si c'est un corps pench&#233; sur la falaise &#224; trente m&#232;tres tandis qu'un autre vient dire les mots les plus sublimes qui soient, ce sera le corps pench&#233; sur la falaise et tant pis pour l'autre, mais &#224; chacun sa chance, et &#224; chacun son d&#233;sespoir, &#224; chacun surtout l'appartenance du lieu comme un monde &#224; conqu&#233;rir, et nous devant, comme ce qui est livr&#233; &#224; l'attention de l'infime et du spectaculaire, dans le jeu d'&#233;chelle entre la surface de cailloux et de poussi&#232;re tout pr&#232;s du corps &#224; quelques m&#232;tres et parfois tout pr&#232;s qui nous fr&#244;lent dans les gradins, et toute la hauteur spectaculaire du monde mais loin, l&#224; o&#249; petits sont les corps et plus d&#233;sirables encore d'&#234;tre approch&#233;s : l'infime et le spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_5.jpg?1374136968' width='500' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;note aux critiques lus ici ou l&#224; &lt;a href=&#034;http://www.rfi.fr/afrique/20130708-sheda-dieudonne-niangouna-atterrit-catastrophe-nulle-part&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en passant&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; : oh, ceux qui s'efforcent (faut-il les plaindre ?) de chercher une &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/theatre/2013/07/09/03003-20130709ARTFIG00461-dieudonne-niangouna-preche-dans-le-vide.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;ligne dramatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; quand tout est con&#231;u selon ces lignes d'erre et de biais, c'est tenter de trouver douze pieds &#224; l'octosyllabe, et le lui reprocher ; oh ceux qui conseillent (merci &#224; eux) &#224; l'auteur de &lt;a href=&#034;http://abonnes.lemonde.fr/culture/article/2013/07/08/dans-la-carriere-de-boulbon-la-transe-de-dieudonne-niangouna-fait-long-feu_3443898_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;resserrer son spectacle&lt;/a&gt;, m&#233;decins plut&#244;t que critiques, qui soignent une fi&#232;vre en coupant la jambe : non, d'un tel th&#233;&#226;tre qui travaille aussi pr&#233;cis&#233;ment (c'est-&#224;-dire dans tous les sens possibles) &#224; d&#233;miner la possibilit&#233; m&#234;me de la ligne dramatique par l'&#233;pique (sa puissance de d&#233;signation du spectacle &#224; chacun de ses moments), &#224; arr&#234;ter le temps de la langue en la produisant de l'int&#233;rieur par le lyrique (sa facult&#233; &#224; faire du monologue la pulsation successive du drame) : c'est pour ce th&#233;&#226;tre une mani&#232;re de renverser les pr&#233;suppos&#233;s moraux du th&#233;&#226;tre tout constitu&#233; &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; du th&#233;&#226;tre qu'il s'agit &#8211; renverser la fascisante finalit&#233; du drame, la tentation captive du dispositif de regard : car devant un tel spectacle, on r&#234;ve comme devant un corps livr&#233; &#224; son d&#233;sir, on se perd et on navigue &#224; vue, dans l'ordre que le d&#233;sir commande ; devant soi par exemple, tel dialogue, mais jamais ce dialogue serait &lt;i&gt;premier&lt;/i&gt; par rapport &#224;, par exemple, tel mouvement, et ce que remet en jeu le spectacle, c'est bien tout ce jeu de perspective qui vise &#224; diffuser les plans de l'action et de la parole, &#224; faire imploser la hi&#233;rarchie ancienne et morte des dramaturgies visibles, pour proposer &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; tout &#224; la fois, qui tient moins du tableau que de la syntaxe du r&#234;ve quand le r&#234;ve est la doublure de la vie, une force d'engendrement de la vie en m&#234;me temps qu'une tentative de l'enchanter par tous les moyens, y compris la terreur, y compris la beaut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaut&#233; convulsive des corps : je pense &#224; la danse de gr&#226;ce absolue