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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Gilles Ch&#226;telet &#171; Ce singulier qui n'est jamais produit ni termin&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ringardiser les yaourti&#232;res&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://arnaudmaisetti.net/txts/CH&#194;TELET/CHATELET_1998_Vivre%20et%20penser%20comme%20des%20porcs.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vivre et penser comme des porcs&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;small&gt;De l'incitation &#224; l'envie et &#224; l'ennui &lt;br&gt;
dans les d&#233;mocraties-march&#233;s&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Vingt-huit ans plus tard, le livre br&#251;le encore aux doigts. Non qu'il ait vieilli &#8212; c'est pire. Rattrap&#233; par l'&#233;poque, la n&#244;tre, son r&#233;el ignoble, qui l'a d&#233;pass&#233; sur sa droite comme une Tesla double un pi&#233;ton sur une piste cyclable. En 1998, Ch&#226;telet &#233;crit au c&#339;ur de cette grande euphorie consensuelle : les &#233;ditorialistes c&#233;l&#232;brent encore la fin de l'Histoire et les anciens mao&#239;stes font visiter leurs lofts &#224; Lib&#233;ration. Il &#233;crit seul, c'est-&#224;-dire avec les ombres de Copi et de Deleuze, d'Hocquenghem et de Daniel Gu&#233;rin &#8212; en math&#233;maticien qui savait sans doute o&#249; se rejoignent les courbes de la finance et celles des sondages, comment elles ob&#233;issent aux m&#234;mes lois : fabriquer de l'homme-moyen, du &#171; protozoaire social &#187; et de l'unit&#233; de convoitise interchangeable. Et que cette fabrication n'est pas un effet secondaire de ce monde, mais son op&#233;ration premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il appelait la &lt;i&gt;Triple Alliance&lt;/i&gt; &#8212; le politique, l'&#233;conomique et le cybern&#233;tique nou&#233;s en un seul dispositif de domestication &#8212;, nous n'avons plus besoin de le chercher dans les livres : nous la portons &#224; m&#234;me nos poches, qui nous g&#233;olocalise et nous profile, nous note pour nous vendre &#224; nous-m&#234;mes vingt fois par jour. Le &lt;i&gt;citoyen-pan&#233;liste&lt;/i&gt; dont Ch&#226;telet tra&#231;ait le portrait a cess&#233; depuis longtemps d'&#234;tre cette figure rh&#233;torique : il produit gratuitement &#224; chaque clic et chaque like les donn&#233;es de son propre asservissement &#8212; et il en redemande, parce que &lt;i&gt;l'ennui&lt;/i&gt;, ce grand moteur silencieux du capitalisme que Ch&#226;telet avait identifi&#233; avec sa terrible pr&#233;cision, est devenu si parfaitement organis&#233; qu'on ne le distingue plus du divertissement. &lt;i&gt;L'envie&lt;/i&gt; fait le reste : guerre de tous contre tous rendue d&#233;sirable, concurrence transform&#233;e en mode de vie et en r&#233;gime de sensibilit&#233; &#8212; chaque &#233;cran une ar&#232;ne, chaque notification un coup de fouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au &lt;i&gt;techno-populisme&lt;/i&gt; : le visage m&#234;me de l'&#233;poque, son rire et sa raison sociale. Ch&#226;telet voyait dans Attali et ses &#171; jeunes nomades fluides &#187; l'avant-garde d'une postmodernit&#233; carnassi&#232;re. Qu'aurait-il dit de Musk rachetant l'espace public comme un bien meuble, de la Silicon Valley install&#233;e dans les minist&#232;res, des milliardaires qui &#171; disruptent &#187; la d&#233;mocratie en ricanant &#8212; et de l'Europe qui n'oppose &#224; cette offensive que son extr&#234;me-centrisme hagard, sociaux-(n&#233;o) lib&#233;raux macronisme de ruines faussement oppos&#233;s &#224; une social-d&#233;mocratie d&#233;j&#224; morte qui ne sait pas encore qu'elle l'est ? Le &lt;i&gt;Turbo-B&#233;cassine&lt;/i&gt; a pris le pouvoir : il gouverne avec des algorithmes et liquide ce qui reste de commun avec l'entrain du manager qui &#171; d&#233;graisse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;Vivre et penser comme des porcs&lt;/i&gt; n'est pas tant ce manifeste-diagnostic qu'une arme de combat ; c'est peut-&#234;tre ce qui le distingue de toute la sociologie critique, si lucide mais si d&#233;sarm&#233;e, qui a prolif&#233;r&#233; depuis. Ch&#226;telet r&#233;clamait une philosophie qui fasse &#171; plus de vagues et moins de vogue &#187;, certain que la pens&#233;e n'a de sens politique que si elle mord, et refuse la position du commentateur &#233;clair&#233; contemplant le d&#233;sastre depuis sa biblioth&#232;que. &#171; Nous devons vaincre l&#224; o&#249; Hegel, Marx et Nietzsche n'ont pas vaincu &#187; : phrase finale qui n'est pas un programme acad&#233;mique, mais un mot d'ordre. Ni la dialectique seule, ni la critique de l'&#233;conomie politique seule, ni la &#171; transvaluation &#187; des valeurs seule n'ont suffi &#8212; il faudra les armer &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; et les tresser en une seule corde pour &#233;trangler le consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Ch&#226;telet, ces jours, comme pour refuser deux tentations sym&#233;triques : d'abord celle d'une &lt;i&gt;m&#233;lancolie&lt;/i&gt; qui se suffirait &#224; elle-m&#234;me &#8212; complaisance du vaincu qui am&#233;nage les ruines pour s'y installer seulement, fait de la lucidit&#233; un deuil et du deuil sa demeure. Mais la m&#233;lancolie n'est pas tout enti&#232;re dans cette r&#233;signation. Une autre m&#233;lancolie nous hante, plus ancienne et dangereuse, des insurg&#233;s qui n'oublient pas : une fid&#233;lit&#233; aux vaincus dans le contraire du renoncement parce qu'elle refuse de tenir l'histoire pour close et les d&#233;faites d&#233;finitives. Cette m&#233;lancolie-l&#224; ne paralyse pas &#8212; plut&#244;t veille-t-elle. Elle est la m&#233;moire vive de tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; et pourrait encore revenir, &lt;i&gt;&#224; contretemps&lt;/i&gt;, et par effraction, o&#249; le consensus ne l'attend pas. Ch&#226;telet &#233;crivait depuis cette veille furieuse : non malgr&#233; la catastrophe, mais &#224; m&#234;me elle, dans l'urgence de qui sait que chaque instant du pr&#233;sent est une porte &#233;troite par o&#249; peut surgir autre chose que la r&#233;p&#233;tition du d&#233;sastre. Sa fureur n'&#233;tait pas le contraire de sa m&#233;lancolie &#8212; elle en &#233;tait &lt;i&gt;l'usage&lt;/i&gt; politique, et comme son passage &#224; l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser aussi, sym&#233;triquement, la r&#233;cup&#233;ration acad&#233;mique &#8212; r&#233;duire le texte &#224; un &#171; objet d'&#233;tude &#187;, classique inoffensif rang&#233; entre Debord et Baudrillard sur l'&#233;tag&#232;re des proph&#232;tes impuissants. Le lire encore, c'est accepter qu'un pamphlet soit un geste et que ce geste appelle d'autres gestes. Que la cartographie du d&#233;sastre ne vaut que si elle sert &#224; s'orienter dans nos nuits. Et que s'orienter, ces jours, dans ces nuits, revient &#224; poser la question que Ch&#226;telet, en bon deleuzien, laissait seulement ouverte : celle de l'organisation, de la force collective, de ce qui transforme la lucidit&#233; en puissance. Le &#171; protozoaire social &#187; ne se lib&#233;rera pas seul (ou alors seulement dans l'&#233;gotisme illusoire qui ne pourrait que reconduire la victoire de ce monde ab&#238;mant) &#8212; il lui faudra des formes et des liens, des machines de guerre b&#226;ties solidairement. Ch&#226;telet le savait. Il nous a laiss&#233; les plans.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le techno-populisme distingue soigneusement deux &#171; radicalit&#233;s &#187; : celle qu'il d&#233;teste &#8212; soup&#231;onn&#233;e d'&#234;tre ennemie de la d&#233;mocratie, parce qu'elle pr&#233;tend faire l'effort de se soustraire &#224; la goujaterie et &#224; l'impatience contemporaines et esp&#232;re faire d&#233;raper les sc&#233;narios socio-&#233;conomiques de la Banque mondiale &#8212;, et celle dont il appr&#233;cie les odeurs fortes de majorit&#233; morale, celles du P&#232;re Fouettard et des piloris m&#233;diatiques. &#192; ceux qui lui demanderaient de d&#233;finir le new-age, il r&#233;pondrait : &#171; C'est l'&#232;re de l'Internet, des associations de m&#232;res de famille vid&#233;o-visionneuses et de la chaise &#233;lectrique. &#187; C'est pourquoi il adore transfigurer ses Agrippines, ses Th&#233;nardiers et ses Tartarins en Gavroches de plateaux t&#233;l&#233;vis&#233;s qui pourfendent les &#171; privil&#232;ges &#187; et se goinfrent de Justes Causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a pis : ce qui vaut pour les individus vaut aussi pour les peuples ; toute protection sociale, toute notion de service public &#171; maintenue artificiellement hors march&#233; &#187;, bref tout acquis historique, doit &#234;tre effac&#233; et aussi d&#233;nonc&#233; comme un &#171; privil&#232;ge &#187; qui menace les grands &#233;quilibres et affole les clignotants socio-&#233;conomiques de l'Histoire promise par les techno-populistes du monde entier. Car c'est en pesant son poids &#171; r&#233;el &#187; &#8212; &#233;conom&#233;trique &#8212;, en rejetant r&#233;solument tout &#233;talon &#171; utopique et marxisant &#187;, que chaque pays pourra briguer une place de bon &#233;l&#232;ve au tableau d'honneur de la prosp&#233;rit&#233; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais ont mis beaucoup de temps &#224; comprendre que tout le monde est concern&#233; &#8212; et pas seulement les &#171; m&#233;t&#232;ques &#187; du Sud. C'est pourquoi, depuis 1974, le techno-populisme s'inqui&#232;te : la France &#171; p&#232;se trop &#187;, elle souffre d'ob&#233;sit&#233; symbolique et l'intol&#233;rable &#171; singularit&#233; fran&#231;aise &#187; &#233;tait, voici dix ans, un effet de manche convenu des jeunes cuistres de l'Institut d'&#233;tudes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contre-r&#233;formateurs lib&#233;raux &#8212; et bien d'autres avec eux &#8212; peuvent se r&#233;jouir : la France se rapproche symboliquement de ses parts de march&#233;, et beaucoup de ses intellectuels n'y sont pas pour rien. La R&#233;publique n'est plus orgueilleuse : elle accepte enfin un destin adapt&#233; &#224; ses moyens &#8212; celui de sous-pr&#233;fecture &#171; d&#233;mocratique &#187; du Nouvel Ordre mondial, qui sait s'agenouiller devant une opinion dont la fabrication lui &#233;chappe de plus en plus et abandonne cette id&#233;e &#171; jacobine &#187; que la d&#233;mocratie ne vaut que par l'excellence des destins qu'elle vise id&#233;alement pour tous, et ne saurait rester les yeux riv&#233;s &#224; la moyenne des &#233;go&#239;smes et des l&#226;chet&#233;s de chacun. On ne s'&#233;tonnera donc pas que la peste nationale-raciste ait refait surface&#8230; On a presque r&#233;ussi &#224; transformer un grand peuple en audimat servile et provincial et une partie de son &#233;lite intellectuelle en populace compradore, en quarteron de commis &#233;ditorialistes des formidables cabinets d'aisance mentale que sont devenues les d&#233;mocraties-march&#233;s &#8212; toujours affair&#233;es &#224; d&#233;couper leurs agr&#233;gats peu rago&#251;tants, issus de la fermentation de centaines de millions, et bient&#244;t de milliards, de psychologies de consommateurs-pan&#233;listes d&#233;vor&#233;es par l'envie et le d&#233;sir d'accaparer aux moindres frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Positivez et maximisez comme vous respirez ! &#187; : cela pourrait &#234;tre le slogan de cette classe moyenne mondiale qui entend bien enfin jouir de la Fin de l'Histoire. Ce terminus de l'Histoire ne serait-il, apr&#232;s tout, que la d&#233;couverte d'une forme optimale de termiti&#232;re, ou plut&#244;t de yaourti&#232;re &#224; classe moyenne &#8212; dont Singapour serait le sinistre mod&#232;le r&#233;duit &#8212; g&#233;rant les fermentations mentales et affectives minimales de protozoaires sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;changerais cynisme mercantile permanent contre larmes de crocodile d'occasion &#187; : telle est la devise de la yaourti&#232;re, car nous savons maintenant, depuis l'affaire Diana, qu'il n'est m&#234;me plus n&#233;cessaire de jouer ou de chanter pour devenir une superstar et qu'il suffit de divorcer et de respirer pour faire pleurnicher deux milliards d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Contre-R&#233;forme lib&#233;rale, il n'y a d&#233;sormais plus de doute : le XXIe si&#232;cle verra le triomphe complet de l'individu. Sans le vouloir, bien s&#251;r, elle nous m&#232;ne au c&#339;ur du futur combat politico-philosophique : tout faire pour que l'homme ordinaire, ce singulier qui n'est jamais produit ni termin&#233;, ne soit plus confondu avec l'Homo &#233;co-communicans des d&#233;mocraties-march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaincre le techno-populisme, ringardiser les yaourti&#232;res, c'est aussi vaincre le national-racisme&#8230; Cela r&#233;clame une philosophie de combat. Il est encore temps pour l'intelligentsia fran&#231;aise de se ressaisir, de d&#233;laisser les Trissotins et les femmes de lettres postmodernes, et surtout de mettre un terme &#224; la cr&#233;tinisation soft &#224; l'anglo-saxonne &#8212; sa &#171; rortyfication &#187; &#8212;, bref, de sursauter et de refuser un destin de b&#233;tail cognitif en faisant plus de vagues et moins de vogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. C.