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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>J&#233;r&#244;me Bel | Sortir du th&#233;&#226;tre</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>
		<dc:subject>_Avignon</dc:subject>
		<dc:subject>_J&#233;r&#244;me Bel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt;, mis en sc&#232;ne de J&#233;r&#244;me Bel [Avignon In, Cour d'Honneur] &#8211; juillet 2013&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1147.jpg?1375464500' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1147.jpg?1375464512&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;S'il arrive certains soirs qu'on d&#233;cide d'aller au th&#233;&#226;tre &#8212; se couper du monde quelques heures pour trouver des moyens d&#233;tourn&#233;s de le rejoindre , se retrancher quelque part seul et avec d'autres, seul dans la mesure o&#249; d'autres que nous en m&#234;me temps seront seuls, avec nous &#8212;, si l'on fait ce choix, et j'exclus la raison de la pure consommation (objet qu'on absorbe, dig&#232;re, pour mieux l'expulser : quelques heures pour penser &#224; &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt;, se vider la t&#234;te, pour &lt;i&gt;oublier le quotidien&lt;/i&gt; : non, tout le contraire : plut&#244;t oublier d'oublier enfin &#8212;, ce choix d'aller au th&#233;&#226;tre qui tient autant du luxe le plus aberrant, mais aussi de la confrontation la plus directe avec soi, la force d'appr&#233;hension du temps et des corps la plus violente et la plus exigeante, dont le geste m&#234;me (celui de se rendre dans ces lieux, le soir quand les commerces ont ferm&#233;) fait violence &#224; l'organisation norm&#233;e d'un monde qui travaille en tout contre l'exp&#233;rience de la densit&#233; du temps et de l'attention continue : oui, si l'on fait ce saut, si l'on choisit d'y &lt;i&gt;perdre son temps&lt;/i&gt;, c'est &#224; cause de cela m&#234;me qui fait de la perte une mani&#232;re d'intensit&#233; rendant le temps plus pr&#233;cieux et fragile, capable de donner au temps la puissance transitoire d'une dur&#233;e accomplie devant nous &lt;i&gt;une fois&lt;/i&gt; comme pour toujours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Est-ce cela que les Anciens nommait la fatalit&#233; ?&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et dans l'instant ravag&#233; par lui, et nous face &#224; cela, redonn&#233;s au monde qui a pass&#233;, d&#233;positaires de ce temps qui nous a port&#233;s et que nous porterons ensuite en nous, peut-&#234;tre pour repeupler le monde, peut-&#234;tre pour mieux l'appr&#233;hender, pour l'habiter autrement en tous cas, et pourquoi pas pour le changer : non d'un surcroit de savoir, ou m&#234;me d'images, mais de vie, sans doute, et d'une qualit&#233; de temps qui rend le temps plus vif, puisqu'il m'a permis de consid&#233;rer la vie plus &#233;paisses encore et plus riche d'avoir &#233;t&#233; nomm&#233;e et redonn&#233;e, et, en cela, sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle le th&#233;&#226;tre ? J'ai peur, posant ces mots, d'arr&#234;ter celui de &lt;i&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt; et d'en faire une valeur en soi, de lui pr&#234;ter un devoir (moral), ou pire, de lui r&#233;clamer quelque chose (je sais d&#233;j&#224; que je lui r&#233;clame tout : et surtout ce qu'il n'est pas capable de donner) (n'est-ce pas, d&#233;j&#224;, l'amour ?) &#8211; j'ai peur aussi de faire &#233;chouer ces mots sur un bavardage intime, relatif, pauvrement int&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En tout pourtant, et ici plus encore, il faudrait tenir haut et ferme la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, inutilement d&#233;positaire d'un &lt;i&gt;avis sur la question&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du th&#233;&#226;tre, j'aime &#224; croire&#8212; parce qu'il est ici question de croyance, d'un acte de foi ? (et, oui, d'amour : c'est-&#224;-dire aussi d'hostilt&#233;) &#8212; qu'il ne parle pas seulement de lui. J'aime &#224; le vouloir pris hors d'un dialogue avec lui-m&#234;me et de sa mani&#232;re de fonctionner. Je reconnais certaines &lt;i&gt;jubilations&lt;/i&gt; comme