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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>Claude R&#233;gy | Exp&#233;rience et usage de la pr&#233;sence</title>
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		<dc:date>2024-12-24T13:27:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Workshop &lt;i&gt;Chantiers d'acteurs&lt;/i&gt; &#8211; d&#233;cembre 2024&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/" rel="directory"&gt;Dramaturges d'aujourd'hui&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/1200x680_000_par8339062.webp?1735046856' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Les &lt;i&gt;Chantiers d'acteurs&lt;/i&gt; ont eu lieu du 28 novembre au 5 d&#233;cembre, organis&#233;s par Sabine Quiriconi, Chlo&#233; Larmet et Christophe Triau de l'universit&#233; Paris-Nanterre, au Th&#233;&#226;tre de l'Aquarium puis &#224; la Fondation Lucien Paye &#8212; dans le cadre du projet EUR ArTeC. Ces Chantiers proposaient &#224; des actrices et acteurs, chercheuses et chercheurs partenaires du projet et invit&#233;&#183;es, &#224; travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience des artistes pour essayer de penser la pr&#233;sence sc&#233;nique. Voir ici le &lt;a href=&#034;https://eur-artec.fr/evenements/chantiers-dacteurs-penser-les-regimes-de-presence-sur-les-scenes-actuelles/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;programme&lt;/a&gt; dense, ambitieux, prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre, l'apr&#232;s-midi &#233;tait consacr&#233; &#224; un atelier propos&#233; B&#233;n&#233;dicte Le Lamer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a jou&#233; sous la direction de Claude R&#233;gy en 2001, dans Carnet d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et Yann Boudaud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a jou&#233; sous la direction de Claude R&#233;gy &#224; partir de 1997, avec La Mort de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui proposaient d'aborder &#224; partir d'une pratique au plateau quelques notions d&#233;velopp&#233;es par Claude R&#233;gy pour son travail de mise en sc&#232;ne : le corps, l'espace et la lumi&#232;re ; le silence comme une cat&#233;gorie du langage ; la &#171; d&#233;conventionnalisation &#187; de l'imaginaire autour d'un texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;pose ici quelques notes prises au cours de l'atelier.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_13427 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives1-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives1-5.jpg?1735046495' width='500' height='328' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comment transmettre ce qu'on ne poss&#232;de pas ? Le travail de Claude R&#233;gy ne rel&#232;ve ni d'une m&#233;thode ni d'une technique, mais, puisqu'il proc&#232;de d'abord d'un d&#233;pouillement, ne peut s'enseigner comme contenu. Ce travail de la n&#233;gativit&#233; &#224; l'&#339;uvre, dans l'&#339;uvre, dans quelle mesure peut-il fournir, malgr&#233; tout, mati&#232;re d'une p&#233;dagogique ? Ce qui s'enseignerait serait cependant moins une somme qu'il s'agirait d'apprendre pour appliquer, qu'une attitude. L'enjeu &#224; chaque fois serait de rendre disponible la possibilit&#233; d'un partage de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude R&#233;gy : une &#339;uvre qui est aussi une histoire qu'il importe de raconter. Ce r&#233;cit porterait d'abord sur l'histoire d'une &#339;uvre inscrite elle-m&#234;me dans l'histoire du th&#233;&#226;tre : elle plonge en effet ses racines depuis la transmission d'une m&#233;moire de la fin du XIXe s., et se cl&#244;t avec les derni&#232;res exp&#233;rimentations des ann&#233;es 2010 &#8212; soit un travail qui peut s'envisager sur pr&#232;s d'un si&#232;cle et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de semblable &#224; premi&#232;re vue entre le travail de Vsevolod Meyerhold et celui de Claude R&#233;gy. Et cependant, il est troublant de lire les critiques adress&#233;es &#224; Vsevolod Meyerhold dans les ann&#233;es 1920, qui s'appuient sur les m&#234;mes crit&#232;res, et utilisent le m&#234;me vocabulaire, que les contempteurs de R&#233;gy : on d&#233;nonce ici l&#224; un statisme ennuyeux, on d&#233;plore une d&#233;clamation monocorde, on regrette la lenteur excessive. Cela t&#233;moigne autant de la paresse de la critique que d'un travail conduit &#224; la racine du th&#233;&#226;tre &#224; lui cherchant &#224; &#339;uvrer aux nerfs de son acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant cette histoire du th&#233;&#226;tre dans laquelle l'&#339;uvre de Claude R&#233;gy s'inscrit, il est aussi troublant de constater que ce qu'elle met au travail sont les notions &#233;labor&#233;es par le r&#233;alisme psychologique &#8212; th&#233;&#226;tre qui pourrait sembler fort &#233;loign&#233; des spectacles de R&#233;gy. Il ne cessait d'&#233;voquer ces notions, qui &#233;tait le repoussoir de ce r&#233;alisme psychologique, mais lui voulait les valoriser et m&#234;me finira par adosser toute sa th&#233;&#226;tralit&#233; sur elles : le silence ou le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une obsession guidait ce travail : transformer les forces de destruction en puissance de vie, comme si la vie n'&#233;tait possible que depuis la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pourtant tort de r&#233;duire de ce travail &#224; une m&#233;ditation sur ces forces, une r&#233;flexion abstraite, m&#234;me inform&#233;e et historiquement inqui&#232;te, une pure approche sp&#233;culative. Ce travail acharn&#233; &#233;tait d'abord celui en prise avec la mat&#233;rialit&#233; sensible des corps et des espaces, de la lumi&#232;re, des bruits, du langage con&#231;us comme mati&#232;res : on en peut d&#232;s lors approcher ce travail que depuis sa mise en pratique concr&#232;te et r&#233;elle, par une mise &#224; l'&#233;preuve de cette pens&#233;e et de nos corps : une pens&#233;e mise &#224; l'&#233;preuve &#224; nos corps. C'est pourquoi en passer par le plateau s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il lui &#233;tait arriv&#233; de travail avec des acteurs japonais &#8212; pour la mise en sc&#232;ne d'Int&#233;rieur, de Maeterlinck, en 2014 &#8212;, Claude R&#233;gy affirmait qu'il s'agit l&#224; d'une chance : l'avantage, c'&#233;tait que l'on &#233;tait s&#251;r de ne pas se comprendre. Tel est l'id&#233;al. Car le vocabulaire du travail th&#233;&#226;tral (et pas seulement loin) est encombr&#233; et donne l'illusion qu'on parle de la m&#234;me chose, qu'on s'entend sur les mots. Non, on ne se comprend pas ; on utilise un m&#234;me mot pour d&#233;signer des r&#233;alit&#233;s qui sont pour chacun si diff&#233;rentes, et m&#234;me pour soi : si opaque. Il faut donc d'abord se d&#233;faire de l'id&#233;e qu'on parle de la m&#234;me chose, et qu'on se comprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose : consid&#233;rer un espace vide. Partir de l&#224;. Poser devant soi un espace sans rien qui le peuple. Rien que cela. Tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant le vide, on consid&#232;re tout aussit&#244;t la lumi&#232;re et le silence : il n'existe pas de lumi&#232;re et de silence dans l'absolu, mais des variations continues de lumi&#232;res et un silence sans cesse rompu, ou relanc&#233; par tels bruits de fond. De fait, consid&#233;rer un espace conduit &#224; consid&#233;rer d'o&#249; vient la lumi&#232;re qui me fait le consid&#233;rer : les sources en dehors de lui, son hors-champ qui le rend possible. Consid&#233;rer le silence nous livre &#224; l'attention des bruits qui font le monde dehors, de l'autre c&#244;t&#233; du mur, tout pr&#232;s ou tr&#232;s loin : ce monde qui bat et qui &#233;choue jusqu'ici, qui cerne le lieu et finalement le dessine, le d&#233;toure, le rend aussi visible que la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec eux, le silence, la lumi&#232;re et le vide que l'on va jouer : ce seront eux les premiers partenaires, les partenaires essentiels du drame qui va se nouer entre l'acteur et le monde, le texte et les spectateurs &#8212; c'est ce drame-l&#224; qui va avoir lieu et auquel le spectateur va assister, le drame du jeu entre l'acteur et l'espace vide qui l'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc un espace dont on a fait le vide &#8212; et pour mieux dire, espace &lt;i&gt;qui a &#233;t&#233; vid&#233;&lt;/i&gt;. De fait, il porte en lui une histoire, celle de son plein. Car aucun espace n'est vide par essence, ou nature. Un espace a toujours &#233;t&#233; travers&#233;, peupl&#233;, rempli. C'est cela aussi qu'on regarde quand on consid&#232;re un espace soi-disant vide : son histoire. Un espace d'autant plus plein qu'il aura &#233;t&#233; vid&#233; et qu'on le consid&#232;re comme cette somme d'histoires effac&#233;es. L'espace vide donne une sensation historique : le vide est l'&#233;vidence que quelque chose lui pr&#233;existe et que quelque chose va suivre. Il t&#233;moigne que l'histoire ne commence jamais parce qu'elle commence toujours ; elle a toujours commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que quelque chose arrive, quelque chose est d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis quelque chose arrive, in&#233;vitablement : m&#234;me et surtout quand il ne se passe presque rien, c'est ce presque qui p&#232;se de tout son poids. Plus le vide aura &#233;t&#233; fait, plus la moindre chose sera consid&#233;rable : il n'y aura de consid&#233;rable qu'en vertu d'un vide qui aura &#233;t&#233; accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout part de l&#224;. Tout part du vide ; de cette mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13426 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives2-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives2-5.jpg?1735046495' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Est propos&#233; &#224; un participant de s'avancer. Le voici seul ici, livr&#233; aux regards. Il marche.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcher dans le vide, c'est marcher &#224; travers lui autant que sur lui, et dans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer un seuil o&#249; il ne se passe rien, attendre qu'il ne se passe rien, et une fois qu'il ne se passe rien, alors tout peut arriver. Car tout est question de franchissement de seuil. Il faut en passer par ce seuil d'ennui pour s'en d&#233;faire. Si l'on veut combler le temps, on passe son temps &#224; faire quelque chose pour l'occuper, et on ne fait rien, parce qu'on ne laisse le temps &#224; rien. Or, il s'agit de laisser ce temps d&#233;faire quelque chose en nous, refuser de l'occuper, de l'agiter, d'agir sur lui. Alors seulement quelque chose de l'ordre d'une action v&#233;ritable pourra avoir lieu : alors, chaque geste ou mouvement m&#234;me infime, sera un &#233;v&#233;nement bouleversant l'ordre entier des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on regarde : non pas un corps, mais un corps imaginant : un corps occup&#233; &#224; &#233;laborer en lui des images et des pens&#233;es. C'est cela qu'on voit : par ce corps qui r&#234;ve, qui pense, peupl&#233; a des images, on voit les r&#234;ves, les pens&#233;es et les images &#8212; mais des r&#234;ves dont on ignore le r&#234;ve, les pens&#233;es, les images).