<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
	<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?id_mot=55&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
		<url>https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/banniere_site.jpg?1748268196</url>
		<link>https://www.arnaudmaisetti.net/spip/</link>
		<height>81</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Philippe Vasset | V&#233;rifier le monde</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/litteratures/article/philippe-vasset-verifier-le-monde</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/litteratures/article/philippe-vasset-verifier-le-monde</guid>
		<dc:date>2008-05-11T14:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_terre</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_Philippe Vasset</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Philippe Vasset, &lt;i&gt;Un Livre blanc&lt;/i&gt;, Fayard &#8211; ao&#251;t 2007&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/lectures-livres-pieces-films/litteratures/" rel="directory"&gt;litt&#233;ratures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_terre" rel="tag"&gt;_terre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_philippe-vasset" rel="tag"&gt;_Philippe Vasset&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton82.jpg?1259674347' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;Certains lieux n'existent pas sur la carte de la r&#233;gion parisienne : ne figure &#224; leur place qu'une forme blanche, vierge de toute indication. Pendant un an, je suis all&#233; visiter ces zones une par une. J'y ai d&#233;couvert des ruines, des c&#233;r&#233;monies &#233;tranges, parfois m&#234;me toute une ville invers&#233;e, peupl&#233;e de personnages d'ordinaire invisibles. Mais vous saurez s&#251;rement y voir bien d'autres choses.&lt;center&gt;Philippe Vasset, &lt;i&gt;Un Livre blanc&lt;/i&gt;, Fayard, 2007&lt;/center&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;&#171; J'ai commenc&#233; &#224; m'int&#233;resser aux cartes quand j'ai compris qu'elles n'entretenaient que des rapports tr&#232;s lointains avec le r&#233;el. &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Sur les cartes anciennes, les grandes zones blanches figuraient les terra incognita que les explorateurs chassaient en les repoussant au devant d'eux : trouver le r&#233;el, le nommer, c'&#233;tait une question de vide qu'on remplissait, d'un cercle qui ne s'ach&#232;verait qu'en le parcourant enti&#232;rement. Le monde se retrouva bient&#244;t cl&#244;t sur lui-m&#234;me, d&#233;couvert en m&#234;me temps que appel&#233; par son nom. Alors les cartes ne servent plus qu'&#224; se rep&#233;rer, qu'&#224; figurer des lieux connus et d&#233;j&#224; emprunt&#233;s, traces &#224; suivre plut&#244;t qu'&#224; inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, sur les cartes officielles, sur ces cartes &#224; l'&#233;chelle humaine qui nous servent de r&#233;f&#233;rence, demeurent malgr&#233; tout des endroits sans nom, des lieux en friche figur&#233;s seulement par des zones blanches. Dans nos espaces urbains, les choses se sont renvers&#233;es : ces terra incognita n'appellent pas la d&#233;couverte : elles ne sont en fait que des trous qui percent le tissu organis&#233; de la ville &#8211; des lieux sans fonction, qu'on cache parce qu'ils ne servent &#224; rien ni personne, des lieux vides ou vid&#233;s, des espaces marginales au c&#339;ur de la ville o&#249; personne ne va, parce qu'au juste, on ne va pas dans des lieux qui n'existent pas. Mais qui de la carte ou du monde, pr&#233;existe au r&#233;el qui se nomme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Vasset pendant un an a &#171; d&#233;cid&#233; d'explorer la cinquantaine de zones blanches figurant sur la carte n&#176; 2314 OT de l'Institut g&#233;ographique national qui couvre Paris et sa banlieue. &#187; Fruit d'une certaine fascination pour les espaces rendus &#224; leur nudit&#233;, les b&#226;timents abandonn&#233;s, et une curiosit&#233; pour ces taches blanches qui creusent les cartes, l'exploration est d'abord une recherche d&#233;&#231;ue du merveilleux :&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Au cours de cette qu&#234;te, comme les h&#233;ros de mes livres d'enfant, j'esp&#233;rais mettre au jour le double fond qui manquait &#224; mon monde &#187;. &lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mais de l'autre c&#244;t&#233; des palissades perc&#233;es, des grillages trou&#233;s, il n'y a souvent que des usines abandonn&#233;es aux flancs desquels se montent des abris pour errants, des bidonvilles provisoires et r&#233;guli&#232;rement d&#233;truits - une mis&#232;re sans nom. Le paysage est vide mais porte la trace d'une violence urbaine qu'on cache &#8211; un double fond du monde &#226;pre et invisible &#224; quelques centaines de m&#232;tres des bureaux des grandes entreprises, de l'autre c&#244;t&#233; du p&#233;riph&#233;rique, ou en face des immeubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en parler sans fausser, par l'ordre artificiel d'un r&#233;cit, ce qui n'ob&#233;it qu'au mouvement de passage et de dissolution perp&#233;tuelle, &#224; la n&#233;cessit&#233; de la survie, &#224; la peur toujours port&#233;e comme un masque ? Le texte de Vasset va ob&#233;ir &#224; ce mouvement l&#224;, &#233;pousant &#224; l'aventure le vide m&#234;me des rencontres manqu&#233;es (au juste, il n'y a que peu de rencontres dans ces zones : on assiste de loin &#224; une bagarre, on regarde des types d&#233;guerpir, ou soi-m&#234;me on prend la fuite devant les gardiens du vide) : sans ordre et sans hi&#233;rarchie, le livre avance comme l'on marche dans ces zones : dans l'instabilit&#233; jamais s&#251;re d'elle-m&#234;me. Pourtant, &#224; la pr&#233;cision extr&#234;me de la localisation des explorations, se succ&#232;de toujours une d&#233;finition toujours aussi tendue et d&#233;pouill&#233;e de ces zones : description du vide absolue, c'est-&#224;-dire litt&#233;ralement d&#233;tach&#233;e de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement, le texte abandonne vite sa pr&#233;tention &#224; l'assignation, &#224; l'inventaire : c'est qu'il ne saurait fixer dans les mots ce que la carte elle-m&#234;me &#233;choue &#224; repr&#233;senter par des signes qui restent &#224; inventer pour figurer une usine d&#233;sol&#233;e, un hangar sans toit, des murs cach&#233;s par des herbes. Du reste, il est impossible de figer une r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me sans cesse recouverte par son propre vide en constant renouvellement : comme ces tables d'orientation pos&#233;es jadis devant un paysage aujourd'hui m&#233;connaissable (comme si c'est la carte qui rendait perceptible le monde), justement parce que la table n'a grav&#233; qu'un instant de l'espace : alors que celui-ci n'est jamais qu'un mouvement qui le d&#233;borde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, quand il s'agit de revenir, des semaines apr&#232;s, sur ces zones blanches d&#233;j&#224; arpent&#233;es, ce sont d'autres &#224; la place qu'il faut r&#233;&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#171; Lors de ma premi&#232;re visite, je n'ai pas r&#233;ussi &#224; d&#233;terminer quel genre d'activit&#233; avait abrit&#233; ce b&#226;timent, et je m'&#233;tais promis d'y revenir. C'est ce que je fis trois mois plus tard : les herbes avaient encore pouss&#233;, et je me perdis &#224; plusieurs reprises. Mais parvenu au bout du terrain, plus de maison : elle avait &#233;t&#233; enti&#232;rement ras&#233;e. Il n'y avait plus qu'un sol boueux m&#234;l&#233; de d&#233;bris de tuile et labour&#233; par les engins de d&#233;molition. &#187; &lt;/small&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le texte n'est ainsi rien d'autre qu'un moment de lui-m&#234;me : et jamais il ne saurait &#233;puiser le lieu : geste d'&#233;puisement qui toujours &#233;choue sur son recommencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, ce texte est aussi, surtout, une profonde et puissante interrogation sur le r&#233;cit, sur sa capacit&#233; &#224; se saisir du monde et &#224; &#233;noncer, dans le geste m&#234;me qu'il le porte vers le monde, sa mati&#232;re et son projet &#8211; &#171; le livre blanc &#187; pourrait &#234;tre le titre plus g&#233;n&#233;rale d'une litt&#233;rature qui s'engagerait dans le r&#233;cit avec ses propres armes. Le page blanche du monde sur laquelle &#233;crit Vasset est une exploration des possibles du langage, quand le texte que nous lisons se donne explicitement comme une marge du Livre qu'aurait voulu &#233;crire Vasset : un livre qui aurait su &#234;tre exhaustif, d&#233;voiler &#224; la mani&#232;re de Gracq le merveilleux d'un