et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, beaut&#233; qui ne saurait &#234;tre lin&#233;aire et visible en chacun de ses points, mais vitalement secou&#233;e, et qui partout a lieu, cherche le lieu o&#249; avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Dans un monde qui finit (et dans un monde qui rena&#238;t de ses d&#233;combres)&lt;/i&gt; &#8211; de l'histoire du monde, le spectacle prendra toutes les formes, et dans le trou de l'histoire o&#249; on se trouve est d&#233;pos&#233; l&#224; ce th&#233;&#226;tre, et le spectacle au pied du mur, de Berlin, de J&#233;rusalem, de fer et de pierre, de mer quand c'est ce qui nous s&#233;pare du Congo, mais comment parler du monde s'il est fini autrement que comme un monde qui commence : vite en finir avec lui, celui des p&#232;res, et vite recommencer un autre, celui qui ne sera pas celui des fils, dans ce monde qui suit celui des murs tomb&#233;s, jouer avec les d&#233;bris et les poussi&#232;res, et dire : on pourrait commencer notre Histoire ici, commen&#231;ons ici, et si cela prend forme d'un r&#234;ve, que ce r&#234;ve soit terrible, et &#233;vident et arbitraire, et de m&#233;andres et de fatalit&#233; logique et d'images soudaines et de paroles longues comme des r&#234;ves qui fabriquent l'oubli en construisant patiemment les d&#233;sirs pour les jours &#224; venir ; c'est la politique de ce spectacle, si politique dans son d&#233;lire : politique, c'est-&#224;-dire ici : sa col&#232;re &#8211; immense monologue de Dieudonn&#233; Niangouna dans la seconde partie, sur les deux maladies de l'Histoire : le sous-d&#233;veloppement et la chaise &#233;lectrique &#8211; facult&#233; de cette col&#232;re &#224; nommer le monde en l'assemblant, &#224; le d&#233;fier, parano&#239;a critique, et pour une part &#224; le d&#233;masquer ; immense monologue de Mathieu Montanier, Gardien de la Ville Morte, ou Vide, qu'il fait fonctionner seul, et dans la langue la Ville qui remue comme un pantin ; immense dialogue de ces deux personnages dress&#233;s sur deux praticables, coca aux l&#232;vres, dissertant sur le Mur de Berlin, reconstruisant l'Histoire contre elle, racontant pour nous l'Histoire v&#233;ritable de ceux qui refusent qu'on les fasse &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_Dakar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entrer dans l'Histoire impos&#233;e ou dict&#233;e par les autres&lt;/a&gt;, et qui pr&#233;f&#232;rent l'inventer : le lieu, c'est celui-l&#224;, celui-l&#224; pr&#233;cis&#233;ment qui est le dernier lieu du monde, le seul, quand il ne reste rien : du haut de la falaise, dans la nuit avanc&#233;e sur le spectacle, soudain, des corps tombent de trente m&#232;tres, on nous dit que ce sont les dieux, jet&#233;s du haut du ciel comme des banquiers peut-&#234;tre pendant les faillites (ou comme jet&#233;s des tours pour &#233;chapper &#224; la chute des tours), les dieux qui ne croient plus en rien, et qui nous laissent (ou alors, ce sont les hommes qui arriv&#233;s jusqu'&#224; eux depuis Babel les lancent parce qu'ils n'ont plus besoin d'eux pour y croire, comment le savoir ?) &#8211; ainsi le spectacle se fait, dans la chute des dieux sur nous, et nous apr&#232;s le suicide des dieux, dans les villes vides qu'il faut bien peupler pour y croire aussi, on demeure, on voudrait bien nous aussi en finir : ainsi l'homme, inquiet et indiff&#233;rent, le Gardien de la Ville Morte (ou Vide) cherchera &#224; la fin &#224; en finir, se pendre mais il n'y a pas de vide sous lui, on est au plus bas du monde, alors les deux pieds sur le sol, une corde puis une autre puis une autre autour du cou, il cherchera &#224; se pendre, on tirera sur les cordes (les spectateurs tireront sur une des cordes : image sublime de la mani&#232;re dont spectacle &lt;i&gt;passe&lt;/i&gt; sur nous, ou comment nous sommes invit&#233;s &#224; la fois &#224; y prendre part et &#224; agir sur lui, m&#234;me