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Michel Foucault | Le Clown souverain</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Les Anormaux &#187;, cours de 1974-1975 au Coll&#232;ge de France&lt;/p&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Soit ce texte de Michel Foucault, prononc&#233; au Coll&#232;ge de France lors du cours de 1974-1975. Le contexte : celui d'une Europe o&#249; les fascismes semblent vaincus mais o&#249; leurs m&#233;caniques persistent, reconvertis. Foucault isole ici le rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir &#8212; dessine les contours d'un monde &#224; venir, d&#233;j&#224; l&#224;, dont l'ombre se r&#233;pand, jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/ny180326_cvnsrgb.jpg.webp?1771946928' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La terreur ubuesque, la souverainet&#233; grotesque ou, en d'autres termes plus aust&#232;res, la maximalisation des effets de pouvoir &#224; partir de la disqualification de celui qui les produit : ceci, je crois, n'est pas un accident dans l'histoire du pouvoir, ce n'est pas un rat&#233; de la m&#233;canique. Il me semble que c'est l'un des rouages qui font partie inh&#233;rente des m&#233;canismes du pouvoir. Le pouvoir politique, du moins dans certaines soci&#233;t&#233;s et, en tout cas, dans la n&#244;tre, peut se donner, s'est donn&#233; effectivement la possibilit&#233; de faire transmettre ses effets, bien plus, de trouver l'origine de ses effets, dans un coin qui est manifestement, explicitement, volontairement disqualifi&#233; par l'odieux, l'inf&#226;me ou le ridicule. Apr&#232;s tout, cette m&#233;canique grotesque du pouvoir, ou ce rouage du grotesque dans la m&#233;canique du pouvoir, est fort ancien dans les structures, dans le fonctionnement politique de nos soci&#233;t&#233;s. Vous en avez des exemples &#233;clatants dans l'histoire romaine, essentiellement dans l'histoire de l'Empire romain, o&#249; ce fut pr&#233;cis&#233;ment une mani&#232;re, sinon exactement de gouverner, du moins de dominer, que cette disqualification quasi th&#233;&#226;trale du point d'origine, du point d'accrochage de tous les effets de pouvoir dans la personne de l'empereur ; cette disqualification qui fait que celui qui est le d&#233;tenteur de la majestas, de ce plus de pouvoir par rapport &#224; tout pouvoir quel qu'il soit, est en m&#234;me temps, dans sa personne, dans son personnage, dans sa r&#233;alit&#233; physique, dans son costume, dans son geste, dans son corps, dans sa sexualit&#233;, dans sa mani&#232;re d'&#234;tre, un personnage inf&#226;me, grotesque, ridicule. De N&#233;ron &#224; H&#233;liogabale, le fonctionnement, le rouage du pouvoir grotesque, de la souverainet&#233; inf&#226;me, a &#233;t&#233; perp&#233;tuellement mis en &#339;uvre dans le fonctionnement de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque, c'est l'un des proc&#233;d&#233;s essentiels &#224; la souverainet&#233; arbitraire. Mais vous savez aussi que le grotesque, c'est un proc&#233;d&#233; inh&#233;rent &#224; la bureaucratie appliqu&#233;e. Que la machine administrative, avec ses effets de pouvoir incontournables, passe par le fonctionnaire m&#233;diocre, nul, imb&#233;cile, pelliculaire, ridicule, r&#226;p&#233;, pauvre, impuissant, tout &#231;a a &#233;t&#233; l'un des traits essentiels des grandes bureaucraties occidentales, depuis le XIXe si&#232;cle. Le grotesque administratif n'a pas simplement &#233;t&#233; l'esp&#232;ce de perception visionnaire de l'administration qu'ont pu avoir Balzac, Dosto&#239;evski, Courteline ou Kafka. Le grotesque administratif, c'est en effet une possibilit&#233; que s'est r&#233;ellement donn&#233;e la bureaucratie. &#034;Ubu rond de cuir&#034; appartient au fonctionnement de l'administration moderne, comme il appartenait au fonctionnement du pouvoir imp&#233;rial &#224; Rome d'&#234;tre entre les mains d'un histrion fou. Et ce que je dis de l'Empire romain, ce que je dis de la bureaucratie moderne, on pourrait le dire de bien d'autres formes m&#233;caniques de pouvoir, dans le nazisme ou dans le fascisme. Le grotesque de quelqu'un comme Mussolini &#233;tait absolument inscrit dans la m&#233;canique du pouvoir. Le pouvoir se donnait cette image d'&#234;tre issu de quelqu'un qui &#233;tait th&#233;&#226;tralement d&#233;guis&#233;, dessin&#233; comme un clown, comme un pitre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/webp/blitt-trump-2016_05_23_blitt_trump_sleight_of_hand.jpg.webp?1771946927' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si le pouvoir autoritaire para&#238;t toujours plus ou moins grotesque, cela ne tient pas &#224; un accident de l'Histoire &#8212; ou une simple forme que rev&#234;t le tyran malgr&#233; lui : c'est qu'il touche &#224; sa v&#233;rit&#233; nue, quand il s'exerce pleinement, ou &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; : qu'il approche au plus pr&#232;s de ce qu'un pouvoir toujours tend quand il s'exerce pour lui-m&#234;me, sa conservation autant que son exercice, ou l'exercice ne tient qu'au d&#233;sir de sa conservation : qu'il ne s'exerce que pour se prouver. La brutalit&#233; n'est pas diff&#233;rente du grotesque, tous deux sont des mani&#232;res et des conditions, des effets et des cons&#233;quences. Une image aussi bien qu'un signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cru, avec une confiance trop m&#233;canique, que la r&#233;p&#233;tition historique d&#233;graderait la trag&#233;die en farce. Mais la sc&#232;ne contemporaine ne rel&#232;ve plus de la farce comme d&#233;clin ; elle en r&#233;v&#232;le la fonction. Farce : non pas une d&#233;gradation du pouvoir, mais l'une de ses mani&#232;res d'&#234;tre, techniques de gouvernement au service de l'arbitraire du souverain. Ce qu'au th&#233;&#226;tre on sait depuis longtemps : la farce n'est pas le bas de la hi&#233;rarchie des genres, elle en est le retournement violent, qui expose par l'exc&#232;s ce que la trag&#233;die dissimule dans le sublime.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/_bcb3528_1704810679416-trump.png?1772388208' width='500' height='682' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque politique fonctionne de m&#234;me : il ne cache pas le pouvoir, mais le montre autrement, par saturation plut&#244;t que par occultation. C'est une parade, bien s&#251;r : comment caricaturer ce qui va d&#233;j&#224; au-del&#224; de la caricature, qui s'affirme comme caricature d'elle-m&#234;me ? C'est un ressort aussi : &#234;tre plus inf&#226;me que tout permet au moins de sortir du commun des hommes, et d'affirmer par l&#224; un extraordinaire qui vaut bien celui de l'excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clown : ce personnage qui dit la v&#233;rit&#233; par l'outrance &#8212; le bouffon du roi qui peut tout prof&#233;rer parce qu'on feint de ne pas le prendre au s&#233;rieux. Sauf que le renversement contemporain est plus retors : c'est le roi lui-m&#234;me qui joue le bouffon, et qui tire de ce r&#244;le une impunit&#233; structurelle. La sc&#232;ne politique devient alors un sournois &lt;i&gt;spectacle int&#233;gr&#233;&lt;/i&gt; &#8212; non plus repr&#233;sentation du pouvoir, mais un pouvoir comme repr&#233;sentation totale, o&#249; m&#234;me la d&#233;nonciation du masque contribue &#224; entretenir l'illusion qu'il suffirait de l'arracher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/_d87237b_1644017011308-une-new-yorker.jpg?1772388208' width='500' height='725' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pas besoin de compl&#233;ter la s&#233;rie des figures que Foucault &#233;voque &#8212; de N&#233;ron &#224; Mussolini &#8212; pour voir voir la galerie qui les prolonge en accusant le trait : le grotesque n'est plus seulement une couleur de r&#233;gime mais le dispositif central d'une gouvernementalit&#233; n&#233;olib&#233;rale en/de crise. Trump, Bolsonaro, Milei, Orb&#225;n &#8212; autant de corps politiques o&#249; la bouffonnerie savamment entretenue est devenu le phras&#233; du pouvoir lui-m&#234;me, o&#249; l'outrance, la vulgarit&#233; ostensible, l'incomp&#233;tence revendiqu&#233;e fonctionnent pr&#233;cis&#233;ment comme Foucault le d&#233;crivait : non des rat&#233;s, mais comme rouages. Et on aurait beau jeu de vouloir les d&#233;signer comme ridicules : le bloc dominant accomplit l&#224; une double op&#233;ration &#8212; d&#233;ploie une politique de classe d'une brutalit&#233; in&#233;dite (d&#233;r&#233;glementation, d&#233;mant&#232;lement des droits sociaux, concentration des richesses) tout en maintenant le regard de l'opposition riv&#233; sur le spectacle du clown. Marx encore, de grand secours, s'agissant de sa lecture de l'id&#233;ologie : la figure grotesque du souverain op&#232;re comme &#233;cran et comme condensateur. Capte le regard et fixe sur un corps bouffon la perception des effets de domination &#8211; et par l&#224; les dissimule dans leur nature m&#234;me, les d&#233;place de la classe vers la personne. L'histrion au sommet de l'&#201;tat sature l'imaginaire politique d'un spectacle qui d&#233;courage l'analyse des rapports sociaux r&#233;els. La critique morale du grotesque devient, en ce sens, une forme de complicit&#233; involontaire : elle consomme le spectacle qu'elle pr&#233;tend d&#233;noncer. Le pi&#232;ge se referme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L448xH612/newyorker-blitt-trump-b1b9c.gif?1771947038' width='448' height='612' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'analyse lib&#233;rale s'&#233;puise &#224; commenter l'indignit&#233; du personnage, il faudrait pouvoir tenir ferme sur la question de la fonction : qui la bouffonnerie sert-elle ? quels int&#233;r&#234;ts structurels le histrion au pouvoir reconduit-il sous le couvert de l'irrationalit&#233; apparente ? L'apparente folie de la gouvernance actuelle &#8212; les d&#233;cisions erratiques, les provocations calcul&#233;es, la destruction m&#233;thodique des institutions de m&#233;diation &#8212; n'est pas tant irrationnelle &#8212; elle est au contraire d'une rationalit&#233; implacable, qui acc&#233;l&#232;re la primitive accumulation dans sa phase contemporaine, d&#233;mant&#232;le l'&#201;tat social comme rempart de classe, atomise les solidarit&#233;s. Le grotesque est ici la forme spectaculaire d'un processus dont la logique reste, elle, parfaitement s&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, le pouvoir peut &#234;tre (doit &#234;tre) conquis, retourn&#233;, exerc&#233; diff&#233;remment. Qu'on a toujours tort de confondre pouvoir et autorit&#233;, qu'il s'agit bien de d&#233;celer dans le pouvoir la classe qui l'exerce et les fins qu'elle lui assigne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/s-l1200.jpg?1771946929' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Puis il faudrait ajouter au constat froid de Foucault : le grotesque bureaucratique qu'il &#233;voque &#224; travers Kafka et Courteline conna&#238;t aujourd'hui une mutation. Ce ne sont plus seulement les fonctionnaires m&#233;diocres de l'administration classique qui incarnent ce rouage, mais les plateformes num&#233;riques, les algorithmes d'&#201;tat, les start-ups du welfare &#8212; bureaucratie molle et diffuse qui produit ses propres effets de pouvoir &#224; travers l'absurde dit kafka&#239;en des interfaces et des formulaires sans r&#233;ponse, des proc&#233;dures ind&#233;finiment renvoy&#233;es. La farce s'est aussi &lt;i&gt;algorithmis&#233;e&lt;/i&gt;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le grotesque bureaucratique est devenu plus efficace &#8212; l'absence de corps risible rend la domination invisible, donc incontestable. L'Ubu rond de cuir s'est d&#233;mat&#233;rialis&#233; sans se dissoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenir de Foucault et contre Foucault aussi, c'est que le grotesque du souverain n'est pas tant une anomalie &#224; corriger par le retour &#224; une politique s&#233;rieuse et respectable, mais le sympt&#244;me d'une &#233;poque o&#249; le capitalisme, ne pouvant plus se l&#233;gitimer dans le progr&#232;s ni dans la promesse, exhibe sa violence nue sous les oripeaux du carnaval. Reste la sc&#232;ne. Si le pouvoir se donne en spectacle, c'est qu'il requiert un public. Or tout public peut apprendre &#224; suspendre l'applaudissement &#8211; le&#231;on de Brecht. La r&#233;ponse ne serait &#234;tre a restauration d'une gravit&#233; institutionnelle &#8212; simple recyclage des formes ant&#233;rieures &#8212; mais l'organisation d'une force capable de traverser le spectacle, de ne pas s'y laisser retenir, et de d&#233;signer derri&#232;re la marionnette la main qui la meut, et le monde qui a besoin d'elle pour persister.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/p-2-new-yorker-and-time-mag-covers.jpg?1771946929' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Umberto Eco | Reconna&#238;tre le fascisme</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/umberto-eco-reconnaitre-le-fascisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/umberto-eco-reconnaitre-le-fascisme</guid>
