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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Art, litt&#233;rature et r&#233;seaux sociaux | Faire th&#233;&#226;tre des r&#233;seaux</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_&#233;critures num&#233;riques</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures num&#233;riques</dc:subject>
		<dc:subject>_Emmanuel Guez</dc:subject>
		<dc:subject>_Alexandra Saemmer</dc:subject>
		<dc:subject>_Cerisy-La-Salle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;colloque Cerisy-La-Salle, Mai 2018&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/ecritures-numeriques-webnotes/" rel="directory"&gt;&#201;CRITURES NUM&#201;RIQUES | WEBNOTES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-numeriques-56" rel="tag"&gt;_&#233;critures num&#233;riques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-numeriques" rel="tag"&gt;_&#233;critures num&#233;riques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_emmanuel-guez" rel="tag"&gt;_Emmanuel Guez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_alexandra-saemmer" rel="tag"&gt;_Alexandra Saemmer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_cerisy-la-salle" rel="tag"&gt;_Cerisy-La-Salle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2122.png?1527024251' class='spip_logo spip_logo_right' width='132' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Premier jour &#224; Cerisy-La-Salle pour un dense colloque organis&#233; par Emmanuel Guez et Alexandra Saemmer (et grand merci &#224; eux&#8230;), et d&#233;j&#224; des fortes rencontres, &#233;changes et ouvertures. Je d&#233;pose ici ma proposition autour des th&#233;&#226;tralit&#233;s des r&#233;seaux &#8211; qu'il me faudra sans doute reprendre, dans les d&#233;placements qu'op&#232;rent forc&#233;ment de telles journ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_6180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_18.47.19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_18.47.19.jpg?1527023992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais commencer par une image, celle d'un &#233;cran. Un &#233;cran &#224; l'image d'un plateau de th&#233;&#226;tre nu, ce serait la premi&#232;re image avant toute autre : seulement un &#233;cran qui ferait &#233;cran au monde, et qui pourtant nous permettrait sa saisie. Une sc&#233;nographie qui ferait le vide, et dans lequel se jouerait de relation en relation &#8212; on n'oublie jamais qu'on est tous &#224; sept contacts, &#224; sept clics, de toute l'humanit&#233; &#8212; une pl&#233;nitude d'affects et de paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proche et lointain du monde organis&#233;s par &#233;crans interpos&#233;s entre nous et le monde : et d&#233;j&#224; cette premi&#232;re image est une image politique avant toute politique institu&#233;e. Car le politique serait d'abord, avant tour programme, ce geste qui r&#233;cuse la politique administr&#233;e. Alors cette image nue qui nous destitue du monde institue d'autres rapports au monde : c'est la premi&#232;re image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cran, rien que cet &#233;cran semble-t-il, des fen&#234;tres ouvertes sur d'autres, tourn&#233;es vers l'int&#233;rieur de la machine, et beaucoup de silence, presque autant de silence qu'il y a de mots &#233;crits sur l'&#233;cran, et pas de corps, si ce n'est des images de corps &#8211; non, en fait, pas de mots, pas d'images, mais des lignes, fuyantes, d&#233;rivantes, r&#234;veuses, courses &#233;perdues de ligne en ligne sur la ligne des sites en ligne, et allant peut-&#234;tre quelque part, ind&#233;chiffrables, des lignes de codes fabriqu&#233;es avec le contraire de lettres, des chiffres plut&#244;t, ind&#233;chiffrables donc, si ce n'est sous forme de mots et d'images que l'&#233;cran traduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est devant un interpr&#232;te donc, un interpr&#232;te qui bascule en langue connue des mots la langue inou&#239;e des chiffres et des donn&#233;es &#8212; ce mot de donn&#233;es est aussi g&#233;n&#233;reux qu'illusoire : il ne nous donne rien, au contraire nous prend tout : l'expression &#171; la protection des donn&#233;es &#187; intervient toujours quand nos identit&#233;s nous sont arrach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;cran, rien que cet arrachement successif et sans fin, nous qui d&#233;posons des bribes de nos vies dans le temps vol&#233; que nous conc&#232;de l'organisation sociale de la vie, et lui, l'&#233;cran, qui est &#224; la fois un d&#233;p&#244;t et un saccage, le v&#233;ritable