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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Gilles Deleuze | &#171; De l'&#233;v&#233;nement &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ne pas &#234;tre indigne de ce qui arrive.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/anthologie-personnelle-pages/pages-arrachees/" rel="directory"&gt;Pages | Arrach&#233;es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_gilles-deleuze" rel="tag"&gt;_Gilles Deleuze&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2617.jpg?1604319683' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff2617.jpg?1604319735&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Logiques du sens&lt;/i&gt;, &lt;br&gt;&#171; Vingti&#232;me-et-uni&#232;me s&#233;rie. De l'&#233;v&#233;nement &#187;, Minuit, 1969, p. 174-179.&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ne pas &#234;tre indigne de ce qui arrive.&lt;/i&gt; &#187; Puisque les bavardages vautr&#233;s dans le commentaire vil de ces jours s'amoncellent de nouveau partout, la tentation est grande de fuir sans autre forme de proc&#232;s, par honte ou par pudeur, et pour ne pas se laisser salir par ceux-l&#224; qui se servent encore une fois des malheurs pour s'en complaire. Ou alors : chercher dans des pages &#233;loign&#233;es ce qui servira d'antidote et sera capables de nous r&#233;armer. Par exemple ce bref et dense chapitre de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt; de Gilles Deleuze, paru en 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre, Deleuze s'appuie sur une s&#233;rie de paradoxes qui forme la th&#233;orie du sens, paradoxes puisque le sens, &#171; entit&#233; non existante &#187; entretient &#171; avec le non-sens des rapports tr&#232;s particuliers &#187;. Voil&#224; qui, dans ce monde si gorg&#233; de paradoxes jusqu'&#224; la naus&#233;e &#8212; la plus terrible et cynique : s'&#233;loigner les uns des autres nous est pr&#233;sent&#233; comme l'unique rem&#232;de contre un virus, et l'ultime gage de &lt;i&gt;solidarit&#233;&lt;/i&gt; &#8212; redonne du courage et des forces. Surtout Deleuze t&#226;che, pas &#224; pas, paradoxe frott&#233; contre un autre, de d&#233;gager une pens&#233;e de l'&#233;v&#233;nement. Cela, pour le contre-&#233;v&#233;nement qui est le n&#244;tre aujourd'hui &#8212; o&#249; pour que le temps continue il faut que le temps s'arr&#234;te, ne rien faire pour nous donner la possibilit&#233; de recommencer &#224; faire, un jour, quelque chose peut-&#234;tre &#8212;, para&#238;t de salubrit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, dans un chapitre pivot, Deleuze creuse ce qu'une telle pens&#233;e de l'&#233;v&#233;nement li&#233; au sens pourrait &#234;tre. Lui qui demeurera toujours si pudique pour t&#233;moigner de son amour des &#233;crivains propose ainsi une lecture de l'&#339;uvre de Jo&#235; Bousquet. Ce po&#232;te consid&#233;rable avait &#233;t&#233; frapp&#233;, jeune homme, &#224; la colonne vert&#233;brale, dans les tranch&#233;es, aux derniers jours de guerre &#8212; et restera paralys&#233; toute sa vie, alit&#233; chez lui &#224; Carcassonne, composant avec douceur et acharnement l'&#339;uvre br&#232;ve et majuscule qu'on sait : &lt;i&gt;La Tisane des Sarments ; Il ne fait pas assez noir, Traduit du silence&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la pens&#233;e l&#226;che du ressentiment autant que celle de la servilit&#233;, tandis que se r&#233;pandent d&#233;j&#224; les paroles de ceux qui cherchent &#224; se servir des malheurs du temps pour s'y complaire, l'&#339;uvre de Bousquet se pr&#233;sente comme une liqueur puissante qui ressaisit, et les phrases de Deleuze plongent en elle une lame tremp&#233;e, claire et fraiche. Ne plus &#234;tre soumis &#224; l'&#233;v&#233;nement terrassant, mais le &lt;i&gt;vouloir&lt;/i&gt;, vouloir qui est le contraire de l'acceptation, puisque &#171; c'est d'abord en d&#233;gager l'&#233;ternelle v&#233;rit&#233;, comme le feu auquel il s'alimente, ce vouloir atteint au point o&#249; la guerre est men&#233;e contre la guerre, la blessure, trac&#233;e vivante comme la cicatrice de toutes les blessures, la mort retourn&#233;e voulue contre toutes les morts. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lit ces mots de Deleuze en regard de ces heures. Alors, on s'attachera &#224; passer ces jours, ces semaines, ces mois, cherchant &#224; vouloir &#171; non pas exactement ce qui arrive, mais quelque chose &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; ce qui arrive &#187; &#8212; guerre men&#233;e contre la guerre, destitution de la mort si elle est l'&#339;uvre de ce temps, traque de l'&#233;clat de l'&#233;v&#233;nement, sa splendeur qui s&#232;che le malheur puisque l'&#233;v&#233;nement est le malheur m&#234;me : programme de ces jours jusqu'&#224; extinction des feux.&lt;/p&gt;
&lt;Div Align=RIGHT&gt; AM&lt;/div&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On h&#233;site parfois &#224; nommer sto&#239;cienne une mani&#232;re concr&#232;te ou po&#233;tique de vivre, comme si le nom d'une doctrine &#233;tait trop livresque, trop abstrait pour d&#233;signer le rapport le plus personnel avec une blessure. Et d'o&#249; viennent les doctrines sinon de blessures et d'aphorismes vitaux, qui sont autant d'anecdotes sp&#233;culatives avec leur charge de provocation exemplaire ? Il faut appeler Jo&#235; Bousquet sto&#239;cien. La blessure qu'il porte profond&#233;ment dans son corps, il l'appr&#233;hende dans sa v&#233;rit&#233; &#233;ternelle comme &#233;v&#233;nement pur, pourtant et d'autant plus. Autant que les &#233;v&#233;nements s'effectuent en nous, ils nous attendent et vous aspirent, ils nous font signe.&lt;/p&gt;
&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ma blessure existait avant moi, je suis n&#233; pour l'incarner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concernant l'&#339;uvre de Jo&#235; Bousquet, qui est toute enti&#232;re une m&#233;diation sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Arriver &#224; cette volont&#233; que nous fait l'&#233;v&#233;nement, devenir la quasi-cause de ce qui se produit en nous, l'Op&#233;rateur, produire les surfaces et les doublures o&#249; l'&#233;v&#233;nement se r&#233;fl&#233;chit, se retrouve incorporel et manifeste en nous la splendeur neutre qu'il poss&#232;de en soi comme impersonnel et pr&#233;individuel, au-del&#224; du g&#233;n&#233;ral et du particulier, du collectif et du priv&#233; &#8212; citoyens du monde.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Tout &#233;tait en place dans les &#233;v&#233;nements de ma vie avant que je ne les fasse miens ; et les vivre, c'est me trouver tent&#233; de m'&#233;galer &#224; eux comme s'ils ne devaient tenir que de moi ce qu'ils ont de meilleur et de parfait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Ou bien la morale n'a aucun sens, ou bien c'est cela qu'elle veut dire, elle n'a rien d'autre &#224; dire : ne pas &#234;tre indigne de ce qui nous arrive. Au contraire, saisir ce qui arrive comme injuste et non m&#233;rit&#233; (c'est toujours la faute de quelqu'un), voil&#224; ce qui rend nos plaies r&#233;pugnantes, le ressentiment en personne, le ressentiment contre l'&#233;v&#233;nement. Il n'y a pas d'autre volont&#233; mauvaise. Ce qui est vraiment immoral, c'est tout utilisation des notions morales, juste, injuste, m&#233;rite, faute. Que veut dire alors vouloir l'&#233;v&#233;nement ? Est-ce accepter la guerre quand elle arrive, la blessure et la mort quand elles arrivent ? Il est fort probable que la r&#233;signation est encore une figure du ressentiment, mais qui poss&#232;de tant de figures en v&#233;rit&#233;. Si vouloir l'&#233;v&#233;nement, c'est d'abord en d&#233;gager l'&#233;ternelle v&#233;rit&#233;, comme le feu auquel il s'alimente, ce vouloir atteint au point o&#249; la guerre est men&#233;e contre la guerre, la blessure, trac&#233;e vivante comme la cicatrice de toutes les blessures, la mort retourn&#233;e voulue contre toutes les morts. Intuition volitive ou transmutation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt; &#187; &#192; mon go&#251;t de la mort, dit Bousquet, qui &#233;tait faillite de la volont&#233;, je substituerai une envie de mourir soit l'apoth&#233;ose de la volont&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;De ce go&#251;t &#224; cette envie, rien ne change d'une certaine mani&#232;re, sauf un changement de volont&#233;, une sorte de saut sur place de tout le corps qui troque sa volont&#233; organique contre une volont&#233; spirituelle, qui veut maintenant non pas exactement ce qui arrive, mais quelque chose &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; ce qui arrive, quelque chose &#224; venir de conforme &#224; ce qui arrive, suivant les lois d'une obscure conformit&#233; humoristique : l'&#201;v&#233;nement. C'est en ce sens que l'&lt;i&gt;Amor Fati&lt;/i&gt; ne fait qu'un avec le combat des hommes libres. Qu'il y ait dans tout &#233;v&#233;nement mon malheur, mais aussi une splendeur et un &#233;clat qui s&#232;che le malheur, et qui fait que, voulue, l'&#233;v&#233;nement s'effectue sur sa pointe la plus resserr&#233;e, au tranchant d'une op&#233;ration, tel est l'effet de la gen&#232;se statique de l'immacul&#233;e conception. L'&#233;clat, la splendeur de l'&#233;v&#233;nement, c'est le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement n'est pas ce qui arrive (accident), il est dans ce qui arrive le pur exprim&#233; qui nous fait signe et nous attend. Suivant les trois d&#233;terminations pr&#233;c&#233;dentes, il est ce qui doit &#234;tre compris, ce qui doit &#234;tre voulu, ce qui doit &#234;tre repr&#233;sent&#233; dans ce qui arrive. Bousquet dit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Deviens l'homme de tes malheurs, apprends &#224; en incarner la perfection et l'&#233;clat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt; On ne peut rien dire de plus, jamais on a rien dit de plus : devenir digne de ce qui nous arrive, donc en vouloir et en d&#233;gageant l'&#233;v&#233;nement, devenir le fils de ses propres &#233;v&#233;nements, et par l&#224; rena&#238;tre, se refaire une naissance, rompre avec sa naissance de chair. Fils de ses &#233;v&#233;nements, et non pas de ses &#339;uvres, car l'&#339;uvre n'est elle-m&#234;me produite que par