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir un corps qui marche dans un espace vide, c'est voir ce corps franchir &lt;i&gt;comme pour la premi&#232;re fois&lt;/i&gt; l'espace, quel qu'il soit. D'o&#249; l'importance de consid&#233;rer le vide de l'espace avant toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant que ce corps parle, il s'agit de construire les conditions de cette parole par le vide : et pour cela, d&#233;composer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on cherche : voir ce qu'on n'avait pas vu. Or, un homme qui marche, on ne le voit jamais ; car ce n'est pas normal. Le th&#233;&#226;tre part de cette non-&#233;vidence qu'il accomplit comme acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler dans le silence : ensuite, comment parler ? Le silence rend peu &#233;vidente la parole, car d'o&#249; parler quand on a fait le silence pendant de longues minutes, des heures ? De nouveau : pass&#233; un certain seuil de silence, les minutes paraissent des heures, des si&#232;cles. Puis, on est pass&#233; par tant d'images int&#233;rieures, qu'on ne sait plus comment parler, par o&#249; &#231;a va parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;zanne se posait devant le paysage et ne pouvait pas peindre, parce que le paysage est d&#233;j&#224; peint par le monde : alors, pour peindre, il avait besoin de le d&#233;truire d'abord en lui. Pour que la couleur arrive il faut ainsi qu'il y ait la catastrophe. De m&#234;me, pour Claude R&#233;gy, il s'agit avant tout de se d&#233;faire de ses propres repr&#233;sentations, afin que tout soit refait. Pour que quelque chose advienne, il faut b&#226;tir le chaos en soi afin que tout advienne de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le chaos arrive : il faut en passer par l&#224;, cet &#233;tat premier &#8212; construit par tel, non pas originaire, mais premier en tant qu'il peut refonder &#8212; pour refaire. La destruction est cet espace historique d'o&#249; l'on vient. C'est d'ailleurs ce temps historique d'o&#249; des hommes comme Claude R&#233;gy viennent : la destruction qu'a accomplie la Seconde Guerre mondiale est celle qui lui a donn&#233; naissance et a donn&#233; naissance &#224; ce monde (ce monde qui nous a donn&#233; naissance). De fait, apr&#232;s les massacres, plus rien ne peut &#234;tre &#233;vident et tout devient source de stup&#233;faction. Le th&#233;&#226;tre devient cet espace de miracle o&#249; l'on peut voir des corps d'apr&#232;s les massacres : miracle de voir encore &lt;i&gt;malgr&#233; tout&lt;/i&gt; des &#234;tres vivants qui parlent et qui nous parlent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'&#234;tre un acteur pour &#234;tre sur un plateau : il faut beaucoup plus ; ce qu'on y met est sa vie et davantage, celle des autres et celle des morts. Entrer sur un plateau est cet acte p&#233;rilleux qui met en jeu toute cette vie, et tous ces morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire et refaire. Comment refaire s'il s'agit de faire &#224; chaque fois comme une premi&#232;re fois &#8212; et une derni&#232;re fois ? L&#224; est l'enjeu. C'est comme un fleuve qui trace son courant dans le m&#234;me lit : refaire le courant, repasser donc, et pourtant, c'est une eau autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives3-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives3-5.jpg?1735046495' width='500' height='338' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;p&#233;tition consiste &#224; &#233;prouver une image (int&#233;rieure) jusqu'&#224; l'&#233;puiser, &#233;puiser cette image int&#233;rieure qui a permis la travers&#233;e, et qui ne sert plus. Par exemple : Marcher, avec une image int&#233;rieure de paysage de neige &#8212; jusqu'&#224; &#233;puiser cette image et se servir d'une autre image : par exemple : un paysage de ruines. Le travail ne consiste pas &#224; trouver une image, mais &#224; s'en d&#233;faire. Et aller de la neige &#224; la ruine, tout en consid&#233;rant que la ruine poss&#232;de en elle l'image de neige (qu'elle en proc&#232;de, qu'elle en est issue.) Certaines images tiennent ainsi plus longtemps que d'autres et restent vivantes plus longtemps. Mais quand des images ne tiennent pas ou plus, il faut en rechercher d'autres. Comment ? Faire appel &#224; des souvenirs, ou les inventer. Inventer une autre m&#233;moire, par la photographie, l'&#233;criture, le dessin. Cette m&#233;moire invent&#233;e n'est pas moins vraie que la m&#233;moire v&#233;cue, elle l'est peut-&#234;tre davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire, et refaire, jusqu'&#224; oublier. D&#232;s lors, marcher devient un geste impossible, oubli&#233;. &#202;tre contraint d'inventer le geste : par exemple, avancer devant soi en reculant int&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire le texte avec ces images int&#233;rieures sans que ces images int&#233;rieures soient &lt;i&gt;jou&#233;es&lt;/i&gt; ou prennent le pas : car ces images permettent de dire, mais ne sont pas dites en tant que telles. D'autant plus quand le texte &#233;voque des images qui peuvent ne pas &#234;tre celles de l'acteur. Ainsi, si le texte &#233;voque l'enfer, l'acteur peut tout &#224; fait travailler ces images avec des images int&#233;rieures de beaut&#233; et de douceur. Ces images ne viennent pas contredire l'image du texte, elles viennent l'habiter et les rendre possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de jouer le texte, mais de le dire : mais le dire implique d'habiter un monde. Puisqu'il ne s'agit en aucun cas de paraphraser le texte, de jouer le mime du texte, de l'ex&#233;cuter en l'illustrant, mais d'en &#233;laborer l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction des images. Par exemple, pendant le spectacle &lt;i&gt;Holocauste&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de Charles Reznikoff, cr&#233;&#233; en janvier 1998.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;tait &#233;voqu&#233;e une sc&#232;ne de meurtres d'enfants. Pendant les r&#233;p&#233;titions, un marchand de glace &#224; l'ext&#233;rieur du th&#233;&#226;tre passait et hurlait sa cri&#233;e. Claude R&#233;gy avait voulu dissuader le marchand de glaces de passer, peine perdue. Alors, il fallait bien prendre en charge cela, ce dehors du th&#233;&#226;tre qui venait en percuter le drame. Il s'agissait d&#232;s lors pour les acteurs qu'on per&#231;oive ces crimes &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; tout &#224; la fois le go&#251;t de la vanille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acteur est pour Artaud cet &#171; athl&#232;te affectif &#187; : il s'entra&#238;ne &#224; &#234;tre atteint sans qu'il en soit an&#233;anti, parce qu'il aura subi et travers&#233; cet entra&#238;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee Stradberg : la pens&#233;e de la chose, qui visualise, imagine, projette, est d&#233;j&#224; l'action. Au th&#233;&#226;tre, chaque chose que l'on dit ne peut pas ne pas &#234;tre &#233;prouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lenteur : parce que le monde se produit dans un tel chaos que la pens&#233;e &#233;value dans ce chaos tout en s'&#233;prouvant dans et comme un chaos, on a besoin de se retrouver. Ainsi, lorsqu'on parle avec quelqu'un, on pense &#224; quelque chose en m&#234;me temps : pour d&#233;plier l'exp&#233;rience, on a donc besoin de ralentir et de d&#233;composer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On joue avec la densit&#233; de l'air aussi, la pesanteur de l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perp&#233;tuelle attention aux images, aux textes, aux sensations, permet de se retenir de jouer : l'acteur est tellement occup&#233; &#224; autre chose qu'&#224; jouer le texte qu'il ne peut pas le jouer. Ce qui importe d'abord et avant tout, c'est d'&#234;tre en relation avec l'&#233;criture, et non pas dans la volont&#233; de faire signifier quelque chose par le jeu mim&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle libert&#233;, malgr&#233; tout, offre cette porosit&#233;, cette hi&#233;rarchie d'une m&#233;moire, du texte, de son image, de la possibilit&#233; de se repr&#233;senter du temps : c'est d'une ouverture consid&#233;rable, et non de v&#233;ritables contraintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment &#231;a commence &#224; parler ? Comment &#231;a parle, et d'o&#249; &#231;a parle ? La parole sert quotidiennement pour renseigner, informer, communiquer. Mais ceci occulte un autre aspect de la parole qui n'est pas fonctionnel quand on veut transmettre autre chose que des informations, mais des sensations ou des images, des pens&#233;es. Et tout ce que les mots ne disent pas et qui disent quand m&#234;me, et qui ne sont pas dicibles. Non seulement le mot &#171; chien &#187; n'aboie pas, mais il ne dira jamais tout ce que le mot &#171; chien &#187; est. Le mot &#171; neige &#187; ne dira jamais ce que la neige est. Il y a ce que les mots disent et tout ce que les mots ne disent pas. Ces choses complexes n&#233;cessitent d'&#234;tre complexes dans leur &#233;nonciation. Ainsi ces autres choses doivent-elles passer par un autre canal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole ne vient pas rompre le silence, mais se propose de le continuer par d'autres moyens. Puisque le silence est habit&#233; de mots, la parole viendra en prolonger la trace. C'est pourquoi on ne prend pas la parole : dans l'espace du silence, quelque chose du silence se fait entendre dans la parole. Il y a du silence avant le mot, apr&#232;s le mot et pendant le mot.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives4-5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/archives4-5.jpg?1735046495' width='500' height='308' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Images &#169;Pascal Victor &#8212; &lt;i&gt;R&#234;ve et folie&lt;/i&gt;, d'apr&#232;s Georg Trakl, ultime mise en sc&#232;ne de Claude R&#233;gy, interpr&#233;t&#233; par Yann Boudaud, d&#233;cembre 1998.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a jou&#233; sous la direction de Claude R&#233;gy en 2001, dans &lt;i&gt;Carnet d'un disparu&lt;/i&gt; (po&#232;me anonyme, traduction du tch&#232;que par Eug&#232;ne Hartmann-Moussu) ; en 2003, dans &lt;i&gt;Variations sur la mort&lt;/i&gt; de Jon Fosse et en 2007, dans &lt;i&gt;Homme sans but&lt;/i&gt; d'Arne Lygre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il a jou&#233; sous la direction de Claude R&#233;gy &#224; partir de 1997, avec &lt;i&gt;La Mort de Tintagiles&lt;/i&gt; de Maurice Maeterlinck ; puis en 1998, dans &lt;i&gt;Holocauste&lt;/i&gt; de Charles Reznikoff ; en 1999 &lt;i&gt;Quelqu'un va venir&lt;/i&gt; de Jon Foose ; en 2000 &lt;i&gt;Des couteaux dans les poules&lt;/i&gt; de David Harrower ; en 2001 &lt;i&gt;Melancholia&lt;/i&gt; de Jon Fosse ; en 2001, &lt;i&gt;Carnet d'un disparu&lt;/i&gt; (po&#232;me anonyme, traduction du tch&#232;que par Eug&#232;ne Hartmann-Moussu) ; en 2012, &lt;i&gt;La Barque Le Soir&lt;/i&gt;, d'apr&#232;s Tarjei Vesaas ; en 2016, &lt;i&gt;R&#234;ve et folie&lt;/i&gt; de Georg Trakl.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte de Charles Reznikoff, cr&#233;&#233; en janvier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pauline Sauveur | Presqu'&#238;l-e</title>
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		<dc:date>2024-11-02T13:23:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#201;ditions Quartett
&lt;br&gt;Un avant-propos&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/" rel="directory"&gt;Dramaturges d'aujourd'hui&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/img_0381_2.jpg?1730553875' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/img_0382_2.jpg?1730553884&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Vient de para&#238;tre &lt;i&gt;Presqu'&#238;le&lt;/i&gt; de Pauline Sauveur aux belles &#233;ditions Quartett. J'avais d&#233;couvert ce texte, laur&#233;at de l'aide &#224; la cr&#233;ation d'Artcena, &#224; la Mousson d'&#233;t&#233; en 2023 &#8212; sa droiture, sa douceur intransigeante, sa langue attentive, cette travers&#233;e comme seul peut-&#234;tre le th&#233;&#226;tre peut le proposer des enjeux de l'identit&#233; quand elle s'&#233;prouve dans l'alt&#233;rit&#233; qui la f&#233;conde, sa joie qui n'est pas dupe de l'hostilit&#233; du monde autour et qu'elle d&#233;fie sans arrogance, mais dignement, &#224; la seule faveur d'une obstination &#224; vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauline m'avait ensuite propos&#233; de r&#233;diger l'avant-propos du livre &#224; para&#238;tre et je la remercie de nouveau : l'occasion de poser des mots sur cette lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce suit maintenant son voyage : en esp&#233;rant qu'elle puisse autant que possible &#234;tre lue et port&#233;e sur les sc&#232;nes.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_13073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0383_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0383_2.jpg?1730553699' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0384_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/img_0384_2.jpg?1730553705' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation par &lt;a href=&#034;https://quartetteditions.fr/2024/10/07/presquil-e/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;diteur&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Se construire et s'identifier comme masculin, s'atteindre soi-m&#234;me. &#192; travers de nouveaux gestes, des r&#233;flexions des coll&#232;gues ou d'amis, des regards et des postures, et vivre les op&#233;rations, le traitement hormonal, les d&#233;marches administratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du dialogue l'&#233;volution se fait, l'&#233;quilibre entre les deux personnages se modifie. La pi&#232;ce raconte cette travers&#233;e, de la premi&#232;re injection &#224; l'obtention des nouveaux papiers d'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13075 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/463192619_854116283568691_6420681543383106151_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/463192619_854116283568691_6420681543383106151_n.jpg?1730553721' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un entretien de l'autrice pour Artcena&lt;/h2&gt;&lt;div style=&#034;padding:56.25% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/839641384?badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write&#034; style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Pauline Sauveur &#171; presqu'&#238;le &#187;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Didier-Georges Gabily | &#201;crire au pr&#233;sent</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/article/didier-georges-gabily-ecrire-au-present</link>
