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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Pierre Michon | &#171; Relation heureuse &#187; (sur Jean-Pierre Richard)</title>
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		<description>&lt;p&gt;On a besoin des grands a&#238;n&#233;s&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_jean-pierre-richard" rel="tag"&gt;_Jean-Pierre Richard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2321.jpg?1552903184' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;/quote&gt;Nous sommes plusieurs &#224; reconna&#238;tre notre dette &#224; l'&#233;gard de Jean-Pierre Richard : avec lui, nous avons appris &#224; lire les po&#232;tes de notre temps, non pas &#224; savoir ce que nous lisions, plut&#244;t &#224; apprendre de nous-m&#234;mes ce que nous &#233;tions face &#224; ces textes qui nous d&#233;visageaient : Pierre Reverdy, Saint-John Perse, Ren&#233; Char, Paul &#201;luard, Georges Schehad&#233;, Francis Ponge, Eug&#232;ne Guillevic, Yves Bonnefoy, Andr&#233; du Bouchet, Philippe Jaccottet et Jacques Dupin. Ces noms appelaient un d&#233;sir que relan&#231;ait la lecture des textes Jean-Pierre Richard. Dans &lt;i&gt;Onze &#233;tudes sur la po&#233;sie moderne&lt;/i&gt;, J.P. Richard n'expliquait pas : il lisait en faisant le contraire de l'assignation du sens. Plut&#244;t rendait-il disponible en nous la possibilit&#233; du contraire du sens : l'intensit&#233; ? Je ne sais pas encore, je n'ai pas fini de lire. Plus tard, je lisais crayon en main &lt;i&gt;Po&#233;sie et profondeur&lt;/i&gt; &#8211; g&#233;ographie magique de Nerval ; profondeur de baudelaire ; fadeur de Verlaine ; devenir de Rimbaud : par quelques cl&#233;s qui n'&#233;taient pas que des mots (plus tard, ce sera celui de Sensation (avec Flaubert et Stendhal) ; ou de Paysage (pour Chateaubriand) ; ou de Naus&#233;e (pour C&#233;line)&#8230;), on entrait quelque part comme en nous-m&#234;me, et pouvait regarder le monde plus d&#233;s&#339;uvr&#233; peut-&#234;tre, moins accabl&#233; sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Jean-Pierre Richard n'est pas celle d'un critique. S'il s'agit pour beaucoup d'entre nous d'un &#233;crivain, c'est simplement parce qu'il &#233;crivait dans les marges des textes pour relancer le miroitement : les reflets des mots dansaient sur nous et le monde autour, et pour ne pas les figer, certains d'entre nous ont not&#233; dans les marges des textes de Jean-Pierre Richard d'autres mots. La t&#226;che de vivre n'&#233;tait pas all&#233;g&#233;e : elle s'en trouvait davantage justifi&#233;e, moins certaine, et davantage br&#251;lante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon t&#233;moigne d'une rencontre : je ne sais pas ce qu'elle dit de l'&#339;uvre ou de l'homme, elle dit en tous cas la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends ici ce texte publi&#233; dans la &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-litterature-2011-4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue &lt;i&gt;Litt&#233;rature&lt;/i&gt; en 2011&lt;/a&gt; &#8211; et mis en ligne sur &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/litt.164.0019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cairn le 30 janvier 2012&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;merci &#224; Alain Pairechappey pour m'avoir fait d&#233;couvrir ce texte.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AM.