le fils de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi tout &#233;v&#233;nement est-il du type la peste, la guerre, la blessure, la mort ? Est-ce dire seulement qu'il y a plus d'&#233;v&#233;nements malheureux que d'heureux ? Non, puisqu'il s'agit de la structure double de tout &#233;v&#233;nement. Dans tout &#233;v&#233;nement, il y a bien le moment pr&#233;sent de l'effectuation, celui o&#249; l'&#233;v&#233;nement s'incarne dans un &#233;tat de choses, un individu, une personne, ce qu'on d&#233;signe en disant : voil&#224;, le moment est venu ; et le futur et le pass&#233; de l'&#233;v&#233;nement ne se jugent qu'en fonction de ce pr&#233;sent d&#233;finitif, du point de vue de celui qu'il l'incarne. Mais il y a d'autre part le futur et le pass&#233; de l'&#233;v&#233;nement pris en lui-m&#234;me, qui esquive tous pr&#233;sents, parce qu'il est libre des limitations d'un &#233;tat de choses, &#233;tant impersonnel est pr&#233;-individuel, neutre, ni g&#233;n&#233;ral ni particulier, un &lt;i&gt;eventun tantum&lt;/i&gt;&#8230; ; ou plut&#244;t qui n'a pas d'autre pr&#233;sent que celui de l'instant mobile qu'il repr&#233;sente, toujours d&#233;doubl&#233; en pass&#233;-futur, formant ce qu'il faut appeler la contre-effectuation. Dans un cas, c'est ma vie qui me semble trop faible pour moi, qui s'&#233;chappe en un point devenu pr&#233;sent dans un rapport assignable avec moi. Dans l'autre cas, c'est moi qui suis faible pour la vie, c'est la vie trop grande pour moi, jetant partout ces singularit&#233;s, sans rapport avec moi ni avec un moment d&#233;terminable comme pr&#233;sent, sauf avec l'instant impersonnel qui se d&#233;double en encore&#8211;futur et d&#233;j&#224; pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette ambigu&#239;t&#233; soit essentiellement celle de la blessure et de la mort, de la blessure mortelle, nul ne l'a montr&#233; comme Maurice Blanchot : la mort est &#224; la fois ce qui est dans un rapport extr&#234;me ou d&#233;finitif avec moi et avec mon corps, ce qui est fonde en moi, mais aussi ce qui est sans rapport avec moi, l'incorporel et l'infinitif, l'impersonnel, ce qui n'est fond&#233; qu'en soi-m&#234;me. D'un c&#244;t&#233;, la part de l'&#233;v&#233;nement qui se r&#233;alise et s'accomplit ; de l'autre c&#244;t&#233;, &#171; la part de l'&#233;v&#233;nement que son accomplissement ne peut se r&#233;aliser &#187;. Il y a donc deux accomplissements, qui sont comme l'effectuation et la contre-effectuation. C'est par l&#224; que la mort et sa blessure ne sont pas un &#233;v&#233;nement parmi d'autres. Chaque &#233;v&#233;nement est comme la mort, double et impersonnel en son double.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; Elle est l'ab&#238;me du pr&#233;sent, le temps sans pr&#233;sent avec lequel je n'ai pas de rapport, ce vers quoi je ne puis m'&#233;lancer, car en elle &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; ne meurs pas, je suis d&#233;chu du pouvoir de mourir, en elle &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; meurt, on ne cesse pas et on n'en finit pas de mourir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Blanchot, L'Espace litt&#233;raire, Gallimard, 1955, p. 160.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Combien ce &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; diff&#232;re de celui de la banalit&#233; quotidienne. C'est le &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; des singularit&#233;s impersonnelles et pr&#233;-individuelles, le &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; des &#233;v&#233;nements purs ou &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; meurt comme &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; pleut. La splendeur du &lt;i&gt;on&lt;/i&gt;, c'est celle de l'&#233;v&#233;nement m&#234;me ou de la quatri&#232;me personne. C'est pourquoi il n'y a pas d'&#233;v&#233;nements priv&#233;s, et d'autres collectifs ; pas plus qu'il n'y a de l'individuel et de l'universel, des particularit&#233;s et des g&#233;n&#233;ralit&#233;s. Tout est singulier, et par l&#224; collectif et priv&#233; &#224; la fois, particulier et g&#233;n&#233;ral, ni individuel ni universel. Quelle guerre n'est pas l'affaire priv&#233;e, inversement quelle blessure n'est pas de guerre, est venue de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ? Quel &#233;v&#233;nement priv&#233; n'a pas toutes ses coordonn&#233;es, c'est-&#224;-dire toutes ses singularit&#233;s impersonnelles sociales ? Pourtant il y a beaucoup d'ignominie &#224; dire que la guerre concerne tout le monde ; ce n'est pas vrai, elle ne concerne pas ce qui s'en servent ou qui le servent, cr&#233;ature du ressentiment. Et autant d'ignominie &#224; dire que chacun a sa guerre, sa blessure particuli&#232;re ; ce n'est pas vrai non plus de ceux qui grattent la plaie, encore cr&#233;atures d'amertume et de ressentiment. C'est seulement vrai de l'homme libre, parce qu'il a saisi l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me, et parce qu'il ne le laisse pas s'effectuer comme tel sans en op&#233;rer, acteur, la contre&#8211;effectuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul l'homme libre peut alors comprendre toutes les violences en une seule violence, tous les &#233;v&#233;nements mortels &lt;i&gt;en un seul &#201;v&#233;nement&lt;/i&gt; qui ne laissent plus de place &#224; l'accident et qui d&#233;nonce ou destitue aussi bien la puissance du ressentiment dans l'individu que celle de l'oppression dans la soci&#233;t&#233;. C'est en propageant le ressentiment que le tyran se fait des alli&#233;s, c'est-&#224;-dire des esclaves et des servants ; seul le r&#233;volutionnaire s'est lib&#233;r&#233; du ressentiment, par quoi l'on participe et profite toujours d'un ordre oppresseur. &lt;i&gt;Mais un seul et m&#234;me &#233;v&#233;nement&lt;/i&gt; ? M&#233;lange qui extrait et purifie, et mesure tout &#224; l'instant sans m&#233;lange, au lieu de tout m&#234;ler : alors, toutes les violences et toutes les oppressions se r&#233;unissent en ce seul &#233;v&#233;nement, qui les d&#233;nonce toutes en en d&#233;non&#231;ant une (la plus proche ou le dernier &#233;tat de la question).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&#171; La psychopathologie que revendique le po&#232;te n'est pas un sinistre petit accident du destin personnel, un accroc individuel. Ce n'est pas le camion du laitier qui lui a pass&#233; sur le corps et qui l'a laiss&#233; infirme, ce sont les cavaliers des Cent Noirs progromisant ses anc&#234;tres dans les ghettos de Vilno&#8230; Les coups qu'il a re&#231;us sur la t&#234;te, ce n'est pas dans une rixe de voyous dans la rue, mais quand la police chargeait les manifestants&#8230; S'il crie comme un sourd de g&#233;nie, c'est que les bombes de Guernica et de Hanoi l'ont assourdi&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article de Claude Roy &#224; propos du po&#232;te Ginsberg, Nouvel observateur, 1969.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;C'est au point mobile et pr&#233;cis o&#249; tous les &#233;v&#233;nements se r&#233;unissent ainsi dans un seul qu'op&#232;re la transmutation : le point o&#249; la mort se retourne contre la mort, o&#249; le mourir et comme la destitution de la mort, ou l'impersonnalit&#233; du mourir ne marque plus seulement le moment o&#249; je me perds hors de moi, mais le moment o&#249; la mort se perd en elle-m&#234;me, et la figure que prend la vie la plus singuli&#232;re pour se substituer &#224; moi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Maurice Blanchot, op. cit., p. 155 : &#171; Cet effort pour &#233;lever la mort &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;Div Align=RIGHT&gt; Gilles Deleuze&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concernant l'&#339;uvre de Jo&#235; Bousquet, qui est toute enti&#232;re une m&#233;diation sur la blessure, l'&#233;v&#233;nement et le langage, cf.les deux articles essentiels des Cahiers du Sud, n&#176; 3, 1950 : Ren&#233; Nelli, &#8220;Jo&#235; Bousquet et son double&#8221;, Ferdinand Alqui&#233;, &#8220;Jo&#235; Bousquet et la morale du langage&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Blanchot, &lt;i&gt;L'Espace litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Gallimard, 1955, p. 160.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article de Claude Roy &#224; propos du po&#232;te Ginsberg, &lt;i&gt;Nouvel observateur&lt;/i&gt;, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Maurice Blanchot, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 155 : &#171; Cet effort pour &#233;lever la mort &#224; elle-m&#234;me, pour faire co&#239;ncider le point o&#249; elle se perd en elle et celui o&#249; je me perds hors de moi, n'est pas une simple affaire int&#233;rieure, mais implique une immense responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard des choses et n'est possible que par leur m&#233;diation&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ne serait-ce qu'implorer son r&#234;ve,</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/ne-serait-ce-qu-implorer-son-reve</link>
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		<dc:date>2020-04-22T12:38:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Franz Kafka</dc:subject>
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		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