		<dc:date>2026-02-10T11:55:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Permanence de l'Ur-Facisme&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2026-02-10_a_12_53.07.png?1770724514' class='spip_logo spip_logo_right' width='127' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il d'une enfance fasciste ? Des gestes et des attitudes plut&#244;t que des id&#233;es, une mani&#232;re de tenir son corps et d'&#233;couter une voix, de croire qu'il n'y a qu'une seule phrase possible pour dire le monde. &#202;tre enfant en 1942, &#224; Allessandria dans le Pi&#233;mont, c'est apprendre par c&#339;ur les discours du Duce comme d'autres apprennent des po&#232;mes, croire que l'histoire poss&#232;de une direction claire, que les mots ont un sens unique, ou que le bien se confond avec ce qui parle le plus fort. La guerre est loin, morale, presque abstraite. Elle a la nettet&#233; des slogans et la pesanteur rassurante des certitudes. Puis quelque chose se d&#233;fait. 1943, Mimo et ses partisans entrent dans la ville. Les soldats alli&#233;s passent. Les journaux s'&#233;talent sur les kiosques. Stupeur enfantine : ils ne disent pas la m&#234;me chose. Plusieurs partis et plusieurs voix se m&#234;lent et m&#234;lent des v&#233;rit&#233;s qui coexistent sans s'annuler. La libert&#233; n'est plus ce principe, mais comme un trouble : la d&#233;couverte que le monde peut se dire de plusieurs fa&#231;ons en m&#234;me temps. L'enfant d&#233;couvre alors autre chose que le mot vide de d&#233;mocratie : le d&#233;saccord f&#233;cond comme condition respirable d'une vie libre &#8212; sa possibilit&#233; plut&#244;t. Une exp&#233;rience de langue et de pens&#233;e. C'est de ce basculement presque imperceptible que s'ach&#232;ve l'enfance &#8212; ou que l'enfance redevient le lieu de son invention permanente : plus que la chute d'un r&#233;gime, la d&#233;couverte que le langage peut cesser d'&#234;tre univoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Na&#238;t une question qui ne cessera plus d'insister : pourquoi avoir nomm&#233; toute la guerre une lutte &#171; contre le fascisme &#187; ? Ce mot, plut&#244;t qu'un autre, alors que les r&#233;gimes totalitaires du temps &#233;taient si diff&#233;rents ? Parce que le fascisme, comprend Eco, n'est pas une doctrine. Il n'a ni la compacit&#233; conceptuelle du nazisme, ni la rigueur dogmatique du stalinisme. Autre chose de plus diffus le traverse : un assemblage instable, une mani&#232;re de sentir, un collage d'images, de mythes et de postures. Une rh&#233;torique plus qu'une pens&#233;e, et un climat plus qu'un syst&#232;me. Un &#171; totalitarisme flou &#187;, dont l'absence de consistance th&#233;orique fonde la puissance et rend d&#233;licat son affrontement. Le fascisme n'est pas une id&#233;ologie que l'on r&#233;fute, mais une atmosph&#232;re que l'on respire sans la voir, jusqu'au moment o&#249; l'on ne respire plus qu'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Eco nomme l'Ur-fascisme tient dans cet &#171; air de famille &#187; : moins ce r&#233;gime historique, qu'une disposition du monde, une fa&#231;on de parler et de se rapporter au savoir, &#224; la tradition, &#224; l'alt&#233;rit&#233;, et au conflit. Une certaine mani&#232;re de rendre la complexit&#233; du r&#233;el insupportable, et de lui pr&#233;f&#233;rer une image simplifi&#233;e, vibrante, unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste qui suit ne d&#233;crit donc pas le fascisme de Mussolini. Elle ne d&#233;crit m&#234;me pas le fascisme. Elle donne des signes pour reconna&#238;tre quand l'air redevient respirable pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatorze points ne valent donc pas comme m&#233;moire du pass&#233;, mais comme exercice d'attention port&#233;e aux moments o&#249; le langage se resserre et o&#249; le d&#233;saccord devient suspect, o&#249; la pens&#233;e critique fatigue, o&#249; l'unanimit&#233; recommence &#224; para&#238;tre d&#233;sirable. L&#224; o&#249; l'air du temps s'&#233;paissit &#8212; et pas seulement en silence. Car quelque chose aujourd'hui se montre &#224; d&#233;couvert : dans les brutalit&#233;s assum&#233;es, les paroles ouvertes, les gestes spectaculaires, les violences qui ne cherchent m&#234;me plus &#224; se dissimuler. Le pr&#233;sent ne ressemble pas aux couloirs feutr&#233;s par lesquels l'histoire a d&#233;j&#224; pass&#233; ; il en rejoue parfois les &#233;clats, la lumi&#232;re crue et le vacarme. Et c'est peut-&#234;tre le plus troublant : reconna&#238;tre, dans ce qui para&#238;t neuf, l'allure famili&#232;re de ce qui fut d&#233;j&#224; atrocement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.M.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;Umberto Eco, &lt;i&gt;Reconna&#238;tre le fascisme&lt;/i&gt; &lt;br&gt;
Conf&#233;rence prononc&#233;e le 25 avril 1995, &#224; Columbia University&lt;br&gt;
Publi&#233;e une premi&#232;re fois en 1997 sous le titre Ur-Fascism&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16706 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/pdf/eco_1997_reconnaitrelefascisme.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 905.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/local/cache-vignettes/L419xH482/urfacism-4052c.png?1770724520' width='419' height='482' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;PDF de la conf&#233;rence
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re caract&#233;ristique d'un Ur-fascisme, c'est &lt;strong&gt;le culte de la tradition&lt;/strong&gt;. Le traditionalisme est plus ancien que le fascisme. Il ne fut pas seulement typique de la pens&#233;e contre-r&#233;volutionnaire catholique apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, il est n&#233; vers la fin de l'&#226;ge hell&#233;nistique, en r&#233;action au rationalisme grec classique. Dans le bassin m&#233;diterran&#233;en, les peuples de religions diff&#233;rentes (toutes accept&#233;es avec indulgence par le Panth&#233;on romain) se prirent &#224; r&#234;ver d'une r&#233;v&#233;lation re&#231;ue &#224; l'aube de l'histoire humaine. Cette r&#233;v&#233;lation resta longtemps cach&#233;e sous le voile de langues d&#233;sormais oubli&#233;es, confi&#233;e aux hi&#233;roglyphes &#233;gyptiens, aux runes celtes, aux textes sacr&#233;s, encore inconnus, des religions asiatiques. Cette nouvelle culture devait &#234;tre syncr&#233;tiste. Le syncr&#233;tisme n'est pas seulement, comme l'indiquent les dictionnaires, la combinaison de diverses formes de croyances ou de pratiques. Une telle combinaison doit tol&#233;rer les contradictions. Tous les messages originaux contiennent un germe de sagesse et, lorsqu'ils semblent dire des choses diff&#233;rentes ou incompatibles, c'est uniquement parce que chacun fait allusion, de fa&#231;on all&#233;gorique, &#224; quelque v&#233;rit&#233; primitive. Cons&#233;quence : il ne peut y avoir d'avanc&#233;e du savoir. La v&#233;rit&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e une fois pour toutes et l'on ne peut que continuer &#224; interpr&#233;ter son obscur message. Il suffit de regarder le syllabus de chaque mouvement fasciste pour y trouver les principaux penseurs traditionalistes. La gnose nazie se nourrissait d'&#233;l&#233;ments traditionalistes, syncr&#233;tistes, occultes. Julius Evola, la source th&#233;or&#233;tique essentielle de la nouvelle droite italienne, m&#233;langeait le Graal avec les Protocoles des Sages de Sion, l'alchimie avec le Saint Empire romain. Le fait m&#234;me que, pour montrer son ouverture d'esprit, une partie de la droite italienne ait r&#233;cemment &#233;largi son syllabus en r&#233;unissant De Maistre, Gu&#233;non et Gramsci, est une preuve lumineuse de syncr&#233;tisme. Si vous regardez par curiosit&#233; les rayons des librairies am&#233;ricaines portant l'indication &#171; New Age &#187;, vous y trouverez m&#234;me saint Augustin, lequel, pour autant que je sache, n'&#233;tait pas fasciste. Mais le fait m&#234;me de r&#233;unir saint Augustin et Stonehenge, cela est un sympt&#244;me d'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le traditionalisme implique &lt;strong&gt;le refus du modernisme&lt;/strong&gt;. Les fascistes comme les nazis adoraient la technologie, tandis qu'en g&#233;n&#233;ral les penseurs traditionalistes la refusent, la tenant pour la n&#233;gation des valeurs spirituelles traditionnelles. Toutefois, bien que le nazisme ait &#233;t&#233; fier de ses succ&#232;s industriels, ses louanges de la modernit&#233; n'&#233;taient que l'aspect superficiel d'une id&#233;ologie fond&#233;e sur le &#171; sang &#187; et la &#171; terre &#187; (Blut und Boden). Le refus du monde moderne &#233;tait camoufl&#233; sous la condamnation du mode de vie capitaliste, mais il recouvrait surtout le rejet de l'esprit de 1789 (et de 1776 bien s&#251;r) : le si&#232;cle des Lumi&#232;res, l'&#194;ge de la Raison, con&#231;us comme le d&#233;but de la d&#233;pravation moderne. En ce sens, l'Ur-fascisme peut &#234;tre d&#233;fini comme irrationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'irrationalisme d&#233;pend aussi du &lt;strong&gt;culte de l'action pour l'action&lt;/strong&gt;. L'action est belle en soi, on doit donc la mettre en &#339;uvre avant &#8212; et sans &#8212; la moindre r&#233;flexion. Penser est une forme d'&#233;masculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu'on l'identifie &#224; une attitude critique. De la d&#233;claration attribu&#233;e &#224; Goebbels (&#171; Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver &#187;) &#224; l'emploi courant d'expressions telles que sales intellectuels, cr&#226;nes d'&#339;uf ; snobs radicaux, les universit&#233;s sont un repaire de communistes, la suspicion envers le monde intellectuel a toujours &#233;t&#233; un sympt&#244;me d'Ur-fascisme. L'essentiel de l'engagement des intellectuels fascistes officiels consistait &#224; accuser la culture moderne et l'intelligentsia d'avoir abandonn&#233; les valeurs traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Aucune forme de syncr&#233;tisme &lt;strong&gt;ne peut accepter la critique.&lt;/strong&gt; L'esprit critique &#233;tablit des distinctions, et distinguer est un signe de modernit&#233;. Dans la culture moderne, la communaut&#233; scientifique entend le d&#233;saccord comme un instrument de progr&#232;s des connaissances. Pour l'Ur-fascisme, le d&#233;saccord est trahison.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;saccord est en outre signe de diversit&#233;. L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;croit et cherche le consensus&lt;/strong&gt; en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la diff&#233;rence. Le premier appel d'un mouvement fasciste ou pr&#233;matur&#233;ment fasciste est lanc&#233; contre les intrus. L'Ur-fasciste est donc raciste par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-fascisme &lt;strong&gt;na&#238;t de la frustration individuelle ou sociale&lt;/strong&gt;. Aussi, l'une des caract&#233;ristiques typiques des fascismes historiques est-elle l'appel aux classes moyennes frustr&#233;es, d&#233;favoris&#233;es par une crise &#233;conomique ou une humiliation politique, &#233;pouvant&#233;es par la pression de groupes sociaux inf&#233;rieurs. &#192; notre &#233;poque o&#249; les anciens &#171; prol&#233;taires &#187; sont en passe de devenir la petite bourgeoisie (et o&#249; les &lt;i&gt;Lumpen&lt;/i&gt; s'auto-excluent de la sc&#232;ne politique), le fascisme puisera son auditoire dans cette nouvelle majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui n'ont aucune identit&#233; sociale, l'Ur-fascisme leur dit qu'ils jouissent d'un unique &lt;strong&gt;privil&#232;ge&lt;/strong&gt; &#8212; le plus commun de tous : &lt;strong&gt;&#234;tre n&#233; dans le m&#234;me pays.&lt;/strong&gt; La source du nationalisme est l&#224;. De plus, les seuls &#224; pouvoir fournir une identit&#233; &#224; la nation, ce sont les ennemis. C'est pourquoi &#224; la racine de la psychologie Ur-fasciste on trouve &lt;strong&gt;l'obsession du complot, si possible international&lt;/strong&gt;. Les disciples doivent se sentir assi&#233;g&#233;s. Le moyen le plus simple de faire &#233;merger un complot consiste &#224; en appeler &#224; la x&#233;nophobie. Toutefois, le complot doit &#233;galement venir de l'int&#233;rieur. Aussi les juifs sont-ils en g&#233;n&#233;ral la meilleure des cibles puisqu'ils pr&#233;sentent l'avantage d'&#234;tre &#224; la fois dedans et dehors. Aux &#201;tats-Unis, le livre de Pat Robertson, &lt;i&gt;The New World Order,&lt;/i&gt; constitue le dernier exemple en date d'obsession du complot.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les disciples doivent &lt;strong&gt;se sentir humili&#233;s par la richesse ostentatoire et la force de l'ennemi. &lt;/strong&gt; Quand j'&#233;tais enfant, on m'apprenait que les Anglais &#233;taient &#171; le peuple aux cinq repas &#187; : ils mangeaient plus souvent que les Italiens, pauvres mais sobres. Les juifs sont riches et ils s'entraident gr&#226;ce &#224; un r&#233;seau secret d'assistance mutuelle. Cependant, les disciples doivent &#234;tre convaincus de pouvoir vaincre leurs ennemis. Ainsi, par un continuel d&#233;placement de registre rh&#233;torique, les ennemis sont &#224; la fois trop forts et trop faibles. Les fascismes sont condamn&#233;s &#224; perdre leurs guerres, parce qu'ils sont dans l'incapacit&#233; constitutionnelle d'&#233;valuer objectivement la force de l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;il n'y a pas de lutte pour la vie, mais plut&#244;t une vie pour la lutte.