devant un jeu de m&#233;canique, ou un tour de magie, devant des th&#233;&#226;tres qui jouent avec le th&#233;&#226;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ce que dit (et en partage) Christophe Triau, sur ce qu'il nomme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand le th&#233;&#226;tre parle de lui-m&#234;me, c'est toujours, de toute mani&#232;re, &#224; ceux qui le connaissent, et qui connaissent de lui ses tours avant qu'on les lui fasse : alors le th&#233;&#226;tre rejoue des tours dont tous savent les m&#233;canismes, et c'est in&#233;vitablement entre soi qu'on se retrouve (terreur des communaut&#233;s soud&#233;es par le savoir commun), et je ne veux pas, moi, me retrouver (je sais o&#249; je suis, puisque je suis au th&#233;&#226;tre : et j'aimerais voir ailleurs si j'y ne suis pas) ; c'est in&#233;vitablement la reconnaissance qui joue dans la perception de la sc&#232;ne, de cette reconnaissance qui ne fait que retrouver ce qu'on a d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien diff&#233;rent et essentiel le th&#233;&#226;tre qui dialogue, non pas avec le th&#233;&#226;tre, mais avec ce qu'il fait et accomplit, au pr&#233;sent o&#249; il fait et accomplit ce qu'il fait, et accomplit : et nous donne &#224; voir le dehors. Autre et rare et important ce th&#233;&#226;tre qui travaille l'espace de sa langue en territoire de jeu avec lui : non pour jouer avec lui, mais se jouer de lui &#8211; ne pas cesser de contester la forme m&#234;me dans laquelle le th&#233;&#226;tre est pris, parce que cette convention est insupportable, mais elle est seule capable de dire que cette convention est insupportable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dit autrement, cette phrase si puissante et miraculeuse de Kolt&#232;s, parce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Faire supporter au th&#233;&#226;tre ce qu'il ne peut supporter &lt;i&gt;habituellement&lt;/i&gt;, mais uniquement par des moyens th&#233;&#226;traux. Usage frontal du th&#233;&#226;tre qui peut se passer du &lt;i&gt;savoir savant&lt;/i&gt; de ses codes, usage pr&#233;f&#233;rable oui : usage direct, en prise directe, avec ceux qui pourraient se trouver devant lui, quels qu'ils soient, d'o&#249; ils viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'aura pas dit de quoi il parle, seulement de la mani&#232;re dont il peut parler, qui le sauvera de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du monde, si le th&#233;&#226;tre devait en parler, il dirait d'abord comment il n'est pas. C'est le premier geste : il sauve souvent. Car nous n'avons pas un d&#233;sir de r&#233;volution : nous en avons un besoin. Et c'est l&#224; d'abord la t&#226;che du th&#233;&#226;tre : montrer le besoin comme un insoutenable appel. Th&#233;&#226;tre, lieu artificiel, lieu impossible et par cela de tous les possibles, de toutes les conventions, on sait cela depuis toujours. Mais du monde malgr&#233; tout. On ferait l'exp&#233;rience de penser le monde autrement : de voir la lev&#233;e d'autres mondes possibles. Et s'il est possible de le penser autre : il est n&#233;cessaire de le fa&#231;onner autrement. Car &#171; il n'y a pas d'autres mondes : il y a d'autres mani&#232;res de vivre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable que le th&#233;&#226;tre vient jouer (avec laquelle elle joue, montrant bien qu'elle est incapable de le faire vraiment, qu'&#224; chaque instant il est impossible d'y croire : qu'il ne faut surtout pas y croire &#8212; on sait le prix qu'on a pay&#233; pour de telles croyances dans les mythes racont&#233;s comme dans l'Histoire), si elle ne devait &#234;tre qu'un jeu avec le th&#233;&#226;tre, pourquoi l'entendre ? (Je ne comprends pas alors le temps accord&#233; au th&#233;&#226;tre si c'est pour me dire ce qu'il est).