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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Saint-Just, Pour en finir avec la terreur</title>
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		<dc:date>2016-03-20T17:17:44Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_histoires &amp; Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>_r&#234;ves et terreurs</dc:subject>
		<dc:subject>_politiques &amp; commune</dc:subject>
		<dc:subject>_&#233;critures &amp; r&#233;sistances</dc:subject>
		<dc:subject>_Fiction</dc:subject>
		<dc:subject>_Saint Just</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le Bonheur possible&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_histoires-histoire" rel="tag"&gt;_histoires &amp; Histoire&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1689.jpg?1458494167' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff1689.jpg?1458494178&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me fragments d'un &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;projet autour de Saint-Just&lt;/a&gt;, son devenir r&#233;volutionnaire aujourd'hui et le Bonheur possible (apr&#232;s &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique117&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un premier texte&lt;/a&gt; autour de la jeunesse de Saint-Just, et un &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique97&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;deuxi&#232;me&lt;/a&gt; sur sa Chute)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte lu &#224; l'invitation du th&#233;&#226;tre Antoine-Vitez d'Aix-en-Provence, &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans le cadre de la soir&#233;e consacr&#233;e aux lectures contemporaines&lt;/a&gt;, le 16 mars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; Agn&#232;s Loudes et Danielle Br&#233; pour l'invitation, et &#224; Louis Dieuzayde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous avons de l'histoire une id&#233;e vague &amp; d&#233;faite. Nous savons qu'elle a eu lieu. Nous supposons les hommes &amp; les dates. Nous supposons les mots, nous imaginons les foules en armes, le sang crach&#233; &amp; tomb&#233; &#224; cause des mots. Nous pensons en &#234;tre issus. Nous regardons les murs des villes, les rues qui portent les noms de ceux qui autrefois ont dit les mots &amp; crach&#233; le sang. Les hommes qui ont dit les mots &amp; crach&#233; le sang, nous r&#234;vons apr&#232;s eux. Nous poss&#233;dons pour cela des gravures de leurs visages. Nous regardons longuement, dans les livres o&#249; sont ces visages, les boucles des cheveux ; nous observons les regards sans percevoir ce qu'ils regardaient &amp; nous tournons les pages en songeant : l'histoire &#233;tait alors au soir ce que ces hommes disaient le matin &amp; chaque jour pendant ces ann&#233;es o&#249; l'histoire a eu lieu, un soir succ&#233;dait au matin. Nous savons que l'histoire a eu lieu &#224; cause du matin o&#249; nous sommes, mais nous, nous savons que ce soir, &amp; demain, le soir sera le m&#234;me &#8211; oui, nous avons de l'histoire une id&#233;e vague &amp; d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous lisons les livres. Nous apprenons les dates. Les r&#233;volutions ont chang&#233; pour toujours ce qui ne changera jamais. Nous regardons les bustes des hommes qui sont morts &amp; nous leur reconnaissons une certaine &#233;l&#233;gance, nous pr&#233;f&#233;rons oublier qu'ils crachaient du sang sur l'&#233;chafaud, un sang qui parfois n'&#233;tait pas le leur. Nous avons perdu la nostalgie du sang &amp; des crachats. De l'histoire, nous savons ce que disent les plaques sur les rues : des noms &amp; des dates, oui d&#233;cid&#233;ment, quelque chose a eu lieu. Il aurait fallu retenir ce que disaient les livres. Mais si nous regardons de nouveau dans les livres, nous lisons des phrases qui ne remuent rien. Les villes dans lesquelles nous allons ob&#233;issaient sans doute au projet qui nous a fait na&#238;tre. Le r&#234;ve n'&#233;tait qu'un plan, il n'est fait aujourd'hui que pour perdre les touristes. &amp; nous au milieu nous allons. Mais oui pourtant, l'histoire a eu lieu, qui &#233;tait ce projet, quelque chose qui nous a