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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Michel Foucault | L'Ordre du discours</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France, 2 d&#233;cembre 1970&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1991.jpg?1503306556' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il est des textes qui sont davantage que des &lt;i&gt;le&#231;ons&lt;/i&gt;, et qui inaugurent autant qu'elles poursuivent, qu'elles appellent : la parole de Foucault se l&#232;ve justement contre la parole d'autorit&#233; qui pr&#233;tend savoir et gouverner la raison, contre la parole qui commencerait : elle s'invente par le milieu, prend la parole justement parmi les mots que ces mots secouent. L&#224; o&#249; elle noue le politique et la po&#233;sie, c'est l&#224; qu'elle fait violence, qu'elle instaure cette autre parole qui permet qu'on s'en empare, brise le charme du politique et du po&#233;tique, fabrique des outils qui sont aussi des armes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_5544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://www.college-de-france.fr/media/michel-foucault/UPL8641589340954574123_Foucault_1.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/distant/jpg/UPL8641589340954-ac3b1201.jpg?1503306401' width='500' height='350' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France, 2 d&#233;cembre 1970 &#8211; Chaire d'Histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e (1970-1984). Le&#231;on lue par Jacques Bonnaff&#233; pour France Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Le texte est publi&#233; sous le titre : &lt;i&gt;L'ordre du discours&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe src=&#034;https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=23619276-1b2b-43d1-93ba-5e3ca08ac882&#034; width=&#034;481&#034; frameborder=&#034;0&#034; scrolling=&#034;no&#034; height=&#034;137&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des ann&#233;es peut-&#234;tre, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plut&#244;t que de prendre la parole, j'aurais voulu &#234;tre envelopp&#233; par elle, et port&#233; bien au-del&#224; de tout commencement possible. J'aurais aim&#233; m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me pr&#233;c&#233;dait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'encha&#238;ner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens. De commencement, il n'y en aurait donc pas ; et au lieu d'&#234;tre celui dont vient le discours, je serais plut&#244;t au hasard de son d&#233;roulement, une mince lacune, le point de sa disparition possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais aim&#233; qu'il y ait derri&#232;re moi (ayant pris depuis bien longtemps la parole, doublant &#224; l'avance tout ce que je vais dire) une voix qui parlerait ainsi : &#171; Il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, il faut dire des mots tant qu'il y en a, il faut les dire jusqu'&#224; ce qu'ils me trouvent, jusqu'&#224; ce qu'ils me disent - &#233;trange peine, &#233;trange faute, il faut continuer, c'est peut-&#234;tre d&#233;j&#224; fait, ils m'ont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; dit, ils m'ont peut-&#234;tre port&#233; jusqu'au seuil de mon histoire, devant la porte qui s'ouvre sur mon histoire, &#231;a m'&#233;tonnerait si elle s'ouvre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez beaucoup, je pense, un pareil d&#233;sir de n'avoir pas &#224; commencer, un pareil d&#233;sir de se retrouver, d'entr&#233;e de jeu, de l'autre c&#244;t&#233; du discours, sans avoir eu &#224; consid&#233;rer de l'ext&#233;rieur ce qu'il pouvait avoir de singulier, de redoutable, de mal&#233;fique peut-&#234;tre. A ce voeu si commun, l'institution r&#233;pond sur le mode ironique, puisqu'elle rend les commencements solennels, puisqu'elle les entoure d'un cercle d'attention et de silence, et qu'elle leur impose, comme pour les signaler de plus loin, des formes ritualis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir dit : &#171; Je ne voudrais pas avoir &#224; entrer moi-m&#234;me dans cet ordre hasardeux du discours ; je ne voudrais pas avoir affaire &#224; lui dans ce qu'il a de tranchant et de d&#233;cisif ; je voudrais qu'il soit tout autour de moi comme une transparence calme, profonde, ind&#233;finiment ouverte, o&#249; les autres r&#233;pondraient &#224; mon attente, et d'o&#249; les v&#233;rit&#233;s, une &#224; une, se l&#232;veraient ; je n'aurais qu'&#224; me laisser porter, en lui et par lui, comme une &#233;pave heureuse. &#187; Et l'institution r&#233;pond : &#171; Tu n'as pas &#224; craindre de commencer ; nous sommes tous l&#224; pour te montrer que le discours est dans l'ordre des lois ; qu'on veille depuis longtemps sur son apparition ; qu'une place lui a &#233;t&#233; faite, qui l'honore mais le d&#233;sarme ; et que, s'il lui arrive d'avoir quelque pouvoir, c'est bien de nous, et de nous seulement, qu'il le tient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre cette institution et ce d&#233;sir ne sont-ils pas autre chose que deux r&#233;pliques oppos&#233;es &#224; une m&#234;me inqui&#233;tude :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;inqui&#233;tude &#224; l'&#233;gard de ce qu'est le discours dans sa r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle de chose prononc&#233;e ou &#233;crite ; inqui&#233;tude &#224; l'&#233;gard de cette existence transitoire vou&#233;e &#224; s'effacer sans doute, mais selon une dur&#233;e qui ne nous appartient pas ; inqui&#233;tude &#224; sentir sous cette activit&#233;, pourtant quotidienne et grise, des pouvoirs et des dangers qu'on imagine mal ; inqui&#233;tude &#224; soup&#231;onner des luttes, des victoires, des blessures, des dominations, des servitudes, &#224; travers tant de mots dont l'usage depuis si longtemps a r&#233;duit les asp&#233;rit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'y a-t-il donc de si p&#233;rilleux dans le fait que les gens parlent, et que leurs discours ind&#233;finiment prolif&#232;rent ? O&#249; donc est le danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'hypoth&#232;se que je voudrais avancer, ce soir, pour fixer le lieu - ou peut-&#234;tre le tr&#232;s provisoire th&#233;&#226;tre - du travail que je fais : je suppose que dans toute soci&#233;t&#233; la production du discours est &#224; la fois contr&#244;l&#233;e, s&#233;lectionn&#233;e, organis&#233;e et redistribu&#233;e par un certain nombre de proc&#233;dures qui ont pour r&#244;le d'en conjurer les pouvoirs et les dangers, d'en ma&#238;triser l'&#233;v&#233;nement al&#233;atoire, d'en esquiver la lourde, la redoutable mat&#233;rialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre, on conna&#238;t, bien s&#251;r, les proc&#233;dures d'exclusion. La plus &#233;vidente, la plus famili&#232;re aussi, c'est l'interdit. On sait bien qu'on n'a pas le droit de tout dire, qu'on ne peut pas parler de tout dans n'importe quelle circonstance, que n'importe qui, enfin, ne peut pas parler de n'importe quoi. Tabou de l'objet, rituel de la circonstance, droit privil&#233;gi&#233; ou exclusif du sujet qui parle : on a l&#224; le jeu de trois types d'interdits qui se croisent, se renforcent ou se compensent, formant une grille complexe qui ne cesse de se modifier. Je noterai seulement que, de nos jours, les r&#233;gions o&#249; la grille est la plus resserr&#233;e, o&#249; les cases noires se multiplient, ce sont les r&#233;gions de la sexualit&#233; et celles de la politique : comme si le discours, loin d'&#234;tre cet &#233;l&#233;ment transparent ou neutre dans lequel la sexualit&#233; se d&#233;sarme et la politique se pacifie, &#233;tait un des lieux o&#249; elles exercent, de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e, quelques-unes de leurs plus redoutables puissances. Le discours, en apparence, a beau &#234;tre bien peu de chose, les interdits qui le frappent r&#233;v&#232;lent tr&#232;s t&#244;t, tr&#232;s vite, son lien avec le d&#233;sir et avec le pouvoir. Et &#224; cela quoi d'&#233;tonnant : puisque le discours - la psychanalyse nous l'a montr&#233; -, ce n'est pas simplement ce qui manifeste (ou cache) le d&#233;sir ; c'est aussi ce qui est l'objet du d&#233;sir ; et puisque - cela, l'histoire ne cesse de nous l'enseigner - le discours n'est pas simplement ce qui traduit les luttes ou les syst&#232;mes de domination, mais ce pour quoi, ce par quoi on lutte, le pouvoir dont on cherche &#224; s'emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe dans notre soci&#233;t&#233; un autre principe d'exclusion : non plus un interdit, mais un partage et un rejet. Je pense &#224; l'opposition raison et folie. Depuis le fond du Moyen Age le fou est celui dont le discours ne peut pas circuler comme celui des autres : il arrive que sa parole soit tenue pour nulle et non avenue, n'ayant ni v&#233;rit&#233; ni importance, ne pouvant pas faire foi en justice, ne pouvant pas authentifier un acte ou un contrat, ne pouvant pas m&#234;me, dans le sacrifice de la messe, permettre la transsubstantiation et faire du pain un corps ; il arrive aussi en revanche qu'on lui pr&#234;te, par opposition &#224; toute autre, d'&#233;tranges pouvoirs, celui de dire une v&#233;rit&#233; cach&#233;e, celui de prononcer l'avenir, celui de voir en toute na&#239;vet&#233; ce que la sagesse des autres ne peut pas percevoir. Il est curieux de constater que pendant des si&#232;cles en Europe la parole du fou ou bien n'&#233;tait pas entendue, ou bien, si elle l'&#233;tait, &#233;tait &#233;cout&#233;e comme une parole de v&#233;rit&#233;. Ou bien elle tombait dans le n&#233;ant - rejet&#233;e aussit&#244;t que prof&#233;r&#233;e ; ou bien on y d&#233;chiffrait une raison na&#239;ve ou rus&#233;e, une raison plus raisonnable que celle des gens raisonnables. De toute fa&#231;on, exclue ou secr&#232;tement investie par la raison, au sens strict, elle n'existait pas. C'&#233;tait &#224; travers ses paroles qu'on reconnaissait la folie du fou ; elles &#233;taient bien le lieu o&#249; s'exer&#231;ait le partage ; mais elles n'&#233;taient jamais recueillies ni &#233;cout&#233;es. Jamais, avant la fin du XVIIIe si&#232;cle, un m&#233;decin n'avait eu l'id&#233;e de savoir ce qui &#233;tait dit (comment c'&#233;tait dit, pourquoi c'&#233;tait dit) dans cette parole qui pourtant faisait la diff&#233;rence. Tout cet immense discours du fou retournait au bruit ; et on ne lui donnait la parole que symboliquement, sur le th&#233;&#226;tre o&#249; il s'avan&#231;ait, d&#233;sarm&#233; et r&#233;concili&#233;, puisqu'il y jouait le r&#244;le de la v&#233;rit&#233; au masque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me dira que tout ceci est fini aujourd'hui ou en train de s'achever ; que la parole du fou n'est plus de l'autre c&#244;t&#233; du partage ; qu'elle n'est plus nulle et non avenue ; qu'elle nous met aux aguets au contraire ; que nous y cherchons un sens, ou l'esquisse ou les ruines d'une oeuvre ; et que nous sommes parvenus &#224; la surprendre, cette parole du fou, dans ce que nous articulons nous-m&#234;mes, dans cet accroc minuscule par o&#249; ce que nous disons nous &#233;chappe. Mais tant d'attention ne prouve pas que le vieux partage ne joue plus ; il suffit de songer &#224; toute l'armature de savoir &#224; travers laquelle nous d&#233;chiffrons cette parole ; il suffit de songer &#224; tout le r&#233;seau d'institutions qui permet &#224; quelqu'un - m&#233;decin, psychanalyste - d'&#233;couter cette parole et qui permet en m&#234;me temps au patient de venir apporter, ou d&#233;sesp&#233;r&#233;ment retenir, ses pauvres mots ; il suffit de songer &#224; tout cela pour soup&#231;onner que le partage, loin d'&#234;tre effac&#233;, joue autrement, selon des lignes diff&#233;rentes, &#224; travers des institutions nouvelles et avec des effets qui ne sont point les m&#234;mes. Et quand bien m&#234;me le r&#244;le du m&#233;decin ne serait que de pr&#234;ter l'oreille &#224; une parole enfin libre, c'est toujours dans le maintien de la c&#233;sure que s'exerce l'&#233;coute. &#201;coute d'un discours qui est investi par le d&#233;sir, et qui se croit - pour sa plus grande exaltation ou sa plus grande angoisse - charg&#233; de terribles pouvoirs. S'il faut bien le silence de la raison pour gu&#233;rir les monstres, il suffit que le silence soit en alerte, et voil&#224; que le partage demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est peut-&#234;tre hasardeux de consid&#233;rer l'opposition du vrai et du faux comme un troisi&#232;me syst&#232;me d'exclusion, &#224; c&#244;t&#233; de ceux dont je viens de parler. Comment pourrait-on raisonnablement comparer la contrainte de la v&#233;rit&#233; avec des partages comme ceux-l&#224;, des partages qui sont arbitraires au d&#233;part ou qui du moins s'organisent autour de contingences historiques ; qui sont non seulement modifiables mais en perp&#233;tuel d&#233;placement ; qui sont support&#233;s par tout un syst&#232;me d'institutions qui les imposent et les reconduisent ; qui ne s'exercent pas enfin sans contrainte, ni une part au moins de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si on se place au niveau d'une proposition, &#224; l'int&#233;rieur d'un discours, le partage entre le vrai et le faux n'est ni arbitraire, ni modifiable, ni institutionnel, ni violent. Mais si on se place &#224; une autre &#233;chelle, si on pose la question de savoir quelle a &#233;t&#233;, quelle est constamment, &#224; travers nos discours, cette volont&#233; de v&#233;rit&#233; qui a travers&#233; tant de si&#232;cles de notre histoire, ou quel est, dans sa forme tr&#232;s g&#233;n&#233;rale, le type de partage qui r&#233;git notre volont&#233; de savoir, alors c'est peut-&#234;tre quelque chose comme un syst&#232;me d'exclusion (syst&#232;me historique, modifiable, institutionnellement contraignant) qu'on voit se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partage historiquement constitu&#233; &#224; coup s&#251;r. Car, chez les po&#232;tes grecs du VI &#232;me si&#232;cle encore, le discours vrai - au sens fort et valoris&#233; du mot - le discours vrai pour lequel on avait respect