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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Bernard-Marie Kolt&#232;s | Le Dernier Dragon</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;In&#233;dit, 1985&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/1_9c7-tgyq0oi2n345ikd7bg.jpg?1730478784' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;The Last Dragon&lt;/i&gt; de Berry Gordy est sorti le 22 mars 1985 aux &#201;tats-Unis. Kolt&#232;s &#233;tait alors &#224; New-York : puisqu'il ne ratait pas un film de kung-fu, il le vit sans doute ce jour-l&#224;. Il raconta plus tard qu'il en sortit ravag&#233; de joie. Il &#233;crivit, d&#232;s le printemps ou l'&#233;t&#233; 1985, il&#233;crivit ce texte, qu'il envoya aux Cahiers du Cin&#233;ma. On comprendra peut-&#234;tre, en le lisant, pourquoi ils le refus&#232;rent. On le comprendra aussi en voyant le film. La revue Alternatives Th&#233;&#226;trales le publiera une premi&#232;re fois, en f&#233;vrier 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Dernier Dragon &#187; [1985], in Alternatives Th&#233;&#226;trales n&#176; 35-36, f&#233;vrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quelques mois apr&#232;s sa mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Kolt&#232;s aura &#233;crit moins la critique d'un film, qu'une d&#233;claration d'amour au film au cin&#233;ma qu'il aimait plus que tout, et plus que le th&#233;&#226;tre, au film de kung-fu aussi, genre qu'il v&#233;n&#233;rait aussi (&#171; la sup&#233;riorit&#233; des films de kung-fu, c'est que ce sont eux qui parlent paradoxalement le mieux d'amour tandis que les films d'amour parlent connement de l'amour, mais en plus, ne parlent pas du tout de kung-fu. &#187;). Davantage qu'une critique, on peut &#233;galement lire ce texte comme l'art po&#233;tique de son auteur, une d&#233;fense et illutration de l'&#233;criture et de la fiction &#224; travers laquelle se r&#233;v&#232;le aussi une certaine conception de l'amour &#224; l'amour comme on ne le dit pas, &#224; l'utopie d'un monde renvers&#233;, &#224; la souffrance, au baiser du d&#233;sespoir, &#224; la fiction vengeresse et &#224; la vengeance de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AM.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/Z7Crt4S1IZM&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le dernier film de Kung-fu.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois, je suis sorti du &lt;i&gt;Dernier Dragon&lt;/i&gt; ravi et excit&#233;, parce que j'aime bien les bons films de kung-fu. La seconde fois que je l'ai vu, j'ai vu un film &#233;trange sur les Noirs et les Chinois &#224; New-York - et c'est une &#233;vidence dont &#8216;jaurais pu me rendre compte plus t&#244;t puisque, dans l'immense salle, bond&#233;e, de la Quarante-deuxi&#232;me rue o&#249; je l'avais vu le public, moiti&#233; noir et moiti&#233; chinois, hurlait, applaudissait et se levait tout ensemble. La troisi&#232;me fois, tranquillement, je me suis laiss&#233; &#233;blouir par l'intelligence du montage. La quatri&#232;me, j'ai enfin compris que c'&#233;tait un film sur les films de kung-fu. Et la cinqui&#232;me fois, je suis sortir du cin&#233;ma inconsolable, parce que j'avais le sentiment qu'&#233;tant tout cela, le film de kung-fu ne pourrait plus ignorer qu'on avait parl&#233; de lui, qu'il en perdrait sa virginit&#233; et que, le genre n'&#233;tant peut-&#234;tre pas viable hors de la virginit&#233;, &lt;i&gt;Le Dernier dragon&lt;/i&gt; serait peut-&#234;tre le dernier film de kung-fu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gar&#231;on arrive presque au niveau supr&#234;me de son art ; il est doux et pacifique, et lanc&#233; dans la vie par son Ma&#238;tre qui lui dit qu'il d&#233;couvrira seul le degr&#233; supr&#234;me. Ce gar&#231;on va se trouver face &#224; deux ennemis : le premier, le principal, est son rival technique en art martial, mais cruel et vaniteux ; le second est un m&#233;chant de bande dessin&#233;e, auquel il s'opposera &#224; cause d'une chanteuse de vari&#233;t&#233;s. Il battra d'abord les sbires de celui-ci, puis &#233;crasera son rival, parce que le kung-fu n'est pas un art de m&#233;chants. Et, tout &#224; la fin, il triomphera m&#234;me du pire adversaire du kung-fu-man : l'arme &#224; feu. Si on ne donne ni le lieu o&#249; elle se d&#233;roule, ni la race des protagonistes, ni leur caract&#232;res, ni le ton avec lequel on raconte cela, l'histoire est un peu le prototype des films de kung-fu. Et puis arrive l'&#233;tranget&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Fortune cookie and Chocolate cookie &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Leroy Green, le h&#233;ros, a la peau noire et les cheveux cr&#233;pus ; ce pourrait &#234;tre donc le premier bon film de kung-fu noir. Une bonne partie de l'aventure se d&#233;roulant &#224; Chinatown, &#224; New York, on aurait pu se trouver devant un sc&#233;nario bien &#233;quilibr&#233; pour plaire aux Noirs et aux Chinois. &lt;i&gt;Le Dernier Dragon,&lt;/i&gt; d'ailleurs, pla&#238;t aux Noirs et aux Chinois. Mais pas &#224; cause de l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leroy Green, h&#233;ros noir admirateur d'un h&#233;ros chinois, tranquillement, sans violence, sans raisonnement, mais absolument, rejette l'image du Noir ; il s'habille d'une tunique de soie, mange avec des baguettes et salue par une r&#233;v&#233;rence en joignant les mains. De leur c&#244;t&#233;, les habitants de Chinatown parlent anglais avec l'accent de Harlem, dansent dans la rue sur la musique funky, et s'appellent &#171; Brother &#187; en se tapant sur les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion est totale lorsque Leroy se &#171; d&#233;guise &#187; en Noir pour s'introduire chez les Chinois. Plus personne ne ressemble &#224; rien, on m&#233;lange tout, et quand on demande &#224; Leroy de jouer aux d&#233;s &#171; comme les fr&#232;res de Harlem &#187;, il joue &#224; la marelle, et on s'&#233;tonne &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le puceau, le petit fr&#232;re et le vendeur de pizzas.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Leroy a un petit fr&#232;re qui a honte de lui ; il le traite de &#171; Fortune cookie &#187;, de petit g&#226;teau chinois. Il se moque de la virginit&#233; de son a&#238;n&#233; &#8212; virginit&#233; que Leroy parviendra &#224; garder, comme le film lui-m&#234;me, jusqu'au bout de l'aventure, et c'est un tour de force autant pour lui que pour le film. Le petit fr&#232;re s'habille comme un blanchie, drague les filles comme s'il &#233;tait aussi grand qu'elles, et explique &#224; son fr&#232;re qu'il serait temps pour lui d'apprendre comment on fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une couv&#233;e de poule, le canard est toujours le petit dernier, auquel le p&#232;re r&#233;p&#232;te : ressemble &#224; ton a&#238;n&#233;, comme pour Cal dans &#192; L'Est d'Eden. Dans cette couv&#233;e-ci, l'anormal se trouve &#234;tre l'a&#238;n&#233;, et il semblerait tout naturel de lui dire : regarde ton petit fr&#232;re, essaie de faire comme lui. Le petit fr&#232;re, d'ailleurs, ne s'en prive pas. Quant au p&#232;re, lui, il ne dit rien et ne peut rien dire, ni &#224; l'un, ni &#224; l'autre : il n'est, lui, ni Chinois, ni de Harlem ; habill&#233; aux couleurs italiennes, il vent des pizzas avec un accent du Sud. Dans toute cette bizarrerie, &#224; quelle racine myst&#233;rieuse Leroy doit-il sa s&#233;r&#233;nit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bruce, bien s&#251;r.