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		<dc:date>2022-01-01T12:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;S&#233;minaire de recherche 2021-2022&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/" rel="directory"&gt;Dramaturges d'aujourd'hui&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/85d5d9_ea3f1156e3fd47589f08a4c444e6cd40.png.webp?1658749402' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ces notes sont celles du s&#233;minaire de recherche &#171; &#201;critures Contemporaines : Quelle Histoire ? &#187;, au sein du Master &lt;i&gt;Arts et Sc&#232;nes d'Aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187; &#224; Aix-Marseille Universit&#233;, lors du premier semestre de l'ann&#233;e 2021-2022.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire Gabily : affronter l'illisibilit&#233; du pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;#experience&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Une exp&#233;rience&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#illisible&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;De l'illisible&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#contrechant&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Enjeux politiques : l'exp&#233;rience du contrechant&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#insoutenable&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;De l'insoutenable : Puissances th&#233;&#226;trales de l'anti-th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#farces&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Farces / d&#233;risions / gravit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;#lyrismes&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Langues : lyrismes ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#diffuse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La langue diffuse&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fragilit&#233;&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Force et fragilit&#233; de la langue&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;a href=&#034;#fabuleuse&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;La langue fabuleuse&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;a href=&#034;#conclusion&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;En forme de conclusion provisoire : Histoire et mythe : &#233;criture de la r&#233;&#233;criture&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;experience&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une exp&#233;rience&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;illisible&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De l'illisible &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrir, presque au hasard, une pi&#232;ce de Didier-Georges Gabily. Ce qu'on lit : pas seulement un texte, pas seulement des mots qui finissent par former des phrases. Mais &lt;i&gt;en premier lieu,&lt;/i&gt; et comme une paroi sur quoi on pose les mains : un texte qui se dresse comme tel, et des mots qui apparaissent, dans leur mat&#233;rialit&#233; opaque, &#226;pre, r&#232;che. De la fable, on aper&#231;oit seulement les contours, ou ses promesses &#8212; on devine, comme au-dessus d'un plan d'eau, sa profondeur. Seulement, ce qu'on per&#231;oit en premier lieu est le miroitement de la surface qui se laisse remuer par de grandes mouvements, l&#224;-dessous. Deux niveaux se recoupent &#8212; ponctuellement / structurellement (verticalement / horizontalement) : des &#233;clats, mais &#233;laborant de la dur&#233;e &#8212; parfois &lt;i&gt;interminable&lt;/i&gt;. &#338;uvres d'ampleur, qui agissent pourtant par arr&#234;t successif, et qui fabriquent du temps dans le p&#233;ril de s'arr&#234;ter, briser net sur une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc la premi&#232;re &#233;preuve : la lecture (comme acte et comme compr&#233;hension) s'&#233;prouve comme difficile ; labeur, travail, effort par quoi r&#233;sulte un double impossible quand on veut s'y &lt;i&gt;affronter&lt;/i&gt; :
&lt;br /&gt;&#8212; rendre lisible cette &#233;criture (la comprendre), ce serait n&#233;gliger ce qui en fait sa nature, sa matrice, son enjeu &lt;br /&gt;&#8212; la laisser illisible, ce serait s'emp&#234;cher d'entendre ce qu'elle a &#224; dire, et ce serait accepter de ne pas la lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste un autre impossible, qui est moins une t&#226;che qu'une responsabilit&#233; morale (et politique) : laisser la tension ouverte : ce sera d'ailleurs cette t&#226;che qui relie le lecteur et l'acteur &#8212; tous deux &lt;i&gt;interpr&#232;tes&lt;/i&gt; d'une langue &lt;i&gt;intraduisible&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire (et jouer) cette &#339;uvre revient &#224; &lt;i&gt;ne pas saisir &lt;/i&gt; : &#224; se dessaisir du sens &#8211; en tous cas dans un premier temps &#8211;, &#224; refuser d'assigner au sens une centralit&#233; stable. Il s'agit moins d'assumer une impuissance &#224; bien dire, que de revendiquer un refus &#224; dire bien : nous sommes d&#233;cid&#233;ment loin de Brecht, pour qui &#171; la v&#233;rit&#233; [&#233;tant] concr&#232;te &#187;, il &#233;tait non seulement possible de dire le vrai, et m&#234;me de le d&#233;montrer (processus scientifique du mat&#233;rialisme dialectique), mais il devenait essentiel d'en faire un projet politique : celui de rendre lisible les m&#233;canismes d'oppression. Faut-il retourner le principe brechtien sur Gabily, et de rendre ce dernier complice des principes retorses du capitalisme qui cherche &#224; rendre invisibles les forces d'ali&#233;nation ? N'y aurait-il pas cependant une troisi&#232;me voie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On per&#231;oit en tous cas ici un imm&#233;diat enjeu politique &#8211; et m&#234;me militant &#8211; dans ce qui pourrait sembler un pur enjeu surface (l'illisibilit&#233; du texte) et qui implique tout un rapport au monde (rendre lisible la syntaxe du monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade se formuleraient quelques premi&#232;rs hypoth&#232;ses :
&lt;br /&gt;&#8212; cette force d'opacit&#233; de l'&#233;criture renvoie-t-elle &#224; l'impuissance &#224; lire le monde, et consoliderait notre &#233;tat d'h&#233;b&#233;tude face &#224; la violence que le texte d&#232;s lors ne ferait qu'illustrer, ? Et en cela une telle po&#233;tique reconduirait les puissances d'ali&#233;nation de monde ? (Et l'&#233;tat de vertige que produit le texte illustrerait en retour notre perplexit&#233; face au monde ?
&lt;br /&gt;&#8212; ou, bien au contraire, cette puissance d'opacit&#233; serait l'outil qui nous permettrait, paradoxalement de s'affronter au monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'opacit&#233; peut aussi &#234;tre une arme pour lutter contre une des formes de la domination : la transparence. Le monde voudrait en effet se donner d&#233;sormais sans cesse comme transparent &#224; lui-m&#234;me : transparence qui s'&#233;rige peu &#224; peu comme valeur supr&#234;me du capitalisme, gage de bonne foi, et m&#234;me outil de la domination (principe permettant de mieux fonctionner)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quelques exemples de ces &#233;nonc&#233;s : &#171; En pleine crise financi&#232;re des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur &lt;i&gt;transparence&lt;/i&gt; demeure ambigu&#235;, parce que duelle : ou dialectique. Car &#224; cette pr&#233;tention de transparence r&#233;pond aussi la volont&#233; du &lt;i&gt;secret&lt;/i&gt; &#8212; et en retour, cette exigence de transparence t&#233;moignerait d'une strat&#233;gie de voilement. D&#232;s lors, ce d&#233;sir de transparence ne fait que r&#233;pondre au soup&#231;on du cach&#233; (et on le soup&#231;onne d'autant plus que ce sont ceux-l&#224; qui cachent qui pr&#233;tendent &#233;riger la transparence comme valeur) : qu'on songe aux r&#233;gulier &lt;i&gt;leaks&lt;/i&gt; &#8211; Panama ou Pandora Papers &#187; -, o&#249; aux paradis fiscaux comme espaces h&#233;t&#233;roptiuques par excellence du capitalisme triomphant. Qu'on songe aussi &#224; l'architecture n&#233;o-contemporaine dont le symbole serait la baie-vitr&#233;e des grattes-ciels. Ce qu'on voit : la fen&#234;tre est toute enti&#232;re vitre, mais elle ne donne que l'illusion de la transparence, puisqu'on ne voit pas ce qu'il y a derri&#232;re, on ne voit qu'une transparence opaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#232;re de la transparence est un monde qui se fonde sur de tels renversements &#8211; d'o&#249; cet &#232;re du soup&#231;on g&#233;n&#233;ralis&#233;, du complot (qui porte de r&#233;elles n&#233;vroses, de v&#233;ritables folies) ; seulement, le sentiment demeure qu'on nous cache tout d'autant plus qu'on est dans un monde o&#249; tout para&#238;t montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;contrechant&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Enjeux politiques : l'exp&#233;rience du contre-chant&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'opacit&#233; de l'&#233;criture agirait comme antidote ? Oui, si celle-ci n'est pas verrou, secret, ou plong&#233;e dans l'ind&#233;chiffrable (l'impuissance), mais si elle est &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#8212; travers&#233;e &#8212; qui vise &#224; nous d&#233;faire de toute centralit&#233;, de toute certitude, de toute orientation, pour &#234;tre sans cesse activante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exp&#233;rience : voici un autre mot d&#233;voy&#233; du capitalisme, qui semble ne renvoyer qu'&#224; une certaine qualit&#233; intense de soi-m&#234;me &#8212; on parle plus souvent d'exp&#233;rience-client &#224; remplacer l'exp&#233;rience int&#233;rieure bataillienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce mot d'exp&#233;rience demeure pr&#233;cieux pour qualifier aussi une t&#226;che contre-insurrectionnelle face aux puissances de la domination. L'exp&#233;rience pourrait &#234;tre cette action paradoxale entre activit&#233; et passivit&#233; qui aboutit &#224; une certaine forme de transformation : elle est cette facult&#233; &#224; &#234;tre ce point de contact entre touch&#233; / touchant, &#233;prouvant / &#233;prouv&#233;, &#234;tre transform&#233; tout en agissant pour l'&#234;tre : l'exp&#233;rience exige un certain &#233;tat de disponibilit&#233; (passivit&#233;) et de de vigilance, d'&#234;tre aux aguets (activit&#233;) : &#233;tat d'&#233;coute flottante. Surtout, elle oblige &#224; se situer &#224; un autre plan que sur le plan de transcendance du sens &#8212; mais vers l'immanence d'un sens ouvert ; voire se d&#233;placer vers le registre de l'intensit&#233;, o&#249; le sens n'est pas signification, mais &#233;preuve encore, seuils successifs, sursauts d'&#234;tre : naissance de quelque chose qu'on ne peut nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;preuve est longue et lente, et c'est le second antidote, la seconde puissance critique de l'opacit&#233; po&#233;tique dans ses enjeux historiques et politiques : c'est qu'elle &lt;i&gt;retient&lt;/i&gt; quelque chose du sens, dans le temps et l'espace. Elle ne se d&#233;livre pas dans l'imm&#233;diatet&#233;, mais fabrique du temps. C'est un commerce &#8211; un &#233;change &#8211;, mais au sein d'une circulation non fluide : commerce du temps par r&#233;tention, marchandage du sens, facult&#233; &#224; tenir, &#224; maintenir en suspens la r&#233;v&#233;lation du sens, sa consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, contre le monde &#224; &#171; flux &#187; (tendu), fluide, donn&#233; comme imm&#233;diat, direct, l'opacit&#233; cr&#233;e de l'&#233;paisseur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Penser, c'est faire des &#233;paisseurs &#187;, Deleuze&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la mati&#232;re m&#233;diate, indirecte / lente / longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Note sur l'usage de la pens&#233;e deleuzienne : le penseur Andrew Culp d&#233;fend dans &lt;i&gt;Dark Deleuze&lt;/i&gt; l'id&#233;e pol&#233;mique que la pens&#233;e radicale de Gilles Deleuze a perdu son potentiel de r&#233;sistance au pr&#233;sent. Ces concepts cr&#233;&#233;s pour combattre le capitalisme &#8211; geste de la cr&#233;ation, affirmation joyeuse et du rhizome &#8211; ont &#233;t&#233; recycl&#233;s dans des slogans publicitaires qui affirment all&#232;grement que : &#171; Le pouvoir est vertical ; le potentiel horizontal ! &#187; Culp travaille &#224; retrouver la n&#233;gativit&#233; oubli&#233;e de Deleuze, et pour cela vient en perturber la lecture dominante afin d'en mieux r&#233;v&#233;ler un r&#233;seau souterrain de conspiration, de cruaut&#233;, de terreur de l'ext&#233;rieur et de la honte d'&#234;tre humain. &#171; Il s'agit de raviver ainsi l'opposition &#224; ce qu'il y a d'intol&#233;rable dans ce monde. Un Deleuze r&#233;volutionnaire pour notre monde digital, de bonheur compulsif, de contr&#244;le d&#233;centralis&#233; et de surexposition. &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience de l'opacit&#233; est-elle pour autant critique ? Est-ce parce qu'on fonctionne diff&#233;remment du monde dominant qu'on agit contre lui ? Par ailleurs, un tel contre-chant est-il n&#233;cessaire adosser au chant dominant ? En somme, l'&#339;uvre de Gabily conteste-t-elle le pouvoir ? Elle para&#238;t plus ambigu&#235; et retorse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours : on exige des &#339;uvres qu'elle soit politique, c'est-&#224;-dire critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ces injonctions &#224; la politique, voir O. Neveux, Contre le th&#233;&#226;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Deux mots qui neutralisent, &#233;puisent, instrumentalisent. Gabily, critique, mais de quoi ? Ambig&#252;e, l'&#339;uvre le serait non au sens o&#249; elle maintiendrait tout, dominant et domin&#233;, dans un &#233;tat de certitude qui les confond. Non : mais par l'exp&#233;rience de lecture qui vise &#224; s'emp&#234;cher tout confort d'installation dans le choix assur&#233; de son camp, il relance la vigilance, fait du trouble un espace de regard, un poste d'observation qui permet la destabilisation. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'en tout point l'&#339;uvre se fonde sur la haine du pouvoir satisfait de lui-m&#234;me (le pouvoir est toujours une sorte de bouffonnerie, ridicule, un th&#233;&#226;tre qui se nourrit de son obsc&#233;nit&#233;) - et se place du c&#244;t&#233; des faibles et des domin&#233;s, des fragiles et des vuln&#233;rables : non pour &#233;tablir une justice, mais pour lutter contre l'injustice que les plus faibles subissent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le &#171; Prologue &#8211; Sur le th&#233;&#226;tre &#187;, de Lalla, qui pourrait en &#234;tre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique qu'op&#232;re une telle &#339;uvre &#8212; par son illisibilit&#233; &#8212; r&#233;side bien dans l'exp&#233;rience qu'elle nous fait traverser : qui n'est pas tant une exp&#233;rience &#171; contre &#187;, qu'une exp&#233;rience &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; : nous constatons par elle qu'il existe une autre mani&#232;re d'&#233;prouver le temps et l'espace ; que le monde n'est pas homog&#232;ne, un, sans alternative : l'&#339;uvre de Gabily ne propose pas tant un mod&#232;le, ou un projet &#224; rejoindre, qu'une fa&#231;on de vivre l'existence comme un intervalle permettant au moins de se prouver que le monde n'est pas comme &#171; l'air que l'on respire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; There Is No Alternativ &#187;&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que lui non plus ne va pas de soi. D&#232;s lors, il peut faire se lever le d&#233;sir d'une autre mani&#232;re de vivre, ou tout du moins d'un manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, un danger se loge dans une telle position : que cette autre mani&#232;re de vivre soit indolore pour le monde &#8212; et que le th&#233;&#226;tre soit ce refuge complaisant dans lequel s'abriter. Ainsi s'agit-il de tout faire pour ne pas installer le th&#233;&#226;tre comme cet abri / ce refuge : plut&#244;t le fabriquer comme cette fa&#231;on de s'exposer au m&#234;me moment o&#249; il expose. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'inqui&#233;ter le lieu lui-m&#234;me o&#249; ce th&#233;&#226;tre se dresse, pour emp&#234;cher le th&#233;&#226;tre d'&#234;tre cet espace privil&#233;gi&#233;, pr&#233;serv&#233;, confortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une seule mani&#232;re pour cela : rendre le th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;insoutenable&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De l'insoutenable : Puissances th&#233;&#226;trales de l'anti-th&#233;&#226;tre&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'autre puissance de l'opacit&#233; &#8211; cette autre mani&#232;re d'attaquer le th&#233;&#226;tre : que le th&#233;&#226;tre n'aille pas de soi, qu'il n'est soit le lieu que de l'illusion de l'authentique pr&#233;sence et v&#233;rit&#233; de l'imm&#233;diatet&#233;. Car le th&#233;&#226;tre pourrait bien &#234;tre l'espace possible de naufrage s'il &#233;tait analogue au monde, domin&#233; de la m&#234;me mani&#232;re que le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pour Bernard Dort, la langue de D.-G. Gabily est &#171; difficilement soutenable &#187;, et force le th&#233;&#226;tre &#224; trouver des moyens (th&#233;&#226;traux) d'&#234;tre soutenu. &#171; Ce qui ne peut se dire il faut encore le dire &#187;, disait l'une des voix de &lt;i&gt;Cercueils de Zinc&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insoutenable, c'est l'autre effet de r&#233;ception : non seulement on comprend peu (le non sens brutalise le sens), mais ce qu'on voit brutalise m&#234;me, hors signification, tout ce qu'on peut penser et ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'illisible est d'abord narrative : elle tient &#224; l'insoutenable logique du sens quand le r&#233;cit n'est soutenu par rien, il est litt&#233;ralement insoutenable. D&#232;s lors, que lit-on ? Une histoire (en attente d'histoire), sans ce qui fonde l'histoire. On est ainsi comme au-dedans d'une histoire, et sans dehors. Quelque chose passe, bien s&#251;r. On per&#231;oit une circulation de douleurs, de manque, de violences &#8212; comme si elles allaient de soi et qu'il ne s'agissait pas d'en parler, de justifier pourquoi on en parlerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se joue l'autre niveau de l'insoutenable : non plus dans le champ de la po&#233;tique (de la narratologie), mais dans ce qui vient &#224; la place du r&#233;cit : une violence pos&#233;e sur la surface du monde et du texte. La violence, comment la d&#233;finir ? Comme le contraire du sens, mais aussi comme la quintessence de la vie : un point d'incandescence du r&#233;el, pour le dire avec Milo Rau (ce qu'il y a de plus r&#233;el dans le r&#233;el, c'est la violence). La violence ne serait pas seulement une brutalit&#233; exerc&#233;e contre quelqu'un &#8211; contre sa volont&#233; &#8211;, mais serait aussi le plus haut degr&#233; d'intensit&#233;, exc&#232;de tout langage et toute raison. La raison se d&#233;finissait dans la pens&#233;e antique comme le nouage de la parole et de la pens&#233;e (logos d&#233;signait nos deux mots), ici, quelque chose c&#232;de dans la rationalit&#233; qui se loge dans l'indicible. Une articulation singuli&#232;re et paradoxale se forge entre la brutalit&#233; qui ali&#232;ne, et quelque chose qui s'&#233;chappe du sens, et s'en lib&#232;re. Pour se d&#233;faire de cette articulation, de sa confusion, il faudrait s&#233;parer pour mieux distinguer deux violences, car selon qui l'inflige, elle n'est pas de m&#234;me nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte de Jean Genet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paru dans Le Monde, le 2 Septembre 1977, Jean Genet affronte ce paradoxe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux violences se font ainsi face, deux pouvoirs : la violence (fasciste et ordinaire) du pouvoir face au pouvoir (r&#233;volutionnaire et &#233;mancipateur) de la violence inflig&#233;e par ceux &lt;i&gt;qui n'ont pas&lt;/i&gt; le pouvoir. Deux pouvoirs, ou deux mani&#232;res diff&#233;rentes d'exister et de faire l'exp&#233;rience de son corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'&#339;uvre r&#233;cente d'Edouard Louis par exemple.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la sc&#232;ne de Gabily, s'exposent des corps violent&#233;s, souffrants et brutalis&#233;s qui exposent une chair qui nous semble insoutenable. Mais l&#224; encore, cette violence est moins image du monde (complaisance &#224; lui), que produit par les violences du monde (situ&#233; donc face &#224; ce monde). Les violences sont autant un effet de lecture qu'une source de l'&#233;criture, dans un mouvement qui vise &#224; nous arracher par la seconde &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de la violence ouvre ainsi au processus d'&#233;criture et &#224; la question fondatrice et fondamentale : qu'&#233;crit-on ? Un texte &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; un monde que le texte vient &#233;crire. &#192; la violence du monde r&#233;pondrait donc la violence du texte non pour le valider que pour lui faire violence, montrer son image et son processus, et le traverser. Se trace par l&#224; l'enjeu de la vengeance : celui du recouvrement par de la convocation, de l'exorcisme par la d&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inscrit l&#224; la fonction de l'obsc&#232;ne dans ce th&#233;&#226;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Enfon&#231;ures, p. 14&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'obsc&#232;ne a trait n&#233;cessairement &#224; la th&#233;&#226;tralit&#233; : il est une certaine fa&#231;on d'&#234;tre sur sc&#232;ne, jet&#233;. Il viendrait de l'oiseau des augures qui vient du mauvais c&#244;t&#233; (du ciel). Il prend corps dans ce th&#233;&#226;tre dans des figures du th&#233;&#226;tre et de l'Histoire puisqu'il s'agit des vaincus, des victimes violent&#233;s par l'histoire. Ce n'est ainsi pas le th&#233;&#226;tre qui est obsc&#232;ne, mais le monde (et ce qu'il inflige &#224; la plupart) &#8212; ce qui est obsc&#232;ne, &lt;i&gt;jet&#233;&lt;/i&gt; devant nous, c'est litt&#233;ralement le r&#233;el par le crachat des &lt;i&gt;informations&lt;/i&gt;, journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, nouvelles d&#233;livr&#233;es &lt;i&gt;en temps r&#233;el&lt;/i&gt; et sit&#244;t obsol&#232;te, et qui ne racontent rien du monde, ne disent rien pour lui, de lui. &#171; Si mon th&#233;&#226;tre sent mauvais, c'est parce que l'autre sent bon &#187;, disait Genet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire donc de l'obsc&#233;nit&#233; du monde ? La montrer. Le plateau se l&#232;ve comme le &lt;i&gt;mauvais&lt;/i&gt; c&#244;t&#233; du monde, le c&#244;t&#233; &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt; (le sinistre, par opposition au dextre) : sinistre apparition du langage et des monstres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La crise consiste justement dans le fait que l'ancien monde se meurt et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce th&#233;&#226;tre ne cache rien du monstruosit&#233;, ne mystifie pas, n'esth&#233;tise pas : ou plut&#244;t : l'esth&#233;tisation consiste &#224; d&#233;voiler, par exc&#232;s, ce que le monde esth&#233;tise, en amenuisant.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;farces&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Farces / d&#233;risions / gravit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re puissance d'opacification se joue dans cette &#339;uvre : celle qui consiste &#224; rendre illisible la r&#233;ception m&#234;me de ce qu'on &#233;prouve &#224; l'endroit terrible du rire et des larmes &#8212; en cela r&#233;side la force dramatique par excellence. Il s'agit d'une zone d'incertitude entre tragique et comique, qu'on peut nommer, faute de mieux, la farce. On ne sait pas si ce qu'on voit est d&#233;risoire ou grave ; ridicule ou glorieux, et ce n'est pas seulement parce que ce sont les deux &#224; la fois, mais parce que l'espace o&#249; cela se joue met en question la possibilit&#233; de la distinction de rien et du s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est peut-&#234;tre dans cette puissance farcesque de l'&#233;criture que r&#233;side le devenir politique de cette &#339;uvre. C'&#233;tait d&#233;j&#224; l'intuition de Marx : l'histoire se r&#233;p&#232;te deux fois : &#171; La premi&#232;re fois comme une trag&#233;die, la seconde fois comme une farce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois ? Peut-&#234;tre se joue-t-il dans le th&#233;&#226;tre de Gabily un processus propice &#224; des renversements permanents, ou plut&#244;t l'inscription de moments toujours susceptibles de subir des renversements possibles. M&#234;me quand la sc&#232;ne n'est pas tout &#224; fait farcesque, elle semble toujours sur le point de le devenir &#8212; et ainsi, ce devenir potentiel attaque toute assertion dans son pr&#233;sent, ne garantit aucune position ferme. Ce serait l&#224; que ce th&#233;&#226;tre op&#232;rerait : un brouillage de toute fixit&#233; vers la bascule d'un devenir sans terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception marxiste de l'Histoire, toute figure tragique reviendra sous la forme d'une d&#233;chirante com&#233;die &#8212; ce serait l&#224; le propre du spectre qui hante&#8230; &#8212;, or l'histoire est pour Gabily en tant que telle une hantise : sa propre hantise qui l'emp&#234;che d'atteindre sa fin. La fin de l'histoire &lt;i&gt;n'existe pas&lt;/i&gt;, puisque c'est toujours le commencement qui revient et