&lt;/quote&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_7171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L406xH600/2580_couverture_hres_0-153b0.jpg?1770004981' width='406' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[/Qu'est-ce en effet qu'une anecdote sinon un moyen de faire affluer sur un seul point, sur un seul &#233;v&#233;nement v&#233;cu &#8211; et le plus souvent futile, apparemment oiseux &#8211; toute la signification vaguement dilu&#233;e au fil d'une existence ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre Richard/]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin de 1988 ou 1989. Ce doit &#234;tre l'hiver, mais un beau jour d'hiver. Je rentre dans le studio qui me sert alors de bureau, Rue des Roitelets &#8211; laquelle, comme l'indique son nom d'oiseau (qui pourrait &#234;tre un nom de po&#232;te, ou de fleur), dessert un groupe d'immeubles lambda, loin de tout oiseau, de tout po&#232;te et de toute fleur, dans un quartier lambda, excentr&#233;, neuf, cern&#233; entre une clinique moderniste et une avenue o&#249; des trente-huit tonnes d&#233;j&#224; lanc&#233;s vers l'autoroute freinent des quatre fers &#224; chaque feu rouge. Je jouis d'ailleurs de mon studio d'une vue directe sur un de ces feux, je d&#233;taille &#224; loisir les trente-huit tonnes rugissant &#224; l'arr&#234;t, et cela ne me d&#233;pla&#238;t pas. Surtout, cela comble ma m&#233;lancolie : j'&#233;crivais bien alors quelques bricoles, mais mon occupation favorite &#233;tait de porter le deuil des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, de pleurer les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; : car ce livre, o&#249; j'avais mis le meilleur de moi-m&#234;me, n'avait eu aucun &#233;cho, et j'en tirais des cons&#233;quences dramatiques et farfelues : si cet opuscule, qui &#233;tait moi, n'&#233;tait rien, je n'&#233;tais rien. Il &#233;tait sous les roues de chaque trente-huit tonnes freinant au feu rouge, et j'y trouvais une joie sombre. On s'amuse comme on peut. Donc, ce matin d'hiver. J'ouvre la bo&#238;te aux lettres : une lettre &#224; l'&#233;criture inconnue, &#224; la fois large, g&#233;n&#233;reuse, aux attaques d&#233;cid&#233;es, aux jambages vastes, et hach&#233;e, avec des coupes &#233;nigmatiques, ou des suspens, &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me mot. Je retourne l'enveloppe : J.-P. Richard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le studio, devant les trente-huit tonnes, j'ouvre et je lis : JPR aime les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;. Il me le dit. Il veut &#233;crire une &#233;tude sur les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;. Je ris de joie. S'il y avait des roitelets, je les entendrais chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a besoin des grands a&#238;n&#233;s. Il y a un blanc-seing dans cette lettre : l'auteur qui a couvert &#224; grandes enjamb&#233;es toute la litt&#233;rature du xixe et du xxe si&#232;cle, qui a &#233;crit l&#224;-dessus un livre infini sous des titres divers, celui-l&#224; veut bien y ajouter un chapitre sur un livre de ma main. Il me d&#233;livre des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; : elles seront bien rang&#233;es dans la biblioth&#232;que, je vais pouvoir passer &#224; autre chose. J'en ai re&#231;u la permission de celui qui, plus que n'importe quel vivant, porte enclose en lui la litt&#233;rature des deux derniers si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JPR donne ses rendez-vous au caf&#233; Le Rostand, rue de M&#233;dicis, face au Luxembourg. Aussi est-ce l&#224; que nous nous sommes rencontr&#233;s, peu apr&#232;s la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours l'hiver, vers cinq heures du soir, la nuit tombe, brume ou bruine. Les lampes du bar sont d&#233;j&#224; allum&#233;es : un soir pourri, un soir de spleen auraient dit les vieux auteurs que lui et moi idol&#226;trons. Le voil&#224;, voil&#224; la critique personnellement. L'&#339;il de la critique p&#233;tille &#224; ma vue. Cet &#339;il a interrog&#233; chaque syllabe des &#339;uvres de