r&#234;v&#233;. Peut-&#234;tre quelque chose nous r&#234;ve-t-il encore, nous l'ignorons. Ce r&#234;ve quand il a pris corps n'&#233;tait que nos corps &amp; le soir, on s'endormait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'histoire, nous avons l'image des corps tranch&#233;s sur une sc&#232;ne lev&#233;e derri&#232;re un rideau invisible de velours rouge, des tr&#233;teaux de planches sur lesquels se dresse la guillotine ; tout autour, le public se masse pour mieux entendre les premiers mots qui sont aussi les derniers, se presse jusqu'&#224; l'&#233;touffement pour mieux voir le sang couler ; le bourreau tient par les cheveux un visage dont les yeux ouverts nous regardent sans nous voir. Nous sommes ce qu'ils ont &#233;t&#233;, les fils. Nous sommes des fils. Partout, les biblioth&#232;ques sont remplis de testaments mais nous sommes sans h&#233;ritage. Nous cherchons l'origine, comme si elle &#233;tait derri&#232;re nous. Si nous avons de l'histoire l'id&#233;e vague des conqu&#234;tes, des arm&#233;es assembl&#233;es, des trait&#233;s, des discours qui renversent le matin en soir &amp; des lanternes qu'&#233;clairent les visages tranch&#233;s &amp; lanc&#233;s d'une rue &#224; l'autre, c'est que nous savons que l'histoire est pass&#233;e. Nous marchons entre des bureaux dans lesquels s'&#233;crivent les chiffres incompr&#233;hensibles de notre appartenance. Ces chiffres pourraient &#234;tre des ann&#233;es, ils ne diraient que ce qui file entre les doigts, ou comme on crache dans la mer. Cela pourrait nous sauver, nous rendre fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas fous. Nous savons que nous ne sommes pas fous &amp; cette id&#233;e suffit &#224; nous maintenir dans l'illusion que nous sommes ici, ceux qui enferment les fous. Peu &#224; peu, nous devenons fous &#8211; sans parvenir &#224; l'&#234;tre jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes ici pour toujours &amp; ce qui nous terrifie, c'est que nous n'y sommes pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous souvenons de rien. Les dates &amp; les lieux se r&#233;p&#232;tent, &amp; sur les murs de nos villes parfois nous les voyons qui nomment les rues, les places, les avenues larges &amp; vides. Nous cherchons dans les livres qui r&#233;p&#232;tent les dates, les noms &amp; les lieux comme une histoire vague &amp; d&#233;faite. Nous tournons encore les pages, &amp; page apr&#232;s page jusqu'&#224; la derni&#232;re, rien que des noms, des dates &amp; des lieux, qui raconteraient l'histoire d'une histoire pass&#233;e. Nous savons le prix des ruines, le sang qu'il a fallu. L'id&#233;e qu'un jour elle a pu &#234;tre un r&#234;ve, un projet, un plan d'organisation des forces, nous est &#233;trang&#232;re. L'id&#233;e du r&#234;ve nous est &#233;trang&#232;re. L'id&#233;e surtout que l'histoire avait pu &#234;tre cette chose qui nous avait r&#234;v&#233; nous est impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les rues font circuler ceux qui circulent, les journaux disent que le temps passe &amp; son scandale. L'organisation du monde a &#233;chou&#233; &#224; organiser le monde, &amp; le temps passe sur cela aussi, c'est sa nature. Aujourd'hui, nous vivons &amp; nous sommes des vivants dans l'ordre fatal de l'histoire, puisque nous sommes apr&#232;s, puisque nous sommes ceux qui vivent ici apr&#232;s ceux qui ont v&#233;cu. Ceux qui ont v&#233;cu poss&#233;daient ce privil&#232;ge : qu'ils vivaient avant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous habitons les ruines qu'ils ont lev&#233;es pour nous dans la gloire du monde &amp; le salut des hommes. Dans ces villes, les ruines ont remplac&#233; peu &#224; peu d'autres ruines &amp; peu &#224; peu nous croyons que ces ruines sont les murs que nous habitons. Nous cherchons &#224; savoir quand tout cela a commenc&#233;, cette fin interminable des choses pour les si&#232;cles des si&#232;cles. Nous lisons les livres consid&#233;rables de notre temps &amp; les mots sont les m&#234;mes pour &#233;crire tous les autres livres, alors nous les repoussons dans un bruit de poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu des moments historiques : oui, nous avons connu la gr&#226;ce &amp; l'&#233;clat des