monde voil&#233;, arpenter tous les espaces, op&#233;rer la rencontre du g&#233;ographe et de l'anthropologue, ou de l'&#233;crivain et du photographe, allier l'acuit&#233; du sociologue &#224; la pertinence de l'auteur engag&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Mais, lorsque j'ai voulu synth&#233;tiser toutes les informations rassembl&#233;es, les phrases ont refus&#233; de s'agencer en argumentaire : les textes n'expliquaient rien, ne racontaient aucune histoire, et laissaient m&#234;me transpara&#238;tre par endroit une fascination difficile &#224; assumer pour ces existences port&#233;es jusqu'&#224; l'extr&#234;me public, ces patientes appropriations d'un coin de rue, d'un trottoir, et ces vies dissolues dans le mouvement et le passage. J'ai vite compris que jamais je n'arriverais &#224; d&#233;noncer quoi que ce soit, pr&#233;f&#233;rant la confusion &#224; la clart&#233;, m'y pr&#233;lassant m&#234;me, et retardant le plus possible le moment o&#249; il faudrait choisir mon camp, et cesser d'&#234;tre transparent, sans poids ni place. &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;De cette prise de conscience na&#238;t un texte lui-m&#234;me marginal, en marge de lui-m&#234;me et de sa volont&#233; : zone blanche arpent&#233;e par le langage par instants &#8211; instants successifs de langage qui d&#233;limitent &#224; chaque fois l'espace de sa prise de possession de la parole, alternant moment descriptif tendue &#224; l'extr&#234;me, r&#233;cit de situation, r&#233;flexion personnelle et profonde sur le rapport du corps et de l'espace, du temps et de la m&#233;moire des lieux, photographies mentales de sc&#232;nes, insertions de notes prises sur le vif, croquis de vues.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; J'&#233;crivais comme on shoote dans des boites de conserve, lan&#231;ant des phrases contre tout ce qui apparaissait. Je notais les trajectoires (glissement &#224; gauche/craquement &#224; droite) et ce qui fuyait &#224; l'extr&#234;me limite de la vision (&#233;clats, ombre, couleur). &#199;a a produit des liasses de feuilles griffonn&#233;es que je me promets r&#233;guli&#232;rement de classer, sans jamais toutefois pouvoir m'y r&#233;soudre. &#187; &lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Le texte ouvert est &#224; l'image de son projet et de la mani&#232;re dont il s'est constitu&#233;, &#224; l'image de sa pratique. Pourtant, il n'est pas cette d&#233;rive situationniste qui entra&#238;ne le corps dans la prise de conscience philosophique de lui-m&#234;me : le pittoresque, du reste, n'int&#233;resse pas l'auteur qui pr&#233;f&#232;re citer en r&#233;f&#233;rence Aug&#233; (&lt;i&gt;Non-lieux&lt;/i&gt;) ; Deleuze/Guattari (&lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;) ; Mike Davis (&lt;i&gt;City of Quartz&lt;/i&gt;), Alain Corbin (&lt;i&gt;Territoire du vide&lt;/i&gt;) ; Pierre Sansot (&lt;i&gt;Po&#233;tique de la ville&lt;/i&gt;) ; Fran&#231;ois Masp&#233;ro (&lt;i&gt;Les Passagers du Roissy Express)&lt;/i&gt; ; Ian Sinclair (&lt;i&gt;London Orbital&lt;/i&gt;) ; Fran&#231;ois Bon (&lt;i&gt;Paysage fer&lt;/i&gt;) ; Jean Rolin (&lt;i&gt;La Cl&#244;ture&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se cherche davantage ici, dans la lign&#233;e de ces textes, c'est un point de vue sur la ville qui la r&#233;v&#233;lerait : une position &#224; partir de laquelle &#233;crire devient &#224; la fois &#233;preuve de comblement du vide, et trajectoire qui porte du vide &#224; la marge, du silence au nom, du r&#234;ve au r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; &#224; m'int&#233;resser aux cartes quand j'ai compris qu'elles n'entretenaient que des rapports tr&#232;s lointains avec le r&#233;el. &#187; &#233;crit Vasset au d&#233;but du livre : il lui arrivera parfois de confondre encore les deux plans des r&#233;alit&#233;s qui ne se recoupent jamais, en peignant par exemple litt&#233;ralement sur le sol les limites des zones blanches telles qu'indiqu&#233;es sur la carte : geste d&#233;cisif et d&#233;risoire qui tend &#224; vouloir op&#233;rer le renversement de la carte sur le monde, et dont l'impossibilit&#233; m&#234;me r&#233;v&#232;le la puissance du geste litt&#233;raire : &#171; la carte, et non le calque &#187; &#233;crit Deleuze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait citer de nombreux passages o&#249; le regard creuse cette r&#233;alit&#233;, o&#249; le propos superpose une politique &#224; une po&#233;tique : fonde les deux perspectives dans l'exigence de mise &#224; nue du vide : non pas recouvrir le blanc, mais le parcourir, le d&#233;limiter, le d&#233;signer. Non pas rendre le monde semblable &#224; du connu, mais renverser les positions : faire du texte une image du monde.