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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Claire Denis | 35 rhums</title>
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		<description>&lt;p&gt;&#034;lignes de vie&#034;&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
Lionel est conducteur de RER. Il &#233;l&#232;ve seul sa fille, Jos&#233;phine, depuis qu'elle est toute petite. Aujourd'hui, c'est une jeune femme. Ils vivent c&#244;te &#224; c&#244;te, un peu &#224; la mani&#232;re d'un couple, refusant les avances des uns et les soucis des autres. Pour Lionel, seule compte sa fille, et pour Jos&#233;phine, son p&#232;re. Peu &#224; peu, Lionel r&#233;alise que le temps a pass&#233;, m&#234;me pour eux. L'heure de se quitter est peut-&#234;tre venue...
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;lignes de vies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord de longs plans sur des rails de RER, les Tindersticks en fond sonore, des rails comme d'infinies lignes parall&#232;les, des lignes droites qui vont, des lignes chevauch&#233;es par d'autres lignes, des lignes qui bifurquent aussi ; des rails qui dessinent les mouvements imperceptibles de la vie : telles directions choisies, qui entra&#238;nent, et m&#232;nent &#224; tel embranchement ; lignes de partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit de lignes, donc, d'embl&#233;e : mais non pas r&#233;cit lin&#233;aire qui se d&#233;plierait, qui s'expliquerait &#8211; r&#233;cit qui met toute sa dur&#233;e pour se faire, qui ne s'installe pas, mais r&#233;cit se faisant en totalit&#233; comme cette ligne constitu&#233;e par son d&#233;ploiement, et non par le geste qui le dessine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lignes de RER, donc, vues depuis la cabine de son conducteur, L&#233;on (Alex Descas) &#8211; quand il rentre chez lui, une jeune femme l'attend, qui lui pr&#233;pare &#224; manger. Lente scansion de la vie, muette, rituelle d'une habitude non us&#233;e, car travaill&#233;e par les gestes ; une tendresse qui ne se dit pas, mais s'impose d'&#233;vidence. Jos&#233;phine (Mati Diop) est la fille de L&#233;on, qu'il a &#233;lev&#233;e seul. Du moins, le devine-t-on, derri&#232;re la suggestion d'un plan pos&#233; sur une photo o&#249; L&#233;on porte l'enfant. La puissance de ce cin&#233;ma se joue pr&#233;cis&#233;ment dans ces plans, qui litt&#233;ralement parlent d'eux m&#234;mes, refusant le r&#233;cit ext&#233;rieur &#224; sa propre figuration. Puissance secr&#232;te, lente, cheminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette relation n&#233;e le malentendu : le p&#232;re voudrait que sa fille enfin prenne sa libert&#233;, &#034;son envol&#034;, la fille ne comprenant cette demande que comme d&#233;saveu, comme rejet. Malentendu n&#233;cessaire, oui, au saisissement libre des flux de la vie, des changements que le temps impose : malentendu pour que naisse la d&#233;cision, non plus accept&#233;e, mais prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette sc&#232;ne o&#249; la jeune fille termine un expos&#233; devant sa classe de fac et est interrog&#233;e par son professeur : le cours porte sur la dette, l'&#233;crasement impos&#233; par l'occident blanc sur un continent &#224; la d&#233;rive. Les r&#233;f&#233;rences abondent, l'&#233;l&#232;ve est intelligente, elle semble avoir beaucoup lu, beaucoup appris. Mais le professeur (St&#233;phane Pocrain, ancien porte parole des Verts ; rien n'est hasard, tout est ligne crois&#233;e, ligne tendue), lui reproche avec justesse sa p&#233;danterie, et lui demande de parler en son nom. Suit un &#233;change avec ses camarades sur la puissance des faibles, ou sur la dette que doivent &#233;galement les pays du Nord vis-&#224;-vis du Sud en r&#233;paration aux si&#232;cles d'esclavage. La r&#233;ponse de Jos&#233;phine : il faudrait parvenir &#224; trouver des r&#233;ponses d&#233;pourvues d'&#233;motion, mais techniques, objectives, rationnelles. Incursion du film dans le quotidien de la jeune fille ? Digression du r&#233;cit pour effet de r&#233;el superflu ? Au contraire &#8211; c'est que le film ne cesse pas de poser cette question, celle de la dette, d'une relation con&#231;ue comme redevable, de la nature de cette dette, du potlatch sentimental, voire du chantage tacite qui s'instaure entre une p&#232;re et sa fille unique, et des r&#233;ponses &#224; apporter, du type de r&#233;ponses &#224; trouver. De l'enjeu politique &#224; l'enjeu des corps, il n'y a pas de lien m&#233;taphorique, ou all&#233;gorique, mais la m&#234;me nature des relations : de l&#224;, le film ne porte pas v&#233;ritablement (ou alors de mani&#232;re p&#233;riph&#233;rique) sur un p&#232;re et une fille, mais sur tout ce qui unit, tout ce qui cr&#233;e, ou produit la relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la