moments historiques qui font date. Nous avons v&#233;cu de part &amp; d'autre des dates, nous sommes l&#224; pour en t&#233;moigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait des murs qui tombaient, c'&#233;tait des statues de tyrans qui tombaient, c'&#233;taient des immeubles hauts comme plusieurs immeubles qui tombaient. C'&#233;tait en g&#233;n&#233;ral toujours des chutes. Nous habitons dans les chutes de l'histoire. Nous sommes les restes d'une histoire qui tombent infiniment, qui n'en finit pas de tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons oubli&#233;. Le bruit des t&#234;tes tranch&#233;es qui tombaient, elles aussi, dans le panier du Peuple, nous l'avons oubli&#233;. Nous avons oubli&#233; aussi, avec le craquement des os sous la nuque, les cris qu'ils jetaient au passage froid de la lame. Nous avons oubli&#233; la chute de tous ces visages, tranch&#233;s &#233;galement, dans les paniers d'osier tress&#233;s par les femmes qui hurlaient sous l'&#233;chafaud de joie &amp; de terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'angle de la rue Pierre-Rebi&#232;re au num&#233;ro quatre vingt-huit, s'ouvre une rue large &amp; peu longue qui longe le cimeti&#232;re des Batignolles o&#249; s'entassent Verlaine, Breton, Cendrars, des russes, des enfants, des morts, je l'emprunte. C'est elle qui d&#233;bouche sur la Porte du cimeti&#232;re &#8211; avant de s'achever en impasse, &#233;videmment. Je pense : c'est l&#224;. La rue n'&#233;tait autrefois qu'une parcelle amput&#233;e de la rue Rouget-de-Lisle, &#224; Clichy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Paris l'a aval&#233;, on avala aussi les rues alentour &amp; il fallait tracer une nouvelle route vers les tombes. L'impasse, on lui donna bien s&#251;r le seul nom qu'elle pouvait avoir, &amp; Saint-Just baptisa ce lieu pour un temps qui est le mien o&#249; j'appuie de mes deux pieds mon corps sur cette ville, &amp; baptisa aussi ce temps qui passe entre moi &amp; les tombes, celui qui fait de moi un vivant parmi les murs &amp; les tombes &amp; les vivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense : ce qui fait tenir le monde debout est tout autour de moi la masse des corps tomb&#233;s sur lesquels je marche, lentement ; je pense ensuite : ici pourrait br&#251;ler, rien ne changera &#224; l'ordre du monde &amp; on aura pourtant tout perdu, &amp; c'est enfin d&#233;lest&#233; qu'on ira &#8211; je pense enfin : comme il fait froid, comme tout autour de moi est le froid des cendres, alors dans mars le corps, serr&#233; contre moi, les yeux qui lisent les lettres des noms sur les pierres comme on lirait le seul texte qui vaille, les yeux qui suivent le nom des morts pour les oublier, &#224; cette seconde pr&#233;cis&#233;ment, ici, entre les tombes, dans le corps j'allume un feu, lentement, lentement qui monte en moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme un feu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un feu ample rouge &amp; noir, qui monterait jusqu'&#224; moi o&#249; je l'ai fait na&#238;tre face &#224; toutes ces tombes tandis que de plus en plus vite je passe entre elles, j'aurais pu fermer les yeux je serais passer entre elles en les fr&#244;lant sans en renverser une seule jamais, &amp; le soir je rentrerai ainsi dans l'allure du feu, &amp; longtemps je lui chercherai un nom que je ne trouverai pas d'abord, un nom &#224; ce feu qui pourrait nommer aussi son allure &amp; le passage entre les tombes, nommer la ville aussi comme elle se dresse dans l'effacement de l'histoire, &amp; nommer les hommes autour qui rentrent chez eux parce que la nuit tombe &amp; qu'il n'y a rien entre le ciel &amp; la ville que des hommes incapables de rester debout quand la nuit tombe sur eux, nommer le d&#233;sir surtout de tout ce qui pourrait tomber que le d&#233;sir rel&#232;ve en nommant tout cela d'un nom, d'un seul nom, &amp; c'est longtemps apr&#232;s que ce feu je lui trouverai un nom, &amp; c'est Saint-Just.