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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>&#171; Marseille Quai Est &#187; </title>
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		<dc:date>2015-06-18T20:25:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;De Conrad &#224; ici&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/marseille-quai-est/" rel="directory"&gt;Marseille quai Est&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Texte &#233;crit &#224; l'invitation des &#233;ditions Bookstorming &#8211; dans le cadre de la r&#233;alisation d'un ouvrage sur les Terrasses du port, &#224; Marseille. Ici, une histoire des docs, ou peut-&#234;tre sa l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage est disponible &lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Terrasses-du-port-Marseille/dp/2357333707/ref=sr_1_9?ie=UTF8&amp;qid=1511126284&amp;sr=8-9&amp;keywords=MAISETTI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La ville semble alors un ventre qu'on d&#233;chire. Le milieu du XIXe s. est une bascule : on tourne une page au milieu du bruit des gravats renvers&#233;s partout dans Marseille, chantier &#224; ciel ouvert. &#192; l'Est, on plante des avenues trac&#233;es &#224; travers la campagne : au Prado, un boulevard-promenade ouvre la ville jusqu'au milieu des bastides du terroir ; au Sud, sur la colline qui domine la ville, un sanctuaire consacr&#233; &#224; Notre-Dame bient&#244;t va s'&#233;lever ; et &#224; l'Ouest, alors qu'on perce dans les vieux quartiers des Carmes une tranch&#233;e qui sera le trait d'union du Port et des nouveaux bassins, on d&#233;cide de dresser le nouveau centre maritime de Marseille. C'est une autre ville qui lance ses conqu&#234;tes sur l'ancienne : des milliers d'habitants sont d&#233;plac&#233;s, des maisons d&#233;truites, la terre remu&#233;e pourrait servir &#224; tout ensevelir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville a vu en un si&#232;cle sa population tripler et s'&#233;tend comme jamais dans son histoire. Le Second Empire voit l&#224; un laboratoire de son propre d&#233;veloppement : son quai pour reconqu&#233;rir le monde par la force du commerce. Alors, on voudrait que Marseille redevienne ce qu'elle fut : l'un des plus grands ports du Monde. R&#233;inventer la ville, c'est inventer un Nouveau Port, loin du &#171; Vieux &#187; &#224; l'&#233;troit dans son anse. Les &#233;tendues &#224; l'ouest appellent au nouveau d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce front maritime qui &#233;tait encore la campagne, on a soulev&#233; de mer des bassins destin&#233;s &#224; recevoir les marchandises de toute la M&#233;diterran&#233;e : d'abord celui de la Joliette en 1853, auquel suivront le Lazaret et le bassin de la Gare maritime en 1864. Les quais attendent leur ma&#238;tre. Paulin Talabot, polytechnicien, saint-simonien et visionnaire, sera celui-l&#224;. C'est un de ces hommes d'affaires qui pratiquent la politique comme le g&#233;nie des Ponts et Chauss&#233;e. Il sait dessiner des voies de chemin de fer autant que cr&#233;er des banques ou se faire &#233;lire dans le Gard. Si le seul &#233;l&#233;ment qui peut arr&#234;ter le train est la mer, alors il faut en prendre possession, faire en sorte que la mer soit un hall de gare &#224; perte de vue : c'est l'id&#233;e de g&#233;nie de Talabot, qui s'empare de la Compagnie des Docks et Entrep&#244;ts de Marseille, fond&#233;e en 1856, et qui entre v&#233;ritablement en service en 1860. La Compagnie ach&#232;te &#224; l'&#201;tat pour 99 ans les 11 hectares sur les deux kilom&#232;tres le long du port et applique l&#224; les m&#233;thodes de travail des chemins de fer. Associ&#233; &#224; son ami Jules Mir&#232;s, fondateur de la Soci&#233;t&#233; des Ports de Marseille, il impose rapidement la m&#233;canisation des transports de marchandises, l'usage des grues &#224; vapeur et des monte-charges m&#233;caniques pour acc&#233;l&#233;rer les flux et rationaliser l'organisation des &#233;changes. C'est la fin des Portefaix qui transportaient les marchandises &#224; bout de bras, et la naissance des Dockers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'enfilade des bassins du Lazaret, de l'Arenc et de la Joliette (de Jules C&#233;sar, qui avait implant&#233; ici son camp de refuge dans la guerre civile contre Pomp&#233;e), P. Talabot d&#233;sire lever un b&#226;timent pour mener la guerre commerciale qui s'annonce. C'est un chantier qui dit la d&#233;mesure de l'homme autant que de l'&#233;poque &#8211; une fa&#231;on de concevoir les &#233;changes commerciaux comme le r&#234;ve de poss&#233;der le monde lui-m&#234;me. Les quais sont prot&#233;g&#233;s par une jet&#233;e immense, qui ne cessera de grandir et de mordre dans la mer. Sur les quais, des centaines de bateaux chaque jour accostent et repartent ; ils viennent d'Europe surtout, mais aussi de plus en plus d'Afrique et des Am&#233;riques. &#192; m&#234;me les quais, une trentaine de magasins jointifs &#224; un seul &#233;tage servent de d&#233;p&#244;t pour les marchandises directement achemin&#233;es depuis les cales des navires. Une voie ferr&#233;e longe ces quais, les trains arrivent directement de la nouvelle Gare Saint-Charles, b&#226;tie en 1848. De l'autre c&#244;t&#233;, on dresse le Grand Entrep&#244;t. P. Talabot fait appel &#224; des fr&#232;res d'armes : les ing&#233;nieurs des Ponts et Chauss&#233;es Hilarion Pascal et Gustave Desplaces. Le mod&#232;le est &#233;videmment anglais, terre fondatrice de l'architecture industrielle et commerciale : ce sera ici un m&#233;lange des Docks de Londres et du march&#233; couvert de Covent Gorden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1858 &#224; 1864 se construit un b&#226;timent multiple fait de 5 entrep&#244;ts gigantesques. L'ensemble vise &#224; dominer le temps, pas moins : il court sur 365 m&#232;tres &#8211; comme de jours dans une ann&#233;e &#8211;, l&#232;vent 52 portes &#8211; comme de semaines &#8211;, comportent 7 niveaux &#8211; comme de jours dans une semaine &#8211; et sont trou&#233;s de 4 cours int&#233;rieures &#8211; comme les saisons. Une totalit&#233;, mani&#232;re d'affirmer l'emprise sur l'espace autant que sur le temps. On acc&#232;de aux diff&#233;rents &#233;tages par les tout premiers ascenseurs hydrauliques venus comme il se doit d'Angleterre : son inventeur, William Amstrong, vient lui-m&#234;me les concevoir. Le bois est exclu pour un monument qui cherche &#224; traverser les &#226;ges : les murs sont de pierre apparente, les vo&#251;tes de brique, les piliers de fonte, les portes, volets et poutres d'acier. Si l'ensemble para&#238;t brut, c'est qu'il doit laisser appara&#238;tre l'&#233;vidence de sa fonction. Les toitures &#224; sheds, inclinaisons en dents de scie, d&#233;signent l'atelier industriel : elles permettent &#224; la lumi&#232;re de p&#233;n&#233;trer largement dans les magasins o&#249; l'on s'affaire, stocke et organise les flux de marchandises. Au sud, sur la place de la Joliette, les briques rouges &#8211; cas unique &#224; Marseille &#8211; signent avec &#233;clat la fa&#231;ade de l'H&#244;tel de la Direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble, gigantesque et rationnel, fourmille un si&#232;cle durant. Il traverse &#226;ges d'or et crises, changements de r&#233;gime, d&#233;pressions, gr&#232;ves, renouveaux. Au c&#339;ur des ann&#233;es 1920, 1500 dockers travaillent l&#224; dans le bruit continu des cargaisons qu'on d&#233;place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la fin de la Seconde Guerre mondiale conduit aussi au d&#233;clin inexorable du poumon maritime. Les &#233;quilibres internationaux ont bascul&#233; ; des choix politiques sont faits ; Marseille tourne le dos &#224; la mer. Sur l'&#201;tang de Berre est mis en activit&#233; un complexe portuaire tourn&#233; vers son &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1955, la fin de la concession centenaire approche. La Compagnie des Docks c&#232;de la main. Les Entrep&#244;ts et Magasins G&#233;n&#233;raux de Paris reprennent l'ensemble pour entreposer dans les hangars du papier et du bl&#233;, avant d'y am&#233;nager des bureaux. On oublie qu'ici fut la fa&#231;ade maritime de la ville. D&#233;saffect&#233;s en 1988, les Docks sont vou&#233;s comme ces ann&#233;es-l&#224; &#224; New York ou &#224; Londres &#224; la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, la SARI prend alors possession des 11 hectares, fonde les &#171; Grands Docks de Marseille &#187; ; en 1995, la mairie lance un nouveau chantier de refondation du quartier pr&#232;s d'un si&#232;cle apr&#232;s sa lev&#233;e de terre, pour refaire de ces quais un centre. Eurom&#233;diterran&#233;e renoue avec l'immense r&#234;ve de Talabot. L'architecte &#201;ric Castaldi prend soin des Docks, r&#233;habilit&#233;s en grandes halles. En face, l&#224; o&#249; se tenaient les entrep&#244;ts proches de la mer, l'architecte Michel Petuaud-Letang con&#231;oit un centre commercial comme une r&#233;plique majestueuse et l&#233;g&#232;re des Entrep&#244;ts &#8211; m&#234;mes courbures en sheds orient&#233;s au nord, m&#234;mes lumi&#232;res. &#192; la cl&#244;ture du lieu r&#233;pond l'ouverture infinie qu'il appelle : &#224; la terminaison du b&#226;timent et dans sa hauteur, la reformulation d'un quai, mais suspendu. L&#224; se dressent d&#233;sormais ces Terrasses du Port, promontoire sur la mer tourn&#233; vers l'ouest o&#249; le soleil tombe sur la nouvelle skyline d'une ville verticale &#224; l'horizon duquel le regard embrasse le nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autour de ces quais, c'est donc une nouvelle ville, encore : les quartiers d'affaires et les Docks autour des Terrasses du Port voudraient renouer avec le r&#234;ve urbain d'une ville o&#249; le centre serait dans ses axes, cette facult&#233; d'imaginer la ville comme un spectacle, et la mer comme son ouverture. Les jours de Mistral, on entendrait encore la voix ancienne des Portefaix ou les cris des Dockers, la respiration des quartiers ensevelis, et l'on verrait s'allonger les ombres de Joseph Conrad qui embarqua ici pour le monde, et celles d'Arthur Rimbaud qui acheva l&#224; son voyage et sa vie : les d&#233;sirs d'une ville toute enti&#232;re pour renouer avec elle-m&#234;me, au lieu des arriv&#233;es et des d&#233;parts, l'endroit d'une rencontre, l'espace privil&#233;gi&#233; de tous les &#233;changes &#8211; des Terrasses du Port, en m&#234;me temps que la mer, les ombres et les cris de cette histoire, c'est aussi &#224; travers le vent l'avenir de la ville qu'on per&#231;oit.&lt;/p&gt;
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