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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Albane Gell&#233; | Formes et forces des acquiescements</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
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		<dc:subject>_Albane Gell&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Albane Gell&#233;, &lt;i&gt;Boug&#233;(e)&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; D&#233;placements &#187; &#8211; mars 2009&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_albane-gelle" rel="tag"&gt;_Albane Gell&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton87.jpg?1259674126' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;H&#244;pital psychiatrique, portraits serr&#233;s, visite d'une tour en banlieue sud de Rennes : les livres d'Alb:ane Gell&#233; sont brefs et violents. En lui proposant un format plus large, elle r&#233;pond par un livre journal, ce qui, dans son propre atelier, fonde l'&#233;criture : le corps, le temps. Ce qu'on expose : aussi bien les enfants que le couple, l'&#233;change avec d'autres &#233;crivains, ou ces retours sur l'&#233;criture en travail, l'engagement en public, les ateliers en r&#233;sidences. Boug&#233;(e) concerne alors bien plus que la seule exp&#233;rience d'Albane Gell&#233; : il est une r&#233;flexion sur &#233;crire aujourd'hui, pour ceux de cette g&#233;n&#233;ration, en temps d'immense secousse.&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Albane Gell&#233;, &lt;i&gt;Boug&#233;(e)&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; D&#233;placements &#187; &#8211; mars 2009&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#171; Bouger : pas remuer les bras les jambes ni courir &#224; toute allure ni gesticuler dans tous les sens. Non. Je voudrais dire bouger, ne pas rester &#224; la m&#234;me place pour regarder dehors (ou dedans). &#187;
&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Se formule ainsi, en reprise du titre, le geste d'&#233;crire : sur la premi&#232;re page et avant m&#234;me de commencer vraiment. Formulation o&#249; se superposent le lieu mouvant depuis lequel se saisir du monde ; l'activit&#233; du regard par laquelle on s'en saisit ; et la circulation qui en d&#233;coule, le dehors (le dedans), parenth&#232;se ouverte en profondeur sur l'intime qui donne sens au dehors per&#231;u depuis cette b&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrase qui dit le projet du livre, et dans le m&#234;me temps qui donne prise sur une mani&#232;re de concevoir le monde : qui dit le rapport au monde que l'&#233;criture va ensuite travailler. Et puis, en amont de cela, le refus d'une attitude : celle, st&#233;rile, de l'agitation &#8211; en creux, se propose au contraire une travers&#233;e du monde dans le calme incertain de lui-m&#234;me, dans la douceur r&#234;v&#233;e d'une violence dompt&#233;e &#224; la mesure de sa propre col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette phrase unique, une langue est capable d'&#233;noncer son projet, ses moyens, son lieu d'o&#249;, ses territoires vers o&#249;, son &#233;thique, son rythme, ses refus, et par dessus tout : un acquiescement au monde, celui du dehors, celui du dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#171; Parce que le vivant depuis le tout d&#233;but du premier jour de la premi&#232;re cellule&#8232;bouge &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re phrase du livre : r&#233;ponse &#224; une question rejet&#233;e en dehors du texte, silence qui commande cependant tout le reste : parce que. Premi&#232;re phrase qui prend la parole, la justifie, la l&#233;gitime. Premier mot qui est une r&#233;ponse : une cl&#233; sur la port&#233;e exigeant du reste la bonne mesure. R&#233;ponse &#224; la question la plus essentielle, la seule &#224; se poser : Pourquoi parler, pourquoi &#233;crire au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop de livres dit-on, lit-on dans des livres (en trop), trop de mots qui disent, immobiles, la m&#234;me