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'un nom dont le corps est en poussi&#232;re. Dans le cimeti&#232;re qu'est la ville b&#226;tie autour du cimeti&#232;re, la poussi&#232;re de Saint-Just s'est m&#234;l&#233; &#224; la terre &amp; le vent l'emporte &amp; je la respire, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'un nom dont la poussi&#232;re me recouvre tant que je respire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'un nom tomb&#233; en poussi&#232;re dans la m&#233;moire des hommes sans testament,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce n'est qu'un nom mais c'est le nom de celui qui a dit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je m&#233;prise la poussi&#232;re qui me compose &amp; qui vous parle. On pourra pers&#233;cuter &amp; faire mourir cette poussi&#232;re ! Mais je d&#233;fie qu'on m'arrache cette vie ind&#233;pendante que je me suis donn&#233;e dans les si&#232;cles &amp; dans les cieux.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, il faudrait parler dans le m&#233;pris de la poussi&#232;re &amp; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut remonter avant la poussi&#232;re pour rendre justice &#224; la mort : il faut remonter avant Thermidor, avant l'aube du 10, avant la nuit pass&#233;e &#224; attendre la mort dans l'&#226;me les troupes hurlantes de la Convention, il faut remonter avant les journ&#233;es de Septembre, d'Ao&#251;t, de Juillet, avant les secrets de Vent&#244;se qui ne sont que des dates oubli&#233;es &#8211; puisque l'Histoire n'est plus qu'un jour apr&#232;s l'autre la fabrique de son oubli &#8211; il faut remonter avant que l'Histoire ne commence vraiment &amp; avec elle le bonheur possible : il faut d'abord marcher dans la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-neuf ans, c'est l'&#226;ge qu'il faut pour marcher dans la col&#232;re &amp; fuir la maison, chercher dans le ciel ce qui justifie la terre &amp; trouver dans la langue ce qui pourrait soulever la vie : c'est cela qui s'appellera &lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix neuf ans sur le visage. L'amour n'est pas seulement une hypoth&#232;se. C'est une jeune fille, Th&#233;r&#232;se G&#233;ll&#233;. Saint-Just l'&#233;prouve jusqu'&#224; la possibilit&#233; du Bonheur.&lt;br class='autobr' /&gt;
On n'a pas dix-neuf ans impun&#233;ment quand on &#233;prouve le Bonheur possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la m&#232;re de Saint-Just &#8211; lointaine anc&#234;tre de Vitale Cuif, &#244; s&#339;ur de Charit&#233; &amp; Bouches d'Ombres &#8211; marche aussi dans la col&#232;re &#224; la recherche d'un fils qu'elle a d&#233;sormais pour toujours perdu : la m&#232;re de Saint-Just r&#233;clame au nom de toutes les m&#232;res qui ont perdu leur fils dans les tavernes, les bras d'une jeune fille &amp; la col&#232;re, une lettre de cachet qu'elle obtient ; Saint-Just a dix neuf ans : en prison &amp; seul devant une cellule sans fen&#234;tre, il songe au gout du Bonheur s'il &#233;tait possible &amp; &#224; l'amour qui n'aura finalement &#233;t&#233; qu'une hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mur, il trace peut-&#234;tre au couteau les jours. 1788 interminablement passe, sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le ciel manque, il trouve du papier &amp; voudrait inventer sa langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant deux ans, il &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des vers plus lourds que sa jeunesse s'&#233;chappent de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appellera cela &lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il sortira de prison il aura presque vingt-deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vingt-sept, l'Histoire passera sur lui, &amp; sa t&#234;te roul&#233;e avec le sang des camarades dans le panier d'osier sous les cris de joie &amp; de terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, vingt-sept ans, ce jour de sa t&#234;te brandie par le bourreau, il pensera peut-&#234;tre &#224; l'Histoire vaincue, il pensera &#224; la trahison du cadavre de Danton ou il pensera &#224; la couleur du ciel, ils pensera au Peuple traitre &#224; sa propre cause, ou il pensera &#224; sa poussi&#232;re qu'il m&#233;prise d&#233;j&#224;, il pensera aux thermidoriens qui l'ont fait tomber &#8211; &amp; qui nous gouverne encore aujorud'hui &#8211;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il pensera &#224; sa col&#232;re &amp; &#224; la rage qu'il faut pour la porter enti&#232;re, il pensera &#224; ce jour o&#249; sur le front de l'est pr&#234;t &#224; se rompre, le premier jour de sa Mission, il demande &#224; fusiller tous les g&#233;n&#233;raux qu'il remplace presque au hasard ; il pensera aux mots qu'il avait &#233;crit, le 9 Thermidor, les mots qui aurait arr&#234;t&#233; la Terreur &amp; qu'il ne pronon&#231;a pas, alors qu'on lui donnait la Parole &#224; la Tribune, pourquoi ? myst&#232;re qu'il emporte, il pensera &#224; toutes ces choses qu'il emporte &amp; qui s'ach&#232;ve avec la mort, il pensera au Bonheur, &amp; aux id&#233;es neuves emport&#233;es avec son corps, il pensera &#224; Dieu &amp; combien il lui aura surv&#233;cu, mais est-ce qu'il pensera &#224; la col&#232;re d'&lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face d'Organ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai vingt ans ; j'ai mal fait ; je pourrai faire mieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt; Lucidit&#233; du po&#232;te Saint-Just.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che de la R&#233;volution : traverser la col&#232;re, renverser l'ordre du monde, inventer la possibilit&#233; du Bonheur, porter en soi Organ, po&#232;me &#233;rotique, sur le front de l'Est ou dans les d&#233;crets de Vent&#244;se, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique, on trouve des vers comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur humain est n&#233; pour la faiblesse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'h&#233;ro&#239;sme est un joug qui l'oppresse&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Et d'autres comme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Oh ! qu'il est doux, dans le feu du bel &#226;ge,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un tendron, &#224; son penchant livr&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
De recevoir sur ses l&#232;vres br&#251;lantes&lt;br class='autobr' /&gt;
Mille baisers d'un amant ador&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
De le presser en des mains caressantes,&lt;br class='autobr' /&gt;
De se livrer et se laisser charmer !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'il est triste, h&#233;las ! de se confondre&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec quelqu'un qu'on ne saurait aimer,&lt;br class='autobr' /&gt;
De se sentir &#224; regret enflammer,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et malgr&#233; soi br&#251;ler et lui r&#233;pondre !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans, &amp; quelques mois seulement apr&#232;s pour se gu&#233;rir de soi : mais porter ce feu sur l'Europe et vouloir l'inventer contre elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans : quand il sort de Prison, au printemps 1789, on lui promet la Bastille, mais la Bastille est une autre promesse, elle br&#251;le : quoi faire de ce feu, aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;ler &#224; &lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues de Marseille, des bus portent les destinations singuli&#232;res : Saint-Just, Malpass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms se confondent dans la m&#233;moire : les terroristes &amp; les faiseurs de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms sont des terminus, pr&#233;ludes &#224; leur oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la f&#233;rocit&#233; des sourires, les cheveux port&#233;s longs pour insulter les m&#232;res ou se souvenir des jeunes filles, les &#233;l&#233;gances d'Archange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues de Marseille, de Paris, on nous dit que l'ordre du monde est comme l'air qu'on respire ; sur l'&#233;cran, la r&#233;alit&#233; est le moteur de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent des phrases &#233;crites dans la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution est glac&#233;e ; tous les principes sont affaiblis ; il ne reste que des bonnets rouges port&#233;s par l'intrigue. L'exercice de la terreur a blas&#233; le crime, comme les liqueurs fortes blasent le palais.