dans l'impossibilit&#233; d'en affecter le cours : on ne parviendra pas &#224; tuer le corps devant nous qui le demande), et pendant des dizaines de minutes, il ne cessera pas de chercher &#224; en finir, n'arrivera pas &#224; se tuer, parce que la vie ne s'arr&#234;te jamais de passer et qu'il est plus facile de tuer les dieux que soi-m&#234;me : les dieux resteront toute la dur&#233;e du spectacle, marionnettes accroch&#233;es &#224; leur fil dans le vide, suspendues au-dessus du vide &#224; la falaise, pantins, mannequins de dieux jet&#233;s comme tout &#224; l'heure on jettera l'eau du ciel (puisque les dieux ne sont plus l&#224; pour le faire) sous la forme de bombes, cocktails molotov pour de faux &#8211; mais l'eau est de la vraie eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2447 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_6.jpg?1374136973' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;La Peur, la Solitude, l'Urgence (repousser la mort de la vie)&lt;/i&gt; &#8211; une structure fatale et souple, trois moments poreux l'un &#224; l'autre, avec des grandes lignes de fracture : pour passer de l'un &#224; l'autre, on fait rouler une immense boule de feu qui &#233;claire l'espace (ou est-ce un tambour gigantesque pos&#233; sur sa tranche ?) : d'abord la Peur, &lt;i&gt;&#171; celle de se nommer soi-m&#234;me comme auteur ou com&#233;dien, celle de la censure, c'est celle de la violence de notre histoire. &#187;&lt;/i&gt;, moment de vacillement, d'arr&#234;t, moment d'affrontement qui permet de se d&#233;faire aussi du poids du monde ; puis la Solitude, &lt;i&gt;&#171; &#233;tat de fait dans l'acte d'&#233;crire car il faut &#233;prouver sa singularit&#233; pour dire des choses universelles. Dans &#8216;Sh&#233;da', cette solitude traverse tous les personnages et devient une sorte de temp&#234;te des solitudes. Solitude ressentie au milieu des foules en effervescence. Solitude inh&#233;rente &#224; la nature humaine, mais aussi solitude renforc&#233;e par les crises qui traversent le monde, les crises des id&#233;es, les crises politiques, &#233;conomiques, financi&#232;res, familiales... &#187;&lt;/i&gt;, la solitude comme rapport au monde ou de force, quand il faut se mesurer &#224; soi-m&#234;me &#8211; et comme la peur, la solitude serait ce moment &#224; traverser, enjamber comme du feu ; et enfin, troisi&#232;me temps qui est aussi celui de leur d&#233;passement, l'Urgence, &lt;i&gt;&#171; Urgence &#224; cause d'un regard crois&#233;, urgence &#224; cause d'un &#233;v&#233;nement, urgence de dire, urgence de jouer. Urgence &#224; repousser &#8216;&#8216;la mort de la vie'' &#187;.&lt;/i&gt; Puisque la structure est pos&#233;e, visible, conna&#238;t ses moments distincts, s&#233;par&#233;s absolument m&#234;me s'ils sont coul&#233;s l'un dans l'autre, &#234;tre tout aussi libre et absolument libre dans chacun de ces moments jusqu'&#224; dissoudre l'impression du temps articul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Les histoires de ma grand-m&#232;re (Elles commen&#231;aient on ne sait o&#249; et se terminaient on ne sait comment)&lt;/i&gt; &#8211; d'histoires, il n'y aurait pas dans la mesure o&#249; il y en a mille, et des histoires encha&#238;n&#233;es aux histoires interrompues, des histoires racont&#233;es aux histoires minuscules, des histoires qui se poursuivent, interrompues, ou continues hors vue, mille : il y aurait cette Princesse (Laetitia Ajanohun) et son Seigneur (Fr&#233;d&#233;ric Fisbach), histoire d'amour pour l'une et de solitude pour l'autre, deux histoires donc, trois en fait, puisque cette histoire, les autres autour ne cesseront de s'en moquer : une histoire n'est que le croisement de plusieurs, la brisure des lignes, les malentendus qui fondent la croyance qu'on appartient &#224; la m&#234;me histoire, question de points de vue et d'adresses : ainsi de tout le spectacle, jamais fig&#233; dans