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La passion de Leroy a un nom et un pr&#233;nom, et c'est une passion que l'on peut partager avec lui, aussi directement que lui, sous le m&#234;me nom et le m&#234;me pr&#233;nom. &#199;a facilite les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruce Lee disait que la sup&#233;riorit&#233; du kung-fu sur le karat&#233;, c'es sa vitesse ; on est vaincu avant d'avoir senti le coup. C'est vrai : on va voir Big Boss, ou La Fureur de Vaincre, on trouve le sc&#233;nario plut&#244;t b&#234;te, on dit : bien s&#251;r, je suppose qu'il combat bien puisqu'il met tout le monde hors combat, mais il fait des gestes bizarres, pousse des cris bizarres, lance des regards bizarres ; on ne sait pas ce qu'il a d&#233;j&#224; frapp&#233; et qu'on est vaincu. Parce que ces cris, ces regards, ces gestes bizarres vous reviennent &#224; des moments particuliers o&#249; rien, hors ces cris et ces regards et ces gestes, ne semble signifier quelque chose ; et, dans ces moments-l&#224;, vous vous sentez comme mutil&#233; de n'&#234;tre pas capable de les faire. Bruce Lee approche sa victime, l'entoure sans un mouvement, comme tout amant approche l'objet de son d&#233;sir, sauf qu'en la mati&#232;re, Bruce Lee est un ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leroy Green, le h&#233;ros du &lt;i&gt;Dernier Dragon&lt;/i&gt;, regarde Brucel Lee, qu'on appelait &#171; le Petit Dragon &#187; ; et Bruce Lee le regarde ; ils se rejoignent ; davantage encore que le jeune premier ne rejoint la spectatrice dans La Rose Pourpre du Caire ; plus d&#233;finitivement. Leroy va au cin&#233;ma comme &#224; un rendez-vous d'amour, et lorsqu'il en sort, l'amour l'accompagne. Leroy se fait appeler : Bruce Leroy, comme une femme mari&#233;e prend le nom de son mari. Leroy en sait plus sur l'amour que tout le monde dans ce film, c'est pourquoi tout le monde veut lui apprendre ce que c'est que l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Romance et baiser.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des sc&#233;narios de films de kung-fu se passent d'histoire d'amour ; je veux parler, bien s&#251;r d'amour entre un homme et une femme. Le kung-fu est trop exclusif, je suppose, et le temps pass&#233; &#224; penser &#224; une femme est du temps perdu pour la perfection de l'art. Dans les combats, le sang est symbolique : il coule au coin du nez ou des l&#232;vres, ou il transpire par la marque des griffes ; il est l&#224; pour dire ; les victimes ont mal, les coups ne sont pas exclusivement rituels, un coup de savate dans le nez est un vrai coup de savate dans un vrai nez. Les &#171; romances &#187; des films de kung-fu, r&#233;duites aussi &#224; l'&#233;tat de symbole, sont l&#224; pour dire : il pourrait y en avoir une, le kung-fu ne s'y oppose pas par principe, mais vraiment, on n'a pas le temps de s'en occuper. Dans l'ensemble des films de Bruce Lee, il n'y a qu'un seul baiser ; l'intrusion de ce baiser est tellement curieuse que l'on reste bouche ouverte &#224; le regarder passer, comme si on assistait &#224; une aventure de Bruce dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vanity, l' &#171; h&#233;ro&#239;ne &#187; du &lt;i&gt;Dernier Dragon&lt;/i&gt; est tr&#232;s jolie, elle chante bien, elle a l'air intelligent, et est d'une vulgarit&#233; toute occidentale que ses autres qualit&#233;s rendent supportable. Mais elle n'y va pas par quatre chemins. Devant ce gar&#231;on exp&#233;riment&#233; qui &#233;prouve, para&#238;t-il &#8212; c'est son fr&#232;re qui le dit &#8212; pour la premi&#232;re fois un &#233;moi bien naturel &#8212; c'est encore son fr&#232;re qui le dit &#8212;, elle l'aguiche comme une pute un client difficile, elle lui propose de lui apprendre &#171; les mouvements &#187;, elle s'impatiente un peu. Et elle ne comprend rien et se f&#226;che lorsqu'elle le surprend en plein drame int&#233;rieur, qu'elle lui demande d'&#234;tre son garde du corps (et, avec un clin d'&#339;il : &#171; je veux dire : garder mon corps &#187;), et que Leroy la regarde comme si elle lui demandait de laver ses escaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors vient, beaucoup plus tard, le baiser, un des plus beaux que j'aie jamais vu au cin&#233;ma ; le baiser comme un certificat d'amour, mais pas pour celle qu'on embrasse ; un baiser-procuration ; un baiser impossible ; un baiser du d&#233;sespoir, un baiser incompris sauf dans la trag&#233;die d'un homme regardant une image dans l'obscurit&#233; ; un vrai baiser de cin&#233;ma, une vraie d&#233;claration d'amour au cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d&#233;serte de la bo&#238;te de nuit o&#249; travaille Vanity et o&#249; elle a entra&#238;n&#233; Leroy, sur un immense &#233;cran sont projet&#233;s des extraits de films de Bruce Lee. Leroy s'enthousiasme. Il commence &#224; faire les m&#234;mes gestes que son h&#233;ros, sans le quitter du regard. Vanity s'approche de lui ; elle sait ce qu'elle fait ; comme une femme qui exciterait son type avec des films pornos et profiterait ensuite de son excitation ; elle s'en fout, il n'est pas question d'amour ni de jalousie. Leroy lui, regarde Bruce, avec de l'amour dans les yeux, et de temps en temps &#8211; comme une intruse ou pour la prendre &#224; t&#233;moin &#8211; il jette un coup d'&#339;il &#224; la fille qui se colle &#224; lui. Et puis vient la sc&#232;ne o&#249; Bruce Lee embrasse sa partenaire. Leroy le regarde, regarde Vanity, regarde encore Bruce Lee, et, avec l'&#233;tranger immense et l'immense beaut&#233; qu'il y a &#224; imiter son h&#233;ros m&#234;me dans ce qu'on ne conna&#238;t et ne comprend pas, il embrasse la fille. Quand le baiser de Bruce est fini, le baiser de Leroy s'ach&#232;ve aussi, et il n'y a rien d'autre. C'&#233;tait un baiser de cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiert&#233;s.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le Dernier Dragon&lt;/i&gt;, tout est bon &#224; regarder. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de ces sc&#232;nes, ou de ces bouts de sc&#232;ne, ou de ces plans, ou de ces plans de coupe dont on fait comme si on ne les avait pas vus, dont on aurait un peu honte si l'image s'arr&#234;tait brusquement, qu'on pr&#233;f&#232;re oublier, qui sont l&#224; pour je ne sais quel rythme ou quelle clart&#233; du r&#233;cit ou&#8230; pourquoi ? C'est comme dans un texte o&#249; l'on pourrait dire : prends n'importe quelle phrase, au hasard, elle est indispensable et parfaitement &#233;crite. Et c'est un film facile &#224; regarder, en plus ; il n'y a pas les b&#234;tises qu'il faut pr&#233;tendument faire pour qu'un film soit facile &#224; regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas l'ombre d'un sentimentalisme, Vanity a envie de se faire Leroy, et elle se d&#233;brouille pour se le faire, sans emb&#234;ter le monde ; Leroy rend hommage &#224; son dieu et, comme son dieu, au passage, embrasse Vanity puisqu'elle est l&#224;. &#199;a tombe bien. D&#232;s leur rencontre, on sait que c'est comme cela que &#231;a va se passer : le hasard fait qu'ils se trouvent face &#224; face, lui dans son habit chinois, elle dans son r&#244;le de vedette. Jusqu'au bout de la rencontre, ils se regardent, ils se rencontrent absolument, sans se parler ; mais ils ne quittent pas leurs r&#244;les. Il n'y a pas de raison. Il reste, orgueilleusement, un Chinois noir ; elle reste une petite star, orgueilleusement. Ils ne se comprennent ni ne se comprendront pas, bien s&#251;r, mais, ce qui est mieux, c'est qu'ils ne chercheront &#224; aucun moment &#224; se comprendre. Elle ne s'humilie pas, ni lui, comme font toujours les amants de cin&#233;ma. On en tire un grand sentiment de fiert&#233;, m&#234;me si c'est un sentiment de fiction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le kung-fu et les mots.