&lt;/strong&gt; Le pacifisme est alors une collusion avec l'ennemi ; le pacifisme est mauvais car la vie est une guerre permanente. Toutefois, cela comporte un complexe d'Armageddon : puisque les ennemis doivent et peuvent &#234;tre d&#233;faits, il devra y avoir une bataille finale, &#224; la suite de laquelle le mouvement prendra le contr&#244;le du monde. Cette solution finale implique qu'il s'ensuivra une &#232;re de paix, un &#194;ge d'or venant contredire le principe de guerre permanente. Aucun leader fasciste n'a jamais r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;litisme est un aspect type de l'id&#233;ologie r&#233;actionnaire,&lt;/strong&gt; en tant que fondamentalement aristocratique. Au cours de l'histoire, tous les &#233;litismes aristocratiques et militaristes ont impliqu&#233; le m&#233;pris pour les faibles. L'Ur-fascisme ne peut &#233;viter de pr&#234;cher l'&#233;litisme populaire. Tout citoyen appartient au peuple le meilleur du monde, les membres du parti sont les citoyens les meilleurs, tout citoyen peut (ou devrait) devenir membre du parti. Cependant, il n'est point de patriciens sans pl&#233;b&#233;iens. Le leader, qui sait que son pouvoir n'a pas &#233;t&#233; obtenu par d&#233;l&#233;gation mais conquis par la force, sait aussi que sa force est fond&#233;e sur la faiblesse des masses, tellement faibles qu'elles m&#233;ritent et ont besoin d'un dominateur. Comme le groupe est organis&#233; hi&#233;rarchiquement (selon un mod&#232;le militaire), chaque leader subordonn&#233; m&#233;prise ses subalternes, lesquels m&#233;prisent &#224; leur tour leurs inf&#233;rieurs. Tout cela renforce le sentiment d'un &#233;litisme de masse.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;11. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, &lt;strong&gt;chacun est &#233;duqu&#233; pour devenir un h&#233;ros.&lt;/strong&gt; Si dans toute mythologie, le h&#233;ros est un &#234;tre exceptionnel, dans l'id&#233;ologie Ur-fasciste, le h&#233;ros est la norme. Un culte de l'h&#233;ro&#239;sme &#233;troitement li&#233; au culte de la mort : ce n'est pas un hasard si la devise des phalangistes &#233;tait &#171; Viva la muerte ! &#187;. On dit aux gens ordinaires que la mort est d&#233;sagr&#233;able mais qu'il faut l'affronter avec dignit&#233; ; on dit aux croyants que c'est une fa&#231;on douloureuse d'atteindre &#224; un bonheur surnaturel. Le h&#233;ros Ur-fasciste, lui, aspire &#224; la mort, annonc&#233;e comme la plus belle r&#233;compense d'une vie h&#233;ro&#239;que. Le h&#233;ros Ur-fasciste est impatient de mourir. Entre nous soit dit, dans son impatience, il lui arrive plus souvent de faire mourir les autres.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;12. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Puisque la guerre permanente et l'h&#233;ro&#239;sme sont des jeux difficiles &#224; jouer, l'Ur-fasciste &lt;strong&gt;transf&#232;re sa volont&#233; de puissance sur des questions sexuelles. &lt;/strong&gt; L&#224; est l'origine du machisme (impliquant le m&#233;pris pour les femmes et la condamnation intol&#233;rante de m&#339;urs sexuelles non conformistes, de la chastet&#233; &#224; l'homosexualit&#233;). Puisque le sexe aussi est un jeu difficile &#224; jouer, le h&#233;ros Ur-fasciste joue avec les armes, v&#233;ritables Ersatz phalliques : ses jeux guerriers proviennent d'une &lt;i&gt;invidia penis &lt;/i&gt; permanente.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;13. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt; L'Ur-fascisme se fonde sur &lt;strong&gt;un populisme qualitatif&lt;/strong&gt;. Dans une d&#233;mocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l'ensemble des citoyens n'est dot&#233; d'un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les d&#233;cisions de la majorit&#233;). Pour l'Ur-fascisme, &lt;strong&gt;les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le &#171; peuple &#187; est con&#231;u comme une qualit&#233;, &lt;/strong&gt; une entit&#233; monolithique exprimant la &#171; volont&#233; commune &#187;. Puisque aucune quantit&#233; d'&#234;tres humains ne peut poss&#233;der une volont&#233; commune, le Leader se veut leur interpr&#232;te. Ayant perdu leur pouvoir de d&#233;l&#233;gation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appel&#233;s, pars pro toto, &#224; jouer le r&#244;le du peuple. Ainsi, le peuple n'est plus qu'une fiction th&#233;&#226;trale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif t&#233;l&#233; ou Internet, o&#249; la r&#233;ponse &#233;motive d'un groupe s&#233;lectionn&#233; de citoyens peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e et accept&#233;e comme la &#171; voix du peuple &#187;. En raison de son populisme qualitatif, l'Ur-fascisme doit s'opposer aux gouvernements parlementaires &#171; putrides &#187;. L'une des premi&#232;res phrases que pronon&#231;a Mussolini au parlement italien fut : &#171; J'aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules. &#187; Effectivement, il trouva aussit&#244;t un meilleur abri pour&lt;br class='autobr' /&gt;
ses manipules, mais peu apr&#232;s il liquida le parlement. Chaque fois qu'un politicien &#233;met des doutes quant &#224; la l&#233;gitimit&#233; du parlement parce qu'il ne repr&#233;sente plus la &#171; voix du peuple &#187;, on flaire l'odeur de l'Ur-fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14. &lt;/h2&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'Ur-Fascisme parle &lt;strong&gt;la &#171; novlangue &#187;.&lt;/strong&gt; La &#171; novlangue &#187; fut invent&#233;e par Orwell dans 1984, comme langue officielle de l'Ingsoc, le Socialisme Anglais, mais des &#233;l&#233;ments d'Ur-fascisme sont communs &#224; diverses formes de dictature. Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe &#233;l&#233;mentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique. Cela dit, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; identifier d'autres formes de novlangue, m&#234;me lorsqu'elles prennent l'aspect innocent d'un populaire talk-show.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de terminer par une po&#233;sie de Franco Fortini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le parapet du pont&lt;br class='autobr' /&gt;
Les t&#234;tes des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'eau de la source&lt;br class='autobr' /&gt;
La bave des pendus&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pav&#233; du march&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ongles des fusill&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'herbe s&#233;ch&#233;e du pr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dents des fusill&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre chair n'est plus celle d'hommes&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordre l'air mordre les pierres&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre c&#339;ur n'est plus celui d'hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous avons lu dans les yeux des morts&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sur terre, la libert&#233;, nous la ferons&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils l'ont serr&#233;e, les poings des morts,&lt;br class='autobr' /&gt;
La justice que nous ferons.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;U. E., 1995.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gil Scott-Heron | &#171; The revolution will not be televised &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/gil-scott-heron-the-revolution-will-not-be-televised</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/gil-scott-heron-the-revolution-will-not-be-televised</guid>
		<dc:date>2026-01-12T20:53:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Brother,&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/gil-scott-heron.jpg?1768250992' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;La r&#233;volution ne poss&#232;de pas d'image, parce qu'elle ne se donne pas &#224; voir, se trame dans l'opacit&#233; ou passe entre deux ruelles le dos courb&#233; en &#233;vitant les balles, dans les mots qui fraient parfois comme l'eau passe sous le toit pour s'infiltrer : et il faut des mois, des ann&#233;es avant que brutalement le plafond gonfl&#233; d'eau cr&#232;ve et que tout est soudain perdu. La r&#233;volution ne passe pas &#224; la t&#233;l&#233;vision qui diffuse plut&#244;t les longues manifestations de soutien du pouvoir, brandissent les bouquets, marchent en rang. La r&#233;volution ne passe pas &#224; la t&#233;l&#233;vision parce que les tyrans ont coup&#233; l'antenne en pr&#233;parant les massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1971, Gil-Scott Peron a gu&#232;re plus de trente ans, laiss&#233; derri&#232;re lui le Tenessee et New York, un roman &#8212; &lt;i&gt;The Vulture&lt;/i&gt; &#8212; et n'a gard&#233; que sa voix, cette fa&#231;on incantatoire de prononcer l'ironie gravement. Il invente avec quelques autres &lt;i&gt;Lasts Poets&lt;/i&gt; ce qu'on ne nomme pas encore hip-hop et qui n'est d&#233;j&#224; plus le jazz, qui est tout cela &#224; la fois et que le &lt;i&gt;spoken word&lt;/i&gt; emporte, comme sont emport&#233;es les mythologies yankee et tous les cauchemars du r&#234;ve am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, l'album &lt;i&gt;Small Talk at 125the And Lenox &lt;/i&gt; para&#238;t. Malcom X vient d'&#234;tre assassin&#233;, les Panth&#232;res Noirs l&#232;vent leurs poing, on a besoin de forces et que ces forces circulent comme des mots sur les l&#232;vres. Il faut nommer l'ennemi et les dispositifs de contr&#244;le que l'ennemi a forg&#233; pour se repr&#233;senter le monde afin de mieux le capturer. D'un c&#244;t&#233;, la t&#233;l&#233;vision, le divertissement de masse comme neutralisation de tout mouvement, de toute facult&#233; d'imaginer autrement l'air qu'on respire ; de l'autre, l'affirmation positive d'une pr&#233;sence toujours d&#233;plac&#233;e dans les corps, ici et maintenant, sans cesse &#233;chapp&#233;e de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gill Scott-Heron passe le mot. De New York &#224; T&#233;h&#233;ran, de Paris &#224; Nuuk ou Homesh, Babylone nomm&#233; &#8212; d&#233;fi&#233;e, arrach&#233;e &#224; son image. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;spip_document_16637 spip_document spip_documents spip_document_audio spip_documents_center spip_document_center&#034;&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-16637 &#034; data-id=&#034;170ec6f86096a61ad76a098308c9913e&#034; src=&#034;IMG/mp3/gil_scott-heron_-_revolution_will_not_be_televised_official_audio_.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;,&#034;duration&#034;:187}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;You will not be able to stay home, brother.&lt;br class='autobr' /&gt;
You will not be able to plug in, turn on and cop out.&lt;br class='autobr' /&gt;
You will not be able to lose yourself on skag&lt;br class='autobr' /&gt;
and Skip out for beer during commercials,&lt;br class='autobr' /&gt;
Because the revolution will not be televised.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne pourras pas rester chez toi, camarade.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne pourras pas te brancher, allumer et d&#233;crocher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne pourras pas te perdre dans la came&lt;br class='autobr' /&gt;
ni filer chercher une bi&#232;re pendant les pubs,&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que la r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;The revolution will not be televised.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not be brought to you by Xerox&lt;br class='autobr' /&gt;
In 4 parts without commercial interruptions.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not show you pictures of Nixon&lt;br class='autobr' /&gt;
blowing a bugle and leading a charge by John&lt;br class='autobr' /&gt;
Mitchell, General Abrams and Spiro Agnew to eat&lt;br class='autobr' /&gt;
hog maws confiscated from a Harlem sanctuary.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne te sera pas apport&#233;e par Xerox&lt;br class='autobr' /&gt;
en quatre &#233;pisodes sans interruption publicitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne te montrera pas des images de Nixon&lt;br class='autobr' /&gt;
sonnant du clairon et menant l'assaut avec John&lt;br class='autobr' /&gt;
Mitchell, le g&#233;n&#233;ral Abrams et Spiro Agnew,&lt;br class='autobr' /&gt;
partant d&#233;vorer des tripes de porc confisqu&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un sanctuaire de Harlem.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;The revolution will not be televised.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not be brought to you by the&lt;br class='autobr' /&gt;
Schaefer Award Theatre and will not star Natalie&lt;br class='autobr' /&gt;
Woods and Steve McQueen or Bullwinkle and Julia.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not give your mouth sex appeal.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not get rid of the nubs.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not make you look five pounds&lt;br class='autobr' /&gt;
thinner, because the revolution will not be televised, Brother.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne te sera pas pr&#233;sent&#233;e par le Schaefer Award Theatre&lt;br class='autobr' /&gt;
et n'aura pas Natalie Wood et Steve McQueen en vedettes,&lt;br class='autobr' /&gt;
ni Bullwinkle et Julia.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne donnera pas du sex-appeal aux l&#232;vres.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne fera pas dispara&#238;tre les bourrelets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne te fera pas para&#238;tre cinq kilos plus mince,&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que la r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision, camarade.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;There will be no pictures of you and Willie May&lt;br class='autobr' /&gt;
pushing that shopping cart down the block on the dead run,&lt;br class='autobr' /&gt;
or trying to slide that color television into a stolen ambulance.&lt;br class='autobr' /&gt;