une histoire ni dans une seule mani&#232;re de la raconter, multipli&#233;e chacune dans l'&#233;paisseur de signes propos&#233;s, et toujours, toujours, la volont&#233; de passer : de passer de l'une &#224; l'autre, et de passer, l'une dans une autre, en d&#233;calant le regard ; mille histoires, oui, spectacle qui tient du recueil de fables, du Coran, de la Bible ou des Mille et une nuits et des livres d'Histoires, o&#249; la force de l'histoire ne r&#233;side jamais dans sa r&#233;solution (sa &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;), mais dans son surgissement, et dans le passage de l'une &#224; l'autre, une prise de vitesse, un passage de relais, de t&#233;moins, un passage qui acc&#233;l&#232;re le temps intermin&#233; des histoires dont on ignore si elles sont ench&#226;ss&#233;es, ou successives, et qui finissent par produire ce temps inimaginable du pass&#233; ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2448 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L462xH308/sheda_7-32bda.jpg?1769981080' width='462' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;La diagonale (lampe temp&#234;te &#224; la main)&lt;/i&gt; &#8211; Dieudonn&#233; Niangouna :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, la ligne droite n'est pas une chose possible au th&#233;&#226;tre. On ne va jamais d'un point A &#224; un point B selon une trajectoire nette et directe. Il y a forc&#233;ment des ricochets, des accidents, des d&#233;formations, des reflets divers. Je crois qu'au th&#233;&#226;tre, il faut &#171; traverser le monde comme un voleur &#187;, comme le disait et le faisait Genet. Il faut s'engouffrer dans les &#233;gouts, grimper par les goutti&#232;res, s'engager dans les couloirs et les tunnels obscurs, la lampe temp&#234;te &#224; la main, pendant que le monde dort ou fait semblant de dormir. Il faut faire des enqu&#234;tes, &#233;couter incognito ce qui se dit et, ensuite, rendre tout &#231;a dans l'&#233;criture et sur le plateau, toujours en d&#233;calage par rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Selon moi, il ne doit pas y avoir d'&#233;vidence imm&#233;diate. Il ne doit pas y avoir de &#171; v&#233;rit&#233; &#187; r&#233;v&#233;l&#233;e, mais toujours des interrogations qui s'entrechoquent. C'est un jeu fragile, faillible et dangereux que celui auquel nous jouons au th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une force de passage &#8211; th&#233;&#226;tre qui n'ob&#233;it pas &#224; la loi du temps comme succession de minutes, mais qui ne peut avancer que dans la mutation de lui-m&#234;me, dans sa transformation intime, int&#233;rieure, comme force de production de soi : passage, comme cet acteur qui, par deux fois (trois fois ?) plonge dans l'eau, on l'oublie, une heure passe peut-&#234;tre, et soudain, surgit de cette m&#234;me eau, lav&#233; du temps pass&#233; et d&#233;sormais neuf pour le temps pr&#233;sent, lav&#233; (de quelle force ? par quel prodige ?) du temps m&#234;me qui s'est produit sans lui et qui n'a pas compt&#233; pour lui, maintenant qu'il renoue avec son pr&#233;sent de corps lev&#233; sur le temps ; ou bien de telle autre qui vient s'enfoncer dans le corps ouvert d'un faux crocodile, la Princesse, et qui sortira elle aussi, blanche de puret&#233; et de gr&#226;ce, par la gueule du faux animal, plus tard, bien plus tard (on l'avait oubli&#233; aussi, il fallait l'oublier pour qu'elle revienne &#224; elle, &#224; nous, au temps) ; passage aussi via le sang qu'on se r&#233;pand sur soi comme une nouvelle peau, une nouvelle couleur de peau qui tient de la noirceur et de la blancheur, et qui est celle de la terre, la seule couleur commune des hommes qui coulent de l'int&#233;rieur ; passage enfin dans la langue de la langue qu'on s'&#233;change, corps blanc corps noirs, et chacun une langue &#224; soi et une mani&#232;re de la porter et de la donner, et des corps