et terreur, celui auquel il fallait bien se soumettre, parce qu'il r&#233;gnait, c'&#233;tait le discours prononc&#233; par qui de droit et selon le rituel requis ; c'&#233;tait le discours qui disait la justice et attribuait &#224; chacun sa part ; c'&#233;tait le discours qui, proph&#233;tisant l'avenir, non seulement annon&#231;ait ce qui allait se passer, mais contribuait &#224; sa r&#233;alisation, emportait avec soi l'adh&#233;sion des hommes et se tramait ainsi avec le destin. Or voil&#224; qu'un si&#232;cle plus tard la v&#233;rit&#233; la plus haute ne r&#233;sidait plus d&#233;j&#224; dans ce qu'&#233;tait le discours ou dans ce qu'il faisait, elle r&#233;sidait en ce qu'il disait : un jour est venu o&#249; la v&#233;rit&#233; s'est d&#233;plac&#233;e de l'acte ritualis&#233;, efficace, et juste, d'&#233;nonciation, vers l'&#233;nonc&#233; lui-m&#234;me : vers son sens, sa forme, son objet, son rapport &#224; sa r&#233;f&#233;rence. Entre H&#233;siode et Platon un certain partage s'est &#233;tabli, s&#233;parant le discours vrai et le discours faux ; partage nouveau puisque d&#233;sormais le discours vrai n'est plus le discours pr&#233;cieux et d&#233;sirable, puisque ce n'est plus le discours li&#233; &#224; l'exercice du pouvoir. Le sophiste est chass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce partage historique a sans doute donn&#233; sa forme g&#233;n&#233;rale &#224; notre volont&#233; de savoir. Mais il n'a pas cess&#233; pourtant de se d&#233;placer : les grandes mutations scientifiques peuvent peut-&#234;tre se lire parfois comme les cons&#233;quences d'une d&#233;couverte, mais elles peuvent se lire aussi comme l'apparition de formes nouvelles dans la volont&#233; de v&#233;rit&#233;. Il y a sans doute une volont&#233; de v&#233;rit&#233; au XI Xe si&#232;cle qui ne co&#239;ncide ni par les formes qu'elle met en jeu, ni par les domaines d'objets auxquels elle s'adresse, ni par les techniques sur lesquelles elle s'appuie, avec la volont&#233; de savoir qui caract&#233;rise la culture classique. Remontons un peu : au tournant du XVIe et du XVIIe si&#232;cle (et en Angleterre surtout) est apparue une volont&#233; de savoir qui, anticipant sur ses contenus actuels, dessinait des plans d'objets possibles, observables, mesurables, classables ; une volont&#233; de savoir qui imposait au sujet connaissant (et en quelque sorte avant toute exp&#233;rience) une certaine position, un certain regard et une certaine fonction (voir plut&#244;t que lire, v&#233;rifier plut&#244;t que commenter) ; une volont&#233; de savoir que prescrivait (et sur un mode plus g&#233;n&#233;ral que tout instrument d&#233;termin&#233;) le niveau technique o&#249; les connaissances devraient s'investir pour &#234;tre v&#233;rifiables et utiles. Tout se passe comme si, &#224; partir du grand partage platonicien, la volont&#233; de v&#233;rit&#233; avait sa propre histoire, qui n'est pas celle des v&#233;rit&#233;s contraignantes : histoire des plans d'objets &#224; conna&#238;tre, histoire des fonctions et positions du sujet connaissant, histoire des investissements mat&#233;riels, techniques, instrumentaux de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette volont&#233; de v&#233;rit&#233;, comme les autres syst&#232;mes d'exclusion, s'appuie sur un support institutionnel : elle est &#224; la fois renforc&#233;e et reconduite par toute une &#233;paisseur de pratiques comme la p&#233;dagogie, bien s&#251;r, comme le syst&#232;me des livres, de l'&#233;dition, des biblioth&#232;ques, comme les soci&#233;t&#233;s savantes autrefois, les laboratoires aujourd'hui. Mais elle est reconduite aussi, plus profond&#233;ment sans doute par la mani&#232;re dont le savoir est mis en oeuvre dans une soci&#233;t&#233;, dont il est valoris&#233;, distribu&#233;, r&#233;parti et en quelque sorte attribu&#233;. Rappelons ici, et &#224; titre symbolique seulement, le vieux principe grec : que l'arithm&#233;tique peut bien &#234;tre l'affaire des cit&#233;s d&#233;mocratiques, car elle enseigne les rapports d'&#233;galit&#233;, mais que la g&#233;om&#233;trie seule doit &#234;tre enseign&#233;e dans les oligarchies puisqu'elle d&#233;montre les proportions dans l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin je crois que cette volont&#233; de v&#233;rit&#233; ainsi appuy&#233;e sur un support et une distribution institutionnelle, tend &#224; exercer sur les autres discours - je parle toujours de notre soci&#233;t&#233; - une sorte de pression et comme un pouvoir de contrainte. Je pense &#224; la mani&#232;re dont la litt&#233;rature occidentale a d&#251; chercher appui depuis des si&#232;cles sur le naturel, le vraisemblable, sur la sinc&#233;rit&#233;, sur la science aussi - bref sur le discours vrai. Je pense &#233;galement &#224; la mani&#232;re dont les pratiques &#233;conomiques, codifi&#233;es comme pr&#233;ceptes ou recettes, &#233;ventuellement comme morale, ont depuis le XVIe si&#232;cle cherch&#233; &#224; se fonder, &#224; se rationaliser et &#224; se justifier sur une th&#233;orie des richesses et de la production ; je pense encore &#224; la mani&#232;re dont un ensemble aussi prescriptif que le syst&#232;me p&#233;nal a cherch&#233; ses assises ou sa justification, d'abord, bien s&#251;r, dans une th&#233;orie du droit, puis &#224; partir du XIXe si&#232;cle dans un savoir sociologique, psychologique, m&#233;dical, psychiatrique : comme si la parole m&#234;me de la loi ne pouvait plus &#234;tre autoris&#233;e, dans notre soci&#233;t&#233;, que par un discours de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois grands syst&#232;mes d'exclusion qui frappent le discours, la parole interdite, le partage de la folie et la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, c'est du troisi&#232;me que j'ai parl&#233; le plus longuement. C'est que vers lui, depuis des si&#232;cles, n'ont pas cess&#233; de d&#233;river les premiers ; c'est que de plus en plus il essaie de les reprendre &#224; son compte, pour &#224; la fois les modifier et les fonder, c'est que si les deux premiers ne cessent de devenir plus fragiles, plus incertains dans la mesure o&#249; les voil&#224; travers&#233;s maintenant par la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, celle-ci en revanche ne cesse de se renforcer, de devenir plus profonde et plus incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, c'est d'elle sans doute qu'on parle le moins. Comme si pour nous la volont&#233; de v&#233;rit&#233; et ses p&#233;rip&#233;ties &#233;taient masqu&#233;es par la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me dans son d&#233;roulement n&#233;cessaire. Et la raison en est peut-&#234;tre celle-ci : c'est que si le discours vrai n'est plus, en effet, depuis les Grecs, celui qui r&#233;pond au d&#233;sir ou celui qui exerce le pouvoir, dans la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, dans la volont&#233; de le dire, ce discours vrai, qu'est-ce donc qui est en jeu, sinon le d&#233;sir et le pouvoir ? Le discours vrai, que la n&#233;cessit&#233; de sa forme affranchit du d&#233;sir et lib&#232;re du pouvoir, ne peut pas reconna&#238;tre la volont&#233; de v&#233;rit&#233; qui le traverse ; et la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, celle qui s'est impos&#233;e &#224; nous depuis bien longtemps, est telle que la v&#233;rit&#233; qu'elle veut ne peut pas ne pas la masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi n'appara&#238;t &#224; nos yeux qu'une v&#233;rit&#233; qui serait richesse, f&#233;condit&#233;, force douce et insidieusement universelle. Et nous ignorons en revanche la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, comme prodigieuse machinerie destin&#233;e &#224; exclure. Tous ceux qui, de point en point dans notre histoire, ont essay&#233; de contourner cette volont&#233; de v&#233;rit&#233; et de la remettre en question contre la v&#233;rit&#233;, l&#224; justement o&#249; la v&#233;rit&#233; entreprend de justifier l'interdit et de d&#233;finir la folie, tous ceux-l&#224;, de Nietzsche, &#224; Artaud et &#224; Bataille, doivent maintenant nous servir de signes, hautains sans doute, pour le travail de tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#233;videmment bien d'autres proc&#233;dures de contr&#244;le et de d&#233;limitation du discours. Celles dont j'ai parl&#233; jusqu'&#224; maintenant s'exercent en quelque sorte de l'ext&#233;rieur ; elles fonctionnent comme des syst&#232;mes d'exclusion ; elles concernent sans doute la part du discours qui met en jeu le pouvoir et le d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, je crois, en isoler un autre groupe. Proc&#233;dures internes, puisque ce sont les discours eux-m&#234;mes qui exercent leur propre contr&#244;le ; proc&#233;dures qui jouent plut&#244;t &#224; titre de principes de classification, d'ordonnancement, de distribution, comme s'il s'agissait cette fois de ma&#238;triser une autre dimension du discours : celle de l'&#233;v&#233;nement et du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang, le commentaire. Je suppose, mais sans en &#234;tre tr&#232;s s&#251;r, qu'il n'y a gu&#232;re de soci&#233;t&#233; o&#249; n'existent des r&#233;cits majeurs qu'on raconte, qu'on r&#233;p&#232;te et qu'on fait varier ; des formules, des textes, des ensembles ritualis&#233;s de discours qu'on r&#233;cite, selon des circonstances bien d&#233;termin&#233;es ; des choses dites une fois et que l'on conserve, parce qu'on y soup&#231;onne quelque chose comme un secret ou une richesse. Bref, on peut soup&#231;onner qu'il y a, tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement dans les soci&#233;t&#233;s, une sorte de d&#233;nivellation entre les discours : les discours qui &#171; se disent &#187; au fil des jours et des &#233;changes, et qui passent avec l'acte m&#234;me qui les a prononc&#233;s ; et les discours qui sont &#224; l'origine d'un certain nombre d'actes nouveaux de paroles qui les reprennent, les transforment ou parlent d'eux, bref, les discours qui, ind&#233;finiment, par-del&#224; leur formulation, sont dits, restent dits, et sont encore &#224; dire. Nous les connaissons dans notre syst&#232;me de culture : ce sont les textes religieux ou juridiques, ce sont aussi ces textes curieux, quand on envisage leur statut, et qu'on appelle &#171; litt&#233;raires &#187; ; dans une certaine mesure des textes scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que ce d&#233;calage n'est ni stable, ni constant, ni absolu. Il n'y a pas, d'un c&#244;t&#233;, la cat&#233;gorie donn&#233;e une fois pour toutes, des discours fondamentaux ou cr&#233;ateurs ; et puis, de l'autre, la masse de ceux qui r&#233;p&#232;tent, glosent et commentent. Bien des textes majeurs se brouillent et disparaissent, et des commentaires parfois viennent prendre la place premi&#232;re. Mais ses points d'application ont beau changer, la fonction demeure ; et le principe d'un d&#233;calage se trouve sans cesse remis en jeu. L'effacement radical de cette d&#233;nivellation ne peut jamais &#234;tre que jeu, utopie ou angoisse. Jeu &#224; la Borges d'un commentaire qui ne sera pas autre chose que la r&#233;apparition mot &#224; mot (mais cette fois solennelle et attendue) de ce qu'il commente ; jeu encore d'une critique qui parlerait &#224; l'infini d'une oeuvre qui n'existe pas. R&#234;ve lyrique d'un discours qui rena&#238;t en chacun de ses points absolument nouveau et innocent, et qui repara&#238;t sans cesse, en toute fra&#238;cheur, &#224; partir des choses, des sentiments ou des pens&#233;es. Angoisse de ce malade de Janet pour qui le moindre &#233;nonc&#233; &#233;tait comme &#171; parole d'&#201;vangile &#187;, rec&#233;lant d'in&#233;puisables tr&#233;sors de sens et m&#233;ritant d'&#234;tre ind&#233;finiment relanc&#233;, recommenc&#233;, comment&#233; : &#171; Quand je songe, disait-il d&#232;s qu'il lisait ou &#233;coutait, quand je songe &#224; cette phrase qui va encore s'en aller dans l'&#233;ternit&#233; et que je n'ai peut-&#234;tre pas encore tout &#224; fait comprise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui ne voit qu'il s'agit l&#224; chaque fois d'annuler un des termes de la relation, et non point de supprimer le rapport lui-m&#234;me ? Rapport qui ne cesse de se modifier &#224; travers le temps ; rapport qui prend &#224; une &#233;poque donn&#233;e des formes multiples et divergentes ; l'ex&#233;g&#232;se juridique est fort diff&#233;rente (et ceci depuis bien longtemps) du commentaire religieux ; une seule et m&#234;me oeuvre litt&#233;raire peut donner lieu, simultan&#233;ment, &#224; des types de discours tr&#232;s distincts : l'Odyss&#233;e comme texte premier est r&#233;p&#233;t&#233;e, &#224; la m&#234;me &#233;poque, dans la traduction de B&#233;rard, dans d'ind&#233;finies explications de textes, dans l'Ulysse de Joyce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant je voudrais me borner &#224; indiquer que, dans ce qu'on appelle globalement un commentaire, le d&#233;calage entre texte premier et texte second joue deux r&#244;les qui sont solidaires. D'une part, il permet de construire (et ind&#233;finiment) des discours nouveaux : le surplomb du texte premier, sa permanence, son statut de discours toujours r&#233;actualisable, le sens multiple ou cach&#233; dont il passe pour &#234;tre d&#233;tenteur, la r&#233;ticence et la richesse essentielles qu'on lui pr&#234;te, tout cela fonde une possibilit&#233; ouverte de parler. Mais, d'autre part, le commentaire n'a pour r&#244;le, quelles que soient les techniques mises en oeuvre, que de dire enfin ce qui &#233;tait articul&#233; silencieusement l&#224;-bas. Il doit, selon un paradoxe qu'il d&#233;place toujours mais auquel il n'&#233;chappe jamais, dire pour la premi&#232;re fois ce qui cependant avait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; dit et r&#233;p&#233;ter inlassablement ce qui pourtant n'avait jamais &#233;t&#233; dit. Le moutonnement ind&#233;fini des commentaires est travaill&#233; de l'int&#233;rieur par le r&#234;ve d'une r&#233;p&#233;tition masqu&#233;e : &#224; son horizon, il n'y a peut-&#234;tre rien d'autre que ce qui &#233;tait &#224; son point de