NBC will not be able predict the winner at 8:32&lt;br class='autobr' /&gt;
or report from 29 districts.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not be televised.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas d'images de toi et Willie May&lt;br class='autobr' /&gt;
poussant un caddie &#224; toute vitesse dans la rue,&lt;br class='autobr' /&gt;
ou essayant de faire glisser une t&#233;l&#233; couleur&lt;br class='autobr' /&gt;
dans une ambulance vol&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
NBC ne pourra pas pr&#233;dire le vainqueur &#224; 8 h 32&lt;br class='autobr' /&gt;
ni faire un reportage depuis vingt-neuf districts.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;There will be no pictures of pigs shooting down&lt;br class='autobr' /&gt;
brothers in the instant replay.&lt;br class='autobr' /&gt;
There will be no pictures of pigs shooting down&lt;br class='autobr' /&gt;
brothers in the instant replay.&lt;br class='autobr' /&gt;
There will be no pictures of Whitney Young being&lt;br class='autobr' /&gt;
run out of Harlem on a rail with a brand new process.&lt;br class='autobr' /&gt;
There will be no slow motion or still life of Roy&lt;br class='autobr' /&gt;
Wilkens strolling through Watts in a Red, Black and&lt;br class='autobr' /&gt;
Green liberation jumpsuit that he had been saving&lt;br class='autobr' /&gt;
For just the proper occasion.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas d'images de flics abattant&lt;br class='autobr' /&gt;
des fr&#232;res au ralenti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y aura pas d'images de flics abattant&lt;br class='autobr' /&gt;
des fr&#232;res au ralenti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y aura pas d'images de Whitney Young&lt;br class='autobr' /&gt;
chass&#233; de Harlem &#224; coups de rail par un proc&#233;d&#233; tout neuf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y aura pas de ralenti ni d'arr&#234;t sur image de Roy&lt;br class='autobr' /&gt;
Wilkins se promenant dans Watts en combinaison de lib&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
rouge, noire et verte qu'il gardait&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'occasion id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;Green Acres, The Beverly Hillbillies, and Hooterville&lt;br class='autobr' /&gt;
Junction will no longer be so damned relevant, and&lt;br class='autobr' /&gt;
women will not care if Dick finally gets down with&lt;br class='autobr' /&gt;
Jane on Search for Tomorrow because Black people&lt;br class='autobr' /&gt;
will be in the street looking for a brighter day.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not be televised.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Green Acres, The Beverly Hillbillies et Hooterville Junction&lt;br class='autobr' /&gt;
ne seront plus aussi foutrement pertinents,&lt;br class='autobr' /&gt;
et les femmes ne se soucieront plus de savoir si Dick&lt;br class='autobr' /&gt;
finira par coucher avec Jane dans &lt;i&gt;Search for Tomorrow,&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
parce que les Noirs seront dans la rue&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la recherche d'un jour plus lumineux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;There will be no highlights on the eleven o'clock&lt;br class='autobr' /&gt;
news and no pictures of hairy armed women&lt;br class='autobr' /&gt;
liberationists and Jackie Onassis blowing her nose.&lt;br class='autobr' /&gt;
The theme song will not be written by Jim Webb,&lt;br class='autobr' /&gt;
Francis Scott Key, nor sung by Glen Campbell, Tom&lt;br class='autobr' /&gt;
Jones, Johnny Cash, Englebert Humperdink, or the Rare Earth.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not be televised.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas de temps forts au journal de vingt-trois heures,&lt;br class='autobr' /&gt;
ni d'images de militantes de la lib&#233;ration des femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
aux bras poilus, ni de Jackie Onassis se mouchant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le g&#233;n&#233;rique ne sera pas &#233;crit par Jim Webb&lt;br class='autobr' /&gt;
ni par Francis Scott Key,&lt;br class='autobr' /&gt;
et il ne sera pas chant&#233; par Glen Campbell, Tom Jones,&lt;br class='autobr' /&gt;
Johnny Cash, Engelbert Humperdinck ou Rare Earth.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;The revolution will not be right back&lt;br class='autobr' /&gt;
after a message about a white tornado, white lightning, or white people.&lt;br class='autobr' /&gt;
You will not have to worry about a dove in your&lt;br class='autobr' /&gt;
bedroom, the tiger in your tank, or the giant in your toilet bowl.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not go better with Coke.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will not fight the germs that may cause bad breath.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will put you in the driver's seat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne reprendra pas juste apr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
un message sur un ouragan blanc, un alcool blanc&lt;br class='autobr' /&gt;
ou des gens blancs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu n'auras pas &#224; t'inqui&#233;ter d'une colombe dans ta chambre,&lt;br class='autobr' /&gt;
du tigre dans ton moteur&lt;br class='autobr' /&gt;
ou du g&#233;ant dans ta cuvette de WC.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution n'ira pas mieux avec du Coca.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne combattra pas les microbes&lt;br class='autobr' /&gt;
responsables de la mauvaise haleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution te mettra au volant.&lt;/p&gt;
&lt;p align=right&gt;&lt;i&gt;The revolution will not be televised, will not be televised,&lt;br class='autobr' /&gt;
will not be televised, will not be televised.&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will be no re-run brothers ;&lt;br class='autobr' /&gt;
The revolution will be live.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision,&lt;br class='autobr' /&gt;
ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision,&lt;br class='autobr' /&gt;
ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision,&lt;br class='autobr' /&gt;
ne passera pas &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution ne sera pas une rediffusion, camarades.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution sera en direct.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trump et Reiner | L'au-del&#224; du deuil</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/trump-et-reiner-l-au-dela-du-deuil</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/trump-et-reiner-l-au-dela-du-deuil</guid>
		<dc:date>2025-12-18T19:22:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Des seuils&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/r2tz2rlkh5cgroykgi5v32zyfq.jpg?1766086019' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La mort d'un homme, ce qu'elle engage de ferveur, ce qu'elle exige de recueillement, ce qu'elle appelle de retenue, fonde peut-&#234;tre en nous le sentiment commun de la vie et de la mort. Que chaque disparition, lorsqu'elle est reconnue et partag&#233;e, donne forme &#224; ce qui nous lie encore les uns aux autres &#8212; et qu'il s'agisse d'un artiste ou d'un inconnu, d'un nom c&#233;l&#232;bre ou d'un visage promis &#224; l'effacement : la mort, d&#232;s qu'elle advient avec violence et s'expose au regard public, engage moins le r&#233;cit singulier d'une vie que la mise en commun d'un ordre symbolique tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2025/12/15/la-mort-tragique-de-rob-reiner-realisateur-de-spinal-tap-et-quand-harry-rencontre-sally_6657748_3382.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un homme est mort&lt;/a&gt;, ce dimanche. Il &#233;tait cin&#233;aste, acteur, auteur. Avec lui s'interrompt une certaine mani&#232;re de faire passer le monde &#224; travers un regard, un corps et une &#339;uvre. Le matin d&#233;couvre les corps frapp&#233;s, r&#233;unis dans la violence &#8212; lui et sa compagne poignard&#233;s. La nouvelle se propage et entra&#238;ne avec elle les gestes attendus : on rappelle les souvenirs, on cite les &#339;uvres, on redit les engagements ; chagrin des proches, &#233;motion diffuse de ceux qui s'assemblent autour d'un manque qui soudain se fait jour. Comme toujours en pareil cas s'installe une suspension tacite, une inflexion des conduites et des paroles : le langage, s'il veut rester &#224; hauteur de ce qui vient d'avoir lieu, consent &#224; ralentir et &#224; se charger du poids de l'irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dit aussi le lieu commun du deuil, paroles banales et pourtant n&#233;cessaires, qui peuvent se pr&#234;ter &#224; tous ; on dit les regrets &#233;ternels qui s'oublieront vite, on dit la perte irr&#233;parable avec sinc&#233;rit&#233;, on dit combien le monde se trouve d&#233;sormais plus esseul&#233;, on dit comme une part de soi manque, la plus pr&#233;cieuse ; le plus souvent pourtant, on n'&#233;prouve rien d'autre qu'une vague indiff&#233;rence, au mieux une peine l&#233;g&#232;re, plut&#244;t que l'effroi, et l'on ne dit rien, laissant la douleur des autres se dire l&#224; o&#249; l'indiff&#233;rence nous place en spectateurs ; parfois encore, l'indiff&#233;rence se fait plus mauvaise, elle se mue en soulagement, on se dit que le monde se trouve lib&#233;r&#233; d'un poids, on respire m&#234;me mieux en l'absence de celui qui vient de &#171; dispara&#238;tre &#187;, mais cette pens&#233;e-l&#224; demeure habit&#233;e par la honte m&#234;me de l'&#233;prouver, joie mauvaise d'enfant cruel &#8212; et on la tait, on la rel&#232;gue, on attend que le cadavre en terre se d&#233;compose et qu'avec lui s'apaise la peine de ceux qui s'y livrent enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cet espace fragile, encore habit&#233; par l'&#233;cho de la perte, qu'intervient souvent la parole du pouvoir : &#224; lui les mots les plus convenus, les communiqu&#233;s communiquent, faisant de la n&#233;crologie l'art mort du lieu commun, massivement neutralis&#233; par le langage. On dit les m&#234;mes mots pour l'un ou pour l'autre ; on les pr&#233;pare parfois bien avant la mort, ces discours qui n'ont rien des paroles, du m&#234;me marbre que la pierre sur laquelle on scellera le cercueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers jours donc, cet homme poignard&#233; avec sa compagne, et la peine, et le chagrin des proches &#8212; et soudain le communiqu&#233; du Pouvoir, puissance de nomination et d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16608 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/g8n84y6wuaw6uhx.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/g8n84y6wuaw6uhx.jpg?1766085336' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une chose tr&#232;s triste s'est produite hier soir &#224; Hollywood. Rob Reiner, un r&#233;alisateur et acteur comique autrefois tr&#232;s talentueux, mais tortur&#233; et en difficult&#233;, est d&#233;c&#233;d&#233;, ainsi que son &#233;pouse Michele, apparemment &#224; cause de la col&#232;re qu'il a suscit&#233;e chez les autres du fait de son affliction massive, inflexible et incurable par une maladie qui paralyse l'esprit, connue sous le nom de SYNDROME DE D&#201;RANGEMENT TRUMP (TDS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait connu pour avoir rendu les gens fous par son obsession furieuse du pr&#233;sident Donald J. Trump, sa parano&#239;a atteignant de nouveaux sommets alors que l'administration Trump d&#233;passait tous les objectifs et toutes les attentes, et que l'&#194;ge d'or de l'Am&#233;rique &#233;tait devant nous, peut-&#234;tre comme jamais auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Rob et Michele reposent en paix ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On doit relire plusieurs fois ces mots pour &#234;tre s&#251;r d'avoir lu ce qu'on a lu. Parole qui ne s'infl&#233;chit pas et n'infl&#233;chit rien, qui se d&#233;ploie dans sa continuit&#233; propre, comme si la mort rencontr&#233;e n'appelait aucune variation de ton ni alt&#233;ration de cadence : parole qui administre un coup de gr&#226;ce sur le cadavre encore chaud. Et qui pourtant ne trouble pas vraiment, ne suscite aucun scandale : elle trouve sa place. Une parole &#171; excessive &#187; de plus, d&#233;rapage ajout&#233; aux autres, que la profusion rend insignifiant, noy&#233;e dans le flux o&#249; elle se dissout, et que ce flux neutralise en se donnant &#224; lire comme fait divers &#8212; h&#233;morragie de parole d&#233;j&#224; dense, satur&#233;e d'&#233;nonc&#233;s, o&#249; chaque phrase vient s'ajouter aux pr&#233;c&#233;dentes avec la m&#234;me intensit&#233;, la m&#234;me certitude, la m&#234;me volont&#233; d'emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose, on le pressent, a bascul&#233; ici : point de non-retour peut-&#234;tre, ou plut&#244;t lente mont&#233;e, &#224; la mani&#232;re d'une eau br&#251;lante goutte &#224; goutte, qui finit par &#233;bouillanter sans m&#234;me qu'on s'en aper&#231;oive. C'est la mort de l'autre qui, loin d'introduire une retenue, autorise ici l'attaque, cette mort devenue preuve de sa faiblesse, vuln&#233;rabilit&#233; accomplie saisie comme d&#233;faut d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage continue &#224; d&#233;ployer son pouvoir, puisque le pouvoir ne se soutient que de sa preuve continue, et se prouve ainsi &#224; chaque mot, &#224; chaque &#171; prise de parole &#187;, comme autant de prises de pouvoir successives sur les esprits, sur les corps et &#8212; seuil franchi &#8212; sur les cadavres. La mort devient alors un mat&#233;riau discursif parmi d'autres, mati&#232;re disponible et imm&#233;diatement exploitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un seuil est franchi. Transformer un assassinat terrible et l&#226;che en confirmation rh&#233;torique : celle que l'adversaire meurt coupable, que cette mort constitue la preuve ultime qu'il m&#233;ritait de mourir, au-del&#224; m&#234;me du &#8220;il l'a bien cherch&#233;&#8221; ; faire du crime la sanction &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2025/12/15/donald-trump-un-president-qui-rend-fou_6657746_4500055.