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive cependant que le th&#233;&#226;tre dresse la sc&#232;ne pour quelque chose qui permet que soient per&#231;us, dans le m&#234;me temps et sous le m&#234;me geste, sa propre langage et l'&#233;nonc&#233; d'un monde auquel on appartient. Bien s&#251;r, on ne le reconna&#238;t pas, ce monde &#8211; ou plut&#244;t, le th&#233;&#226;tre nous arrache cette appartenance malgr&#233; nous et nous en d&#233;poss&#232;de afin que du dehors d'elle on puisse s'en saisir : soudain, sur sc&#232;ne, se disent, avec les mots insignifiants du th&#233;&#226;tre, ces mots d&#233;risoires de th&#233;&#226;tre coup&#233; du monde &#224; la tomb&#233;e de la nuit, et qui n'aura aucune port&#233;e dans la marche forc&#233;e du monde pour accomplir sa t&#226;che de monde inacceptable, de plus en plus inacceptable, ces mots qui disent sous l'histoire les lieux (int&#233;rieurs) qui rendront le monde ensuite possible. C'est cela que le th&#233;&#226;tre aura racont&#233;, sous l'histoire qu'il raconte (et qui n'aura rien &#224; voir avec le monde qu'on lit dans les journaux) : la possibilit&#233; d'une r&#233;appropriation &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espace clos, souterrain, sans importance : certains th&#233;&#226;tres disent heureusement tout cela, et, au lieu de lever un grand miroir sur lui-m&#234;me (ou sur nous), op&#232;re un trou dans le r&#233;el &#8211; et c'est le monde envisag&#233; de son dehors que l'on per&#231;oit, et ce qu'on per&#231;oit tout &#224; la fois, c'est une mani&#232;re de le percevoir. C'est troubler la perception qu'il faut d&#232;s lors, pour que la perception travaille contre elle-m&#234;me &#224; d&#233;visager ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconter une histoire, sur sc&#232;ne, poss&#232;derait cette importance : non pas pour l'histoire en elle-m&#234;me (on est stupide mais pas &#224; ce point), mais parce que l'histoire qui se d&#233;roule devant nous parle profond&#233;ment de ce pourquoi on est ici &#224; l'entendre, invente des mani&#232;res de parler, traque dans la langue et l'espace des &#233;nonc&#233;s neufs que le pouvoir emp&#234;che (un th&#233;&#226;tre qui fuirait le monde et le combat &#224; livrer contre lui ne ferait que le confirmer : et en serait complice), et pour cette raison-m&#234;me, que le pouvoir est une lutte &#224; mort contre la vie, que le th&#233;&#226;tre seul peut parvenir &#224; nommer et localiser parce qu'il travaille au pr&#233;sent la solitude et la communaut&#233;, sans nier l'une ou l'autre, &#339;uvrant chacun l'&#234;tre politique du r&#233;el, et les forces fondamentales de son organisation et de sa r&#233;appropriation &#8211; l'appartenance et la singularit&#233;, la pr&#233;sence et le devenir, le corps et la voix qui le dit, la parole et le silence qui la re&#231;oit, la lumi&#232;re l&#224;-bas et la nuit ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-07-20_21-44-14.jpg?1375464554' width='500' height='289' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Soit : &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt; dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. J&#233;r&#244;me Bel ne craint pas la tautologie, il la recherche, en fait un programme, voudrait la constituer en hommage. Hommage au lieu, donc : et d'embl&#233;e, on est pr&#233;venu, &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt; dans la Cour d'Honneur, ou la Cour d'Honneur dans &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt;, c'est de th&#233;&#226;tre qu'il sera question, et pas n'importe lequel : celui d'Avignon, Haut Lieu de la c&#233;l&#233;bration du Th&#233;&#226;tre par Lui-m&#234;me, d'un certain th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;IN&lt;/i&gt; (et Officiel) &#8211; un th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;dans la Place&lt;/i&gt;. Pour la derni&#232;re ann&#233;e du cycle Baudriller / Archambault, la volont&#233; (explicite et revendiqu&#233;e) de c&#233;l&#233;brer Avignon (c&#233;l&#233;brer la c&#233;l&#233;bration qu'Avignon depuis des ann&#233;es c&#233;l&#232;bre) pourrait &#234;tre touchante, anodine, terriblement pu&#233;ril, absolument inoffensive, pompeusement nostalgique : elle est tout cela &#224; la fois, et ce ne pourrait &#234;tre pas bien grave, c'est m&#234;me assez &lt;i&gt;fatal&lt;/i&gt; quand on se donne telle &lt;i&gt;t&#226;che&lt;/i&gt; de retourner le regard du th&#233;&#226;tre sur lui-m&#234;me, sur sc&#232;ne, dans une pi&#232;ce qui dira le lieu dans le lieu. Mais c'est &#233;videmment plus douloureux