lieu du faux, ou plut&#244;t le moment du vrai &#8211; il est vrai que &#171; dans le monde renvers&#233;, le vrai est le moment du faux &#187;, selon la th&#232;se neuf, toujours neuve, de &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du Spectacle&lt;/i&gt; de Guy Debord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, dans la soci&#233;t&#233; qui est la n&#244;tre, on peine &#224; distinguer le monde de son spectacle, et le spectacle de la soci&#233;t&#233; qui le produit, le spectacle est &#224; lui-m&#234;me sa fin, et son origine, le r&#233;gime propre de son apparition. Ce n'est plus le monde qui est un th&#233;&#226;tre, o&#249; selon la banalit&#233; shakespearienne, &#171; tous, hommes et femmes ne sont que les acteurs &#187;, mais le th&#233;&#226;tre qui a disparu dans le monde, et le monde qui s'est absorb&#233; comme th&#233;&#226;tre de ses propres repr&#233;sentations : o&#249; les repr&#233;sentants du peuple ne nous repr&#233;sentent plus, o&#249; rien ne distingue plus la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233; des mariages princiers des jeux de r&#244;le des gouvernements sur les cha&#238;nes des infos dites continues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme supra-organis&#233;e du rituel social, des r&#244;les et des conventions, o&#249; le mot dramaturgie ne sert plus qu'&#224; d&#233;signer le m&#233;canisme des soubresauts politiques, o&#249; la coulisse n'est plus que le terme propre des espaces o&#249; le pouvoir se joue, o&#249; la sc&#232;ne est une tribune apr&#232;s avoir &#233;t&#233; un &#233;chafaud, o&#249; rien du monde ne se conserve dans le th&#233;&#226;tre, mais o&#249; tout le th&#233;&#226;tre suffit pour dire le monde, et d'abord, qu'il est &#171; plein de bruits et de fureur et qu'il signifie rien &#187; &#8212; traduction rigoureuse de la phrase &#224; la syntaxe douteuse et vertigineuse de l'autre banalit&#233; shakespearienne : ce n'est pas qu'il ne signifie rien, mais qu'il signifie : rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien est d'abord un vide politique : soit un consensus. Un espace polic&#233; : un espace de la police, selon le mot de Jacques Ranci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, pour moi, pour nous, c'est de r&#233;armer le mot politique par le dissensus, le conflit. C'est de trouver un lieu contre l'organisation politique des institutions fabriquant du consensus anesth&#233;siant, de la docilit&#233; et de l'ali&#233;nation, et ce lieu &#233;mancip&#233; du consensus, le th&#233;&#226;tre nous en donne une vue, non comme refuge mais comme levier. Espace par nature de l'ag&#244;n, du conflit et du dissensus, le th&#233;&#226;tre peut nous permettre de penser aussi la possibilit&#233; du politique par le conflit : l&#224;, interviendrait le contraire du rien polic&#233;, la lutte, l'art peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais partir du rien, de ce vide politique qui nous entoure, consensus qui nous menace, nous ali&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rien des &#233;crans nus est d'abord l'utopie de la police : l'&#233;conomie morale des &#233;crans &#224; laquelle r&#234;ve l'industrie est ce rien &#8211; un rien qui rapporte mais ne co&#251;te rien ; et contre ce rien, sans doute faudrait-il opposer d'autres pl&#233;nitudes, d'autres force de &lt;i&gt;d&#233;pense&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rien est dans le discours majoritaire, saisi d'abord comme un vide : c'est l'antienne connue pour qualifier &#8212; disqualifier &#8212; la vie en r&#233;seau, cette vie virtuelle, cette vie en moins, cette non-vie, ou pour de faux, et par d&#233;faut, dont l'agitation permanente des bavardages froisse tant les moralistes de notre &#233;poque qui n'y voient qu'invectives, horizontalit&#233;s &#233;parses sans verticalit&#233; ordonnatrice, anonymat, post-humanisme qui ne serait qu'un anti-humanisme, obscurit&#233;, t&#233;n&#232;bres des espaces interlopes o&#249; la juridiction (la police) est toujours en retard malgr&#233; l'effort de la loi pour venir dans ces dark spaces, espaces &#233;tendus, effrayants, illicites, lieux de rencontres o&#249; les hommes s'abordent dans la nuit pour demander quoi, et offrir quoi d'eux, eux qui s'avancent ici sans rien, pas m&#234;me avec leurs corps. Ces lieux sont tout un th&#233;&#226;tre, de Beckett &#224; Kolt&#232;s, de M&#252;ller &#224; Gabily.