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les formulations philosophiques, &#224; la base des arts martiaux, deviennent tr&#232;s vite, en Occident, des pitreries. Au cin&#233;ma, c'est encore pire, les bons films de kung-fu le savent tous ; Bruce Lee le premier, qui ne parlait que d'efficacit&#233; et qui a, avant tout, tent&#233; sa chance aux USA. Le Dernier Dragon, film sur les films de kung-fu, parle de cela mais en plus, il r&#233;concilie avec cela. Leroy s'amuse avec de jolies phrases, charmantes et inoffensives comme son chapeau chinois, comme son sourire, comme les baguettes avec lesquelles il mange le pop-corn. Alors, tout l'agacement que l'on peut avoir face &#224; la mythologie du kung-fu s'&#233;vanouit, et on finit par l'aimer pour ce qu'elle est devenue au cin&#233;ma : une parure sans cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le kung-fu, au cin&#233;ma, c'est un affrontement d'un autre ordre que les poursuites de voitures ou que les bagarres de voyous. On d&#233;couvre les gestes et les cris du kung-fu comme un animal d&#233;couvrirait les caresses, les baisers et les po&#232;mes chez les humains. Il s'apparenterait peut-&#234;tre davantage &#224; la danse &#8212; le combat final du Dernier Dragon commence sur une piste de danse &#8212; mais son support est, plus directement que la danse, la passion. Un h&#233;ros de kung-fu regarde son adversaire, et le combat est jou&#233;. Le coup de pied n'est l&#224; que pour formuler la victoire. Comme dans les films d'amour o&#249; la sc&#232;ne du lit n'est rien d'autre qu'un point final, et la cam&#233;ra s'&#233;loigne vers la chemin&#233;e ou la fen&#234;tre non pas par pudeur, mais &#224; cause de l'inutilit&#233; de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je sais qui est le ma&#238;tre &#187;. Le combat final.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre de Leroy Green lui dit, en l'envoyant dans la vie : je ne suis pas ton ma&#238;tre, ce qui plonge Leroy dans une panique terrible. Leroy le supplie : il veut un ma&#238;tre. Le vieux Chinois, pour lui comprendre qu'il n'en a plus besoin, lui donne une boucle de ceinturon comme talisman, et comme ma&#238;tre en sagesse, lui indique l'adresse d'une fabrique de &#171; Fortune cookie &#187; o&#249; il trouvera l'&#233;quivalent de ces machines dans les foires, qui vous donnent l'avenir en appuyant sur un bouton. Lorsqu'il d&#233;couvre la supercherie, Leroy pleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leroy pleure aussi lorsque son fr&#232;re le traite de l&#226;che parce qu'il refuse d'affronter Shogun, le m&#233;chant kung-fu-man. Dans &lt;i&gt;Big Boss,&lt;/i&gt; Bruce Lee refuse aussi, longtemps, tr&#232;s longtemps, de se battre. Leroy comme Bruce sont li&#233;s par le serment de n'utiliser jamais leur art comme moyen d'agression. C'est terrible &#224; regarder : on sait qu'ils sont les plus forts, mais, comme le dit Leroy &#224; Shogun : &#171; Je ne souhaite pas me battre contre vous. &#187; C'est tout ; pas d'explication. On souffre de ce qui a les apparences de la l&#226;chet&#233;, ou de l'inf&#233;riorit&#233;. On souffre parce qu'on ne comprend rien, et on a tort de souffrir. Mais, m&#234;me &#224; la cinqui&#232;me vision du film alors qu'on conna&#238;t le combat final, on souffre encore de voir Leroy humili&#233; sans r&#233;agir. Sachant o&#249; est la raison, contre toute raison, on souffre, comme des imb&#233;ciles ; comme des imb&#233;ciles on souhaiterait voir Leroy r&#233;agir et devenir un imb&#233;cile &#224; son tour. Les films de kung-fu existent sans doute pour nous rappeler qu'en fait de souffrance et de raison, on est des imb&#233;ciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruce Lee est un mythe pour Leroy, et Leroy est un mythe pour ceux de son quartier ; il a la r&#233;p&#233;tition d'&#234;tre capable d'arr&#234;ter une balle de pistolet avec les dents. Bruce Lee a la r&#233;putation de d&#233;gager &#171; quelque chose &#187; avec son corps, lorsqu'il se bat, sans doute comme le Christ &#224; la Transfiguration ; en ce qui concerne Bruce Lee en tous les cas, c'est vrai, j'en suis le t&#233;moin formel. Alors finalement, c'est vrai aussi que Leroy arrive &#224; arr&#234;ter la balle de pistolet avec les dents ; je ne vois pas pourquoi il faudrait en douter. Et c'est vrai qu'il d&#233;gage cette esp&#232;ce de lumi&#232;re, trucage de cin&#233;ma, &#224; la fin, quand il a compris. Le trucage le plus &#233;cul&#233;, des &#233;tincelles &#224; chaque coup de poings, cette fois-ci, c'est vrai, il n'y a pas de raison de ne pas y croire. Eddie Arkadian, l'autre m&#233;chant, devenu fou mais enthousiaste, s'&#233;crie, devant ce spectacle : &#171; &#231;a, c'est du th&#233;&#226;tre ! &#187; ; on ne peut pas faire dire, dans un film ; &#231;a, c'est du cin&#233;ma ; mais bien s&#251;r, ici, c'est la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force du terrible Shogun vient de ce qu'il s'est entour&#233; d'un ch&#339;ur qui lui r&#233;p&#232;te avant, pendant et apr&#232;s les combats : Shogun est le ma&#238;tre. Samson perd sa force avec ses cheveux, puisqu'on a dit que sa force &#233;tait dans ses cheveux ; Shogun est le plus fort, puisqu'il se le fait dire. La t&#234;te plong&#233;e dans l'eau, au bord de la mort, Leroy comprend brusquement cela. Il ne se contente plus de refuser de dire : &#171; Shogun est le ma&#238;tre &#187; ; il dit &#171; Je suis le ma&#238;tre &#187;, et disant cela, il a vaincu. Ce que Leroy d&#233;couvre, c'est l'existence de la fiction, c'est la torrentielle, d&#233;vastatrice, vengeresse puissance de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Devant un plan d'eau, rien qu'&#224; le regarder, on devine s'il est profond ou si ce n'est qu'un mince filet pos&#233; sur les cailloux. Je ne dis pas qu'on devine la profondeur exacte ; peut-&#234;tre n'est-il qu'un peu profond, peut-&#234;tre n'a-t-on pas pied. Mais on devine, quand m&#234;me, un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les films de kung-fu sont un &#171; genre &#187; de cin&#233;ma, alors, il faut le juger sur les grands, m&#234;me s'il n'y en a que cinq ou six. &lt;i&gt;Le Dernier Dragon&lt;/i&gt;, film de paradoxes &#224; l'infini, o&#249; les races sont des r&#234;ves d'amour, o&#249; l'on se bat sans se battre, o&#249; l'on embrasse par l'interm&#233;diaire et o&#249; l'on rit de ce qu'on aime le plus, c'est, s&#251;rement, un de cinq ou six vrais films de kung-fu ; peut-&#234;tre le dernier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/55869283_10156401347787106_7282285516165218304_n-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/55869283_10156401347787106_7282285516165218304_n-2.jpg?1555955171' width='500' height='403' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Dernier Dragon &#187; [1985], in Alternatives Th&#233;&#226;trales n&#176; 35-36, f&#233;vrier 1990, pp. 57-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Allen Ginsberg | Howl</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;cri de guerre&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1942.jpg?1497703068' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;comme un cri de guerre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tentative de traduction (en cours&#8230;) d'&#224; peu pr&#232;s l'&#233;dition bilingue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[/For Carl Solomon/]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt; I &lt;/center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,&lt;br class='autobr' /&gt;
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry fix,&lt;br class='autobr' /&gt;
angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;[/J'ai vu les meilleurs esprits de ma g&#233;n&#233;ration d&#233;truits par la folie, affam&#233;s hyst&#233;riques nus, se tra&#238;ner dans les rues n&#232;gres &#224; l'aube &#224; la recherche d'une furieuse piq&#251;re, initi&#233;s &#224; t&#234;te d'ange qui br&#251;laient pour l'antique liaison c&#233;leste avec la dynamo &#233;toil&#233;e au c&#339;ur de la machine de la nuit,/]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating across the tops of cities contemplating jazz,&lt;br class='autobr' /&gt;
who bared their brains to Heaven under the El and saw Mohammedan angels staggering on tenement roofs illuminated,&lt;br class='autobr' /&gt;
who passed through universities with radiant cool eyes hallucinating Arkansas and Blake-light tragedy among the scholars of war,&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;[/ceux-l&#224; qui dans la pauvret&#233; en haillons et l'oeil creux et d&#233;fonc&#233;s sont rest&#233;s debout &#224; fumer dans l'obscurit&#233; surnaturelle des chambres miteuses &#224; flotter par-dessus le sommet des villes dans la contemplation du jazz, / qui ont mis &#224; nu leurs cerveaux aux Cieux sous le M&#233;tro A&#233;rien et vu les anges mahom&#233;tans tituber sur les toits illumin&#233;s des taudis, / qui ont travers&#233; les universit&#233;s les yeux remplis d'adieux froids hallucinant l'Arkansas et les trag&#233;dies &#224; la Blake au milieu des &#233;rudits de la guerre, /]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;who were expelled from the academies for crazy &amp; publishing obscene odes on the windows of the skull,&lt;br class='autobr' /&gt;
who cowered in unshaven rooms in underwear, burning their money in wastebaskets and listening to the Terror through the wall,&lt;br class='autobr' /&gt;
who got busted in their pubic beards returning through Laredo with a belt of marijuana for New York,&lt;br class='autobr' /&gt;
who ate fire in paint hotels or drank turpentine in Paradise Alley, death, or purgatoried their torsos night after night &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; [/&#8232;ceux-l&#224; qui ont &#233;t&#233; expuls&#233;s des acad&#233;mies &#224; cause de leur folie et pour avoir publi&#233; des odes obsc&#232;nes sur les fen&#234;tres du cr&#226;ne, /&#8232;qui se sont blottis en sous-v&#234;tements dans des chambres pas ras&#233;s br&#251;lant leur argent dans des corbeilles &#224; papier et &#233;coutant la Terreur &#224; travers le mur, / qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marihuana pour New York, / qui ont mang&#233; du feu dans des h&#244;tels &#224; peinture ou bu de la t&#233;r&#233;benthine dans Paradise Alley, mort, ou leurs torses purgatoir&#233;s nuit apr&#232;s nuit,/]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;with dreams, with drugs, with waking nightmares, alcohol and cock and endless balls,&lt;br class='autobr' /&gt;
incomparable blind streets of shuddering cloud and lightning in the mind leaping toward poles of Canada &amp; Paterson, illuminating all the motionless world of Time between,&lt;br class='autobr' /&gt;
Peyote solidities of halls, backyard green tree cemetery dawns, wine drunkenness over the rooftops, storefront boroughs of teahead joyride neon blinking traffic light, sun and moon and tree vibrations in the roaring winter dusks of Brooklyn, ashcan rantings and kind king light of mind,&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;[/avec des r&#234;ves, avec des drogues, avec des cauchemars ambulants, alcool et queue et baises sans fin, / incomparables rues aveugles de nuages qui fr&#233;missent et d'&#233;clairs dans l'esprit bondissant vers les p&#244;les du Canada et de Paterson, illuminant tout le monde immobile de l'Entre-Temps, / fermet&#233; du Peyotl des halls, arri&#232;re-cour des cimeti&#232;res des arbres verts, ivresse du vin sur les toits, brouillard de n&#233;on qui cligote, soleil et lune et vibrations des arbres dans les broussailles hivernales de Brooklyn, ran&#231;ons d'ashcan et roi aimable &#224; la lueur de l'esprit /]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;who chained themselves to subways for the endless ride from Battery to holy Bronx on benzedrine until the noise of wheels and children brought them down shuddering mouth-wracked and battered bleak of brain all drained of brilliance in the drear light of Zoo,&lt;br class='autobr' /&gt;
who sank all night in submarine light of Bickford's floated out and sat through the stale beer afternoon in desolate Fugazzi's, listening to the crack of doom on the hydrogen jukebox,&lt;br class='autobr' /&gt;
who talked continuously seventy hours from park to pad to bar to Bellevue to museum to the Brooklyn Bridge,&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;[/ceux-l&#224; qui se sont encha&#238;n&#233;s aux rames de m&#233;tro pour le voyage sans fin depuis Battery vers le Bronx sacr&#233; sous benz&#233;drine jusqu'&#224; ce que le bruit des roues et des enfants les firent redescendre tremblant lambeaux de bouche et cerveaux lugubres bris&#233;s sur l'&#233;clairage lugubre d'un Zoo, / qui se sont &#233;chou&#233;s toute la nuit sous la lumi&#232;re sous-marine de Bickford et ensuite assis affal&#233;s dans les bars l'apr&#232;s-midi enti&#232;re chez Fugazzi le d&#233;sol&#233;, en &#233;coutant les craquements du jugement dernier sur le juke-box &#224; l'hydrog&#232;ne, / qui ont parl&#233; sans s'arr&#234;ter pendant 70 heures du parc jusqu'&#224; la piaule jusqu'au bar jusqu'&#224; l'asile jusqu'au mus&#233;e jusqu'au pont de Brooklyn,/]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;a lost battalion of platonic conversationalists jumping down the stoops off fire escapes off windowsills off Empire State out of the moon,&lt;br class='autobr' /&gt;
yacketayakking screaming vomiting whispering facts and memories and anecdotes and eyeball kicks and shocks of hospitals and jails and wars,&lt;br class='autobr' /&gt;
whole intellects disgorged in total recall for seven days and nights with brilliant eyes, meat for the Synagogue cast on the pavement,&lt;br class='autobr' /&gt;
who vanished into nowhere Zen New Jersey leaving a trail of ambiguous picture postcards of Atlantic City Hall, suffering Eastern sweats and Tangerian bone-grindings and migraines of China under junk-withdrawal in Newark's bleak furnished room, &lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;[/Un bataillon perdu de beaux-parleurs platoniques qui sautaient dans les sorties de secours de l'Empire State hors de la lune, &lt;i&gt;Yacketayakking&lt;/i&gt; criaient-ils dans leur vomis dans leurs murmures des faits et des souvenirs et des anecdotes et des coups de poing et des chocs d'h&#244;pitaux et des prisons et des guerres, des intelligences enti&#232;res d&#233;g&#233;n&#233;raient en souvenir absolu pendant sept jours et des nuits avec des yeux brillants, de la viande pour la Synagogue jet&#233;e sur le trottoir, / ceux-l&#224; qui ont disparu dans le nulle part du zen New Jersey en laissant un chemin de cartes postales ambigu&#235;s d'Atlantic City Hall, et en souffrant des chaleurs de l'Est et des douleurs osseuses de Tanger et des migraines de Chine, sous le retrait de d&#233;chets dans la somptueuse chambre meubl&#233;e de Newark,/]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;who wandered around and around at midnight in the railroad yard wondering where to go, and went, leaving no broken hearts,&lt;br class='autobr' /&gt;
who lit cigarettes in boxcars boxcars boxcars racketing through snow toward lonesome farms in grandfather night,&lt;br class='autobr' /&gt;
