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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>Juan Branco | la parole pr&#233;sidentielle fragment&#233;e</title>
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		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_Interventions</dc:subject>
		<dc:subject>_un bout de notre monde</dc:subject>
		<dc:subject>_Juan Branco</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'est nulle place pour le clair-obscur, pour l'ouverture au monde.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1175.jpg?1376825324' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1175.jpg?1376825332&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Reprise ici d'un texte de Juan Branco &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/politiques/2013/08/04/hollande-ou-la-parole-presidentielle-fragmentee_922757&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; au c&#339;ur de l'&#233;t&#233; &#8211; pour de nombreuses raisons : parce qu'il situe l'endroit o&#249; le politique achoppe sur le r&#233;el, l&#224; o&#249; pr&#233;cis&#233;ment la parole ne sert plus qu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
dire ce qu'elle dit, ne fait plus qu'agir pour se pr&#233;server. Pour cette approche du rationalisme vide dans la parole. Pour cette phrase aussi : &#171; La pauvret&#233; du langage appara&#238;t comme la traduction de celle du regard. &#187; Et pour cette autre phrase, du Pouvoir cette fois, terrible et dr&#244;le, apr&#232;s l'accident ferrovi&#232;re meurtrier du mois dernier : &#171; je n'ai pas attendu le d&#233;sastre pour en tirer toutes les cons&#233;quences &#187;. Texte de Juan Branco important, parce qu'au lieu de d&#233;noncer il nomme, et parce que le langage peut &#234;tre &#224; la fois l'instrument de l'ali&#233;nation et le contre-poison. Pour tout cela, et pour archive personnelle en raison d'un projet en cours, o&#249; je voudrais aller &#224; cet endroit justement, de la parole qui s'ab&#238;me dans le r&#233;el &#224; l'endroit o&#249; elle pourrait le modifier.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Image : il pleut encore sur le G&#233;nie de la Place de la Bastille&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rome, 16 mars 1978. Aldo Moro, ic&#244;ne de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, est enlev&#233;. Depuis dix ans, une chape de plomb s'est abattue sur la p&#233;ninsule. La violence et les groupuscules extr&#233;mistes fleurissent, sur fond d'une puissante crise de sens. Le syst&#232;me politique, incapable d'y r&#233;pondre, semble n'avoir plus d'autre but que d'assurer sa propre survie. Le soir m&#234;me de l'enl&#232;vement de Moro, l'alliance dont il r&#234;vait entre D&#233;mocratie chr&#233;tienne et Parti communiste est effective. Le syst&#232;me assure ainsi sa continuit&#233;, sur le dos de son z&#233;l&#233; d&#233;fenseur et au m&#233;pris de la volont&#233; du peuple. Plut&#244;t que de prendre le risque d'une rupture n&#233;cessaire, les dirigeants font le pari de l'absurde pour pr&#233;server leur pouvoir. Mur&#233; dans son autisme et pris par une soudaine crise d'autoritarisme, le gouvernement laissera mourir Aldo Moro entre les mains de ses ge&#244;liers, malgr&#233; les nombreuses tentatives de m&#233;diation et des exigences revues &#224; la baisse de la part des Brigades rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jardins de l'Elys&#233;e, 14 juillet 2013. Face aux journalistes qui lui posent une question pr&#233;cise sur la hausse des imp&#244;ts, le Pr&#233;sident ignore leurs relances et se laisse emporter dans une digression interminable sur la d&#233;finition des classes moyennes. La parole patine, flotte, se montre r&#234;che dans sa technicit&#233; d'apparence. Elle est d&#233;bit&#233;e avec assurance, mais ne semble avoir d'autre but que de convaincre son propre &#233;nonciateur de la ma&#238;trise de la