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224;, on voit que ce rien est quelque chose : que contre la volont&#233; polic&#233; du r&#233;seau d&#233;termin&#233;, se joue un usage non polic&#233;, mais stri&#233;s, hostiles, t&#233;n&#233;breux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monde du r&#233;seau qui ne serait pas ce rien qu'on pensait, mais l'envers du rien peut-&#234;tre : cette marge, ou marginalit&#233; du monde comme principe actif. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cran serait cet envers du r&#233;el, le contraire du monde, de la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la mort m&#234;me ? &#201;prouvez-vous le m&#234;me trouble que moi en visitant les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le contraire absolu de toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi donc, et comment l'approcher, le nommer po&#233;tiquement pour mieux le saisir politiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours d&#233;test&#233; le th&#233;&#226;tre, confie le dramaturge Bernard-Marie Kolt&#232;s dans un entretien, j'ai toujours d&#233;test&#233; le th&#233;&#226;tre parce que c'est le contraire de la vie. Mais j'y reviens toujours et je l'aime parce que c'est le seul endroit o&#249; on dit que c'est le contraire de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre : lieu o&#249; interpr&#232;tes sur un plateau nu, depuis sa nudit&#233;, &#224; partir de l'ind&#233;termination du lieu, l&#232;vent des paroles inou&#239;es dans le silence regard&#233; de tous, publics immobiles, tandis que sur la sc&#232;ne des corps dressent leurs simulacres de corps, identit&#233;s provisoirement emprunt&#233;es &#224; des r&#244;les fictifs pour mieux jouer d'autres vies toutes plus ou moins impossibles, commerces illicites des paroles donn&#233;es apr&#232;s que le monde s'arr&#234;te, dans les marges du temps, le soir, temps o&#249; on se rend au th&#233;&#226;tre, quand la ville se couche, que la vie sociale prend du repos, qu'on se permet alors d'&#233;couter dans cet interr&#232;gne du jour et de la ligne, et dans le noir salle arm&#233; de la perversion la plus terrible et vaine, des paroles jet&#233;es &#224; d'autres que nous, et que nous prendrons pour nous &#8212; parce qu'elles sont dites pour cela et les t&#233;n&#232;bres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Politique d&#233;j&#224; cet art d'avoir lieu en dehors de ce qui est institu&#233; comme socialement norm&#233;, normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre peut-&#234;tre : th&#233;&#226;tre et tout ce que je viens de d&#233;crire, nuit comprise, marge comprise et t&#233;n&#232;bres aussi, le web, dark web mais pas seulement : le net comme cet espace des paroles &#224; c&#244;t&#233; des paroles, et pas en dehors du monde, mais au dedans du monde, et qui ainsi le d&#233;visage, l'envisage, voudrait en intercepter des forces pour le d&#233;figurer parfois, masque grossissant du monde aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre et Net : est-ce une m&#233;taphore, ou une analogie ? Ou est-ce le th&#233;&#226;tre qui est une analogie d'un rapport au monde qui exc&#232;de du th&#233;&#226;tre sa pratique culturelle &#8211; m&#233;prisable si elle n'&#233;tait que cela. En partage, un m&#234;me rapport au monde qui d&#233;signe un processus et un mode d'&#234;tre au monde qui le r&#233;v&#232;le, nous r&#233;arme face au monde, organise notre col&#232;re &#8212; autre mani&#232;re de d&#233;finir la politique : cette expression de la chor&#233;graphe Magguy Marin : &#171; organiser le pessimisme &#187;, &#8212;, exp&#233;rience qui nous affecte d'&#233;motions qu'on ignorait, et de pens&#233;es qui nous d&#233;visagent aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_20.35.47-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_20.35.47-1.jpg?1527023992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, proposer cette mise en regard du th&#233;&#226;tre et du net, ce ne sera pas penser les apports num&#233;riques dans la fabrication de la sc&#232;ne contemporaine, mais essayer de penser politiquement comment l'exp&#233;rience qu'est le th&#233;&#226;tre peut nous faire d&#233;signer l'exp&#233;rience de l'&#233;criture et de la lecture en r&#233;seau, pour t&#226;cher de la d&#233;cloisonner d'une approche soit anthropologique ou sociologique des r&#233;seaux, soit techniciste du net&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En faisant le pari qu'il s'agit d'une exp&#233;rience, d'une part, et que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;rience de th&#233;&#226;tre donc, et quelle est-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir sur les termes m&#234;mes du th&#233;&#226;tre, ses concepts, ses cat&#233;gories dramatiques, aux