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		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_murs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;22 avril 2020&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;19 octobre 1917.&lt;/i&gt; &#8212; Rayon de soleil de f&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faiblesse de ma m&#233;moire pour les d&#233;tails et le d&#233;veloppement de ma propre mani&#232;re de concevoir le monde &#8212; tr&#232;s mauvais signe. Rien que les fragments d'un tout. Comment veux-tu, ne serait-ce que toucher &#224; la plus grande des t&#226;ches, comment veux-tu ne serait-ce que sentir sa proximit&#233;, ne serait-ce que r&#234;ver son existence, ne serait-ce qu'implorer son r&#234;ve, ne serait-ce qu'oser apprendre les lettres de la pri&#232;re, si tu n'es pas capable de te ressaisir de telle sorte qu'une fois le moment d&#233;cisif venu, tu tiennes tout ton &#234;tre dans une seule main comme une pierre &#224; lancer, comme un couteau pr&#234;t &#224; tuer ? Toutefois : il n'est pas n&#233;cessaire de se cracher dans les mains avant de les joindre.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Kafka, &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_7838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5155-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5155-2.jpg?1587558730' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Haine de l'int&#233;riorit&#233; &#8212; phrase r&#233;p&#233;t&#233;e comme un horizon, le crit&#232;re &#224; la mesure duquel peser chaque chose (des ann&#233;es accompagn&#233;es par un tel juge de paix : attendant peut-&#234;tre des jours comme ceux-ci pour s'&#233;prouver dans son &#226;pre v&#233;rit&#233;, incontestable). L'autre boussole de ces jours qui attendaient le naufrage pour servir avec n&#233;cessit&#233;, c'est ce texte de W. Benjamin sur &lt;i&gt;Le caract&#232;re destructeur&lt;/i&gt;, sa force vitale : &#171; Le caract&#232;re destructeur est l'ennemi de l'homme en &#233;tui. Ce dernier cherche le confort, dont la coquille est la quintessence. L'int&#233;rieur de la coquille est la trace tapiss&#233;e de velours qu'il a imprim&#233;e sur le monde. Le caract&#232;re destructeur efface m&#234;me les traces de la destruction &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une lecture de ce texte, frott&#233; contre l'&#233;poque, paru ces jours dans Lundi.am.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pas besoin d'autres &#233;toiles d'autres bergers ; avancer dans le jour le jour des nuits sans lendemain, avec cette haine doublement port&#233;e devant soi comme antidote &#224; toutes les tentations du repli, du chez-soi, de l'enfermement comme vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r qu'ils appellent &#8212; implorent &#8212; &#224; ce qu'on en &lt;i&gt;profite&lt;/i&gt; : la loi du profit leur sert de syntaxe &#224; leur grammaire d'exploiteur. Qu'on trouve un &lt;i&gt;b&#233;n&#233;fice&lt;/i&gt; : qu'on mise sur cet investissement de soi pour soi. Qu'on soit son propre actionnaire du temps confin&#233;. Bien s&#251;r. Le matin, &#233;couter &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=umF1kfVujhM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde ou rien&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, mais tr&#232;s fort, pour couvrir &lt;i&gt;les matinales&lt;/i&gt; du r&#233;veil mises par mauvais r&#233;flexes, en vague fond et qui tombent sur soi comme l'eau devenue sale au contact de la peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine, cela voulait dire aussi : le d&#233;sir, l'envers absolu. Elle dit qu'on meurt toujours au-dedans des choses, que le dedans est fait pour cela, et pour la punition, et pour l'enfer. Que le dedans est l'endroit o&#249; tout pourrit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7839 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5156.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5156.jpg?1587558730' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#234;ve : oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait bien des images : le cin&#233;ma bond&#233;, alors je rentre (mais je me perds et trouve refuge dans un cin&#233;ma &#8212; c'est le m&#234;me : j'avais pourtant march&#233; loin) ; la pluie, tr&#232;s forte et soudaine, mais le ciel &#233;tait d&#233;gag&#233; ; un homme se penchait sur moi, immobile, allong&#233;, pour me parler, il s'approchait de mon oreille, je fermais les yeux plus fort encore pour le faire partir, il ne disait rien, seulement qu'il avait besoin de me dire quelque chose, quelque chose que je n'oublierai pas de sit&#244;t (la formule : pas de sit&#244;t, il la disait en riant, froidement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien que des sc&#232;nes coup&#233;es au montage. Mais au r&#233;veil justement, j'aurais cette coupure nette au doigt de la main gauche qui rendra douloureux tout geste fait avec la main ferm&#233;e ; coupure que je n'avais pas la veille en me couchant. La preuve qu'il s'est pass&#233; bien des choses, cette nuit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7840 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5158.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5158.jpg?1587558730' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai oubli&#233; la phrase d'Henri Michaux. Elle disait quelque chose comme : il faut beaucoup d'aujourd'hui et de lendemain pour rattraper apr&#232;s demain. Ce n'est pas la phrase exacte. Rien ne peut l'&#234;tre de toute fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, peut-&#234;tre que toute la strat&#233;gie &#8212; celle qui annonce les cadavres comme les jours de fin de ces jours : &#224; heure fixe, et toujours provisoirement, pour mieux repousser le compte, nous tenir &#224; leur merci, docile et passif, avec chantage &#224; la mort &#8212; est bien celle de nous faire &lt;i&gt;glisser&lt;/i&gt; dans le renoncement, d'acquiescer &#224; notre propre oubli. Peut-&#234;tre que ce mot de &lt;i&gt;glisser&lt;/i&gt; dit le tout de ces jours. Et qu'il donne aussi la force de trouver d'autres mots (mais quel est le contraire de &lt;i&gt;glisser&lt;/i&gt; ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Arr&#234;ter, freiner, immobiliser ; enlever, extraire, retirer ; approfondir, appuyer, creuser, insister&lt;/i&gt;. Aucun ne convient &#233;videmment. Il faudra inventer. Le soleil pos&#233; l&#224;-haut battait dans le vent une mesure inaudible. Le contraire de &lt;i&gt;glisser&lt;/i&gt;, c'est peut-&#234;tre : ce mouvement au moment o&#249; on sombre dans le sommeil et qu'il ne faut pas (parce qu'on conduit ; ou parce qu'il faudra bien finir par &#233;crire ce moment o&#249; Saint-Just prend la parole ce 13 novembre 1792, pour la premi&#232;re fois &#224; la Convention &#8212; &#171; J'entreprends, Citoyens, de prouver que le roi peut &#234;tre jug&#233; &#187; (etc.) &#8212; et les silences apr&#232;s cela) : mais non, il ne faudra plus d'il faudra, non, pas d'il faudra, plus jamais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7841 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5160-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_5160-2.jpg?1587558730' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une lecture de ce texte, frott&#233; contre l'&#233;poque, paru ces jours dans &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Politique-de-l-interieur-avoir-le-chez-soi-en-horreur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lundi.am&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fuir la peste, organiser les rencontres, </title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/fuir-la-peste-organiser-les-rencontres</link>
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		<dc:date>2019-06-05T16:49:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
		<dc:subject>_vies</dc:subject>
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		<dc:subject>_beaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>_joie</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;6 juin 2019&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9529.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9529.jpg?1559750404' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs ont moins besoin de nous r&#233;primer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle qu'est la vie &#8230; On a beau dire &#171; dansons &#187;, on est pas bien gai. On a beau dire &#171; quel malheur la mort &#187;, il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose &#224; perdre. Les malades, de l'&#226;me autant que du corps, ne nous l&#226;cheront pas, vampires, tant qu'ils ne nous auront pas communiqu&#233; leur n&#233;vrose et leur angoisse, leur castration bien-aim&#233;e, le ressentiment contre la vie, l'immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n'est pas facile d'&#234;tre un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d'agir, s'affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d'affirmation.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;Deleuze / Parnet, &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;, 1977&lt;/center&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;280&#034; height=&#034;157&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/U99Pina4Uuw&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;M. Ward, &#034;Pure Joy, Wasteland Companion (2012)&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_7391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9533.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9533.jpg?1559750404' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r ce monde laid donne le d&#233;sir de le fuir autant que possible, et de chercher en soi les forces pour l'oublier : on ne trouve que sa solitude, et l'arrogance de se penser pr&#233;serv&#233; (c'est faux) ; bien s&#251;r l'&#233;poque triste rend triste, et doublement triste tant elle nous fait ressembler &#224; elle, qu'on voudrait repousser loin : et la tristesse nous fait ressembler &#224; ceux qui trouvent l'&#233;poque triste, cherchent refuge dans le pass&#233;, trouvent l'identit&#233; nationale, la portent comme des crachats, des armes sur les plus faibles d'entre nous. Bien s&#251;r, cela rend l'&#233;poque plus triste encore, plus laide. Que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se plaindre : c'est une tentation ; parfois, c'est salvateur. &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article2407&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J'y c&#232;de volontiers avec joie&lt;/a&gt;. Mais parfois, c'est pire : c'est donner des armes au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on est sur une ligne de cr&#234;te. Et chaque jour recommence la t&#226;che de vivre. Il faudrait sans doute les forces de l'autod&#233;rision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;oui&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ne jamais se pr&#233;f&#233;rer au monde, et en rire. J'ai si peur pourtant qu'elle se teinte du cynisme des forts, des s&#251;rs d'eux et de leur force qui &#233;crase, de ceux qui voudraient tout voir sur le m&#234;me plan, la mort et la vie, et le rien et le tout, sauf eux, les forts, eux toujours en surplomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait que la joie soit un complot, un secret entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9534.