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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title> Jean-Pierre Vincent | Vanit&#233; du th&#233;&#226;tre glorieux</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;&lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;, de Samuel Beckett, mise en sc&#232;ne par Jean-Pierre Vincent [Marseille, Th&#233;&#226;tre du Gymnase] &#8211; janvier 2015&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1540.jpg?1458748481' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;On est 60 ans apr&#232;s la cr&#233;ation et l'Arbre est toujours aussi tordu dans le Jardin sale de cette route de campagne &#8211; on attend toujours que quelque chose ne vienne pas. On est 60 ans apr&#232;s, et force et de constater que le texte de Beckett n'a pas d'&#226;ge : il poss&#232;de les traits de ses deux types qui attendent ici ce Godot sans raison pr&#233;cise, parce que c'est l&#224; leur t&#226;che depuis 60 ans. Et Godot, car c'est sa t&#226;che &#224; lui, ne cesse pas de ne pas venir. Voici pour la fable. Entre l'histoire et nous, la langue vient dire les mots de l'attente, ceux qui trompent l'attente : et pour tromper, il faut toujours &#234;tre trois. Beckett, nous, et le metteur en sc&#232;ne : cette fois, c'est Jean-Pierre Vincent qui apr&#232;s avoir longtemps m&#251;ri un projet autour de&lt;/i&gt; Fin de Parti &lt;i&gt;s'attache &#224; l'&#339;uvre monument, celle qui sert dans les classes du lyc&#233;e &#224; fabriquer du contemporain et &#224; brandir ce mot absurde d'absurde. Apr&#232;s la carri&#232;re que l'on sait, le compagnonnage avec Patrice Ch&#233;reau, le brechtisme f&#233;roce, la direction de tout ce que le pays poss&#232;de d'institutions nationales, l'enseignement dans les &#233;coles de th&#233;&#226;tre, Vincent para&#238;t revenir aux &lt;i&gt;fondamentaux&lt;/i&gt;. Le th&#233;&#226;tre comme espace radical du th&#233;&#226;tre : sans arri&#232;re-monde. C'est cet automne au th&#233;&#226;tre du Gymnase de Marseille qu'est cr&#233;&#233; le spectacle promis &#224; une tourn&#233;e g&#233;n&#233;rale l'an prochain.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, presque 60 ans apr&#232;s, on sait qu'il n'y a plus rien &#224; attendre : la bascule Beckett a eu lieu, au lieu m&#234;me du vieux drame. Dans cette attente qui ne cesse pas de recommencer &#224; ne pas finir, l'&#233;vidence que cette attente ne pr&#233;c&#232;de rien, ni arriv&#233;e, ni pl&#233;nitude. On a touch&#233; au th&#233;&#226;tre. L'action n'y est plus la rencontre &#8211; et le combat, rien d'autre que cette lutte entre soi et une chaussure r&#233;calcitrante. Alors, quand 60 ans apr&#232;s, on y revient, c'est avec ces 60 ans enti&#232;rement adoss&#233;s &#224; cette bascule. L'acte, c'est d&#233;sormais ne plus agir. On attend, on est plus que cela : ces deux types qui attendent, et le spectateur en face n'attend plus que ce quelque chose annonc&#233; qui ne viendra pas &#8211; c'est le spectaculaire de Beckett, retourner sur nous la position du drame vers celui qui le regarde et le d&#233;visage. Alors, 60 ans apr&#232;s, qu'est-ce qu'on a appris, de l'attente, et quelle est-elle ? Un simple jeu avec le th&#233;&#226;tre ? Ou une fa&#231;on d'envisager justement une position dans l'histoire, un rapport au temps qui le met &#224; nu, une mani&#232;re de saisir radicalement ce qui se &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt; du si&#232;cle qui sur le cadavre des dieux a dress&#233; les charniers de Verdun, de Pologne, et souffler tout ensemble des millions d'hommes au Japon. Trop grande, l'Histoire, en regard de la d&#233;risoire attente de deux clochards c&#233;lestes ? C'est ce costume mal ajust&#233; qui donne aux clowns lamentables la splendeur d'un regard en miroir &#8211; et constater que le th&#233;&#226;tre poss&#232;de encore cette force, celle de trouver dans des corps et leur posture la possibilit&#233; de nommer l'appartenance &#224; notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 d&#233;cembre 2012, des centaines de journalistes du monde entier se rendent &#224; Bugarach, 202 &lt;i&gt;&#226;mes&lt;/i&gt;, quelque part dans le Languedoc. Aucun calendrier maya connu n'annonce la fin du monde : mais il faut croire que certains aiment croire quand il n'y a rien d'autre &#224; croire que la croyance des autres. On attend donc la fin du monde. Ou plut&#244;t, les journalistes du monde entier attendent pour voir si certains croiront vraiment &#224; cette fin &#8211; attendent une humanit&#233; qui viendra ici attendre : on se moquera bien d'eux. On attend encore : personne ne vient, &#224; part les journalistes, qui finissent par rendre compte de leur propre attente d'un &#233;v&#233;nement qu'ils auront provoqu&#233;, et qui n'arrivera pas &#8211; mais qui passera sur les &#233;crans du monde entier. Le lendemain, 22 d&#233;cembre, l'&#201;gypte vote son projet de constitution. La fin de l'Histoire n'a pas d'avenir. Et pourtant, cette attente de ce qui ne viendra pas, dans le si&#232;cle qui suit la mort de Dieu, la mort de l'homme sur les d&#233;combres de Chemin des Dames, d'Auschwitz, d'Hiroshima, dans cette chute de l'Histoire qui n'en finit pas de tomber avec des Murs, avec des Tours, avec les statues des Dictateurs, difficile de ne pas voir que ceux qui tombent sont les restes de cette appartenance, chutes, comme d'un costume immense dont nous drapons nos r&#234;ves en lambeaux. Geste r&#233;current de Vladimir dans la pi&#232;ce de Beckett : frapper le chapeau pour en faire tomber quelque chose (d'invisible) ; geste r&#233;current de tous ces personnages : tomber ; geste du soleil : la nuit qui tombe ; tous ceux qui tombent font chuter avec eux leurs corps et les mots de leurs l&#232;vres qui tombent, comme la Chair tombe sur le corps de ceux qui sont chass&#233;s des cieux, et dans leur Chute, la loi g&#233;n&#233;rale de la Gravit&#233;, celle de la Chute des Corps parce qu'ils sont trop l&#233;gers peut-&#234;tre pour &#234;tre autre chose que des hommes. Toute cette m&#233;taphysique de seconde main saisie par Beckett pour &#234;tre attaqu&#233;e, celle d'une attente qui lie l'Histoire dans la fable, et l'attente d'une fin qui nous sauvera &#8211; de quoi ? De la vie, ou de cette mort qui chaque jour fait la conqu&#234;te de nos corps ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Ah oui, j'y suis, cette histoire de larrons. Tu t'en souviens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Non. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Tu veux que je te la raconte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#231;a passera le temps. &lt;i&gt;(Un temps.)&lt;/i&gt;. C'&#233;taient deux voleurs, crucifi&#233;s en m&#234;me temps que le Sauveur. On&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. Le quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Le Sauveur. Deux voleurs. On dit que l'un fut sauv&#233; et l'autre&#8230; &lt;i&gt;(il cherche le contraire de sauv&#233;)&lt;/i&gt;&#8230; Damn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_4513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/titien-le-christ-et-le-bon-larron-2.jpg?1458748435' width='500' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Le Titien, &lt;i&gt;Le Larron&lt;/i&gt;, 1550&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la question de Jean-Pierre Vincent, qui l&#232;ve le Corps Glorieux du Th&#233;&#226;tre : une tr&#232;s belle sc&#232;ne, arbre et route de poussi&#232;re, ciels de peintre o&#249; rayonne un soleil d'hologramme &#8211; une sc&#232;ne pour le th&#233;&#226;tre qui a encore foi en lui. L'arbre de gibet est un saule qui n'est pas sans dignit&#233; &#8211; et une sereine vitalit&#233; traverse les lieux et les paroles. Le dieu cach&#233; de Beckett n'est ni dieu ni cach&#233;, simplement en retard, ou trop fatigu&#233; pour venir : &#224; c&#244;t&#233; de ses pompes, Godasses