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	<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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	<description>Carnets d'&#233;critures et de lectures, journal, images, textes &amp; fictions web. (Depuis octobre 2005)</description>
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		<title>arnaud ma&#239;setti | carnets</title>
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		<title>le projet</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;objet, enjeu&lt;/p&gt;

-
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;crit jamais d'histoire qui ne soit pas confrontation avec sa pr&#233;tention all&#233;gorique. A moins d'en faire l'histoire vile de sa &#171; petite affaire priv&#233;e &#187;. La mati&#232;re de l'&#233;criture n'est pas celle dont est tiss&#233;e notre frustration. Mais davantage celle d'un d&#233;sir. Nous voulons ici faire de l'histoire racont&#233;e le lieu des devenirs v&#233;cus &#8211; ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire, ce n'est pas fait pour commencer &#8211; plut&#244;t pour arriver. Elle arrive &#224; quelqu'un au hasard, au milieu de centaines ; avant et apr&#232;s davantage. Elle arrive, simplement ; on ne peut pas lutter. On ne la voit m&#234;me pas &#8211; mais quand arrive le temps de raconter, il n'existe qu'elle &#8211; je n'ai pas d'autre langue qu'elle. En dehors, rien n'a de sens. Et tout commence. Mais ce n'est pas l'histoire qui commence, non. Plut&#244;t la n&#233;cessit&#233; en moi de lui trouver un commencement qui puisse rendre gorge &#224; tout &#8211; &#233;puiser le sens. L'histoire, on la porte tous sur nos visages, dans nos mains. On en fait des livres &#8211; on ne sait pas faire autrement. En elle se fait l'apprentissage du temps. L'apprentissage de l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler d'histoire c'est dire le moment o&#249; le temps v&#233;cu devient du temps racont&#233; &#8211; dire comment l'exp&#233;rience devient le t&#233;moignage de ce temps in&#233;prouv&#233; qui s&#233;pare l'instant v&#233;cu, du moment transmis. Alors, l'histoire n'a que faire de pactes de fiction, de serments de v&#233;rit&#233; (m&#234;me fausse (sic)), d'excuses qui prennent la forme des justifications d'impuissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire, c'est le mouvement que la langue impose pour se d&#233;gager de la vie. Et c'est le m&#234;me mouvement qui permet d'y plonger &#8211; lieu o&#249; se superposent l'instant et la dur&#233;e ; le temps mental, le seul qui compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la nuit on l&#232;ve les yeux au ciel, la lumi&#232;re des &#233;toiles mortes n'est pas diff&#233;rente de celle des &#233;toiles encore jeunes. A travers l'espace, le trajet du temps nous apporte une lumi&#232;re dont la source est &#233;teinte. Voil&#224; l'histoire. Le temps que dure le temps. Voil&#224; les histoires que l'on raconte &#8211; les lumi&#232;res qui se propagent pour mesurer le temps pass&#233; &#224; se raconter les histoires. Aujourd'hui. Les &#233;toiles mortes n'envoient plus de lumi&#232;re &#8211; et ce sont les lumi&#232;res mortes qui &#233;clairent nos pas jusqu'&#224; ce que la nuit prenne la forme de l'oubli. Longtemps l'histoire a racont&#233; plus que cette appartenance : elle enveloppait l'imaginaire dans le d&#233;sir ; la fiction n'&#233;tait pas encore une cat&#233;gorie du discours. Maintenant, prisonni&#232;re d'un monde qui n'attend d'elle que sa r&#233;alisation, l'histoire n'est qu'un d&#233;compte &#224; rebours qui n'en finit pas de repousser sa date de p&#233;remption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transform&#233;es peu &#224; peu en r&#233;servoirs &#224; comm&#233;moration, les histoires qu'on raconte d&#233;sormais sont celles des visages et des mains ferm&#233;s sur les &#233;vidences creuses d'une appartenance abjecte : mon histoire enferm&#233;e &#8211; exhib&#233;e ; mon histoire exemplaire. Mon histoire &#224; moi. Je. Ces blogs de conscience qui deviennent du r&#233;el, qui deviennent l'histoire en marche des fictions vraies. On raconte les histoires invent&#233;es, on vit les histoires qu'on nous raconte. Abjectes et informes, les histoires aujourd'hui voudraient commencer le temps ; elles ne font que b&#233;gayer inlassables la tautologie du moi-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors se d&#233;sint&#233;resser de l'histoire. Non. L'inventer &#224; nouveau. Mais pourquoi faire. Pour en faire quoi. Son appropriation est partout grotesque et st&#233;rile. &#171; Un impouvoir &#224; cristalliser inconsciemment, le point rompu de l'automatisme &#224; quelque degr&#233; que ce soit. &#187; (Artaud)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous est donn&#233;, partout, tout le temps, ce n'est pas le r&#233;cit &#8211; mais la faille immense qui l'interrompt, qui l'emp&#234;che : la r&#233;sistance forcen&#233;e de la vie &#224; ne pas se livrer comme une histoire qui commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous qui n'avons pas encore abandonn&#233; l'id&#233;e de raconter quelque chose qui soit le monde, (&#171; Pour ma part, j'ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un d&#233;sir, une &#233;motion, un lieu, de la lumi&#232;re et des bruits, n'importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne &#224; tous. &#187; Kolt&#232;s), voil&#224; les histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me si je ne sais pas l'histoire. Je ne sais ni la mienne, ni celle qui date les calendriers, ni m&#234;me celle que je raconte. Ce n'est pas la mienne. Du moins, est-ce le monde qui nous appartient &#224; tous. Alors voici. Les rencontres que ces histoires racontent ont eu lieu. Voici ce lieu. J'ai parfois cru en leur mensonge. S'il ne saurait y avoir de temps v&#233;cu que de temps racont&#233;, voil&#224; des histoires qui ne voudraient pas qu'on les raconte &#8211; mais qui se passent. Elles n'ont de commencement qu'au terme de leur parcours. Parce qu'en leur terme voudrait s'&#233;teindre l'histoire qui arrive, pour celle qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la peur du roi</title>
		<link>https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/2006-histoire-s/article/la-peur-du-roi</link>
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		<dc:date>2006-06-30T12:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;conte et l&#233;gende&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/2006-histoire-s/" rel="directory"&gt;histoire(s)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois enfin avant les si&#232;cles des si&#232;cles harcel&#233;s par l'histoire, un rivage inconnu, une mer d&#233;bord&#233;e par les terres fabuleuses d'un royaume. Ce royaume avait un nom emport&#233; aujourd'hui comme tout ce qui e&#251;t un nom et jamais d'histoire. Un roi rendait la justice. Il enfantait des enfants &#224; chacune des femmes de ses terres &#8211; ainsi, chaque fils du royaume en &#233;tait le prince.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des filles de ce roi avait en elle moins de peur et davantage de folie que tous &#8211; et voulut &#224; son tour donner un dernier fils &#224; ce p&#232;re qui allait mourir. La fille venait d'avoir quinze ans. Devenu aveugle, le roi n'apparaissait plus &#224; son peuple. Il avait d&#233;sormais peur d'une force inconnue, un sentiment le rongeait, persuad&#233; qu'une menace sourde et puissante planait sur lui sans qu'il sache vraiment laquelle &#8211; et sans qu'il puisse la combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi &#233;tait si vieux. Il attendait la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, il demanda &#224; ses proches serviteurs de se retirer, puis s'en alla dans sa chambre. Il d&#233;sirait &#234;tre seul. Sa chambre &#233;tait vide, et avant de s'allonger sur le lit, il tourna la t&#234;te vers la lumi&#232;re. Il sentit un peu de chaleur sur son visage, mais la nuit &#233;tait totale. Ses larmes lui br&#251;l&#232;rent les yeux &#224; nouveau. La peur grandissait. Il s'allongea sur le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi dormait maintenant et dans ses r&#234;ves, il n'attendait plus la mort, mais une derni&#232;re femme pour un autre fils encore, un dernier fils aupr&#232;s duquel mourir &#8211; et la menace &#233;trangement semblait si puissamment li&#233;e &#224; ce r&#234;ve. La mort n'arrivait pas. Elle n'e&#251;t pas peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne la vit entrer dans le palais. L'enfant trouva facilement la chambre du roi. Quand elle entra, c'est la grandeur du lieu qui l'impressionna d'abord, une grandeur qu'accentuait le vide de la pi&#232;ce. Le lit au milieu de la chambre s'&#233;levait jusqu'au plafond. Les murs &#233;taient nus. La pierre blanche recouvrait les parois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'immenses dalles tapissaient le sol, dalles grises