va en relancer sa puissance d'engendrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au c&#339;ur de cette incertitude, entre farce et tragique, que repose l'onirisme gabilien &#8212; autant dire, ici, le cauchemar. Cet onirisme est moins une enveloppe de sensation qu'un puissant affect politique qui mobilise le corps en tant qu'il &lt;i&gt;travaille&lt;/i&gt; la peur, via &lt;i&gt;l'attente &lt;/i&gt; : la peur, parce qu'elle suscite l'inqui&#233;tude de ce qui va arriver, devient ici la machine &#224; fictions. C'est comme si le &lt;i&gt;d&#233;lire&lt;/i&gt; ouvrait une br&#232;che dans l'histoire en d&#233;livrant du &lt;i&gt;non-sens,&lt;/i&gt; il nous d&#233;livrerait de la l&#233;gislation coercitive sens, et ouvrirait aux possibles aberrants, toujours possiblement autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de ces &#233;chapp&#233;es aberrantes, au croisement du cauchemar et de la lib&#233;ration, du d&#233;lire et de tous les possibles reposerait sur ce qu'on pourrait appeler l'esth&#233;tique du clown. Non qu'il y aurait des personnages de clown, mais l'on pourrait faire l'hypoth&#232;se que &lt;i&gt;chaque personnage porte son clown&lt;/i&gt;. Le clown, c'est-&#224;-dire cette figure de l'instant qui viendrait sans pass&#233; ni futur, mais dans lequel se jouerait des bascules possibles entre tous les registres, jusqu'&#224; menacer la fixit&#233; du sens et du temps, de l'espace et de l'histoire comme orientation vers un incertain progr&#232;s. En ce sens pourrait-on concevoir le r&#244;le du burlesque (soit le traitement bas d'un sujet haut) comme puissance d'engendrement de l'histoire non pour s'en moquer, mais pour la rendre possible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;lyrismes&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Langues : lyrismes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les figures de ce th&#233;&#226;tre sont &lt;i&gt;sinistres&lt;/i&gt;, c'est &#8212; on l'a dit &#8212; du point de vue de l'espace sc&#233;nique autant que de la place qu'elles occupent dans l'ordre du monde : elles parlent depuis &lt;i&gt;le mauvais c&#244;t&#233; du monde&lt;/i&gt; et de l'Histoire : mais parlent quelle langue ? Il semblerait qu'elles parlent une m&#234;me langue, mais une langue faite de mille autres, qui puisent davantage dans la col&#232;re de Garnier que dans l'&#233;quilibre de Racine, tram&#233;e dans le m&#233;tissage des langues orales, populaires &#8212;rurales &#8212; travaill&#233;es, rehauss&#233;es, bless&#233;es par la langue litt&#233;raire : et de part et d'autre, on ne sait plus si c'est la langue haute qui est attaqu&#233;e par la parlure quotidienne, ou si c'est le langage quotidien qui est contamin&#233;e par le lyrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;diffuse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La langue diffuse&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur, il y aurait comme une tentation lyrique &#8212; si le lyrisme n'est plus la qu&#234;te d'un &#233;moi central, mais puissance de diffusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur cet aspect les travaux de Jean-Michel Maulpoix&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis Nerval, on sait ainsi que ce que recherche le &lt;i&gt;je&lt;/i&gt; n'est plus la solidit&#233; d'une assise subjective, mais des hypoth&#232;ses de soi qui sont endoss&#233;es et sit&#244;t abandonn&#233;es. C'est par diffusion que le &lt;i&gt;Je&lt;/i&gt; se d&#233;finit d&#233;sormais, sous les oripeaux en lambeaux d'attributs du sujet d&#233;faits, en charpies, &#224; l'image d'un monde en ruines dont il est la projection &#8212; autant que le monde devient l'aspect projet&#233; de ce sujet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je suis le T&#233;n&#233;breux, &#8211; le Veuf, &#8211; l'Inconsol&#233;, / Le Prince d'Aquitaine &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puisque &#171; je suis l'autre &#187; depuis Rimbaud (dont l'autre version &#171; je est un autre. &#187;, rend moins bien compte de la r&#233;volution rimbaldienne), il s'agit de devenir toujours autre chose que soi, l'autre, peut-&#234;tre, qui ne sera que l'espace transitoire du sujet en qu&#234;te d'autres encore, et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lyrisme de Gabily para&#238;t cette facult&#233; non centralis&#233; de se d&#233;sorganis&#233;e, sorte force de d&#233;centrement qui, paradoxalement, est une loi d'organisation. Par l&#224; peut-on comprendre l'usage de langues multiples en divers endroits : la parole est un d&#233;p&#244;t stratifi&#233;s de langage s&#233;diment&#233;e par des usages, des temps, des espaces et des registres divers, qui remontent &#224; la surface le temps de la prof&#233;ration. De l&#224; aussi l'effet produit par cette diffusion depuis des lieux d'&#233;nonciation h&#233;t&#233;rog&#232;ne sur le spectateur : ces voix nombreuses viendront percuter les nombreuses mani&#232;res de l'entendre. De fait, c'est une langue qui s'entend mal &#8212; et si &#171; on n'entend mal le texte &#187;, c'est au profit du &#171; mal &#187;, au sens o&#249; ces frottements des langues viennent pr&#233;cis&#233;ment entamer la beaut&#233; lisse d'un langage de la ma&#238;trise. Le langage stri&#233; de Gabily, faite aussi de d&#233;hanchement, de b&#233;gaiement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je d&#233;sire non pas parler de moi, mais &#233;pier le si&#232;cle, le bruit et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de d&#233;sinvolture, d'obsc&#233;nit&#233; m&#226;tin&#233;e de splendeurs vient salir cette usage domin&#233; de la langue pour mieux le renvoyer &#224; l'ordre de la domination qu'il reconduit. &#171; Si mon th&#233;&#226;tre pue, c'est que l'autre sent bon &#187;, disait Jean Genet. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; dire quelque chose au monde oblige &#224; en dire simultan&#233;ment diff&#233;rentes choses !&lt;br class='autobr' /&gt; =&gt; Choisir un lieu d'origine de la languie, ou une mani&#232;re de parler, c'est tomber dans l'id&#233;ologie morale &#8212; la pauvret&#233; (et c'est &#234;tre pris comme dans la toile pi&#233;geuse du monde) (d'en &#234;tre une de ces voix) (or, il s'agit d'&#234;tre une voix &#224; c&#244;t&#233;, ou s&#233;par&#233;e de lui)&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; multiplier ces lieux simultan&#233;s, voire contradictoires : c'est l&#224; sa force th&#233;&#226;trale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#233;&#226;tre existe au moment o&#249; coexiste dans un corps plusieurs langue &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me (= on est d'ailleurs tiss&#233; de ces langues) = langue lyrique / quotidienne / norm&#233;e / genr&#233;e / mythique / h&#233;rit&#233;e / invent&#233;e&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;a id=&#034;fragilit&#233;s&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Force et fragilit&#233; de la langue&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note sur devenir mineur de la langue Gabilienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;=&gt; devenir mineur : &#171; une litt&#233;rature mineure n'est pas celle d'une langue mineure, plut&#244;t celle qu'une minorit&#233; fait dans une langue majeure &#187; (D/G : 29)&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Mineur ne qualifie plus certaines litt&#233;ratures, mais les conditions r&#233;volutionnaires de toute litt&#233;rature au sein de ce qu'on appelle grande (ou &#233;tablie). Mais celui a le malheur de na&#238;tre dans le pays d'une grande litt&#233;rature doit &#233;crire dans sa langue : &#233;crire comme un chien fait son trou, un rat qui fait son terrier. Et pour cela, trouver son propre patois, son tiers-monde &#224; soi, son d&#233;sert &#224; soi. &#187; (33)&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; &#202;tre dans sa propre langue comme un &#233;tranger &#187; (48) &#171; devenir le nomade et l'immigr&#233; et le tsigane dans sa propre langue &#187; (50)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier caract&#232;re de la litt&#233;rature minoritaire, c'est celui d'affecter la langue d'un fort coefficient de d&#233;territorialisation : &#171; L'allemand de Prague est une langue d&#233;territorialis&#233;e, propre &#224; d'&#233;tranges usages mineurs. (Dans un autre contexte aujourd'hui, ce que les Noirs, peuvent faire avec l'am&#233;ricain) &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; =&gt; &#233;tranger la langue / exhiber une litt&#233;rarit&#233; excessive de la langue&lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me caract&#232;re de la litt&#233;rature mineure, c'est que tout y est politique. C'est le branchement de l'individu sur l'imm&#233;diat-politique. Je cite D/G. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans les grandes litt&#233;ratures l'affaire individuelle (familiale, conjugale) tend &#224; rejoindre d'autres affaires non moins individuelles, le milieu social servant d'environnement et d'arri&#232;re-fond. (...) La litt&#233;rature mineure est tout &#224; fait diff&#233;rente : son espace exigu fait que chaque affaire individuelle est imm&#233;diatement branch&#233;e sur la politique. (...) C'est en ce sens que le triangle familial se connecte aux autres triangles, commerciaux, &#233;conomiques, bureaucratiques, juridiques, qui en d&#233;terminent les valeurs&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le troisi&#232;me (et dernier) caract&#232;re de la litt&#233;rature mineure, c'est que tout prend une valeur collective. Il s'agit de &#171; l'agencement collectif d'&#233;nonciation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;fabuleuse&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;La langue fabuleuse &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail sur la langue se d&#233;ploie sur tout le reste : &lt;br class='autobr' /&gt; - s'affronte sur la m&#234;me pi&#232;ce toute sorte de formes de langage : didascalies, description, po&#232;mes, chansons, dialogues, monologues&lt;br class='autobr' /&gt; - y-a-t'il une ou plusieurs dramaturgies dans la dramaturgie Gabilienne ? (Confrontation &#233;pique (d&#233;monstration de la fable) / lyrique (subjectivit&#233; en prise avec elle-m&#234;me) / dramatique (porte sur l'action))&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui emporte ces langues, c'est la fable &#8212; il y a toujours une histoire, une fable qui structure et charrie les langues : pas de paroles lev&#233;es verticalement pour elle-m&#234;me, mais dans une direction (laquelle ?)&lt;br class='autobr' /&gt; &gt; seulement la fable est interrompue, s&#233;quenc&#233;es, relanc&#233;es, trou&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tous les auteurs que l'histoire int&#233;resse hautement, c'est une mani&#232;re de raconter l'histoire qui est bris&#233;e (une mani&#232;re lin&#233;aire, o&#249; la cause devient l'origine) : non, ici, l'origine est pos&#233;e comme s&#233;par&#233;e de la cause, d'o&#249; de b&#233;ances dans l'histoire, des suspensions, des reconstructions imaginaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent : la fable rel&#232;ve d'un aveu, qui rem&#233;more ou ressasse un pass&#233; traumatique &#8212; et qui (peut-&#234;tre) le r&#233;invente, ou le r&#233;agence, ou le d&#233;place. &lt;br class='autobr' /&gt; D'o&#249; une langue de l'auto-correction permanente : un langage de l'&#233;panorthose&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui affecte la langue et le r&#233;cit touche le corps aussi : il n'est pas homog&#232;ne, ni limit&#233; par lui-m&#234;me : il est fabriqu&#233; de mille autre que lui, qu'il essaie sur lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi le th&#233;&#226;tre est le lieu privil&#233;gie de la po&#233;tique Gab&#233;lienne : car ce corps fait d'autre &#224; un fr&#232;re d'armes : l'acteur quand il joue. L'acteur apporte au r&#244;le ses langues, qui viennent d'ailleurs que du r&#244;le ; lui-m&#234;me poss&#232;de des langues venues d'horizons diff&#233;rents, d'exp&#233;riences diff&#233;rentes, de pass&#233;s (v&#233;cus, ou historiquement ramen&#233; ici et en lui) : le th&#233;&#226;tre n'est plus le lieu de l'homog&#233;n&#233;isation des langues, mais de la mise en fonctionnement de ce plurilinguisme diffract&#233;, o&#249; l'acteur est comme l'autre comme il &#233;crit avec les mots de Garnier ou de M&#252;ller : et que ces langues sont jet&#233;s au m&#234;me endroit, et m&#234;me en m&#234;me temps, se jetant les unes sur les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le XVII a massacr&#233; les autres langues pour les fondre dans un alexandrin parl&#233; litt&#233;ralement par personne et tout le monde, il s'agit en retournant &#224; Robert Garnier, de retrouver le flux des langues mortes, de renouer avec le d&#233;sordre d'avant l'ordre classique et policier, acad&#233;mique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de Gabily est une sorte de terreau ou de sillon (racine du mot vers) charri&#233; par des torrents de boue. Travail de faire remonter ces mots morts, refoul&#233;, perdus &#8211; travail d'arch&#233;ologue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donner corps &#224; cette pluralit&#233; et donner une sorte d'unit&#233; plurielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le est un champ de force travers&#233; par des langues autres, un faisceau de multiplicit&#233; fulgurantes, d&#233;bordantes, tissant les langages les unes avec les autres : il n'est pas dit que la langue dite populaire ne soit pas moins riche que les langues savantes ou po&#233;tiques de Racine ou de Saint-Simon.