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9534.jpg?1559750404' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;couter Coltrane ce soir-l&#224; sauve ; voir le lendemain deux films de Cassavetes sauve ; chercher la d&#233;finition du bleu et &#233;crire l'ann&#233;e 1786 sauve ; regarder le vocabulaire des fleurs sauve aussi ; parler de po&#233;sie efficace &#224; la Marmite Joyeuse avec l'ami sauve ; ouvrir les fen&#234;tres de la voiture sur la fin du monde sauve encore &#8212; jusqu'&#224; la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas &#233;crire sauve aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser aux jours pass&#233;s, aux jours &#224; venir : aux jours pr&#233;sents : t&#226;cher de les penser ensemble, et de faire de cet ensemble quelque chose qui les d&#233;livre : sauve aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9536.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9536.jpg?1559750404' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le jour qui tombe, tout qui tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de cette r&#233;union des Gilets Jaunes, il y a quelques semaines, la discussion tournait autour de savoir &lt;i&gt;s'il fallait courir ou non&lt;/i&gt;. Je ne comprenais pas. Certains disaient vouloir courir. Qu'il fallait courir. D'autres disaient &lt;i&gt;non, on ne peut pas, regardez-nous : nous ne pouvons pas courir, nous ne voulons pas courir&lt;/i&gt;. Mais les &lt;i&gt;vaillants&lt;/i&gt; d&#233;siraient plus que tout le faire : d'ailleurs, Marseille est la seule ville o&#249; on ne court pas. Je comprends peu &#224; peu : &lt;i&gt;courir&lt;/i&gt; veut dire : &lt;i&gt;affronter les forces de l'ordre&lt;/i&gt;. Un jeune homme &#8212; un vaillant &#8212; t&#233;moigne affectueusement du respect qu'il &#233;prouve &#224; l'&#233;gard de ceux qui ne peuvent pas courir &#8212; ce sont les &lt;i&gt;vaillants d'avant&lt;/i&gt;, dit-il. Mais lui veut courir. Il faut courir. S'il ne peut pas courir &#224; Marseille, il ira ailleurs, dans d'autres villes, o&#249; on court, o&#249; on se moque de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui que les rues les samedis sont rendus au commerce, aux forces de l'ordre qui patrouillent en marchant, je pense au visage du gar&#231;on, &#224; son regard quand il disait vaillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je pense &#224; ce qui tombe dans la mer, ce soir-l&#224;, des pens&#233;es, et des d&#233;sirs, et de la joie qu'il faut pour affronter la peine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9537.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_9537.jpg?1559750404' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;oui&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Deleuze / Parnet | &#171; S'affecter de joie &#187;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_pages</dc:subject>
		<dc:subject>_joie &amp; douleur</dc:subject>
		<dc:subject>_vies</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dialogues, 1977&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2408.jpg?1559749769' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze et Claire Parnet, &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt; (1977)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/center&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons dans un monde plut&#244;t d&#233;sagr&#233;able, o&#249; non seulement les gens, mais les pouvoirs &#233;tablis ont int&#233;r&#234;t &#224; nous communiquer des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d'agir. Les pouvoirs &#233;tablis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le pr&#234;tre, les preneurs d'&#226;mes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous r&#233;primer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle qu'est la vie &#8230; On a beau dire &#171; dansons &#187;, on est pas bien gai. On a beau dire &#171; quel malheur la mort &#187;, il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose &#224; perdre. Les malades, de l'&#226;me autant que du corps, ne nous l&#226;cheront pas, vampires, tant qu'ils ne nous auront pas communiqu&#233; leur n&#233;vrose et leur angoisse, leur castration bien-aim&#233;e, le ressentiment contre la vie, l'immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n'est pas facile d'&#234;tre un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d'agir, s'affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d'affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se r&#233;duit pas &#224; l'organisme, faire de la pens&#233;e une puissance qui ne se r&#233;duit pas &#224; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien G. Deleuze / T. Negri | Contr&#244;le et Devenir</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/entretien-g-deleuze-t-negri-controle-et-devenir</link>
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		<dc:date>2018-02-23T12:27:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_Interventions</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#233;volutions ?</dc:subject>
		<dc:subject>_luttes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le probl&#232;me du politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_interventions" rel="tag"&gt;_Interventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_revolutions" rel="tag"&gt;_r&#233;volutions ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_luttes" rel="tag"&gt;_luttes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2092.png?1519388822' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Toni Negri publi&#233; dans &lt;i&gt;Futur ant&#233;rieur &lt;/i&gt;, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans votre vie intellectuelle le probl&#232;me du politique semble avoir &#233;t&#233; toujours pr&#233;sent. D'un c&#244;t&#233; la participation aux mouvements (prisons, homosexuels, autonomie italienne, Palestiniens), de l'autre la probl&#233;matisation constante des institutions se suivent et s'entrem&#234;lent dans votre votre oeuvre, depuis le livre sur Hume jusqu'&#224; celui sur Foucault. D'o&#249; na&#238;t cette approche continue &#224; la question du politique et comment r&#233;ussit-elle &#224; se maintenir toujours l&#224;, au fil de votre oeuvre ? Pourquoi le rapport mouvement-institutions est-il toujours probl&#233;matique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'int&#233;ressait, c'&#233;tait les cr&#233;ations collectives plut&#244;t que les repr&#233;sentations. Dans les &#171; institutions &#187;, il y a tout un mouvement qui se distingue &#224; la fois des lois et des contrats. Ce que je trouvais chez Hume, c'&#233;tait une conception tr&#232;s cr&#233;atrice de l'institution et du droit. Au d&#233;but, je m'int&#233;ressais plus au droit qu'&#224; la politique. Ce qui me plaisait m&#234;me chez Masoch et Sade, c'&#233;tait leur conception tout &#224; fait tordue du contrat selon Masoch, de l'institution selon Sade, rapport&#233;s &#224; la sexualit&#233;. Aujourd'hui encore, le travail de Fran&#231;ois Ewald pour restaurer une philosophie du droit me semble essentiel. Ce qui m'int&#233;resse, ce n'est pas la loi ni les lois, (l'une est une notion vide, les autres des notions complaisantes), ni m&#234;me le droit ou les droits, c'est la jurisprudence. C'est la jurisprudence qui est vraiment cr&#233;atrice de droit : il faudrait qu'elle ne reste pas confi&#233;e aux juges. Ce n'est pas le Code civil que les &#233;crivains devraient lire, mais plut&#244;t les recueils de jurisprudence. On songe d&#233;j&#224; &#224; &#233;tablir le droit de la biologie moderne ; mais tout, dans la biologie moderne et les nouvelles situations qu'elle cr&#233;e, les nouveaux &#233;v&#233;nements qu'elle rend possibles, est affaire de jurisprudence. Ce n'est pas d'un comit&#233; des sages, moral et pseudo-comp&#233;tent, dont on a besoin, mais de groupes d'usagers. C'est l&#224; qu'on passe du droit &#224; la politique. Une sorte de passage &#224; la politique, je l'ai fait pour mon compte, avec Mai 68, &#224; mesure que je prenais contact avec des probl&#232;mes pr&#233;cis, gr&#226;ce &#224; Guattari, gr&#226;ce &#224; Foucault, gr&#226;ce &#224; Elie Sambar. L'Anti-Oedipe fut tout entier un livre de philosophie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez ressenti les &#233;v&#233;nements de 68 comme &#233;tant le triomphe de l'Intempestif, la r&#233;alisation de la contre-effectuation. D&#233;j&#224; dans les ann&#233;es avant 68, dans le travail sur Nietzsche, de m&#234;me qu'un peu plus tard dans Sacher Masoch, le politique est reconquis chez vous comme possibilit&#233;, &#233;v&#233;nement, singularit&#233;. Il y a des courts-circuits, qui ouvrent le pr&#233;sent sur le futur. Et qui modifient, donc, les institutions m&#234;mes. Mais apr&#232;s 68 votre &#233;valuation semble se nuancer : la pens&#233;e nomade se pr&#233;sente toujours, dans le temps, sous la forme de la contre-effectuation instantan&#233;e ; dans l'espace, seulement un &#171; devenir minoritaire est universel &#187;. Mais qu'est-ce que donc cette universalit&#233; de l'intempestif ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que, de plus en plus, j'ai &#233;t&#233; sensible &#224; une distinction possible entre le devenir et l'histoire. C'est Nietzsche qui disait que rien d'important ne se fait sans une &#171; nu&#233;e non historique &#187;. Ce n'est pas une opposition entre l'&#233;ternel et l'historique, ni entre la contemplation et l'action : Nietzsche parle de ce qui se fait, de l'&#233;v&#233;nement m&#234;me ou du devenir. Ce que l'histoire saisit de l'&#233;v&#233;nement, c'est son effectuation dans des &#233;tats de choses, mais l'&#233;v&#233;nement dans son devenir &#233;chappe &#224; l'histoire. L'histoire n'est pas l'exp&#233;rimentation, elle est seulement l'ensemble des conditions presque n&#233;gatives qui rendent possibles l'exp&#233;rimentation de quelque chose qui &#233;chappe &#224; l'histoire. Sans l'histoire, l'exp&#233;rimentation resterait ind&#233;termin&#233;e, inconditionn&#233;e, mais l'exp&#233;rimentation n'est pas historique. Dans un grand livre de philosophie, Clio, P&#233;guy expliquait qu'il y a deux mani&#232;res de consid&#233;rer l'&#233;v&#233;nement, l'une