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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Patrick Grandperret | Meurtri&#232;res</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;&#034;jeunesses suicid&#233;es&#034;&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&lt;i&gt;Par le producteur&lt;/i&gt; : Nina et Lizzy. La rencontre de deux jeunes filles normales, juste un peu fragiles. Entre elles, une reconnaissance imm&#233;diate... Ensemble, elles sont fortes, euphoriques... Elles n'ont pas beaucoup de chance, pas d'argent, elles n'ont que leurs r&#234;ves. Deux jeunes filles en qu&#234;te d'amour. Et chaque instant qui passe, chaque rencontre leur ferment un peu plus les portes d'un monde dont elles n'ont pas les cl&#233;s. Rien en poche, on ne va pas loin. Ou trop loin.&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alisation :Patrick Grandperret&lt;br class='autobr' /&gt;
Sc&#233;nario :	Patrick Grandperret et Fr&#233;d&#233;rique Moreau&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec : C&#233;line Sallette et Hande Kodja&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;div id='blogvision'&gt; &lt;iframe src='http://player.allocine.fr/18629708.html' style='width:480px; height:270px'&gt; &lt;/iframe&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=109451.html&#034; target=&#034;_blank&#034; rel=&#034;noopener noreferrer&#034;&gt;&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;/a&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;big&gt;
&lt;center&gt;jeunesses suicid&#233;es par le monde&lt;/big&gt;&lt;/center&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;
&#65532;On pourrait aller quelque part&#8230; &#65532; O&#249; ? &#65532; Je sais pas, dans un pays sauvage&#8230; ? &#65532; Ce sera pareil&#8230;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Sur une route, pieds nus, on marche comme on tombe, lentement et sans regard. Lizzy est couverte de sang, ce n'est pas le sien. Elle voudrait se laver. Nina, un couteau entre les mains, arrive, se lave, l'emm&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce film ne raconte pas le fait divers qui longtemps a hant&#233; Pialat : l'&#233;t&#233; 1974, deux jeunes filles, sans argent, sans destination sont prises en stop &#8211; elle se sentent agress&#233;es, &#233;gorgent le type, s'en vont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;es, elles prendront vingt ans. Ce n'est pas le film que voulait raconter Pialat : ce plan interminable qu'il r&#234;vait, ins&#233;r&#233; &#224; la fin, film&#233; sans coupe du moment o&#249; les jeunes filles montent dans la voiture jusqu'au crime, ce plan qui n'existera jamais. Ce n'est pas non plus le film de Grandperret : en 2006, l'errance n'est plus une r&#233;volte ; la d&#233;rive est une r&#233;alit&#233; &#226;pre sur laquelle s'&#233;chouent les v&#233;rit&#233;s les plus abjectes. Ne pas chercher les raisons des jeunes filles, mais apr&#232;s l'ouverture qui donne son titre au film, les suivre, lentement, sans &#233;puiser les courbes d'une ligne fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de fatalit&#233; &#8211; il y a le hasard d'abord, et il y a la violence terrible, sans mesure, d'un monde qui leur est refus&#233;. Nina qui a perdu sa m&#232;re tr&#232;s jeune, voit son p&#232;re mourir dans ses bras le jour de son anniversaire. Nina n'a personne au monde ; elle part pour Bordeaux, comme on part quand on a rien &#224; perdre, puisqu'on a tout perdu. Une crise d'angoisse l'emm&#232;ne en h&#244;pital psychiatrique, o&#249; elle rencontre Lizzy qui encha&#238;ne les T.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux filles se reconnaissent, deux s&#339;urs d&#233;poss&#233;d&#233;es, enferm&#233;es, libres, tristes par habitude, joyeuses par d&#233;sirs, seules au monde, toutes les deux. Il n'est pas de direction alors, de ligne de force v&#233;ritable dans ce parcours, qui est avant tout une d&#233;rive, un lent apprentissage du monde &#8211; toujours en deux temps : d'abord la s&#233;duction, la gentillesse de ceux qui veulent obtenir quelque chose ; et puis la violence sourde et s&#232;che lorsque les jeunes filles r&#233;sistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elles ne veulent