lieux o&#249; il se dit et se pense, pour t&#226;cher d'approcher au mieux les termes du pacte d'&#233;criture et de lecture du net en r&#233;seau, ce serait d'une certaine mani&#232;re th&#233;&#226;traliser notre exp&#233;rience, &#233;prouver th&#233;&#226;tralement combien et comment le net nous &#171; op&#232;re vivant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est d&#233;sirer se placer sur-le-champ d'une hypoth&#232;se dramaturgique, cette contre-vie capable de r&#233;inventer la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre d&#233;finition possible du politique : un geste d'insurrection qui porte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que l'histoire du th&#233;&#226;tre nous a enseign&#233; &#224; penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Telle qu'on l'&#233;prouve m&#234;me en dehors du th&#233;&#226;tre, puisque le th&#233;&#226;tre n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se dramaturgique, peut-&#234;tre faut-il l'essayer d'abord &#224; ce qui est premier dans l'exp&#233;rience th&#233;&#226;trale, et qui d&#233;signe sans doute la plus grande faiblesse de cette hypoth&#232;se quand il s'agit de l'essayer en retour au web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier lieu o&#249; le th&#233;&#226;tre se joue, c'est le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps du com&#233;dien largement pens&#233; comme corps glorieux, corps majestueux d'un corps domin&#233; qui spectacularise l'espace, le temps et la parole : le corps est ce territoire souverain o&#249; le th&#233;&#226;tre d&#233;borde de la vie tant il semble, dans le corps du com&#233;dien, que la vie se r&#233;alise en mieux, en pleine possession de ses moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si c'est le domaine sacr&#233; du th&#233;&#226;tre, c'est celui de la via negativa du web : pr&#233;cis&#233;ment, le net est ce lieu retranch&#233; des corps, et le net en r&#233;seau cet espace o&#249; les corps nous parlent dans leur absence, par leur absence, depuis leur absence. Le corps sur twitter ou sur Facebook, ou dans les sites d'auteurs, est ce qui dans un premier temps, semble manquer justement puisqu'il n'y a que de l'&#233;crit. Et quand il n'y a pas d'&#233;crit, il y a des images : mais des images de corps, qui pourraient &#234;tre le contraire d'un corps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas &#233;tonnant &#224; cet &#233;gard que le net &#8212; et celui des r&#233;seaux en premier lieu &#8212; ait fait &#233;merger cette pratique de l'autoportrait &#224; bout de bras &#8211; autoportrait qui est une pratique bien ancienne, et ce pourrait &#234;tre curieux qu'on ait eu besoin de forger un mot pour dire autoportrait : mais c'est qu'avec le mot de &#171; selfie &#187;, on ne dit pas seulement autoportrait, on dit &#171; autoportrait &#187; et on dit le geste de l'envoyer sur les r&#233;seaux. Ce n'est pas un corps qu'on per&#231;oit, mais l'image d'un corps adress&#233;, d'autant plus qu'il est d&#233;pos&#233; en tant qu'image : pour faire image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un corps imag&#233;, imageant et adress&#233; : n'est-ce pas le propre du corps du com&#233;dien, quand il appara&#238;t ? C'est que le corps du com&#233;dien que l&#232;ve le th&#233;&#226;tre n'est pas son corps : si le corps appara&#238;t plus qu'il ne vient, c'est qu'une op&#233;ration se joue devant nos yeux, qui le transfigure en corps-image, en corps glorieux, dont l'apparence ne tient pas &#224; la beaut&#233; de son image, mais &#224; l'op&#233;ration de lev&#233;e et d'envoi, d'adresse au spectateur. Cette adresse, qui d&#233;signe le proc&#232;s-verbal du th&#233;&#226;tre, n'est pas diff&#233;rente de ce qu'on poste sur les r&#233;seaux, de cette &#233;criture &#224; poste restante qu'est le web en r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_21.04.07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-21_21.04.07.jpg?1527023992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le selfie &#8212; dans sa pauvret&#233; esth&#233;tique &#8212; n'est qu'un point de d&#233;tail de ce proc&#232;s-verbal : l'&#233;criture en tant que telle y est la lev&#233;e d'un corps qui n'a pas besoin de son corps pour appara&#238;tre sensiblement produite par un corps. Au moindre mot, l'&#233;criture t&#233;moigne du d&#233;p&#244;t d'un corps d'autant plus sensible qu'il t&#233;moigne toujours qu'un corps l'a produit, au pr&#233;sent de son &#233;nonciation. En fabriquant une liaison imm&#233;diate entre &#233;nonc&#233; et &#233;nonciation, la parole sur le net rejoint la