blancs, accent fran&#231;ais, accent roumain, accent d'ailleurs encore, toute une palette de langue pass&#233;e de l'un &#224; l'autre, le fran&#231;ais comme une langue possible, minimale, mais la vraie langue est celle qui s'invente dans l'&#233;change et se m&#233;lange de l'un &#224; l'autre : th&#233;&#226;tre qui se propose de faire ce passage l&#224;, l'int&#233;rieur du corps retourn&#233; comme un gant, et voir ce qui s'y trouve, et qu'il r&#233;ponde s'il l'ose - et les corps des acteurs, de rouge et de sang, de pur d&#233;sir aussi, viennent jusqu'&#224; nous pour le/la produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Le monologue (Ce chant-l&#224; est, pour moi, le plus &#233;vident).&lt;/i&gt; &#8211; Dieudonn&#233; Niangouna :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute en lien avec le fait que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire des po&#232;mes avant d'&#233;crire pour le th&#233;&#226;tre. C'est donc visc&#233;ral chez moi, qui n'ai pas de soucis de forme au moment o&#249; je commence &#224; &#233;crire, &#224; parler avec le stylo. Le monologue, c'est un peu mon &#233;moi le plus profond qui se d&#233;verse spontan&#233;ment sur la feuille. Ce chant-l&#224; est, pour moi, le plus &#233;vident, avant que je n'intervienne sur la forme de mon &#233;criture. J'entretiens une relation sentimentale avec ces premiers mots qui sortent avant que je ne cr&#233;e des personnages et que je leur donne la parole. Le dialogue n'appara&#238;t que lorsque c'est n&#233;cessaire. Dans Sh&#233;da, parce qu'il y a des confrontations entre des identit&#233;s, il y a des dialogues.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La parole seule est premi&#232;re parce qu'en elle se joue le premier dialogue, celui avec soi, celui avec la langue, et qu'en ce premier dialogue se fait le combat qui seul permet le combat avec l'autre &#8211; tout dialogue sera un monologue doubl&#233; ; il conservera du monologue la puissance de l'&#233;crit quand l'&#233;criture monologique ne peut se b&#226;tir que de langue brute, et doit pour se tenir debout avoir suffisamment de force en elle-m&#234;me pour ne pas s'effondrer sous son propos ; moment de surgissement fabuleux, ces monologues, et de tension sublime (sublime au sens litt&#233;ral, point sans au-del&#224;) : du monologue inaugural par exemple, dire sa force imm&#233;diate et magique d'entr&#233;e dans une qualit&#233; diff&#233;rente de temps, et dans une mani&#232;re de r&#233;inventer la langue, son usage et sa port&#233;e &#8211; l'&#233;l&#233;gance et le raffinement du verbe, la violence et l'obsc&#233;nit&#233; du propos, o&#249; l'obsc&#233;nit&#233; et l'&#233;l&#233;gance ne sont jamais conc&#233;d&#233;es &#224;, disons, la politesse et la convention, mais bien au contraire arrach&#233;es au verbe lui-m&#234;me : &#233;vidence premi&#232;re de Criss Niangouna, qui lance non pas le drame seulement mais cette mani&#232;re de prendre la parole (au monde, &#224; la langue), et &#224; bout portant, de la lancer ensuite, &#224; nous, aux autres acteurs qui tous prendront la parole &#224; ce point-l&#224;, de violence et de raffinement, langue &#233;crite, sur&#233;crite au point o&#249; l'&#233;criture rehausse la parole, lyrisme fou, lib&#233;r&#233; du lyrisme d'emprunt, lyrisme de l'insulte aussi, de la r&#233;volte contre la langue elle-m&#234;me. Ne rien dire du monologue final, peut-&#234;tre la plus belle chose jamais vue, cette lente descente depuis notre dos dans les gradins, Dieudonn&#233; Niangouna avanc&#233; depuis la hauteur des tribunes jusqu'en bas sur le plateau, et dans l'&#233;puisement du th&#233;&#226;tre et de la nuit, comment ces mots en s'&#233;loignant de nous s'approchent et emportent tout, l'emportent sur tout jusqu'&#224; produire l'impossible : la fin du spectacle nomm&#233;e en l'ex&#233;cutant : &#171; je t'aime toi de tout ce que j'ai