en bandouli&#232;re, Godot est le nom d'un cri &#233;puis&#233;, ou que l'appel &#233;puise &#8211; Jean-Pierre Vincent reprend le porte-voix Beckett pour appeler : mais quoi ? &lt;i&gt;&#171; L'air est plein de nos cris. (Il &#233;coute.) Mais l'habitude est une grande sourdine. &#187;&lt;/i&gt; Le choix de Vincent est net : d'ailleurs, il coupera cette r&#233;plique. Au d&#233;sespoir joyeux d'un appel manqu&#233;, au rire terrible d'une m&#233;taphysique insult&#233;e, Jean-Pierre Vincent tourne le dos et choisit d'&#234;tre l'habitude plut&#244;t que le cri : le th&#233;&#226;tre, plut&#244;t que ce pour quoi le th&#233;&#226;tre est tourn&#233; en d&#233;rision, espace pour Beckett de la d&#233;faillance de la parole et d'une impuissance spectaculaire. Ainsi le th&#233;&#226;tre est le lieu par excellence de l'agir ? Le lieu du combat ? De la passion ? Ainsi c'est l&#224; qu'il faut blesser l'action, la lutte, l'int&#233;riorit&#233; bruissante &#8211; c'est l&#224; que le th&#233;&#226;tre peut dire que le th&#233;&#226;tre est nu : on baisse le pantalon de l'acteur (lors de la cr&#233;ation de Blin, l'acteur refusa : belle lettre de Beckett pour dire, avec provocation, mais s&#233;rieux &#8211; comme toujours &#8211; que c'est l&#224; le point crucial de la pi&#232;ce).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jean-Pierre Vincent, avec une fougue &#233;vidente, et la certitude que poss&#232;de le th&#233;&#226;tre quand il croit en lui-m&#234;me, les types qui attendent seront des types, qui attendent. Au plein assourdi d'un cri qui ne rejoint pas, le metteur en sc&#232;ne, pr&#232;s de quarante ans apr&#232;s ses premiers spectacles, pr&#233;f&#232;re le jeu de ceux qui jouent : brillants acteurs (Abb&#232;s Zahmani, Charlie Nelson, Alain Rimoux, Fr&#233;d&#233;ric Leidgens, Ga&#235;l Kamilindi), jolie sc&#233;nographie, couleurs vives, articulation impeccable d'&#233;nonc&#233;s qui portent &#8211; on est rassur&#233; : on entend &lt;i&gt;bien&lt;/i&gt; le texte &#8211;, silences respect&#233;s &#224; la lettre et au tempo &lt;i&gt;impeccable&lt;/i&gt; &#8211; rien qui ne contrevient &#224; la volont&#233; &#224; la fois de rendre hommage au ma&#238;tre, et de d&#233;poussi&#233;rer une &#339;uvre pourtant us&#233;e jusqu'&#224; la corde &#8211; celle qui se casse quand on voudrait s'y pendre, &#224; la fin de la pi&#232;ce, et qui emp&#234;che qu'on se suicide : qui sauve du salut. Et justement, qu'en est-il de la d&#233;faillance, de la &lt;i&gt;d&#233;bandade&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;sur ce mot, l'article de Yannick Butel dans Incertains Regards, Hors S&#233;rie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la fragilit&#233;, des inqui&#233;tudes sourdes, de la menace qui p&#232;se sur tout ce th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me que pose Beckett aux metteurs en sc&#232;ne, c'est Beckett lui-m&#234;me : &#224; verrouiller son texte, il impose soit la tautologie, soit le contre-sens &#8211; se soumettre, ou se d&#233;mettre. D'ailleurs, Beckett s'en chargeait lui-m&#234;me, qui pla&#231;ait la sc&#232;ne sous surveillance &#8211; une telle dramaturgie se d&#233;fend bien toute seule. C'est que Beckett se m&#233;fie du th&#233;&#226;tre comme de la bonne sant&#233;, lui qui pr&#233;f&#232;re, comme Artaud, la Peste et le Chol&#233;ra ensemble. Ces verrous contre le metteur en sc&#232;ne auteur, Beckett en dispose comme de garde-fous contre la raison pure. Un terrain min&#233;, voil&#224; ce qu'il semble disposer autour et dans son &#233;criture. Min&#233;e par les r&#233;f&#233;rences qui se trahissent, la th&#233;ologie qu'il semble ici r&#233;inventer pour mieux la d&#233;truire, la philosophie que Beckett d&#233;construit en lecteur (admirateur) de Geulincx, ce cart&#233;sien et religieux flamand du XVIe s. peu connu,&lt;a href=&#034;http://www.solitairesintempestifs.com/livres/444-notes-de-beckett-sur-geulincx-9782846813.