who studied Plotinus Poe St. John of the Cross telepathy and bop kabbalah because the cosmos instinctively vibrated at their feet in Kansas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who loned it through the streets of Idaho seeking visionary indian angels who were visionary indian angels,&lt;br class='autobr' /&gt;
who thought they were only mad when Baltimore gleamed in supernatural ecstasy,&lt;br class='autobr' /&gt;
who jumped in limousines with the Chinaman of Oklahoma on the impulse of winter midnight streetlight smalltown rain,&lt;br class='autobr' /&gt;
who lounged hungry and lonesome through Houston seeking jazz or sex or soup, and followed the brilliant Spaniard to converse about America and Eternity, a hopeless task, and so took ship to Africa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who disappeared into the volcanoes of Mexico leaving behind nothing but the shadow of dungarees and the lava and ash of poetry scattered in fireplace Chicago,&lt;br class='autobr' /&gt;
who reappeared on the West Coast investigating the FBI in beards and shorts with big pacifist eyes sexy in their dark skin passing out incomprehensible leaflets,&lt;br class='autobr' /&gt;
who burned cigarette holes in their arms protesting the narcotic tobacco haze of Capitalism,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who distributed Supercommunist pamphlets in Union Square weeping and undressing while the sirens of Los Alamos wailed them down, and wailed down Wall, and the Staten Island ferry also wailed,&lt;br class='autobr' /&gt;
who broke down crying in white gymnasiums naked and trembling before the machinery of other skeletons,&lt;br class='autobr' /&gt;
who bit detectives in the neck and shrieked with delight in policecars for committing no crime but their own wild cooking pederasty and intoxication,&lt;br class='autobr' /&gt;
who howled on their knees in the subway and were dragged off the roof waving genitals and manuscripts,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who let themselves be fucked in the ass by saintly motorcyclists, and screamed with joy,&lt;br class='autobr' /&gt;
who blew and were blown by those human seraphim, the sailors, caresses of Atlantic and Caribbean love,&lt;br class='autobr' /&gt;
who balled in the morning in the evenings in rosegardens and the grass of public parks and cemeteries scattering their semen freely to whomever come who may,&lt;br class='autobr' /&gt;
who hiccuped endlessly trying to giggle but wound up with a sob behind a partition in a Turkish Bath when the blond &amp; naked angel came to pierce them with a sword,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who lost their loveboys to the three old shrews of fate the one eyed shrew of the heterosexual dollar the one eyed shrew that winks out of the womb and the one eyed shrew that does nothing but sit on her ass and snip the intellectual golden threads of the craftsman's loom,&lt;br class='autobr' /&gt;
who copulated ecstatic and insatiate with a bottle of beer a sweetheart a package of cigarettes a candle and fell off the bed, and continued along the floor and down the hall and ended fainting on the wall with a vision of ultimate cunt and come eluding the last gyzym of consciousness,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;who sweetened the snatches of a million girls trembling in the sunset, and were red eyed in the morning but prepared to sweeten the snatch of the sunrise, flashing buttocks under barns and naked in the lake,&lt;br class='autobr' /&gt;
who went out whoring through Colorado in myriad stolen night-cars, N.C., secret hero of these poems, cocksman and Adonis of Denver&#8212;joy to the memory of his innumerable lays of girls in empty lots &amp; diner backyards, moviehouses' rickety rows, on mountaintops in caves or with gaunt waitresses in familiar roadside lonely petticoat upliftings &amp; especially secret gas-station solipsisms of johns, &amp; hometown alleys too,&lt;br class='autobr' /&gt;
who faded out in vast sordid movies, were shifted in dreams, woke on a sudden Manhattan,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;and picked themselves up out of basements hung-over with heartless Tokay and horrors of Third Avenue iron dreams &amp; stumbled to unemployment offices,&lt;br class='autobr' /&gt;
who walked all night with their shoes full of blood on the snowbank docks waiting for a door in the East River to open to a room full of steam-heat and opium,&lt;br class='autobr' /&gt;
who created great suicidal dramas on the apartment cliff-banks of the Hudson under the wartime blue floodlight of the moon &amp; their heads shall be crowned with laurel in oblivion,&lt;br class='autobr' /&gt;
who ate the lamb stew of the imagination or digested the crab at the muddy bottom of the rivers of Bowery,&lt;br class='autobr' /&gt;
who wept at the romance of the streets with their pushcarts full of onions and bad music,&lt;br class='autobr' /&gt;
who sat in boxes breathing in the darkness under the bridge, and rose up to build harpsichords in their lofts,&lt;br class='autobr' /&gt;
who coughed on the sixth floor of Harlem crowned with flame under the tubercular sky surrounded by orange crates of theology,&lt;br class='autobr' /&gt;
who scribbled all night rocking and rolling over lofty incantations which in the yellow morning were stanzas of gibberish,&lt;br class='autobr' /&gt;
who cooked rotten animals lung heart feet tail borsht &amp; tortillas dreaming of the pure vegetable kingdom,&lt;br class='autobr' /&gt;
who plunged themselves under meat trucks looking for an egg,&lt;br class='autobr' /&gt;
who threw their watches off the roof to cast their ballot for Eternity outside of Time, &amp; alarm clocks fell on their heads every day for the next decade,&lt;br class='autobr' /&gt;
who cut their wrists three times successively unsuccessfully, gave up and were forced to open antique stores where they thought they were growing old and cried,&lt;br class='autobr' /&gt;
who were burned alive in their innocent flannel suits on Madison Avenue amid blasts of leaden verse &amp; the tanked-up clatter of the iron regiments of fashion &amp; the nitroglycerine shrieks of the fairies of advertising &amp; the mustard gas of sinister intelligent editors, or were run down by the drunken taxicabs of Absolute Reality,&lt;br class='autobr' /&gt;
who jumped off the Brooklyn Bridge this actually happened and walked away unknown and forgotten into the ghostly daze of Chinatown soup alleyways &amp; firetrucks, not even one free beer,&lt;br class='autobr' /&gt;
who sang out of their windows in despair, fell out of the subway window, jumped in the filthy Passaic, leaped on negroes, cried all over the street, danced on broken wineglasses barefoot smashed phonograph records of nostalgic European 1930s German jazz finished the whiskey and threw up groaning into the bloody toilet, moans in their ears and the blast of colossal steamwhistles,&lt;br class='autobr' /&gt;
who barreled down the highways of the past journeying to each other's hotrod-Golgotha jail-solitude watch or Birmingham jazz incarnation,&lt;br class='autobr' /&gt;
who drove crosscountry seventytwo hours to find out if I had a vision or you had a vision or he had a vision to find out Eternity,&lt;br class='autobr' /&gt;
who journeyed to Denver, who died in Denver, who came back to Denver &amp; waited in vain, who watched over Denver &amp; brooded &amp; loned in Denver and finally went away to find out the Time, &amp; now Denver is lonesome for her heroes,&lt;br class='autobr' /&gt;
who fell on their knees in hopeless cathedrals praying for each other's salvation and light and breasts, until the soul illuminated its hair for a second,&lt;br class='autobr' /&gt;