perdu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_8.jpg?1374136980' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;L'&#233;criture (du genre cyclonique)&lt;/i&gt; &#8211; Dieudonn&#233; Niangouna :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#233;criture en spirale, du genre cyclonique, qui na&#238;t d'un &#233;tat que je ressens et qui me guide vers des images que j'essaie de traduire sur ma feuille. Quand je n'&#233;prouve plus rien, je n'&#233;cris plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Transaction avec la vie, &lt;i&gt;Shita&lt;/i&gt; ; trafic impossible avec l'&#233;preuve de l'&#233;criture : &#233;criture con&#231;ue sans rapport aucun avec la sc&#232;ne, charge ensuite au metteur en sc&#232;ne de l'accepter pour la sc&#232;ne, de la rendre possible (et si ce metteur en sc&#232;ne est l'auteur lui-m&#234;me, c'est une &#233;preuve de plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;La langue (le lari comme un petit chat sauvage.) &lt;/i&gt; &#8211; Dieudonn&#233; Niangouna :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En effet, mon fran&#231;ais est une langue parl&#233;e car il est travers&#233; par le lari, la langue que je parle au quotidien dans les rues de Brazzaville. Le lari est une langue urbaine m&#233;tiss&#233;e car elle utilise beaucoup de mots fran&#231;ais. Il est donc difficile de dire deux phrases en lari sans employer des locutions fran&#231;aises. C'est une langue qui ne s'&#233;crit pas, qui ne s'enseigne pas. Il n'y a d'ailleurs qu'un seul livre traduit en lari, c'est la Bible que des missionnaires ont mis des ann&#233;es &#224; produire. Le lari n'a pas vraiment de syntaxe et un m&#234;me mot peut avoir un sens diff&#233;rent selon la personne qui le prononce, jeune ou vieux. Parfois m&#234;me, le sens peut varier en fonction du moment de la journ&#233;e o&#249; il est prononc&#233;. Mais le lari est une langue b&#226;tarde, assez r&#233;cente puisqu'elle appara&#238;t &#224; Brazzaville apr&#232;s l'arriv&#233;e des colons fran&#231;ais. Elle n'est pas comme le lingala, dont on conna&#238;t toute l'histoire. Le lari n'est pas li&#233; &#224; une tribu, &#224; une histoire ancienne, puisque plusieurs ethnies parlent cette langue. Elle a donc l'avantage de p&#233;n&#233;trer partout comme un petit chat sauvage qui d&#233;vore tout ce qu'il trouve. Le lari est une langue qui se nourrit de tout ce qu'elle croise : elle a donc naturellement grignot&#233; mon fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une langue invent&#233;e pour la rue, pass&#233;e au th&#233;&#226;tre : des bruits de la rue au monde via le th&#233;&#226;tre, la langue, ni fran&#231;aise, ni congolaise, ni humaine ni animale ; une langue impossible, invent&#233;e pour elle-m&#234;me et pour dire les mots (mais &#231;a d&#233;pend le moment de la journ&#233;e : une langue pour dire ce moment de la journ&#233;e qu'on va dire par le mot), une langue qui n'est pas pour rien utilis&#233;e par ce th&#233;&#226;tre, parce que c'est une langue b&#226;tie comme un th&#233;&#226;tre, et comme le monde m&#234;me que le th&#233;&#226;tre se propose de dire (d'arracher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;i&gt;Pour que les acteurs puissent courir (et se battre plus facilement)&lt;/i&gt; &#8211; enfin (mais l'ordre ne compte pas), achever par ce qui est premier dans l'ordre de la perception : les mouvements des acteurs, ce qui fonde en grande partie la qualit&#233; de cette pr&#233;sence que ces mouvements donnent au spectacle : des mouvements qui sont des combats, chor&#233;graphies (planche d'appel pour improvisations) con&#231;ues par DeLaVallet Bidiefono &#8211; &#224; intervalles, les acteurs se jettent les uns sur les autres par trois, se plaquent au sol, changent de partenaire, se jettent sur d'autres, par trois, se plaquent au sol, infiniment ; quand l'infini se terminent, musique (celle