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'une maladie mentale&lt;/a&gt;, pathologie suppos&#233;e qui tue, rel&#233;guant les coups port&#233;s au rang d'anecdotes, comme s'ils avaient &#233;t&#233; requis par le r&#233;cit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort cesse d&#232;s lors d'imposer sa gravit&#233; propre. Elle entre dans un r&#233;cit qui la d&#233;passe et la reconfigure, jusqu'&#224; produire l'id&#233;e qu'elle constitue l'aboutissement logique d'une faute pr&#233;alable, la sanction ultime d'une faiblesse traduite en pathologie. Le crime se trouve alors recouvert par une causalit&#233; id&#233;ologique qui le dissout dans une narration d&#233;j&#224; &#233;tablie, o&#249; la violence physique s'efface devant la violence symbolique qui la recompose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que la parole cesse de commenter le r&#233;el et s'emploie &#224; le coloniser, l'absorbe pour renforcer un r&#233;cit pr&#233;alablement construit, appel&#233; &#224; confirmer le pouvoir comme seule l&#233;gitimit&#233;, tout ce qui s'y oppose &#233;tant rejet&#233; dans le registre de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement qui rel&#232;ve d'une logique de guerre symbolique int&#233;grale, dans laquelle chaque &#233;v&#233;nement, y compris la mort, se voit assigner une fonction strat&#233;gique. Aucun dehors ne se forme, aucune zone de retrait ne se dessine, car tout devient signe &#224; exploiter, tout confirme et tout sert. La disparition d'un homme n'introduit plus ce manque autour duquel les vivants pourraient se rassembler, elle s'inscrit dans une cha&#238;ne d'&#233;nonc&#233;s destin&#233;e &#224; maintenir la continuit&#233; de l'emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une parole qui d&#233;nie au deuil sa raison d'&#234;tre. Si le deuil est ce par quoi une communaut&#233; reconna&#238;t un seuil devant lequel le langage s'all&#232;ge et le politique est suspendu, alors la disparition de ce seuil ne d&#233;soriente pas seulement les valeurs : elle ruine la possibilit&#233; m&#234;me d'un espace o&#249; parler, s'opposer et penser ensemble. Ce qui demeure ressemble alors &#224; un paysage de ruines symboliques, o&#249; les mots continuent de circuler sans r&#233;sistance, priv&#233;s de toute capacit&#233; &#224; instituer un monde partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; que s'esquisse une parole de d&#233;vastation, capable d'effacer ce qui, depuis toujours, fonde l'appartenance &#224; une esp&#232;ce : le geste d'ensevelir les morts, la retenue devant la d&#233;pouille, le silence qui unit les vivants &#224; leur propre finitude. Et voil&#224; que ce territoire ultime &#8212; longtemps tenu pour sacr&#233; dans sa plus simple expression &#8212;, sous l'effet d'un langage souverain poursuivant son cours, emporte avec lui l'une des derni&#232;res formes de communaut&#233; humaine et s'efface.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Joseph Andras | &#171; La beaut&#233; nous arrive mutil&#233;e &#187;</title>
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		<dc:date>2025-11-11T15:27:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Entre nous et le monde&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_7551.jpg?1762874817' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le coucher de soleil s'annon&#231;ait somptueux ; toute cette fin de journ&#233;e, les efforts conjugu&#233;s du vent et des nuages alli&#233;s aux embruns avaient travaill&#233; p&#233;niblement, acharn&#233;s pour ces quelques minutes o&#249; le ciel prendrait feu. On le devinait d&#232;s quatre heures, et, &#224; l'heure dite, je me trouvais face &#224; l'ouest &#8212;&#233;videmment, rien n'eut lieu que le monde, affreux et terriblement lui-m&#234;me, dress&#233; avec son sourire narquois : une station service criarde, le paysage contemporain pos&#233; l&#224;-dessus comme on gribouille. Entre nous et la beaut&#233; &lt;i&gt;ravageuse et indiscutable&lt;/i&gt;, il y aura toujours cette but&#233;e du r&#233;el contre laquelle nous venons nous briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la devine parfois dans le halo laiteux d'une station-service, dans la courbure d'un pont ou dans la solitude d'une grue au milieu du vent. La laideur moderne n'est pas un &#233;chec : elle est le nouvel alphabet du sublime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a longtemps qu'on n'esp&#232;re plus trouver la beaut&#233; perdue au wasserfall blond des cascades, &#224; l'angle parfait des paysages ; qu'on sait celle-ci, injuri&#233;e et bless&#233;e, parfois tapie dans l'ombre que la laideur sait rehausser d'un peu d'orgueil et d'arrogance, qu'elle a chang&#233; de camp et pris le parti du fer. Qu'on la traque justement sous les ombres parce qu'on la sait morte dans l'&#233;clat glaciale des &#233;vidences, et qu'elle sait sans cesse rena&#238;tre dans le halo laiteux d'une station-service, la courbure d'un pont abandonn&#233; ou dans la solitude de la grue balanc&#233;e au milieu du vent. Que la laideur moderne n'est pas un &#233;chec, plut&#244;t le nouvel alphabet du sublime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; : devant ce coucher de soleil percut&#233; par l'affreux monde, j'ai senti l'&#233;trange blessure, comme une insulte de plus. Que la beaut&#233; &#233;tait s&#233;par&#233;e, de l'autre c&#244;t&#233;. Oui, d&#233;cid&#233;ment, l'ordre du r&#233;el a dress&#233; devant la beaut&#233; du monde quelque chose comme un voile qui est devenue sa seconde peau &#8212; qu'&#233;crire n'est plus d&#233;sormais fabriquer de la beaut&#233;, mais dire aussi combien et comment nous en sommes s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'architecture solide des stations service ou cette coulure sale que font les lampadaires des villes, par les lignes que forment les routes quand elles se s&#233;parent pour mod&#233;rer les flux, par tout ce qui fait assaut devant ce qui pourtant continue d'infuser. Il y a dix mille ans, le soleil tombait de la m&#234;me mani&#232;re et dessinait l&#224;-haut les m&#234;mes couleurs. Le pass&#233; n'est pas chose &#224; regretter : mais mati&#232;re &#224; puiser les forces in&#233;puisables. Ces mots de Joseph Andras &#224; qui Kaoutar Harchi demandait s'il lisait malgr&#233; tout des livres sans vis&#233;e politique affich&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;	Avec plaisir. J'&#233;coute beaucoup de musique et je n'attends pas d'un album de violoncelle qu'il d&#233;fende une soci&#233;t&#233; sans classes. J'admire certaines toiles de C&#233;zanne et c'&#233;tait un homme d'ordre. Paul Morand &#233;tait une crapule et il a &#233;crit &#171; la mer n'a pas d'&#226;ge ; couverte de rides, elle les perd aussit&#244;t ; c'est un pays sans angles &#187;, ce qui est tr&#232;s beau. Une crapule peut aussi embrasser la beaut&#233;. Il existe, oui, une singularit&#233; &#233;motionnelle de l'expression artistique. Et j'aimerais quelquefois m'en tenir &#224; la beaut&#233; du monde. Je me l'autorise. Je regarde les animaux comme un enfant les regarde. Je m'arr&#234;te toujours devant un champ de bl&#233;. Je d&#233;taille les lumi&#232;res qui tombent sur un versant de montagne. Je connais les yeux ferm&#233;s les moindres lignes de certains visages. Mais cette beaut&#233; est entrav&#233;e. Ce que les puissants font du monde pose un treillage entre la beaut&#233; du monde et moi, et nous. La beaut&#233; nous arrive trou&#233;e, mutil&#233;e. Je suis donc incapable, quand j'&#233;cris, quand je mobilise des ann&#233;es de ma vie, de me dire que je peux parler du monde sans parler de ce qui nous emp&#234;che d'y toucher int&#233;gralement. L'acc&#232;s total &#224; la beaut&#233; passe par la politique. Donc par le combat. Donc j'&#233;cris sur la politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Andras et Kaoutar Harchi, Litt&#233;rature et R&#233;volution, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_16523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7552.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7552.jpg?1762874626' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Andras et Kaoutar Harchi, &lt;i&gt;Litt&#233;rature et R&#233;volution&lt;/i&gt;, &#201;ditions Divergences, 2024, p. 160.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peter Watkins | La Commune (Paris, 1871)</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/peter-watkins-la-commune-paris-1871</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Car la Commune n'est pas morte&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/capture_d_e_cran_2025-11-10_a_18.04_13.png?1762794470' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; m&#234;me, dans l'usine d&#233;saffect&#233;e de Montreuil o&#249; M&#233;li&#232;s installa jadis ses studios, l&#224; o&#249; Armand Gatti et Jean-Jacques Hocquard avaient abrit&#233; la parole errante &#8211; lieu de m&#233;moire ouvri&#232;re et de r&#233;invention du monde par ce qui pourrait lui donner corps, images, langage &#8211;, que Peter Watkins r&#233;alisa ce r&#234;ve, ce film : &lt;i&gt;La Commune (Paris, 1871). &lt;/i&gt; Les dates mentent en disant leur v&#233;rit&#233;. C'&#233;tait Montreuil, l'aube de l'an 2000, le monde d'hier et &#224; venir, puisqu'il &#233;tait l'Histoire m&#234;me au pr&#233;sent de sa fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de six heures. Une partie d'une journ&#233;e pour refaire le monde malgr&#233; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un film ? Davantage ou moins que cela : la vie arrach&#233;e &#224; elle-m&#234;me pour &#234;tre jet&#233;e l&#224;, devant nous. Treize jours et treize nuits de tournage en noir et blanc. &#171; De longues s&#233;quences ininterrompues suivant l'ordre chronologique des &#233;v&#233;nements de la Commune &#187;, dira Watkins : les personnages se d&#233;veloppent de mani&#232;re presque spontan&#233;e en relation avec les &#233;volutions de la situation r&#233;volutionnaire et au m&#234;me rythme qu'elle. Le temps sort de ses gonds pour s'&#233;prouver r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des acteurs n'en sont pas. Certains Versaillais, dit la l&#233;gende, ont &#233;t&#233; recrut&#233;s par petite annonce dans &lt;i&gt;Le Figaro.&lt;/i&gt; Les Communards, eux, parmi les habitants du XIXe arrondissement &#8211; et un groupe de sans-papiers d'Alg&#233;rie, du Maroc et de Tunisie. Watkins organisa des projections publiques suivies de d&#233;bats autour de ses propres films : de ces &#233;changes naquirent des groupes de travail d&#233;di&#233;s &#224; tel ou tel aspect de &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-3-page-128?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'histoire de la Commune&lt;/a&gt; &#8211; autant dire de l'aventure humaine quand elle d&#233;cide de prendre le large et d'inventer les formes de vie qui la rendraient digne. Chaque participant put ainsi travailler sur l'histoire de la Commune et sur sa propre histoire, &lt;a href=&#034;https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10509208.2022.2085501&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;accompagn&#233; de conseillers et de documentalistes&lt;/a&gt;. Les acteurs prirent en charge l'&#233;criture de leurs dialogues. La destruction meurtri&#232;re de la Commune sera per&#231;ue par beaucoup dans la distribution, au point culminant de l'action, comme une d&#233;faite presque personnelle autant qu'historique, tant ils &#233;taient les agents productifs de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du film : cette image, avant que soit chantonn&#233; &lt;i&gt;Le temps des cerises&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-11-10_a_18.05_49.