parole th&#233;&#226;trale comme chair vive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps th&#233;&#226;tral de qui &#233;crit, en l'absence de corps, sur le net. Mais on est encore en amont de l'exp&#233;rience proprement th&#233;&#226;trale de la sc&#232;ne &#8212; et on pourrait se tromper en faisant de ce corps l'origine du sens, l&#224; o&#249; le web organise sa dispersion, sa diffusion, sa production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car d&#232;s le premier mot dit, jet&#233;, lev&#233; par l'acteur, on sait bien que ce mot ne lui appartient pas, qu'il n'en est pas &#224; l'origine, qu'il vient d'autre part que lui-m&#234;me et qu'il ne rel&#232;ve pas de son corps social &#8212; qu'il n'est ainsi pas une parole qui nous informe sur lui-m&#234;me. Ce n'est pas l'acteur qui se pose la question en pronon&#231;ant &#171; &#234;tre ou ne pas &#234;tre, telle est la question &#187;, et ce n'est m&#234;me pas Hamlet, c'est cet espace qui n'existait pas avant de le dire s&#233;parant l'acteur, son personnage et le spectateur qui &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas espace impersonnel, mais intersubjectif : non pas d&#233;possession du sujet, mais renouvellement du sujet par autre chose que lui. Re-subjectivation qui est la condition de toute &#233;mancipation, celle qui refuse tout &#224; la fois l'anthropologie lib&#233;rale de l'individu, et l'abstraction vide de corps du post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, ces mots qu'on lit en ligne ne sont-ils pas, possiblement &#8212; et puissamment : c'est-&#224;-dire en puissance &#8211; productions de corps et d'origine en avant, soit des fictions de mots, comme ils sont fictions de corps ? Fictions, non pas envers du vrai, mensonges, plut&#244;t inventions de corps et de vies possibles, o&#249; justement ce qui implose, c'est l'origine comme source du sens, et le vrai comme distinct du faux, et la subjectivit&#233; comme cl&#244;ture.&lt;br class='autobr' /&gt; Sur les r&#233;seaux, dans les &#233;changes comme dans les sites, si le vrai et le faux ne sont pas des crit&#232;res de l'exp&#233;rience, c'est parce que se jouent surtout des inventions vraies de r&#233;alit&#233;s souvent d&#233;r&#233;alis&#233;es, qui produisent des origines successives. Ce pourrait &#234;tre le principe moteur des &#233;critures &#8212; celles qui nous importent, qui font du web un espace d'&#233;criture, et donc d'invention, sur les comptes et les sites qui composent la vie comme des contre-vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#226;tre de ces sites, et r&#244;les de ces acteurs/auteurs. Th&#233;&#226;tre d'autant plus en puissance que les sites et les comptes d'auteur partent de la vie, de leur vie : que c'est souvent depuis le journal de cette vie que se donnent &#224; lire des fictions de vies, r&#233;invent&#233;es, ou d&#233;plac&#233;es &#8211; qui ne sont pas &#224; cet &#233;gard des comptes-rendus journalistiques d'un regard sur le monde, plut&#244;t une sorte de d&#233;fi par l'&#233;criture visant &#224; produire des mondes singuliers, des personnages d'auteurs qui se constituent comme autant d'avatars, ou d'ombres jet&#233;es sur le sol qui dessinent des contours seuls capables de recueillir les vies que l'&#233;criture sera capable de porter, d'emporter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Politiques de ces vies contrapuntiques, qui sont le contre-point de leur propre origine, et qui d&#233;fie leur identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-22_08.30.18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-22_08.30.18.jpg?1527023992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement de l'identit&#233;, Catherine Malabou le nomme m&#233;tabole : et c'est par la m&#233;tabol&#232; &#8212; qui est une forme de m&#233;taphore &#8212; qu'on peut penser le lien entre th&#233;&#226;tre et &#233;criture num&#233;rique, entre l'organisation du monde et le principe insurrectionnelle, au sens o&#249; par l&#224; se mettrait en crise l'identit&#233; en rendant caduque les termes de l'identit&#233; pens&#233;e en fonction d'origine, d'int&#233;grit&#233;, de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La metabol&#232; &#8212; &#233;crit Catherine Malabou &#8212; n'est pas un changement qui surviendrait &#224; une instance fixe, d&#233;j&#224; constitu&#233;e, mais le mouvement m&#234;me du para&#238;tre, mouvement qui fonde le sens ontologique de l'exp&#233;rience. Penser l'exp&#233;rience de la conscience comme metabol&#232; implique alors de la comprendre comme un arrachement &#224; soi, un lancer