d&#233;part, la simple r&#233;citation. Le commentaire conjure le hasard du discours en lui faisant la part : il permet bien de dire autre chose que le texte m&#234;me, mais &#224; condition que ce soit ce texte m&#234;me qui soit dit et en quelque sorte accompli. La multiplicit&#233; ouverte, l'al&#233;a sont transf&#233;r&#233;s, par le principe du commentaire, de ce qui risquerait d'&#234;tre dit, sur le nombre, la forme, le masque, la circonstance de la r&#233;p&#233;tition. Le nouveau n'est pas dans ce qui est dit, mais dans l'&#233;v&#233;nement de son retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il existe un autre principe de rar&#233;faction d'un discours. Il est jusqu'&#224; un certain point le compl&#233;mentaire du premier. Il s'agit de l'auteur. L'auteur, non pas entendu, bien s&#251;r, comme l'individu parlant qui a prononc&#233; ou &#233;crit un texte, mais l'auteur comme principe de groupement du discours, comme unit&#233; et origine de leurs significations, comme foyer de leur coh&#233;rence. Ce principe ne joue pas partout ni de fa&#231;on constante : il existe, tout autour de nous, bien des discours qui circulent, sans d&#233;tenir leur sens ou leur efficacit&#233; d'un auteur auquel on les attribuerait : propos quotidiens, aussit&#244;t effac&#233;s ; d&#233;crets ou contrats qui ont besoin de signataires, mais pas d'auteur, recettes techniques qui se transmettent dans l'anonymat. Mais dans les domaines o&#249; l'attribution &#224; un auteur est de r&#232;gle - litt&#233;rature, philosophie, science - on voit bien qu'elle ne joue pas toujours le m&#234;me r&#244;le ; dans l'ordre du discours scientifique, l'attribution &#224; un auteur &#233;tait, au Moyen Age, indispensable, car c'&#233;tait un index de v&#233;rit&#233;. Une proposition &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme d&#233;tenant de son auteur m&#234;me sa valeur scientifique. Depuis le XVIIe si&#232;cle, cette fonction n'a cess&#233; de s'effacer, dans le discours scientifique : il ne fonctionne plus gu&#232;re que pour donner un nom &#224; un th&#233;or&#232;me, &#224; un effet, &#224; un exemple, &#224; un syndrome. En revanche, dans l'ordre du discours litt&#233;raire, et &#224; partir de la m&#234;me &#233;poque, la fonction de l'auteur n'a pas cess&#233; de se renforcer : tous ces r&#233;cits, tous ces po&#232;mes, tous ces drames ou com&#233;dies qu'on laissait circuler au Moyen Age dans un anonymat au moins relatif, voil&#224; que, maintenant, on leur demande (et on exige d'eux qu'ils disent) d'o&#249; ils viennent, qui les a &#233;crits ; on demande que l'auteur rende compte de l'unit&#233; du texte qu'on met sous son nom ; on lui demande de r&#233;v&#233;ler, ou du moins de porter par-devers lui, le sens cach&#233; qui les traverse ; on lui demande de les articuler, sur sa vie personnelle et sur ses exp&#233;riences v&#233;cues, sur l'histoire r&#233;elle qui les a vus na&#238;tre. L'auteur est ce qui donne &#224; l'inqui&#233;tant langage de la fiction, ses unit&#233;s, ses noeuds de coh&#233;rence, son insertion dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais bien qu'on va me dire : &#171; Mais vous parlez l&#224; de l'auteur, tel que la critique le r&#233;invente apr&#232;s coup, lorsque la mort est venue et qu'il ne reste plus qu'une masse enchev&#234;tr&#233;e de grimoires ; il faut bien alors remettre un peu d'ordre dans tout cela ; imaginer un projet, une coh&#233;rence, une th&#233;matique qu'on demande &#224; la conscience ou la vie d'un auteur, en effet peut-&#234;tre un peu fictif. Mais cela n'emp&#234;che pas qu'il a bien exist&#233;, cet auteur r&#233;el, cet homme qui fait irruption au milieu de tous les mots us&#233;s, portant en eux son g&#233;nie ou son d&#233;sordre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait absurde, bien s&#251;r, de nier l'existence de l'individu &#233;crivant et inventant. Mais je pense que - depuis une certaine &#233;poque au moins - l'individu qui se met &#224; &#233;crire un texte &#224; l'horizon duquel r&#244;de une oeuvre possible reprend &#224; son compte la fonction de l'auteur : ce qu'il &#233;crit et ce qu'il n'&#233;crit pas, ce qu'il dessine, m&#234;me &#224; titre de brouillon provisoire, comme esquisse de l'oeuvre, et ce qu'il laisse va tomber comme propos quotidiens, tout ce jeu de diff&#233;rences est prescrit par la fonction auteur, telle qu'il la re&#231;oit de son &#233;poque, ou telle qu'&#224; son tour il la modifie. Car il peut bien bouleverser l'image traditionnelle qu'on se fait de l'auteur ; c'est &#224; partir d'une nouvelle position de l'auteur qu'il d&#233;coupera, dans tout ce qu'il aurait pu dire, dans tout ce qu'il dit tous les jours, &#224; tout instant, le profil encore tremblant de son oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commentaire limitait le hasard du discours par le jeu d'une identit&#233; qui aurait la forme de la r&#233;p&#233;tition et du m&#234;me. Le principe de l'auteur limite ce m&#234;me hasard par le jeu d'une identit&#233; qui a la forme de l'individualit&#233; et du moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait aussi reconna&#238;tre dans ce qu'on appelle non pas les sciences, mais les &#171; disciplines &#187;, un autre principe de limitation. Principe lui aussi relatif et mobile. Principe qui permet de construire, mais selon un jeu &#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des disciplines s'oppose aussi bien au principe du commentaire qu'&#224; celui de l'auteur. A celui de l'auteur puisqu'une discipline se d&#233;finit par un domaine d'objets, un ensemble de m&#233;thodes, un corpus de propositions consid&#233;r&#233;es comme vraies, un jeu de r&#232;gles et de d&#233;finitions, de techniques et d'instruments : tout ceci constitue une sorte de syst&#232;me anonyme &#224; la disposition de qui veut ou qui peut s'en servir, sans que son sens ou sa validit&#233; soient li&#233;s &#224; celui qui s'est trouv&#233; en &#234;tre l'inventeur. Mais le principe de la discipline s'oppose aussi &#224; celui du commentaire : dans une discipline, &#224; la diff&#233;rence du commentaire, ce qui est suppos&#233; au d&#233;part, ce n'est pas un sens qui doit &#234;tre red&#233;couvert, ni une identit&#233; qui doit &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e ; c'est ce qui est requis pour la construction de nouveaux &#233;nonc&#233;s. Pour qu'il y ait discipline, il faut donc qu'il y ait possibilit&#233; de formuler, et de formuler ind&#233;finiment, des propositions nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus ; et il y a plus, sans doute, pour qu'il y ait moins : une discipline, ce n'est pas la somme de tout ce qui peut &#234;tre dit de vrai &#224; propos de quelque chose ; ce n'est m&#234;me pas l'ensemble de tout ce qui peut &#234;tre, &#224; propos d'une m&#234;me donn&#233;e, accept&#233; en vertu d'un principe de coh&#233;rence ou de syst&#233;maticit&#233;. La m&#233;decine n'est pas constitu&#233;e du total de ce qu'on peut dire de vrai sur la maladie ; la, botanique ne peut &#234;tre d&#233;finie par la somme de toutes les v&#233;rit&#233;s qui concernent les plantes. Il y a &#224; cela deux raisons : d'abord la botanique ou la m&#233;decine, comme toute autre discipline, sont faites d'erreurs comme de v&#233;rit&#233;s, erreurs qui ne sont pas des r&#233;sidus ou des corps &#233;trangers, mais qui ont des fonctions positives, une efficace historique, un r&#244;le souvent indissociable de celui des v&#233;rit&#233;s. Mais en outre pour qu'une proposition appartienne &#224; la botanique ou &#224; la pathologie, il faut qu'elle r&#233;ponde &#224; des conditions, en un sens plus strictes et plus complexes que la pure et simple v&#233;rit&#233; : en tout cas, &#224; des conditions autres. Elle doit s'adresser &#224; un plan d'objets d&#233;termin&#233; : &#224; partir de la fin du XVIIe si&#232;cle, par exemple, pour qu'une proposition soit &#171; botanique &#187; il a fallu qu'elle concerne la structure visible de la plante, le syst&#232;me de ses ressemblances proches et lointaines ou la m&#233;canique de ses fluides (et elle ne pouvait plus conserver, comme c'&#233;tait encore le cas au XVIe si&#232;cle, ses valeurs symboliques, ou l'ensemble des vertus ou propri&#233;t&#233;s qu'on lui reconnaissait dans l'Antiquit&#233;). Mais, sans appartenir &#224; une discipline, une proposition doit utiliser des instruments conceptuels ou techniques d'un type bien d&#233;fini ; &#224; partir du XI Xe si&#232;cle, une proposition n'&#233;tait plus m&#233;dicale, elle tombait &#171; hors m&#233;decine &#187; et prenait valeur de fantasme individuel ou d'imagerie populaire si elle mettait en jeu des notions &#224; la fois m&#233;taphoriques, qualitatives et substantielles (comme celles d'engorgement, de liquides &#233;chauff&#233;s ou de solides dess&#233;ch&#233;s) ; elle pouvait, elle devait faire appel en revanche &#224; des notions tout aussi m&#233;taphoriques, mais b&#226;ties sur un autre mod&#232;le, fonctionnel et physiologique celui-l&#224;(c'&#233;tait l'irritation, c'&#233;tait l'inflammation ou la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des tissus). Il y a plus encore : pour appartenir &#224; une discipline, une proposition doit pouvoir s'inscrire sur un certain type d'horizon th&#233;orique : qu'il suffise de rappeler que la recherche de la langue primitive, qui fut un th&#232;me parfaitement re&#231;u jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, suffisait, dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, &#224; faire choir n'importe quel discours je ne dis pas dans l'erreur, mais dans la chim&#232;re, et la r&#234;verie, dans la pure et simple monstruosit&#233; linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur de ses limites, chaque discipline reconna&#238;t des propositions vraies et fausses ; mais elle repousse, de l'autre c&#244;t&#233; de ses marges, toute une t&#233;ratologie du savoir. L'ext&#233;rieur d'une science est plus et moins peupl&#233; qu'on ne croit : bien s&#251;r, il Y al' exp&#233;rience imm&#233;diate, les th&#232;mes imaginaires qui portent et reconduisent sans cesse des croyances sans m&#233;moire ; mais peut-&#234;tre n'y a-t-il pas d'erreurs au sens strict, car l'erreur ne peut surgir et &#234;tre d&#233;cid&#233;e qu'&#224; l'int&#233;rieur d'une pratique d&#233;finie ; en revanche, des monstres r&#244;dent dont la forme change avec l'histoire du savoir. Bref, une proposition doit remplir de complexes et lourdes exigences pour pouvoir appartenir &#224; l'ensemble d'une discipline ; avant de pouvoir &#234;tre dite vraie ou fausse, elle doit &#234;tre, comme dirait M. Canguilhem, &#171; dans le vrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est souvent demand&#233; comment les botanistes ou les biologistes du XIXe si&#232;cle avaient bien pu faire pour ne pas voir que ce que Mendel disait &#233;tait vrai. Mais c'est que Mendel parlait d'objets, mettait en oeuvre des m&#233;thodes, se pla&#231;ait sur un horizon th&#233;orique, qui &#233;taient &#233;trangers &#224; la biologie de son &#233;poque. Sans doute Naudin, avant lui, avait-il pos&#233; la th&#232;se que les traits h&#233;r&#233;ditaires &#233;taient discrets ; cependant, aussi nouveau ou &#233;trange que f&#251;t ce principe, il pouvait faire partie - au moins &#224; titre d'&#233;nigme - du discours biologique. Mendel, lui, constitue le trait h&#233;r&#233;ditaire comme objet biologique absolument nouveau, gr&#226;ce &#224; un filtrage qui n'avait jamais &#233;t&#233; utilis&#233; jusque-l&#224; : il le d&#233;tache de l'esp&#232;ce, il le d&#233;tache du sexe qui le transmet ; et le domaine o&#249; il l'observe est la s&#233;rie ind&#233;finiment ouverte des g&#233;n&#233;rations o&#249; il appara&#238;t et dispara&#238;t selon des r&#233;gularit&#233;s statistiques. Nouvel objet qui appelle de nouveaux instruments conceptuels, et de nouveaux fondements th&#233;oriques. Mendel disait vrai, mais il n'&#233;tait pas &#171; dans le vrai &#187; du discours biologique de son &#233;poque : ce n'&#233;tait point selon de pareilles r&#232;gles qu'on formait des objets et des concepts biologiques ; il a fallu tout un changement d'&#233;chelle, le d&#233;ploiement de tout un nouveau plan d'objets dans la biologie pour que Mendel entre dans le vrai et que ses propositions alors apparaissent (pour une bonne part) exactes. Mendel &#233;tait un monstre vrai, ce qui faisait que la science ne pouvait pas en parler ; cependant que Schleiden, par exemple, une trentaine d'ann&#233;es auparavant, niant en plein XI Xe si&#232;cle la sexualit&#233; v&#233;g&#233;tale, mais selon les r&#232;gles du discours biologique, ne formulait qu'une erreur disciplin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut toujours qu'on dise le vrai dans l'espace d'une ext&#233;riorit&#233; sauvage ; mais on n'est dans le vrai qu'en ob&#233;issant aux r&#232;gles d'une &#171; police &#187; discursive qu'on doit r&#233;activer en chacun de ses discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discipline est un principe de contr&#244;le de la production du discours. Elle lui fixe des limites par le jeu d'une identit&#233; qui a la forme d'une r&#233;actualisation permanente des r&#232;gles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a l'habitude de voir dans la f&#233;condit&#233; d'un auteur, dans la multiplicit&#233; des commentaires, dans le d&#233;veloppement d'une discipline, comme autant de ressources infinies pour la cr&#233;ation des discours. Peut-&#234;tre, mais ce ne sont pas moins des principes de contrainte ; et il est probable qu'on ne peut pas rendre compte de leur r&#244;le positif et multiplicateur, si on ne prend pas en consid&#233;ration leur fonction restrictive et contraignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe, je crois, un troisi&#232;me groupe de proc&#233;dures qui permettent le contr&#244;le des discours. Il ne s'agit point cette fois-ci de ma&#238;triser les pouvoirs qu'ils emportent, ni de conjurer les hasards de leur apparition ; il s'agit de d&#233;terminer les conditions de leur mise en jeu, d'imposer aux individus qui les tiennent un certain nombre de r&#232;gles