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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Vies #3 | Corps noir d'Etienne Br&#251;l&#233;</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; l'int&#233;rieur de nous.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/des-vies-noires/" rel="directory"&gt;Des vies noires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2396.jpg?1559220279' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; l'int&#233;rieur de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vie encore, une derni&#232;re vie qui les dirait toute : une vie morte d'avoir &#233;t&#233; v&#233;cue aussi dans le d&#233;sir d'en finir chaque instant avec ces vies anciennes. Une vie d'un homme qui n'a rien &#233;crit, qui n'a rien gouvern&#233; : une vie d'un homme dont on ne sait rien d'autre que le nom peut-&#234;tre et le r&#234;ve, et pas m&#234;me la mort, alors disons qu'il est mort, mais on sait que c'est faux, d'ailleurs, son nom br&#251;le encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la vie d'Etienne Br&#251;l&#233;, il est inutile de rappeler l'enfance, la jeunesse, l'origine : Champigny sur Marne, l'ennui, la France de 1608, le vieux monde parti en cendres avec Savonarole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ouest, on dit que les bateaux partent et d&#233;couvrent chaque jour un monde de plus en plus nouveau : on dit que la terre est plus grande, et qu'elle s'ouvre &#224; chaque pas, on dit que Dieu n'y est pas encore, on dit tant de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui ne dit rien, il a seize ans, il est dans un bateau &#8211; le &lt;i&gt;Don de Dieu&lt;/i&gt;, &#231;a ne s'invente pas &#8211; pour le nouveau monde. &#192; son bord, seul ma&#238;tre avec le Seigneur, Samuel de Champlain, des coffres plein de nourriture, des documents vaguement sign&#233;s par Sa Majest&#233;, et l'inconnu devant soi. Deux mois, on navigue au hasard des &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le trois juin seize cent huit quelqu'un crie : &lt;i&gt;terre&lt;/i&gt;. C'est Tadoussac, la Nouvelle France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, on lance des exp&#233;ditions : on voudrait s'emparer de la Terre qui s'&#233;tend jusqu'&#224; la Chine. On est vingt-huit, un chirurgien, un serrurier, et puis Etienne Br&#251;l&#233;, qui n'est rien, porte peut-&#234;tre les fusils, coupe les arbres. On s'installe dans une ville &#224; l'embouchure d'un fleuve. On l&#232;ve un fort : ce fort de bois et de paille, des si&#232;cles plus tard on l'appellera Qu&#233;bec. Ce n'est pas une ville, ni une colonie : c'est Qu&#233;bec, trois palissades de bois coup&#233;s par Etienne Br&#251;l&#233; et vingt sept hommes qui parlent un mauvais fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier hiver est terrible : le froid qui vient ici est sans mesure avec celui de Champigny sur Marne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la neige fond plusieurs mois plus tard : on se compte. On est huit. Br&#251;l&#233; est l&#224;, et plus vivant qu'&#224; l'automne : souvent, c'est lui qui sort du fort, chasse, et m&#234;me parfois, approche de pr&#232;s ceux qui vivent autour, des &lt;i&gt;sauvages&lt;/i&gt; qui savent pourtant l'art de survivre sous cinq m&#232;tres de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps, Br&#251;l&#233; &#224; force de chasse, de marche en raquette, d'audace et de folie, parle la langue Montagnaise. Trois mois lui suffisent, &#224; l'illettr&#233; : et c'est une gr&#226;ce qu'il d&#233;couvre sans doute, et ne la quittera pas &#8211; parler la langue de l'autre, &#224; son seul contact, sera sa marque, le pacte qu'il noue avec le monde neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On part : Champlain emm&#232;ne avec lui Br&#251;l&#233; pour nouer des alliances et faire commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ouest, toujours plus &#224; l'ouest. Champlain fera le r&#233;cits des tractations avec les Algoquin-Oueskarini, avec les Hurons du clan de l'Ours, avec les Wendats, avec les Iroquois. &#192; chaque