de soi qui produit l'identit&#233; au lieu de la pr&#233;supposer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait est issu de l'ouvrage La plasticit&#233; au soir de l'&#233;criture, titre qui voudrait qualifier notre &#233;poque, au cr&#233;puscule d'un certain r&#233;gime de l'art qui cesse &#8212; celui de l'&#233;criture &#8212; et voit na&#238;tre un autre r&#233;gime, celui de la plasticit&#233; qui pourrait qualifier le paradigme du net comme celui de la sc&#232;ne contemporaine. Identit&#233; mall&#233;able de l'acteur, plasticit&#233; de l'ethos des auteurs qui rejoint la plasticit&#233; de leur site, auteurs qui mettent sensiblement en jeu leur identit&#233; pour mieux les d&#233;figurer, dans des sites con&#231;us &#224; leur image, mais pour des visages multiples, plastiques : sites qui ne sont pas des livres, mais des dispositifs plastiques de production de formes, qui prennent la forme que les mots, les textes, et les images, leur donnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait un trembl&#233; entre le texte &#224; dire et le texte prononc&#233; par l'acteur, ce persona (mot ancien pour qualifier l'acteur ou le masque) &#8212; cette voix &#224; travers quoi (per) sonne le texte, sa voix, et la voix de l'&#233;criture : l'acteur est une interface, le th&#233;&#226;tre un interm&#233;diaire des temps et des espaces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudrait revenir sur d'autres cat&#233;gories dramaturgiques, comme par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je voudrais terminer sur une autre cat&#233;gorie dramatique, celle qui permet de qualifier la nature m&#234;me du th&#233;&#226;tre et pourrait d&#233;signer en retour le net, ses r&#233;seaux et la litt&#233;rature tel qu'elle se joue en ligne dans son processus m&#234;me plut&#244;t que dans sa forme : l'enjeu de la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une pr&#233;sence que j'aimerais qualifier de spectrale &#8212; si le spectre, en optique, est cette diffusion de la lumi&#232;re qui la rend &#224; la fois visible et impalpable ; et spectre aussi politique et derridien, ce retour de la hantise, d'un pass&#233; qui ne passe pas, cette conjonction des temps et des pr&#233;sents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sent, le th&#233;&#226;tre l'est en effet dans la mesure o&#249; le pr&#233;sent est aussi sa mati&#232;re, pas seulement son temps : ce que fait un acteur, un mot, un espace, une sc&#232;ne, c'est se rendre pr&#233;sent, agir enfin au pr&#233;sent &#8212; et m&#234;me fabriquer du pr&#233;sent, le donner &#224; voir et le traverser depuis le d&#233;ploiement du pass&#233; ; c'est ce qui est troublant au th&#233;&#226;tre, dans celui de Claude R&#233;gy comme dans la plus m&#233;diocre des pi&#232;ces parce que l'&#233;motion &#233;prouv&#233;e du pr&#233;sent devient une exp&#233;rience d'autant plus pr&#233;cieuse qu'elle nous est rarement conc&#233;d&#233;e dans la vie : au th&#233;&#226;tre quelque chose a lieu, devant nous, et ce lieu du pr&#233;sent nous est livr&#233; provisoirement, non pas dans l'&#233;ternit&#233; des choses mortes, mais fragiles et d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vou&#233;es &#224; la perte, ou joyeusement destin&#233;es &#224; l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, est-ce que ce n'est pas l&#224; aussi, surtout, la mati&#232;re de l'exp&#233;rience d'&#233;crire et de lire sur le net, la strat&#233;gie de n&#233;gociation avec les d&#233;terminations des r&#233;seaux qui fabriquent de l'oubli avec du pr&#233;sent successif. Travailler le pr&#233;sent comme la mati&#232;re, c'est-&#224;-dire l'&#233;l&#233;ment, mais aussi la donn&#233;e de l'&#233;change ? Ce qu'on &#233;change sur le web, c'est du pr&#233;sent, en &#233;change d'autres pr&#233;sents. L'&#339;uvre tient au processus autant qu'&#224; l'objet produit. Et en retour, ce n'est pas un texte comme un autre qu'on lit &#224; la surface de l'&#233;cran, mais un texte quasiment contemporain de sa production, de son &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette co-pr&#233;sence est moins un jeu &#233;ditorial de court-circuit de la cha&#238;ne du livre, encore moins une pure pratique sociale (entre auteur et lecteur aux positions interchangeables) qu'un usage proprement politique du monde, qui est un contre-usage des environnements ou des outils surd&#233;termin&#233;s du net&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Usage qui est aussi un contre-usage, consistant &#224; d&#233;tourner les outils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien que politique, le th&#233;&#226;tre ne l'est pas dans ses th&#232;mes, ses revendications, ni m&#234;me dans ses buts, ou dans son origine (forc&#233;ment grecque, donc fonci&#232;rement d&#233;mocratique), et que tout ceci sont des leurres cachant l'aspect plus radicalement politique du th&#233;&#226;tre qui tient pauvrement mais inalt&#233;rablement &#224; son ind&#233;passable pr&#233;sence, &#224; la pr&#233;sence de ce &#224; quoi on est pr&#233;sent, qui nous rend pr&#233;sents &#224; cela, et &#224; nous m&#234;me, et &#224; l'exp&#233;rience de vivre au pr&#233;sent la transformation du temps. C'est-&#224;-dire &#224; cette facult&#233; de faire du pr&#233;sent l'exp&#233;rience de transformation d'un pr&#233;sent &#224; l'autre, qui est le propre du travail politique, d&#233;mentant &#224; cet &#233;gard le discours politique de notre temps &#8211; qui ne cesse de dire qu'il n'y a pas d'alternative aux politiques conduits contre les peuples au nom de la rentabilit&#233; et au prix de la concurrence. L'exp&#233;rience de la transformation, on la fait au th&#233;&#226;tre, et sur le web. Il y a des alternatives au temps domin&#233; par les pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces alternatives peuvent &#234;tre fascisants ou &#233;mancipateurs : ce serait &#224; nous, dans le monde, d'en faire l'&#233;preuve apr&#232;s en avoir l'exp&#233;rience int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et resterait donc, ce qui serait le plus important, &#224; donner un contenu &#224; cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons seulement que cette transformation qu'op&#232;re le th&#233;&#226;tre est sa fonction, sa nature, qui fait de lui un outil pour penser politiquement le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, rien de plus pr&#233;sent que le web, qui doit nous apprendre &#224; lutter contre des pr&#233;sents plus st&#233;riles, celui de la cr&#234;te des &#233;v&#233;nements insignifiants &#8212; mariage princier, pol&#233;miques m&#233;diatiques, jeux d'&#233;gos. Et pourtant, m&#234;me ces pr&#233;sents st&#233;riles nous enseignent que c'est face au monde qu'on se tient, malgr&#233; tout. Que l&#224; est la ligne de front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands d&#233;tracteurs du web justement le m&#233;prisent pour cela, qu'il r&#233;pondrait instinctivement aux secousses du pr&#233;sent, &#224; la loi du neuf, du quotidien vou&#233; &#224; l'oubli, tandis que la litt&#233;rature serait du c&#244;t&#233; de l'universel et de la post&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques, les r&#233;seaux le seraient dans leur facult&#233; th&#233;&#226;trale &#224; fabriquer du pr&#233;sent qui r&#233;sistent au pr&#233;sent, qui s'insurgent contre sa courbe : les &#233;v&#233;nements dans le monde trouvent imm&#233;diatement surface d'&#233;criture, sorte de cort&#232;ge de t&#234;te du temps pr&#233;sent, d'un pr&#233;sent de moins en moins supportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;sents qui r&#233;sistent aux pr&#233;sents le font pr&#233;cis&#233;ment par leur facult&#233; &#224; affronter l'&#233;poque par le pas de c&#244;t&#233; du r&#233;cit, ou de l'invention, r&#233;seaux qui produisent des fables de soi au lieu m&#234;me o&#249; le r&#233;seau exigent de nous notre carte d'identit&#233; : pas de c&#244;t&#233; fictionnelle et pas moins vrai, que produit tout th&#233;&#226;tre, cette sc&#232;ne qui parle une autre langue, qui tisse d'autres r&#233;gimes de pr&#233;sence dans le pr&#233;sent, et l&#232;vent des corps aberrants pris dans des r&#233;cits &#233;tranges : c'est le propre du contemporain, il est vrai, d'&#234;tre pr&#233;sent au pr&#233;sent par un biais, biais qui seul permet de le voir &#8212; &#171; le contemporain, &#233;crit Agamben, est celui qui re&#231;oit en plein visage le faisceau de t&#233;n&#232;bres qui provient de son temps [&#8230;] C'est comme si cette invisible lumi&#232;re qu'est l'obscurit&#233; du pr&#233;sent projetait son ombre sur le pass&#233; tandis que celui-ci frapp&#233; par ce faisceau d'ombre, acqu&#233;rait la capacit&#233; de r&#233;pondre aux t&#233;n&#232;bres du moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le web litt&#233;raire le plus f&#233;cond para&#238;t le plus souvent en col&#232;re : col&#232;re, cet affect politique, cet affect du pr&#233;sent s'il en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intervenir dans la conjoncture : c'est la t&#226;che politique du th&#233;&#226;tre, mais c'est aussi sa d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intervenir dans la conjoncture : ce serait la t&#226;che du net et son travail, &#224; l'&#339;uvre, hors de tout souci de faire &#339;uvre, mais intervenant, obstin&#233;ment : tweets qui soul&#232;vent le monde &#224; soi pour essayer de le traverser, site &#233;crivant la l&#233;gende du monde (cette courte inscription sous l'image qui renouvelle sa lecture, comme l'avait pratiqu&#233; Bertolt Brecht)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde lib&#233;ral, on n'est jamais vraiment isol&#233;, mais on est toujours seul. Le th&#233;&#226;tre est ce lieu o&#249; la solitude est commune, partag&#233;, active.