et ainsi de ne pas permettre &#224; tout le monde d'avoir acc&#232;s &#224; eux. Rar&#233;faction, cette fois, des sujets parlants ; nul n'entrera dans l'ordre du discours s'il ne satisfait &#224; certaines exigences ou s'il n'est, d'entr&#233;e de jeu, qualifi&#233; pour le faire. Plus pr&#233;cis&#233;ment. : toutes les r&#233;gions du discours ne sont pas &#233;galement ouvertes et p&#233;n&#233;trables ; certaines sont hautement d&#233;fendues (diff&#233;renci&#233;es et diff&#233;renciantes) tandis que d'autres paraissent presque ouvertes &#224; tous les vents et mises sans restriction pr&#233;alable &#224; la disposition de chaque sujet parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais, sur ce th&#232;me, rappeler une anecdote qui est si belle qu'on tremble qu'elle soit vraie. Elle ram&#232;ne &#224; une seule figure toutes les contraintes du discours : celles qui en limitent les pouvoirs, celles qui en ma&#238;trisent les apparitions al&#233;atoires, celles qui font s&#233;lection parmi les sujets parlants. Au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, le shog&#251;n avait entendu dire que la sup&#233;riorit&#233; des Europ&#233;ens - en fait de navigation, de commerce, de politique, d'art militaire - &#233;tait due &#224; leur connaissance des math&#233;matiques. Il d&#233;sira s'emparer d'un savoir si pr&#233;cieux. Comme on lui avait parl&#233; d'un marin anglais qui poss&#233;dait le secret de ces discours merveilleux, il le fit venir dans son palais et l'y retint. Seul &#224; seul avec lui, il prit des le&#231;ons. Il sut les math&#233;matiques. Il garda, en effet, le pouvoir, et v&#233;cut tr&#232;s vieux. C'est au XIXe si&#232;cle qu'il y eut des math&#233;maticiens japonais. Mais l'anecdote ne s'arr&#234;te pas l&#224; : elle a son versant europ&#233;en. L'histoire veut en effet que ce marin anglais, Will Adams, ait &#233;t&#233; un autodidacte : un charpentier qui, pour avoir travaill&#233; sur un chantier naval, avait appris la g&#233;om&#233;trie. Faut-il voir dans ce r&#233;cit l'expression d'un des grands mythes de la culture europ&#233;enne ? Au savoir monopolis&#233; et secret de la tyrannie orientale, l'Europe opposerait la communication universelle de la connaissance, l'&#233;change ind&#233;fini et libre des discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce th&#232;me, bien s&#251;r, ne r&#233;siste pas &#224; l'examen. L'&#233;change et la communication sont des figures positives qui jouent &#224; l'int&#233;rieur de syst&#232;mes complexes de restriction ; et ils ne sauraient sans doute fonctionner ind&#233;pendamment de ceux-ci. La forme la plus superficielle et la plus visible de ces syst&#232;mes de restriction est constitu&#233;e par ce qu'on peut regrouper sous le nom de rituel ; le rituel d&#233;finit la qualification que doivent poss&#233;der les individus qui parlent (et qui, dans le jeu d'un dialogue, de l'interrogation, de la r&#233;citation, doivent occuper telle position et formuler tel type d'&#233;nonc&#233;s) ; il d&#233;finit les gestes, les comportements, les circonstances, et tout l'ensemble de signes qui doivent accompagner le discours ; il fixe enfin l'efficace suppos&#233;e ou impos&#233;e des paroles, leur effet sur ceux auxquels elles s'adressent, les limites de leur valeur contraignante. Les discours religieux, judiciaires, th&#233;rapeutiques, et pour une part aussi politique ne sont gu&#232;re dissociables de cette mise en oeuvre d'un rituel qui d&#233;termine pour les sujets parlants &#224; la fois des propri&#233;t&#233;s singuli&#232;res et des r&#244;les convenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un fonctionnement en partie diff&#233;rent sont les &#171; soci&#233;t&#233;s de discours &#187;, qui ont pour fonction de conserver ou de produire des discours, mais pour les faire circuler dans un espace ferm&#233;, ne les distribuer que selon des r&#232;gles strictes et sans que les d&#233;tenteurs soient d&#233;poss&#233;d&#233;s par cette distribution m&#234;me. Un des mod&#232;les archa&#239;ques nous en est donn&#233; par ces groupes de rhapsodes qui poss&#233;daient la connaissance des po&#232;mes &#224; r&#233;citer, ou &#233;ventuellement &#224; faire varier et &#224; transformer ; mais cette connaissance, bien qu'elle e&#251;t pour fin une r&#233;citation au demeurant rituelle, &#233;tait prot&#233;g&#233;e, d&#233;fendue et conserv&#233;e dans un groupe d&#233;termin&#233;, par les exercices de m&#233;moire, souvent fort complexes, qu'elle impliquait ; l'apprentissage faisait entrer &#224; la fois dans un groupe et dans un secret que la r&#233;citation manifestait mais ne divulguait pas ; entre la parole et l'&#233;coute les r&#244;les n'&#233;taient pas &#233;changeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il ne reste plus gu&#232;re de pareilles &#171; soci&#233;t&#233;s de discours &#187;, avec ce jeu ambigu du secret et de la divulgation. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; m&#234;me dans l'ordre du discours vrai, m&#234;me dans l'ordre du discours publi&#233; et libre de tout rituel, s'exercent encore des formes d'appropriation de secret et de non-interchangeabilit&#233;. Il se pourrait bien que l'acte d'&#233;crire tel qu'il est institutionalis&#233; aujourd'hui dans le livre, le syst&#232;me de l'&#233;dition et le personnage de l'&#233;crivain, ait lieu dans une &#171; soci&#233;t&#233; de discours &#187; diffuse peut-&#234;tre, mais contraignante &#224; coup s&#251;r. La diff&#233;rence de l'&#233;crivain, sans cesse oppos&#233;e par lui-m&#234;me &#224; l'activit&#233; de tout autre sujet parlant ou &#233;crivant, le caract&#232;re intransitif qu'il pr&#234;te &#224; son discours, la singularit&#233; fondamentale qu'il accorde depuis longtemps d&#233;j&#224; &#224; l' &#171; &#233;criture &#187;, la dissym&#233;trie affirm&#233;e entre la &#171; cr&#233;ation &#187; et n'importe quelle mise en jeu du syst&#232;me linguistique, tout ceci manifeste dans la formulation (et tend d'ailleurs &#224; reconduire dans le jeu des pratiques) l'existence d'une certaine &#171; soci&#233;t&#233; de discours &#187;. M ais il en. existe encore bien d'autres, qui fonctionnent sur un tout autre mode selon un autre r&#233;gime d'exclusives et de divulgation : qu'on songe au secret technique ou scientifique, qu'on songe aux formes de diffusion et de circulation du discours m&#233;dical ; qu'on songe &#224; ceux qui se sont appropri&#233;s le discours &#233;conomique ou politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier regard, c'est l'inverse d'une &#171; soci&#233;t&#233; de discours &#187; que constituent les &#171; doctrines &#187; (religieuses, politiques, philosophiques) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l&#224; le nombre des individus parlants, m&#234;me s'il n'&#233;tait pas fix&#233;, tendait &#224; &#234;tre limit&#233; ; et c'est entre eux que le discours pouvait circuler et &#234;tre transmis. La doctrine, au contraire, tend &#224; se diffuser ; et c'est par la mise en commun d'un seul et m&#234;me ensemble de discours que des individus, aussi nombreux qu'on veut les imaginer, d&#233;finissent leur appartenance r&#233;ciproque. En apparence, la seule condition requise est la reconnaissance des m&#234;mes v&#233;rit&#233;s et l'acceptation d'une certaine r&#232;gle - plus ou moins souple - de conformit&#233; avec les discours valid&#233;s ; si elles n'&#233;taient que cela, les doctrines ne seraient point tellement diff&#233;rentes des disciplines scientifiques, et le contr&#244;le discursif porterait seulement sur la forme ou le contenu de l'&#233;nonc&#233;, non pas sur le sujet parlant. Or, l'appartenance doctrinale met en cause &#224; la fois l'&#233;nonc&#233; et le sujet parlant, et l'un &#224; travers l'autre. Elle met en cause le sujet parlant &#224; travers et &#224; partir de l'&#233;nonc&#233;, comme le prouvent les proc&#233;dures d'exclusion et les m&#233;canismes de rejet qui viennent jouer lorsqu'un sujet parlant a formul&#233; un ou plusieurs &#233;nonc&#233;s inassimilables ; l'h&#233;r&#233;sie et l'orthodoxie ne rel&#232;vent point d'une exag&#233;ration fanatique des m&#233;canismes doctrinaux ; elles leur appartiennent fondamentalement. Mais inversement la doctrine met en cause les &#233;nonc&#233;s &#224; partir des sujets parlants, dans la mesure ou la doctrine vaut toujours comme le signe, la manifestation et l'instrument d'une appartenance pr&#233;alable - appartenance de classe, de statut social ou de race, de nationalit&#233; ou d'int&#233;r&#234;t, de lutte, de r&#233;volte, de r&#233;sistance, ou d'acceptation. La doctrine lie les individus &#224; certains types d'&#233;nonciation et leur interdit par cons&#233;quent tous les autres ; mais elle se sert, en retour, de certains types d'&#233;nonciation pour lier des individus entre eux, et les diff&#233;rencier par l&#224; m&#234;me de tous les autres. La doctrine effectue un double assujettissement : des sujets parlants aux discours, et des discours au groupe, pour le moins virtuel, des individus parlants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; une &#233;chelle beaucoup plus large, il faut bien reconna&#238;tre de grands clivages dans ce qu'on pourrait appeler l'appropriation sociale des discours. L'&#233;ducation a beau &#234;tre, de droit, l'instrument gr&#226;ce auquel tout individu, dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre, peut avoir acc&#232;s &#224; n'importe quel type de discours, on sait bien qu'elle suit dans sa distribution, dans ce qu'elle permet et dans ce qu'elle emp&#234;che, les lignes qui sont marqu&#233;es par les distances, les oppositions et les luttes sociales. Tout syst&#232;me d'&#233;ducation est une mani&#232;re politique de maintenir ou de modifier l'appropriation des discours, avec les savoirs et les pouvoirs qu'ils emportent avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rends bien compte qu'il est fort abstrait de s&#233;parer comme je viens de le faire les rituels de parole, les soci&#233;t&#233;s de discours, les groupes doctrinaux et les appropriations sociales. La plupart du temps, ils se lient les uns aux autres et constituent des sortes de grands &#233;difices qui assurent la distribution des sujets parlants dans les diff&#233;rents types de discours et l'appropriation des discours &#224; certaines cat&#233;gories de sujets. Disons d'un mot que ce sont l&#224; les grandes proc&#233;dures d'assujettissement du discours. Qu'est-ce, apr&#232;s tout, qu'un syst&#232;me d'enseignement, sinon une ritualisation de la parole ; sinon une qualification et une fixation des r&#244;les pour les sujets parlants ; sinon la constitution d'un groupe doctrinal au moins diffus ; sinon une distribution et une appropriation du discours avec ses pouvoirs et ses savoirs ? Qu'est-ce que l' &#171; &#233;criture &#187; (celle des &#171; &#233;crivains &#187;) sinon un semblable syst&#232;me d'assujettissement, qui prend peut-&#234;tre des formes un peu diff&#233;rentes, mais dont les grandes scansions sont analogues ? Est-ce que le syst&#232;me judiciaire, est-ce que le syst&#232;me institutionnel de la m&#233;decine eux aussi, sous certains de leurs aspects au moins, ne constituent de pareils syst&#232;mes d'assujettissements du discours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si un certain nombre de th&#232;mes de la philosophie ne sont pas venus r&#233;pondre &#224; ces Jeux de limitations et d'exclusions, et, peut-&#234;tre aussi, les renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#233;pondre d'abord, en proposant une v&#233;rit&#233; id&#233;ale comme loi du discours et une rationalit&#233; immanente comme principe de leur d&#233;roulement, en reconduisant aussi une &#233;thique de la connaissance qui ne promet la v&#233;rit&#233; qu'&#224; u d&#233;sir de la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me et au seul pouvoir de la penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les renforcer ensuite par une d&#233;n&#233;gation qui porte cette fois sur la r&#233;alit&#233; sp&#233;cifique du discours en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que furent exclus les jeux et le commerce des sophistes, depuis qu'on a, avec plus ou moins de s&#251;ret&#233;, musel&#233; leurs paradoxes, il semble que la pens&#233;e occidentale ait veill&#233; &#224; ce que le discours ait le moins de place possible entre la pens&#233;e et la parole ; il semble qu'elle ait veill&#233; &#224; ce que discourir apparaisse seulement comme un certain apport entre penser et parler ; ce serait une pens&#233;e rev&#234;tue de ses signes et rendue visible par les mots, ou inversement ce seraient les structures m&#234;mes de la langue mises en j eu et produisant un effet de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tr&#232;s ancienne &#233;lision de la r&#233;alit&#233; du discours dans la pens&#233;e philosophique a pris bien des formes au cours de l'histoire. On l'a retrouv&#233;e tout r&#233;cemment sous l'aspect de plusieurs th&#232;mes qui nous sont familiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se pourrait que le th&#232;me du sujet fondateur permette d'&#233;lider la r&#233;alit&#233; du discours. Le sujet fondateur, en effet, est charg&#233; d'animer directement de ses vis&#233;es les formes vides de la langue ; c'est lui qui, traversant l'&#233;paisseur ou l'inertie des choses vides, ressaisit, dans l'intuition, le sens qui s'y trouve d&#233;pos&#233; ; c'est lui &#233;galement qui, par-del&#224; le temps, fonde des horizons de significations que l'histoire n'aura plus ensuite qu'&#224; expliciter, et o&#249; les propositions, les sciences, les ensembles d&#233;ductifs trouveront en fin de compte leur fondement. Dans son rapport au sens, le sujet fondateur dispose de signes, de marques, de traces, de lettres. Mais il n'a pas besoin pour les manifester de passer par l'instance singuli&#232;re du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me qui fait face &#224; celui-l&#224;, le th&#232;me de l'exp&#233;rience originaire, joue un r&#244;le analogue. Il suppose qu'au ras de l'exp&#233;rience, avant m&#234;me qu'elle ait pu se ressaisir dans la forme