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/png/capture_d_e_cran_2025-11-10_a_18.05_49.png?1762794492' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Commune, aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jouant du trouble entre documentaire au pr&#233;sent d'une insurrection pass&#233;e, l'anachronisme des situations se retourne sur le pr&#233;sent : c'est le pass&#233; qui se jette sur nous. Un journaliste de la t&#233;l&#233;vision de Versailles diffuse une vision apaisante et officielle des &#233;v&#233;nements tandis qu'une t&#233;l&#233;vision de la Commune se met en place pour fournir les perspectives des &lt;a href=&#034;https://icarusfilms.com/if-ladx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rebelles parisiens&lt;/a&gt;. L'effervescence r&#233;elle se vit en se jouant : sur un plateau, 200 acteurs interpr&#232;tent ensemble la libert&#233; mise &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le &lt;i&gt;monoforme&lt;/i&gt; que Watkins ex&#232;cre, il propose cette forme ouverte et lente dans sa pr&#233;cipitation m&#234;me, dur&#233;e qui tout &#224; la fois assemble et &#233;tire. Un champ magn&#233;tique capable d'accueillir toutes les formes parce qu'il prend celle du temps quand il s'invente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film, comme tant d'autres du cin&#233;aste, ne fut pr&#233;sent&#233; que dans le cadre de festivals. Le mus&#233;e d'Orsay l'a diffus&#233; neuf fois, Arte deux fois &#8211; en fin de soir&#233;e, puis l'apr&#232;s-midi. Et puis ? C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parle-t-on assez de la Commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle effraie tant encore, on la r&#233;duit &#224; ce d&#233;sordre joyeux macul&#233; de sang de pr&#234;tres vers&#233; par des soiffards incons&#233;quents. On ne dit pas assez que c'est dans le sang des Communards que la R&#233;publique qui l'a r&#233;pandu s'est baptis&#233;e. Que celle-ci a lev&#233;, pour expier les crimes de la Commune Rouge, l'hideuse &#233;glise du Sacr&#233;-C&#339;ur au lieu m&#234;me o&#249; ils furent massacr&#233;s. Au moins 20 000 morts chez les insurg&#233;s pendant la Semaine sanglante. Peut-&#234;tre 100 000 au total avec la r&#233;pression qui suivit. &#171; Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera c&#233;l&#233;br&#233; &#224; jamais comme le glorieux fourrier d'une soci&#233;t&#233; nouvelle &#187;, &#233;crivait Marx. Prononcer le nom de la Commune donne des forces. Sa d&#233;faite n'a pas dit son dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconter la Commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non : la faire encore et autrement. Par exemple et en premier lieu dans un film qui est tout &#224; la fois l'occasion de la transmettre et une mani&#232;re de la prolonger. La fa&#231;on de s'approprier quelque chose est de lutter pour elle. Watkins &#233;tend cette logique au cin&#233;ma, l'abordant comme un processus contagieux &lt;a href=&#034;https://fr.crimethinc.com/2021/03/28/peter-watkins-the-paris-commune-1871-revisiting-a-revolutionary-film-on-the-150-year-anniversary-of-the-paris-commune&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'auto-&#233;ducation&lt;/a&gt;. Parce qu'apprendre est agir. Que l'Histoire est ce r&#233;servoir de gestes et de puissances o&#249; puiser du courage. Dans le processus de cr&#233;ation du film, en se r&#233;appropriant l'histoire de la Commune pour la &lt;i&gt;repr&#233;senter&lt;/i&gt;, Watkins et sa distribution ont cr&#233;&#233; l'&#233;quivalent conceptuel d'un champ de bataille. Le territoire qu'ils ont occup&#233; &#8211; physique et politique autant que conceptuel &#8211; &#233;tait aussi bien g&#233;ographique qu'historique. On ne se forge des armes qu'en apprenant &#224; les faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commune de Paris, disait Jacques Ranci&#232;re, a d&#233;montr&#233; elle-m&#234;me que les travailleurs &#233;taient capables &#171; non seulement d'administrer une ville mais de construire un nouveau mode d'&#234;tre ensemble &#187;, alors &lt;i&gt;La Commune &lt;/i&gt; a montr&#233; que, pendant une p&#233;riode de r&#233;sistance de classe au capitalisme comme les luttes en France dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1990, le cin&#233;ma radical peut aussi nourrir &#171; un nouveau mode d'&#234;tre ensemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud, regardant les mains d'une de ces communardes, r&#234;vait aussi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elles ont p&#226;li, merveilleuses,&lt;br class='autobr' /&gt;
Au grand soleil d'amour charg&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le bronze des mitrailleuses&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers Paris insurg&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah ! quelquefois, &#244; Mains sacr&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; vos poings, Mains o&#249; tremblent nos&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#232;vres jamais d&#233;senivr&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt;
Crie une cha&#238;ne aux clairs anneaux !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est un soubresaut &#233;trange&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans nos &#234;tres, quand, quelquefois,&lt;br class='autobr' /&gt;
On veut vous d&#233;h&#226;ler, Mains d'ange,&lt;br class='autobr' /&gt;
En vous faisant saigner les doigts !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici le film de Peter Watkins, qui vient de nous quitter &#8211; et qui nous a laiss&#233; quelques films en h&#233;ritage, et une pens&#233;e en mouvement pour testament.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/fDTTdWEYSAc?si=NjiBNRiL89LIOmoF&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Jean-Luc Godard | Cinq phrases</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/jean-luc-godard-cinq-phrases</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; se r&#233;p&#233;ter chaque soir&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/a03d0e5_980253885-vu-duma5311-1998nb02-1.jpg?1762430656' class='spip_logo spip_logo_right' width='144' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Dans l'un de ses derniers entretiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#224; M&#233;diapart, le 3 d&#233;cembre 2021. L'entretien est rendu confus par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Jean-Luc Godard, alors &#226;g&#233; de plus de 90 ans, &#233;voque cinq phrases &#8211; &#171; qui me restent en m&#233;moire et que je r&#233;p&#232;te le soir pour voir si je m'en souviens encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voici, pour nos insomnies. &lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; La peur voyez-vous est quand m&#234;me la fille de Dieu, rachet&#233;e la nuit du Vendredi saint, elle n'est pas belle &#224; voir, tant&#244;t &#233;raill&#233;e, tant&#244;t m&#233;diatique, et pourtant ne vous y trompez pas, elle est au chevet de chaque agonie, elle interc&#232;de pour l'homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Georges Bernanos, &lt;i&gt;Les Enfants humili&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cision de Godard : &#171; J'en ai fait un petit film, du reste, sur Sarajevo. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; L'esprit emprunte &#224; la mati&#232;re les perceptions dont il fait sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement auquel il imprime sa libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Henri Bergson.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cision de Godard : &#171; Elle m'avait &#233;t&#233; envoy&#233;e par un ancien r&#233;gisseur, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Les d&#233;mocraties modernes, en faisant de la pens&#233;e un domaine politique s&#233;par&#233;, pr&#233;disposent au totalitarisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Claude Lefort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Godard pr&#233;cise : &#171; Et voici l'image d'une jeune fille qui plus tard a &#233;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Nous ne sommes jamais assez tristes pour que le monde soit meilleur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Elias Canetti, &lt;i&gt;Masse et Puissance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cision de Godard : &#171; J'ai mis cette phrase dans Le Livre d'image, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. &lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#171; Tous les gens pensent que deux et deux font quatre, mais ils oublient la vitesse du vent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Raymond Queneau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; M&#233;diapart, le 3 d&#233;cembre 2021. L'entretien est rendu confus par les nombreuses chamailleries qui l'&#233;maillent entre les journalistes et le cin&#233;aste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cision de Godard : &#171; J'en ai fait un petit film, du reste, sur &lt;i&gt;Sarajevo&lt;/i&gt;. C'est une phrase qui peut tout &#224; fait se rapporter &#224; la France d'aujourd'hui qui a peur. M&#234;me CNews peut en parler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cision de Godard : &#171; Elle m'avait &#233;t&#233; envoy&#233;e par un ancien r&#233;gisseur, je l'avais d&#233;j&#224; cit&#233;e, il me l'a recit&#233;e, puis je l'ai fait dire &#224; Alain Badiou dans &lt;i&gt;Film Socialisme&lt;/i&gt;. Je n'ai jamais bien compris le mot de &#171; perception &#187;, les perceptions de la mati&#232;re&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Godard pr&#233;cise : &#171; Et voici l'image d'une jeune fille qui plus tard a &#233;crit des livres sur le totalitarisme. (&lt;i&gt;Il montre le portrait en noir et blanc d'Hannah Arendt&lt;/i&gt;.) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cision de Godard : &#171; J'ai mis cette phrase dans &lt;i&gt;Le Livre d'image&lt;/i&gt;, elle est dite par ma femme &#224; ce moment-l&#224;. On pourrait la dire &#224; Greta Thunberg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sauter hors du rang des assassins</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/sauter-hors-du-rang-des-assassins</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; propos d'une phrase fameuse (et incertaine)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/1200x680_sc_franz-kafka-gettyimages-1397366639.jpg?1699872119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;small&gt;
&lt;center&gt;Premi&#232;re publication &#8226; 13 novembre 2023&lt;/small&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;crire, c'est sauter hors du rang des assassins &#187; &#8212; la phrase secoue en soi longtemps, m&#234;me encore apr&#232;s l'avoir entendu tant de fois : et on l'a tellement entendue, l'&#233;poque sait bien saisir au collet de telles phrases et les aligner en rang devant soi avant de faire feu, les ex&#233;cuter comme des sentences pour mieux leur arracher la vie qui les habite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la phrase continue de forer int&#233;rieurement, malgr&#233; tout, malgr&#233; l'&#233;poque, malgr&#233; la facult&#233; de l'air-du-temps &#224; occuper l'espace qu'il trouve et nous &#233;touffe, cette mani&#232;re qu'ont ces jours de tout r&#233;duire en slogans vides et pauvres. La phrase poss&#232;de, c'est vrai, l'aspect parfait pour &#234;tre dig&#233;r&#233; par nos communicants cherchant la punch-line qui &lt;i&gt;gifle&lt;/i&gt;, frappe l'esprit pour mieux l'endormir : avoir les allures de la v&#233;rit&#233; qui tiendrait sur une affiche ou une tasse de caf&#233;, &#224; la fin d'un &#233;dito sur cha&#238;ne de grande &#233;coute. Mais si la phrase r&#233;siste, c'est parce qu'elle d&#233;borde d'elle-m&#234;me et de ses malentendus. Il y aurait d'abord celui-l&#224; : comme si &#233;crire quelques mots le soir dans sa chambre suffisait &#224; nous sauver, calmait les ardeurs malades, hygi&#232;ne tranquille. Fa&#231;on de justifier tout geste de cr&#233;ation : on se donnerait ainsi bonne conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non. Ce n'est pas cela que dit la phrase. Non, tout tremble en elle jusqu'&#224; sa propre existence. Cette phrase n'est-elle pas un fant&#244;me de phrase, un ersatz ? C'est qu'elle n'est jamais la m&#234;me. Parfois, on lit &#171; bondir &#187; au lieu de &#171; sauter &#187;, ou &#171; meurtriers &#187; ou lieu d'&#171; assassins &#187;. Le doute surgit : quelle est la phrase ? Et d'o&#249; vient-elle ? On la pr&#234;te &#224; Kafka, mais Kafka ne l'a jamais &#233;crite, jamais comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son journal &#224; la date du 27 janvier 1922, il se contente de poser ces mots.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Merkw&#252;rdiger, geheimnisvoller, vielleicht gef&#228;hrlicher, vielleicht erl&#246;sender Trost des Schreibens : das Hinausspringen aus der Totschl&#228;gerreihe Tat&#8211;Beobachtung. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marthe Robert proposait cette traduction des &lt;i&gt;Journaux&lt;/i&gt; dans l'ancienne et v&#233;n&#233;rable &#233;dition La Pl&#233;iade de 1984 &#8212; traduction qui date de 1934.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1867.