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; Explorant mes terrains vagues, zones vou&#233;es &#224; la pure potentialit&#233;, lieux de l'inconfort extr&#234;me o&#249; rien ni personne n'a de place assign&#233;e, j'avais le secret espoir que les notes d&#233;sordonn&#233;es et contradictoires finissent par aboutir &#224; un texte qui ressemble &#224; cette terre mille fois retourn&#233;e et m&#234;l&#233;e de d&#233;bris, &#224; ces toiles d'araign&#233;e qui s'accrochaient aux oreilles et aux cheveux et &#224; ces fruits poussant sans arrosage ni jardinier. Je n'avais pour seuls objets que des ordures et des paysages fuyants et j'esp&#233;rais que quelque chose malgr&#233; tout s'&#233;crive, s'accrochant comme du lichen &#224; ces surfaces pauvres et friables croissant lentement, sans plan, ni message. J'&#233;tais comme ces g&#233;om&#232;tres qui composent la carte d'un quartier en visant des d&#233;tails insignifiants : le cadre d'une fen&#234;tre, un appui de colonne, un angle de mur, ou le bras d'une statue &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Alors, au terme de l'exploration, avec l'&#233;vocation des lieux abandonn&#233;s du monde, l'implicite appel &#224; s'avancer dans toutes les zones blanches de tous les continents constitue une g&#233;ographie marginale, un infra monde plus essentiel encore que le monde officiel, parce que le r&#233;v&#233;lant dans sa nudit&#233;, le d&#233;pouillant de sa fonctionnalit&#233; st&#233;rile et faussement agenc&#233;. Le chaos du monde y est moins peupl&#233;, mais pas davantage en friche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, dans une derni&#232;re page saisissante et vertigineuse, ce qui se d&#233;gage en creux de l'exp&#233;rience men&#233;e par Vasset et prolong&#233;e par le lecteur, c'est une profonde r&#233;flexion sur la mani&#232;re d'habiter notre monde, c'est-&#224;-dire de l'investir, de lui donner forme et langage &#224; mesure d'homme. Le texte se cl&#244;t ainsi sur une r&#233;f&#233;rence voil&#233;e et d&#233;cisive &#224; une &#339;uvre de Perec &#8211; non, &#233;trangement, &lt;i&gt;Tentative d'&#233;puisement d'un lieu parisien&lt;/i&gt;, mais de mani&#232;re plus forte encore, sur ce passage de&lt;i&gt; Espace d'espace&lt;/i&gt;, o&#249; Perec s'interroge sur ces pi&#232;ces sans fonctions que poss&#233;derait une maison : sur leur r&#244;le d&#232;s lors, leur nature.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote&gt;
&#171; &#233;teignez votre portable, et votre GPS, masquez les publicit&#233;s et les enseignes lumineuses : que voyez vous ? Regardez bien, vous &#234;tes pass&#233; par ici des centaines de fois : est-ce que vous savez o&#249; vous &#234;tes et ce que s'y passe ? Priv&#233;s de leur nom et de leur fonction, les b&#226;timents s'avachissent comme des emballages crev&#233;s. Les poteaux, les fils, les rues tracent des figures, encadrent des d&#233;tails, en soulignent d'autres, mais rien n'a de signification ni d'emploi ; il n'y a que des objets incertains et des &#233;v&#233;nements ind&#233;cidables. O&#249; est votre place ? Comment habiter ici ? Malgr&#233; la couverture satellite de surveillance, nous ne connaissons rien du monde. &#187;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;cit ne s'ach&#232;ve pas l&#224;. Le livre blanc n'est que l'esquisse d'une pratique, la marge d'un grand livre qui s'&#233;crit d&#233;sormais sur le territoire mouvant et en recherche constante de compl&#233;tude qu'est internet. &lt;a href=&#034;http://www.unsiteblanc.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le site blanc,&lt;/a&gt; les zones blanches sont d&#233;sign&#233;es, &#233;crites, photographi&#233;es, film&#233;es, parcourues encore &#8211; et encore. Geste litt&#233;raire sid&#233;rant de profondeur et de puissance, l'exploration de Vasset n'a de cesse de d&#233;signer pour nous, ici comme ailleurs, ces zones blanches &#224; investir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