chose, trop de pas assez, de corps en moins qui imposent leur pr&#233;sence partout et opacifient le reste qui importe, le reste essentiel qu'on efface inlassablement &#224; coups de slogans, o&#249; tout est, ensemble, possible. Parce que : et puis le livre peut commencer. Le livre na&#238;t de cette r&#233;ponse : chercher le vivant en chaque chose, c'est-&#224;-dire le remu&#233;, le bougeant, le d&#233;plac&#233;, le circulant : ce que dit la premi&#232;re phrase. Mais pas seulement : violence et &#233;vidence de cette proposition parce qu'elle &#233;nonce la n&#233;cessit&#233; (pour que le livre se fasse, et pour que la vie soit seulement possible) d'un renouement. Renouement avec la vie, le vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proposition radicale donc : parce qu'&#224; la racine, phrase qui dit parce qu'&#224; la racine tout bouge, comment ne pas, de m&#234;me, &#233;crire le boug&#233; de la vie, et par lui, parvenir &#224; bouger le monde (provoquer un boug&#233;) : un livre n'est possible (valide) que si en lui bouge la vie qui l'anime, qu'il anime, et au sein de cette circulation simple (si complexe cependant &#224; faire vivre), exigence qui s'installe ; premi&#232;re phrase bouleversante de beaut&#233; dans ce qu'elle engage, dans le risque qu'elle prend, qu'elle fait prendre au monde : risque n&#233;cessaire &#224; la vie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[promenades et le vertige]&#8232;&#171; L'univers d&#233; &#224; coudre a pris une grande respiration et nous sur la terre comme dans le ventre d'une baleine, embarqu&#233;s dans l'aventure de vivre. &#187;
&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Bouger : ne pas s'installer dans une relation qui immobilise la circulation, ou demeurer dans une habitude qui tue l'amiti&#233; ; bouger : prendre le mouvement des choses et des &#234;tres, faire vibrer les secousses qui font &#233;prouver l'&#233;paisseur du temps, la densit&#233; de l'espace, la puissance d'une parole. Bouger : &#233;crire le boug&#233; du monde &#233;crivant la partition de la vie &#233;crivant la disposition des &#234;tres &#233;crivant le boug&#233; du monde &#233;crivant la.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[promenades et le vertige]&#8232;&#171; je veille &#224; verser liquide mes paroles, verser liquide dans le diaphragme les id&#233;es et les gestes. Pour le vivant le sang la s&#232;ve &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Fluidit&#233; des mots non pour &#233;vacuation des paroles : mais pour labilit&#233; dans la bouche de l'expression vivante du monde ; et sous chaque mot coul&#233; dans le texte, la phrase emport&#233;e plus vite qu'elle m&#234;me : apprentissage d'une langue liquide, c'est-&#224;-dire plus rapide qu'elle, entra&#238;n&#233;e en avant : flot d'une syntaxe (mais non pas &#224; l'image d'une mer d&#233;mont&#233;e, plut&#244;t celle d'un fleuve, au hasard, la Loire), flux d'une langue dont la loi est celle de sa vitesse, allure qui va, entra&#238;ne et dit, ainsi vont les choses ; on ne se baigne pas deux fois dans le m&#234;me fleuve, et le fleuve ne baigne pas deux fois la m&#234;me rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[parents]&#8232;&#171; Peu importe car en toutes circonstances ma m&#232;re dans sa bouche va o&#249; tu es vivante &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Livre qui sinue entre la vie, ses douleurs. Livre qui t&#233;moigne de la vie de son auteur non pas vraiment pour la raconter, mais pour en &#233;voquer au pr&#233;sent ce qui construit ce pr&#233;sent l&#224;. Il y a (entre autres choses) le deuil : impossible, comme tous les deuils. La mort injuste d'un p&#232;re avant m&#234;me de le conna&#238;tre, et grande pudeur sur tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que le deuil apprend, ce n'est pas l'attachement &#224; un souvenir qu'on inventerait pour le soir se rassurer du manque et combler l'absence par l'alibi : non. Plut&#244;t, encore, le boug&#233; de la mort dans les