Chateaubriand, de Mallarm&#233;. De Gu&#233;rin &#224; C&#233;line, il conna&#238;t toute chose &#233;crite pour ce qu'elle est. J'ai peur, je suis &#233;teint. Je fais &#224; moiti&#233; la gueule. La bienveillance, le l&#233;ger accent m&#233;ridional, le sourire, la fine curiosit&#233;, ne m'apaisent pas. Mon humeur noire l'emporte, j'essaie de dissuader JPR du quelconque int&#233;r&#234;t de ces &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, dont il pr&#233;tend faire une analyse. Acrimonieux envers moi-m&#234;me, envers lui, envers le champ litt&#233;raire, envers la critique, envers le sort, enfin tout : ingrat, comme JPR lui-m&#234;me dit que l'&#233;tait Sainte-Beuve envers le monde. Je crois &#224; ce que je dis, j'ai mis le profil noir, que j'arbore volontiers quand je rencontre pour la premi&#232;re fois quelqu'un que j'admire, pour le dissuader d'embl&#233;e sur la marchandise. JPR fait comme s'il n'en &#233;tait rien, il en a vu d'autres sans doute. Les cabotinages d'auteur, il en conna&#238;t de toute sorte. Quand nous sortons, la nuit est tomb&#233;e tout &#224; fait. Il m'accompagne jusqu'au feu rouge qui est &#224; l'angle de Saint-Michel et de la rue M&#233;dicis. Face &#224; nous au bout de Soufflot, le Panth&#233;on illumin&#233; flambe dans la brume. Prenant cong&#233;, il me dit doucement quelques mots dont je ne me souviens pas, mais dont le sens peut brutalement se r&#233;sumer &#224; ceci : &lt;i&gt;ne crachez pas dans la soupe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de la lettre et des trente-huit tonnes, de la premi&#232;re rencontre, je peinais &#224; commencer un texte de commande, &#224; propos de Rimbaud. Rimbaud avait &#233;t&#233; le h&#233;ros secret des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, et sa pr&#233;sence tut&#233;laire veillant sur ce livre en justifiait tous les &#233;checs. Tout cela, J.-B. Pontalis l'avait fort bien lu, et c'est pourquoi sa commande m'enjoignait le choix de Rimbaud, que j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;viter. J'ai d'abord pens&#233; axer le texte sur le fr&#232;re mal aim&#233; de Rimbaud, Fr&#233;d&#233;ric, qu'Arthur appelait &#171; l'idiot &#187;, un homme de rien, qui fut conducteur de fiacre &#224; Attignies : mais j'ai vite renonc&#233; &#224; cette parodie d&#233;risoire de mes livres pr&#233;c&#233;dents. C'est bien &#224; Rimbaud lui-m&#234;me qu'il faut que je m'en prenne, mais par quel biais ? En essayant d'&#234;tre plus malin que les autres ex&#233;g&#232;tes ? Peine perdue, les plus d&#233;li&#233;s s'y sont cass&#233; les dents. Plus extravagant ? Mais comment l'&#234;tre &#224; ce sujet avec plus d'extravagance et de panache que Claudel ? Renier et assassiner la jeunesse qui est en train de me quitter ? Mais la jeunesse rimbaldienne est mon seul bien int&#233;rieur, m'en d&#233;faire serait me ruiner. Faire le proc&#232;s de la po&#233;sie ? Les proc&#232;s ne sont pas mon fort. Je veux bien m'en prendre &#224; Rimbaud, c'est-&#224;-dire l'attaquer, le d&#233;valuer, mais pour en fin de compte l'exalter davantage. Je dois cracher dans la soupe et d'un coup de baguette magique transformer cette offense en safran, en offrande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de ces matins d'incertitude rue des Roitelets, mon regard se pose sur un livre de JPR. Je flotte un instant. Je pense &#224; l'hiver, au carrefour de Soufflot, au Panth&#233;on flambant sous ses sunlights. Je pense &#224; JPR. Je le vois devant moi en quelque sorte, pench&#233; sur moi, sa bienveillance &#224; peine ironique, sa mise en garde discr&#232;te, son int&#233;r&#234;t profond. Il a presque sur la t&#234;te la calotte de soie de Sainte-Beuve, quoiqu'il soit moins corpulent que Sainte-Beuve, et sans ingratitude. C'est