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;conclusion&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;En forme de conclusion provisoire : Histoire et mythe : &#233;criture de la r&#233;&#233;criture&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&#171; Courage du th&#233;&#226;tre &#224; &#234;tre intempestif quand il observe son temps, quand il nous regarde &#187; (Tackels)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le contemporain est celui qui re&#231;oit en plein visage le faisceau de t&#233;n&#232;bres qui provient de son temps [&#8230;] C'est comme si cette invisible lumi&#232;re qu'est l'obscurit&#233; du pr&#233;sent projetait son ombre sur le pass&#233; tandis que celui-ci, frapp&#233; par ce faisceau d'ombre, acqu&#233;rait la capacit&#233; de r&#233;pondre aux t&#233;n&#232;bres du moment &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(G. Agamben-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tension entre drame ordinaire et r&#233;f&#233;rences aux mythes (h&#233;ro&#239;-tragique ou burlesque ?) pour quoi ? Pour d&#233;voiler de quoi sont faits l'arch&#233;type de nos lois, de nos ordres, de nos violences, de nos pouvoirs &#8212; et un d&#233;gager un principe g&#233;n&#233;ral : que toute grandeur porte sa salet&#233; aussi. Et surtout : Qu'on est toujours en temps de guerre : soi m&#234;me gibier et chasseur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Besoin d'histoires anciennes pour mieux vivre notre pr&#233;sent : mieux le voix. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nature de la relation avec le pass&#233; : un dialogue / un &#233;change (dans tous les sens du terme) : rapport th&#233;&#226;tral avec l'Histoire &#8212; dialogue fait d'accueil et violence, d'hostilit&#233;. Il ne s'agit pas de comprendre le pass&#233;, mais de prendre des nouvelles de nous, &#224; travers lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a donc pas de tabula rasa : mais reprise, r&#233;p&#233;tition : remise sur l'&#233;tabli. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de page blanche : une page noircie d&#233;j&#224; et trop obscure. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Histoire ne propose pas de r&#233;ponse : mais formule des questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gabily d&#233;roge &#224; un certain th&#233;&#226;tre de son temps, apr&#232;s Beckett, qui irait vers l'&#233;puisement (cf. Dominique Rabat&#233;) : vers une rar&#233;faction des mots. AU contraire : surcharge est une mani&#232;re de convoquer le pass&#233;, de renouer&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
En cela, Chim&#232;re n'est pas une pi&#232;ce sur Dom Juan, ou d'apr&#232;s, mais apr&#232;s Dom Juan. Comme Gibiers du temps n'est pas une pi&#232;ce sur Ph&#232;dre, encore moins l'actualisation du mythe : pas de parodie, mais une fa&#231;on de se d&#233;faire du mythe, une mani&#232;re de vouloir lui r&#233;gler son compte : le reprendre pour l'achever, y mettre fin. Mais sachant qu'on n'y mettra fin que provisoirement, le temps du th&#233;&#226;tre : et pour cela l'habiter, th&#233;&#226;tralement. Donc le faire vivre. Non une posture historique ou philosophique, mais &#233;thique : l'accueil et la mise &#224; mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gabily prolonge le geste de Brecht : reprendre l'histoire sans tomber dans le pi&#232;ce de l'actualisation, ou de la modernisation : refuser la variation sur un th&#232;me connu, l'adaptation aux gouts de son temps. On convie les figures anciennes qui continuent, puisqu'elles nous travaillent encore. Puisqu'elles nous hantent. Ces hantises du pass&#233; ne cessent de revenir au pr&#233;sent parce qu'ils n'en ont pas fini avec la vie, comme un fant&#244;me. Ulysse, Dom Juan, Ph&#232;dre n'arrivent pas &#224; mourir, et poursuivent leurs formes d'existence sur le th&#233;&#226;tre de Gabily ; ils ne sont pas ses cr&#233;atures, ils sont ces figures avec lesquelles il se bat : avec lesquelles l'Europe de la fin du XXe s se bat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Figure de la monstruosit&#233;, de la violence qui ali&#232;ne, font leur sale besogne : figures du pouvoir qui &#233;crase contre les figures qui peuvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Gibiers du temps&lt;/i&gt;, Ph&#232;dre &#224; 2400 ans et continue de f&#234;ter rituellement la mort de l'homme qu'elle a aim&#233; et qu'elle a sacrifi&#233;. &#192; chaque anniversaire de sa mort, n elle sacrifie un jeune enfant, gibier de l'ann&#233;e rabattu par ses fils : elle n'en finit pas de se vautrer dans son orgueil, dans son amour qui tue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Chim&#232;re&lt;/i&gt;, Dom Juan a &#233;puis&#233; son d&#233;sir, et son servant (le th&#233;&#226;tre) tente d'en raviver la flamme : et le th&#233;&#226;tre d'&#233;masculer peu &#224; peu cette figure qui meurt par o&#249; elle a v&#233;cu et domin&#233;. (Vengeance du th&#233;&#226;tre)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mythe charrie des d&#233;pouilles, des &#233;clats (comme apr&#232;s l'explosion d'une grenade : par fragmentation lente) qui sont &#233;pars devant nous, dont le sens lui-m&#234;me : est &#233;clat&#233;, &#233;gar&#233;, non parce qu'il serait cach&#233; ou manquant, mais parce qu'il est partout, mais d&#233;chir&#233;. Comme un verre de miroir bris&#233;, qui r&#233;fl&#233;chi un reflet divis&#233;, &#233;pars.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les figures du mythe, il en est une, plus que tout autre : politique et mystique : la figure de la pythie : qui a vu et voit, et qui d&#233;lire et dont le d&#233;lire est satur&#233; de sens et pour cela illisible, inou&#239;. On vient la voir, on l'interroge, elle parle la v&#233;rit&#233;, et la v&#233;rit&#233; s'&#233;chappe &#224; mesure qu'elle se dit dans les fum&#233;es du songe. Le th&#233;&#226;tre de Gabily poss&#232;de peut-&#234;tre cette fonction et ce fonctionnement : th&#233;&#226;tre pythique. Figure qui s'incarne diff&#233;remment dans chaque pi&#232;ce, voix qui exc&#232;de la voix humaine mais qui la porte, qui l&#232;ve la voix, qui ravit et qui ravit en premier lieu la raison. Dans Violences, c'est la ravie : c'est, au-del&#224;, l'acteur, cet &#234;tre par qui parle autre chose, mais dont la chose ne peut parler que par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Mythe et r&#233;cits&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans une d&#233;chirure : un monde tiss&#233; dans le mythe mais qui s'est d&#233;fait du mythe le plus structurant : celui qui rend possible tous le mythe : le mythe de la possibilit&#233; du mythe, le mythe de l'Histoire, celui des grands r&#233;cits, qui n'est plus qu'un mythe, au sens de mensonge et illusion fun&#232;bre. &lt;br class='autobr' /&gt;
On serait pass&#233; du mythos au logos : de l'horizon d'un r&#233;cit &#224; la transcendance de paroles et de rationalit&#233; r&#233;duite &#224; un pragmatisme d&#233;shumanis&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gabily refuse ce passage, se tient dans ce lieu de passage : dans cette d&#233;chirure : plus de grands r&#233;cits, et seulement des mythes pour dire qu'il n'y en a plus. Ou qu'il reste &#224; trouver, dans l'&#233;clat, la brisure des mythes anciens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gabily tient d'autant plus au mythe qu'il est une forme possible de f&#233;condation : non pas forme qui emprisonne l'esprit dans un archa&#239;sme ou dans des illusions, mais parce qu'il est la formule condens&#233; d'une violence non-r&#233;concili&#233;e : que c'est &#224; cette violence qu'il faut rendre gorge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#232;re de la figure de la pythie, il existe une silhouette essentielle dans le th&#233;&#226;tre de Gabily qui peut rassembler ce geste, le ramasser : c'est celle du laiss&#233; pour compte, du sans-voix, de la victime, du mineur : un reste d'humanit&#233; que l'humanit&#233; majeur a d&#233;laiss&#233; : c'est la figure du fou, du mendiant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, &#233;crit Walter Benjamin : &#171; Tant qu'il y aura un mendiant, il y aura un mythe &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mendiant n'est pas pris dans le processus civilisateur de la vie polic&#233;e, r&#233;glement&#233;e, ali&#233;n&#233;e : d&#233;sensauvag&#233;e. Le mendiant est &#224; cet &#233;gard le sur-voyant, celui qui sait, qui a les mots que personne ne peut accepter ou entendre. C'est la figure de l'auteur aussi, qui mendie les mots, les exp&#233;riences, les ramasse, fabrique une cigarette avec des m&#233;gots, des voix avec des rythmes arrach&#233;es ici ou l&#224;, des pi&#232;ces avec des morceaux : th&#233;&#226;tre qui rapi&#232;ce, qui met en pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce au juste que l'aura ? Un tissage &#233;trange d'espace et de temps : l'unique apparition d'un lointain, si proche soit-elle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien s&#251;r, le d&#233;sespoir : l'&#339;uvre de Gabiluy en t&#233;moigne, le dit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une fa&#231;on d'accepter la d&#233;faite ? Ou d'organiser le pessimisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout, une mani&#232;re de ne pas se voiler la face : pour l'heure, c'est le temps de la d&#233;b&#226;cle, du triomphe du puissant qui &#233;crase. Ecrire l'inverse serait l&#226;che, serait honteux et ind&#233;cent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ne pas se vautrer dans l'&#233;chec. Engager la bataille depuis la d&#233;faite, en t&#226;chant de nommer l'humiliation, la faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je parle dans la col&#232;re &#187; : lyrisme de d'Aubign&#233; : de Gabily. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je parle dans la catastrophe, dans ce qui est d&#233;fait et qui nous entoure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecriture contre la paix civilisatrice qui met &#224; mort, qui fait taire, qui att&#233;nue : donc, faire la guerre &#224; la paix, mais pas une guerre comme ceux qui la font et la m&#232;ne, faire la guerre aux mots m&#234;mes qui disent que la paix est civilisatrice. Engager la lutte dans l'imaginaire d'abord, parce que c'est l'appui par o&#249; serait possible d'autres inventions de monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc : montrer les guerres insidieuses de nos temps de &#171; paix &#187;. (La lutte des classes existe et c'est mon camp qui est en train de la gagner &#187; &#8211; Warren Buffet)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Th&#233;s&#233;e est le fondateur mythique de la cit&#233;, il est aussi chasseur, conqu&#233;rant, tueur. Sa route est jonch&#233;e de cadavres. C'est un bourreau et pas seulement des c&#339;urs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si tout le monde est victime dans ce th&#233;&#226;tre, tous ne sont pas innocents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faire la guerre &#224; la paix : d&#233;truire ce qui d&#233;truit, et par l&#224;, rendre possible le d&#233;sir de construire d'autres mondes qui ne seraient pas fond&#233;s sur la s&#233;paration et l'ali&#233;nation aux pouvoirs, mais qui feraient du pouvoir l'arme de ceux et celles qui peuvent d&#233;chirer leur d&#233;chirure. Ligne de renversement et de chemin de cr&#234;te, comme l'&#233;voque la fin du &lt;i&gt;Caract&#232;re destructeur&lt;/i&gt; de Walter Benjamin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quelques exemples de ces &#233;nonc&#233;s : &lt;br /&gt;&#8212; &#171; En pleine crise financi&#232;re des subprimes, le pr&#233;sident Nicolas Sarkozy, dans une lettre du 16 ao&#251;t 2008 adress&#233;e &#224; Angela Merkele, appelait &#224; veiller &#224; &#171; la transparence du fonctionnement des march&#233;s &#187;. &lt;br /&gt;&#8212; &#171; Une transparence accrue, tant de la politique &#233;conomique que des donn&#233;es concernant l'&#233;volution &#233;conomique et financi&#232;re, a un r&#244;le crucial &#224; jouer pour le fonctionnement sans heurts de l'&#233;conomie &#187; &#233;crit pour sa part un repr&#233;sentant du FMI dans une note technique. &lt;br /&gt;&#8212; L'Agence Fran&#231;aise de s&#233;curit&#233; alimentaire se dote d'une &#171; Commission de la transparence &#187;.