qui consiste &#224; passer le long de l'&#233;v&#233;nement, &#224; en recueillir l'effectuation dans l'histoire, le conditionnement et le pourrissement dans l'histoire, mais l'autre &#224; remonter l'&#233;v&#233;nement, &#224; s'installer en lui comme dans un devenir, &#224; rajeunir et &#224; vieillir en lui tout &#224; la fois, &#224; passer par toutes ses composantes ou singularit&#233;s. Le devenir n'est pas de l'histoire ; l'histoire d&#233;signe seulement l'ensemble des conditions si r&#233;centes soient-elles, dont on se d&#233;tourne pour &#171; devenir &#187;, c'est-&#224;-dire pour cr&#233;er quelque chose de nouveau. C'est exactement ce que Nietzsche appelle l'Intempestif. Mai 68 a &#233;t&#233; la manifestation, l'irruption d'un devenir &#224; l'&#233;tat pur. Aujourd'hui, la mode est de d&#233;noncer les horreurs de la r&#233;volution. Ce n'est m&#234;me pas nouveau, tout le romantisme anglais est plein d'une r&#233;flexion sur Cromwell tr&#232;s analogue &#224; celle sur Staline aujourd'hui. On dit que les r&#233;volutions ont un mauvais avenir. Mais on ne cesse de m&#233;langer deux choses, l'avenir des r&#233;volutions et le devenir r&#233;volutionnaire des gens. Ce ne sont m&#234;me pas les m&#234;mes gens dans les deux cas. La seule chance des hommes est dans le devenir r&#233;volutionnaire, qui peut seul conjurer la honte, ou r&#233;pondre &#224; l'intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il me semble que Mille plateaux, que je consid&#232;re comme une grande oeuvre philosophique, est aussi un catalogue de probl&#232;mes irr&#233;solus, surtout dans le domaine de la philosophie politique. Les couples conflictuels processus-projet, singularit&#233;-sujet, composition-organisation, lignes de fuite-dispositifs et strat&#233;gies, micro-macro, etc., tout cela, non seulement reste toujours ouvert mais est sans cesse rouvert, avec une volont&#233; th&#233;orique inou&#239;e et avec une violence qui rappelle le ton des h&#233;r&#233;sies. Je n'ai rien contre une telle subversion, bien au contraire&#8230; Mais quelquefois il me semble entendre une note tragique, l&#224; o&#249; on ne sait pas o&#249; am&#232;ne la &#171; machine de guerre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis touch&#233; de ce que vous dites. Je crois que F&#233;lix Guattari et moi, nous somme rest&#233;s marxistes, de deux mani&#232;res diff&#233;rentes peut-&#234;tre, mais tous les deux. C'est que nous ne croyons pas &#224; une philosophie politique qui ne serait pas centr&#233;e sur l'analyse du capitalisme et de ses d&#233;veloppements. Ce qui nous int&#233;resse le plus chez Marx, c'est l'analyse du capitalisme comme syst&#232;me immanent qui ne cesse de repousser ses propres limites, et qui les retrouven toujours &#224; une &#233;chelle agrandie, parce que la limite, c'est la Capital lui-m&#234;me. Mille plateaux indique beaucoup de directions dont voici les trois principales : d'abord, une soci&#233;t&#233; nous semble se d&#233;finir moins par ses contradictions que par ses lignes de fuite, elle fuit de partout, et c'est tr&#232;s int&#233;ressant d'essayer de suivre &#224; tel ou tel moment les lignes de fuite qui se dessinent. Soit l'exemple de l'Europe aujourd'hui : les hommes politiques occidentaux se sont donn&#233; beaucoup de mal pour la faire, les technocrates, beaucoup de mal pour uniformiser r&#233;gimes et r&#232;glements, mais d'une part ce qui risque de surprendre, c'est les explosions qui peuvent se faire chez les jeunes, chez les femmes, en fonction du simple &#233;largissement des limites (cela n'est pas &#171; technocratisable &#187;), et d'autre part, c'est assez gai de se dire que cette Europe est d&#233;j&#224; compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e avant d'avoir commenc&#233;, d&#233;pass&#233;e par les mouvements qui viennent de l'Est. Ce sont de s&#233;rieuses lignes de fuite. Il y a une autre direction dans Mille plateaux, qui ne consiste plus seulement &#224; consid&#233;rer les lignes de fuite plut&#244;t que les contradictions, mais les minorit&#233;s plut&#244;t que les classes. Enfin, une troisi&#232;me direction, qui consiste &#224; chercher un statut des &#171; machines de guerre &#187;, qui ne se d&#233;finiraient pas du tout par la guerre, mais par une certaine mani&#232;re d'occuper, de remplir l'espace-temps, ou d'inventer de nouveaux espaces-temps : les mouvements r&#233;volutionnaires (on ne consid&#232;re pas suffisamment par exemple comment l'OLP a d&#251; inventer un espace-temps dans le monde arabe), mais aussi des mouvements d'art sont de telles machines de guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous dites que tout cela n'est pas sans une tonalit&#233; tragique, ou m&#233;lancolique. Je crois voir pourquoi. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s frapp&#233; par toutes les pages de Primo Levi o&#249; il explique que les camps nazis ont introduit en nous &#171; la honte d'&#234;tre un homme &#187;. Non pas, dit-il, que nous soyons tous responsables su nazisme, comme on voudrait nous le faire croire, mais nous avons &#233;t&#233; souill&#233;s par lui : m&#234;me les survivants des camps ont d&#251; passer des compromis, ne serait-ce que pour survivre. Honte qu'il y ait eu des hommes pour &#234;tre nazis, honte de n'avoir pas pu ni su l'emp&#234;cher, honte d'avoir pass&#233; des compromis, c'est tout ce que Primo Levi appelle la &#171; zone grise &#187;. Et la honte d'&#234;tre un homme, il arrive aussi que nous l'&#233;prouvions dans des circonstances simplement d&#233;risoires : devant une trop grande vulgarit&#233; de penser, devant une &#233;mission de vari&#233;t&#233;s, devant le discours d'un ministre, devant des propos de &#171; bons vivants &#187;. C'est un des motifs les plus puissants de la philosophie, ce qui en fait forc&#233;ment une philosophie politique. dans le capitalisme, il n'y qu'une chose qui soit universel, c'est le march&#233;. Il n'y a pas d'Etat universel, justement parce qu'il y a un march&#233; universel dont les Etats sont des foyers, des bourses. Or il n'est pas universalisant, homog&#233;n&#233;isant, c'est une fantastique fabrication de richesse et de mis&#232;re. Les droits de l'homme ne nous feront pas b&#233;nir les &#171; joies &#187; du capitalisme lib&#233;ral auquel ils participent activement. il n'y a pas d'Etat d&#233;mocratique qui ne soit compromis jusqu'au coeur dans cette fabrication de la mis&#232;re humaine. La honte, c'est que nous n'ayons aucun moyen s&#251;r pour pr&#233;server, et &#224; plus forte raison faire lever les devenirs, y compris en nous-m&#234;mes. Comment un groupe tournera, comment il retombera dans l'histoire, c'est ce qui impose un perp&#233;tuel &#171; souci &#187;. Nous ne disposons plus d'une image du prol&#233;taire auquel il suffirait de prendre conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment le devenir minoritaire peut-il &#234;tre puissant ? Comment la r&#233;sistance peut-elle devenir une insurrection ? En vous lisant, je suis toujours dans le doute &#224; propos des r&#233;ponses &#224; donner &#224; de telles questions, m&#234;me si dans vos oeuvres je trouve toujours l'impulsion qui m'oblige &#224; reformuler th&#233;oriquement et pratiquement de telles questions. Et pourtant, quand je lis vos pages sur l'imagination ou les notions communes chez Spinoza, ou quand je suis dans l'Image-temps votre description sur la composition du cin&#233;ma r&#233;volutionnaire dans les pays du tiers monde, et que je saisis avec vous le passage de l'image &#224; la fabulation, &#224; la praxis politique, j'ai presque l'impression d'avoir trouv&#233; une r&#233;ponse&#8230; Ou est-ce que je me trompe ? Existe-t-il donc un mode pour que la r&#233;sistance des opprim&#233;s puisse devenir efficace et l'intol&#233;rable d&#233;finitivement effac&#233; ? Existe-t-il un mode pour que la masse de singularit&#233;s et d'atomes que nous sommes tous puisse se pr&#233;senter comme pouvoir constituant, ou, au contraire, devons-nous accepter le paradoxe juridique d'apr&#232;s lequel le pouvoir constituant ne peut &#234;tre d&#233;fini que par le pouvoir constitu&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minorit&#233;s et les majorit&#233;s ne se distinguent pas par le nombre. Une minorit&#233; peut &#234;tre plus nombreuse qu'une majorit&#233;. Ce qui d&#233;finit la majorit&#233;, c'est un mod&#232;le auquel il faut &#234;tre conforme : par exemple l'Europ&#233;en moyen adulte m&#226;le habitant des villes&#8230; Tandis qu'une minorit&#233; n'a pas de mod&#232;le, c'est un devenir, un processus. On peut dire que la majorit&#233;, ce n'est personne. Tout le monde, sous un aspect ou un autre, est pris dans un devenir minoritaire qui l'entra&#238;nerait dans des voies inconnues s'il se d&#233;cidait &#224; le suivre. Quand une minorit&#233;s se cr&#233;e des mod&#232;les, c'est parce qu'elle veut devenir majoritaire, et c'est sans doute in&#233;vitable pour sa survie ou son salut (par exemple avoir un Etat, &#234;tre reconnue, imposer ses droits). Mais sa puissance vient de ce qu'elle a su cr&#233;er, et qui passera plus ou moins dans le mod&#232;le, sans en d&#233;pendre. Le peuple, c'est toujours une minorit&#233; cr&#233;atrice, et qui le reste, m&#234;me quand elle conquiert une majorit&#233; : les deux choses peuvent coexister parce qu'elles ne se vivent pas sur le m&#234;me plan. Les plus grands artistes (pas du tout des artistes populistes) font appel &#224; un peuple, et constatent que &#171; le peuple manque &#187; : Mallarm&#233;, Rimbaud, Klee, Berg. Au cin&#233;ma, les Straub. L'artiste ne peut que faire appel &#224; un peuple, il en a besoin au plus profond de son entreprise, il n'a pas &#224; le cr&#233;er et ne le peut pas. L'art, c'est ce qui r&#233;siste : il r&#233;siste &#224; la mort, &#224; la servitude, &#224; l'infamie, &#224; la honte. Mais le peuple ne peut pas s'occuper d'art. Comment un peuple se cr&#233;e, dans quelles souffrances abominables ? Quand un peuple se cr&#233;e, c'est par ses moyens propres, mais de mani&#232;re &#224; rejoindre quelque chose de l'art (Garel dit que le mus&#233;e du Louvre, lui aussi, contient une somme de souffrance abominable), ou de mani&#232;re que l'art rejoigne ce qui lui manquait. L'utopie n'est pas un bon concept : il y a plut&#244;t une &#171; fabulation &#187; commune