who crashed through their minds in jail waiting for impossible criminals with golden heads and the charm of reality in their hearts who sang sweet blues to Alcatraz,&lt;br class='autobr' /&gt;
who retired to Mexico to cultivate a habit, or Rocky Mount to tender Buddha or Tangiers to boys or Southern Pacific to the black locomotive or Harvard to Narcissus to Woodlawn to the daisychain or grave,&lt;br class='autobr' /&gt;
who demanded sanity trials accusing the radio of hypnotism &amp; were left with their insanity &amp; their hands &amp; a hung jury,&lt;br class='autobr' /&gt;
who threw potato salad at CCNY lecturers on Dadaism and subsequently presented themselves on the granite steps of the madhouse with shaven heads and harlequin speech of suicide, demanding instantaneous lobotomy,&lt;br class='autobr' /&gt;
and who were given instead the concrete void of insulin Metrazol electricity hydrotherapy psychotherapy occupational therapy pingpong &amp; amnesia,&lt;br class='autobr' /&gt;
who in humorless protest overturned only one symbolic pingpong table, resting briefly in catatonia,&lt;br class='autobr' /&gt;
returning years later truly bald except for a wig of blood, and tears and fingers, to the visible madman doom of the wards of the madtowns of the East,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pilgrim State's Rockland's and Greystone's foetid halls, bickering with the echoes of the soul, rocking and rolling in the midnight solitude-bench dolmen-realms of love, dream of life a nightmare, bodies turned to stone as heavy as the moon,&lt;br class='autobr' /&gt;
with mother finally ******, and the last fantastic book flung out of the tenement window, and the last door closed at 4 A.M. and the last telephone slammed at the wall in reply and the last furnished room emptied down to the last piece of mental furniture, a yellow paper rose twisted on a wire hanger in the closet, and even that imaginary, nothing but a hopeful little bit of hallucination&#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
ah, Carl, while you are not safe I am not safe, and now you're really in the total animal soup of time&#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
and who therefore ran through the icy streets obsessed with a sudden flash of the alchemy of the use of the ellipsis catalogue a variable measure and the vibrating plane,&lt;br class='autobr' /&gt;
who dreamt and made incarnate gaps in Time &amp; Space through images juxtaposed, and trapped the archangel of the soul between 2 visual images and joined the elemental verbs and set the noun and dash of consciousness together jumping with sensation of Pater Omnipotens Aeterna Deus&lt;br class='autobr' /&gt;
to recreate the syntax and measure of poor human prose and stand before you speechless and intelligent and shaking with shame, rejected yet confessing out the soul to conform to the rhythm of thought in his naked and endless head,&lt;br class='autobr' /&gt;
the madman bum and angel beat in Time, unknown, yet putting down here what might be left to say in time come after death,&lt;br class='autobr' /&gt;
and rose reincarnate in the ghostly clothes of jazz in the goldhorn shadow of the band and blew the suffering of America's naked mind for love into an eli eli lamma lamma sabacthani saxophone cry that shivered the cities down to the last radio&lt;br class='autobr' /&gt;
with the absolute heart of the poem of life butchered out of their own bodies good to eat a thousand years.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What sphinx of cement and aluminum bashed open their skulls and ate up their brains and imagination ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch ! Solitude ! Filth ! Ugliness ! Ashcans and unobtainable dollars ! Children screaming under the stairways ! Boys sobbing in armies ! Old men weeping in the parks !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch ! Moloch ! Nightmare of Moloch ! Moloch the loveless ! Mental Moloch ! Moloch the heavy judger of men !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch the incomprehensible prison ! Moloch the crossbone soulless jailhouse and Congress of sorrows ! Moloch whose buildings are judgment ! Moloch the vast stone of war ! Moloch the stunned governments !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch whose mind is pure machinery ! Moloch whose blood is running money ! Moloch whose fingers are ten armies ! Moloch whose breast is a cannibal dynamo ! Moloch whose ear is a smoking tomb !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch whose eyes are a thousand blind windows ! Moloch whose skyscrapers stand in the long streets like endless Jehovahs ! Moloch whose factories dream and croak in the fog ! Moloch whose smoke-stacks and antennae crown the cities !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch whose love is endless oil and stone ! Moloch whose soul is electricity and banks ! Moloch whose poverty is the specter of genius ! Moloch whose fate is a cloud of sexless hydrogen ! Moloch whose name is the Mind !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch in whom I sit lonely ! Moloch in whom I dream Angels ! Crazy in Moloch ! Cocksucker in Moloch ! Lacklove and manless in Moloch !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch who entered my soul early ! Moloch in whom I am a consciousness without a body ! Moloch who frightened me out of my natural ecstasy ! Moloch whom I abandon ! Wake up in Moloch ! Light streaming out of the sky !&lt;br class='autobr' /&gt;
Moloch ! Moloch ! Robot apartments ! invisible suburbs ! skeleton treasuries ! blind capitals ! demonic industries ! spectral nations ! invincible madhouses ! granite cocks ! monstrous bombs !&lt;br class='autobr' /&gt;
They broke their backs lifting Moloch to Heaven ! Pavements, trees, radios, tons ! lifting the city to Heaven which exists and is everywhere about us !&lt;br class='autobr' /&gt;
Visions ! omens ! hallucinations ! miracles ! ecstasies ! gone down the American river !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dreams ! adorations ! illuminations ! religions ! the whole boatload of sensitive bullshit !&lt;br class='autobr' /&gt;
Breakthroughs ! over the river ! flips and crucifixions ! gone down the flood ! Highs ! Epiphanies ! Despairs ! Ten years' animal screams and suicides ! Minds ! New loves ! Mad generation ! down on the rocks of Time !&lt;br class='autobr' /&gt;
Real holy laughter in the river ! They saw it all ! the wild eyes ! the holy yells ! They bade farewell ! They jumped off the roof ! to solitude ! waving ! carrying flowers ! Down to the river ! into the street !