jou&#233;e &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; par Pierre Lambla et Armel Malonga), et tous dansent les uns avec les autres : image ultime de ce th&#233;&#226;tre o&#249; le combat est une modalit&#233; de la danse, et la danse une mani&#232;re de combattre, aussi : o&#249; l'on passe de l'un &#224; l'autre, d'un corps &#224; l'autre, du combat &#224; la danse, de la trag&#233;die la plus terrifiante &#224; la com&#233;die la plus franche, o&#249; se situer est d&#233;sormais impossible entre la c&#233;r&#233;monie rituelle avec mantra et l'exorcisme grotesque et sublime o&#249; d&#233;filent costumes de super h&#233;ros am&#233;ricains dans un carnaval path&#233;tique, d&#233;lirant, insult&#233;, o&#249; &lt;i&gt;passer&lt;/i&gt; compte plus que de distinguer le combat et la danse, la trag&#233;die et la com&#233;die parce que le monde est ce passage, comme un brassage de corps et de forces ; du combat, pas d'autre finalit&#233; que celle du r&#233;el : quand un corps est tomb&#233;, on le rel&#232;ve, comme un corps tomb&#233; au combat, et comme se rel&#232;ve la garde, comme le jour tombe et que la nuit est l&#224; pour faire se lever le th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le spectacle s'ach&#232;ve, que la fresque est accomplie, que cette totalit&#233; d'histoires et de Mythes a &#233;puis&#233; la nuit, que la danse avec le diable s'est arr&#234;t&#233;, et nous devant revenus &#224; la vie, un peu, au lieu du silence qui habite habituellement les fins, les cris encore, et tout le mouvement des corps dans lesquels on se m&#234;le qui dansent le d&#233;part du diable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_finale.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/Sheda_finale.jpg?1374137213' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;propos issus de l'entretien de Dieudonn&#233; Niangouna avec Jean-Fran&#231;ois Perrier &lt;a href=&#034;http://www.festival-avignon.com/lib_php/download.php?fileID=1336&amp;type=File&amp;round=219880176&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pour le programme du spectacle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beaut&#233; &lt;i&gt;convulsive&lt;/i&gt; des corps : je pense &#224; la danse de gr&#226;ce absolue et de violence et de puissance de Marie-Charlotte Biais, au c&#339;ur br&#251;lant de la troisi&#232;me partie, en surimpression de la nuit sur la paroi, les contours secou&#233;s pour exorciser le diable qui n'en demandait pas tant pour venir, danser lui aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dieudonn&#233; Niangouna | Avec la joie du diable</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/dieudonne-niangouna-avec-la-joie-du-diable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/article/dieudonne-niangouna-avec-la-joie-du-diable</guid>
		<dc:date>2013-07-20T02:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Dieudonn&#233; Niangouna</dc:subject>
		<dc:subject>_le diable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt;, spectacle de Dieudonn&#233; Niangouna [Avignon In, Carri&#232;re de Boulbon] &#8211; juillet 2013 (Article paru dans le Magazine Litt&#233;raire)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/critiques-theatre/" rel="directory"&gt;CRITIQUES | TH&#201;&#194;TRE&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_dieudonne-niangouna" rel="tag"&gt;_Dieudonn&#233; Niangouna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_le-diable" rel="tag"&gt;_le diable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1145.jpg?1375440450' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Article &#233;crit pour le &lt;i&gt;Magazine Litt&#233;raire&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.magazine-litteraire.com/agenda/theatre/festival-avignon-joie-du-diable-03-08-2013-72059&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne sur le