frottements avec la vie &#8211; la le&#231;on apprise si jeune : que la mort ne termine pas la vie, mais que si violemment, elle la commen&#231;ait, et m&#234;me l'initiait. Qu'alors, cette mort l&#224; n'est pas inscription d'un manque, mais inflexion de la vie vers ce qui lui donne plus de prix : la douleur, ce qui donne un nom &#224; la douleur et qui ne se fixe pas. O&#249; tu es vivante je ne suis pas, et c'est l&#224; o&#249; aller, o&#249; le deuil entra&#238;ne, o&#249; l'&#233;criture trace et n'efface pas mais nomme : l&#224; o&#249; l'&#233;criture dit o&#249; tu es vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[approximatif]&#8232;&#171; (La litt&#233;rature) Cherchant au plus pr&#232;s &#224; dire au plus juste recevant le monde redonnant le monde. &#187;
&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Justesse : recherche de la justesse qui saurait rendre juste l'appr&#233;hension du monde. Les discours sur le monde sont n&#233;cessairement approximatifs parce que sur le monde, ils ne sauraient seulement tirer, de l'ext&#233;rieur, des conclusions biais&#233;es depuis une certitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la litt&#233;rature n'est pas discours sur, mais depuis, ou par lui, elle est le seul discours &#224; la juste mesure du monde : et ce constat alors, que la litt&#233;rature est rare, que la litt&#233;rature n'est pas dans tous les livres, n'est pas seulement dans les livres. Qu'elle est dans la justesse accord&#233;e aux &#234;tres, dans la justesse (comme un instrument t&#233;moin redonne la note, la relance, l'&#233;coute et la produit) d&#233;sir&#233;e de sa puissance, de sa fragilit&#233;. Que cette justesse n'est jamais donn&#233;e mais qu'elle se perd, qu'elle ne se regagne qu'en exigence, en violence, en boug&#233; inlassable des certitudes et des donn&#233;es : en recommencements incertains, joyeux, recommenc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[temps d'&#233;crire et vivre]&#8232;&#171; Je suis pauvre et d&#233;risoire petite et minuscule quelle insolence d'&#233;crire encore et pourtant minuscule je me sens &#234;tre de cette for&#234;t, plant&#233;e l&#224; dans les mots &#224; traduire le monde &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;criture ne soit pas en amont de la vie (et rejet de cette figure ridicule de l'&#233;crivain travaillant et le jour et la nuit et le temps que dure tout le temps : mais qu'&#233;crit-il d'autres que ce travail st&#233;rile des heures sur lui ?), mais en aval, ensuite, et en accueil de ce que la vie apporte ; mouvement qui recueille et redispose ses forces en retour : voil&#224; l'&#233;vidence. Que l'&#233;criture soit &#233;galement de partage et jamais seul, ou que les solitudes soient partag&#233;es : voil&#224; ses cons&#233;quences. Et qu'en cela, t&#226;che qu'on se transmet, traduction travers&#233;e des autres en soi. Image juste pos&#233;e ici d'une for&#234;t aux arbres de taille jamais semblable, o&#249; chaque feuille cependant d&#233;crit la forme du monde, l'enclos en elle seule, d&#233;pend des autres pour respirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[pulsions &#233;lections]&#8232;&#171; Je quelque chose vers la vie, vers ce qui ouvre ce qui fluide, remue pour invente, avance pour lib&#233;rer, vers ce qui sourires et m&#234;me rires, tol&#233;rances doutes aussi : des questionnements des questionnements &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Inscription du pronom en tant qu'instance pleine : d'un sujet qui serait &#224; la fois son propre verbe, qui dirait l'action accomplie par le sujet, comme acte &#233;nonc&#233; par le sujet : non pas repli du sujet vers ce qui l'anime, mais fusion naturelle d'un &#233;tat et de la figure que rev&#234;t celui-ci ; forme et tension de la forme vers ce qui l'accomplit. Force d'une &#233;criture qui dit le mouvement qu'elle &#233;pouse, la direction vers laquelle elle tend, et la silhouette qu'elle endosse. C'est qu'une seule et m&#234;me chose est &#224; l'&#339;uvre ici. Je