&lt;br /&gt;&#8212; L'essayiste et haut-fonctionnaire Nicolas Tenzer : &#171; Evacuons donc la question de la morale pour red&#233;couvrir les r&#232;gles fonctionnelles du capitalisme, comme la transparence, le principe de la fiabilit&#233; des informations et l'absence de conflits d'int&#233;r&#234;ts, qui ont &#233;t&#233; viol&#233;es par certains acteurs, ce qui a conduit pour une bonne part &#224; la crise que nous connaissons. &#187; &lt;br /&gt;&#8212; Le journal Le Monde publie un article intitul&#233; &#171; M. Balladur veut plus de transparence sur les salaires des dirigeants &#187;. &lt;br /&gt;&#8212; L'Assembl&#233;e nationale communique sur un projet de loi relatif &#224; la &#171; transparence et s&#233;curit&#233; en mati&#232;re nucl&#233;aire &#187;. &lt;br /&gt;&#8212; L'ENA propose une bibliographie sur la &#171; transparence administrative &#187;. &lt;br /&gt;&#8212; Un sp&#233;cialiste du coaching personnel &#233;voque la n&#233;cessit&#233; de la &#171; transparence personnelle &#187; dans les relations affectives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Penser, c'est faire des &#233;paisseurs &#187;, Deleuze&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ces injonctions &#224; la politique, voir O. Neveux, &lt;i&gt;Contre le th&#233;&#226;tre politique&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2019&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le &#171; Prologue &#8211; Sur le th&#233;&#226;tre &#187;, de &lt;i&gt;Lalla&lt;/i&gt;, qui pourrait en &#234;tre le manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; There Is No Alternativ &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, le 2 Septembre 1977, Jean Genet affronte ce paradoxe afin de mieux s'en d&#233;faire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;Les journalistes jettent &#224; la vol&#233;e des mots qui en mettent plein la vue sans trop se pr&#233;occuper de la lente germination de ces mots dans les consciences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Violence - et son compl&#233;ment indispensable : non-violence, sont un exemple. Si nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; n'importe quel ph&#233;nom&#232;ne vital, selon m&#234;me sa plus &#233;troite signification qui est : biologique, nous comprenons que violence et vie sont &#224; peu pr&#232;s synonymes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grain de bl&#233; qui germe et fend la terre gel&#233;e, le bec du poussin qui brise la coquille de l'oeuf, la f&#233;condation de la femme, la naissance d'un enfant rel&#232;vent d'accusation de violence. Et personne ne met en cause l'enfant, la femme, le poussin, le bourgeon, le grain de bl&#233; &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proc&#232;s qui est fait &#224; la &#034; RAF &#034; (Rote Armee Fraktion), le proc&#232;s de sa violence est bien r&#233;el, mais l'Allemagne f&#233;d&#233;rale et, avec elle, toute l'Europe et l'Am&#233;rique veulent se duper. Plus ou moins obscur&#233;ment, tout le monde sait que ces deux mots : proc&#232;s et violence, en cachent un troisi&#232;me : la brutalit&#233;. La brutalit&#233; du syst&#232;me. Et le proc&#232;s fait &#224; la violence c'est cela m&#234;me qui est la brutalit&#233;. Et plus la brutalit&#233; sera grande, plus le proc&#232;s infamant, plus la violence devient imp&#233;rieuse et n&#233;cessaire. Plus la brutalit&#233; est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu'&#224; l'h&#233;ro&#239;sme. Voici une phrase d'Andreas : &#171; La violence est un potentiel &#233;conomique &#187;. Quand la violence est d&#233;finie ou d&#233;crite comme plus haut, il faut dire ce qu'est la brutalit&#233;, il ne s'agit pas de remplacer un mot par un autre en laissant &#224; la phrase sa fonction accusatrice &#224; l'&#233;gard des hommes qui emploient la violence. Il s'agit plut&#244;t de rectifier un jugement quotidien et de ne pas permettre au pouvoir de disposer &#224; leur gr&#233;, pour leur confort, du vocabulaire, comme ils l'ont fait, le font encore avec le mot brutalit&#233; qu'ils remplacent, ici, en France, par &#034; bavures &#034; ou &#171; incidents de parcours &#187;. Comme les exemples de violence n&#233;cessaire sont incalculables, les faits de brutalit&#233; le sont aussi puisque la brutalit&#233; vient toujours s'opposer &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'&#339;uvre r&#233;cente d'Edouard Louis par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Enfon&#231;ures&lt;/i&gt;, p. 14&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La crise consiste justement dans le fait que l'ancien monde se meurt et que le nouveau ne peut na&#238;tre : pendant cet interr&#232;gne on observe les ph&#233;nom&#232;nes morbides les plus vari&#233;s et dans ce clair-obscur surgissent les monstres &#187;, Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur cet aspect les travaux de Jean-Michel Maulpoix&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je suis le T&#233;n&#233;breux, &#8211; le Veuf, &#8211; l'Inconsol&#233;, / Le Prince d'Aquitaine &#224; la Tour abolie : /Ma seule Etoile est morte, &#8211; et mon luth constell&#233; / Porte le Soleil noir de la M&#233;lancolie. &#187;, Nerval&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je d&#233;sire non pas parler de moi, mais &#233;pier le si&#232;cle, le bruit et la germination du temps. Ma m&#233;moire est hostile &#224; tout ce qui est personnel. Si cela d&#233;pendait de moi, je ne ferais que grimace au souvenir du pass&#233;. Je n'ai jamais pu comprendre les Tolsto&#239; et les Aksakov, les petits-fils Bagrov, amoureux des archives familiales avec leurs &#233;pop&#233;es de souvenirs domestiques. Je le r&#233;p&#232;te, ma m&#233;moire est non pas d'amour, mais d'hostilit&#233;, et elle travaille non &#224; reproduire mais &#224; &#233;carter le pass&#233;. Pour un intellectuel de m&#233;diocre origine, la m&#233;moire est inutile, il lui suffit de parler des livres qu'il a lus, et sa biographie est faite. L&#224; o&#249;, chez les g&#233;n&#233;rations heureuses, l'&#233;pop&#233;e parle en hexam&#232;tres et en chronique, chez moi se tient un signe de b&#233;ance, et entre moi et le si&#232;cle git un ab&#238;me, un foss&#233;, rempli de temps qui bruit, l'endroit r&#233;serv&#233; &#224; la famille et aux archives domestiques. Que voulait dire ma famille ? Je ne sais pas. Elle &#233;tait b&#232;gue de naissance et cependant elle avait quelque chose &#224; dire. Sur moi et sur beaucoup de mes contemporains p&#232;se le b&#233;gaiement de la naissance. Nous avons appris non &#224; parler, mais &#224; balbutier et ce n'est qu'en m&#234;lant l'oreille au bruit croissant du si&#232;cle et une fois blanchis par l'&#233;cume de sa cr&#234;te que nous avons acquis une langue. &#187; Ossip Mandelstam, &lt;i&gt;Le Bruit du temps&lt;/i&gt;, cit&#233; par Gilles Deleuze, dans son &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Terzieff, la voix de Claudel</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/article/terzieff-la-voix-de-claudel</link>
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		<dc:date>2014-05-05T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_voix</dc:subject>
		<dc:subject>_lectures critiques</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Paul Claudel</dc:subject>
		<dc:subject>_Laurent Terzieff</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notes sur la disparition de Laurent Terzieff&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/" rel="directory"&gt;Dramaturges d'aujourd'hui&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_voix" rel="tag"&gt;_voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_lectures-critiques" rel="tag"&gt;_lectures critiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_theatre" rel="tag"&gt;_th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_paul-claudel" rel="tag"&gt;_Paul Claudel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_laurent-terzieff" rel="tag"&gt;_Laurent Terzieff&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton379.jpg?1278514782' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;small&gt;L. Terzieff dans &lt;i&gt;Philoct&#232;te&lt;/i&gt;, mise en sc&#232;ne de Christian Schiaretti printemps 2010 | photo&#169;Bernard Michel Palazon - CDDS Enguerand&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note du 5 mai 2014&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette vid&#233;o de Laurent Terzieff, que m'adresse ce jour &lt;a href=&#034;http://lesnuitsechouees.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anh-Mat&lt;/a&gt; : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=sHtxBVBEN6A&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;on y entend l'acteur&lt;/a&gt; lire des textes de Claudel et de Rilke, et sa pr&#233;sence &#224; vif.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;480&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/sHtxBVBEN6A&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte du 7 juillet 2010&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, coup de fil de mon fr&#232;re : Laurent Terzieff est mort. Je le savais, oui &#8212; dimanche, les journaux en avaient parl&#233;, un peu, comme de quelque chose d'anodin, sous le m&#234;me titre &#233;trange que la presse utilise quand on annonce de tels morts : la &lt;i&gt;disparition&lt;/i&gt; de Laurent Terzieff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re ajoute : &#171; On n'entendra plus le verset claud&#233;lien, c'est fini &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'apr&#232;s-midi, je relis &lt;i&gt;T&#234;te d'Or&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Echange&lt;/i&gt; &#8212; j'ai dans la t&#234;te la voix de Terzieff, pour les r&#233;pliques de C&#233;b&#232;s, celles de Louis Laine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re voix de Claudel, donc &#8212; c'est ainsi. &#192; la radio, quelqu'un dira : apr&#232;s la mort de Cuny, c'est la seconde corde vocale de Claudel qui s'&#233;teint. Si Cuny et Terzieff se sont sauv&#233;s la vie avec Claudel, c'est parce que de tels acteurs n'avaient pas un rapport d'ex&#233;cution avec les textes, mais de salvation, de r&#233;demption. Vocabulaire religieux qui m'est &#233;tranger mais qui me semble juste : si on enl&#232;ve toute transcendance &#224; ces termes, et qu'on les place sur le plan horizontal du corps, du plateau, du souffle, tout est &#224; sa place, et je suis l&#224; pour l'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais vu Terzieff sur sc&#232;ne &#8212; Olivier Py parle de ce miracle de l'acteur qui plus que d'autre appara&#238;t : arrive &#224; appara&#238;tre &#8212; l&#224; encore, syntaxe claud&#233;lienne de la lev&#233;e des corps qui approche de ce myst&#232;re, la transfiguration du corps de l'acteur par le texte, et comment le moment du th&#233;&#226;tre aborde cela dans la lat&#233;ralit&#233; du plateau, corps glorieux qui ne nous ach&#232;te aucune de nos fautes, mais les expulse, peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Py dit aussi son &#233;tonnement devant la facult&#233; Terzieff &#224; changer la qualit&#233; du silence et de pr&#233;sence autour lui, et dont la seule apparition ralentit le temps pour le spectateur saisi &#8212; comme il est &#233;trange que cet &#234;tre fasse entrer le public dans un &#233;tat de m&#233;ditation aussi grand que celui qu'on &#233;prouve &lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF89031160/extrait-de-tete-d-or.fr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;face &#224; la mer ou aux &#233;toiles.