d'un cogito, des significations pr&#233;alables, d&#233;j&#224; dites en quelque sorte, parcouraient le monde, le disposaient tout autour de nous et l'ouvraient d'entr&#233;e de jeu &#224; une sorte de primitive reconnaissance. Ainsi une complicit&#233; premi&#232;re avec le monde fonderait pour nous la possibilit&#233; de parler de lui, en lui, de le d&#233;signer et de le nommer, de le juger et de le conna&#238;tre finalement dans la forme de la v&#233;rit&#233;. Si discours il y a, que peut-il &#234;tre alors, en sa l&#233;gitimit&#233;, sinon une discr&#232;te lecture ? Les choses murmurent d&#233;j&#224; un sens que notre langage n'a plus qu'&#224; faire lever ; et ce langage, d&#232;s son plus rudimentaire projet, nous parlait d&#233;j&#224; d'un &#234;tre dont il est comme la nervure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'universelle m&#233;diation est encore, je crois, une mani&#232;re d'&#233;lider la r&#233;alit&#233; du discours. Et ceci malgr&#233; l'apparence. Car il semble, au premier regard, qu'&#224; retrouver partout le mouvement d'un logos qui &#233;l&#232;ve les singularit&#233;s jusqu'au concept et qui permet &#224; la conscience imm&#233;diate de d&#233;ployer finalement toute la rationalit&#233; du monde, c'est bien le discours lui-m&#234;me qu'on met au centre de la sp&#233;culation. Mais ce logos, &#224; dire vrai, n'est en fait qu'un discours d&#233;j&#224; tenu, ou plut&#244;t ce sont les choses m&#234;mes et les &#233;v&#233;nements qui se font insensiblement discours en d&#233;ployant le secret de leur propre essence. Le discours n'est gu&#232;re plus que le miroitement d'une v&#233;rit&#233; en train de na&#238;tre &#224; ses propres yeux ; et lorsque tout peut enfin prendre la forme du discours, lorsque tout peut se dire et que le discours peut se dire &#224; propos de tout, c'est parce que toutes choses ayant manifest&#233; et &#233;chang&#233; leur sens peuvent rentrer dans l'int&#233;riorit&#233; silencieuse de la conscience de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit donc dans une philosophie du sujet fondateur, dans une philosophie de l'exp&#233;rience originaire ou dans une philosophie de l'universelle m&#233;diation, le discours n'est rien de plus qu'un jeu, d'&#233;criture dans le premier cas, de lecture dans le second, d'&#233;change dans le troisi&#232;me, et cet &#233;change, cette lecture, cette &#233;criture ne mettent jamais en jeu que les signes. Le discours s'annule ainsi, dans sa r&#233;alit&#233;, en se mettant &#224; l'ordre du signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle civilisation, en apparence, a &#233;t&#233;, plus que la n&#244;tre, respectueuse du discours ? O&#249; l'a-t-on mieux et plus honor&#233; ? O&#249; l'a-t-on, semble-t-il, plus radicalement lib&#233;r&#233; de ses contraintes et universalis&#233; ? Or il me semble que sous cette apparente v&#233;n&#233;ration du discours, sous cette apparente logophilie, se cache une sorte de crainte. Tout se passe comme si des interdits, des barrages, des seuils et des limites avaient &#233;t&#233; dispos&#233;s de mani&#232;re que soit ma&#238;tris&#233;e, au moins en partie, la grande prolif&#233;ration du discours, de mani&#232;re que sa richesse soit all&#233;g&#233;e de sa part la plus dangereuse et que son d&#233;sordre soit organis&#233; selon des figures qui esquivent le plus incontr&#244;lable ; tout se passe comme si on avait voulu effacer jusqu'aux marques de son irruption dans les jeux de la pens&#233;e et de la langue. Il y a sans doute dans notre soci&#233;t&#233;, et j'imagine dans toutes les autres, mais selon un profil et des scansions diff&#233;rentes, une profonde logophobie, une sorte de crainte sourde contre ces &#233;v&#233;nements, contre cette masse de choses dites, contre le surgissement de tous ces &#233;nonc&#233;s, contre tout ce qu'il peut y avoir l&#224; de violent, de discontinu, de batailleur, de d&#233;sordre aussi et de p&#233;rilleux, contre ce grand bourdonnement incessant et d&#233;sordonn&#233; du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on veut- je ne dis pas effacer cette crainte -, mais l'analyser dans ses conditions, son jeu et ses effets, il faut, je crois, se r&#233;soudre &#224; trois d&#233;cisions auxquelles notre pens&#233;e, aujourd'hui, r&#233;siste un peu et qui correspondent aux trois groupes de fonctions que je viens d'&#233;voquer : remettre en question notre volont&#233; de v&#233;rit&#233; : restituer au discours son caract&#232;re d'&#233;v&#233;nement ; lever enfin la souverainet&#233; du signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont les t&#226;ches ou, plut&#244;t, quelques-uns des th&#232;mes, qui r&#233;gissent le travail que je voudrais faire ici dans les ann&#233;es qui viennent. On peut rep&#233;rer tout de suite certaines exigences de m&#233;thode qu'ils emportent avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe de renversement d'abord : l&#224; o&#249;, selon la tradition, on croit, reconna&#238;tre la source des discours, le principe de leur foisonnement et de leur continuit&#233;, dans ces figures qui semblent jouer un r&#244;le positif, comme celle de l'auteur, de la discipline, de la volont&#233; de v&#233;rit&#233;, il faut plut&#244;t reconna&#238;tre le jeu n&#233;gatif d'une d&#233;coupe et d'une rar&#233;faction du discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, une fois rep&#233;r&#233;s ces principes de rar&#233;faction, une fois qu'on a cess&#233; de les consid&#233;rer comme instance fondamentale et cr&#233;atrice, que d&#233;couvre-t-on au-dessous d'eux ? Faut-il admettre la pl&#233;nitude virtuelle d'un monde de discours ininterrompus ? C'est ici qu'il faut faire jouer d'autres principes de m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe de discontinuit&#233; : qu'il y ait des syst&#232;mes de rar&#233;faction ne veut pas dire qu'au-dessous d'eux, ou au-del&#224; d'eux, r&#233;gnerait un grand discours illimit&#233;, continu et silencieux qui se trouverait, par eux, r&#233;prim&#233; ou refoul&#233;, et que nous aurions pour t&#226;che de faire lever en lui restituant enfin la parole. Il ne faut pas imaginer, parcourant le monde et entrela&#231;ant avec toutes ses formes et tous ses &#233;v&#233;nements, un non dit ou un impens&#233;, qu'il s'agirait d'articuler ou de penser enfin. Les discours doivent &#234;tre trait&#233;s comme des pratiques discontinues, qui se croisent, se jouxtent parfois, mais aussi bien s'ignorent ou s'excluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe de sp&#233;cificit&#233; : ne pas r&#233;soudre le discours dans un jeu de significations pr&#233;alables ; ne pas s'imaginer que le monde tourne vers nous un visage lisible que nous n'aurions plus qu'&#224; d&#233;chiffrer ; il n'est pas complice de notre connaissance ; il n'y a pas de providence pr&#233;discursive qui le dispose en notre faveur. Il faut concevoir le discours comme une violence que nous faisons aux choses, en tout cas comme une pratique que nous leur imposons ; et c'est dans cette pratique que les &#233;v&#233;nements du discours trouvent le principe de leur r&#233;gularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me r&#232;gle, celle de l'ext&#233;riorit&#233; : ne pas aller du discours vers son noyau int&#233;rieur et cach&#233;, vers le coeur d'une pens&#233;e ou d'une signification qui se manifesteraient en lui ; mais, &#224; partir du discours lui-m&#234;me, de son apparition et de sa r&#233;gularit&#233;, aller vers ses conditions externes de possibilit&#233;, vers ce qui donne lieu &#224; la s&#233;rie al&#233;atoire de ces &#233;v&#233;nements et qui en fixe les bornes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre notions doivent donc servir de principe r&#233;gulateur &#224; l'analyse : celle d'&#233;v&#233;nement, celle de s&#233;rie, celle de r&#233;gularit&#233;, celle de condition de possibilit&#233;. Elles s'opposent, on le voit, terme &#224; terme : l'&#233;v&#233;nement &#224; la cr&#233;ation, la s&#233;rie &#224; l'unit&#233;, la r&#233;gularit&#233; &#224; l'originalit&#233;, et la condition de possibilit&#233; &#224; la signification. Ces quatre derni&#232;res notions (signification, originalit&#233;, unit&#233;, cr&#233;ation) ont, d'une mani&#232;re assez g&#233;n&#233;rale, domin&#233; l'histoire traditionnelle des id&#233;es, o&#249;, d'un commun accord, on cherchait le point de la cr&#233;ation, l'unit&#233; d'une oeuvre, d'une &#233;poque ou d'un th&#232;me, la marque de l'originalit&#233; individuelle, et le tr&#233;sor ind&#233;fini des significations enfouies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai seulement deux remarques. L'une concerne l'histoire. On met souvent au cr&#233;dit de l'histoire contemporaine d'avoir lev&#233; les privil&#232;ges accord&#233;s jadis &#224; l'&#233;v&#233;nement singulier et d'avoir fait appara&#238;tre les structures de la longue dur&#233;e. Certes. Je ne suis pas s&#251;r pourtant que le travail des historiens se soit fait pr&#233;cis&#233;ment dans cette direction. Ou plut&#244;t je ne pense pas qu'il y ait comme une raison inverse entre le rep&#233;rage de l'&#233;v&#233;nement et l'analyse de la longue dur&#233;e. Il semble, au contraire, que ce soit en resserrant &#224; l'extr&#234;me le grain de l'&#233;v&#233;nement, en poussant le pouvoir de r&#233;solution de l'analyse historique jusqu'aux mercuriales, aux actes notari&#233;s, aux registres de paroisse, aux archives portuaires suivis ann&#233;e par ann&#233;e, semaine par semaine, qu'on a vu se dessiner au-del&#224; des batailles, des d&#233;crets, des dynasties ou des assembl&#233;es, des ph&#233;nom&#232;nes massifs &#224; port&#233;e s&#233;culaire ou pluris&#233;culaire. L'histoire, telle qu'elle est pratiqu&#233;e aujourd'hui, ne se d&#233;tourne pas des &#233;v&#233;nements ; elle en &#233;largit au contraire sans cesse le champ ; elle en d&#233;couvre sans cesse des couches nouvelles, plus superficielles ou plus profondes ; elle en isole sans cesse de nouveaux ensembles o&#249; ils sont parfois nombreux, denses et interchangeables, parfois rares et d&#233;cisifs : des variations quasi quotidiennes de prix on va aux inflations s&#233;culaires. Mais l'important, c'est que l'histoire ne consid&#232;re pas un &#233;v&#233;nement sans d&#233;finir la s&#233;rie dont il fait partie, sans sp&#233;cifier le mode d'analyse dont celle-ci rel&#232;ve, sans chercher &#224; conna&#238;tre la r&#233;gularit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes et les limites de probabilit&#233; de leur &#233;mergence, sans s'interroger sur les variations, les inflexions et l'allure de la courbe, sans vouloir d&#233;terminer les conditions dont elles d&#233;pendent. Bien s&#251;r, l'histoire depuis longtemps ne cherch&#233; plus &#224; comprendre les &#233;v&#233;nements par un jeu de causes et d'effets dans l'unit&#233; informe d'un grand devenir, vaguement homog&#232;ne ou durement hi&#233;rarchis&#233; ; mais ce n'est pas pour retrouver des structures ant&#233;rieures, &#233;trang&#232;res, hostiles &#224; l'&#233;v&#233;nement. C'est pour &#233;tablir les s&#233;ries diverses, entrecrois&#233;es, divergentes souvent mais non autonomes, qui permettent de circonscrire le &#171; lieu &#187; de l'&#233;v&#233;nement, les marges de son al&#233;a, les conditions de son apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notions fondamentales qui s'imposent maintenant ne sont plus celles de la conscience et de la continuit&#233; (avec les probl&#232;mes qui leur sont corr&#233;latifs de la libert&#233; et de la causalit&#233;), ce ne sont pas celles non plus du signe et de la structure. Ce sont celles de l'&#233;v&#233;nement et de la s&#233;rie, avec le jeu des notions qui leur sont li&#233;es ; r&#233;gularit&#233;, al&#233;a, discontinuit&#233;, d&#233;pendance, transformation ; c'est par un tel ensemble que cette analyse des discours &#224; laquelle je songe s'articule non point certes sur la th&#233;matique traditionnelle que les philosophes d 'hier prennent encore pour l'histoire &#171; vivante &#187; mais sur le travail effectif des historiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est par l&#224; aussi que cette analyse pose des probl&#232;mes philosophiques, ou th&#233;oriques, vraisemblablement redoutables. Si les discours doivent &#234;tre trait&#233;s d'abord comme des ensembles d'&#233;v&#233;nements discursifs, quel statut faut-il donner &#224; cette notion d'&#233;v&#233;nement qui fut si rarement prise en consid&#233;ration par les philosophes ? Bien s&#251;r l'&#233;v&#233;nement n'est ni substance ni accident, ni qualit&#233; ni processus ; l'&#233;v&#233;nement n'est pas de l'ordre des corps. Et pourtant il n'est point immat&#233;riel ; c'est toujours au niveau de la mat&#233;rialit&#233; qu'il prend effet, qu'il est effet ; il a son lieu et il consiste dans la relation, la coexistence, la dispersion, le recoupement, l'accumulation, la s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments mat&#233;riels ; il n'est point l'acte ni la propri&#233;t&#233; d'un corps ; il se produit comme effet de et dans une dispersion mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons que la philosophie de l'&#233;v&#233;nement devrait s'avancer dans la direction paradoxale au premier regard d'un mat&#233;rialisme de l'incorporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si les &#233;v&#233;nements discursifs doivent &#234;tre trait&#233;s selon des s&#233;ries homog&#232;nes, mais discontinues les unes par rapport aux autres, quel statut faut-il donner &#224; ce discontinu ? Il ne s'agit, bien entendu, ni de la succession des instants du temps, ni de la pluralit&#233; des divers sujets pensants ; il s'agit de c&#233;sures qui brisent l'instant et dispersent le sujet en une pluralit&#233; de positions et de fonctions possibles. Une telle discontinuit&#233; frappe et invalide les plus petites unit&#233;s traditionnellement reconnues ou les moins facilement contest&#233;es : l'instant et le sujet. Et, au-dessous d'eux, ind&#233;pendamment d'eux, il faut concevoir entre ces s&#233;ries discontinues des relations qui ne sont pas de l'ordre de la succession (ou de la simultan&#233;it&#233;) dans une (ou plusieurs) conscience ; il faut &#233;laborer en dehors des philosophies du sujet et du temps - une th&#233;orie des syst&#233;maticit&#233;s discontinues. Enfin, s'il est vrai que ces s&#233;ries discursives et discontinues ont chacune, entre certaines limites, leur r&#233;gularit&#233;, sans doute n'est-il plus possible d'&#233;tablir entre les &#233;l&#233;ments qui les constituent des liens de causalit&#233; m&#233;canique ou de n&#233;cessit&#233; id&#233;ale. Il faut accepter d'introduire l'al&#233;a comme cat&#233;gorie dans la production des &#233;v&#233;nements. L&#224; encore se fait sentir l'absence d'une th&#233;orie permettant de penser les rapports du hasard et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que le mince d&#233;calage qu'on se propose de mettre en oeuvre dans 1 'histoire des id&#233;es et qui consiste &#224; traiter, non pas des repr&#233;sentations qu'il peut y avoir derri&#232;re les discours, mais des discours comme des s&#233;ries r&#233;guli&#232;res et distinctes d'&#233;v&#233;nements, ce mince d&#233;calage, je crains bien d'y reconna&#238;tre quelque chose comme une petite (et odieuse peut-&#234;tre) machinerie qui permet d'introduire &#224; la racine m&#234;me de la pens&#233;e, le hasard, le discontinu et la mat&#233;rialit&#233;. Triple p&#233;ril qu'une certaine forme d'histoire essaie de conjurer en racontant le d&#233;roulement continu d'une n&#233;cessit&#233; id&#233;ale. Trois notions qui devraient permettre de lier &#224; la pratique des historiens l'histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e. Trois directions que devra suivre le travail de l'&#233;laboration th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant ces principes et en me r&#233;f&#233;rant &#224; cet horizon, les analyses que je me propose de faire se disposent selon deux ensembles. D'une part l'ensemble &#171; critique &#187;, qui met en oeuvre le principe de renversement : essayer de cerner les formes de l'exclusion, de la limitation, de l'appropriation dont je parlais tout &#224; l'heure ; montrer comment ils se sont form&#233;s, pour r&#233;pondre &#224; quels besoins, comment ils se sont modifi&#233;s et d&#233;plac&#233;s, quelle contrainte ils ont effectivement exerc&#233;e, dans quelle mesure ils ont &#233;t&#233; tourn&#233;s. D'autre part l'ensemble &#171; g&#233;n&#233;alogique &#187; qui met en oeuvre les trois autres principes : comment se sont form&#233;es, au travers, en d&#233;pit ou avec l'appui de ces syst&#232;mes de contraintes, des s&#233;ries de discours ; quelle a &#233;t&#233; la norme sp&#233;cifique de chacune, et quelles ont &#233;t&#233; leurs conditions d'apparition, de croissance, de variation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble critique d'abord. Un premier groupe d'analyses pourrait porter sur ce que j'ai d&#233;sign&#233; comme fonctions d'exclusion. Il m'est arriv&#233; autrefois d'en &#233;tudier une et pour une p&#233;riode d&#233;termin&#233;e : il s'agissait du partage entre folie et raison &#224; l'&#233;poque classique. Plus tard, on pourrait essayer d'analyser un syst&#232;me d'interdit de langage : celui qui concerne la sexualit&#233; depuis le XVIe si&#232;cle jusqu'au XI Xe si&#232;cle ; il s'agirait de voir non point sans doute comment il s'est progressivement et heureusement effac&#233; ; mais comment il s'est d&#233;plac&#233; et r&#233;articul&#233; depuis une pratique de la confession o&#249; les conduites interdites &#233;taient nomm&#233;es, class&#233;es, hi&#233;rarchis&#233;es, et de la mani&#232;re la plus explicite, jusqu'&#224; l'apparition d'abord bien timide, bien retard&#233;e, de la th&#233;matique sexuelle dans la m&#233;decine et dans la psychiatrie du XI Xe si&#232;cle ; ce ne sont l&#224; encore bien s&#251;r que des rep&#232;res un peu symboliques, mais on peut d&#233;j&#224; parier que les scansions ne sont pas celles qu'on croit, et que les interdits n'ont pas toujours eu le lieu qu'on imagine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'imm&#233;diat, c'est au troisi&#232;me syst&#232;me d'exclusion que je voudrais m'attacher. Et je l'envisagerai de deux mani&#232;res. D'une part, je voudrais essayer de rep&#233;rer comment s'est fait, mais comment aussi fut r&#233;p&#233;t&#233;, reconduit, d&#233;plac&#233; ce choix de la v&#233;rit&#233; &#224; l'int&#233;rieur duquel nous sommes pris mais que nous renouvelons sans cesse ; je me placerai d'abord &#224; l'&#233;poque de la sophistique et de son d&#233;but avec Socrate ou du moins avec la philosophie platonicienne, pour voir comment le discours efficace, le discours rituel, le discours charg&#233; de pouvoirs et de p&#233;rils s'est ordonn&#233; peu &#224; peu &#224; un partage entre discours vrai et discours faux. Je me placerai ensuite au tournant du XVIe et du XVIIe si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque o&#249; appara&#238;t, en Angleterre surtout une science du regard, de l'observation, du constat, une certaine philosophie naturelle ins&#233;parable sans doute de la mise en place de nouvelles structures politiques, ins&#233;parable aussi de l'id&#233;ologie religieuse : nouvelle forme &#224; coup s&#251;r de la volont&#233; de savoir. Enfin le troisi&#232;me point de rep&#232;re sera le d&#233;but du XIXe, avec les grands actes fondateurs de la science moderne, la formation d'une soci&#233;t&#233; industrielle et l'id&#233;ologie positiviste qui l'accompagne. Trois coupes dans la morphologie de notre volont&#233; de savoir ; trois &#233;tapes de notre philistinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais aussi reprendre la m&#234;me question, mais sous un angle tout autre : mesurer l'effet d'un discours &#224; pr&#233;tention scientifique - discours m&#233;dical, psychiatrique, discours sociologique aussi - sur cet ensemble de pratiques et de discours prescriptifs que constitue le syst&#232;me p&#233;nal. C'est l'&#233;tude des expertises psychiatriques et de leur r&#244;le dans la p&#233;nalit&#233; qui servira de point de d&#233;part et de mat&#233;riel de base &#224; cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore dans cette perspective critique mais &#224; un autre niveau qu'on devrait faire l'analyse des proc&#233;dures de limitation des discours, de celles parmi lesquelles j'ai d&#233;sign&#233; tout &#224; l'heure le principe de l'auteur, celui du commentaire, celui de la discipline. On peut, dans cette perspective, envisager un certain nombre d'&#233;tudes. Je pense, par exemple, &#224; une analyse qui porterait sur l'histoire de la m&#233;decine du XVIe au XIXe si&#232;cle ; il s'agirait non pas tellement de rep&#233;rer les d&#233;couvertes faites ou les concepts mis en oeuvre, mais de ressaisir, dans la construction du discours m&#233;dical, mais aussi dans toute l'institution qui le supporte, le transmet, le renforce comment ont &#233;t&#233; mis en jeu le principe de l'auteur, celui du commentaire, celui de la discipline ; chercher &#224; savoir comment s'est exerc&#233; le principe du grand auteur : Hippocrate, Galien, bien s&#251;r, mais aussi Paracelse, Sydenham ou Boerhaave ; comment s'est exerc&#233;e, et tard encore au XIXe si&#232;cle, la pratique de l'aphorisme et du commentaire, comment lui fut substitu&#233;e peu &#224; peu la pratique du cas, du recueil de cas, de l'apprentissage clinique sur un cas concret ; selon quel mod&#232;le enfin la m&#233;decine a cherch&#233; &#224; se constituer comme discipline, s'appuyant d'abord sur l'histoire naturelle, ensuite sur l'anatomie et la biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi envisager la mani&#232;re dont la critique et l'histoire litt&#233;raires au XVIIIe et au XIXe si&#232;cle ont constitu&#233; le personnage de l'auteur et la figure de l'oeuvre, en utilisant, en modifiant et d&#233;pla&#231;ant les proc&#233;d&#233;s de l'ex&#233;g&#232;se religieuse, de la critique biblique, de l'hagiographie, des &#171; vies &#187; historiques ou l&#233;gendaires, de l'autobiographie et des m&#233;moires. Il faudra bien aussi, un jour, &#233;tudier le r&#244;le que joue Freud dans le savoir psychanalytique, fort diff&#233;rent &#224; coup s&#251;r de celui de Newton en physique (et de tous les fondateurs de discipline), fort diff&#233;rent aussi de celui que peut jouer un auteur dans le champ du discours philosophique (f&#251;t-il comme Kant &#224; l'origine d'une autre mani&#232;re de philosopher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc quelques projets pour l'aspect critique de la t&#226;che, pour l'analyse des instances du contr&#244;le discursif. Quant &#224; l'aspect g&#233;n&#233;alogique, il concerne la formation effective des discours soit &#224; l'int&#233;rieur des limites du contr&#244;le, soit &#224; l'ext&#233;rieur, soit le plus souvent de part et d'autre de la d&#233;limitation. La critique analyse les processus de rar&#233;faction, mais aussi de regroupement et d'unification des discours ; la g&#233;n&#233;alogie &#233;tudie leur formation &#224; la fois dispers&#233;e, discontinue et r&#233;guli&#232;re. A dire vrai, Ces deux t&#226;ches ne sont jamais tout &#224; fait s&#233;parables ; il n'y a pas, d'une part, les formes du rejet, de l'exclusion, du regroupement ou de l'attribution ; et puis, d'autre part, &#224; un niveau plus profond, le jaillissement spontan&#233; des discours qui, aussit&#244;t avant ou apr&#232;s leur manifestation, se trouvent soumis &#224; la s&#233;lection et au contr&#244;le. La formation r&#233;guli&#232;re du discours peut int&#233;grer, dans certaines conditions et jusqu'&#224; un certain point, les proc&#233;dures de contr&#244;le (c'est ce qui se passe, par exemple, lorsqu'une discipline prend forme et statut de discours scientifique) ; et inversement les figures du contr&#244;le peuvent prendre corps &#224; l'int&#233;rieur d'une formation discursive (ainsi la critique litt&#233;raire comme discours constitutif de l'auteur) : si bien que toute t&#226;che critique, mettant en question les instances du contr&#244;le, doit bien analyser en m&#234;me temps les r&#233;gularit&#233;s discursives &#224; travers lesquelles elles se forment ; et toute description g&#233;n&#233;alogique doit prendre en compte les limites qui jouent dans les formations r&#233;elles. Entre l'entreprise critique et l'entreprise g&#233;n&#233;alogique la diff&#233;rence n'est pas tellement d'objet ou de domaine, mais de point d'attaque, de perspective et de d&#233;limitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquais tout &#224; l'heure une &#233;tude possible : celle des interdits qui frappent le discours de la sexualit&#233;. Il serait difficile et abstrait, en tout cas, de mener cette &#233;tude sans analyser en m&#234;me temps les ensembles des discours, litt&#233;raires, religieux ou &#233;thiques, biologiques et m&#233;dicaux, juridiques &#233;galement, o&#249; il est question de la sexualit&#233;, et o&#249; celle-ci se trouve nomm&#233;e, d&#233;crite, m&#233;taphoris&#233;e, expliqu&#233;e, jug&#233;e. Nous sommes tr&#232;s loin d'avoir constitu&#233; un discours unitaire et r&#233;gulier de la sexualit&#233; ; peut-&#234;tre n'y parviendra-t-on jamais et peut-&#234;tre n'est-ce pas dans cette direction que nous allons. Peu importe. Les interdits n'ont pas la m&#234;me forme et ne jouent pas de la m&#234;me fa&#231;on dans le discours litt&#233;raire et dans celui de la m&#233;decine, dans celui de la psychiatrie ou dans celui de la direction de conscience. Et, inversement, ces diff&#233;rentes r&#233;gularit&#233;s discursives ne renforcent pas, ne contournent ou ne d&#233;placent pas les interdits de la m&#234;me fa&#231;on. L'&#233;tude ne pourra donc se faire que selon des pluralit&#233;s de s&#233;ries o&#249; viennent jouer des interdits qui, pour une part au moins, sont diff&#233;rents en chacune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi consid&#233;rer les s&#233;ries de discours qui, au XVIe et au XVIIe si&#232;cle, concernent la richesse et la pauvret&#233;, la monnaie, la production, le commerce. On a affaire l&#224; &#224; des ensembles d'&#233;nonc&#233;s fort h&#233;t&#233;rog&#232;nes, formul&#233;s par les riches et les pauvres, les savants et les ignorants, les protestants ou les catholiques, les officiers royaux, les commer&#231;ants ou les moralistes. Chacun a sa forme de r&#233;gularit&#233;, ses syst&#232;mes &#233;galement de contrainte. Aucun d'entre eux ne pr&#233;figure exactement cette autre forme de r&#233;gularit&#233; discursive qui prendra l'allure d'une discipline et qui s'appellera &#171; analyse des richesses &#187;, puis &#171; &#233;conomie politique &#187;. C'est pourtant &#224; partir d'eux qu'une nouvelle r&#233;gularit&#233; s'est form&#233;e, reprenant ou excluant, justifiant ou &#233;cartant tels ou tels de leurs &#233;nonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi penser &#224; une &#233;tude qui porterait sur les discours concernant l'h&#233;r&#233;dit&#233;, tels qu'on peut les trouver, r&#233;partis et dispers&#233;s jusqu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#224; travers des disciplines, des observations, des techniques et des recettes diverses ; il s'agirait alors de montrer par quel jeu d'articulation ces s&#233;ries se sont en fin de compte recompos&#233;es dans la figure, &#233;pist&#233;mologiquement coh&#233;rente et reconnue par l'institution, de la g&#233;n&#233;tique. C'est ce travail qui vient d'&#234;tre fait par Fran&#231;ois Jacob avec un &#233;clat et une science qu'on ne saurait &#233;galer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi doivent alterner, prendre appui les unes sur les autres et se compl&#233;ter les descriptions critiques et les descriptions g&#233;n&#233;alogiques. La part critique de l'analyse s'attache aux syst&#232;mes d'enveloppement du discours ; elle essaie de rep&#233;rer, de cerner ces principes d'ordonnancement, d'exclusion, de raret&#233; du discours. Disons, pour jouer sur les mots, qu'elle pratique une d&#233;sinvolture appliqu&#233;e. La part g&#233;n&#233;alogique de l'analyse s'attache en revanche aux s&#233;ries de la formation effective du discours : elle