fois c'est un peuple, une langue, un territoire qu'il faut apprendre. Et Br&#251;l&#233;, miraculeusement, &#224; chaque peuple saisit la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On palabre, on p&#233;tune, on fume, on &#233;change or contre peaux de b&#234;te. Brul&#233; est au milieu celui qui dit les mots dans les langues inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis Champlain doit rentrer au Royaume rendre des comptes ; la r&#233;ponse de Br&#251;l&#233; : je reste. Champlain accepte. Quand il revient de Paris, deux ann&#233;es plus tard, il peine &#224; reconnaitre cet homme qui a pris l'habit des sauvages mais qui a le visage d'un chr&#233;tien : c'est Br&#251;l&#233;. On ne saura rien de ce qu'il a fait : sans doute fut-il le premier Europ&#233;en &#224; voir les Grands Lacs, Ontario et &#201;ri&#233;, &#224; aller aussi pr&#232;s que possible de l'ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de dix ans, Etienne Br&#251;l&#233; sera parmi l'Ouest, le corps interm&#233;diaire de l'Europe : Champlain le consulte, puis Br&#251;l&#233; s'engouffre chez les Hurons aupr&#232;s de qui il vit, partage l'hiver et la chasse, et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin on perd sa trace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Champlain part et revient, retourne en France, cherche l'argent qui manque, gagne Qu&#233;bec qu'il fortifie, on oubli&#233; Br&#251;l&#233; qui suit les mouvements nomades des Hurons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe, c'est sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Champlain demeure. &#192; Qu&#233;bec, cette ann&#233;e 1633, des Hurons viennent en ambassade : on lui annonce la mort de Br&#251;l&#233;, d&#233;vor&#233; par les Hurons qui l'ont accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;vor&#233; : c'est la faveur qu'on accordait aux plus puissants des ennemis &#8211; mais Br&#251;l&#233; n'&#233;tait pas puissant, et n'&#233;tait pas un ennemi. L'&#233;nigme, c'est le corps de Br&#251;l&#233; d&#233;vor&#233; par ceux qui l'ont d&#233;vor&#233; vivant, corps glorieux aval&#233; par cette terre et ces hommes qui l'ont fait un des siens jusqu'&#224; la d&#233;voration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons sont inconnues : une querelle, ou une l&#226;chet&#233; au combat, un renversement de fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e apr&#232;s sa mort, une &#233;pid&#233;mie de variole frappe les Hurons au village de Taonch&#233; : comme dans les vieilles trag&#233;dies grecques, on cherche la raison, et on la trouve dans la mort du Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est d&#233;vor&#233; de culpabilit&#233;. Le chef Huron, Aenon, est rong&#233; de remords, et dans ce remords qu'il confiera &#224; un pr&#234;tre de passage, on devine que c'est lui m&#234;me qui l'a tu&#233; : lui-m&#234;me qui &#233;tait l'ami le plus proche de Br&#251;l&#233;. Nous ne saurons rien d'autres que les mots qu'il dira au P&#232;re Br&#233;beuf qui r&#233;clamait sa d&#233;pouille pour la d&#233;poser en terre chr&#233;tienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les os d'Etienne Br&#251;l&#233; nous appartiennent &#224; moi et &#224; mon village. Je l'ai pris avec moi dans mon canot, jusqu'&#224; Qu&#233;bec, &#224; l'ombre des grands rochers. Nous avons ram&#233; ensemble, le long des grandes rivi&#232;res et &#224; travers les eaux blanches. Il m'a aid&#233; &#224; transporter mon canot le long des durs portages. Je l'ai amen&#233; &#224; la mer d'eau douce et dans le pays des Hurons. Il est &#224; moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Vies #2 | Corps noir de Savonarole</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; Florence&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/des-vies-noires/" rel="directory"&gt;Des vies noires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2395.jpg?1559220245' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; Florence : c'est-&#224;-dire, ici, dans un th&#233;&#226;tre, puisque Florence n'est que cela et que tous les th&#233;&#226;tres