situation. Elle ne dit rien. A peine six millions de Fran&#231;ais regarderont l'intervention, qui pourtant ne dure que trente-cinq minutes. Face &#224; une crise sans pr&#233;c&#233;dents et alors que montent les signes d'une explosion sociale, le Pr&#233;sident est devenu inaudible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essayiste Leonardo Sciascia et Pasolini avant lui li&#232;rent la naissance des ann&#233;es de plomb italiennes &#224; la progressive d&#233;connection de la parole publique avec le r&#233;el. La D&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti communiste italien, embourb&#233;s dans une crise syst&#233;mique, semblaient avoir construit un nouveau langage, donnant &#224; entendre une parole si vague et d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233; qu'elle paraissait s'adresser &#224; un public inconnu, cach&#233;. D&#233;politis&#233;s, ayant renonc&#233; &#224; trouver une r&#233;ponse aux aspirations populaires, leur pouvoir n'avait plus pour autre objectif que son propre renouvellement. Moro, &#171; le moins pire de tous &#187;, pourtant responsable et mod&#233;r&#233;, &#233;tait pour Sciascia le symbole ultime de cette bulle politique autosuffisante qui s'&#233;tait d&#233;faite du r&#233;el. Il ne voyait aucun hasard au fait qu'il fut la cible des Brigades rouges. Tentative de maquillage d'une impuissance orchestr&#233;e et, alors m&#234;me qu'elle avait &#233;loign&#233; les politiques de la soci&#233;t&#233;, cette construction discursive avait permis de pr&#233;server l'emprise des partis sur le pouvoir politique, au prix d'une d&#233;gradation terrifiante du climat social et intellectuel. L'&#233;mergence de la violence d'extr&#234;me gauche fut d&#233;crypt&#233;e par Sciascia comme une tentative de rupture dialectique plus encore que de r&#233;volution v&#233;ritable, cherchant avant tout &#224; faire sortir une nouvelle parole, purg&#233;e, ancr&#233;e dans le r&#233;el et acceptant enfin la confrontation. L'apparition brutale du terrorisme comme r&#233;ponse d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#224; ce v&#233;ritable autisme politique ne fit que le renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui en France, la parole pr&#233;sidentielle ne s'&#233;nonce &#224; son tour plus que par codes, messages subliminaux et &#233;nonc&#233;s fragment&#233;s. Face &#224; son auditoire imaginaire, Fran&#231;ois Hollande ne cesse de d&#233;tailler l'&#233;vidence et de montrer sa virtuosit&#233; intellectuelle, comme s'il s'agissait encore de briller &#224; un cas pratique de l'ENA ou un exercice d'application d'HEC. Sa parole, se parant des meilleures intentions, r&#233;v&#232;le l'effroyable banalit&#233; d'une politique qui, angoiss&#233;e &#224; l'id&#233;e d'une quelconque rupture, s'enferre dans son approche toujours plus gestionnaire et conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Nicolas Sarkozy comblait son impuissance par des j&#233;r&#233;miades et des variations infinies autour de la dichotomie entre le &#171; nous &#187; et l'Autre, qui fond&#232;rent le programme de son quinquennat, le pr&#233;sident de la R&#233;publique tente, lui, sans plus de succ&#232;s, l'artifice de la parole fragment&#233;e. Au changement de paradigme qu'il ne veut ni ne peut envisager, il croit pouvoir substituer une accumulation de r&#233;ponses cat&#233;gorielles. Entreprises, syndicats, march&#233;s, tous ont droit au bon mot, &#224; la phrase cens&#233;e les satisfaire et aux mesures qui en d&#233;coulent. Incapable de formuler un projet global, le Pr&#233;sident s'en trouve r&#233;duit &#224; distribuer les pr&#233;bendes. A trouver des &#233;quilibres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans l'Italie des ann&#233;es de plomb, cette strat&#233;gie qui ne vise que le maintien en place du syst&#232;me tel qu'il est, et de ses dirigeants avec, par la satisfaction d'int&#233;r&#234;ts