essaie de le saisir dans son pouvoir d'affirmation, et j'entends par l&#224; non pas un pouvoir qui s'opposerait &#224; celui de nier, mais le pouvoir de constituer des domaines d'objets, &#224; propos desquels on pourra affirmer ou nier des propositions vraies ou fausses. Appelons positivit&#233;s ces domaines d'objets ; et disons, pour jouer une seconde fois sur les mots, que si le style critique, c'est celui de la d&#233;sinvolture studieuse, l'humeur g&#233;n&#233;alogique sera celle d'un positivisme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, une chose au moins doit &#234;tre soulign&#233;e : l'analyse du discours ainsi entendue ne d&#233;voile pas l'universalit&#233; d'un sens, elle met au jour le jeu de la raret&#233; impos&#233;e, avec un pouvoir fondamental d'affirmation. Raret&#233; et affirmation, raret&#233;, finalement, de l'affirmation et non point g&#233;n&#233;rosit&#233; continue du sens, et non point monarchie du signifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant que ceux qui ont des lacunes de vocabulaire disent - si &#231;a leur chante mieux que &#231;a ne leur parle - que c'est l&#224; du structuralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces recherches dont j'ai tent&#233; de vous pr&#233;senter le dessin, je sais bien que je n'aurais pas pu les entreprendre si je n'avais eu pour m'aider des mod&#232;les et des appuis. Je crois que je dois beaucoup &#224; M. Dum&#233;zil, puisque c'est lui qui m'a incit&#233; au travail &#224; un &#226;ge o&#249; je croyais encore qu'&#233;crire est un plaisir. Mais je dois beaucoup aussi &#224; son oeuvre ; qu'il me pardonne si j'ai &#233;loign&#233; de leur sens ou d&#233;tourn&#233; de leur rigueur ces textes qui sont les siens et qui nous dominent aujourd'hui ; c'est lui qui m'a appris &#224; analyser l'&#233;conomie interne d'un discours tout autrement que par les m&#233;thodes de l'ex&#233;g&#232;se traditionnelle ou par celles du formalisme linguistique ; c'est lui qui m'a appris &#224; rep&#233;rer d'un discours &#224; l'autre, par le jeu des comparaisons, le syst&#232;me des corr&#233;lations fonctionnelles ; c'est lui qui m'a appris comment d&#233;crire les transformations d'un discours et les rapports &#224; l'institution. Si j'ai voulu appliquer une pareille m&#233;thode &#224; de tout autres discours qu'&#224; des r&#233;cits l&#233;gendaires ou mythiques, l'id&#233;e m'en est venue sans doute de ce que j'avais devant les yeux les travaux des historiens des sciences, et surtout de M. Canguilhem ; c'est &#224; lui que je dois d'avoir compris que l'histoire de la science n'est pas prise forc&#233;ment dans l'alternative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chronique des d&#233;couvertes, ou descriptions des id&#233;es et opinions qui bordent la science du c&#244;t&#233; de sa gen&#232;se ind&#233;cise ou du c&#244;t&#233; de ses retomb&#233;es ext&#233;rieures ; mais qu'on pouvait, qu'on devait, faire l'histoire de la science comme d'un ensemble &#224; la fois coh&#233;rent et transformable de mod&#232;les th&#233;oriques et d'instruments conceptuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense que ma dette, pour une tr&#232;s large part, va &#224; Jean Hyppolite. Je sais bien que son oeuvre est plac&#233;e, aux yeux de beaucoup, sous le r&#232;gne de Hegel, et que toute notre &#233;poque, que ce soit par la logique ou par l'&#233;pist&#233;mologie, que ce soit par Marx ou par Nietzsche, essaie d'&#233;chapper &#224; Hegel : et ce que j'ai essay&#233; de dire tout &#224; l'heure &#224; propos du discours est bien infid&#232;le au logos h&#233;g&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;chapper r&#233;ellement &#224; Hegel suppose d'appr&#233;cier exactement ce qu'il en co&#251;te de se d&#233;tacher de lui ; cela suppose de savoir jusqu'o&#249; Hegel, insidieusement peut-&#234;tre, s'est approch&#233; de nous ; cela suppose de savoir, dans ce qui nous permet de penser contre Hegel, ce qui est encore h&#233;g&#233;lien ; et de mesurer en quoi notre recours contre lui est encore peut-&#234;tre une ruse qu'il nous oppose et au terme de laquelle il nous attend, immobile et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si nous sommes plus d'un &#224; &#234;tre en dette &#224; l'&#233;gard de J. Hyppolite, c'est qu'infatigablement il a parcouru pour nous et avant nous ce chemin par lequel on s'&#233;carte de Hegel, on prend distance, et par lequel on se trouve ramen&#233; &#224; lui mais autrement, puis contraint &#224; le quitter &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord J. Hyppolite avait pris soin de donner une pr&#233;sence &#224; cette grande ombre un peu fantomatique de Hegel qui r&#244;dait depuis le XIXe si&#232;cle et avec laquelle obscur&#233;ment on se battait. C'est par une traduction, celle de la Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit, qu'il avait donn&#233; &#224; Hegel cette pr&#233;sence ; et que Hegel lui-m&#234;me est bien pr&#233;sent en ce texte fran&#231;ais, la preuve en est qu'il est arriv&#233; aux Allemands de le consulter pour mieux comprendre ce qui, un instant au moins, en devenait la version allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or de ce texte, J. Hyppolite a cherch&#233; et a parcouru toutes les issues, comme si son inqui&#233;tude &#233;tait : peut-on encore philosopher l&#224; o&#249; Hegel n'est plus possible ? Une philosophie peut-elle encore exister et qui ne soit plus h&#233;g&#233;lienne ? Ce qui est non h&#233;g&#233;lien dans notre pens&#233;e est-il n&#233;cessairement non philosophique ? Et ce qui est antiphilosophique est-il forc&#233;ment non h&#233;g&#233;lien ? Si bien que cette pr&#233;sence de Hegel qu'il nous avait donn&#233;e, il ne cherchait pas &#224; en faire seulement la description historique et m&#233;ticuleuse : il voulait en faire un sch&#233;ma d'exp&#233;rience de la modernit&#233; (est-il possible de penser sur le mode h&#233;g&#233;lien les sciences, 1 'histoire, la politique et la souffrance de tous les jours ?), et il voulait faire inversement de notre modernit&#233; l'&#233;preuve de l'h&#233;g&#233;lianisme et, par l&#224;, de la philosophie. Pour lui le rapport &#224; Hegel, c'&#233;tait le lieu d'une exp&#233;rience, d'un affrontement o&#249; il n'&#233;tait jamais certain que la philosophie sorte vainqueur. Il ne se servait point du syst&#232;me h&#233;g&#233;lien comme d'un univers rassurant ; il y voyait le risque extr&#234;me pris par la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, je crois, les d&#233;placements qu'il a op&#233;r&#233;s, je ne dis pas &#224; l'int&#233;rieur de la philosophie h&#233;g&#233;lienne, mais sur elle, et sur la philosophie telle que Hegel la concevait ; de l&#224; aussi toute une inversion de th&#232;mes. La philosophie, au lieu de la concevoir comme la totalit&#233; enfin capable de se penser et de se ressaisir dans le mouvement du concept, J. Hyppolite en faisait sur fond d'un horizon infini, une t&#226;che sans terme : toujours lev&#233;e t&#244;t, sa philosophie n'&#233;tait point pr&#234;te de s'achever jamais. T&#226;che sans terme, donc t&#226;che toujours recommenc&#233;e, vou&#233;e &#224; la forme et au paradoxe de la r&#233;p&#233;tition : la philosophie, comme pens&#233;e inaccessible de la totalit&#233;, c'&#233;tait pour J. Hyppolite ce qu'il pouvait y avoir de r&#233;p&#233;table dans l'extr&#234;me irr&#233;gularit&#233; de l'exp&#233;rience ; c'&#233;tait ce qui se donne et se d&#233;robe comme question sans cesse reprise dans la vie, dans la mort, dans la m&#233;moire : ainsi le th&#232;me h&#233;g&#233;lien de l'ach&#232;vement sur la conscience de soi, il le transformait en un th&#232;me de l'interrogation r&#233;p&#233;titive. Mais, puisqu'elle &#233;tait r&#233;p&#233;tition, la philosophie n'&#233;tait pas ult&#233;rieure au concept ; elle n'avait pas &#224; poursuivre l'&#233;difice de l'abstraction, elle devait toujours se tenir en retrait, rompre avec ses g&#233;n&#233;ralit&#233;s acquises et se remettre au contact de la non-philosophie ; elle devait s'approcher, au plus pr&#232;s, non de ce qui l'ach&#232;ve, mais de ce qui la pr&#233;c&#232;de, de ce qui n'est pas encore &#233;veill&#233; &#224; son inqui&#233;tude ; elle devait reprendre pour les penser, non pour les r&#233;duire, la singularit&#233; de l'histoire, les rationalit&#233;s r&#233;gionales de la science, la profondeur de la m&#233;moire dans la conscience ; appara&#238;t ainsi le th&#232;me d'une philosophie pr&#233;sente, inqui&#232;te, mobile tout au long de sa ligne de contact avec la non-philosophie, n'existant que par elle pourtant et r&#233;v&#233;lant le sens que cette non-philosophie a pour nous. Or, si elle est dans ce contact r&#233;p&#233;t&#233; avec la non-philosophie, qu'est-ce que le commencement de la philosophie ? Est-elle d&#233;j&#224; l&#224;, secr&#232;tement pr&#233;sente dans ce qui n'est pas elle, commen&#231;ant &#224; se formuler &#224; mi-voix dans le murmure des choses ? Mais, d&#232;s lors, le discours philosophique n'a peut-&#234;tre plus de raison d'&#234;tre ; ou bien doit-elle commencer sur une fondation &#224; la fois arbitraire et absolue ? On voit ainsi se substituer au th&#232;me h&#233;g&#233;lien du mouvement propre &#224; l'imm&#233;diat celui du fondement du discours philosophique et de sa structure formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dernier d&#233;placement, que J. Hyppolite a op&#233;r&#233; sur la philosophie h&#233;g&#233;lienne : si la philosophie doit bien commencer comme discours absolu, qu'en est-il de l'histoire et qu'est-ce que ce commencement qui commence avec un individu singulier, dans une soci&#233;t&#233;, dans une classe sociale, et au milieu des luttes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cinq d&#233;placements, en conduisant au bord extr&#234;me de la philosophie h&#233;g&#233;lienne, en la faisant sans doute passer de l'autre c&#244;t&#233; de ses propres limites, convoquent tour &#224; tour les grandes figures majeures de la philosophie moderne que Jean Hyppolite n'a pas cess&#233; d'affronter &#224; Hegel : Marx avec les questions de l'histoire, Fichte avec le probl&#232;me du commencement absolu de la philosophie, Bergson avec le th&#232;me du contact avec le non-philosophique, Kierkegaard avec le probl&#232;me de la r&#233;p&#233;tition et de la v&#233;rit&#233;, Husserl avec le th&#232;me de la philosophie comme t&#226;che infinie li&#233;e &#224; l'histoire de notre rationalit&#233;. Et, au-del&#224; de ces figures philosophiques, on aper&#231;oit tous les domaines de savoir que J. Hyppolite invoquait autour de ses propres questions : la psychanalyse avec l'&#233;trange logique du d&#233;sir, les math&#233;matiques et la formalisation du discours, la th&#233;orie de l'information et sa mise en application dans l'analyse du vivant, bref tous les domaines &#224; partir desquels on peut poser la question d'une logique et d'une existence qui ne cessent de nouer et de d&#233;nouer leurs liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que cette oeuvre, articul&#233;e dans quelques livres majeurs, mais investie plus encore dans des recherches, dans un enseignement, dans une perp&#233;tuelle attention, dans un &#233;veil et une g&#233;n&#233;rosit&#233; de tous les jours, dans une responsabilit&#233; apparemment administrative et p&#233;dagogique (c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; doublement politique), a crois&#233;, a formul&#233; les probl&#232;mes les plus fondamentaux de notre &#233;poque. Nous sommes nombreux &#224; lui &#234;tre infiniment redevables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que je lui ai emprunt&#233; sans doute le sens et la possibilit&#233; de ce que je fais, c'est parce que bien souvent il m'a &#233;clair&#233; quand j'essayais &#224; l'aveugle, que j'ai voulu mettre mon travail sous son signe et que j'ai tenu &#224; terminer, en l'&#233;voquant, la pr&#233;sentation de mes projets. C'est vers lui, vers ce manque - o&#249; j'&#233;prouve &#224; la fois son absence et mon propre d&#233;faut - que se croisent les questions que je me pose maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je lui dois tant, je comprends bien que le choix que vous avez fait en m'invitant &#224; enseigner ici est, pour une bonne part, un hommage que vous lui avez rendu ; je vous suis reconnaissant, profond&#233;ment, de l'honneur que vous m'avez fait, mais je ne vous suis pas moins reconnaissant, pour ce qui lui revient dans ce choix. Si je ne me sens pas &#233;gal &#224; la t&#226;che de lui succ&#233;der, je sais, en revanche, que, si ce bonheur avait pu nous &#234;tre donn&#233;, j'aurais &#233;t&#233;, ce soir, encourag&#233; par son indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je comprends mieux pourquoi j'&#233;prouvais tant de difficult&#233; &#224; commencer tout &#224; l'heure. Je sais bien maintenant quelle est la voix dont j'aurais voulu qu'elle me pr&#233;c&#232;de, qu'elle me porte, qu'elle m'invite &#224; parler et qu'elle se loge dans mon propre discours. Je sais ce qu'il y avait de si redoutable &#224; prendre la parole, puisque je la prenais en ce lieu d'o&#249; je l'ai &#233;cout&#233;, et o&#249; il n'est plus, lui, pour m'entendre.&lt;/p&gt;