sous son &#339;il et sa dict&#233;e en somme que je trouve l'entr&#233;e, l'angle, l'attaque : je parlerai de Rimbaud face au grand bruissement de la critique, que j'appellerai la Vulgate. Par d&#233;rision sans doute, la Vulgate, mais en n'oubliant jamais que la Vulgate est l'&#339;uvre de saint J&#233;r&#244;me, et que face &#224; Rimbaud la critique s'appelle Mallarm&#233;, Breton, Claudel. J'y serai moi-m&#234;me la critique et me moquerai de moi. Je coifferai moi-m&#234;me la calotte de soie de Sainte-Beuve. Je m'y rirai de Rimbaud et de la critique face &#224; Rimbaud, mais j'essaierai de faire en sorte que ce rire lyrique se transforme en louange, en approbation, en chant. Le livre devra &#234;tre un assassinat, mais fraternel, et une r&#233;surrection. Une r&#233;conciliation entre l'archipo&#232;te et ses critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la litt&#233;rature, a &#233;crit JPR, est &#171; comme le domaine &#233;lectif de la relation heureuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est entre le Panth&#233;on et le Luxembourg, dans l'hiatus de brume qui les s&#233;pare, qu'est le c&#339;ur de mon &lt;i&gt;Rimbaud le fils&lt;/i&gt;. Ce c&#339;ur est dans le troisi&#232;me et le quatri&#232;me chapitres. Il est adress&#233; &#224; JPR. D&#232;s l'attaque, cependant, le texte se range sous le signe de JPR, dont j'ai alors d&#233;j&#224; lu en tapuscrit l'&#233;tude sur les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; : il y dit que mon rapport &#224; l'&#233;crit est &#171; fid&#232;le &#224; la fois &#224; une image paternelle fuyante et impuissante &#8211; et passionn&#233;ment non matricide &#187;. Fort bien. J'applique &#224; la lettre cette double postulation &#224; Rimbaud lui-m&#234;me, je brode autour de cette assertion la double constitution structurelle de Rimbaud enfant, divis&#233; entre l'&#233;lan vers le capitaine Rimbaud son p&#232;re, enfui &#224; jamais, et l'amour ambivalent pour la m&#232;re dans son &#234;tre-l&#224; sombre, ador&#233;e, ha&#239;e, &#224; laquelle il fut fid&#232;le jusqu'&#224; Harrar d'o&#249; il la combla de lettres aimantes. Ce que j'affuble d'oripeaux m&#233;taphoriques, le &#171; clairon fant&#244;me &#187; du p&#232;re enfui et les noires &#171; paten&#244;tres &#187; de la m&#232;re, la double chanson inscrite dans le petit Rimbaud qui en fera l'usage po&#233;tique que l'on sait, tout cela sort en droite ligne de la phrase de JPR &#224; mon propos, que j'ai cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le c&#339;ur est dans le troisi&#232;me et le quatri&#232;me chapitres, o&#249; je confronte Rimbaud &#224; son premier critique &#8211; c'est-&#224;-dire &#224; ce que JPR fut pour moi &#8211;, &#224; l'instance critique g&#233;n&#233;rique, &#224; laquelle je donne cavali&#232;rement la figure du po&#232;te Th&#233;odore de Banville. J'ai pris des libert&#233;s avec Banville : j'en ai fait ce critique qu'&#224; notre connaissance il ne fut jamais, et, &#224; l'exception de JPR, personne &#224; la lecture de mon livre n'a sourcill&#233; &#8211; qui se soucie encore ce que bricolaient ces vieux Messieurs du Second Empire ? Et peu importe que cette ronde de la critique rimbaldienne soit ouverte par ce Banville fictif : non, ce qui importe, c'est que tous, toute la haute critique en somme, sous les masques successifs du pseudo-Banville, de Mallarm&#233;, de Breton, de Claudel, de Mondor, de tous ceux que je n'ai pas nomm&#233;s, s'&#233;battent, aiment les textes, pensent les textes, prient pour Rimbaud, dans le petit espace sacr&#233;, le templum situ&#233; entre les statues des reines du Luxembourg et la haute coupole au bout de Soufflot, la gloire du Panth&#233;on. C'est l&#224; que je les ai mis. C'&#233;tait JPR qui m'appelait