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mais dont on sait aujourd'hui la part consid&#233;rable dans la formation du dramaturge au c&#339;ur des ann&#233;es 30&lt;/a&gt;, l'&#339;uvre de Beckett ne cesse de faire signe vers une pens&#233;e qu'il sape &#8211; un arri&#232;re-monde d&#233;valu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un arri&#232;re-monde puissamment pr&#233;sent : passe l'ombre des deux larrons autour de la Croix &#8211; et de joyeuses hypoth&#232;ses sur le salut, et la preuve (pourquoi seul un des &#233;vang&#233;listes en parle, du larron sauv&#233; ?, s'inqui&#232;te Vladimir) &#8211;,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; : Sauv&#233; de quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt; : De l'enfer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; : Je m'en vais. &lt;i&gt;(Il ne bouge pas)&lt;/i&gt;.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Impossible d'&#234;tre ailleurs qu'au th&#233;&#226;tre, c'est le &lt;i&gt;drame&lt;/i&gt; &#8211; les chaussures qui devraient servir &#224; marcher font horriblement mal et emp&#232;sent, alors qu'il faudrait &#234;tre plus loin, dehors, la vie qui bat &#8211; th&#233;&#226;tre qui ne cessera pas d'&#234;tre l'espace du gouffre immobile o&#249; rien ne pourra se dire. Haine de Beckett pour le th&#233;&#226;tre qui se lit &#224; chaque r&#233;plique. Dans ces limbes qu'est la sc&#232;ne beckettienne, on joue aux dialogues philosophiques du XVIII, &#224; la &lt;i&gt;disputatio&lt;/i&gt; th&#233;orique, on d&#233;grade la pens&#233;e jusqu'&#224; l'os &#8211; on secoue les spectateurs d'un rire satanique (pardonne-leur, car ils ne savent pas de quoi ils rient). C'est la f&#233;rocit&#233; pure. Saisi ici par le th&#233;&#226;tre, qu'en reste-t-il ? Si ce n'est du th&#233;&#226;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire &#187;, chantonnait l'espi&#232;gle Anna Karina dans &lt;I&gt;Pierrot le Fou&lt;/i&gt; de Jean-Luc Godard, &#233;trange &#233;cho &#224; l'initiale de Godot, qui s'ouvre sur une r&#233;plique sans r&#233;plique possible : &#171; Rien &#224; faire &#187;. Non, rien &#224; faire d&#233;cid&#233;ment, il n'y a &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt; &#224; faire : de fait, on ne cessera pas de le faire, ce rien, d'en jouer le faire inaccompli qui se creuse &#224; mesure qu'il se fait, d&#233;faisant sa r&#233;alisation : sa d&#233;faite ? Rien &#224; faire, disait Estragon &#224; son ami Vladimir &#8211; sur lequel repose le souvenir (d&#233;fait) d'un autre Vladimir, le camarade L&#233;nine : que faire ? Se rassembler, s'organiser, agir, combattre ; ne plus attendre l'effondrement que promettait Marx, mais &#339;uvrer &#224; sa d&#233;faite.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Oui, oui, nous avons en effet perdu toute &#8220;patience&#8221; pour &#8220;attendre&#8221; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que faire, ici ? Rien. Que d'attendre. Ce qui ne vient pas. On conna&#238;t la fable, elle est &lt;i&gt;fatale&lt;/i&gt;, pr&#233;cis&#233;ment en cela qu'elle ne porte nulle autre fatalit&#233; que le temps, advenu comme on s'y attend, une seconde apr&#232;s l'autre, qui accomplit sa t&#226;che attendue, celle d'entamer les forces. &#171; Seul est triste &#8211; affligeant &#8211; le vieillissement, pas la mort &#187;, &#233;crivait r&#233;cemment Claude R&#233;gy &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/livre/jusqua-ce-que-jy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en pr&#233;face &#224; la pi&#232;ce de JY, &lt;i&gt;Jusqu'&#224; ce que&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt; La chair est triste, en effet, h&#233;las ! &#8211; puisqu'elle en elle p&#232;se la fatalit&#233; de la chute. On est aupr&#232;s de l'Arbre de la connaissance qui a fourni tous les fruits possibles, et qui s'est achev&#233;. Ce qui p&#232;se ici sont des mill&#233;naires de savoir qui n'ont conduit