pas se salir avec ceux qui exigent d'elles leur part &#8211; leur c&#339;ur, leur corps &#8211; Nina et Lizzy voudront pendant toute cette errance seulement se laver, prendre une douche, un bain dans la mer (seul moment de r&#233;pit du film, de joie nue et d&#233;bordante, plan sans coupe, long, &#224; hauteur de vagues), comme une obsession, une purge n&#233;cessaire pour laver la laideur des regards d&#233;pos&#233;s sur elles, ces mains qui se portent sur leurs visages pour des caresses plus blessantes que des coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des derni&#232;res images du film verra d'ailleurs les deux filles se laver furtivement &#8211; et vainement &#8211; pour nettoyer le sang de leur v&#234;tement. L'errance est vaine. O&#249; aller ? L'Amazonie, la Chine, ce n'est pas assez loin. Dans l'h&#244;pital psychiatrique, Lizzy et Nina se sentent bien. Un des malades donne une d&#233;finition de la folie &#233;blouissante de simplicit&#233; : &#171; Il faut faire la synth&#232;se. La synth&#232;se, c'est l'amont de la conscience, c'est le lieu o&#249; tu es libre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Nina et Lizzy ne sont pas folles. Elles n'appartiennent pas &#224; ce lieu, s'en &#233;chappent. Elles n'appartiennent pas non plus &#224; ce monde o&#249; tout se monnaye, les places pour un concert, les chambres d'h&#244;tel, les taxis, les d&#233;sirs. Monde de l'exploitation brute o&#249; chacun joue le r&#244;le du coupable et de la victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles appartiennent &#224; la jeunesse d&#233;faite des lendemains de soir&#233;e oubli&#233;e. Mais une jeunesse o&#249; suffisent la pr&#233;sence simple de l'autre et le bruit furieux de la musique, la joie absurde des d&#233;fis lanc&#233;s, des provocations gratuites. Lizzy (C&#233;line Sallette, ext&#233;rieur jour, brillante, puissante) et Nina (Hande Kodja, int&#233;rieur nuit, intense, secr&#232;te) ne sont pas des exemples ; elles ne sont pas des cas particuliers. Leur col&#232;re constante, &#233;clat&#233;e pour Lizzy, contenue pour Nina, est leur regard, leur geste, leur pr&#233;sence au monde &#8211; leur langage. Elles ne sont pas marginales, closes en leur monde, autistes et tueuses en puissance. Mais elles n'ont simplement pas les cl&#233;s de ce monde qui se refuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le road-movie qui s'annonce alors n'en est pas vraiment un : l'errance est circulaire entre l'&#238;le de R&#233; et La Rochelle, et renvoie l'image d'un monde en circuit ferm&#233; &#8211; o&#249; le parcours ob&#233;it aux lois de l'enfermement, pour les jeunes filles comme pour le spectateur, celles d'un voyage immobile, au terme duquel se retrouvent les premi&#232;res images du film, la sc&#232;ne du meurtre. La boucle se ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvert et clos par le geste fatal, celui-ci ne juge pas, mais reste &#224; hauteur de ce regard perp&#233;tuellement fuyant, cherchant toujours plus loin une raison de croire enfin. Mais le regard jamais ne trouve o&#249; se poser, o&#249; arriver. Si le film arrive &#224; rendre possible le coup de foudre insens&#233; de deux filles qu'opposent deux violences, il parvient surtout &#224; s'incarner lorsque traversant la fatigue, la faim, la col&#232;re, avec la gr&#226;ce nerveuse de l'adolescence en bout de course, il refuse l'explication psychologique, les relents fatalistes des proc&#232;s-verbaux, pour convoquer la peur, la d&#233;fense terrible qu'elle engendre, les larmes rouge sang qu'elle fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu avant l'agression, le type fredonne cette m&#233;lodie de Brahms que le p&#232;re de Nina chantait aussi. Comme si soudain, le monde dans sa laideur se r&#233;appropriait la gr&#226;ce perdue de l'enfance pour la retourner contre ceux qui ne peuvent pas se d&#233;fendre &#8211; sauf &#224; utiliser contre lui ses propres armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce film ne raconte pas ce meurtre, mais l'errance d'une jeunesse qu'on suicide, et qui est sale de toujours porter ce crime. Celui d'un monde &#233;tonn&#233; de la voir encore vivante.&lt;/p&gt;
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