l&#224;. C'&#233;tait lui qui tirait ma phrase vers lui, pour lui plaire que j'avais plant&#233; ce d&#233;cor, pour lui assis &#224; la terrasse du Rostand par beau temps et regardant s'&#233;battre, m&#234;l&#233;es indiscernablement, erron&#233;es, errantes, v&#233;ritables, la haute litt&#233;rature et la haute critique. Et en &#233;crivant ces lignes je jubilais, je riais, je les adressais &#224; JPR, je voyais JPR rire &#224; la terrasse du Rostand, embrasser d'un regard Claudel et Mallarm&#233; dansant pr&#232;s de la fontaine M&#233;dicis, reconna&#238;tre dans ces pages lui-m&#234;me et son d&#233;cor, mais l'&#233;t&#233;, dans le beau temps, loin du jour de brume o&#249; je crachais dans la soupe. JPR regarde danser la haute critique &#171; entre la m&#234;l&#233;e des arbres et de l'air l&#233;ger &#187;, depuis la fontaine M&#233;dicis jusqu'&#224; la masse hautaine qui cl&#244;t Soufflot. Sous les ombres du Luxembourg cher au passant, je vois JPR regardant Mallarm&#233; songer, soudain relever la t&#234;te, esquisser un pas, danser. Et lui-m&#234;me tout &#224; coup se levant, traversant d'un bond la rue M&#233;dicis dans le fracas des freins, passant la grille du Luxembourg, entrer dans la ronde, rejoindre Mallarm&#233; et le pseudo-Banville, Claudel, saisir fraternellement leur main et leur embo&#238;ter le pas, &#224; la place qui lui revient de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me lisant, est-ce qu'il s'est senti imm&#233;diatement le d&#233;dicataire secret de ces chapitres ? A-t-il vu que ce d&#233;cor &#233;tait plant&#233; pour lui, a-t-il entendu que je l'appelais dans la ronde ? Je le crois. Il a consacr&#233; &#224; ce livre une &#233;tude merveilleuse, &lt;i&gt;Pour un Rimbaud.&lt;/i&gt; Tout, de nos br&#232;ves rencontres, de notre contact, de nos frottements inconciliables, de notre conciliation pourtant, tout est dit : le blanc-seing que les vieux auteurs donnent aux plus jeunes, celui-l&#224; m&#234;me qu'il m'avait envoy&#233; en hiver par la poste ; la calotte de soie de Sainte-Beuve, qui, &#233;crit-il d&#233;licieusement, semble &#171; avoir migr&#233; du chef de Sainte-Beuve sur celui de Banville &#187; &#8211; et en bout de cha&#238;ne, sur celui de JPR ; la mise &#224; mal de la critique et sa transfiguration sous la figure id&#233;ale du Gilles de Watteau ; le reniement de la figure l&#233;gendaire du Rimbaud qui veillait sur les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, et la qu&#234;te d'un Rimbaud fraternel. Et plus que tout cela, la claire compr&#233;hension de mon mode approximatif de pens&#233;e, binaire, ma fa&#231;on th&#233;&#226;trale de brandir des contradictions pour mieux les r&#233;soudre par un tour de passe-passe langagier, lyrique, dans ce point o&#249;, &#233;crit-il, &#171; se conjoint le couple du oui-non &#187;. Le point sans doute o&#249; d&#233;cembre, mois o&#249; on crache dans la soupe, se r&#233;sout sous la forme de ce mois de juin o&#249; les auteurs dans le Luxembourg appellent dans leur ronde JPR. Le point o&#249; l'archipo&#232;te danse avec ses critiques. Le point aussi, le point exact o&#249;, rue des Roitelets, j'ai cru conjoindre dans ces pages la masse aveugle des trente-huit tonnes, leur chute horizontale infinie, la pure destruction, et les oiseaux absents, l'envol et les noms des oiseaux. Leur relation heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Michon&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_7172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L465xH602/img-1-small465-df2a8.jpg?1770004981' width='465' height='602' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;merci &#224; Alain Pairechappey pour m'avoir fait d&#233;couvrir ce texte.&lt;/p&gt;
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