est la parole qui dit, et ce qui &#233;nonce l'acte produit par cette parole. Je est le verbe qui dit je &#8211; la question, ce qui la pose, ce qu'elle interroge, et le point d'interrogation, et l'intonation qui la fait vibrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[mercis]&#8232;&#171; &#8211; quelque chose bouge &#233;norme imperceptible, &#224; qui &#224; quoi je ne sais pas je dis merci et je me sens compl&#232;tement : irrationnelle. &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce qui trahit cette force d'acquiescement au monde, totale, absolue : tous ces mercis que l'auteur distribue autour d'elle, pour rien pour une place de parking pour une joie neuve pour le d&#233;risoire de la vie qui se commet malgr&#233; tout. Acquiescement, mais non pas acceptation de toute chose : car il est des r&#233;voltes, des refus qui s'imposent face &#224; l'immobilit&#233; des instances mortes du monde, les paroles fig&#233;es qui tiennent lieu de politique, la raison du plus grand nombre en place de d&#233;mocratie, confie le pouvoir au m&#233;pris de l'intelligence : mais ces refus sont aussi des gestes d'acquiescement &#224; ce qui reste vivant tant qu'on l'explore. Merci, parole boug&#233;e, merci adress&#233; aux gestes inattendus du r&#233;el, et merci comme mot intransitif qui rend gr&#226;ce aux bienfaits d'un monde encore disponible &#224; la beaut&#233; des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; le r&#233;el le dehors, violent venu d'en face et nos mains tendues devant pour prot&#233;ger le corps &#8211; la mort dans le foss&#233; mais dans la t&#234;te des anges &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Entre chaque courte s&#233;quence qui r&#233;pond &#224; un titre (un th&#232;me), il y a ces brefs blocs de texte, d&#233;tach&#233;s du reste, frictions, zones tampon qui t&#233;moignent d'une violence plus frontalement &#233;prouv&#233;e, d'une douleur aussi par ailleurs travers&#233;e de sourires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces phrases scand&#233;es en po&#232;mes isol&#233;s, fulgurances qui disent la peur, la mort, l'exil de la vie en quelques phrases, et dont la fin, presque &#224; chaque fois, r&#233;ajuste en mouvement ascendant, infl&#233;chit le propos en quelques mots : ici, l'adverbe mais qui d&#233;samorce la mort, phrase qui s'interrompt, mais prolonge, suspend : et l'image ultime, lov&#233;e dans son myst&#232;re, dresserait le tableau d'une &#233;ternit&#233; envisag&#233;e, d'une beaut&#233; tangible qui se passerait de mots : int&#233;riorit&#233; d&#233;positaire de tous les talismans possibles capables de conjurer la mort, la peur, la douleur d'&#234;tre, la pesanteur des solitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[chevaux]&#8232;&#171; je continue &#224; faire prier l'intensit&#233; &#187;
&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Simple phrase qui dit mieux que tout l'exigence qu'on demande &#224; soi pour &#234;tre disponible aux flux du monde : l'exigence de l'&#233;criture en retour, la pr&#233;cision des mots, la justesse des rythmes, la grande mesure de chaque silence qui enveloppe le propos. Il y a cette image de l'auteur, dans ce chapitre, qui monte &#224; cru son vieux cheval de l'enfance : directement en contact avec les battements de c&#339;ur de l'animal, en harmonie avec les mouvements de la peau, au rythme de chaque pas, absorbant les cahots du sol, devenant le boug&#233; du cheval, et peut-&#234;tre de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; plein c&#339;ur minuit c'est l'heure des putes, c'est l'heure des hommes, et c'est l'heure des rossignols op&#233;ra brut sous une seule lune &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on partage, ce serait plus qu'une heure, plus qu'une terre, plus que la m&#234;me rumeur vibrante de l'histoire et des corps, mais un ciel aussi peupl&#233; que le sol des r&#234;ves que le langage fait sur la possibilit&#233; de le chanter, de s'emparer de toute sa dimension pour en &#233;crire