et noires qui jadis avaient d&#251; &#234;tre d'ivoire, et m&#234;me d'argent &#8211; mais la couleur de la terre s'&#233;tait empar&#233;e de la chambre avec les ann&#233;es. Elle voyait le roi pour la premi&#232;re fois. Son corps, statuaire immobile de pierres aux allures de gisants, reposait dans l'immense lit &#224; baldaquin ceint de larges rideaux rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fen&#234;tre ouverte voulait laisser entrer l'air qui demeurait &#224; l'ext&#233;rieur immobile, pesant et charg&#233;. Le corps du roi enfonc&#233; dans le lit respirait si fort que le souffle remplissait la salle, les murs r&#233;sonnaient de son &#233;cho froid et p&#233;nible. Ses mains gigantesques sur la poitrine se soulevaient par &#224; coup. Sur le seuil, l'enfant n'eut pas peur, mais prit le temps d'&#244;ter ses chaussures afin de ne pas &#233;veiller le roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la pointe de ses pieds nus, elle s'approcha. On e&#251;t dit qu'elle travers&#226;t la pi&#232;ce sans toucher le sol. Lentement la jeune fille s'assit sur le bord du lit, et longuement regarda le roi, accordant sa respiration &#224; celle du vieillard. Le jour plein et sacr&#233; se couchait de tout son long dehors, il tombait sur chaque homme et chaque conscience en &#233;tait &#233;clair&#233; comme d'un devoir auquel il e&#251;t &#233;t&#233; impossible de manquer &#8211; on travaillait dans les champs, creusait des trous, b&#226;tissait des remparts. Le lendemain se pr&#233;parait avec espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre n'&#233;tait pas finie, des mers par centaines attendaient qu'on les travers&#226;t. Pr&#232;s du lit, elle demeura ainsi sans bouger &#224; regarder le roi respirer, les plis de son cou se tendre, les l&#232;vres se serrer parfois, et d'elles s'&#233;coulaient des gouttes de sang que le r&#234;ve dans sa col&#232;re d&#233;robait ultimement au roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses dents mordaient la peau des l&#232;vres avec fureur. La peur &#224; nouveau l'avait envahi. Il tremblait. La jeune fille avec sa main effa&#231;a le sang, et calma le r&#234;ve par quelques caresses sur le front. Le roi se r&#233;veilla &#224; demi. Sans qu'il dise un mot, elle comprit qu'il avait soif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lui versa de l'eau, une goutte apr&#232;s l'autre dans sa gorge comme &#224; un enfant, puis posa sur son front br&#251;lant des bandelettes humides. Il respirait mal. Elle se pencha au dessus de son visage pour lui lisser les cheveux ainsi qu'il aimait autrefois, selon la l&#233;gende, et lentement sur les l&#232;vres &#233;corch&#233;es du roi, les yeux clos, elle lui d&#233;posa un baiser. Le roi se r&#233;veilla dans un crachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;touffait. La prit contre lui, car il avait peur. La peur &#233;tablissait d&#233;sormais son empire sur tout son corps, et la fin s'annon&#231;ait proche o&#249; la peur s'en irait tirant &#224; elle les derni&#232;res forces du roi. Elle ferma les yeux. Et se coucha sur lui longtemps. Le roi n'e&#251;t plus peur, car la peur s'enfuit avec le d&#233;sir, se d&#233;roba sans cri sous le ventre de la jeune fille en filets de sang noirs &#8211; et c'est en elle qu'il mourut dans un souffle, le souffle partag&#233; des corps, le m&#234;me souffle, l'un arrach&#233;, l'autre emport&#233;. Elle se rhabilla et sortit vite pour ne pas qu'on la v&#238;t. Mais dans sa pr&#233;cipitation, elle laissa ses chaussures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain la nouvelle parcourait le royaume. La surprise et la tristesse avaient imm&#233;diatement &#233;t&#233; voil&#233;es par la col&#232;re. On voulait savoir qui avait os&#233; profan&#233; dans les derniers moments le lit du roi &#8211; on voulait savoir surtout qui il avait d&#233;sign&#233; pour sa succession. Une fille s'avan&#231;a, pieds nus. L'enfant &#233;tait si jeune. Elle raconta le souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regarda son ventre qui portait l'h&#233;ritier. On la crut &#8211; et l'enferma. Dans ce cachot, seule, elle donna naissance au dernier fils du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les ordres, les gardes jamais n'os&#232;rent toucher l'ultime prince, &#233;gorger le dernier d&#233;sir du souverain, profaner sa m&#233;moire. Dehors, on fit la guerre pendant toutes les ann&#233;es, tandis qu'elle apprenait &#224; son fils &#224; dormir, &#224; lisser les cheveux, attendre la mort, et ne pas avoir peur, ni soif, et regarder la lumi&#232;re par la petite lucarne, et mordre, respirer doucement, entrer dans son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es pass&#232;rent sur les ann&#233;es oubli&#233;es, et les guerres se poursuivaient sans qu'on se rappel&#226;t la raison. Dans une petite cellule, deux enfants lentement dormaient, et ne se r&#233;veillaient plus. Ils emmenaient avec eux la derni&#232;re peur du roi. On les enterra ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix ne fut jamais sign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>tuer le temps</title>