que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif : il est simple, c'est le moins que l'on puisse dire. Sur &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; (la majestueuse Cour d'Honneur au pied du Mur d'enceinte devient, ce sera le seul tour de force du spectacle, une simple sc&#232;ne), avant que cela ne commence, une dizaine au moins de chaises noires dispos&#233;es en arc de cercle face &#224; nous, o&#249; viendront s'assoir quand les lumi&#232;res se feront des acteurs : une dizaine au moins. Il s'agit d'une dizaine au moins de spectateurs, que J&#233;r&#244;me Bel, il y a deux ans, par le biais d'une petite annonce, a convoqu&#233; pour venir parler de leur &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; de la Cour d'Honneur. C'est donc ce qu'ils feront, ici, pendant deux heures : chacun son tour se l&#232;vera, se dirigera d'un pas r&#233;solu vers le micro &#224; l'avant-sc&#232;ne, et racontera un moment fort, marquant, dr&#244;le, triste, beau (compl&#233;ter la liste d'une dizaine au moins d'adjectifs), qui tiendront lieu, ou presque, de spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;rience ? Vraiment, la valeur de l'exp&#233;rience a baiss&#233;. Elle n'est l&#224; pas tout &#224; fait un t&#233;moignage, ni une performance, ni un jeu : les spectateurs jouent ici un texte qu'ils ont sans doute &#233;crit, on le devine, on le voit m&#234;me lorsque l'un d'entre eux de plus faible m&#233;moire lira litt&#233;ralement son texte d'une page qu'il n'a donc pas pris la peine d'apprendre &#8211; est-ce peut-&#234;tre pour Bel la volont&#233; de montrer qu'il s'agit d'une restitution personnelle ? Symptomatique surtout d'un jeu assez obsc&#232;ne entretenu entre le th&#233;&#226;tre et la &lt;i&gt;v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, avec ce flou faussement nourri sur l'authenticit&#233; des propos : nous sommes face &#224; des spectateurs qui jouent &#224; &#234;tre des acteurs qui jouent &#224; &#234;tre des spectateurs jouant &#224; &#234;tre des acteurs : tout cela dans une certaine maladresse de bon aloi, o&#249; les trous de m&#233;moire font partie du &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; sans doute, et les silences &lt;i&gt;r&#233;giens&lt;/i&gt; sous-jou&#233;s surjouent la vacuit&#233; d'une direction d'acteurs orient&#233;e vers un naturel artificiel digne de repr&#233;sentations de fin d'ann&#233;e. C'est sans doute le cas : fin d'ann&#233;e, fin de mandat, fin de cycle, fin du festival &#8211; manque la remise des prix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'exp&#233;rience, il ne sera en fait pas vraiment question, mais plut&#244;t de sa d&#233;gradation successive. Chaque spectateur jouera ce qu'il a d&#233;j&#224; racont&#233; aupr&#232;s de Bel il y a deux ans, le r&#233;cit d'un moment marquant repr&#233;sent&#233; auparavant dans la Cour d'Honneur que le spectacle &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt; se chargera de rejouer : vous avez aimez tel moment dans un spectacle &lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt; de Castellucci (l'acrobate qui grimpe &#224; mains nues le mur d'enceinte) ? le voici (et l'acrobate de venir sous les applaudissements du public faire ce qu'on vient de nous annoncer : grimper &#224; mains nues le mur d'enceinte) ; vous avez aim&#233; le &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt; de Wagner dans tel autre spectacle &lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt; ? Le voici (on entend alors le long et majestueux et forc&#233;ment &#233;mouvant (puisqu'on vient de nous d&#233;crire l'&#233;motion) crescendo de Wagner) ? Vous avez aim&#233; le monologue d'Isabelle Huppert dans &lt;i&gt;M&#233;d&#233;e&lt;/i&gt; ? Voici &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; Huppert, par skype (on nous fait croire qu'elle est en direct : ridicule mensonge tenu &#224; des enfants qui n'en croient rien, mais il faut jouer le jeu), qui apr&#232;s avoir fait &lt;i&gt;coucou&lt;/i&gt; &#224; tout le monde depuis l'Australie, l&#226;che son monologue, le visage d&#233;figur&#233; par la performance. Etc. Deux heures durant. Le spectacle d&#233;samorc&#233; par l'&#233;nonc&#233; du