site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Avant d'entrer en sc&#232;ne, le com&#233;dien Dany Mukoko lan&#231;ait ce cri aux acteurs qui l'entouraient : &lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt; &#8211; cri de guerre, de joie, ou pour conjurer la peur avant d'affronter le th&#233;&#226;tre ? Tout cela &#224; la fois peut-&#234;tre. &lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt; serait &#224; mi-chemin de Sh&#233;ta, le diable, et Shida, la transaction louche, soit ce jeu entre des forces primordiales et les pactes conclus avec elles, les deals comme seul le th&#233;&#226;tre peut en faire entre la vie et sa r&#233;invention n&#233;cessaire pour mieux en conqu&#233;rir les &#233;nergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette formule magique, Dieudonn&#233; Niangouna a tant port&#233; le souvenir qu'il en a fait un spectacle : celui-ci poss&#232;de tous les traits de ce cri, l'excessive radicalit&#233;, la beaut&#233; d'un myst&#232;re, la violence qui emporte. Spectacle ample et ravageur, il occupe plus de quatre heures l'espace de la Carri&#232;re de Boulbon pour laquelle il a &#233;t&#233; imagin&#233;. Cela faisait dix ans que l'auteur r&#234;vait de cette pi&#232;ce qui n'attendait finalement qu'un &#233;crin &#224; sa d&#233;mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artiste associ&#233; cette ann&#233;e au Festival d'Avignon, Niangouna, auteur, metteur en sc&#232;ne et acteur, investit le gigantisme du lieu pour y dresser l'all&#233;gorie de son th&#233;&#226;tre total : le monde au bord d'une falaise, l'Histoire en pr&#233;cipice, l'art ainsi d&#233;pos&#233; au pied de ce vertige comme la formulation &#224; la fois esth&#233;tique et politique d'une question : o&#249; sommes-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt; joue de l'immensit&#233; de cet espace, sa profondeur et sa sauvagerie, multiplie fables et r&#233;citants, combats et danses, pour, non pas r&#233;pondre &#224; cette question, mais lui donner toutes les formes possibles dans une langue elle-m&#234;me spectaculaire, dont le lyrisme puissant, labyrinthique et f&#233;roce, m&#234;lant raffinement de la phrase et &#226;pret&#233; des discours, trouve sa plus grande intensit&#233; dans de longs monologues rageurs qui sont les moments d'incandescence du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il ne dresse pas une sc&#232;ne africaine &#224; laquelle on aurait tort de le r&#233;duire, mais construit un th&#233;&#226;tre-monde rempli jusqu'&#224; la gorge de fables de nulle part et de partout, de corps insoumis qui cherchent &#224; passer et monnayer avec le diable (le th&#233;&#226;tre) le prix d'un passage : vers o&#249; ? Cela importe peu. Car que raconte &lt;i&gt;Sh&#233;da&lt;/i&gt; ? Non pas une histoire que l'on pourrait r&#233;sumer, mais, &#224; travers celles qui se succ&#232;dent et se croisent, une mani&#232;re de percevoir l'Histoire et de lui r&#233;pondre, dans la m&#233;lancolie de ce temps qui suit la mort des dieux pr&#233;cipit&#233;s par-dessus la falaise, pantins suicid&#233;s qui resteront sous nos yeux suspendus au-dessus du vide ; dans la col&#232;re aussi qui pourrait &#234;tre l'autre nom de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de la travers&#233;e, la r&#233;ponse n'est pas celle d'un espace identitaire, mais d'un territoire politique en partage, r&#233;invent&#233; apr&#232;s les d&#233;faites de l'histoire, utopies joyeuses n&#233;es des ruines : &#171; Je t'aime, toi, de tout ce que j'ai perdu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une heure avanc&#233;e de la nuit, sur le plateau qui recueille les d&#233;p&#244;ts du spectacle achev&#233;, chaos en d&#233;sordre comme apr&#232;s un cyclone, les spectateurs se m&#234;lent aux acteurs pour danser le d&#233;part du diable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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