particuliers, se trouve en complet d&#233;calage avec une situation explosive et des attentes &#224; l'avenant. A force de n'&#234;tre qu'&#233;l&#233;ments de langage agglom&#233;r&#233;s, le discours comme la politique est devenu inintelligible. Croyant satisfaire chacun, Hollande ne se fait entendre par aucun. Fragment&#233;e et fragmentante, la parole pr&#233;sidentielle nourrit les frustrations &#224; la fois que la mont&#233;e des violences, sans m&#234;me s'en rendre compte. La proposition faite par le Pr&#233;sident d'une &#171; clause de conscience &#187; &#224; la loi sur le mariage pour tous a ainsi jou&#233; un r&#244;le fondateur dans la naissance des larges mouvements d'opposition au projet qui survivent encore, alors qu'elle ne fut &#233;nonc&#233;e que pour &#233;viter les sifflets d'une assembl&#233;e de maires. La parole comme simple support, sans conscience de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nu&#233;s de rapport &#224; la culture autre qu'utilitaire, le Pr&#233;sident comme son entourage ne croient pas au tragique de l'Histoire. Ils refusent d'accepter qu'ils en sont travers&#233;s de toute part, et que la pauvret&#233; de leur parole limite l'horizon de leur politique. Alors que son ex-camarade de promotion Laurent Mauduit lui envoyait r&#233;cemment un ouvrage intitul&#233; l'Etrange Capitulation,Hollande r&#233;pondit : &#171; Rien n'est &#233;trange. &#187; Peut-&#234;tre cette phrase permet-elle de comprendre le regard que porte le Pr&#233;sident sur le monde. Tout s'explique, tout se rationalise, tout se r&#233;sout. Le r&#244;le des mots est d&#232;s lors tout trac&#233; : expliquer, encore, l'omniscience de la raison &#233;conomique et de mod&#232;les techniques appris de seconde main. R&#233;sumer, encore et encore, les solutions sans imagination trouv&#233;es par une technocratie aux abois. Sans ne jamais interroger. Ce rapport au r&#233;el est certes parfois d&#233;pass&#233;. Mais c'est alors comme un aveu d'impuissance, frisant l'absurde, sans s'inqui&#233;ter de construire un imaginaire commun ou ouvrir la pens&#233;e. Dans un demi-lapsus, Fran&#231;ois Hollande pr&#233;tendra, lors de son dernier entretien, avoir devanc&#233; la catastrophe de Br&#233;tigny, affirmant &#171; ne pas avoir attendu le d&#233;sastre pour en tirer toutes les cons&#233;quences &#187;. Dans un registre moins anodin, il appellera &#224; la &#171; destruction &#187; et &#224; &#171; l'&#233;radication &#187; des &#171; criminels terroristes &#187; au Mali, empruntant &#224; la rh&#233;torique n&#233;oconservatrice sans r&#233;aliser les dangers de cette parole sans pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est nulle place pour le clair-obscur, pour l'ouverture au monde. La pauvret&#233; du langage appara&#238;t comme la traduction de celle du regard. D'un regard qui consid&#232;re le pouvoir comme outil d'ajustement, moule pr&#233;d&#233;fini auquel on ne peut d&#233;roger, et qui con&#231;oit le discours, la politique, comme pure technique. Morcellement du corps social, exacerbation des violences, r&#233;duction du champ des possibles. Loin de son apparente futilit&#233;, le vide de la parole pr&#233;sidentielle cr&#233;e pourtant les conditions d'une catastrophe politique &#224; venir. Loin d'un sympt&#244;me secondaire, elle montre la profondeur de l'impasse dans laquelle s'enferre le Pr&#233;sident, convaincu non pas tant de sa bonne &#233;toile que de la pertinence de sa raison pratique. Une obstination coupable, qui ne semble avoir d'autre but que la pr&#233;servation du pouvoir. Si la situation n'est pas encore comparable &#224; celle des ann&#233;es de plombs italienne, l'inqui&#233;tante similitude des m&#233;canismes en &#339;uvre doit &#234;tre not&#233;e. L'impasse n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan Branco, Chercheur, Yale Law School (Connecticut)&lt;/p&gt;
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