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;criture web qui se saisit du r&#233;el pour l'agir, fait ce geste, d'avancer sur la sc&#232;ne &#8212; ce contraire de la vie &#8212;, dire, sur les &#233;crans, espace de la contre-vie, ce que n'est pas la vie, ce qui manque &#224; elle, &#233;crire les mots insurrectionnels, ceux du d&#233;sir, de la fantaisie, de la d&#233;rision et de la hantise, ou de l'all&#233;gorie, &#233;crire les mondes possibles, les sc&#232;nes &#224; venir et qui sont d&#233;j&#224; l&#224;, pr&#233;sentes, possibles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-22_09.03.14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2018-05-22_09.03.14.jpg?1527023992' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De la mort m&#234;me ? &#201;prouvez-vous le m&#234;me trouble que moi en visitant les sites ou les pages Facebook, les comptes twitter de personnes mortes, et bien davantage encore que les livres d'auteurs morts : d&#233;cid&#233;ment l'&#233;cran bien davantage que dans les livres, est l'espace contraire du sacr&#233;, du temple, de la s&#233;pulture ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En faisant le pari qu'il s'agit d'une exp&#233;rience, d'une part, et que celle-ci n'est en rien nouvelle, mais puise dans un h&#233;ritage que le web creuse et r&#233;agence. Devant cette double impasse &#8211; celle qui ferait du web une pure nouveaut&#233; historique et formelle, et celle qui nierait la singularit&#233; de ce qui se joue dans la r&#233;volution num&#233;rique &#8211;, il faudrait peut-&#234;tre en effet se tenir sur la ligne de cr&#234;te en se pla&#231;ant sur le plan d'immanence de l'exp&#233;rience : que cette exp&#233;rience radicalise d'autres pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autre d&#233;finition possible du politique : un geste d'insurrection qui porte d'autres formes de vies (&#171; il n'y a pas d'autres mondes, il y a d'autres mani&#232;res de vivre&#8230; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Telle qu'on l'&#233;prouve m&#234;me en dehors du th&#233;&#226;tre, puisque le th&#233;&#226;tre n'est que le lieu o&#249; cette hypoth&#232;se est arm&#233;e &#8211; avant d'&#234;tre utilis&#233; au dehors. On sait que le th&#233;&#226;tre commence v&#233;ritablement quand le th&#233;&#226;tre s'ach&#232;ve. De m&#234;me le web n'est que le lieu int&#233;rieur pour penser le dehors o&#249; le web cesse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudrait revenir sur d'autres cat&#233;gories dramaturgiques, comme par exemple l'espace (je l'aurai fait &#224; partir de l'exemple du Tiers Livre de Fran&#231;ois Bon, &#224; Montpellier), ou de la dramaturgie (je l'ai esquiss&#233; &#224; travers l'image de la ligne, derni&#232;rement &#224; N&#238;mes) &#8211; revenir sur l'enjeu du rapport entre le texte et sa r&#233;p&#233;tition, sa reprise, ses d&#233;placements ; et &#233;galement voir combien le th&#233;&#226;tre a toujours &#233;t&#233; non pas un genre &#224; c&#244;t&#233; des autres, mais un espace de d&#233;p&#244;t de tous les genres, po&#233;sie et architecture, athl&#233;tisme et images, peintures et chor&#233;graphies &#8211; or, le site internet n'est-il pas un d&#233;p&#244;t au sens propre des techniques capable de recevoir langue, image, vid&#233;o, architecture mentale et int&#233;rieure qui pr&#233;side aux circulations de textes &#224; textes, creusant une ville sous la forme d'un labyrinthe ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Usage qui est aussi un contre-usage, consistant &#224; d&#233;tourner les outils propos&#233;s par le web lui-m&#234;me, ou &#224; les truquer, &#224; n&#233;gocier avec eux un usage autre, quand bien m&#234;me ces outils d&#233;terminent des usages toujours plus d&#233;termin&#233;s d'une part (et il faut apprendre &#224; ruser mieux), et quand bien m&#234;me ces usages seraient minoritaires d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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