qu'&#224; leur &#233;puisement. Les corps des hommes, Adam et &#200;ve sans sexe d&#233;sormais qu'ils ont fini de reproduire l'Histoire, n'ont plus rien &#224; go&#251;ter du Jardin que des carottes qui sont plus souvent des navets (l'Histoire de la litt&#233;rature sait en produire plus souvent qu'&#224; son tour), et les glorieuses vendanges &#233;voqu&#233;es au hasard du souvenir ne sont plus que de la nostalgie : litt&#233;ralement, &lt;i&gt;douleur du pass&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Si on se repentait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De quoi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Eh bien&#8230; &lt;i&gt;(Il cherche.) &lt;/i&gt; On n'aurait pas besoin d'entrer dans les d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; D'&#234;tre n&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Vladimir part d'un bon rire qu'il r&#233;prime aussit&#244;t, en portant sa main au pubis, le visage crisp&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_4513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/titien-le-christ-et-le-bon-larron-2.jpg?1458748435' width='500' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Massacio, &lt;i&gt;Adam et &#200;ve chass&#233;s du paradis&lt;/i&gt;, 1427&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;La proposition de Jean-Pierre Vincent en refusant de d&#233;plier l'approche m&#233;taphysique &#8211; la d&#233;gradation de l'enjeu m&#233;taphysique &#8211; pour la situer de plain-pied sur le plateau, fait l'&#233;loge du th&#233;&#226;tre : et en effet, ces personnages ne peuvent se saisir dans l'ordre des choses, r&#233;ellement, que d'une appartenance th&#233;&#226;trale.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Je suis damn&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Tu as &#233;t&#233; loin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Jusqu'au bord de la pente.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; En effet, nous sommes sur un plateau. Aucun doute, nous sommes servis sur un plateau. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;tonnant que la critique (th&#233;&#226;trale) (et officielle) y lit un Godot id&#233;al (c'est le titre de la critique de Fabienne Darge pour &lt;a href=&#034;http://abonnes.lemonde.fr/scenes/article/2015/04/20/le-godot-ideal-est-arrive-a-marseille_4619254_1654999.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt;) &#8211; id&#233;alement lev&#233; pour le th&#233;&#226;tre c&#233;l&#233;brant sa th&#233;&#226;tralit&#233; : on applaudit ce qu'on reconnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en somme, &#224; ce singulier &lt;i&gt;cogito&lt;/i&gt; que revient Vincent : apr&#232;s l'&#233;preuve de la table rase que produit le texte sur l'action, la fable, la connaissance &#8212; une table rase de l'apr&#232;s, une sorte d'histoire qui suivrait la fin de l'Histoire &#8212;, seule r&#233;siste au doute la pure existence th&#233;&#226;trale de personnages qui arpentent l'espace et trouvent ici la seule preuve qu'ils sont, intransitivement (des acteurs). D&#232;s lors, la lecture de Jean-Pierre Vincent, radicalement mat&#233;rialiste, prend appui sur la langue argotique de Beckett &#8211; plut&#244;t, la langue d'un argot que Beckett aime manipuler, titi parisien jusque dans son &#233;tranget&#233; manifeste au fran&#231;ais, formules &lt;i&gt;&#224; l'emporte pi&#232;ce&lt;/i&gt; : gouaille du &lt;i&gt;est-ce que-je sais ?