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		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;une histoire de temps&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une histoire de temps. De temps perdu. De temps qui passe &#8211; au dessus de Paris. Du temps qui p&#232;se comme un couvercle. Une histoire de temps qui ne passe pas. Et qui dure. Et qui soul&#232;ve encore les peaux mortes du ciel. Du temps qu'on tue, inlassablement. On tremble. On voudrait que cesse le temps, on voudrait s'asseoir au pied de l'histoire. La voir s'&#233;chouer quelque part derri&#232;re la ville. Mais voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re faiblit, on ne voit qu'elle. On se retrouve soudain dans le noir, on fr&#244;le des corps. On imagine leur d&#233;sir. On sent leur souffle chaud sur le visage, et on ferme les yeux. Le noir est le m&#234;me ; la peur ne dispara&#238;t pas. Voil&#224;. Voil&#224; le temps qu'il fait, qui passe. C'est ici et maintenant. Je parle d'ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#233;poque o&#249; les rues sont pleines de corps qui se fr&#244;lent en fermant les yeux, qui se cherchent et ne trouvent que les murs, le silence plein des villes. Je ne suis pas exemplaire. Juste une voix qui sait se taire, et entendre celle des autres se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une histoire de silence &#233;touff&#233;. Personne n'a la parole, quelqu'un la prise, et quand il faut parler, c'est d'elle toujours dont on se souvient, dont on voudrait se souvenir. On se tait, et les autres parlent &#224; notre place, dans notre bouche, dans notre gorge ils ont la main enfonc&#233;e. Ce n'est pas vraiment douloureux. C'est une douleur de plus. Encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parle de cela. D'une voix qui ne cesse pas de nous prendre la parole. D'une adresse vide lanc&#233;e au hasard et aux chiens. On tend les bras, on a les yeux ferm&#233;s. On touche des bras tendus, et on s'enfuit. On ne pleure pas. D'autres que nous sont r&#233;sign&#233;s, et bavardent sur les malheurs du temps, sur les progr&#232;s qu'ils apportent, les perspectives raisonnables de redressement de la courbe, les chiffres s'accumulent, les sourires, les spectacles muets qui emp&#234;chent de parler, qui parlent &#224; notre place le langage bredouill&#233; des moi-je. On n'a pas fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche encore la voix commune. La voix d'appartenance. On ne la trouve pas. On tend les bras. Le temps de cerveau disponible est de plus en plus am&#233;nag&#233; pour le silence, la pens&#233;e vid&#233;e de pens&#233;es et m&#234;me de silence. Un trou plus grand que la bouche ouverte sur rien. Je passe le temps &#224; le tuer. Et sur son cadavre chaud, je cherche le temps indisponible au reste. Le temps qui permet de r&#233;sister au temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps pass&#233; &#224; le tuer ne me d&#233;tourne pas. Mais vivant encore, voici le seul qui compte &#8211; parce que pendant qu'on le tue, quelqu'un est l&#224;, &#224; le tuer, encore ; et montrer qu'il ne passe pas si facilement ; et montrer qu'il n'est pas invincible. Qu'&#224; l'issue du combat, les chiens s'&#233;cartent, car l'odeur est trop forte pour eux. Les autres s'&#233;cartent aussi, et comptent les chiffres, et je suis un chiffre qu'il compte, mais je ne sais pas lequel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne me regardent pas. Ils savent que j'existe pourtant ; je suis un chiffre pos&#233; entre deux autres chiffres qui attestent de mon appartenance. A une cat&#233;gorie, une tranche, un &#233;chantillon repr&#233;sentatif de moi, d'autres que moi, d'autres semblables &#224; moi et porteurs d'un chiffre semblable, muet. L'appartenance est ailleurs. Je ne sais pas. Ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'effacement op&#233;r&#233; de ma voix contre celle des autres, dans la reconnaissance qu'elle voudrait imposer malgr&#233; la parole prise et lanc&#233;e si loin que c'est impossible de la retrouver. Elle est perdue. Le temps perdu &#224; le chercher est insens&#233;. Mais tant qu'on le cherche, on ne se perd pas &#224; compter les chiffres qui am&#233;nagent l'histoire en ordre, dans l'ordre. Voil&#224; le temps, ici. Ce qu'il reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas de participer &#8211; de continuer ce qui se d&#233;roule souplement sans &#224;-coup et d'accepter le silence qui parle &#224; notre place. Ce n'est pas de faire des phrases seulement o&#249; calmement on refusera. Ce n'est pas de refuser calmement. Mais s'en tenir &#224; cette activit&#233; lente, fr&#233;n&#233;tique, urgente, de tuer le temps partout o&#249; il se pr&#233;sentera vuln&#233;rable ; inventer notre appartenance ; parler une langue qui puisse dire les nouvelles violences qu'on lui fait, et qui s'imposent ici ; maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis qu'une voix dans le noir. Mais je ne parle pas du noir, ou de la voix qui s'en &#233;chappe. Je parle de ce que nous cherchons dans le noir. C'est davantage qu'une langue &#8211; un temps nouveau &#224; tuer, pour rester vivant. Et les histoires qu'ils racontent ne parleront de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles b&#233;gaieront les silences. Et s'oublieront vite. Nous ne sommes pas r&#233;sign&#233;s. L'histoire, ce n'est pas ce que l'on raconte ni ce qui rappelle les champs de ruines. C'est la lutte sourde &#224; tuer le temps o&#249; qu'il se trouve pour ne pas qu'il passe. C'est boire jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de son sang, pour rester en vie, encore. Le temps perdu ne se rattrape pas. Mais le temps pass&#233; &#224; le perdre, voil&#224; l'histoire. En voil&#224; le terme. Il ne fait que commencer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>les rues en sont pleines</title>
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		<dc:date>2006-06-22T12:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;r&#233;cit de l'histoire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/2006-histoire-s/" rel="directory"&gt;histoire(s)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure je suis all&#233; marcher &#8211; marcher une derni&#232;re fois dans la vieille ville. Marche ; quand la nuit s'&#233;ternise et prend tout l'espace devant soi, on voudrait s'arr&#234;ter et se coucher le long de son corps, ralentir son souffle &#8211; peu &#224; peu oublier jusqu'&#224; son propre nom. Souvent c'est cette impression qui en moi la plus tenace tend &#224; recouvrir les autres. J'essaie de passer derri&#232;re cette nuit ; trouver un endroit dans l'espace o&#249; il y aurait quelque chose &#224; commencer. Il y a toujours de la place pour suivre dans le noir une ombre plus claire &#224; transpercer la nuit. Le tout est d'&#234;tre &#224; l'aff&#251;t ; aux aguets. Se tenir pr&#234;t. Derri&#232;re chaque virage, une route s'ouvre, une autre encore ; des terres o&#249; la nuit continue de se d&#233;poser &#8211; enveloppe l'air et le silence, et l'absorbe ; je n'entends plus rien que la haine des autres en moi, et je recommence &#224; respirer. Voir et apprendre du monde ce qu'il va d&#233;cider de moi. Je prends la route qui descend vers le port et avant d'y arriver, je bifurque, tourne vers l'est, tombe sur les quartiers o&#249; il n'existe pas de nom de rues. Je sens bien que si je ne pars pas demain, je pourrais rester toute ma vie &#224; marcher entre ces blocs de pierre habit&#233;e. De part et d'autre de la rue qui devant moi s'ouvre apr&#232;s chacun de mes pas, des rang&#233;es de maisons hautes masquant le ciel et d&#233;tournant les nuages, l'odeur du large ; les maisons tendent leurs mains &#224; mon passage comme pour me toucher, et si je ne me pressais pas, je pourrais sentir leur paume froide et bleue me serrer et m'emporter.&lt;/p&gt;
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		<title>r&#233;volutions minuscules </title>