au peuple et &#224; l'art. Il faudrait reprendre la notion bergsonnienne de fabulation pour lui donner un sens politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans votre livre sur Foucault et puis aussi dans l'interview t&#233;l&#233;visuelle &#224; l'INA, vous proposez d'approfondir l'&#233;tude de trois pratiques du pouvoir : le Souverain, le Disciplinaire, et surtout celui du Contr&#244;le sur la &#171; communication &#187; qui aujourd'hui est en train de devenir h&#233;g&#233;monique. D'un c&#244;t&#233;, ce dernier sc&#233;nario renvoie &#224; la plus haute perfection de la domination qui touche aussi la parole et l'imagination, mais de l'autre, jamais autant qu'aujourd'hui, tous les hommes, toutes les minorit&#233;s, toutes les singularit&#233;s sont potentiellement capables de prendre la parole, et avec elle, un plus haut degr&#233; de libert&#233;. Dans l'utopie marxienne des Grundrisse, le communisme se configure justement comme une organisation transversale d'individus libres, sur une base technique qui en garantit les conditions. Le communisme est-il encore pensable ? Dans la soci&#233;t&#233; de la communication, peut-&#234;tre est-il moins utopique qu'hier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est certain que nous entrons dans des soci&#233;t&#233;s de &#171; contr&#244;le &#187; qui ne sont plus exactement disciplinaires. Foucault est souvent consid&#233;r&#233; comme le penseur des soci&#233;t&#233;s de discipline, et de leur technique principale, l'enfermement (pas seulement l'h&#244;pital et la prison, mais l'&#233;cole, l'usine, la caserne). Mais, en fait, il est l'un des premiers &#224; dire que les soci&#233;t&#233; disciplinaires, c'est ce que nous sommes en train de quitter, ce que nous ne sommes d&#233;j&#224; plus. Nous entrons dans des soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le, qui fonctionnent non plus par enfermement, mais par contr&#244;le continu et communication instantan&#233;e. Burroughs en a commenc&#233; l'analyse. Bien s&#251;r, on ne cesse de parler de prison, d'&#233;cole, d'h&#244;pital : ces institutions sont en crise. Mais, si elles sont en crise, c'est pr&#233;cis&#233;ment dans des combats d'arri&#232;re-garde. Ce qui se met en place, &#224; t&#226;tons, ce sont de nouveaux types de sanctions, d'&#233;ducation, de soin. Les h&#244;pitaux ouverts, les &#233;quipes soignantes &#224; domicile, etc., sont d&#233;j&#224; apparus depuis longtemps. On peut pr&#233;voir que l'&#233;ducation sera de moins en moins un milieu clos, se distinguant du milieu professionnel comme autre milieu clos, mais que tous les deux dispara&#238;tront au profit d'une terrible formation permanente, d'un contr&#244;le continu s'exer&#231;ant sur l'ouvrier-lyc&#233;en ou le cadre-universitaire. On essaie de nous faire croire &#224; une r&#233;forme de l'&#233;cole, alors que c'est une liquidation. Dans un r&#233;gime de contr&#244;le, on n'en a jamais fini avec rien. Vous-m&#234;me, il y a longtemps que vous avez analys&#233; une mutation du travail en Italie, avec des formes de travail int&#233;rimaire, &#224; domicile, qui se sont confirm&#233;es depuis (et de nouvelles formes de circulation et de distribution des produits). A chaque type de soci&#233;t&#233;, &#233;videmment, on peut faire correspondre un type de machine : les machines simples ou dynamiques pour les soci&#233;t&#233;s de souverainet&#233;, les machines &#233;nerg&#233;tiques pour les disciplines, les cybern&#233;tiques et les ordinateurs pour les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le. Mais les machines n'expliquent rien, il faut analyser les agencements collectifs dont les machines ne sont qu'une partie. Face aux formes prochaines de contr&#244;le incessant en milieu ouvert, il se peut que les plus durs enfermements nous paraissent appartenir &#224; un pass&#233; d&#233;licieux et bienveillant. La recherche des &#171; universaux de la communication &#187; a de quoi nous faire trembler. Il est vrai que, avant m&#234;me que les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le se soient r&#233;ellement organis&#233;es, les formes de d&#233;linquance ou de r&#233;sistance (deux cas distincts) apparaissent aussi. Par exemple les piratages ou les virus d'ordinateurs, qui remplaceront les gr&#232;ves et ce qu'on appelait au XIX&#176; si&#232;cle &#171; sabotage &#187; (le sabot dans la machine). Vous demandez si les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ou de communication ne susciteront pas des formes de r&#233;sistance capables de redonner des chances &#224; un communisme con&#231;u comme &#171; organisation transversale d'individus libres &#187;. Je ne sais pas, peut-&#234;tre. Mais ce ne serait pas dans la mesure o&#249; les minorit&#233;s pourraient reprendre la parole. Peut-&#234;tre la parole, la communication, sont-elles pourries. Elles sont enti&#232;rement p&#233;n&#233;tr&#233;es par l'argent : non par accident, mais par nature. Il faut un d&#233;tournement de la parole. Cr&#233;er a toujours &#233;t&#233; autre chose que communiquer. L'important, ce sera peut-&#234;tre de cr&#233;er des vacuoles de non-commmunication, des interrupteurs, pour &#233;chapper au contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans Foucault et dans le Pli, il semble que les processus de subjectivation soient observ&#233;s avec davantage d'attention que dans certaines de vos oeuvres. Le sujet est la limite d'un mouvement continu entre un dedans et un dehors. Quelles cons&#233;quences politiques cette conception du sujet a-t-elle ? Si le sujet ne peut pas &#234;tre r&#233;solu dans l'ext&#233;riorit&#233; de la citoyennet&#233;, peut-il instaurer celle-ci dans la puissance et la vie ? Peut-il rendre possible une nouvelle pragmatique militante, &#224; la fois pi&#233;t&#224;s pour le monde et construction tr&#232;s radicale ? Quelle politique pour prolonger dans l'histoire la splendeur de l'&#233;v&#233;nement et de la subjectivit&#233; ? Comment penser une communaut&#233; sans fondement mais puissante, sans totalit&#233;, mais, comme chez Spinoza, absolue ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en effet parler de processus de subjectivation quand on consid&#232;re les diverses mani&#232;res dont des individus ou des collectivit&#233;s se constituent comme sujets : de tels processus ne valent que dans la mesure o&#249;, quand ils se font, il &#233;chappent &#224; la fois aux savoirs constitu&#233;s et aux pouvoirs dominants. M&#234;me si par la suite ils engendrent de nouveaux pouvoirs ou repassent dans de nouveaux savoirs. Mais, sur le moment, ils ont bien une spontan&#233;it&#233; rebelle. Il n'y a l&#224; nul retour au &#171; sujet &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; une instance dou&#233;e de devoirs, de pouvoir et de savoir. Plut&#244;t que processus de subjectivation, on pourrait parler aussi bien de nouveaux types d'&#233;v&#233;nements : des &#233;v&#233;nements qui ne s'expliquent pas par les &#233;tats de choses qui les suscitent, ou dans lesquels ils retombent. Ils se l&#232;vent un instant, et c'est ce moment-l&#224; qui est important, c'est la chance qu'il faut saisir. Ou bien on pourrait parler simplement du cerveau : c'est le cerveau qui est exactement cette limite d'un mouvement continu r&#233;versible entre un Dedans et un Dehors, cette membrane entre les deux. De nouveaux frayages c&#233;r&#233;braux, de nouvelles mani&#232;res de penser ne s'expliquent pas par la microchirurgie, c'est au contraire la science qui doit s'efforcer de d&#233;couvrir ce qu'il peut bien y avoir eu dans le cerveau pour qu'on se mette &#224; penser de telle ou tele mani&#232;re. Subjectivation, &#233;v&#233;nement ou cerveau, il me semble que c'est un peu la m&#234;me chose. Croire au monde, c'est ce qui nous manque le plus ; nous avons tout &#224; fait perdu le monde, on nous en a d&#233;poss&#233;d&#233;. Croire au monde, c'est aussi bien susciter des &#233;v&#233;nements m&#234;me petits qui &#233;chappent au contr&#244;le, ou faire na&#238;tre de nouveaux espaces-temps, m&#234;me de surface ou de volume r&#233;duits. C'est ce que vous appelez &lt;i&gt;pi&#233;t&#224;s&lt;/i&gt;. C'est au niveau de chaque tentative que se jugent la capacit&#233; de r&#233;sistance ou au contraire la soumission &#224; un contr&#244;le. Il faut &#224; la fois cr&#233;ation et peuple.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>connexions d&#233;connexions</title>
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		<description>&lt;p&gt;21 ao&#251;t 2017&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_10.45.36-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_10.45.36-1.jpg?1503302253' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Auger&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Auger&lt;/a&gt; [&#8230;] m'avait fait cadeau d'un mot, il n'y a pas de plus beau cadeau. Il m'avait dit je te donne un mot : et c'&#233;tait &lt;i&gt;espace quelconque.&lt;/i&gt; [&#8230;] Les espaces quelconques c'est tr&#232;s simple : ce sont des espaces qui se pr&#233;sentent soit comme des espaces vides, c'est-&#224;-dire sans pr&#233;sence humaine, soit des espaces dont les parties sont d&#233;connect&#233;es, d&#233;sorient&#233;es, les unes par rapport aux autres. Soit les deux &#224; la fois, &#231;a ne s'oppose pas. Espace vide ou d&#233;connect&#233;. Et on disait ah ben oui &#231;a c'est bien, on peut appeler &#231;a espaces quelconques. Pourquoi ? Parce qu'ils sont pas &#171; qualifi&#233;s &#187;. Sous-entendus ils sont pas qualifi&#233;s par une action qui s'y passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze, Cin&#233;ma et pens&#233;e, cours 89 du 21 mai 1985 &#224; Vincennes (transcription : &lt;a href=&#034;http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_article=391&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nadia Ouis&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_5543 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-5543 &#034; data-id=&#034;e95e64450a1455cfb4150ac74cf23c71&#034; src=&#034;IMG/mp3/sylvain_chauveau_-_i_follow_rivers.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Sylvain Chauveau, &lt;i&gt;I Follow Rivers&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5536 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_11.08.40.