&lt;/i&gt;, et autres truculences du &lt;i&gt;Dis-lui de la boucler&lt;/i&gt;. Etc. Ce mat&#233;rialisme irrigue le texte depuis l'hypoth&#232;se th&#233;&#226;trale &#8211; et cette hypoth&#232;se pourrait se r&#233;sumer &#224; ces mots : l'attente est une action dans la mesure o&#249; elle oblige &#224; peupler le temps ; la r&#233;p&#233;tition serait moins une redite qu'une reprise ; le jeu n'est pas le contraire du r&#233;el, mais la facult&#233; d'en reprendre possession ; la parole est seule capable de lever les corps tomb&#233;s sur eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au seuil du deuxi&#232;me acte (les mots sont pi&#233;g&#233;s : et l'acte est ici le contraire de l'action, puisqu'on ne fera que recommencer l'attente vaine du premier acte), tout semble oubli&#233;. Tous doutent qu'ils aient v&#233;cu ce qui a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233; au premier acte, ainsi d&#233;fait. Tous ? Sauf Vladimir, qui s'acharne &#224; ne pas oublier, &#224; transmettre aux trois qui l'entourent, et qui tombent, que ce qui a eu lieu a eu lieu, et change absolument la nature du lieu pr&#233;sent. La preuve : l'arbre, de nouveau, produit des feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Et maintenant il est trop tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Oui, c'est la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Et si on le laissait tomber ? &lt;i&gt;(Un temps.) &lt;/i&gt; Si on le laissait tomber ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Il nous punirait. &lt;i&gt;(Silence. Il regarde l'arbre.)&lt;/i&gt; Seul l'arbre vit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt; &lt;i&gt;(regardant l'arbre). &lt;/i&gt; &#8211; Qu'est-ce que c'est ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est l'arbre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Non, mais quel genre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Je ne sais pas. Un saule.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;L'Arbre de vie seul demeure, seul le saule qui sauve. Et si le saule pleure, il n'oublie pas de mourir de rire. &#192; l'ombre de l'arbre, autour de qui tombent ceux qui tombent, c'est Vladimir qui rel&#232;ve tout. Vladimir ou la m&#233;moire du th&#233;&#226;tre, d&#233;cid&#233;ment. C'est alors un charnier qu'on voit, un charnier &#224; quatre, mais un charnier de corps entrelac&#233;s et tomb&#233;s en charpie au pied du (quatri&#232;me) mur sans cesse perfor&#233;. Charnier que le th&#233;&#226;tre glorieusement rel&#232;ve &#8211; Jean-Pierre Vincent est &#224; sa t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mat&#233;rialiste jusque dans le rejet d'un arri&#232;re-monde, vitaliste dans le sursaut accord&#233; aux personnages, Vincent fait jouer ses acteurs comme des clowns &#233;berlu&#233;s par leur propre pr&#233;sence : parmi eux irradie de pr&#233;sence Lucky (fascinant Fr&#233;d&#233;ric Leidgens dans ce qu'il ne fait pas &#8212; son masque de douleur impassible tenue &#224; bout de lui-m&#234;me, &#224; bout portant du spectacle), tenue en laisse par l'esclavagiste Pozzo qui poss&#232;de toute la palette du discours des ma&#238;tres, le discours du patronat sarkoziste qui sait utiliser la carotte et le b&#226;ton (le b&#226;ton plus souvent), l'humiliation et la culpabilisation, la tendresse pour celui qu'on m&#232;ne &#224; l'abattoir ou &#224; la vente &#224; marche forc&#233;e. Jean-Pierre Vincent confie que son d&#233;sir de monter la pi&#232;ce est n&#233; de la lecture de l'essai de G&#252;nther Anders, sur &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;. Beckett visionnaire d'un monde vou&#233; au destin des machines, avec date de p&#233;remption, ou est-ce nous qui avons rejoint cette pens&#233;e d'un &#233;puisement g&#233;n&#233;ralis&#233; des ressources, hommes, animaux, terre ? Et cependant, dans son spectacle, c'est l'increvable de l'homme qui surgit &#8211; puisqu'il a pour lui les voix anciennes qui l'enveloppent, une litt&#233;rature de papier et de feuilles, mortes, qui sont au moins la preuve qu'il est vivant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est vrai, nous sommes intarissables.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est pour ne pas penser.