auront de Florence cette dette jamais pay&#233;e &#224; l'&#233;gard de ce jour. Le 23 mai 1498 est un lundi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Piazza della Signoria est noire de monde et de col&#232;re. Nous sommes au pied du Palais des Prieurs et on emm&#232;ne un homme sans visage &#8211; comment le peindre ? &#8211; vers l'&#233;chafaud o&#249; on va pour la Gloire de Dieu et le Salut des hommes le pendre puis le br&#251;ler &#8211; &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; pendant quatre ans l'homme avait pr&#234;ch&#233; furieusement et tenu dans sa voix le gouvernement de Florence ; &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; un an tout juste avant ce lundi de mai, &#224; l'issue d'un pr&#234;che plus furieux ou plus doux, on avait lev&#233; un bucher pour y d&#233;truire tout ce qui porte signe de la main de l'homme qui voudrait lutter contre le temps et refuser sa condition. Miroirs, livres, tableaux, tous les plus beaux chef d'&#339;uvre de tout ce que Florence, c'est-&#224;-dire le monde, avait forg&#233; de plus beau et de plus &#233;ternel, s'&#233;tait d&#233;truit sous les yeux de Girolamo Savonarole, ce fr&#232;re, qu'on br&#251;le aujourd'hui comme un vulgaire livre, comme une vulgaire toile de Botticelli, comme un nu sublime de David ou de Michel Ange &#8211; qu'il va rejoindre en poussi&#232;re, l&#224;, ici, maintenant encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur cette place m&#234;me qui est le th&#233;&#226;tre, et Florence et l'Histoire tout &#224; la fois, on va br&#251;ler cet homme et tout ce qu'il a sur lui, et son visage et ses cris, sa fureur d'homme qui pensait &#234;tre la v&#233;rit&#233; de l'action politique, dieu s'il &#233;tait une col&#232;re, et s'il &#233;tait homme n&#233; &#224; Ferrare dans l'Italie de Machiavel et de Borgia : Savonarole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savonarole l&#232;ve-t-il les yeux sur les murs qui l'entourent, Florence, Place de la Seigneurie ? On dit du Palais des Prieurs qui se dresse sur la place qu'il est vieux : Pallazo Vecchio : vieux et pourtant si r&#233;cent, mais vieux parce qu'il dit le pass&#233;, et sa rage d'histoire qui nous rend contemporain de lui. La Place avait fait table rase de l'ancien Palais qui se dressait l&#224; autrefois, occup&#233;e par la puissante famille gibeline chass&#233;e de la ville par la victoire des Guelfes il y a trois si&#232;cles. Faut-il rappeler l'Histoire quand elle a disparu sous les Palais successifs du temps ? Faut-t-il dire l'Histoire tandis qu'elle n'est pour nous qu'un &#233;chafaud, une col&#232;re et des gerbes de feu o&#249; on jette des cadavres ? Peut-&#234;tre pour cela : et pour dire par quoi nous sommes pass&#233;s, de qui nous sommes le r&#234;ve et le pass&#233;, de quoi nous sommes oublieux d'une vie qui serait la n&#244;tre si on &#233;tait capable de lever d'autres mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors je dis l'Histoire et l'oubli : les Guelfe ne voulaient plus se souvenir des Nobles gibelins et de leur trahison avec l'Empire. Ils d&#233;truisent leur Palais, ils arasent le sol, ils ne laissent pas une pierre. Et ils b&#226;tissent un nouveau palais, o&#249; se tiendra le Gouvernement de la Commune nouvelle, mais &#8211; vengeance de l'histoire &#8211;, ils l&#232;vent ce Palais nouveau (qu'on nommera Palazzo Vecchio, vieux Palais, pour dire : il n'y a rien avant, aussi loin que recule la m&#233;moire, seulement cette vieillerie, jeune : c'est quand la jeunesse dit qu'elle est vieille qu'on reconna&#238;t l'histoire et le r&#234;ve qu'elle fait pour nous), mais ce Palais Nouveau donc, on l'&#233;carte un peu de la place qui se dresse dans l'orgueil solitaire, celui de ne pas mordre le sol souill&#233; par le sang des vaincus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce Palais qu'ensuite Savonorale chassera les M&#233;dicis, sans arm&#233;e, mais avec sa voix, ses pr&#234;ches et sa fureur : et cela : des mots simples qui disent : le pouvoir n'est pas &#224; vous, le pouvoir n'est &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans durant, de pr&#234;che en pr&#234;che, dans la fi&#232;vre de quatre ann&#233;es de gouvernement sans gouvernement, la Commune de Florence est br&#251;l&#233; au Buch&#233;s de Savonarole &#8211; travers&#233; par des jeunes gar&#231;ons en robe noir que le Fr&#232;re fait d&#233;ferler dans la ville pour traquer les images de vanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, quand Florence se r&#233;veille de son cauchemar, on se saisit du Fr&#232;re, on le jette en prison, lui brise les deux bras pour qu'il n'&#233;crive plus. Par d&#233;fi, il dictera deux lectures des Psaumes. On lui arrache des aveux : que les abysses de mes p&#233;ch&#233;s se dissolvent dans les abysses de votre merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Est-ce qu'il regarde les corps de Domenico et de Silvestro, ses deux compagnons qu'on a pendu et qu'on va br&#251;ler avec lui avant de jeter toutes ces cendres ensemble dans le fleuve ? On lui demande ses habits : il refuse d'&#234;tre nu, comme un vulgaire chef d'&#339;uvre du &lt;i&gt;quattrocento&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vie, &#224; peine : de quoi t&#233;moigne-t-elle, encore ? De ce b&#251;cher fait homme et ville et dieu, quand on r&#233;clame des hommes qu'ils renoncent &#224; tout ce qui fait d'eux des hommes peut-&#234;tre. L'exemple sans exemple d'une vie, sa fureur de remplacer Dieu et le Prince, sans dieu ni Prince, mais avec des flammes, des livres qu'on jette comme des espoirs, tout ce pr&#233;cipice de terreur qui consume les hommes&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vies #1 | Corps noir de Rimbaud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; Sheikh-Othman&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/des-vies-noires/" rel="directory"&gt;Des vies noires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton2394.jpg?1559220485' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Des vies comme si elles suffisaient. Mais non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des vies comme si nous &#233;tions de l'autre c&#244;t&#233; d'elles : que nous &#233;tions ceux qui les regardaient d'un &#339;il noir et les regardant disaient : nous, nous sommes vivants aussi de toute cette vie perdue, et nous allons dans ce monde peut-&#234;tre avec le regard noir de ceux qui demeurent immobiles dans le temps, sans le&#231;on pour les vivants, noir de visage dans la nuit perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des regards noirs qui se posent sur nous, nous en faisons notre peine et notre force d'aller malgr&#233; elle dans cette vie qui peut-&#234;tre commence au lieu o&#249; elle finit chaque soir. Des regards noirs sur des visages noirs, on puise cette force qui rendrait possible le monde, qui le rendrait, pourquoi pas, souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on reste longtemps plong&#233; dans le regard noir de vies perdues, pour le secret qu'on sait d&#233;pos&#233;, l&#224;, le secret qui s'&#233;chappe &#224; mesure qu'on le fouille, regard noir sur visage noir, tout ce qui dans le noir prend la couleur terrible du temps qui maintenant a commenc&#233; pour nous et devant lequel nous nous tenons, seul, debout, avec l'Histoire en partage, en lambeaux, comme une ombre tir&#233;e sur le sol de villes b&#226;ties par ceux qui nous r&#234;vaient tels que nous ne serons jamais.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne est &#224; Sheikh-Othman &#8211; &#224; quelques kilom&#232;tres au nord d'Aden, dans cette &#233;trange pointe o&#249; le Yemen semble l'extr&#233;mit&#233; du monde, l'enfer. &lt;br class='autobr' /&gt;