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		<dc:date>2006-06-20T12:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>arnaud ma&#239;setti</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;la fin interminable de l'Histoire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://arnaudmaisetti.net/spip/fictions-du-monde-recits/2006-histoire-s/" rel="directory"&gt;histoire(s)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions minuscules battent le pav&#233;. Chauss&#233;es de milles intentions, elles crient qu'on les entende &#8211; renverser le monde ancien. Le programme est entendu. Mais encore. Gratter les cloques visibles qui d&#233;mangent. Et puis d'autres cris recouvrent les bruits du pav&#233; qui claquent. La peau s'effrite on entrevoit la victoire &#8211; les dates deviennent des noms communs, parfois des noms propres lav&#233;s &#224; grandes lamp&#233;es de sang. Quand le sang s&#232;che, une peau nouvelle se forme et c'est comme le premier matin du monde. Mais sous la peau ce sont d'autres encore. Et d'autres qui s'enfoncent plus bas que terre o&#249; nous sommes &#8211; &#224; battre le pav&#233; pour croire. Alors, il faut arracher encore, et c'est l'os soudain qu'on atteint, et qu'on ronge. Mais on continue ; en face ils sont aussi nombreux que nous pour faire perdurer l'Ordre ancien. Les coups pleuvent. L'averse est si longue qu'elle atteint l'hiver &#8211; se change en flocon. On danse sous la neige pour f&#234;ter l'anniversaire. Car jamais le temps n'avait dur&#233; si longtemps qu'aujourd'hui. Jusqu'aujourd'hui, les jours sont arriv&#233;s et pr&#234;ts &#224; basculer demain pour toujours commander nos pas. Claquent sur le pav&#233; humide de toutes les r&#233;volutions inutiles qui se pr&#233;parent. On marche serr&#233; contre les &#233;paules de l'autre, criant plus fort que lui que la pluie cesse et l'oppression. L'histoire est en marche avec nous. Elle est au milieu de nous &#8211; ou en t&#234;te de cort&#232;ge. On marche. Solitudes innombrables. La pluie ne cesse pas de tomber. De nous ouvrir la route.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Etranger pour toujours et sur ma peau, &#231;a ne se voit pas, que je suis d'un continent autre ; mais &#233;tranger sans doute, quand je les vois qui courent apr&#232;s les rues. Manger le pain qu'on leur tend et croire encore que l'histoire leur appartient. A ma fen&#234;tre je vois les r&#233;volutions minuscules qui battent le pav&#233;. Elles ne se lassent pas &#8211; m&#234;me le soir. Les barricades de papiers s'&#233;l&#232;vent dans les impasses des beaux quartiers. Elles attendent des propositions &#233;ternelles pour le si&#232;cle qu'on leur apportera en deux exemplaires sign&#233;s dat&#233;s. Pendant ce temps fomentent des plans pour ceux qui sortiront de leur corps. Elles complotent la r&#233;partition in&#233;gale des richesses qu'on s'&#233;puise &#224; tirer de l'&#233;puisement des trois quarts de nos fr&#232;res, des lambeaux de jeunesse aiguis&#233;e sur les pierres. Je vois les r&#233;volutions minuscules. Cort&#232;ges qui passent devant chez moi en criant les slogans automatis&#233;s par la foule. Mais minuscules les r&#233;volutions ne voudraient pas la r&#233;volution : seulement am&#233;nager l'histoire &#224; l'endroit, organiser le chaos platement. Et puis sans doute lui trouver un sens. L'issue qui s'offre &#224; eux est celle l&#224; : commen&#231;ons par nos vies, et par la mienne pourquoi pas, commen&#231;ons par r&#233;gler le probl&#232;me qui m'emp&#234;che d'entrer dans l'histoire, et puis ensuite, nous verrons, menons les batailles que nous pouvons gagner, menons les batailles que nous avons d&#233;j&#224; gagn&#233;es. Voil&#224; toute une vie &#224; nourrir. A regretter au coin du froid quand on voit passer &#224; la t&#233;l&#233; ses propres enfants hurlant faux les slogans par nous trouv&#233;s ; occupant les salles par nous b&#226;tis pour leur confort et leur s&#233;curit&#233;. Les r&#233;volutions minuscules font moins de bruit maintenant. Elles s'&#233;loignent de ma rue. Je pense tristement au bruit joyeux que la foule faisait quand elle n'&#233;tait pas encore entr&#233;e dans ma rue. Je ne les plains pas, mais je me dis qu'il n'y a que les r&#233;voltes profondes et sans plan, sans projet, qui pourront r&#233;animer le monde : alors qu'on me glisse sous la porte un projet de plus pour le si&#232;cle, je le lirai les yeux crev&#233;s dans un sourire, et r&#233;solu &#224; ne pas descendre d'ici, j'irai mener de l&#224;, les vrais r&#233;voltes sans objet. Et sans personne qui pourront br&#251;ler les rues o&#249; viendront les foules suivantes contester les projets arrach&#233;s p&#233;niblement. Je me tiendrai loin.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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