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_11.08.40.jpg?1503302253' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt jours loin &#8212; d&#233;connexions : s'&#233;loigner d'abord, c'est laisser l'ordinateur &#224; la table, l'&#233;teindre (pour la premi&#232;re fois depuis un an), partir. Bien s&#251;r, avec le t&#233;l&#233;phone, je verrai tomber les mails, mais les laisser sans r&#233;ponse vingt jours, c'est cela, aussi, surtout, partir. Pr&#232;s de Bordeaux, le ciel est rempli de nuages &#233;tranges, massifs, rapides. Ici, &#224; Marseille, on ne voit pas de tels nuages. C'est cela encore, &#234;tre loin : percevoir la vitesse relative des nuages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les espaces sans connexion, on s'&#233;prouve pr&#233;serv&#233; du monde et plus affect&#233; encore par ses drames : les titres des journaux qu'on aper&#231;oit parfois, par hasard, semblent afficher plus terriblement encore l'indiff&#233;rence de tous aux abjections de notre r&#233;el. Les morts qui se d&#233;nombrent ne sont que des statistiques : de loin o&#249; on est, on est bizarrement davantage meurtri encore, parce que les morts traversent l'indiff&#233;rence que les journaux exhibent au milieu de leurs grotesques &lt;i&gt;Cahiers d'&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Les nuages passent sur cela, on t&#226;che de forger la promesse de ne jamais s'habituer &#224; aucun chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_11.15.05-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_11.15.05-2.jpg?1503302253' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai emport&#233; le &lt;i&gt;Marx Intempestif&lt;/i&gt; de Daniel Bensa&#239;d, dont je lirai quelques pages seulement, r&#234;vant avec f&#233;rocit&#233; &#224; ce qu'on pourrait en faire : de ces quelques pages et de celles que je n'ai pas lues, que je lirai cette semaine &#8212; je finirai &lt;i&gt;L'Esth&#233;tique de la r&#233;sistance&lt;/i&gt; de Peter Weiss commenc&#233; &#224; Avignon dans un m&#234;me mouvement. Avec la rentr&#233;e litt&#233;raire qui s'annonce aussi affligeante que ti&#232;de, on a tant besoin d'alcool fort, rageur, br&#251;lant encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris beaucoup de photos, comme on prend des forces.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_20.40.41.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-07_20.40.41.jpg?1503302372' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;connexion, cela veut dire : trouver l'&#233;lan pour renouer, se reconnecter ensuite. C'est un geste de la main qui dit partir et revenir dans le m&#234;me d&#233;sir : on ne revient pas si on ne part pas. Du r&#233;el comme d'un d&#233;sir, et du corps comme de la pens&#233;e, du ciel aussi, comme &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la mi-juillet, les &#233;preuves du livre attendent : j'avais dit : je les relirai le 21 ao&#251;t. On y est : ce qui s'est pass&#233; depuis ? Le contraire de l'attente, l'oubli peut-&#234;tre, et maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_09.52.15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_09.52.15.jpg?1503302372' width='500' height='498' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les espaces quelconques, ce n'est pas le vide : plut&#244;t le battement, comme entre la porte et le dehors, ce qui bat, s'ouvre et vient s'engouffrer, la plaie et la blessure &#8212; mais vive. Dans les espaces sans action, la diastole. &#201;trange et &#233;vident : le temps consign&#233; dans les pages de ce journal &#224; contretemps notent toujours l'intervalle entre deux jours non &#233;crits, et ce n'est pas le jour &#233;crit qui importe le plus. Finalement, ce qui s'&#233;crit, c'est toujours le temps entre deux temps battus sur soi, pulsation irr&#233;guli&#232;re de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faudra peut-&#234;tre une journ&#233;e enti&#232;re pour r&#233;pondre aux messages : essentiels ou administratifs, amicaux, &lt;i&gt;professionnels&lt;/i&gt; (je cherche le sens de ce mot) &#8212; je n'ai pas de strat&#233;gie. Y r&#233;pondre dans l'ordre ? Ou dans le sens des importances ? La plupart resteront sans r&#233;ponse, et gratteront comme une piqure sur le membre amput&#233;. Il y aura la vie au milieu de tout cela qui fera un sort &#224; l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_10.10.26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_10.10.26.jpg?1503302372' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, l'araign&#233;e dans le lavabo se d&#233;bat : je fais couler l'eau, sans cruaut&#233;, non, seulement pour abr&#233;ger sa vie ou ses souffrances (r&#234;vant aux souffrances que peut bien &#233;prouver une araign&#233;e). Elle se recroqueville ; je la crois morte, et soudain elle se d&#233;plie, recommence l'impossible t&#226;che de gravir la paroi lisse du lavabo, retombe, recommence. Je la regarde. Une image de nos jours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le feu aux portes de la ville : tout ce mois, c'&#233;tait ma lecture continue, r&#233;guli&#232;re, dans les journaux : suivre l'avanc&#233;e des feux. Pourquoi ? Une autre image, une autre &#233;nigme qui pourrait d&#233;signer le chiffre du jour, mais qui reste scell&#233;e. Par elle je suis rest&#233; connect&#233; &#224; la ville, au monde, &#224; sa rigoureuse marche. Mais ces nouvelles, j'aurais pu les lire l'an dernier, et je les lirai l'an prochain : les feux autour de la ville, ici, marquent chaque &#233;t&#233; &#8212; c'est &#224; se demander s'il reste quelque chose &#224; br&#251;ler. Le feu trouve toujours de quoi br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_17.43.54.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-09_17.43.54.jpg?1503302373' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une autre image de ces jours : pas la derni&#232;re. La derni&#232;re ne viendra pas : et cela aussi, cela surtout, est une image de ces jours d&#233;connect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-11_19.18.27.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2017-08-11_19.18.27.jpg?1503302373' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>en attendant, ne rien attendre</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/en-attendant-ne-rien-attendre</link>
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		<dc:date>2016-09-04T18:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
		<dc:subject>_solitudes</dc:subject>
		<dc:subject>_Bob Dylan</dc:subject>
		<dc:subject>_foules</dc:subject>
		<dc:subject>_ville</dc:subject>
		<dc:subject>_Marseille</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bob Dylan, 'Can't Wait' (Time Out of Mind, 1997) Le langage n'est pas la vie, il donne des ordres &#224; la vie ; la vie ne parle pas, elle &#233;coute et attend. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, Mille Plateaux, p. 95-96. &#192; la recherche des signes, on perd souvent sa propre trace. J'aurai tant aim&#233; la ville et je m'en &#233;loigne, de plus en plus : pour mieux (me dis-je et me console) en retrouver la violence, la d&#233;chirure, la beaut&#233; terrible et n&#233;cessaire. La ville est comme sa terre : on ne peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/" rel="directory"&gt;JOURNAL | CONTRETEMPS (un weblog)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_solitudes" rel="tag"&gt;_solitudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_bob-dylan" rel="tag"&gt;_Bob Dylan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_foules" rel="tag"&gt;_foules&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ville" rel="tag"&gt;_ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_marseille" rel="tag"&gt;_Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4990 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-08-27_08.56.42-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-08-27_08.56.42-1.jpg?1473012340' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_4992 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-4992 &#034; data-id=&#034;038d7ef05f2596bd53cb813638c652e5&#034; src=&#034;IMG/mp3/10_can_t_wait.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Bob Dylan, 'Can't Wait' (&lt;i&gt;Time Out of Mind&lt;/i&gt;, 1997)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le langage n'est pas la vie, il donne des ordres &#224; la vie ; la vie ne parle pas, elle &#233;coute et attend.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Mille Plateaux, &lt;/i&gt; p. 95-96.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; la recherche des signes, on perd souvent sa propre trace. J'aurai tant aim&#233; la ville et je m'en &#233;loigne, de plus en plus : pour mieux (me dis-je et me console) en retrouver la violence, la d&#233;chirure, la beaut&#233; terrible et n&#233;cessaire. La ville est comme sa terre : on ne peut l'&#233;prouver qu'en y revenant, et on ne peut y revenir que loin d'elle. Pensais-je, ici : alors que la ville s'&#233;loigne et que je n'y pense plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris dans le d&#233;ferlement des cloches de l'&#233;glise proche &#8211; qui appelle-t-elle ? Ceux qui veulent s'y rendre n'ont rien d'autres &#224; faire, et les autres ne l'entendent plus. Au moins, les appels &#224; la pri&#232;re ont pour eux la beaut&#233; du chant et le myst&#232;re de la langue. Dans la chambre, au milieu des cartons, dans ce temps de l'entre-deux qui n'existent que par ce qu'il annonce, je suis un peu comme la musique de ces cloches qui ne me parviennent qu'avec le distance des si&#232;cles et des croyances. Je suis loin, et je suis tout pr&#232;s. La ville bat. Je pourrais la toucher, presque. Tout est dans le presque qui me tient lieu de vie d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour de chaleur, accablant le jour m&#234;me. Lire d'une seule haleine &lt;a href=&#034;http://al-dante.org/shop-4/michel-surya/le-mort-ne-suivi-de-eux/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un bref r&#233;cit puissant&lt;/a&gt; ; &#233;couter les le&#231;ons de l'histoire &lt;a href=&#034;https://www.college-de-france.fr/site/patrick-boucheron/course-2015-2016.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'Ambroise de Milan&lt;/a&gt; ; avancer (dans) les vies &lt;a href=&#034;http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique122&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;imaginaires de Rimb.