spectacle : la sc&#232;ne racont&#233;e d'abord, jou&#233;e ensuite, applaudie enfin (d'avoir &#233;t&#233; jou&#233;e &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; elle a &#233;t&#233; racont&#233;e ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre r&#233;duit &#224; des num&#233;ros de cirque. &#192; des tubes qu'on pourrait rejouer pour le plaisir de le revoir. Vacuit&#233; du &lt;i&gt;name dropping&lt;/i&gt;, vanit&#233; des spectacles r&#233;duits &#224; des noms d'artistes&#8230; Oh G&#233;rard Philippe ! Oh, Castellucci ! Oh Huppert ! Oh Warlikowski !. Le th&#233;&#226;tre en pi&#232;ces (d&#233;tach&#233;es), en morceaux de bravoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; ce que dit Agamben, &#224; la suite de Walter Benjamin, sur la d&#233;mon&#233;tisation de l'exp&#233;rience sensible &#224; force non seulement de reproductibilit&#233;, mais surtout de sa mise en r&#233;flexion narcissique : par exemple &#224; propos de ces gens qui se prennent en photographie devant les &#339;uvres dans les mus&#233;es du monde entier, et qui, &#224; l'exp&#233;rience de l'&#339;uvre, pr&#233;f&#232;re l'exp&#233;rience de se regarder, dans leur salon, jouir de l'exp&#233;rience de l'&#339;uvre. Dans cette d&#233;gradation continue de l'exp&#233;rience devenue r&#233;cit, devenu jeu, devenu r&#233;citation, devenu &lt;i&gt;reenactment&lt;/i&gt; , devenu num&#233;ro, on n'assiste pas &#224; un exercice de m&#233;moire, mais &#224; un &lt;i&gt;best of&lt;/i&gt; qui neutralise chacun de ses moments pour la simple jouissance de se dire qu'on assiste &#224; l'exp&#233;rience, tandis que l'exp&#233;rience en elle-m&#234;me, telle qu'elle a &#233;t&#233; construite dans chacun des spectacles, on ne l'&#233;prouve pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre vain, et ridicule, et parfois frustrant quand on se surprend &#224; rester froid devant le tr&#232;s beau &lt;i&gt;num&#233;ro&lt;/i&gt; de l'alpiniste-danseur (mais comment faire l'exp&#233;rience de la beaut&#233; quand on nous dit : &#171; pr&#233;parez vous &#224; en prendre plein les yeux, vous verrez, vous trouverez &#231;a beau. &#187; ?), c'est souvent politiquement l&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on fait venir sur sc&#232;ne un acteur arrach&#233; &#224; l'&lt;i&gt;(A)polonia&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt;) de Warlikowski pour qu'il fasse son &lt;i&gt;num&#233;ro&lt;/i&gt;, on entend le monologue de Littell extrait des &lt;i&gt;Bienveillantes&lt;/i&gt; o&#249; le narrateur assume son r&#244;le dans l'extermination des Juifs, d&#233;fie le public, affirme que &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; aurions &#233;t&#233;, comme lui, &lt;i&gt;bourreau&lt;/i&gt; : &#171; avec moins de z&#232;le peut-&#234;tre, mais avec moins de d&#233;sespoir &#187;, comment le comprendre ? Comment l'accepter ? L&#224; o&#249; Littell construit une narration complexe et enveloppe de mille pages une r&#233;flexion sur la part du Mal et le travail de fiction sur le r&#233;el ; l&#224; o&#249; Warlikowski, dans un deuxi&#232;me temps, &#233;labore une dramaturgie ample et multiple pour interroger ces propos et leur part de provocation &#8211; Bel nous livre ce morceau de bravoure (destin&#233; uniquement &#224; &lt;i&gt;arracher&lt;/i&gt; des bravos), d&#233;pourvu de situation, de perspective, de point de vue (en dehors de l'&#233;motion &lt;i&gt;touchante&lt;/i&gt; du jeune spectateur qui l'a convoqu&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques instants apr&#232;s, c'est le compte math&#233;matique des morts qui est rappel&#233; : durant la Seconde Guerre mondiale, c'est un mort toutes les quatre secondes environ &#8211; pr&#233;cisant : un enfant mort dans les villes allemandes bombard&#233;es et un enfant mort dans les chambres &#224; gaz, c'est une et seule m&#234;me chose, un m&#234;me &#233;l&#233;ment dans le calcul statistique. Arrach&#233;s &#224; sa situation d'&#233;nonciation, ces propos sont &#233;videmment abjects, insupportables, philosophiquement faux, terribles m&#234;me quand ils sont r&#233;duits &#224; des performances artistiques &#8211; surtout que ce num&#233;ro est pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi d'une r&#233;citation d'un extrait remarquablement remarquable de Moli&#232;re (plaisir du public), de l'&#233;vocation &#233;mue et joyeuse d'un &lt;i&gt;Soulier de Satin&lt;/i&gt; &#233;videmment interminable (rires du public), ou de l'&#233;motion d'une jeune fille ici dans la Cour d'Honneur pour dire qu'elle n'est jamais venue dans la Cour d'Honneur parce que c'est assez cher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai pay&#233; ma place 18 euros, le prix d'un livre, ou d'un DVD : je ne dis pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (indignation du public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre s'agissait-il pour Bel de jouer avec la question de la m&#233;moire : l'inscription m&#233;morielle de son spectacle en relation avec la m&#233;moire des morts de la Shoah. J'esp&#232;re profond&#233;ment, pour lui, pour nous, que ce n'est pas cela, que rien n'avait guid&#233; ce choix malheureux sauf l'envie d'un spectaculaire &#224; peu de frais (la Solution Finale comme r&#233;servoir &#224; &#233;motions est un des lieux communs le plus r&#233;pandus dans l'art d'aujourd'hui : et c'est &#233;videment une insulte aux morts, une blessure indigne &#8212; ici comme ailleurs, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=PAjD8f647hY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la honte d'&#234;tre un homme, vraiment&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire le th&#233;&#226;tre &#224; des moments de th&#233;&#226;tre, c'est l'emp&#234;cher d'&#234;tre un art du temps qui construit un propos, parfois complexe, qui demande le temps qu'il faut pour s'&#233;laborer et s'accomplir (et se d&#233;truire) &#8211; r&#233;duire le th&#233;&#226;tre &#224; des &lt;i&gt;moments forts&lt;/i&gt;, c'est finalement le rabattre &#224; une &#233;motion dont il est &#233;tranger, une sensiblerie qui ne peut prendre sans risque, sans horreur aussi, sans l'abjecte sensation de la communion des &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fait th&#233;&#226;tre du texte, puis &#171; th&#233;&#226;tre de tout &#187;, selon la formule rebattue de Vitez, le th&#233;&#226;tre a donc fini par faire th&#233;&#226;tre de lui-m&#234;me. Ce stade ultime de l'&#233;cho confondu dans le cri, on y assiste d&#232;s le premier r&#233;cit : la jeune fille raconte sa premi&#232;re &lt;i&gt;visite&lt;/i&gt; &#224; la Cour d'Honneur, pour le spectacle &lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt; de Marthaler, au cours duquel elle s'&#233;tonnait des fen&#234;tres en PVC qui d&#233;figurait la Grande Paroi : tout de m&#234;me, une belle fa&#231;ade, ils pourraient la soigner, s'est-elle dit, d&#233;&#231;ue de la &lt;i&gt;prestation&lt;/i&gt; qu'un tel lieu &lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt; &#233;tait cens&#233; fournir aux usagers du lieu qui avait fait le d&#233;placement pour &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; &#8211; avant de comprendre que &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; faisait partie de la sc&#233;nographie r&#233;alis&#233;e pour le spectacle &#8211; puis la jeune fille de se retourner et de d&#233;signer la fen&#234;tre, qu'encadre comme pour la sc&#233;nographie de Marthaler, le plastique blanc (rires du public). De Marthaler &#224; Bel, de la sc&#233;nographie &#224; la d&#233;signation de cette sc&#233;nographie comme th&#233;&#226;tre, outre la r&#233;duction de la pi&#232;ce de Marthaler &#224; un &#233;l&#233;ment de d&#233;cor (toujours, c'&#233;tait in&#233;vitable, les r&#233;cits des spectateurs s'attacheront au plus spectaculaire, au plus formel, aux &#233;l&#233;ments de surface les plus insignifiants et donc les plus visibles), c'est ce geste de la jeune fille pointant du doigt le mur de Cour d'Honneur pour la r&#233;v&#233;ler au public qui t&#233;moigne de l'&#233;chec path&#233;tique du spectacle. La Cour d'Honneur n'est plus qu'un cadre &#224; &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;, et d'ailleurs, regardez-le : on peut le voir, la preuve : c'est ainsi qu'on l'avait vu, avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeu sur le pass&#233;, mais sans