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		<title>Pouvoir, infamie et chocolat jusqu'&#224; en crever</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Du souverain inf&#226;me&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_politiques-commune" rel="tag"&gt;_politiques &amp; commune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-resistances" rel="tag"&gt;_&#233;critures &amp; r&#233;sistances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_michel-foucault" rel="tag"&gt;_Michel Foucault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_interventions" rel="tag"&gt;_Interventions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1903.png?1492247734' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1903.png?1492247766&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault lecteur de Trump &#8211; via &lt;a href=&#034;https://twitter.com/pottebonneville/status/853128596323520514/photo/1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M. Potte-Bonneville sur Twitter&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;13 avril 2017. Le &lt;i&gt;leader&lt;/i&gt; du monde &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions &#224; table, nous avions termin&#233; le d&#238;ner et nous &#233;tions au dessert.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;Il faut entendre le pouvoir raconter ses repas, ce qui se d&#233;vore pendant qu'il est &lt;i&gt;&#224; table.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et nous mangions le plus beau g&#226;teau au chocolat que vous puissiez voir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;C'est donc autour d'une part de g&#226;teau qu'on d&#233;cide de la vie et de la mort, ou que la vie et la mort cessent d'&#234;tre une question de vie et de mort, pour &#234;tre simplement une d&#233;cision qu'on prend entre deux bouch&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et le pr&#233;sident XI &#233;tait en train de le d&#233;vorer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste appartient aux cendres et &#224; l'histoire quand elle tombe en ruines sur les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;853&#034; height=&#034;480&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/PZBWvhUGvO0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'il y a de rassurant avec le pouvoir d'aujourd'hui : qu'il n'a pas besoin de masque. Que son masque est son propre visage. Il confond les pays qu'il attaque, il confond les noms et les dates, il confond la r&#233;alit&#233; avec les faits alternatifs. Il confond Shakespeare avec Labiche, et Marx avec Groucho. C'est ce qu'il y a de retors aussi, de terrible : comment d&#233;masquer un pouvoir qui porte cheveux postiches et maquillage de t&#233;l&#233;-&lt;i&gt;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; ? Peut-&#234;tre en le prenant au mot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 janvier 1975&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Via @potte-bonneville sur twitter.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cours au coll&#232;ge de France de Michel Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Repris dans Michel FOUCAULT, Les anormaux (1974-1975), Cours Ann&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;small&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Ce probl&#232;me de l'infamie de la souverainet&#233;, ce probl&#232;me du souverain disqualifi&#233;, apr&#232;s tout, c'est le probl&#232;me de Shakespeare ; et toute la s&#233;rie des trag&#233;dies des rois pose pr&#233;cis&#233;ment ce probl&#232;me, sans que jamais, me semble-t-il, on ait fait de l'infamie du souverain la th&#233;orie. Mais, encore une fois, dans notre soci&#233;t&#233;, depuis N&#233;ron (qui est peut-&#234;tre la premi&#232;re grande figure initiatrice du souverain inf&#226;me) jusqu'au petit homme aux mains tremblantes qui, dans le fond de son bunker, couronn&#233; par quarante millions de morts, ne demandait plus que deux choses : que tout le reste soit d&#233;truit au-dessus de lui et qu'on lui apporte, jusqu'&#224; en crever, des g&#226;teaux au chocolat &#8211; vous avez l&#224; tout un &#233;norme fonctionnement du souverain inf&#226;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Foucault : Voir J. Fest, Hitler, II : Le F&#252;hrer, 1933-1945, trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;p&gt;Il resterait moins &#224; faire la th&#233;orie de l'infamie que la pratique d'une contre-infamie. Nous en sommes l&#224;. De Shakespeare &#224; Trump, plus d'autres spectacles que sa propre infamie.Spectacle du pouvoir qui est &#224; lui-m&#234;me sa repr&#233;sentation, sur Fox News et dans les cha&#238;nes d'info continues, dans le bruit que fait une m&#226;choire pour avaler en riant le plus beau g&#226;teau au chocolat que vous puissiez voir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Via &lt;a href=&#034;https://twitter.com/pottebonneville/status/853128596323520514/photo/1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;@potte-bonneville sur twitter&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Repris dans Michel FOUCAULT, Les anormaux (1974-1975), Cours Ann&#233;e 1974-1975, &#201;dition num&#233;rique r&#233;alis&#233;e en ao&#251;t 2012, &#224; partir de l'&#233;dition CD-ROM, &lt;a href=&#034;http://ekladata.com/a5J-kPD0FAZwSKkLJzNbvbFa1Jw/Foucault-Michel-Les-Anormaux-1974-1975-.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Foucault &#201;lectronique&lt;/a&gt;(ed.2001)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note de Foucault : Voir J. Fest, Hitler, II : Le F&#252;hrer, 1933-1945, trad. fr. Paris, 1973, p. 387-453 (&#233;d. orig. : Frankfurt am Main-Berlin-Wien, 1973&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>mes usines</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/journal-contretemps-un-weblog/article/mes-usines</link>
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		<dc:date>2011-05-12T19:28:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_Journal | contretemps</dc:subject>
		<dc:subject>_train</dc:subject>
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		<dc:subject>_routes &amp; chemins</dc:subject>
		<dc:subject>_Ronald Reagan</dc:subject>
		<dc:subject>_Noir D&#233;sir</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aucun Express (Noir D&#233;sir (reprise de A. Bashung), 'Tels Alain Bashung', 2001) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les arbres sont responsables de plus de pollution a&#233;rienne que les usines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ronald Reagan &lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi d'&#233;tonnant si la prison ressemble aux usines, aux &#233;coles, aux casernes, aux h&#244;pitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Foucault, Surveiller et punir &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai b&#226;ti pour moi seul une R&#232;gle &#8212; je suis li&#233; &#224; elle comme en libert&#233;, chaque heure sonne pour moi la t&#226;che &#224; effectuer, je lui ob&#233;is comme &#224; un Dieu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L500xH375/21avril-dfd9d.jpg?1770075038' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;object type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; data=&#034; http://paris7-doctorants-lsh.net/son/dewplayer.swf?mp3=http://paris7-doctorants-lsh.net/son/Aucun Express.mp3&amp;autoreplay=1&amp;showtime=1&amp;volume= 75&#034; height=&#034;20&#034; width=&#034;200&#034;&gt;&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;
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&lt;p&gt;&lt;small&gt;&lt;i&gt;Aucun Express&lt;/i&gt; (Noir D&#233;sir (reprise de A. Bashung), 'Tels Alain Bashung', 2001)&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbres sont responsables de plus de pollution a&#233;rienne que les usines.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ronald Reagan&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi d'&#233;tonnant si la prison ressemble aux usines, aux &#233;coles, aux casernes, aux h&#244;pitaux, qui tous ressemblent aux prisons ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ai b&#226;ti pour moi seul une R&#232;gle &#8212; je suis li&#233; &#224; elle comme en libert&#233;, chaque heure sonne pour moi la t&#226;che &#224; effectuer, je lui ob&#233;is comme &#224; un Dieu auquel on a renonc&#233; de croire, envers qui on v&#233;n&#232;re le renoncement &#224; la foi m&#234;me. Je r&#233;alise que la vie r&#233;gl&#233;e ainsi est plus ample, nombreuse : en elle l'&#233;paisseur &#233;trange de toute une semaine &#8212; le soir, quand il faut &lt;i&gt;allonger son corps&lt;/i&gt;, la fatigue mord sans effort sur la nuit ; oui, c'est la sensation m&#234;me de &lt;i&gt;la fin&lt;/i&gt; comme on dit en anglais, au dernier plan des films.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il y a des angles morts. Dans l'organisation forcen&#233;e de mes jours, je r&#233;alise que la lecture n'occupe aucune place : impossible de lui accorder une heure. C'est parce que je sais que, lorsque je n'ai pas au moins deux ou trois heures devant moi, impossible de commencer &#224; lire ; et jamais je n'ai, devant moi, deux ou trois heures, au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train est devenu naturellement pour moi mon cabinet de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, je ne compte plus les trajets en heures, mais en romans (ces derniers mois, red&#233;couverte du roman : lutte sans fin avec cette &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt;, je ne suis pas r&#233;concili&#233;, mais on n'a pas encore rompu les pourparlers). C'est ainsi : mes arrangements plus ou moins avouables avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma R&#232;gle n'a pas de nom, &#233;videmment. C'est une usine avec ces tours, ces gardes chiourmes, ces pauses salvatrices, ces pointages &#8212; je pourrai donner l'impression d'une astreinte, mais c'est le contraire : cette r&#232;gle est l'organisation joyeuse, effective, utopique, d'une r&#233;alit&#233; qui me devance toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, l'une des r&#232;gles de ma R&#232;gle (l'une de ces premi&#232;res Lois) est que chaque semaine, chaque jour, chaque heure, la r&#232;gle se r&#233;ajuste, et invente d'autres r&#232;gles. &#201;videmment, cette r&#232;gle aussi, le temps la devance ou l'anticipe. &#201;videmment, cette R&#232;gle m'&#233;chappe tout &#224; fait d&#232;s la deuxi&#232;me heure. Mais enfin : la joie utopique de mon ici et maintenant, elle, demeure. Le travail, quand il est livr&#233; &#224; ses champs libres (magn&#233;tiques) doit s'ajuster au d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement : la seule Loi immuable reste les heures consacr&#233;es &#224; la lecture, dans le train, dans la h&#226;te, une page apr&#232;s l'autre, une gare apr&#232;s l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M. Foucault | Le lien du d&#233;sir &#224; la r&#233;alit&#233;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/m-foucault-le-lien-du-desir-a-la-realite</link>
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		<dc:date>2010-02-26T17:23:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>_Gilles Deleuze</dc:subject>
		<dc:subject>_internet</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures num&#233;riques</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_Michel Foucault</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;extrait de &lt;i&gt;&#034;L'Anti-&#338;dipe&#034; : Une introduction &#224; la vie non fasciste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_internet" rel="tag"&gt;_internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_politiques-commune" rel="tag"&gt;_politiques &amp; commune&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_ecritures-resistances" rel="tag"&gt;_&#233;critures &amp; r&#233;sistances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_michel-foucault" rel="tag"&gt;_Michel Foucault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton257.jpg?1267205417' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lib&#233;rez l'action politique de toute forme de parano&#239;a unitaire et totalisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites cro&#238;tre l'action, la pens&#233;e et les d&#233;sirs par prolif&#233;ration, juxtaposition et disjonction, plut&#244;t que par subdivision et hi&#233;rarchisation pyramidale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affranchissez-vous des vieilles cat&#233;gories du N&#233;gatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune) que la pens&#233;e occidentale a si longtemps tenu sacr&#233; en tant que forme de pouvoir et mode d'acc&#232;s &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;f&#233;rez ce qui est positif et multiple, la diff&#233;rence &#224; l'uniformit&#233;, les flux aux unit&#233;s, les agencements mobiles aux syst&#232;mes. Consid&#233;rez que ce qui est productif n'est pas s&#233;dentaire mais nomade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'imaginez pas qu'il faille &#234;tre triste pour &#234;tre militant, m&#234;me si la chose qu'on combat est abominable. C'est le lien du d&#233;sir &#224; la r&#233;alit&#233; (et non sa fuite dans les formes de la repr&#233;sentation) qui poss&#232;de une force r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'utilisez pas la pens&#233;e pour donner &#224; une pratique politique une valeur de V&#233;rit&#233; ; ni l'action politique pour discr&#233;diter une pens&#233;e, comme si elle n'&#233;tait que pure sp&#233;culation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pens&#233;e, et l'analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d'intervention de l'action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'exigez pas de la politique qu'elle r&#233;tablisse les &#171; droits &#187; de l'individu tels que la philosophie les a d&#233;finis. L'individu est le produit du pouvoir. Ce qu'il faut, c'est &#171; d&#233;sindividualiser &#187; par la multiplication et le d&#233;placement, l'agencement de combinaisons diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe ne doit pas &#234;tre le lien organique qui unit des individus hi&#233;rarchis&#233;s, mais un constant g&#233;n&#233;rateur de &#171; d&#233;sindividualisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne tombez pas amoureux du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;small&gt;Ce texte de Michel Foucault &#8212; extrait de &lt;i&gt;L'Anti-&#338;dipe : Une introduction &#224; la vie non fasciste&lt;/i&gt; &#8212; a servi de pr&#233;face &#224; l'&#233;dition am&#233;ricaine de &lt;i&gt;Capitalisme et schizophr&#233;nie, l'Anti-&#338;dipe&lt;/i&gt; de Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari. Il est repris dans &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, recueil des articles, entretiens, pr&#233;faces et autres contributions de Michel Foucault, paru en 1989.&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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