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carl Solomon ! I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you're madder than I am&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you must feel very strange&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you imitate the shade of my mother&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you've murdered your twelve secretaries&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you laugh at this invisible humor&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where we are great writers on the same dreadful typewriter&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where your condition has become serious and is reported on the radio&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where the faculties of the skull no longer admit the worms of the senses&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you drink the tea of the breasts of the spinsters of Utica&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you pun on the bodies of your nurses the harpies of the Bronx&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you scream in a straightjacket that you're losing the game of the actual pingpong of the abyss&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you bang on the catatonic piano the soul is innocent and immortal it should never die ungodly in an armed madhouse&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where fifty more shocks will never return your soul to its body again from its pilgrimage to a cross in the void&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you accuse your doctors of insanity and plot the Hebrew socialist revolution against the fascist national Golgotha&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where you will split the heavens of Long Island and resurrect your living human Jesus from the superhuman tomb&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where there are twentyfive thousand mad comrades all together singing the final stanzas of the Internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where we hug and kiss the United States under our bedsheets the United States that coughs all night and won't let us sleep&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; where we wake up electrified out of the coma by our own souls' airplanes roaring over the roof they've come to drop angelic bombs the hospital illuminates itself imaginary walls collapse O skinny legions run outside O starry-spangled shock of mercy the eternal war is here O victory forget your underwear we're free&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm with you in Rockland&lt;br class='autobr' /&gt; in my dreams you walk dripping from a sea-journey on the highway across America in tears to the door of my cottage in the Western night&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/big&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San Francisco, 1955&#8212;1956&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tentative de traduction (en cours&#8230;) d'&#224; peu pr&#232;s l'&#233;dition bilingue fran&#231;ais-anglais, traduit par Robert Cordier et Jean-Jacques Lebel, Paris, Christian Bourgois, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Allen Ginsberg | Footnote to Howl</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Po&#235;sies</dc:subject>
		<dc:subject>_pages</dc:subject>
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		<dc:subject>_New-York</dc:subject>
		<dc:subject>Allen Ginsberg</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;comme un cri de ralliement&lt;/p&gt;

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/ 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_new-york" rel="tag"&gt;_New-York&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/allen-ginsberg" rel="tag"&gt;Allen Ginsberg&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1943.jpg?1497703266' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comme un cri de ralliement&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;big&gt;Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy ! Holy !&lt;br class='autobr' /&gt;
The world is holy ! The soul is holy ! The skin is holy ! The nose is holy ! The tongue and cock and hand and asshole holy !&lt;br class='autobr' /&gt;
Everything is holy ! everybody's holy ! everywhere is holy ! everyday is in eternity ! Everyman's an angel !&lt;br class='autobr' /&gt;
The bum's as holy as the seraphim ! the madman is holy as you my soul are holy !&lt;br class='autobr' /&gt;
The typewriter is holy the poem is holy the voice is holy the hearers are holy the ecstasy is holy !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy Peter holy Allen holy Solomon holy Lucien holy Kerouac holy Huncke holy Burroughs holy Cassady holy the unknown buggered and suffering beggars holy the hideous human angels !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy my mother in the insane asylum ! Holy the cocks of the grandfathers of Kansas !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy the groaning saxophone ! Holy the bop apocalypse ! Holy the jazzbands marijuana hipsters peace peyote pipes &amp; drums !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy the solitudes of skyscrapers and pavements ! Holy the cafeterias filled with the millions ! Holy the mysterious rivers of tears under the streets ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Holy the lone juggernaut ! Holy the vast lamb of the middleclass ! Holy the crazy shepherds of rebellion ! Who digs Los Angeles IS Los Angeles !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy New York Holy San Francisco Holy Peoria &amp; Seattle Holy Paris Holy Tangiers Holy Moscow Holy Istanbul !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy time in eternity holy eternity in time holy the clocks in space holy the fourth dimension holy the fifth International holy the Angel in Moloch ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Holy the sea holy the desert holy the railroad holy the locomotive holy the visions holy the hallucinations holy the miracles holy the eyeball holy the abyss ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Holy forgiveness ! mercy ! charity ! faith ! Holy ! Ours ! bodies ! suffering ! magnanimity !&lt;br class='autobr' /&gt;
Holy the supernatural extra brilliant intelligent kindness of the soul ! &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/big&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Berkeley 1955&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;iframe width=&#034;853&#034; height=&#034;480&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/v0hRSCzUcio?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#233;paves du vieux monde</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/epaves-du-vieux-monde</link>
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		<dc:date>2016-10-15T10:15:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
		<dc:subject>_solitudes</dc:subject>
		<dc:subject>_Bob Dylan</dc:subject>
		<dc:subject>_la mer, toujours recommenc&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>_New-York</dc:subject>
		<dc:subject>_le monde qui va</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A vieille carte, nouvelle &#233;pave. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dicton marin Bob Dylan, &#034;Things have changed&#034; (2000) En longeant le Vieux-Port de Marseille vers le th&#233;&#226;tre, on remonte vers le Sud, on laisse l'Europe dans son dos, on fait face au large, il suffirait qu'on tourne les yeux pour voir de part et d'autre les Am&#233;riques et l'Afrique ; on respire enfin. On est plein de pens&#233;es pour le vieux monde qui sombre tranquillement, on se prendrait presque de piti&#233; pour lui : mais non, on n'est pas si l&#226;che. On marche (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_journal-contretemps" rel="tag"&gt;_Journal | contretemps&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_bob-dylan" rel="tag"&gt;_Bob Dylan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_la-mer-toujours-recommencee" rel="tag"&gt;_la mer, toujours recommenc&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_joie-douleur" rel="tag"&gt;_joie &amp; douleur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_new-york" rel="tag"&gt;_New-York&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_le-monde-qui-va" rel="tag"&gt;_le monde qui va&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-10-13_18.31.06-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-10-13_18.31.06-2.jpg?1476525036' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;A vieille carte, nouvelle &#233;pave.