courte s&#233;quence &#224; la fac touche aussi, et &#233;nonce avec force de nombreux enjeux du film, c'est parce que, naturellement chez Claire Denis, presque tous les acteurs sont noirs &#8211; et ce n'est pas la moindre beaut&#233; de ce film que d'&#233;vacuer avec simplicit&#233; ce faux enjeu : non pas film sur, non pas film obamien et post-racial, mais film qui refuse le portrait militant pour imposer sa port&#233;e plus largement politique, non pas politicienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travail sur les corps, sur les lignes qui creusent le visage, les lignes sur les paumes des mains qui se posent sur d'autres lignes de l'autre paume, et les prolongent. Le p&#232;re et la fille ne se parlent qu'en se prenant les mains, et encore n'est-il de parole que de regards compris, &#233;changes imm&#233;diats, silencieux, touch&#233;s. Film qui travaille les &#226;ges : la jeunesse de cette fille au moment o&#249; elle devient une femme, la maturit&#233; de ce p&#232;re, la vieillesse pr&#233;coce de ce coll&#232;gue, ses mots quand il est contraint de prendre sa retraite : &#171; j'aurais voulu mourir jeune, mais j'ai l'&#226;ge que j'ai. Puis j'ai une sant&#233; de fer. Et je mourrai centenaire. &#187;. Elaboration des relations qui se croisent mais ne peuvent pas se comprendre, la dette qu'on doit au d&#233;p&#244;t du temps, toujours dissemblable en chacun, injuste : ponction du temps qui fait &#339;uvre pour soi de condamnation, pour l'autre de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lignes qui se mettent en travers des lignes parall&#232;les du p&#232;re et de la fille : l'ancienne amante du p&#232;re (Gabrielle), aujourd'hui amoureuse &#233;conduite, chauffeuse de taxi sans &#226;ge cherchant des courses qui l'emm&#232;neraient au-del&#224; de la porte de Saint-Cloud ; l'amant taciturne de la fille (No&#233;), sans famille, sans pays, court de voyage en voyage, fuir ce qu'il ignore m&#234;me. Ici, l'ailleurs r&#234;v&#233;, et impossible ; l&#224; l'ailleurs trouv&#233;, mais insatisfait. Des lignes de fuite qui n'arrivent jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lignes qui se jettent sur les lignes pour interrompre : cette s&#233;quence simple et violente, et banale dans sa brutalit&#233;, d'un incident voyageur sur la ligne du RER &#8211; le corps d&#233;coup&#233; d'un homme (ou d'une femme) mis en travers des rails, pour arr&#234;ter : la vie, le train, le cours des choses &#233;gar&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis lignes qui voudraient se rejoindre, fermer le cercle par la ligne absente de la m&#232;re : et ce faisant lignes qui reprennent possession du monde dans son horizontalit&#233;. Le p&#232;re et la fille se rendent en Allemagne sur la tombe de la m&#232;re. Arr&#234;t chez la tante : s&#233;quence d'une beaut&#233; inou&#239;e avec cette s&#339;ur, jou&#233;e par Ingrid Caven, son intensit&#233;, sa joie, son &#233;clat. Elle raconte, en allemand &#8211; &#233;tranget&#233; de la langue, des corps, des histoires et des paysages, mais &#233;tranget&#233; qui cr&#233;e soudain la relation &#8211; la mer : immensit&#233; terrifiante, &#171; quand on crie, personne n'entend &#187;. Elle parle de douleur, et de force ; elle dit quelques mots en fran&#231;ais, puis se tait, son regard va plus loin ; elle est &#233;vidente, c'est elle qui dit tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, le film peut finir, puisque ainsi la relation &#233;nonc&#233;e peut se vivre sur un autre plan que sur celui des lignes parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du premier plan sur les rails de RER &#224; celui sur la Mer du Nord, la profondeur a remplac&#233; la surface ; l'horizon immobile et mouvant des vagues succ&#232;de &#224; l'en-avant fixe du sol. Et les derniers plans, ceux qui dessinent le manque (la fille partie, le p&#232;re rejoue pour lui les gestes rituels du repas), disent la vie v&#233;cue d&#233;sormais seul, ligne unique sur quotidien &#224; r&#233;inventer. Mais manque gagn&#233; sur la vie, et non pas arrachement, comme la m&#232;re, ou d&#233;tachement, comme Gabrielle : nouvelle relation &#233;prouv&#233;e finalement dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dette qui n'est plus alors en un seul sens, mais acquise en circulation &#8211; dette de la fille au p&#232;re : la vie apprise, apprentissage de la libert&#233;, ; et du p&#232;re &#224; la fille : la vie v&#233;cue avec, &#233;prouv&#233;e ensemble, et orient&#233;e cependant vers ce qui y mettra fin. Lignes qui cessent au moment o&#249; elles se rejoignent : lignes qui en se s&#233;parant &#233;noncent l'&#233;mancipation sans reniement. Dettes qui se vivent d&#233;sormais dans le don plut&#244;t que par le lien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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