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_1867.jpg?1699872270' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;trange, myst&#233;rieuse consolation donn&#233;e par la litt&#233;rature, dangereuse peut-&#234;tre, peut-&#234;tre lib&#233;ratrice, bond hors du rang des meurtriers, acte-observation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Kafka n'&#233;voquerait pas l'&#233;criture, mais la &lt;i&gt;consolation&lt;/i&gt; que donnerait la litt&#233;rature : consolation &#171; dangereuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;cente traduction propos&#233;e pour les &#233;ditions Nous par Robert Khan, qui voudrait se tenir &#171; au plus pr&#232;s de l'&#233;criture de Kafka, de sa rythmique, de sa pr&#233;cision et s&#233;cheresse, laissant r&#233;sonner dans la langue d'arriv&#233;e l'&#233;cho de l'original &#187;, quelque chose se d&#233;place encore :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consolation de l'&#233;criture, &#233;trange, myst&#233;rieuse, peut-&#234;tre dangereuse, peut-&#234;tre lib&#233;ratrice, le bond hors de la file meurtri&#232;re, acte/observation, acte/observation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce serait donc le rang lui-m&#234;me qui serait meurtrier : c'est qu'il y aurait ainsi une sorte de file assassine en ce qu'elle ne cesse de faire alterner l'action et l'observation &#8212; dans cette vie, nous sommes condamn&#233;s &#224; cette succession mortelle de regarder, puis de faire, de regarder, puis de faire : c'est de cela que l'&#233;criture nous arrache : gr&#226;ce &#224; elle, on peut esp&#233;rer enfin sortir de cet ordre mortif&#232;re des jours qui fait suivre infiniment, dans une cha&#238;ne affol&#233;e, l'acte et le regard, et le regard et l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la traduction plus r&#233;cente encore de la nouvelle &#233;dition Pl&#233;iade, publi&#233;e sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, propos&#233;e par Isabelle Kalinowski et Claire de Oliveira, tout se pr&#233;cise encore :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Singuli&#232;re consolation de l'&#233;criture, myst&#233;rieuse, peut-&#234;tre dangereuse, peut-&#234;tre lib&#233;ratrice, &#233;chapper d'un bond &#224; la s&#233;rie meurtri&#232;re, action/observation, action/observation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comment faire ce bond ? Il y a une suite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; indem eine h&#246;here Art der Beobachtung geschaffen wird, eine h&#246;here, keine sch&#228;rfere, und je h&#246;her sie ist, je unerreichbarer von der &#8220;Reihe&#8221; aus, desto unabh&#228;ngiger wird sie, desto mehr eigenen Gesetzen der Bewegung folgend, desto unberechenbarer, freudiger, steigender ihr Weg. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Soit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; dans la mesure o&#249; l'on cr&#233;e une esp&#232;ce sup&#233;rieure d'observation, sup&#233;rieure et non plus perspicace, plus elle est &#233;lev&#233;e, hors d'atteinte de cette s&#233;rie, plus elle est ind&#233;pendante et ob&#233;it aux lois propres du mouvement, et plus son chemin est impr&#233;visible, joyeux, ascendant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture nous permet d'&#233;chapper &#224; cette succession mortif&#232;re des jours qui ob&#233;it &#224; la loi implacable qui fait alterner l'action et l'observation, en acc&#233;dant &#224; une autre forme de regard et d'agir, par un point de vue o&#249; l'action et l'observation se condensent, voire se confondent, et s'arrachant &#224; l'ordre de la vie v&#233;cue, se donnent des r&#232;gles nouvelles, toujours invent&#233;es &#224; leur propre mesure. Plus l'&#233;criture se construit en dehors de l'ordre fatal, brutal et destructeur de la vie, plus elle permet de renouer &#224; un autre ordre vital, sans ordre donn&#233;, o&#249; agir et regarder seraient un seul m&#234;me mouvement qui permettrait de d&#233;visager la mort pour mieux la mettre &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plonger dans les journaux de Kafka n'a rien d'une hygi&#232;ne tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul h&#233;ro&#239;sme dans ce bond, nulle fa&#231;on de sortir de la masse inerte en conqu&#233;rant de la libert&#233; : l'entreprise est hasardeuse, &#233;nigmatique, &#171; myst&#233;rieuse &#187; en ce qu'elle ne s'obtient qu'en d&#233;pit du bon sens, et malgr&#233; tout ou malgr&#233; soi. Sur elle p&#232;se le soup&#231;on et la maladresse : ce bond, n'est-il pas celui d'un enfant imprudent, t&#234;tu et &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt; ? Au juste, rien n'est certain, tout r&#233;side dans ce &#171; vieilleicht &#187;, ce &lt;i&gt;peut-&#234;tre&lt;/i&gt; qui pourrait bien n'&#234;tre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je songeais &#224; cela, regardant sur la fen&#234;tre de l'&#233;cran et de la chambre ces jours les mots d'ordre terrifiants qui tous se retournent contre eux, contre nous. Des antis&#233;mites notoires appellent &#224; marcher contre l'antis&#233;mitisme, accusant ceux qui ne les rejoindraient pas d'&#234;tre antis&#233;mites ; des h&#244;pitaux surcharg&#233;s de bless&#233;s qui ne peuvent &#234;tre soign&#233;s sont bombard&#233;s parce que ces presque cadavres seraient des boucliers vivants ; on regarde Gaza mourir ; l'atroce succession des jours fait r&#233;gner la terreur : chaque prise de parole fait honte : chaque commentaire sur ces prises de parole aussi, qui jugent ce qui ne se dit pas dans ce qui se dit, sans rien entendre que leurs propres hurlements : plus que jamais, c'est l'injonction &#224; dire, plus que l'interdiction de parler, qui est le propre du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement plus qu'aujourd'hui cette articulation acte/observation n'aura &#233;t&#233; si pi&#233;g&#233;e, d&#233;r&#233;gl&#233;e &lt;i&gt;assassine&lt;/i&gt; &#8212; ne pas marcher vous fait basculer dans tel camp, marcher vous assigne &#224; tel ordre : c'est le propre de la guerre de donner des fusils et de nous partager de part et d'autre de la ba&#239;onnette, le propre de la guerre de tuer : et il n'y a jamais de guerre sans crime de guerre, cela aussi on le sait depuis toujours. Que ces crimes portent sur les enfants qui cherchent &#224; s'abriter des bombes en se cachant sous leur lit, ou sur la pens&#233;e m&#234;me, ce n'est pas le m&#234;me crime, bien s&#251;r. Mais le second autorise bien souvent le premier : et c'est m&#234;me le crime de la pens&#233;e qui permet aux assassins de hurler leurs crimes en le disant n&#233;cessaire au bien-&#234;tre de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste avant cette note, Kafka avait &#233;crit dans son journal, ce m&#234;me jour du 27 janvier, ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;miettement de mes forces, pendant la course en tra&#238;neau. On ne peut pas se faire une vie comme un gymnaste fait l'arbre droit sur les mains.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Hors de question de faire de l'&#233;criture cette excuse pour &#234;tre quitte. Mais ce bond, oui, comme s'il &#233;tait n&#233;cessaire de s'arracher aux lois de la pesanteur &#8212; quelques secondes seulement, le temps de quelques mots, de quelques phrases, avant d'&#234;tre rappel&#233; par les forces de la gravit&#233;. &#171; &#201;chapper d'un bond &#224; la s&#233;rie meurtri&#232;re action/observation, action/observation. &#187; Et d'un bond &#224; l'autre, comme sur les pierres glissantes jet&#233;es en d&#233;sordre sur un fleuve en crue, rejoindre l'autre rive de la r&#233;alit&#233;. Il pleut. Le fleuve d&#233;borde davantage chaque jour, les pierres sont de moins en moins visibles, et la fatigue est grande, comme est grand le risque de tomber, de prendre cette gueule de crocodile pour une pierre, mais il n'y a pas d'autres voies pour aller, s'arracher du rang assassin des assassins qui d&#233;filent dans les radios, les rues, les consciences, la file abjecte de ces jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voici le temps des assassins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_12214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/65511ee7ea11143e07189459_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/65511ee7ea11143e07189459_1.jpg?1699872128' width='500' height='313' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'un 11 septembre l'autre</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/d-un-11-septembre-l-autre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/article/d-un-11-septembre-l-autre</guid>
		<dc:date>2025-09-11T20:33:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Juin. La Moneda sous la lumi&#232;re blanche. Sa fa&#231;ade trop lisse qui ment par son calme m&#234;me. Santiago vaque &#224; ses affaires, la capitale joue son r&#244;le. Quelque chose vibre sous l'apparence. Il suffit de s'arr&#234;ter, ne plus bouger au centre de cette place pour l'entendre : le grondement sourd de ce qui ne passe pas. Les murs ont beau &#234;tre refaits, repeints, blanchis &#8211; suintent encore. Sous le vernis, les impacts. Les ondes radio continuent de traverser l'air, avec les derniers mots d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/interventions-communes/" rel="directory"&gt;INTERVENTIONS | COMMUNES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_6837.jpg?1757622820' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_6817.jpg?1757622826&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Juin. La Moneda sous la lumi&#232;re blanche. Sa fa&#231;ade trop lisse qui ment par son calme m&#234;me. Santiago vaque &#224; ses affaires, la capitale joue son r&#244;le. Quelque chose vibre sous l'apparence. Il suffit de s'arr&#234;ter, ne plus bouger au centre de cette place pour l'entendre : le grondement sourd de ce qui ne passe pas.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16453 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6862-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6862-2.jpg?1757622418' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les murs ont beau &#234;tre refaits, repeints, blanchis &#8211; suintent encore. Sous le vernis, les impacts. Les ondes radio continuent de traverser l'air, avec les derniers mots d'un pr&#233;sident &#224; l'agonie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;center&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/ufHIrEEl0_o?si=jFG7Xol7zlD4Of4W&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/center&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques m&#232;tres, la statue d'Allende. Le bronze fig&#233; dans son &#233;lan, le regard tendu vers quoi (derri&#232;re lui, le minist&#232;re de la Justice et des droits humains) &#8212; en ville, sur les fa&#231;ades, partout, son visage &#8211; ic&#244;ne, saint la&#239;c, signal. &lt;i&gt;Memento mori&lt;/i&gt; ? Souvenez-vous qu'il faut agir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6859-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6859-3.jpg?1757622417' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6861.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_6861.jpg?1757622418' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7386.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7386.jpg?1757622418' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Juin, et septembre est revenu. Avec lui, l'&#233;vidence qui traverse les ann&#233;es : d'un 11 septembre l'autre, celui de Santiago n'appartient pas au Chili. Date qui est une br&#232;che ouverte dans le temps, le&#231;on inscrite au fer dans la chair du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, nous avons appris. Que les bulletins de vote ne prot&#232;gent de rien quand vient l'heure du coup de force. Que la &#171; l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique &#187; n'est qu'un voile que les fascistes d&#233;chirent d'un revers de main. Que tous les compromis social-d&#233;mocrates du monde ne p&#232;sent rien devant le fracas des chenilles sur l'asphalte, l'acier dans l'air doux de la fin d'&#233;t&#233;, la vieille alliance entre les ma&#238;tres de l'argent et des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Mus&#233;e de la M&#233;moire et des Droits de l'Homme, la machine &#224; &#233;crire arr&#234;t&#233;e au milieu d'un texte, les unes des journaux, complices, qui maquillaient le meurtre, et les visages accroch&#233;s aux murs des disparus. Ils ne demandent pas qu'on se souvienne, mais exigent qu'on soit pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16456 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7442.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7442.jpg?1757622419' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16457 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7448.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7448.jpg?1757622419' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16458 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7449.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7449.jpg?1757622420' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7450.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7450.jpg?1757622420' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7451.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7451.jpg?1757622420' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7452-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7452-2.jpg?1757622421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7454.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7454.jpg?1757622421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Septembre revient, et avec lui le fascisme qui ne renonce jamais, attend son heure, patient et m&#233;thodique. Fourbira ses armes. Organise sa violence.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7459-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7459-2.jpg?1757622421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est &#224; qui sait la saisir, et ce moment n'est jamais celui qu'annoncent les calendriers. Il surgit dans l'&#233;clair de la reconnaissance mutuelle entre le pass&#233; opprim&#233; et le pr&#233;sent r&#233;volutionnaire. Le 11 septembre n'est pas derri&#232;re nous : il est la possibilit&#233; permanente qu'il s'agit d&#233;j&#224; d'emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_16464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7494-4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7494-4.jpg?1757622422' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7495.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7495.jpg?1757622422' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7496-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_7496-3.jpg?1757622422' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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