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dicton marin&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_5046 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-5046 &#034; data-id=&#034;1f391a158875b11c75850389ba05f1e3&#034; src=&#034;IMG/mp3/3-11_things_have_changed.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Bob Dylan, &#034;Things have changed&#034; (2000)&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;En longeant le Vieux-Port de Marseille vers le th&#233;&#226;tre, on remonte vers le Sud, on laisse l'Europe dans son dos, on fait face au large, il suffirait qu'on tourne les yeux pour voir de part et d'autre les Am&#233;riques et l'Afrique ; on respire enfin. On est plein de pens&#233;es pour le vieux monde qui sombre tranquillement, on se prendrait presque de piti&#233; pour lui : mais non, on n'est pas si l&#226;che. On marche seulement dans le d&#233;sir de s'en &#233;loigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pave est magnifique : m&#234;me en retard, je prendrai le temps de m'arr&#234;ter, de regarder, et d'emporter avec moi son image. Le ciel est si lourd ; bient&#244;t le vent passera sur tout cela, immense, et tout le jour balaiera la ville et les id&#233;es mortes. Devant moi, l'image parfaite de nos jours. L'&#233;pave r&#233;cente du vieux monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le pont d'un bateau, en pleine mer, j'imagine qu'on flotte au-dessus des villes miraculeuses et englouties et que gisent dans les tr&#233;fonds les richesses terribles des vaisseaux de tous les empires : oh, que le vent nous emporte. C'est l'enfance m&#234;me : les bateaux remplis d'or, les carcasses quasi intactes, les hommes au-dedans des ventres des bateaux, bouche ouverte encore, immobiles, et auxquels seuls manquent les yeux o&#249; vivent et meurent tous les poissons du monde. L'enfance passe aussi sur ces images emport&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment une mobylette a fini jet&#233;e par dessus bord ? Par quelle maladresse, quelle &#233;tourderie, quel drame ? Je pense aux &lt;a href=&#034;http://www.mahigan.com/blogue/category/La%20vie%20scooter&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vies scooter&lt;/a&gt; de l'ami Mahigan dans ses Asies, et comment la vitesse et la fluidit&#233; rythment la vie, &#233;tendent les espaces, scandent le temps. Ici, la mobylette sublime n'est qu'une image perdue de notre vieux monde englouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours, ce vieux monde r&#233;siste : c'est &#224; lui qu'on donne la parole pour parler de nos vies, de la vie terrible &#224; laquelle on aspire, ou qui nous a appel&#233;s. Il n'a pas fallu beaucoup de temps &lt;a href=&#034;http://www.lunion.fr/820884/article/2016-10-14/videos-identite-nationale-presidentielle-bob-dylan%E2%80%A6-les-doutes-et-les-craintes-d&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pour qu'ils aboient.&lt;/a&gt; Dylan garde le silence pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remonte lentement les fleuves impassibles jusqu'&#224; La Cri&#233;e. Les &#233;paves du vieux monde qui remontent &#224; la surface t&#233;moignent seulement de ce qui a disparu &#224; jamais. Certains croient dire le monde comme ceux qui voudraient enfourcher les &#233;paves pour rejoindre leur &lt;i&gt;home&lt;/i&gt;. Quelle autre direction que ce qui longe tout cela. On cracherait bien dans la mer, par pur respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;paves sont loin de tout cela. Des intellectuels prennent la parole pour insulter tout ce qui bouge encore, tandis qu'eux, immobiles dans leurs fauteuils ocres, ne savent pas que toute la vie les submerge d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait jeudi soir ; le lendemain, le vent se l&#232;verait, joyeux et intraitable, pour disperser tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-10-13_18.31.08-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-10-13_18.31.08-1.jpg?1476525036' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Kolt&#232;s | 1983, Quai Ouest, des docks dans Tous en sc&#232;ne</title>
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		<dc:date>2014-05-01T09:41:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Bernard-Marie Kolt&#232;s</dc:subject>
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		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
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		<dc:subject>_Maria Casar&#232;s</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'INA ouvre de plus en plus ses archives, et c'est une mine &#8212; on en d&#233;couvre chaque jour, et chaque jour de nouvelles vid&#233;os sont en ligne. Par exemple, c'est ce documentaire &#8212; aujourd'hui, comment est-il seulement imaginable de tomber sur une telle &#233;mission, dix minutes consacr&#233;es sur une cha&#238;ne du service public &#224; une cr&#233;ation th&#233;&#226;trale ? Dix minutes donc autour de Quai Ouest, ce 26 avril 1986 (la premi&#232;re a eu lieu le 24 avril, &#224; Nanterre-Amandiers), o&#249; l'on entend Kolt&#232;s, Ch&#233;reau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/bernard-marie-koltes-raconter-bien/koltes-anthologie-archives/koltes-archives-et-documents/" rel="directory"&gt;Kolt&#232;s | archives et documents&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_bernard-marie-koltes" rel="tag"&gt;_Bernard-Marie Kolt&#232;s&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1403.png?1517085142' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'INA ouvre de plus en plus ses archives, et c'est une mine &#8212; on en d&#233;couvre chaque jour, et chaque jour de nouvelles vid&#233;os sont en ligne. Par exemple, c'est ce documentaire &#8212; aujourd'hui, comment est-il seulement imaginable de tomber sur une telle &#233;mission, dix minutes consacr&#233;es sur une cha&#238;ne du service public &#224; une cr&#233;ation th&#233;&#226;trale ? Dix minutes donc autour de &lt;i&gt;Quai Ouest,&lt;/i&gt; ce 26 avril 1986 (la premi&#232;re a eu lieu le 24 avril, &#224; Nanterre-Amandiers), o&#249; l'on entend Kolt&#232;s, Ch&#233;reau (jeunesses de ces hommes qui fabriquaient une part (l'une des plus vives) du th&#233;&#226;tre de leur temps), Jean-Marc Thibault, Catherine Hiegel, et Maria Casar&#232;s. Et des images de New-York, les docks qui aujourd'hui n'existent plus &#8212; promesses &#233;lectorales du maire de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;iframe frameborder=&#034;0&#034; marginheight=&#034;0&#034; marginwidth=&#034;0&#034; scrolling=&#034;no&#034; src=&#034;http://fresques.ina.fr/en-scenes/export/player/Scenes00009/620x465&#034; width=&#034;620&#034; height=&#034;545&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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