&lt;/a&gt; ; remplir des cartons, les vider ; poursuivre cette vie sociale et administrative aberrante, donner le change au r&#233;el : et tricher avec le secret des jours et des nuits pour conjurer l'ordre v&#233;ritable du monde (en fait : r&#234;ver). Ce pourrait &#234;tre le compte rendu de tous les jours ces jours-ci, et ceux &#224; venir. Ces jours qui sont surtout ceux de l'attente d'une vie qui saura rendre la vie relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, attendre. Et faire de l'attente un geste &#8211; &#233;crire par exemple (&#231;a ne suffit pas, &#231;a ne suffit jamais). D&#233;poser ici une image du ciel, une autre de la mer : avec l'intention de vouloir dire ce qui bat entre les deux, la ville et l'attente, ce que dans l'attente on fait qui n'attend pas : r&#234;ver encore, d&#233;sirer toujours, l'automne par exemple : et par exemple : le geste qui fait de l'attente un d&#233;sir et un r&#234;ve m&#234;l&#233; de l'automne r&#233;alis&#233; en chair.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4991 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-08-25_11.31.57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2016-08-25_11.31.57.jpg?1473012341' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gilles Deleuze | &#171; Ramener &#224; la surface ce qui restait des monstres du fond et des figures du ciel. &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/anthologie-personnelle-pages/pages-arrachees/article/gilles-deleuze-ramener-a-la-surface-ce-qui-restait-des-monstres-du-fond-et-des</link>
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		<dc:date>2014-12-23T16:19:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_pages</dc:subject>
		<dc:subject>_Friedrich Nietzsche</dc:subject>
		<dc:subject>_danse</dc:subject>
		<dc:subject>_philosophie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La danse de Nietzsche (les causes de la folie)&lt;/p&gt;

-
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1484.jpg?1419351526' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1484.jpg?1419351535&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour travail en cours, relecture de &lt;i&gt;Logique du Sens&lt;/i&gt;, ces pages sur la folie &#8212; lecture apr&#232;s la lecture, prends la mesure du leurre que constitue la programme de l'ouvrage (localiser les d&#233;terminations du sens et du non-sens, et leurs lieux), alors qu'en chacun de ses endroits, l'&#233;criture para&#238;t travailler &#224; chercher, voire &#224; produire, des territoires o&#249; non seulement l'opposition du sens serait caduque, mais o&#249; la d&#233;termination m&#234;me du sens &#8212; qui a fond&#233; la pens&#233;e occidentale &#8212; se r&#233;v&#232;lerait st&#233;rile : travailler &#224; l'intensit&#233;, c'est fabriquer pour soi et &#224; l'autre ces territoires arrach&#233;s &#224; de telles d&#233;terminations, o&#249; l'&#233;v&#233;nement serait sa pure advenue : et o&#249; la v&#233;ritable, et derni&#232;re opposition, r&#233;siderait entre folie et raison d'une part, et silence et langage d'autre part. O&#249; seule la position tenable de la vie r&#233;siderait non dans la bascule de l'une &#224; l'autre, mais au sein de la d&#233;chirure m&#234;me, ou pour mieux dire : dans ce non-lieu qui est le milieu, le mouvement de d&#233;portation d'un seuil &#224; l'autre, peut-&#234;tre ;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Logique du Sens&lt;/i&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quinzi&#232;me S&#233;rie : Des Singularit&#233;s &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Minuit, Coll. &#034;Critique&#034;, p. 131-132&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans sa propre d&#233;couverte, Nietzsche a entrevu comme dans un r&#234;ve le moyen de fouler la terre, de l'effleurer, de danser et de ramener &#224; la surface ce qui restait des monstres du fond et des figures du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai qu'il fut pris par une besogne plus profonde, plus grandiose, plus dangereuse aussi : dans sa d&#233;couverte il vit un nouveau moyen d'explorer le fond, de porter en lui un &#339;il distinct, de discerner en lui mille voix, de faire parler toutes ces voix, quitte &#224; &#234;tre happ&#233; par cette profondeur qu'il interpr&#233;tait et peuplait comme elle n'avait jamais &#233;t&#233;. Il ne supportait pas de rester sur la surface fragile, dont il avait pourtant fait le trac&#233; &#224; travers les hommes et les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regagner un sans-fond qu'il renouvelait, qu'il recreusait, c'est l&#224; que Nietzsche &#224; sa mani&#232;re a p&#233;ri. Ou bien &#171; quasi-p&#233;ri &#187; ; car la maladie et la mort sont l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me, comme r&#233;el justiciable d'une double causalit&#233; : celle des corps, des &#233;tats de choses et des m&#233;langes, mais aussi celle de la quasi-cause qui repr&#233;sente l'&#233;tat d'organisation ou de d&#233;sorganisation de la surface incorporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche est donc devenu d&#233;ment et mourut de paralysie g&#233;n&#233;rale, semble-t-il, m&#233;lange corporel syphilitique. Mais le cheminement que suivait cet &#233;v&#233;nement, cette fois par rapport &#224; la quasi-cause inspirant toute l'ouvre et co-inspirant la vie, tout cela n'a rien &#224; voir avec la paralysie g&#233;n&#233;rale, avec les migraines oculaires et les vomissements dont il souffrait, sauf pour leur donner une nouvelle causalit&#233;, c'est-&#224;-dire une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle ind&#233;pendamment de leur effectuation corporelle, un style dan s une &#339;uvre au lieu d'un m&#233;lange dans le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voyons pas d'autre fa&#231;on de poser le probl&#232;me des rapports de l'&#339;uvre et de la maladie que sous cette double causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2014-12-23_17.09.43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2014-12-23_17.09.43.jpg?1419351611' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ossip Mandelstam | &#171; Acqu&#233;rir une langue &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/anthologie-personnelle-pages/pages-arrachees/article/ossip-mandelstam-acquerir-une-langue</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_d'une langue l'autre</dc:subject>
		<dc:subject>_pages</dc:subject>
		<dc:subject>_Ossip Mandelstam</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le b&#233;gaiement de la naissance&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ossip-mandelstam" rel="tag"&gt;_Ossip Mandelstam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1343.jpg?1392592966' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1343.jpg?1392592975&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ossip Mandelstam, &lt;i&gt;Le Bruit du temps&lt;/i&gt;, cit&#233; par Gilles Deleuze, dans son &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je d&#233;sire non pas parler de moi, mais &#233;pier le si&#232;cle, le bruit et la germination du temps. Ma m&#233;moire est hostile &#224; tout ce qui est personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela d&#233;pendait de moi, je ne ferais que grimace au souvenir du pass&#233;. Je n'ai jamais pu comprendre les Tolsto&#239; et les Aksakov, les petits-fils Bagrov, amoureux des archives familiales avec leurs &#233;pop&#233;es de souvenirs domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le r&#233;p&#232;te, ma m&#233;moire est non pas d'amour, mais d'hostilit&#233;, et elle travaille non &#224; reproduire mais &#224; &#233;carter le pass&#233;. Pour un intellectuel de m&#233;diocre origine, la m&#233;moire est inutile, il lui suffit de parler des livres qu'il a lus, et sa biographie est faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249;, chez les g&#233;n&#233;rations heureuses, l'&#233;pop&#233;e parle en hexam&#232;tres et en chronique, chez moi se tient un signe de b&#233;ance, et entre moi et le si&#232;cle git un ab&#238;me, un foss&#233;, rempli de temps qui bruit, l'endroit r&#233;serv&#233; &#224; la famille et aux archives domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que voulait dire ma famille ? Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait b&#232;gue de naissance et cependant elle avait quelque chose &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur moi et sur beaucoup de mes contemporains p&#232;se le b&#233;gaiement de la naissance. Nous avons appris non &#224; parler, mais &#224; balbutier et ce n'est qu'en m&#234;lant l'oreille au bruit croissant du si&#232;cle et une fois blanchis par l'&#233;cume de sa cr&#234;te que nous avons acquis une langue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Deleuze | Quelque chose de trop grand</title>
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		<dc:date>2013-07-13T17:48:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_vies</dc:subject>
		<dc:subject>_Chantier critique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la fabulation cr&#233;atrice&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fabulation cr&#233;atrice n'a rien &#224; voir avec un souvenir m&#234;me amplifi&#233;, ni un fantasme. En fait, l'artiste, y compris le romancier, d&#233;borde les &#233;tats perceptifs et les passages affectifs du v&#233;cu. C'est un voyant, un devenant. Comment raconterait-il ce qui lui est arriv&#233;, ou ce qu'il imagine, puisqu'il est une ombre ? Il a vu dans la vie quelque chose de trop grand, de trop intol&#233;rable aussi, et les &#233;treintes de la vie avec ce qui la menace, de telle mani&#232;re que le coin de nature qu'il per&#231;oit, ou les quartiers de la ville, et leurs personnages, acc&#232;dent &#224; une vision qui compose &#224; travers eux les percepts de cette vie-l&#224;, de ce moment-l&#224;, faisant &#233;clater les perceptions v&#233;cues dans une sorte de cubisme, de simultan&#233;isme, de lumi&#232;re crue ou de cr&#233;puscule, de pourpre ou de bleu, qui n'ont plus d'autre objet ni sujet qu'eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Minuit, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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