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Nous avons des excuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; C'est pour ne pas entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; Nous avons nos raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; Toutes les voix mortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; &#199;a fait un bruit d'ailes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De feuilles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. &#8211; De sable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;sc&gt;Estragon&lt;/sc&gt;. &#8211; De feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les voix mortes parlent ici la langue morte d'un th&#233;&#226;tre qui &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; encore &#224; ses propres dieux. Quand le spectacle s'ach&#232;ve, les acteurs restent l&#224;. La didascalie le dit, qui ne se trompe jamais. &#171; Allons-y &#187;. (Ils ne bougent pas). L'insulte de Beckett au Th&#233;&#226;tre Assis est c&#233;l&#233;br&#233;e sous les applaudissements ravis de spectateurs qui ont pass&#233; une belle soir&#233;e, d&#233;cid&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent certains mots. Ceux du songe terrifiant de celui qui l'ignore &#8211; songe shakespearien si le Shakespeare de Beckett est dans Yorick plus que dans Hamlet : le Cr&#226;ne qui sera la bo&#238;te noire de tout son th&#233;&#226;tre ultime, dans ses derniers textes &#233;puis&#233;s (qui ne portent &#233;videmment pas la mention &#171; th&#233;&#226;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour finir encore, et autres foirades, par exemple&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;sc&gt;Vladimir&lt;/sc&gt;. Du fond du trou, r&#234;veusement, le fossoyeur applique ses fers. On a le temps de viellir. L'air est plein de nos cris. [&lt;i&gt;Il &#233;coute&lt;/i&gt;] L'habitude est une grande sourdine. [&lt;i&gt;Il regarde Estragon dormir&lt;/i&gt;] Moi aussi, un autre me regarde, en se disant : &#171; Il dort, il ne sait pas, qu'il dorme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_4515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/eugene_ferdinand_victor_delacroix_018.jpg?1458748448' width='500' height='623' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt; Delacroix, &lt;i&gt;Hamlet au cimeti&#232;re contemplant Yorick&lt;/i&gt;, 1859&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;&#192; poings ferm&#233;s, les personnages se battent contre un th&#233;&#226;tre qui ne s'entend plus &#224; force de parler sa propre langue, et qui n'entend plus au-dehors les bruits du monde qui passent. En descendant vers minuit le quartier de Noailles, &#224; la sortie du th&#233;&#226;tre, on enjambe quelques types qui dorment sur le pav&#233; des rues de Rome et de Saint-F&#233;r&#233;ol, assomm&#233; par le vin et l'&#233;puisement, et le jour tomb&#233; sur eux, ou discutant du salut dans la langue invent&#233;e de leur so&#251;lerie, j'entendrai : &#171; pourquoi ils prennent le &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/Migrants,100507&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bateau&lt;/a&gt; pour venir ici ? On devrait leur dire qu'il n'y a rien ici, &#224; part nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;sur ce mot, l'article de Yannick Butel dans &lt;i&gt;Incertains Regards&lt;/i&gt;, Hors S&#233;rie :&#034; Le th&#233;&#226;tre pense, certes&#034;, mai 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Oui, oui, nous avons en effet perdu toute &#8220;patience&#8221; pour &#8220;attendre&#8221; le temps heureux, que nous promettent depuis longtemps les &#8220;conciliateurs&#8221; de toute sorte, o&#249; nos &#233;conomistes cesseront de rejeter la faute de leur propre retard sur les ouvriers, de justifier leur propre manque d'&#233;nergie par la pr&#233;tendue insuffisance de forces chez les ouvriers. &#187; L&#233;nine, &lt;i&gt;Que faire ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pour finir encore, et autres foirades&lt;/i&gt;, par exemple&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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