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Restent des sentences comme des m&#233;lancolies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me fragments sur les &lt;i&gt;Instiutions R&#233;publicaines&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans doute, il n'est pas encore temps de faire le bien. Le bien particulier que l'on fait est un palliatif. Il faut attendre un mal g&#233;n&#233;ral assez grand pour que l'opinion g&#233;n&#233;rale &#233;prouve le besoin de mesures propres &#224; faire le bien. Ce qui produit le bien g&#233;n&#233;ral est toujours terrible, ou para&#238;t bizarre lorsqu'on commence trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Reste le bonheur comme projet politique infiniment appel&#233; dans son ex&#233;cution, lyrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;me fragment :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La R&#233;volution doit s'arr&#234;ter &#224; la perfection du bonheur et de la libert&#233; publique par les lois. Ses &#233;lancements n'ont point d'autre objet, et doivent renverser tout ce qui s'y oppose ; et chaque p&#233;riode, chaque victoire [&#8230;] doit amener et consacrer une institution r&#233;publicaine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reste la Terreur comme &#8211; comme la poussi&#232;re qu'on respire dans le vent de Mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;me fragment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; On parle de la hauteur de la R&#233;volution : qui la fixera, cette hauteur ? Elle est mobile. Il fut des peuples libres qui tomb&#232;rent de plus haut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la Terreur, il fallait la commencer, &#234;tre terrible avec elle : par exemple, dans l'&#233;criture d'&lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique : porter le fer au langage, danser sur le fil suspendu dans le vide, attaquer le corps puisque l&#224; s'&#233;prouvent &amp; s'incarnent les derni&#232;res limites d'une libert&#233; impossible comme le Bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la Terreur, il fallait que le Bonheur f&#251;t impossible, &amp; d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec la Terreur, il fallait que vingt-deux ans ne suffisent pas, et qu'&#224; vingt sept ans le corps s'&#233;croule ; &amp; l'effacement soit ma fa&#231;on de resplendir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Just op&#232;re vivant le corps de la R&#233;volution, de toute celle qui voudrait le Bonheur possible &amp; inachevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les murs de Marseille, cette inscription : &lt;i&gt;Notre seule patrie : l'enfance. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfance de la Terreur : le visage de Saint-Just, dont on ne poss&#232;de que des portraits posthumes couverts de poussi&#232;res, celle qu'on respire, celle qu'on disperse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette poussi&#232;re, on pourrait tout aussi bien porter les doigts, &amp; dessiner &#224; la surface de cette m&#233;moire oubli&#233;e, les phrases qui disaient par exemple dans ces assembl&#233;es incandescentes, &lt;i&gt;les malheureux sont les puissances de la terre&lt;/i&gt;, et puis porter ces doigts aux l&#232;vres &#8211; porter les yeux sur un monde immobile, songer &#224; l'hypoth&#232;se du Bonheur, de l'amour possible, aux violences qu'il suppose, &#224; la col&#232;re qui appelle, &amp; veiller les soirs qui pr&#233;c&#232;dent l'aube o&#249; l'Histoire ne sera pas seulement l'id&#233;e vague et d&#233;faite, mais le d&#233;sir d'une br&#251;lure qui soul&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-neuf ans, Saint-Just &#233;crit dans sa cellule &lt;i&gt;Organ&lt;/i&gt;, po&#232;me &#233;rotique, &amp; ces vers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le h&#233;ros dort sous sa tombe fl&#233;trie&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les amours viennent danser dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/i&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; Agn&#232;s Loudes et Danielle Br&#233; pour l'invitation, et &#224; Louis Dieuzayde pour l'incitation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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