le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[&#224; (Jacques Rochereau ; Jean Jackie ton et tie ; Jean Rouhaud ; Polo ; Michel Gasnier ; Ghislaine et Pascal Henry ; Antoine Emaz]&#8232;&#171; et rencontrer et partager avec des gens belle soir&#233;e qui donne forces pour continuer &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Reviennent sept fois ces sept adresses, sept lettres &#224; des auteurs, peintres, po&#232;tes ou amis ; envois qui cr&#233;ent le lien, qui sont le lien, et disent le prix d'une certaine dette : parce que, encore une fois, l'avanc&#233;e n'est pas solitaire, mais se fait dans l'accumulation des forces &#233;chang&#233;es, confi&#233;es. T&#233;moignages de reconnaissance envers ceux &#224; qui ont doit, une &#339;uvre ou une amiti&#233; : de celles qui donnent &#233;paisseur et sens &#224; l'exp&#233;rience. Le boug&#233; est aussi celui qui produit les rencontres, produit par elles, sentiment de la vie qu'on partage : et du partage, faire &#339;uvre de ce qui passe entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[r&#233;sidences d'&#233;crivain]&#8232;&#171; Dans les tunnels [du m&#233;tro] les tags recouvrent le vide et les parois (&#8230;). Je pense &#224; ceux qui font les gestes la nuit peut-&#234;tre &#224; leurs humeurs &#224; quoi pensent-ils dans les tunnels du m&#233;tro. Laisser des traces &#233;peler son nom des mots des codes le mot violence tout &#224; coup mais sans comprendre &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Se confronter &#224; cette violence du monde, non pas sous forme d'&#233;v&#233;nements qui donnerait le spectacle du chaos, mais &#224; travers les mots ratur&#233;s des tags qui sont eux-m&#234;mes une mani&#232;re d'&#233;noncer la violence qu'on inflige &#224; ceux qui les &#233;crivent, comme en retour se r&#233;approprier les parois de la ville qui les tiennent enferm&#233;s dehors. Quand l'auteur se rend en r&#233;sidences, anime des ateliers d'&#233;criture, c'est &#224; cette violence qu'elle fait face, et &#224; laquelle elle r&#233;pond en l'&#233;crivant, ratures &#233;crites sur ratures ratur&#233;s : incompr&#233;hension formul&#233;e devant des mots qui sont eux-m&#234;mes le produit d'une incompr&#233;hension absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[terre]&#8232;&#171; Des humains tombent pas nourris et musel&#233;s officiellement les matins bruns sont arriv&#233;s continuons plantons construire je continue ne pas plier et puis bouger &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Cette force de r&#233;sistance qui ne peut prendre appui que sur le langage, que depuis le langage : et en ce temps de grand repli sur tous les fronts, cet imp&#233;ratif continuons, accomplit l'acte qu'il &#233;nonce, la continuit&#233; d'une r&#233;sistance qui prend le risque d'elle m&#234;me, donne la chance &#224; ce risque l&#224;, d'un mouvement insaisissable, d'un prolongement des forces vives en pr&#233;visions d'un temps &#224; venir, o&#249; peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; &#231;a tremble encore dans l'air secou&#233; et des tous seuls avec leur chat se l&#232;vent et marchent discours &#233;teints &#224; l'horizon mais cette lumi&#232;re &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Lumi&#232;re qui donne contre-pied de la nuit dans laquelle il faudrait continuer d'avancer, avancer en vertu de cette lumi&#232;re possible que la litt&#233;rature a charge de prononcer pour lui donner naissance. Trembl&#233; du jour dessin&#233; par une main avanc&#233;e dans le noir qui l'entoure, et qu'elle repousse &#224; mesure des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[culture]&#8232;&#171; Malgr&#233; tous vos b&#226;tons censures et autres des b&#234;tises plus grosses que vous, nos enthousiasmes ont la peau dure et des &#233;nergies se rencontrent pour s'amuser pour r&#233;sister pour inventer sait-on jamais un jour prendront le mot pouvoir le lanceront comme un ballon afin de jouer savez-vous jouer. &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Dernier