deuil v&#233;ritable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ou un &#171; deuil sans douleur &#187; et &#171; sans travail de deuil &#187;, comme le d&#233;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : plus tard, un spectateur dira son &#233;motion devant &lt;i&gt;Le Soulier de Satin&lt;/i&gt;, spectacle &lt;i&gt;mythique&lt;/i&gt; de Vitez (soupirs du public) &#8212; &#233;motion telle qu'il a toujours l'impression de voir &lt;i&gt;Le Soulier de Satin&lt;/i&gt; quand il assiste &#224; un spectacle dans la Cour d'Honneur : n'est-ce pas l&#224; le projet de Bel, de rejouer ce qui a eu lieu pour emp&#234;cher ce qui a lieu maintenant ? Le fant&#244;me n'a de sens seulement si en terrifiant les vivants il les met en mouvement : ici, photographie d'un mouvement arr&#234;t&#233; qui se superpose sans cesse sur le r&#233;el pour lui faire obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; nous, des spectateurs : nous sommes comme eux, semble dire le spectacle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le spectateur en dialogue &#187;, titre du fort article de Yannick Butel sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Assis face &#224; nous comme nous, nous sommes assis (mais un peu en hauteur). Face &#224; face qui d&#233;visage, et qui arr&#234;te le regard. Nous, nous regardons la Cour d'Honneur en regardant &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt;, et eux, en bas, nous regardent regarder la Cour d'Honneur de &lt;i&gt;Cour d'Honneur&lt;/i&gt;. De la Cour d'Honneur, on n'en fera pourtant jamais l'usage : assis pendant deux heures, ils resteront assis, deux heures durant &#8211; quand on dispose d'un tel espace, oh comme c'est piti&#233; de ne rien en faire (sauf une fois : l'enfant (il fallait bien qu'il y ait un enfant, question de &lt;i&gt;quota&lt;/i&gt; &#224; respecter sans doute pour faire du th&#233;&#226;tre un terrain de jeu pour humains de sept &#224; soixante dix-sept ans) apr&#232;s avoir racont&#233; un spectacle marquant, le mime : et de se mettre &#224; courir en rond et en hurlant sur tout l'espace de la Cour &#8211; moment qui nous permet de voir le lieu, donc, pour la seule fois du spectacle, sous un mode hyst&#233;rique, pu&#233;ril, physique, press&#233;, ironique, gratuit : vain.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le th&#233;&#226;tre c&#233;l&#232;bre le th&#233;&#226;tre, on pourrait hausser les &#233;paules et se dire : tant pis pour lui. Mais quand il le fait au lieu m&#234;me o&#249; mieux qu'ailleurs il pourrait se faire, c'est plus que du g&#226;chis, une sorte d'insulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le th&#233;&#226;tre devait &#234;tre cela, un dialogue m&#233;moriel avec lui, un jeu en miroir sur ses bons moments, la communion des souvenirs comme devant un album photos de famille dont les images ont remplac&#233; les souvenirs, dont on prend les photos non pour l'instant ou pour le souvenir, mais en imaginant le moment o&#249; l'on se tiendra autour de l'album pour regarder les photos, oui, si ce devait &#234;tre &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt;, alors que le th&#233;&#226;tre cesse et qu'on ferme les th&#233;&#226;tres et qu'on arr&#234;te d'en &#233;crire, cela ne manquera &#224; personne, on passera les soirs autrement, la ville ne fait pas rel&#226;che et ne raconte pas ce qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; pour ceux qui s'en souviennent seulement dans le but de trouver la preuve qu'ils ont v&#233;cu quelque chose, &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;. Le plus terrifiant au th&#233;&#226;tre, c'est ce moment o&#249; tous ils battent des mains, et que leur rythme s'accorde &#8211; et que le fascisme des corps bat la mesure des temps, o&#249; tous ils s'abolissent dans cette communion, font corps avec le th&#233;&#226;tre, esprit de corps o&#249; ne reste rien de l'esprit, ou du corps, mais une pure identit&#233; originelle qui n'est que de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-07-20_21-45-10.jpg?1375464583' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'imagine deux personnes allant &#224; la Cour d'Honneur pour la premi&#232;re fois, non