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas vu Terzieff au th&#233;&#226;tre, mais j'ai sa voix, beaucoup d'enregistrements : on va me dire que &#231;a ne remplace pas le corps &#8212; quoique. Dans cette voix, d'une gravit&#233; aride, &#233;vidente, coul&#233;e de pierre dans la gorge, quelque chose du corps, sa suffisance, transpara&#238;t : se laisse montrer &#224; nu ; et cela est assez. Le visage, la silhouette, l'&#233;maciement du corps dress&#233; semblable &#224; un nerf, je l'ai pour moi, en moi, ce corps habite suffisamment la m&#233;moire (le r&#244;le du centaure dans le &lt;i&gt;Medea&lt;/i&gt; de Pasolini)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa voix qui d&#233;ploie sur le champ de la pr&#233;cision, de la folie de Claudel, toute une naissance sans cesse recommenc&#233;e : que chaque verset soit une unit&#233;, quelle que soit la longueur de ce verset, et qu'&#224; chaque verset appartiennent une scansion, un rythme, une syntaxe propre, c'est cela qui rend Claudel in&#233;puisable, essentiel. Qu'&#224; chaque verset se redonne la langue dans un effondrement diff&#233;rent &#8212; la foudre ne tombe jamais deux fois au m&#234;me endroit, ni deux fois &#224; m&#234;me vitesse.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;small&gt;Laurent Terzieff lit le d&#233;but de &lt;i&gt;T&#234;te d'or&lt;/i&gt;&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 17 ans (on n'a encore rien lu), sur la table arrive par hasard ou presque deux livres : &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;T&#234;te d'or&lt;/i&gt;. Il y a eu un peu avant &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; et il y aura juste apr&#232;s &lt;i&gt;La Presqu'&#238;le&lt;/i&gt;. On n'aura jamais rien d'autre &#224; lire : ce qui na&#238;t d'un rapport au monde et &#224; soi, et l'intransigeance que ces textes exigent, je ne sais pas comment le dire &#8212; seulement, dans le d&#233;sir d'&#233;crire ensuite (et seulement ensuite), c'&#233;tait aussi une fa&#231;on de rejoindre ce qui s'est donn&#233; &#224; soi comme &#233;vident, dans l'&#233;nigme que cela constitue, et qu'on se donne t&#226;che de poursuivre : la voix qui imprime au dehors son rythme &#224; la pes&#233;e du pas qui va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Terzieff redonne le verset, il souffle sur quelque chose de neuf, les vieux mondes emport&#233;s, et devant soi tout le possible. &#171; Homme nouveau devant les choses inconnues &#187; dit le jeune C&#233;b&#232;s, au tout d&#233;but de &lt;i&gt;T&#234;te d'Or&lt;/i&gt;. &#171; Et je tourne la face vers l'Ann&#233;e et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon c&#339;ur d'ennui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la voix de Claudel s'est tue avec Terzieff, elle n'a pas disparu &#8212; elle reste seulement en suspens, dans l'attente et le d&#233;sir qu'un vienne la prendre avec violence, et la souffler de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Patrice Ch&#233;reau | &#171; parce qu'un homme meurt d'abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement &#187;</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/dramaturgies-scenes-travaux/ressources-documents-theatralites/dramaturges-d-aujourd-hui/article/patrice-chereau-parce-qu-un-homme-meurt-d-abord-puis-cherche-sa-mort-et-la</link>
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		<dc:date>2013-10-07T19:15:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


		<dc:subject>_deuil</dc:subject>
		<dc:subject>_raconter bien</dc:subject>
		<dc:subject>_th&#233;&#226;tre</dc:subject>
		<dc:subject>_Patrice Ch&#233;reau</dc:subject>
		<dc:subject>_vies des morts</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;disparition de Patrice Ch&#233;reau&lt;/p&gt;

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/ 
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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/mot/_vies-des-morts" rel="tag"&gt;_vies des morts&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/logo/arton1230.jpg?1381173327' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Patrice Ch&#233;reau, les bras crois&#233;s &#224; l'entr&#233;e de la majestueuse salle du Louvre, regardant les spectateurs passer l'un apr&#232;s l'autre devant lui pour gagner les rang&#233;es, quelques minutes avant &lt;i&gt;La Nuit juste avant les for&#234;ts&lt;/i&gt; mise en sc&#232;ne avec Thierry Thie&#251;-Niang ; m&#234;me image, trois mois plus tard, &#224; la Ville, avant la repr&#233;sentation de &lt;i&gt;I'm The Wind&lt;/i&gt; de Jon Fosse. C'est un regard, comme une pr&#233;sence &#8212; et tout le reste qui se tait, ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on travaille, de si pr&#232;s, comme je l'ai fait ces derni&#232;res ann&#233;es avec les livres de Kolt&#232;s, ce n'est pas comme l'on dit trop souvent, que s'&#233;tend &lt;i&gt;l'ombre&lt;/i&gt; de Ch&#233;reau enveloppant tout cela, mais c'est plut&#244;t une forme de magnifique compagnonnage, un si puissant champ de forces qui rend possible de part et d'autre de l'&#233;criture et de la sc&#232;ne l'invention d'une &#339;uvre, celle qui rend pr&#233;hensible le monde qui nous entoure, celle qui rend possible son appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;960&#034; height=&#034;720&#034; src=&#034;//www.youtube.com/embed/1Mt9XyoYnY8&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Rien &#224; dire, aux centaines d'hommage d&#233;j&#224; qui ne vont pas manquer &#8212; &#233;videmment qu'on lui doit. Rien &#224; ajouter, ici, dans la solitude, si ce n'est d&#233;j&#224; le manque, en partage de tous ceux qui n'ont jamais connu Patrice Ch&#233;reau, mais dont le travail &#233;tait si essentiel. Rien d'autre que la pens&#233;e de ce soir-l&#224;, quand en retard pour &lt;i&gt;La Nuit&lt;/i&gt;, je rejoins parmi les derniers la salle du Louvre, et qu'il attend, patiemment, tendrement, simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, je retrouve et relis le court texte qu'il avait r&#233;dig&#233; quelques jours apr&#232;s la mort de Bernard-Marie Kolt&#232;s : &#171; Un ami &#187;, c'&#233;tait le titre, ce 19 avril 1989, de cet article publi&#233; dans le Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pens&#233;es &#224; nos solitudes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;small&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est une dure loi, celle qui veut qu'on ne doit pas se contenter de subir la perte ignoble d'un ami, mais qu'il faut t&#233;moigner, en quelques lignes &#233;crites h&#226;tivement, de l'affection et de l'admiration profondes qu'on lui porte &#8212; et pourtant on le fait parce qu'on se dit qu'un mort ne doit pas &#234;tre oubli&#233;, pas tout de suite. Surtout un jeune mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; une m&#233;t&#233;orite qui a travers&#233; notre ciel avec violence dans une grande solitude de pens&#233;e et avec une incroyable force, &#224; laquelle il &#233;tait parfois difficile d'avoir acc&#232;s. Il m'intimidait et aujourd'hui encore plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas toujours d'accord avec mon interpr&#233;tation de ses pi&#232;ces. Il me le faisait rarement savoir : il avait la courtoisie de penser que je commettais plut&#244;t moins de fautes que les autres. De mon c&#244;t&#233;, j'ai voulu rendre compte le moins mal possible et avec l'enthousiasme que procure le travail quotidien avec un &#233;crivain, un vrai, de son monde &#224; lui &#8212; une lame tranchante &#224; laquelle je me suis souvent coup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que dire ? Au moins ceci auquel il tenait : il ne supportait pas que l'on qualifie ses pi&#232;ces de sombres ou d&#233;sesp&#233;r&#233;es, ou sordides. Il ha&#239;ssait ceux qui pouvaient le penser. Il avait raison, m&#234;me si parfois c'&#233;tait plus facile, dans l'instant, de les monter ainsi. Elles ne sont ni sombres ni sordides, elles ne connaissent pas le d&#233;sespoir ordinaire, mais autre chose de plus dur, de plus calmement cruel pour nous, pour moi. Tchekhov aussi, apr&#232;s tout, &#233;tait f&#226;ch&#233; qu'on ne voie que des trag&#233;dies dans ses pi&#232;ces. &#171; J'ai &#233;crit une com&#233;die &#187;, disait-il de &lt;i&gt;La Cerisaie,&lt;/i&gt; et il avait raison, lui aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas d'amour il n'y a pas d'amour &#187;, dit l'un des deux personnages de &lt;i&gt;Solitude dans les champs de coton&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;]. Bernard demandait qu'on ne coupe surtout pas cette phrase qui le faisait sourire de sa fa&#231;on si incroyablement lumineuse parce qu'il voulait qu'on la regarde, cette phrase, bien en face sans faire trop de sentiments. &#192; nous de nous d&#233;brouiller, nous autres pauvres metteurs en sc&#232;ne sentimentaux, avec ce paradoxe, o&#249; se tient peut-&#234;tre enferm&#233;e une part de sa v&#233;rit&#233;. D'ailleurs, voici le reste de la phrase : &#171; Non, vous ne pourrez rien atteindre qui ne le soit d&#233;j&#224;, parce qu'un homme meurt d'abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement, par hasard, sur trajet hasardeux d'une lumi&#232;re &#224; une autre lumi&#232;re, et il dit donc ce n'&#233;tait que cela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que dire ? C'&#233;tait un desperado joyeux, voil&#224;. Moi, je ne suis pas un desperado et j'&#233;tais souvent moins joyeux que lui qui savait si bien rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pardon, Bernard, pour ma maladresse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/small&gt;
&lt;div class='spip_document_2724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://arnaudmaisetti.net/spip/IMG/jpg/2011-10-07_22-15-43-2.jpg?1381173335' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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