mot pos&#233;, question adress&#233;e aux puissants en forme de d&#233;fi, mais sans pesanteur : la l&#233;g&#232;ret&#233; d'un jeu, un ballon plus l&#233;ger que l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question adress&#233;e au lecteur : l'invention d'un monde, pr&#233;sent qu'on confie aujourd'hui et maintenant &#224; qui pourra le porter un peu plus loin : d&#233;sir d'une transmission de conscience en conscience, ce nous finalement d&#233;pos&#233; en partage, en promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question adress&#233;e au langage, poser l'hypoth&#232;se d'un jeu suivant des r&#232;gles &#224; sans cesse inventer pour bouger la langue selon les boug&#233;s du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question adress&#233;e &#224; la litt&#233;rature : le livre comme objet lanc&#233;, outil d&#233;risoire sans doute dans la marche des choses &#8211; mais essentiel pour reprendre possession de ce qui nous appartient, d&#233;fier les lois de la gravit&#233;, voler au temps sa part lourde qui leste, redessiner la g&#233;ographie boug&#233;e du monde depuis les r&#234;ves qu'on en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;[postface]&#8232;&#171; je vous &#233;cris de la vie que je m&#232;ne, trembl&#233;e sourires et caetera, dans le souvenir et l'attente de toutes les autres &#187;&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; parle le livre ? Question d'inquisiteur, question politicienne &#8211; non : question d'espace qui rend possible la parole, l'origine de qui la porte, &#233;nonc&#233; de l'ailleurs d'o&#249; provient la voix dont parle Blanchot. Deux pages pour r&#233;pondre &#224; cette question, pages qui &#233;gr&#232;nent les lieux d'origine : les espaces de l'enfance, les endroits imaginaires et r&#233;els du monde o&#249; tirer la force et le joie de prendre la parole, les rives de Saumur &#224; &#233;gale importance qu'un coin de table,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; depuis les b&#234;tes r&#233;fugi&#233;es dans les c&#339;urs &#187; (et comment ne pas penser &#224; Deleuze parlant d'Artaud : j'&#233;cris pour les analphab&#232;tes, j'&#233;cris pour les b&#234;tes qui meurent), l'origine qui est aussi la direction, qui la porte.
&lt;p&gt;&#171; Je vous &#233;cris depuis sept jours de la semaine &#187;.&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Anfractuosit&#233; du temps qui rend possible le langage : ce toujours encore qui parle en soi ; parler l'&#233;ternit&#233; du monde depuis la pointe extr&#234;me d'une seconde qui passe et dont on se saisit pour traverser l'insuffisance du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux pages empreintes de celle qui l'a &#233;crit mais dont chaque phrase endosse la totalit&#233; de l'acte qu'on nomme litt&#233;rature, chaque proposition valant absolument&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; je vous &#233;cris toujours et vous ne le savez pas &#187;.&#65532;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Propositions qui d&#233;finissent de l'int&#233;rieur la litt&#233;rature quand celle-ci prend en charge le monde et ceux qui le peuplent : travers&#233;e d'une &#233;vidence et d'une humilit&#233; infinie, travers&#233;e sur deux pages seulement qui justifie &#224; elle seule l'urgence d'un tel texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on respire, le poids sur nos poumons qui demeure : livre qui produit sur le monde le boug&#233; imperceptible et d&#233;cisif qui nous le rend de nouveau pr&#233;sent, &#233;vidence des d&#233;placements qu'il op&#232;re. Ecriture qui rend n&#233;cessaire chaque mot, jusqu'au dernier d&#233;crivant si justement l'ampleur du projet, la puissance sereine du texte, cette conjonction de la voix et de sa port&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;&#171; je vous &#233;cris de toutes mes forces &#187;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
		
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