parce que c'est la Cour d'Honneur, mais parce que c'est le spectacle qui joue, ce soir, dans le plus beau et grand festival de th&#233;&#226;tre du pays, dans un des plus beaux lieux qui soient pour faire venir les ombres et leurs corps, et les voix qui viendraient dire quand la lumi&#232;re tombe suffisamment pour qu'on ne voie plus rien, &lt;i&gt;n'ayez pas peur&lt;/i&gt;, et qu'on fasse le compte des morts et des vivants &#224; la fin quand la fin aura &#233;t&#233; accomplie par le th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me, je pense &#224; ceux-l&#224; qui auront vu la Cour pour la premi&#232;re fois avec ce spectacle, et je me console lentement en repensant au fait que la Cour n'a pas &#233;t&#233; trop &#233;puis&#233;e par les pi&#233;tinements de ces acteurs pour de faux, que la poussi&#232;re n'a pas &#233;t&#233; trop remu&#233;e, assis qu'ils &#233;taient pendant ces deux heures ; et je pense surtout &#224; ce que j'entendais durant ces deux heures, une voix tr&#232;s loin qui chantait un air sublime que le vent apportait et arrachait, et comme on avait envie d'&#234;tre aupr&#232;s de la voix, comme le chant disait que quelque part avait lieu autre chose qui pouvait peut-&#234;tre justifier ce soir-l&#224;, mais il a &#233;t&#233; justifi&#233;, ce soir-l&#224;, deux fois : une premi&#232;re fois &#224; cause du chant interrompu, sublime d'interruption, et une seconde fois parce qu'en sortant de la Cour, il fallait marcher un peu dans la ville, et qu'il y avait de la route &#224; faire, qu'il fallait passer &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article433&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Place Crillon&lt;/a&gt;, et qu'on ralentirait un peu le pas pour rejoindre la fin de cette nuit, qui commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va au th&#233;&#226;tre pour en sortir : c'&#233;tait la derni&#232;re pens&#233;e, elle sauvait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-07-20_21-45-24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2013-07-20_21-45-24.jpg?1375464530' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Est-ce cela que les Anciens nommait la &lt;i&gt;fatalit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En tout pourtant, et ici plus encore, il faudrait tenir haut et ferme la joyeuse &lt;i&gt;haine de l'int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ce que dit (et en partage) Christophe Triau, sur ce qu'il nomme &lt;i&gt;L'illusion ludique&lt;/i&gt;, in &lt;a href=&#034;http://theatrepublic.fr/2009/09/n%C2%B0194-%E2%80%93-une-nouvelle-sequence-theatrale-europeenne/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Th&#233;&#226;tre Public&lt;/i&gt;, n&#176;194&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dit autrement, cette phrase si puissante et miraculeuse de Kolt&#232;s, parce qu'elle sauve de toutes les illusions, celles qu'on peut nourrir pour le th&#233;&#226;tre quand on confond ce moyen de vivre avec la fin m&#234;me de la vie : &#171; le th&#233;&#226;tre ce n'est pas la vie, mais c'est le seul endroit o&#249; l'on peut dire que ce n'est pas la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai pay&#233; ma place 18 euros, le prix d'un livre, ou d'un DVD : je ne dis pas que ce n'est pas cher, mais c'est rare qu'on d&#233;signe le prix du livre comme obstacle infranchissable et s&#233;lection sociale &#224; la Culture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ou un &#171; deuil sans douleur &#187; et &#171; sans travail de deuil &#187;, comme le d&#233;crit justement J&#233;r&#233;mie Majorel dans son article pour le &lt;a href=&#034;http://www.magazine-litteraire.com/agenda/theatre/festival-avignon-deuil-spectacle-03-08-2013-72073)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Magazine Litt&#233;raire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le spectateur en dialogue &#187;, titre du fort article de Yannick Butel sur le spectacle &#8211; voir le site de &lt;a href=&#034;http://insense-scenes.net/site/?p=article&amp;id=378&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Insens&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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