La date n'est pas connue. Peut-&#234;tre janvier : peut-&#234;tre 1883. Ni le jour, ni les noms de ceux qui posent pour l'&#233;ternit&#233; des astres ne seront jamais connu &#8211; seules on peut nommer la fatigue et la couleur du visage d&#233;pos&#233; sur le regard de l'homme qui sur la gauche sera bient&#244;t mort sans nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut deviner la chaleur aussi, on devine la fragilit&#233; du temps pass&#233; comme une couleur. Si la photo est m&#233;diocre, dira-t-il &#224; sa m&#232;re, c'est que l'eau qui sert &#224; la r&#233;v&#233;ler est mauvaise. L'eau qu'on boit avec laquelle on se lave : donne au corps et &#224; la photographie la teinte pass&#233;e et le regard noir. Derri&#232;re, des arches d'un palais qui n'est qu'un h&#244;tel : l'h&#244;tel de l'univers (le nom ne s'invente pas, rien ne s'invente). Dans cet h&#244;tel de passage, est-ce qu'on peut trouver le sommeil ? Est-ce qu'on peut trouver quelque chose qui arr&#234;tera les pens&#233;es, et la chaleur, et la peine d'&#234;tre un marchand ardennais dans l'enfer d'Aden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux c&#244;t&#233; de celui qui porte sur nous le regard noir du secret, sont les hommes qui poss&#232;dent le monde et l'univers entier. Ils ont le casque colonial, l'habit colonial, le regard colonial, la moustache et le fusil colonial, le grotesque colonial, blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils savent que le temps est le leur, ils savent que la vie leur appartient : et de ce c&#244;t&#233; de la mort o&#249; ils sont d&#233;sormais, ce monde est d'autant plus le leur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les marches, on pose avec les fusils avant de partir &#224; la chasse aux lions, aux li&#232;vres, au ciel, &#224; tout ce qui remue sous le soleil et qui &#224; leurs yeux de conqu&#233;rants ne doit servir qu'&#224; la mort. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous, on regarde longuement ces hommes en habit colonial, armes aux pieds, qui nous regardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi eux, l'homme debout, celui dont le regard noir est un secret, fusil en main, est le seul qui a la t&#234;te nu et le visage scell&#233;, bras gauche repli&#233; dans un geste invisible, &#233;l&#233;gance inutile, raffinement de sauvage : il nous regarde plus terriblement encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main qui tient le fusil &#233;tait celle qui &#8211; c'&#233;tait une autre vie &#8211;, avait trac&#233; sur quelques mauvaises feuilles quelques mauvais mots qui avaient pu d&#233;chirer l'espace de quelques solitudes ; d&#233;sormais pour toujours nous nous tenons de ce c&#244;t&#233; du fusil, et de ce c&#244;t&#233; des mots, de ce c&#244;t&#233; secret et terrible du regard noir au milieu d'hommes en habit colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps noir de Rimbaud. (j'aurai de l'or, disait-il, il n'aura eu qu'un fusil, et le cheveu court, et quelles r&#234;ves pour nous autres ? Et sur l'image &#224; la couleur pass&#233;e qu'il nous envoie outre-tombe &#224; intervalle r&#233;gulier, l'or du temps pass&#233; pos&#233; sur l'image nous d&#233;visage aussi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fusil noir de Rimbaud (mince comme un bras, une jambe sur laquelle s'appuyer quand elle fera d&#233;faut.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sang noir de Rimbaud (on ne sait pas quelle b&#234;te il a manqu&#233;e ce jour-l&#224;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix noire de Rimbaud (l'accent des Ardennes en Harar, l'avait-il encore, et ses insultes ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sourire noir de Rimbaud (on ne le voit pas.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mots noirs de Rimbaud (&#171; Oui, j'ai les yeux ferm&#233;s &#224; votre lumi&#232;re. Je suis une b&#234;te, un n&#232;gre. Mais je puis &#234;tre sauv&#233;. Connais-je encore la nature ? me connais-je ? &#8212; Plus de mots. J'ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois m&#234;me pas l'heure o&#249;, les blancs d&#233;barquant, je tomberai au n&#233;ant. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;ant lumineux et noir de Rimbaud dans lequel chaque jour se l&#232;ve et retombe et nous laisse charg&#233; de ce silence-l&#224; et de ce regard-l&#224;, tournant dos &#224; l'h&#244;tel de l'univers et nous faisant obstin&#233;ment face.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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